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Le Nouvel Ami du peuple
Invité« Bégaudeau, avec qui j’ai un point de rencontre dans mon abstentionnisme, se montre étrangement timide quand il s’agit de le défendre.
Non plus que moi, il ne va pas faisant assaut de prosélytisme pour convaincre les autres que c’est le statut qu’il est le plus raisonnable d’avoir ; et cependant, il marque sérieusement sa crainte que tout le monde eût l’idée de faire comme lui.
Bannis-la tout à fait : il n’y a aucun danger à ce que le peuple se défasse d’une illusion qui l’asservit. » — Moi-même, Ouvrage qui sans doute ne sera jamais reçu d’aucune maison d’édition
J’ai tant de titres à l’attention de F. Bégaudeau !
Il est le seul écrivain contemporain que je cite dans mes écrits — quoique j’avoue humblement avoir été charmé par sa faconde avant que de l’être par sa prose.
Il m’est présent en la pensée depuis mes seize ans ; mais enfin, à le voir ferrailler sans cesse avec les insectes de la littérature, j’ai commencé peu à peu à désespérer d’avoir jamais l’occasion d’être son rival.
Ce n’est pas que je n’en aie les talents ou le caractère ; témoin les amers remords des quelques intellectuels avec qui j’ai pu autrefois correspondre.
Mais mon plus grand malheur auprès de François est que je sois un sceptique, et que partant tout crédit me soit ôté.¹ ²
Je ne professe aucun dogme ni ne suis d’aucun parti ; c’est le moyen de rester à jamais un auteur inédit.
La politique est la chose du monde qui m’intéresse le moins ; la belle avance, quand on se propose de lier commerce avec un littérateur qui en fait le sujet de presque toutes ses conversations !
Je n’ai aucun diplôme, et ne demande rien tant qu’à travailler de mes mains ; il faut donc bien que je m’attende à ce qu’on me raille sur ma prétention à l’esprit.
Quoi qu’il en soit, je ne laisserai pas de penser toujours.
Je me sens une vocation que le mépris même de François ne ferait que confirmer.
¹ : « Soyez l’ami ou l’ennemi du pouvoir, croyez blanc ou croyez rouge, mais croyez.
Si vous vous contentez d’observer tranquillement, en sceptique convaincu ; si vous restez en dehors des luttes qui vous paraissent secondaires, ou si, même étant d’une faction, vous osez constater les défaillances et les folies de vos amis, on vous traitera comme une bête dangereuse ; on vous traquera partout ; vous serez injurié, conspué, traître et renégat ; car la seule chose que haïssent tous les hommes, en religion comme en politique, c’est la véritable indépendance d’esprit. » — Guy de Maupassant, « Tourgueniev : l’inventeur du mot « Nihilisme » »
² : Malheur à moi, qui n’ai pas eu assez d’esprit pour le solliciter dans le temps de sa virginité judiciaire !
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begaudeau
InvitéJe n’ai rien compris à ces lignes, auxquelles donc je ne réagis pas
Juste une chose : il me semble entrevoir dans ce brouillard, une allusion à mon abstentionnisme, et même une citation de « Comment s’occuper un dimanche d’élection ». Citation biaisée : je n’ai pas de crainte que tout le monde s’abstienne, j’ai, dans ce livre, l’honneteté de dire que ma position d’abstentionniste je serais bien emmerdé que tout le monde l’adopte, et qu’au bout du compte je dois etre assez content que d’autres votent quand moi je ne le fais pas.
Déduire de ces lignes que je planquerais mes vues sur l’élection et sur mon comportement électoral, est un peu expéditif – et un peu savoureux, quand on sait les désagréments et autres insultes que me valent cette position. -
Le Nouvel Ami du peuple
Invité« […] illusion qui l’asservit.
Et, au contraire de toi, je ne définis pas la politique : tout ce qui me plaît.
Le vote est un geste politique.
J’en nie le devoir et l’efficacité : je suis donc libre de tout tracas, de tout trucage et de tout mensonge politiques. » — ibid.
