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- Ce sujet contient 162 réponses, 1 participant et a été mis à jour pour la dernière fois par
graindorge, le il y a 8 mois.
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Cyril
InvitéÇa y est ! Édouard Louis a répondu à la critique de François Bégaudeau sur la manière dont il concevait son « destin social » de transclasse.
La vidéo commence directement sur le passage. Sinon c’est à 41 minutes. -
Mais moi c’est léo
InvitéIl y a une confusion importante me semble-t-il entre la question de la responsabilité de nos engagements et celle du lien de causalité engagement personnel –> résultat.
À ce titre, souligner le fait que notre volonté n’est pas libre en ce qu’elle ne s’auto-détermine pas n’attaque en rien le discours libéral du « quand on veut on peut ». Il y a tout un tas d’individus prolos et gays qui resteront prolos même si leur environnement de prolo les pousse à fuir. Vouloir malgré soi fuir n’implique pas que la fuite se fera, qu’elle réussira. Il dit qu’il n’a pas eu d’autre choix que de partir, très bien, mais partir ne se fait pas comme ça. De ce genre de milieu d’origine, il y a des gays qui ne partent pas, et la question de vie ou de mort se finit hélas trop souvent par l’évidence de la mort.
Tous les gens qui se suicident suite à des violences homophobes venant structurellement de leur milieu ont certainement tenté eux-aussi de s’extirper de ce même milieu mais n’ont pas trouvé les moyens pour y parvenir. Et ces moyens ne s’inventent pas, ne se créent pas par un effort personnel, ils sont là ou ne sont pas là. Ce sont ces moyens qu’il serait aussi intéressant de montrer.
Car un libéral se satisferait encore de son discours, il mettrait en valeur la coriacité de cette volonté de vie qui, puisque forcée et consciente d’être forcée à se sortir de la merde, s’est sortie de la merde toute seule et a arraché avec les dents sa nouvelle position dans l’ordre social, qu’elle aura donc infiniment méritée.
Il est très bien de dire que notre volonté ne s’oriente pas sur commande, mais il serait bon de montrer que ce n’est même pas notre volonté (et j’entends par là notre personne) qui a fait de nous ce que nous sommes. Il faut socialiser le problème jusqu’au bout du processus de transition et pas seulement à l’origine du processus. Il ne va pas assez loin. C’est cela qu’Edouard ne fait pas et que Bégaudeau je crois regrette qu’il ne fasse pas.
Aussi je pense que François est un lecteur avec d’assez grosses lunettes pour ne pas ignorer la cause originelle de son son départ (l’homophobie dont il a été tristement victime). L’homophobie juste n’explique pas tout. Les gays prolos victimes d’homophobie ne sont d’ailleurs pas tous normaliens d’après mes statistiques.-
Mais moi c’est léo
InvitéMa dernière phrase a sacrifié un peu de justesse pour plus de tension : il n’est pas vraiment normalien mais a étudié trois ans sur les bancs de l’ENS ulm. Ça change pas trop ce que je dis.
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Claire N
InvitéTu me donnes envie de le lire ; je me demande juste comme ça si il n’a pas été l’objet d’un désir bourgeois – je précise bien l’objet ; ce qui renverai a un processus d’élection inverse
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Claire N
InvitéTu sais un peu comme quand il adoptent un enfant pauvre d’un pays dévasté par leur appetits
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françois bégaudeau
InvitéL’approximation pointée ici n’en est qu’une parmi d’autres dans cet entretien
La rigueur n’étouffe pas Edouard.-
Cyril
InvitéC’est vrai que se dire plus déterminé qu’un autre n’est pas très rigoureux d’un point de vue déterministe. C’est même se réaccorder une forme de distinction.
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françois bégaudeau
InvitéEt surtout, inédit dans l’histoire du bourdieusisme, que c’est un surcroit de déterminisme qui libère
En vérité, à aucun moment EL ne répond à l’objection de gauche qui lui est faite, rapportée par son intervieweuse
Ceux qui émettent des réserves sur l’idéologie transclasse seraient d’horribles réactionnaires ou des homophobes
Et hop encore une occasion de penser ratéePassons sur le moment gag de cet entretien ; il ne peut pas y avoir d’extremisme à gauche, car quand on est dans la camp du bien, on ne peut pas être extreme, car il n’y a pas d’extreme bonheur
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Mao
InvitéQu’est-ce que tu appelles l’idéologie transclasse ?
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françois bégaudeau
InvitéL’idéologie charriée, consciemment ou non, par la mise en avant des transclasses
A savoir : les individus plus forts que les structures
Par extension : quand on veut on peut.
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farine
InvitéVous aimez bien taper sur les morts.
Vous etes forts-
françois bégaudeau
InvitéDécidément la ressemblance est frappante avec Louizz
Même style, même morbidité. Même schéma paranoiaque (seule contre tous) ou mégalomaniaque (tous des cons sauf moi)
Mais on comprend que la femme en question veuille garder l’anonymat.
Elle n’aime d’ailleurs pas qu’on l’évoque en public
Dans un procès récent elle a du etre bien meurtrie d’etre citée par la plaignante.-
JÔrage
InvitéTu parles de l’histoire qui dit que t’es du genre à l’humilier quand tu peines à jouir?
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Eden Lazaridis
InvitéDe quoi parlez vous ? « farine » est-elle « amour » ? Je ne comprends pas mais la référence à un procès me laisse à penser qu’il s’agit d' »amour »
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françois bégaudeau
Invitéen effet
dont je pourrais donner le vrai nom, puisqu’il a été mentionné au procès, pour accréditer son témoignage-
Mélanie
Invitéun témoignage ? contre toi à ton procès ?
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françois bégaudeau
Invitétout à fait
qui mériterait un procès en diffamation
mais on n’a pas que ça à foutre-
diegomaradona
Invité« qui mériterait un procès en diffamation »
Entendre cela de la part d’un type qui diffuse illégalement des données personnelles d’autrui, c’est l’hôpital qui se moque de la charité.
Mais comme tu dis, on n’a pas que ça à foutre d’aller porter plainte contre ce genre de nuisible. -
JÔrage
Invitédiegomaradona: Tu fais référence à quoi?
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Mélanie
InvitéEh bé.
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françois bégaudeau
InvitéCe que diegomaradona appelle diffuser illégalement des données personnelles d’autrui, c’est que, voyant ici Louizz-Amour-etc et lui vomir un fiel de meme acabit, je les ai une fois mis en relation par mail, ce qui revenait à révéler à l’un et l’une le mail de l’autre.Ce que le droit ne saurait en rien caractériser comme diffamation
Merci quand meme Diego pour ton intervention classiquement affable. -
françois bégaudeau
InvitéEt si tu avais en tête d’autres faits, nous serions bien aise que tu les exposes.
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diegomaradona
InvitéJe ne dis pas que cela relève de la diffamation. Le fait est que mon adresse mail et mes nom et prénom ont été affichés publiquement sur ton site sans mon autorisation ou consentement. Ce manque de protection des données personnelles sur ton site constitue de facto un délit dont tu es légalement responsable, que ça te plaise ou non, c’est un fait. Libre à toi de tourner cela à la dérision et de ne pas reconnaitre tes torts, cela en dit long sur l’intégrité et la dignité qui te caractérise….
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JÔrage
InvitéAh ouais, c’est comme si t’avais dit qu’en vrai je m’appelle Julien. C’est super grave putain.
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diegomaradona
Invité« c’est comme si t’avais dit qu’en vrai je m’appelle Julien. »
Non, c’est comme si j’avais affiché ton nom, prénom et adresse mail sans ton consentement.
Informations personnelles te concernant que toi-même tu ne donnes pas comme cela sur ce forum dans ton post. C’est bien la preuve que toi même tu reconnais implicitement que ce n’est pas du tout la même chose que ce que tu sembles faire croire. -
JÔrage
Invitédiegomaradona: « je les ai une fois mis en relation par mail »
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Je ne vois pas où est le scandale. -
diegomaradona
InvitéLes fans de Bardella et Zemmour ne voient pas non plus où est le scandale de s’acharner sur les musulmans.
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JÔrage
Invitédiegomaradona: Parce que vous mettre en relation par mail c’est comparable au fait de lyncher Médine sur toutes les ondes, c’est évident.
…
E que s’appelerio chialeuse. -
diegomaradona
Invité@ jorage
relis ce que j’ai dit à francois: » Tu es légalement responsable des données personnelles fournies sur ton site et qui s’y retrouvent publiquement affichées par ta faute. C’est un délit reconnu par la loi, et ceci est indépendant des menaces et harcèlements qui en ont résulté (qui, de fait, ne sont pas nul). Tu es factuellement à cette aune un délinquant, que cela te plaise ou non. »Si tu ignores la loi je ne peux rien pour toi, mais fais-toi plaisir et continues à troller et déverser ton fiel comme à ton habitude…
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JÔrage
Invitédiegomaradona: Faut pas t’en faire, je n’avais pas prévu de poursuivre ce non échange.
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françois bégaudeau
InvitéPoussé à préciser, tu t’affaisses : nous sommes passés à l’abstrait et inquiétant « un type qui diffuse illégalement des données personnelles d’autrui » à une pauvre anecdote où une personne qui n’est pas moi place ton mail sur mon site.
Ce qui est effectivement scandaleux. On imagine que tu as du etre terriblement harcelé ensuite.
Je crois décidément qu’aujourd’hui tu peux aller te coucher. -
françois bégaudeau
InvitéJe reviens donc à ce que je disais avant que la mouche Diego vienne s’immiscer et qu’une tapette l’éloigne : le témoignage d’Amour-Louizz a, sous son vrai nom, été citée par la plaignante. Le contenu de ce témoignage pourrait tenait de la diffamation.
Je note accessoirement que la mention de ce fait par moi ici a comme par magie fait disparaitre Farine. Farine craindrait-elle que je livre ici son nom, qui a été énoncé publiquement au procès, et contre moi, devant juges et journalistes qui eussent pu en faire usage dans leurs objectifs rapports?
En somme il serait logique, voire respectueux, que je publicise ici un prénom et un nom que l’intéressée a d’elle-même choisi de publiciser dans la plus noble agora qui soit. -
diegomaradona
InvitéTu es légalement responsable des données personnelles fournies sur ton site et qui s’y retrouvent publiquement affichées par ta faute. C’est un délit reconnu par la loi, et ceci est indépendant des menaces et harcèlements qui en ont résulté (qui, de fait, ne sont pas nul). Tu es factuellement à cette aune un délinquant, que cela te plaise ou non.
Par ailleurs ta pitoyable défense de tourner la chose au dérisoire et refuser de reconnaitre ton délit au motif que les conséquences n’ont pas été terribles pour moi, est semblable à celle d’un type qui refuserait de reconnaître qu’il est auteur de violences conjugales au motif qu’il a juste donné quelques claques à sa femme, ce qui est tout à fait normal et banal dans une vie conjugale classique.
Nous avons donc encore ici une nouvelle preuve de ton abjection.
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JÔrage
Invitédiegomaradona: ouin ouin ouin.
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I.G.Y
InvitéMon impression est qu’il répond à toutes les critiques sauf à celle de François
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Cyril
InvitéDéveloppe ?
Il me semble que François pointait justement un discours méritocratique et la non-formulation de sa détermination gay.
Il me semble que là-dessus, Édouard Louis a été clair.-
I.G.Y
InvitéSur la non-formulation de sa détermination gay, je ne me souvenais plus que François avait parlé de ça mais si c’est le cas, alors oui je suis d’accord, il répond.
Je faisais plutôt référence à des choses assez précises que François avait je crois pointées dans ses textes mêmes, citations à l’appui : d’abord sa manière de décrire la « méthode » de changement, reproduisant point par point le discours standard dominant etc… Il me semble que la réponse que donne EL dans cet entretien élude cet aspect. Tout autant qu’il élude non pas la haine de classe contre les transfuges mais au contraire le bon accueil qui lui et réservé par bon nombre de secteurs de la bourgeoisie et que François soulignait (EL n’en est pas responsable, mais il ne regarde pas cela en face, pas davantage dans cet entretien).
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Cela dit je trouve ce dialogue très intéressant. Je ne sais pas dans quelle mesure ce qu’EL dit là peut s’éloigner du concret de ses textes, que je n’ai pas lus — au vu de ce que pointait François de mémoire, j’ai le sentiment d’un écart —, mais EL est pertinent par bien des côtés.-
françois bégaudeau
InvitéEt par bien des cotés totalement brouillon.
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françois bégaudeau
InvitéOn verra aussi toujours son refus de penser sa situation actuelle, ce à quoi l’invite pourtant la questionneuse. Sa réponse est un chef d’oeuvre d’esquive.
Ou plutot : oui bien sur que ça nous change d’accéder à un milieu bourgeois, sauf que pas moi, car moi Edouard je me souviens d’où je viens.-
K. comme mon Code
InvitéIl a défait son déterminisme tout seul.
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PeggySlam
InvitéJe crois que quand on a un truc de différent que les autres on a besoin de se rassurer et de se dire qu’on a réussit et qu’on est plus fort maintenant. Pendant toute la période Slam de Poésie j’étais comme ça avec mon handicap et m’aperçois aujourd’hui que le discours était horrible. Ce n’est pas parce que on a réussi à vaincre ses propre démons qu’on doit se croire supérieur aux autres et de mon côté j’ai aussi arrêté de faire une sorte de morale. On a le vécu qu’on a eu. Il nous appartient. À nous de le vaincre s’il nous a étouffé dans notre vie antérieur. Ceci dit je l’ai trouvé intéressant mais peut être un peu trop prétentieux à mon goût. Ou alors je fais fausse route et je n’ai pas compris le but de cette conversation. Et j’avoue je le découvre aussi
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françois bégaudeau
Invité« Il a défait son déterminisme tout seul. »
on l’appelle Edouard Balboa-
PeggySlam
InvitéEst ce que je peux rire ou est ce un piège ? ^^
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K. comme mon Code
InvitéTu peux, c’est fait pour ça.