Enfin mon athlète entre avec moi dans la lice.
Mon propos était sans doute tout propre à l’y inciter ; et je n’y trouve rien que de clair, quoi qu’il en dise.
Mais François n’y comprend rien ; il a le bonheur de parler le langage de son siècle, et d’avoir abandonné le style classique pour un mélange entre le familier, le populaire et le courant.
Je suis donc condamné à n’être que la risée du seul écrivain du jour qui m’intéresse ; et je l’avais prévu.
Qu’eût-ce été cependant s’il m’avait pris la folie de lui envoyer l’entièreté de mon message ! s’il savait aussi combien peu je le ménage dans mon Journal !¹
Je suis trop heureux d’avoir là devant moi l’homme sur qui j’ai tant médité dans mon cabinet.
Un homme qui disserte sur les « apories » du « capitalisme », sans avoir résolu les siennes auparavant ; un homme qui, quoique ne se tenant pas fort loin du marigot politique, se plaint d’en recevoir quelquefois des éclaboussures ; un homme qui semble soutenir qu’il y a des préjugés utiles et nécessaires au peuple, et que le vote est un de ceux-là ; un dilettante français, en un mot.
Oui, ce temps n’est plus, où les communistes pouvaient se prévaloir de grands penseurs, d’un Romain Rolland parmi leurs amis.²
Mais il faut bien s’abaisser à jouter avec ses contemporains, et c’est à Bégaudeau que j’ai affaire aujourd’hui.
De grâce, François, pourquoi serais-tu gêné s’il venait à l’esprit de la plupart des Français d’essayer de l’abstentionnisme ?
Te serait-il douloureux que le peuple s’ouvrît à ce que tu soutiens être la vérité ?
Es-tu si attaché à l’héritage républicain, à la tradition électorale que tu ne puisses souhaiter qu’on la révoque en doute ?
C’est ce que tu fais dans tes ouvrages ; mais toi qui te piques tant de parler du « réel », pourquoi ne veux-tu pas qu’enfin ils aient un effet sur lui ?
Nous n’avons jamais assisté à des élections dont les abstentionnistes fussent sortis vainqueurs.
Qui te répond que, les esprits une fois éclairés, les volontés une fois résolues, le prochain dimanche soir ne sera pas le Grand soir ?
Certes, c’est moi qui ne devrais pas te comprendre, surtout quand je songe que tu passes pour un anarchiste radical.
« Quis tulerit Gracchos de seditione querentes ? »
(Juvénal, Satires, II, v. 24)
« Mais qui supporterait sans indignation
Un Gracchus qui se plaint d’une sédition ? »Où est donc passée ta fougue révolutionnaire ?
On se lasse peut-être d’en témoigner à ton âge, il est vrai.
Ses idées lui ont permis néanmoins de passer la douane des pensées, me dira-t-on.
Souffre un peu que, à ton encontre, on ne soit pas disposé à demeurer pour jamais un auteur confidentiel, et qu’on consente à rabattre de la conséquence de sa doctrine en échange de sa publicité.
Je le veux ; Bégaudeau s’y connaît mieux que moi dans l’art de parvenir.
Où en revanche je prétends le lui disputer, c’est dans mon honnêteté.
J’ai mieux aimé être un ouvrier et préserver la liberté de mon âme que de prostituer ma pensée pour complaire aux gens du monde.
Telle est ma morale ; et je rends grâces à ma mère illettrée de l’avoir rendue possible.
¹ : « En devenant artiste, on veut se faire l’ami de tout le monde ; on abat du papier, on se fait lire du public, et voilà la béatitude.
C’est là un expédient commode pour se rendre célèbre, certes, mais qui ne me convient pas ; il ne laisse pas cependant, je l’avoue, de convenir à des écrivains qui ne se soucient point du tout de l’efficacité de leur discours, comme Bégaudeau — entre autres.
A-t-il oublié que la principale affaire en politique, c’est d’être efficace ? Non certes.
Ce serait trop supposer de sa « bêtise » que de l’affirmer.