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PeggySlam
InvitéRire
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Florent
InvitéMais on ne réclame pas l’autorisation de rire, c’est un réflexe…comme quand on vous tape sous le genou. Une blague vous tape les cordes vocales et hop vous riez. Sinon ça s’appelle du théâtre
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Claire N
InvitéOk je crois que je commence à comprendre « après la première fois chez Elena je suis allé chez elle de plus en plus régulièrement. Sa mère m’invitait à dormir chez elles dans la chambre d’ami ,au dernier etage, (…) pendant qu’on mangeait, la petite sœur d’Helena nous jouait des sonates au piano, Nadya offrait à ses filles des livres, Garcia Louca, Victor Hugo, Sylvia Plath.(..) chez elle le repas était une cérémonie «
J’espère qu’il va élucider dans la suite du livre ce spectacle de la bourgeoisie dont il est le spectateur -miroir complaisant ; exposition falsificatrice par essence – hystérique par moyen -
..Graindorge
Invitéje l’ai réécouté notre cher Édouard. Quelque chose en moi aimerait tellement… donk, j’écoute, j’acquiesse, un peu comme lorsqu’on suit un ballon lors d’un match de foot, concentrée, sans ciller, vasyvasyvasyvasy… allez!
Mais non, vers la 40ème minute, ça botte en touche!
Ça répond pas… -
graindorge
Invitépeut-être qu’il a pensé à plaire à tous le monde avec ce sujet de livre, sa mère
Combats et métamorphoses d’une femme pour les intellos
et là Monique s’évade pour tout le monde.
À quand une rencontre Bégaudeau, Louis? -
MacLovin’
InvitéRelevons aussi qu’il a dit « être trans classe c’est comme être transgenre ». Phrase d’une débilité insondable, vraiment.
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françois bégaudeau
Invitéet toujours ce dolorisme teinté de masochisme
il y a une haine du transclasse, dit il
qui donc ?
où donc ?il dit que les conservateurs haissent les transclasses, en tant qu’ils perturbent l’ordre : c’est un parfait contresens, une absolue bourde analytique. C’est exactement le contraire qui se passe, et EL est très très bien placé pour s’en rendre compte.
Mais quand on veut pas la vérité, on la veut pas.-
graindorge
Invitéil dit aussi « un transclasse s’en sort en sachant que c’est impossible de s’en sortir… »
après moi le déluge, quoi…
ça me rappelle un sketch de Coluche. Un ministre qui dit » les gars, j’ai réglé le problème du chômage, j’ai trouvé du boulot! »
et pour le dolorisme, ah ça, il sait y faire, il charge bien le mulet… presque envie de lui dire » t’as rien oublié, t’es sûr? »
Pardon Seigneur, je ris
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I.G.Y
InvitéJe ne trouve pas que cette phrase soit d’une débilité insondable. Elle s’insère juste dans un raisonnement confus. J’ai l’impression que ceux que vise au fond EL dans cette critique sont soit les prolétaires conservateurs/réacs de son milieu d’origine, ou bien les idéologues très « prolétariens ». Et sous cet angle, c’est une phrase qui peut tout à fait s’entendre : elle répond à ceux qui accusent les transclasses de trahison (il emploie le terme). Je n’ai aucun doute qu’une telle chose existe, et s’il l’a subie je le crois sur parole.
Le problème est qu’il mélange cet argument avec la critique d’une « haine » du transclasse qui viendrait de la bourgeoisie, de l’ordre en place. C’est là que sa pirouette pour esquiver une partie du problème tourne au vinaigre, la lucidité le quitte
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Ema
InvitéJe trouverai assez étrange de supposer qu’il existe une haine des transfuges dans les milieux prolo. Peut être à titre individuel, par jalousie larvée, mais dans l’ensemble « ceux qui ont réussi » constituent plus typiquement une fierté pour leur entourage. L’idée de trahison de classe supposerait déjà qu’il existe encore une conscience de classe, ce qui me paraît relativement anachronique.
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Tony
InvitéAnachronique peut être pas car il n’y a pas si longtemps les gilets jaunes semblaient avoir retrouvé cette conscience de classe,idem pendant le covid et les métiers essentiels, mais oui cette conscience de classe semble refoulée.
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I.G.Y
InvitéDéjà « haine » est sans doute un mot trop fort. Et je ne sais pas en effet si ce type de défiance/critique/rejet/mépris est massif dans les milieux populaires, aucune idée. Il y a en tout cas de gros contre-exemples. En revanche je suis certain que ce type de comportement existe, il existe à gauche notamment, j’ai lu des choses de ce genre plus d’une fois. Je pense qu’EL a dû subir ce genre de discours et c’est ce qui ressort dans sa réponse, si embrouillée soit-elle
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françois bégaudeau
InvitéS’il y a un espace où le motif de la trahison est présent c’est.. les récits de transclasse. Qui souvent s’épanchent sur LEUR sentiment de trahison
A quoi Leila Veron rétorque que : personne ne leur reproche d’avoir trahi. Ils se le reprochent tout seuls.
Je suis bien de cet avis.-
I.G.Y
InvitéJ’admets être particulièrement peu convaincu par cet argument d’une Leila Veron par ailleurs très convaincante, mais qui prend là ses désirs d’honnêteté intellectuelle et de bonté (un peu trop) pour des réalités.
Ce « personne ne leur reproche d’avoir trahi » s’applique très bien aux jugements de la classe dominante, du moins sur les transclasses qui montrent patte blanche. Dans le cas général, je suis très dubitatif.
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Quant au cas du transclasse qui ferait désordre, à savoir le transclasse un tant soit peu de gauche communisante-marxisante, c’est en tant que « de gauche » qu’il sera disqualifié et non en tant que transclasse. C’est donc bien plus une haine de la gauche que du transclasse, effectivement. Si EL subit un jour les foudres de la bourgeoisie, ce sera avant tout en tant qu’homo et de gauche, non en tant que transclasse.
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Toute cette discussion m’a décidé à lire Changer : Méthode, acheté hier soir. Il me faut d’abord finir la très bonne synthèse de Gentile sur le Fascisme…-
Claire N
Invité« Toute cette discussion m’a décidé à lire Changer : Méthode » la seconde partie m’a ennuyée, impression qu’il n’avait plus envie d’écrire un livre et qu’il à meublé – comme si il voulait vite passer à autre chose ça se sent – pourtant ce qui est mis en place dans la première partie me semblait fécond – l’esquive est de plus grossière on ne voit qu’elle dans cette seconde partie
Tu me diras ce que tu en as pensé ?-
Claire N
InvitéUn écrivain qui se casse au milieu du bouquin c’est pas très fréquent dans mes expériences
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..Graindorge
Invité@ Claire N
et dans l’entretien il fuit vers la 40ème minute -
..Graindorge
Invitéles mensonges finissent toujours par être découverts. Comme on dit Le mensonge prend l’ascenseur, la vérité prend l’escalier. Elle tarde plus de temps mais elle finit toujours par arriver.
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JÔrage
InvitéEma: » Peut être à titre individuel, par jalousie larvée »
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Ou peut être que ce sont simplement des traitres.-
Ema
Invité@Jorage
Si tu veux, mais d’après mon observation, à moins qu’on parle de prolétaires tres politisés à gauche (je n’en connais hélas pas trop, mon entourage prolo est majoritairement conservateur ou apolitique), la notion de « trahison » de classe me parait complètement absente lorsqu’il s’agit des petits jeunes qui poussent les études et se degottent de bon postes. On est plutôt content pour eux, dans l’ensemble, et çà donne même lieu tragiquement à un certaine auto dénigrement du genre « heureusement que t’es là pour sauver l’honneur hein! ». Et quand j’ai pu entendre ci ou là des reflexions un peu plus acerbes, accusant un tel ou un tel d’être devenu bobo, honnêtement ca ne transpirait pas la conscience politique. Il s’agissait plutôt de mettre en avant l’abandon de certaines valeurs conservatrices plutot que le passage à la classe supérieure.-
françois bégaudeau
Invitévoilà
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Seldoon
InvitéHum, j’ai déjà été témoin d’accusations envers un transfuge directement liées au changement de classe. Par exemple « Je ne reconnais plus mon fils », chargé d’amertume, en séance shopping.
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françois bégaudeau
InvitéFaudrait préciser
Qu’était devenu ce fils? D’où venait il?
A propos de quoi précisément disait-elle qu’elle ne le reconnait plus?-
Seldoon
InvitéLe fils accédait à la bourgeoisie et venait de la classe moyenne très basse, mère dans l’enseignement, père postier, les deux étant eux même issus de familles prolétaires. Donc ascension classique en 2 générations.
Et c’était à propos de choix de vêtements chers et correspondant aux codes bourgeois, pour le travail (de type vestes…).
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K. comme mon Code
InvitéAlice Munro n’utilise jamais le mot « trahison ». Il faudrait se demander si ce n’est pas un leitmotif français. Elle a grandi dans un milieu rural très pauvre au Canada, et il y a l’idée de « rester à sa place » ; elle évoque les vêtements de sa mère, qui a été institutrice puis a épousé un fermier, fils de fermier, et de la gêne que cela provoquait car ils attiraient l’attention. Une gêne née d’une forme de ressentiment envers les plus riches qui, ils n’en doute pas, s’estiment meilleurs. (Ont-ils tort ? L’inssuportable aspect d’Eddy Bellegueule, c’est cette supériorité qui suinte à chaque page. Edouard souffre de se sentir supérieur. Il court chez ceux qui sont confortables dans leur supériorité.)
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En recherchant un extrait de Munro, je tombe sur le mot « traitor ». Eh bien, ça existe partout.
« They had a habit of poor people—perhaps especially of poor people burdened with more intelligence than their status gets them credit for—a habit or necessity of turning their betters, or those whom they suspect of thinking themselves their betters, into such caricatures.
My mother was not like that. She approved of Michael. And he was polite to her, though uneasy around her, because of her thickened desperate speech and shaky limbs and the way her eyes might go out of control and roll upwards. He wasn’t used to sick people. Or poor people. But he had done his best, during a visit that must have seemed to him appalling, a dreary captivity.
From which he longed to rescue me.
These people at the table—except my mother—thought me to some extent a traitor for not staying where I belonged, in this life. Though they really didn’t want me to, either. They were relieved that someone would want me. Maybe sorry or a little ashamed that it was not one of the boys around home, yet understanding how that couldn’t be and this would be better for me, all round. They wanted to tease me sharply about Michael (they would have said it was only teasing), but on the whole, they were of the opinion that I should hang on to him. I meant to hang on to him. I wished they could understand that he did have a sense of humor, he wasn’t as pompous as they thought, and that he was not afraid of work. Just as I wanted him to understand that my life here was not so sad or squalid as it seemed to him.
I meant to hang on to him and to my family as well. I thought that I would be bound up with them always, as long as I lived, and that he could not shame or argue me away from them.
And I thought I loved him. Love and marriage. That was a lighted and agreeable room you went into, where you were safe. The lovers I had imagined, the bold-plumed predators, had not appeared, perhaps did not exist, and I could hardly think myself a match for them anyway.
He deserved better than me, Michael did. He deserved a whole heart. »
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Hami Debile
InvitéEma: admettons que ce soit des cons, admettons, peut être que ça implique juste qu’ils ne sont pas foutus de formuler les choses proprement en évoquant leur sentiment de trahison.
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Ema
InvitéOui ça c’est une option. Mais comme je le précisais, en ce qui me concerne ces discours sont de toute manière à la marge. L’immense majorité des « petites gens » glorifient plutôt l’ascension sociale de leur progéniture, quand ils n’ont pas carrément œuvré à ce qu’elle se produise. Il faut arrêter les conneries, les transfuges sont célèbrés, à l’unisson. L’idéologie dominante veut croire et faire croire à la méritocratie, comment diable tant de gens pourraient ils y être hermétiques ?
Je pense comme François que concernant E. L, si sentiment de trahison il y a, il n’est certainement pas induit par la société ou l’époque.
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jojo_le_gilet_jaun°
InvitéTu parles de « prolétaire », mais ce que décrit EL dans En finir avec Eddy Bellegueule est tout autre chose que le prolétariat. C’est l’anomie extrême de personnes éjectées du prolétariat par le chômage. La sensualité bête et brutale du père, sa perversion, le plaisir qu’il prend à martyriser son fils, n’est pas typique des classes populaires. Idem pour le cousin incestueux, qui abuse d’Edouard le weekend et mène des raids homophobes contre lui la semaine, au collège. Le tort d’EL est de rabattre entièrement cette expérience de l’horreur quotidienne sur des catégories sociologiques bouchées au reste. A mes yeux, une des faiblesses principales de sa littérature.
A l’opposé, sans toucher terre, poussé par des vents favorables, il s’est retrouvé dans les extrêmes hauteurs du champ littéraire.
Cet itinéraire est sans rapport avec la manifestation majoritaire du phénomène « transclasse » que tout un chacun a pu observer et que tu décris : un bon bougre, qui après avoir sué quelques temps dans une école d’ingé ou de commerce, revient dans son village en SUV rutilant, sous l’œil admiratif de la famille et des copains (Connemara quoi !). En ce sens, le transclasse est un puissant agent de la conservation.-
jojo_le_gilet_jaun°
Invité@ Ema, Tu parles de « prolétaire », mais ce que décrit EL dans En finir avec Eddy Bellegueule est tout autre chose que le prolétariat. C’est l’anomie extrême de personnes éjectées du prolétariat par le chômage. La sensualité bête et brutale du père, sa perversion, le plaisir qu’il prend à martyriser son fils, n’est pas typique des classes populaires. Idem pour le cousin incestueux, qui abuse d’Edouard le weekend et mène des raids homophobes contre lui la semaine, au collège. Le tort d’EL est de rabattre entièrement cette expérience de l’horreur quotidienne sur des catégories sociologiques bouchées au reste. A mes yeux, une des faiblesses principales de sa littérature.