Il souhaite seulement se reposer dans sa sinécure, et avoir sa place dans la librairie du coin.
En quoi faisant il ne pense sans doute faire de mal ni à lui-même, ni à personne, ni au peuple dont il se croit l’avocat.
Et je le lui concède tout le premier : en effet, il ne se nuit pas à lui-même.
Mais, quant au peuple, dont je suis issu, et dont de nous deux je suis le seul véritable ami, il me gêne dans le bien « réel », positif que je veux lui faire.
C’est là ce qui m’a mis la plume à la main. » — Mon Journal, Juillet-Août 2025
² : « On s’étonne que le peuple tende à être de moins en moins rouge.
Il me semble qu’on devrait au contraire s’en rassurer ; car c’est signe que le peuple veille toujours sur ses intérêts.
Considérez un peu dans quel déchet sont tombés les soi-disant « disciples de Marx » !
Sa doctrine, de scientifique qu’elle devait être entre ses mains, a dégénéré depuis en une pure scolastique.
La réalité matérielle prime sur l’idéale : voilà un principe essentiel à toute critique de la société, et qui pourtant n’est plus admis sitôt qu’il s’agit de l’appliquer à soi.
De sorte qu’aujourd’hui un écrivain peut s’intituler « Ami du peuple » en sûreté de conscience, quoique n’étant qu’un oisif il se démente, et qu’en effet il soit son pire antagoniste.
Heureux ceux à qui ces jongleurs n’ont jamais fait illusion !
Vos enfants liront mes écrits, et sauront par là comment se défendre de leurs prestiges. » — Lettre à la Librairie Tropiques, Septembre 2025
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bibinard
Invitécé d ugloubli boulgla
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Le Nouvel Ami du peuple
InvitéJ’ai tâché d’être vrai, et n’ai fait ici qu’exprimer des pensées que je couvais depuis longtemps déjà.
Ceux de mes lecteurs qui ont lu mon Testament savent assez quelles furent les circonstances de ma première escarmouche avec F. Bégaudeau.
Un jeune homme de la meilleure foi du monde, qui propose à son allié dans la critique de l’école d’étendre ses vues sur l’enseignement supérieur, s’en est vu payé de la sorte :
« Un petit conseil aux écrivains qui veulent être lus par un écrivain : dans votre missive, signalez, que ce soit vrai ou non, que vous avez lu l’écrivain en question.
Sinon il ne verra pas pourquoi il devrait consacrer à votre œuvre les heures que vous n’avez daigné consacrer à la sienne.
C’est qu’un écrivain, contre toute attente, tient d’abord à ses écrits, comme un pâtissier à ses meringues. »
Quel est ce langage, sinon celui d’un dilettante ? d’un faiseur d’épigrammes qui réduit toute l’existence à sa seule vanité d’auteur ?
Le moyen de n’en pas nourrir de la déception ?
J’ai toujours été persuadé que Bégaudeau — en dépit même des défauts sans nombre que je lui trouve — se distinguait des autres, de ses semblables mêmes.
Il y a peu de temps encore que je me référais à lui dans les termes les moins offensants :
« J’ai du moins plus de respect pour le littérateur que pour aucun des autres, comme n’ayant pas été toute sa vie une sangsue de l’État.
Il ne dut qu’à lui-même sa subsistance, du moment qu’il eut quitté la fonction publique.
Ses conversations familières sur l’école m’ont d’ailleurs maintes fois rassuré sur les conclusions que j’avais tirées de ma propre expérience et de mes propres observations.
Rassuré, j’insiste : car il est l’un de ces rares écrivains du siècle qui aient encore le souci de faire réfléchir ; qui, en outre, aient traité sérieusement de thèmes sérieux : l’école, les élections.
[…]
Je l’en remercie donc, sans toutefois laisser d’être hardi à le réfuter quand la nécessité s’en fera ressentir.
Il me louera de l’autonomie de ma pensée.
Et je le crois assez fort d’outils d’auto-défense intellectuelle pour me riposter ; assez même d’honnêteté intellectuelle pour se rendre à l’évidence de mes raisons. » — ibid.