A l’opposé, sans toucher terre, poussé par des vents favorables, il s’est retrouvé dans les extrêmes hauteurs du champ littéraire.
Cet itinéraire est sans rapport avec la manifestation majoritaire du phénomène « transclasse » que tout un chacun a pu observer et que tu décris : un bon bougre, qui après avoir sué quelques temps dans une école d’ingé ou de commerce, revient dans son village en SUV rutilant, sous l’œil admiratif de la famille et des copains (Connemara quoi !). En ce sens, le transclasse est un puissant agent de la conservation.
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MacLovin’
InvitéEL met sur le même plan l’acquisition d’un capital social, symbolique et économique (via l’accès à la bourgeoisie) avec un changement de genre, geste ô combien difficile et coûteux socialement, émotionnellement, et dont le stigmate est absolument incomparable.
Il faut vraiment être très confus ou de très très mauvaise foi ou encore très très très bête pour penser que c’est la même chose.
Le mec dit quand même: être bourgeois=être trans. C’est ultra con. C’est d’une débilité quantique.-
I.G.Y
InvitéOn va finir encore plus imprécis qu’EL lui-même. Je crois qu’on ferait mieux de ne pas (plus) s’engager dans la spirale de la confusion
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françois bégaudeau
InvitéPour le moins je pense qu’on peut relever sa confusion (moi je dirais : son peu d’appétence pour la vérité) sans le couvrir d’insultes.
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MacLovin’
InvitéJe me suis un peu emporté, pardon. En revanche il ne me semble pas que mon propos soit confus ou imprécis.
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K. comme mon Code
InvitéCe n’est ni confus ni imprécis. Louis raconte n’importe quoi, et ce n’importe quoi frise l’insulte — seul sa bêtise le sauve.
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Juliette B
InvitéAbsolument, « une telle chose existe ». Surtout chez les hommes. Faut quand même les écouter, abattus, quand ils rentrent d’un week-end familial dans le milieu d’origine, ou regarder ce qu’il se passe quand on est présent lors des retrouvailles.
Et s’agissant de la bourgeoisie, on peut aussi remarquer que si elle accueille à bras ouverts le transfuge assez brillant pour légitimer la méritocratie, elle n’en note souvent pas moins d’un œil acéré, pas nécessairement malveillant, ses petites fautes de goût qui persistent.
C’est pas rien des corps qui changent de milieu.-
Carpentier
InvitéTout à fait.
Me remonte, te lisant, le séminaire Vivendi à Marrakech.
Plus jamais ça.
6 mois après (putain, six mois quand même, j’aurais pas cru) je demissionnais brut.-
françois bégaudeau
InvitéLes petites fautes du gout du transclasse lui seront volontiers pardonnées s’il montre une allégeance sans faille à sa nouvelle classe. En tout cas un respect.
Sur tout plateau, Edouard est toujours poli, et n’embête jamais ses interlocuteurs. Qui l’adorent.
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françois bégaudeau
InvitéMais il met vraiment à l’épreuve notre calme.
Et son intervieweuse toute empathique, pas moins. J’ai cru qu’elle allait le prendre dans ses bras.-
..Graindorge
Invitédommage qu’il mette à l’épreuve TON calme car tu es à mon humble connaissance un des seuls intellos de gauche à l’avoir bien lu et à être à même
de démonter non pas la personne Louis mais le boniment à 2 pattes. Oui tu l’as fait. Tu as écrit mais encore mieux serait une rencontre Bégaudeau – Louis
Et ça tu ne sembles pas le souhaiter. À moins que ce soit Louis qui ne le souhaite pas
Dommage donc-
françois bégaudeau
InvitéMoi j’y serais tout à fait disposé, mais Louis surement pas. De toute façon je suis désormais non grata pour le trio, ayant commis l’immense impair de discuter les livres d’un de ses membres.
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graindorge
Invitéah, ils sont comme ça? On avance comment si on est pas ouvert aux critiques? Donk si Louis ne veut pas c’est qu’il a peur? C’est vrai que Bégaudeau c’est du pitbull consistant…
Monique s’évade 42000 exemplaires de vendus. 60000 en réimpression. Et je m’en réjouis pour lui. J’ai eu la flemme d’aller voir les chiffres de Combats et Métamorphoses d’une femme, comme je disais c’est le Monique pour intellos.
Et sa maman Monique, on peut pas l’entendre sa maman? Ou un de ses frères? Ou son papa? Personne n’a songé à aller les interviewer? Avoir un petit témoignage? Tout petit?
C’est vrai que c’est bon la cuisine libanaise et sûrement bien meilleure dans un restau libanais 5 étoiles. Au fait, on donne des étoiles aux restaus libanais? Pardon pour le rire mais aujourd’hui je suis si contente-
PeggySlam
InvitéEt une Gêne Occasionnée pour la rentrée ça serait possible François ?
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françois bégaudeau
InvitéJe vais pas aggraver mon cas.
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Titouan R
InvitéLedit trio est coutumier du fait. En traînant sur Hors-Série récemment, j’ai vu qu’Eribon leur avait demandé onstamment, peu après une interview avec Judith B, que la vidéo soit retirée du site, prétexte pris des accointances douteuses de HS (quand il ne s’agissait que d’une autre interview, de 2 sociologues, dézinguant plus ou moins GDL). Quel orgueil cjatouilleux (de là à dire que « Qui se sent morveux…. »)
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Titouan R
InvitéLa chose doit dater de 2014 ou 2016.
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Ragon
InvitéIl est de notoriété publique qu’Eribon est du genre à faire un caca nerveux lorsqu’un un jeune chercheur a le malheur d’utiliser une vague idée qu’il aurait produite sans le citer expressément. En revanche, recevant un texte de Bourdieu portant la mention claire « ne pas publier », il ne voit aucun problème à s’arroger le droit de le transmettre au Nouvel Obs qui ne manquera pas l’occasion de chier sur P.B. et en fera une double page accompagnée d’éditoriaux indigents. La famille de Bourdieu en fut assez meurtrie. Didier Eribon est décidément aussi humble que sympathique.
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Titouan R
InvitéJ’ignorais cet épisode.
Merci à toi
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Claire N
Invité« J’ai cru qu’elle allait le prendre dans ses bras. »
Oui – et c’est bien là que j’y vois un noeud – j’insiste sur l’adoption mais il s’agit pour moi d’un thème central dans son livre
Ce n’est pas lui qui l’a choisi – c’est une forme perverse de la violence de classe : ils volent les petits des pauvres comme on adopte et éduque un chiot – pour moi il en garde cette trace « d’orphelin – chaton perdu « alors bien sûr j’imagine qu’il était un bon candidat à l’adoption
-la violence de « l’éducation « qu’il a subie en retour n’est pas questionnée – la scène ou Elena le dresse à manger avec des bouts de pain est intenable-
françois bégaudeau
InvitéJ’utilisais cette métaphore, cette image, dans le fragment de Boniments consacré à Changer méthode. Le chien qu’on recueille.