Voilà qui devrait du moins m’éviter le reproche d’être un critique injuste.
Si toutefois j’ai été un critique inexorable, plein du nerf le plus vif, c’est qu’il m’est revenu qu’on m’a flétri et humilié à l’école primaire, fait prendre en dégoût mes années de collège, persécuté à l’envi au lycée, ostracisé enfin à l’université, et que l’orientation idéologique de Bégaudeau ne me semblait rien moins que compatible avec les causes qu’il en fallait donner et les conséquences que j’en devais tirer.
La politique eût été l’asile de l’échec pour moi ; jouer au même jeu que mes ennemis ne pouvait tourner qu’à leur avantage.
Sur cette réflexion, je me mis à faire ma profession de foi, en prenant pour modèle celle du bon Horace :
« Quid verum atque decens, curo et rogo, et omnis in hoc sum ;
Condo et compono quae mox depromere possim. »(Horace, Épîtres, I, 1, v. 11-12)
« Je m’inquiète et m’occupe du vrai et de l’honnête ; c’est en quoi je me renferme tout entier.
J’amasse et je recueille ce dont je pourrai me servir. »
« Ac ne forte roges quo me duce, quo Lare tuter ;
Nullius addictus jurare in verba magistri. »(Horace, Épîtres, I, 1, v. 13-14)
« Ne me demande pas sous quels drapeaux je marche, à quelle maison je m’attache : je n’ai point de maître à qui je me sois donné, à qui j’aie juré obéissance. »
Dès lors l’actualité ni la presse, ni l’école ni les professeurs ni les étudiants, ni rien de tout ce qui s’y rapporte n’eurent plus aucune prise sur moi.
Je sentis assez que ma vocation ne pouvait souffrir le partage, et que, dans le cours entier de ma jeunesse, tout mon objet ne devait plus être que d’atteindre à la seule perfection de ma nature.
Jusqu’ici je ne me suis encore donné aucuns soins honteux pour me faire valoir — à Dieu ne plaise que je varie jamais là-dessus !
Ai-je à rougir cependant d’être venu ici dire son fait à François ?
Conséquent du moins avec ses principes de gestion autonome, il semble accueillir la contradiction même la plus fortement exprimée, de quelque part qu’elle vienne.
Et je lui en fais un véritable mérite.
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diegomaradona
InvitéLe Nouvel Ami du peuple a tout du fan déçu qui a pris conscience de la tartufferie indécrottable de son idole…
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bibinard
Invitéle pir cé kya dé groupis encor plusse incrotab ke lui
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diegomaradona
Invitéceux qui font partie de la meute
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..Graindorge
Invité« Un petit conseil aux écrivains qui veulent être lus par un écrivain : dans votre missive, signalez, que ce soit vrai ou non, que vous avez lu l’écrivain en question.
Sinon il ne verra pas pourquoi il devrait consacrer à votre œuvre les heures que vous n’avez daigné consacrer à la sienne.
C’est qu’un écrivain, contre toute attente, tient d’abord à ses écrits, comme un pâtissier à ses meringues. »
Oui. Je crois me souvenir que cet écrivain aime les meringues. Dans la pièce « Le lien » la mère offre à l’écrivain une tarte au citron meringuée. 🍋
Et dans un entretien, il me semble bien l’avoir entendu dire que c’était l’ un de ses desserts préférés. Il a même essayé d’en faire mais vu la mine de ses cobayes, je crois qu’il s’est dépêché de descendre chez le pâtissier du quartier qui pourtant lui avait gentiment donné SA recette secrète. En le voyant arrivé tout penaud, il a compris. Puis, avec un radieux sourire de
Maître-pâtissier lui a servi 6 jolies tartes au citron meringuées dont une offerte par la maison -
bibinard
Invitéi fodré um joure que gmange du goloulbi blougla y a la ressette sure ouikipaida
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..Graindorge
Invité.
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IA
InvitéHey! Looks like you didn’t type anything. Is there something on your mind?
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