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Claire N
InvitéOui , j’ai du le voler inconsciemment – mais c’est parce que ça brillait
Je me dis que peut-être un accueil comme dans la maison des bois , ça c’est doux- et que l’issue est de ce côté-
Juliette B
InvitéC’est beau cette image de La maison des bois Claire. Et juste.
Je pense que sa maison ça pourrait être la littérature, pas celle de la victime sans cesse mêmement rejouée, mais celle par exemple du désir ou de la rage qui éclairent certains passages de son Histoire de la violence. Je m’étais arrêtée le lisant au moment de la rencontre, cette nuit là dans la rue. « Il se cachait un peu pour essuyer ses narines avec ses doigts qu’il frottait ensuite sur son pantalon, laissant dessus des trainées brillantes. Ca ne me dérangeait pas ».
J’ai souvent repensé à ces belles traînées de morve, ou au récit de sa plainte au commissariat, où toute récit est perverti par la retranscription policière.
Alors je me dis livre après livre que pour creuser ce talent littéraire, il faudrait qu’il ne se fasse plus relire par son mentor qui, je le crains, l’arrime à l’académisme. Que dans la solitude de sa chambre, il lâche joyeusement cette bouée.-
françois bégaudeau
Invitécette morve est genettienne
il faut cultiver cette morve – et le gout qu’il en a
la seule issue d’Edouard, c’est d’aller vers Genet
c’est à dire vers le mensonge assumé, vers les fastes de l’immoralité
il est pour l’instant à l’exact opposé de ça : misérabilisme, sentimentalité, chantage au vrai, volonté de plaire et de toucher-
Claire N
InvitéMerci à tous les deux pour ce cheminement – je suis profondément émue
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Dr Xavier
InvitéGenet, on commence par quoi ? Journal du voleur ?
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françois bégaudeau
InvitéOui par exemple
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lison
InvitéS’il commençait par dire traînées de morve à la place de « traînées brillantes » , ce serait bien.
Abandonner le brillant, le reluisant , tout un programme.-
Juliette B
InvitéPas d’accord Lison, ces traces brillantes sur les vêtements c’est le scintillement du laid, j’aime précisément qu’il utilise ces deux mots pour évoquer ce qu’on a compris au début de la phrase être de la morve. Le geste de la main de celui qui n’a pas de mouchoir on le voit aussitôt le lisant.
A ce moment là du récit tout est en train de devenir désirable chez l’homme qui l’aborde.-
françois bégaudeau
InvitéJe suis assez d’accord
Ce que je présentais du genettisme : esthétisation du laid, sublimation de l’abject
Chez Genet ça prend souvent la forme de la glorification de son masochisme. Edouard n’en est pas là. Edouard conte et reconte combien il a souffert, sans jamais nous laisser envisager qu’avoir souffert, ou le raconter, ait pu le faire jouir. -
lison
InvitéOk, comme je n’ai pas lu le bouquin et ne connais pas la situation décrite dans ce passage, je te fais confiance .
Mais ce que je voulais dire c’est que l’utilisation d’un mot pour une chose ( la morve) est parfois bénéfique plutôt que d’utiliser une métaphore qui rehausse, anoblit, embellit cette chose (en utilisant brillant). Mais je comprends dans ce que tu dis qu’il commence à trouver beau tout de cette homme, y compris cette morve ….et qu’il utilise donc ce mot brillant pour souligner ça.-
Claire N
InvitéÇa me fait penser à une anecdote ; étudiante on parlait des mecs, du désir avec une nana, essayer de cerner ce qui plaît -elle plante ses canines de rousse de chaque côté d’un sourire et me balance : moi , c’est l’odeur de ses couilles
, elle était joyeuse et franche c’était pas ironique , pas salace , très cru et très pur à la fois
Parce que évidemment on va pas s’en faire un parfum – mais elle avait lié dans son desir , jusqu’à s’en enivrer, l’odeur et le beau-
lison
InvitéRire
Claire, j’aime bien cette anecdote, et ça va un peu dans le sens de ce que je voulais dire, le mot même (sans périphrase) peut avoir plus de force, de grâce, de drôlerie, que ce mot « déguisé ».
Mais en littérature pour faire passer autre chose (un trouble, une envie) on n’est peut être contraint à ces assemblages là, parce qu’on a peur aussi qu’en disant morve le lecteur ne voit que la morve, et pas le reste.
Mais est ce si sûr ? Faudrait voir les phrases avant, leur agencement, les mots autour du mot morve. -
Claire N
InvitéC’est vrai et ton point de vue ainsi que celui de Juliette me fait vraiment toucher du doigt ce qu’est concrètement un problème formel – c’est passionnant mais très complexe
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Oscar Spielmann
InvitéDéjà beaucoup d’emphase dans le commentaire d’un désir chez l’autre, pourtant simple.
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Claire N
InvitéOui mais la question est plus précise que cela
– est ce que tu travailles sur morve – avec un adjectif qui évoque le beau ( sans tomber dans le fétichisme)
/ est ce que tu pose un cadre de désir dans lequel tu passe le mot morve
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lison
InvitéClaire, tu parles de l’accueil d’Hervé par le châtelain du village ?
C’est drôle que tu parles de La maison des bois, je viens de le montrer à mon fils ( 7 an et demi), on l’a regardé sur quelques semaines, tranquillement, et une fois le dernier épisode terminé il m’a dit « qu’est ce qu’on va regarder maintenant ? » Comme il ne me demande jamais ça, j’y ai entendu non seulement la demande du film à venir mais surtout quoi après ça ? quoi d’aussi bien ?
J’ai adoré le revoir avec lui, l’entendre m’en parler…mais désolée je m’éloigne d’Édouard Louis.-
françois bégaudeau
InvitéCe n’est pas donné à tout le monde de plaire aux enfants et aux adultes, aux cinéphiles et au public populaire. La maison des bois l’a pu.
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Claire N
InvitéMerci Lison ; pour cette expression « qu’est ce qu’on va regarder maintenant ? » et l’océan qui s’ouvre derrière
Je ne pensais pas particulièrement à la rencontre avec le châtelain – mais tu as raison d’évoquer sa résistance – ce n’est pas du dressage en l’espèce ; plutôt une sorte d’apprivoisement mutuel peut être
J’avais plus en tête quelque chose comme « come as you are «
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graindorge
InvitéMerci Lison de m’éloigner d’EL pour ouvrir cette si jolie parenthèse de La maison des bois avec la réaction de ton pitchou. On respire le bon air des bois et de l’authenticité
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..Graindorge
Invité@Edouard Louis
crois bien Édouard que je ( je ne parle toujours qu’en mon nom) ne te reproche ni de gagner de l’argent, ni d’aimer les bons restaurants, les beaux habits…En fait je ne te reproche rien de tout ça. J’essaie de comprendre pourquoi dans l’interview, tu me perds vers la 40ème minute, pourquoi tu refuses le débat puisque tu es un homme de gauche sensible? -
SHB
InvitéJ’arrive même pas a en vouloir a Édouard moi son débouché psychologique est tellement commun, le mec qui s’élève socialement la où ses semblables non donc il en ressent de la culpabilité qui doit trouver son échappatoire dans le discours du oui mais arrêter de me critiquer c’est pas ma faute et puis merde je suis ici j’y reste ça sent vraiment le mal-être a 500km c’est pathétique.
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Eden Lazaridis
InvitéLe discours « oui mais arrêter de me critiquer c’est pas ma faute » :
1) Si on comprend « être de la faute de » comme être à l’origine d’un grief moral, alors certes il ne va pas s’attribuer la faute morale d’avoir voulu changer de classe pour s’épanouir et survivre (il voulait vivre librement son homosexualité). C’était un réflexe de survie, et il ne s’en veut pas de cela.
2) En revanche, si on comprend « être de la faute de » comme être à l’origine effective d’un phénomène, alors il dit bien que de SA FAUTE s’il est arrivé à se sortir de son milieu, il s’attribue à lui seul la cause de son ascension sociale. Il décrit, dans « Changer : méthode » le fait que souhaitant fuir l’homophobie et la misogynie de son milieu, il s’est mis à lire beaucoup, voire de façon maladive, se privant de nourriture, abîmant son corps pour obtenir le bac.
Quant au fait de décrire la tentative d’un transfuge de classe de se justifier pour alléger son sentiment culpabilité comme « pathétique », c’est trop sévère. Cela montre une certaine empathie, c’est humain, trop humain. Il lui faudrait se départir de sa culpabilité.
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Claire N
Invité« il s’est mis à lire beaucoup, voire de façon maladive, se privant de nourriture, abîmant son corps pour obtenir le bac. » j’avais plutôt retenu qu’après sa rencontre avec Didier Eribon il s’était « forcé à lire « ,après une forte identification à ce dernier, mentionnant la même volonté de s’arracher à Amiens que lorsqu’il s’était arraché à sa famille après la rencontre d’Elena
Le livre tombe en panne lorsqu’il aborde ensuite d’autres manières de rencontrer je trouve.-
Eden Lazaridis
InvitéOui tu as raison, plus tard dans sa vie, il se met à lire de la sociologie et des sciences sociales après sa rencontre avec Didier Eribon, par identification !!
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Dr Xavier
InvitéMmmhhh j’ai des souvenirs vaporeux de son bouquin mais il me semble qu’il raconte bien comment une bibliothécaire (du CDI de son collège ?) lui a donné le goût de lire, et puis comment sa copine bourgeoise l’initie au fabuleux monde de la littérature, et blablabla. Mais oui plus tard il rencontre Didier Eribon, et surtout il laisse tomber sa copine comme une vieille chaussette.
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Claire N
InvitéC’est vrai, il parle de la bibliothécaire et de la dame du cdi- des environnement où il y a des livres, comme chez Elena mais lorsqu’il claque sa première paye en livre il décrit bien sa difficulté à lire –
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Claire N
InvitéIl précise même qu’avec Elena il a appris à parler de livre qu’il n’a pas lu et que la c’est plus difficile
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Claire N
InvitéMais c’est intéressant de confronter nos impressions, parce que effectivement ça semble pointer un aspect de mystification
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I.G.Y
InvitéCollision de calendrier : j’ai vu hier le formidable Elephant Man, dernier Lynch qui me manquait. La discussion de fil a spectaculairement fait retour en moi au visionnage, tant y est à l’œuvre une puissante représentation (voire une puissante pensée) du phénomène transclasse.
Ce film est d’une richesse impressionnante.
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Etienne
InvitéJ ai bientôt fini changer : méthode c est un bon livre, on a pas envie de le lâcher après avoir commencé sa lecture. Ça doit être très troublant de passer de ces deux mondes en si peu de temps. J ai pris aussi l effondrement et Monique s évadé. En espérant qu ils soient du même niveau
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diegomaradona
InvitéIl ressort quand même de ce livre que le facteur principal qui explique son ascension est d’avoir été pris en charge ou adopté par différents personnage : Elena et sa famille quand il arrive à Amiens, puis à chaque fois par des homosexuels plus âgés (qui ne demandaient surement qu’à l’enculer ou se faire enculer par lui) pour passer à Paris et ensuite dans l’aristocratie, ce rôle « de poule de luxe » joué par Edouard louis étant totalement écarté de l’analyse comme facteur décisif.
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Etienne
InvitéIl l écrit clairement je trouve au contraire.
Le titre du bouquin aurait dû être la métamorphose tellement ça revient dans le livre.
Cette volonté de toujours plus m attriste un peu quand même c est sûrement lié au fait qu il vient vraiment d en bas.-
diegomaradona
InvitéUn vrai matérialiste aurait du prendre comme titre « changer : processus » pour montrer le caractère factuel et impersonnel du phénomène.
Utiliser le terme « méthode » renferme implicitement l’idéologie libérale, l’idée de la recette que n’importe qui pourrait appliquer pour arriver à ses fins. C’est un titre extrêmement mauvais pour celui qui veut mettre en avant les déterminismes qui ont opéré dans son parcours.-
Etienne
InvitéSi on lit la définition de méthode et processus, je dirais que méthode est plus approprié pourtant.
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diegomaradona
Invitéquelles sont les définitions que tu utilises ?
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Etienne
InvitéLe Robert
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Etienne
InvitéFini l effondrement c est toujours limpide et agréable à lire, avoir une famille tellement merdique doit te chambouler dans tout ton être.
Le métamorphose et la montée à Paris pour certains gays est intéressante, le frère d un ami d enfance à eu un parcours quelque peu similaire, de fin il est passé à baraqué, il venait d une famille plutôt pauvre, il se faisait emmerder à l ecole,il a réussi ses études, à fait un peu de fric rapidement dans le milieu bancaire et à acheté un bar gay dans le marais.
Paris semble être un refuge pour pas mal de monde.
Alors que cela me semble invivable-
François Bégaudeau
Maître des cléssuperbe critique littéraire
et on est heureux d’apprendre que tu lis-
Etienne
InvitéLes joies de la mediatheque et d une journée pluvieuse.
Me reste Monique s évade, après la confiture de fraise.
C est pas du tout une critique littéraire car ceci n est pas mon boulot mais plutôt un simple avis, pourquoi tu croyais que je ne lisais pas ?
T.es pas vraiment attentif ….
Tu pais ton coup avant 19h jeudi ? Je vais sûrement finir tôt ma journée syndicale et glander à annemasse ça me fait pas trop rêver ^^-
François Bégaudeau
Maître des cléssur tes 300 posts ici, 2 ou 3 ont du être consacrés à un livre
ca parle
mais c’était donc un trompe l’oeil
je ne connais pas mon timing de jeudi, je ne peux m’engager à rien
je note avec surprise et satisfaction que la Tourette est plutot discrète ces temps ci-
Etienne
InvitéC est pas le genre de la maison tu dois confondre avec mon fake ^^ hormis, bourgeois, citadin et l utilisation de fanfoué je vois pas vraiment le syndrome dont tu causes sinon oui je suis plus intéressé par d autres sujets autre que la littérature effectivement
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François Bégaudeau
Maître des clésTa Tourette consiste toute entière dans le mot bourgeois sorti frénétiquement, comme d’autres Tourette sortent fils de pute.
Et je note donc avec satisfaction une accalmie du syndrome
A quoi donc l’attribuer?-
Etienne
InvitéBourgeois n est nullement une insulte pourtant c est une classification qu il faut rappeler de temps en temps.
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François Bégaudeau
Maître des clésHeureux de l’apprendre car ici tu l’utilises clairement, sinon comme une insulte, comme un stigmate – notamment de par la répétitivité compulsive du signifiant, et son accolement à une même
Mais comme tu es calme soudain. Ca doit être les bluettes sociales d’Edouard Louis qui te font ça.-
François Bégaudeau
Maître des clésà une même personne
(prénommée Fanfoué je crois)
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Kenyle – job dateur professional
Invité« Je vais sûrement finir tôt ma journée syndicale et glander à annemasse ça me fait pas trop rêver »
Autrement t’as Genève juste à coté.
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Etienne
InvitéFini Monique s évade.
Des larmes aux yeux tellement c’est émouvant.
J avais jamais lu trois bouquins du même auteur dans un laps de temps si court.
Est ce que tous ses livres sont autobiographiques ?-
diegomaradona
Invitétu as pleuré quand toute la salle se lève pour applaudir monique ?
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Etienne
InvitéJuste avant
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Etienne
InvitéMerci
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Giscardus
InvitéUne chose qui classe définitivement selon moi EL parmi les auteurs bourgeois en totale adhésion avec le mode de vie bourgeois, c’est le nombre astronomique de ses tournées à l’étranger, particulier dans les instituts français, hauts lieux de l’entre-soi chez ces bourgeois au carré que sont les expatriés.
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François Bégaudeau
Maître des clésAu bas mot, on rêverait qu’il tire un livre de ces pérégrinations.
Tant qu’il ne le fait pas, on peut parler ici d’un angle typiquement bourgeois.-
François Bégaudeau
Maître des clésd’un angle mort
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..Graindorge
InvitéTrouvé cet entretien
«La Grèce, c’est aussi un pays de l’écriture de l’intime», Grand Tour à Athènes avec Édouard Louis | Le Grand Continent https://share.google/EOtR8IWUocmu7gDPQ-
Giscardus
InvitéÇa commence bien avec le chapeau à l’infinitif (le style de l’esprit de sérieux par excellence) pour dire que EL voudrait « fuir l’esprit de sérieux ». Je verse peut-être dans le procès d’intention mais peut-on sérieusement imaginer EL fuir l’esprit de sérieux qu’il semble si sérieusement habiter ?
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K. comme mon Code
InvitéPeut-être qu’un jour il jouera dans un Dupieux.
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Ostros
InvitéRire
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Tony
InvitéJ’ai lu vite fait cet entretien,on y retrouve ce que François décrivait dans un texte,un érotisme bourgeois tout à fait frappant,il est même à la limite de dire que ce tourisme de masse fait de pauvres et de familles bruyantes est une nuisance insupportable,pas pour lui bien sûr, précise-t-il mais pour les habitants !(aucune critique du modèle économique imposé par Bruxelles, d’un pays vendu à la découpe et transformé en destination touristique low cost!)
Et puis le couplet sur le confinement,une épreuve si dure!,lui qui a pu avec ses amis partir vivre 4 mois en Grèce!-
François Bégaudeau
Maître des clésc’est étonnant comme toute la lucidité sociologique d’Edouard s’évapore dès qu’il est question de lui – et notamment de sa vie actuelle
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Hd
InvitéCe texte est frappant, fou
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Hd
Invité« Et puis, justement, aussi quelque chose d’extrêmement urbain — et c’est ce que j’aime.
Je n’ai jamais beaucoup aimé le silence de la nature.
Je préfère le béton et les tours aux arbres et aux montagnes.
Je m’y sens plus à l’aise.
Paradoxalement, j’ai l’impression que dans la nature, à la campagne ou sur les îles comme il y en a en Grèce, le silence nous force à nous recentrer sur nous-mêmes, à écouter notre moi intérieur — tout ce que je hais. J’ai horreur d’être moi, d’avoir un moi, cette chose gluante et dont il est si difficile de se défaire. Dans la ville au contraire, dans le bruit, le mouvement, le bitume, le moi se dissout. On n’existe plus, on est un témoin du monde, on est traversé par lui. »
« Les personnes qu’on croise la nuit sont toujours plus intéressantes que celles qu’on croise le jour : si vous voyez quelqu’un qui marche dans la rue à trois heures du matin, sauf si cette personne rentre du travail, c’est que cette personne ne se soumet pas aux rythmes sociaux traditionnels, le réveil le matin pour aller emmener les enfants à l’école, le réveil à 8 h pour écouter les nouvelles du monde à travers la radio, le premier métro — ce rythme fou du matin imposé par le capitalisme. Une personne qui marche dans la nuit est déjà en décalage par rapport au monde, donc elle est intéressante — et ce n’est pas une question de classe, j’en sais quelque chose. »
« Ce n’est pas une question de classe » comme pour exorciser les paroles prononcé juste avant, alors que tout transpire l’idée libéral de l’indivu dans la ville et l’idée bourgeoise de la solitude.-
Tony
InvitéOn se doute un peu du genre de rencontres qu’il doit faire en déambulant la nuit dans les rues après être sorti du restaurant où il aime aller se mettre à table, à minuit(les habitants travailleurs le remercient de se coucher aussi tard pour pouvoir le servir!)
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Ostros
InvitéJe doute qu’il tape la discute avec les sans logement saouls et les précaires qui zonent la nuit. Je doute qu’il s’agit d’eux quand il parle de personnes en décalage par rapport au rythme majoritaire des travailleurs, ceux qu’il trouve intéressants.
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graindorge
InvitéJe crois aussi que l’entreprise Edouard Louis ne fait pas de brins de causettes avec les personnes sans logement ou/ très pauvres
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..Graindorge
InvitéGrèce : riche ou pauvre, le point de non-retour https://share.google/A2WDIJ1HUsfzvUFEY
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..Graindorge
InvitéPlus d’un tiers de la population vit sous le seuil de pauvreté (aux alentours de 370 euros par mois), et un nombre alarmant de personnes sont sans abris. Seules la Bulgarie et la Roumanie rivalisent avec la Grèce dans ce domaine-là. Ces inégalités de richesse creusent un fossé de plus en plus grand entre les personnes riches et les pauvres. »
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..Graindorge
Invité« Une prostituée qui gagnait 50€ la demi-heure gagne 2€. »
En Grèce, une passe pour le prix d’un sandwich – Libération https://share.google/u0NSOi1VdvWFZvkQH
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Tony
InvitéA ce prix-là c’est imbattable, ça vaut vraiment le coup d’y aller!
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..Graindorge
InvitéLa Grèce en 2025, troisième pays de l’UE pour le risque de pauvreté et d’exclusion sociale.
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