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Delphine
InvitéLe sujet n’est pas nouveau mais, je ne sais pas pourquoi, depuis hier, j’entends plusieurs émissions radiophoniques où les participants s’opposent sur le fait de savoir s’il faudrait résister à l' »invasion » des termes anglais dans la langue française. Par exemple, tous les emails qui commencent par « Hello ».
Faites-vous partie des défenseurs puristes de la langue française ou alors, un peu comme moi, pensez-vous que l’on peut quand même faire l’impasse sur cette problématique, qu’il faut vivre avec la société actuelle, et ne pas s’obliger à tout franciser, puisque cet usage des anglicismes, que beaucoup de personnes utilisent inconsciemment, n’empêche pas les gens de se comprendre au quotidien ?
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Ema
InvitéCertains anglicismes sont assez dispensables d’un point de vue linguistique, dans le sens où ils ont essentiellement une fonction ludique, histoire de donner un ton informel aux échanges (hello exemplairement) ou distinctive dans le cas des termes manageriaux. D’autres sont un peu plus interessants en ce qu’ils participent à une certaine concision dans le propos, car ne pouvant être remplacés que par plusieurs mots français accolés ou alors carrément des neologismes: mainstream, stand-up, spoiler… N’oublions par ailleurs pas que les anglo-saxons ont également beaucoup emprunté au vocabulaire francais, dans cette même démarche, de mettre à disposition du language un mot (et donc une signification « ramassé ») n’ayant pas d’équivalent exact chez eux, « bourgeoisie » par exemple…
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Ema
InvitéJe crois que ce qui attriste plus les puristes de la langue française sont les anglicismes indirects, c’est à dire lorsqu’une tournure anglophone est traduite littéralement en français : faire sens (make sense), réaliser (realise, au sens « se rendre compte ») articulé (articulate, pour décrire une personne éloquente). J’en oublie beaucoup. Les quebecois sont très coutumiers du fait, pour des raisons évidentes.
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Delphine
InvitéMerci pour les précisions et éclaircissements, Ema.
Certains puristes de la langue française ne supportent plus de voir des termes anglais partout. Ce matin, j’entendais une personne dire qu’elle venait de prendre le métro et avait prêté attention aux publicités. Elle n’en revenait pas du fait que pratiquement aucun mot n’était en français. Mais cette réaction allergique me semble rare.
Bien vu pour les Québécois qui, bien que francophones, ne doivent pas se poser ce genre de question en raison de leur bilinguisme franco-américain. On peut également ajouter chez eux un langage imagé, souvent amusant, mais parfois parlant (magasiner, par exemple).
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Dr Xavier
InvitéJe signale juste le site http://www.granddictionnaire.com qui (justement) pointe sur la ‘vitrine linguistique’ de l’Office québécois de la langue française (OQLF) qui permet de trouver l’équivalent français de mots et expressions anglaises. J’aime bien y traîner de temps en temps. Là par exemple on y apprend que barcode phishing attack se traduit hameçonnage par code 2D.
La traduction de stand-up est bien trouvée : monologuiste comique.-
Carton de Lait
InvitéAh je tapais mon message pendant que tu mettais le tiens, mais oui. Il est un peu drôle quand même de voir que ce travail n’est pas fait en france et que vous deviez vous référez à nous.
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Carton de Lait
InvitéC’est intéressant de voir comment la langue anglaise s’introduit dans la langage en France de manière différente qu’au Québec, c’est-à-dire que l’ont utilise tout autant de mots anglais ou anglicismes mais pas nécessairement les mêmes. Ici ça a toujours existé, d’abord parce que pendant longtemps on nous a imposé l’anglais dans ce qui était publicité, affichage et produits de consommation.
C’est pour ça que ma grand mère disais par exemple un record (sans prononcer le D) pour un album vinyle ou encore cocoa plutôt que cacao parce qu’il n’y avait pendant longtemps tout simplement pas de français sur les emballages. Sinon il y avait aussi dans certains métiers spécialisés où les termes anglais étaient dominants, je crois que le domaine le plus emblématique de ça c’est la mécanique automobile, que j’ai bien connu à travers mon père (machiniste de formation mais il a fait de la mécanique), où on employait à 100% des mots anglais pour les pièces puisque tout ça arrivait dans dans emballages imprimés uniquement en anglais, « C’est le bearing de clutch qui déwrenche le heading gasket ça fait que ça skidde sur les spark plugs pis ça shafte toute » pour reprendre un vieux sketch humoristique (un humoriste qui jouait un mécanicien). Et puis évicmment comme plusieurs ne parlaient pas anglais, ces mots se sont déformés. Des clients qui demandaient des « spy plugs » à mon père ou sinon le fameux et très répandu « winsheer » (windshield), J’ai connu ce mot avant pare-brise je crois bien. Ainsi que le dash, le hood, etc
Bref l’anglais est depuis toujours très utilisé dans la langue commune mais la grande différence d’avec la France c’est que dans les médias, la télé, on a, en tout cas jusqu’à récemment, au contraire fait l’effort de parler un français sans anglais ou anglicismes (je n’ai plus la télé depuis 8 ans mais je crois que ça change malheureusement…). Et puis il y a l’office Québécois de la langue française qui s’éfforce, vainement surtout, depuis longtems de tout franciser. On lui doit courriel ou divulgâcher par exemple, C’est qu’ici la protection de la langue est, ou fut en tout cas, un enjeu sérieux, l’identité québécoise, ainsi que la langue, fut longtemps bel et bien menacée par l’anglais. Aujourdhui, malgrè les quelques crisettes ponctuelles de certains boomers qui se seraient supposément fait servir uniquement en anglais à Montréal, la menace est passée mais on reste vigilant car il a bel et bien été question de nous assimiler à une époque et nous demeurons un ilot de 8 millions de francophones sur un continent de 360 millions d’anglophones (et plusieurs mexicains mais ils ont pas mal loin de chez nous)….
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Graindorge
InvitéDear Delphine:
yes, « of course », i speak english. Not fluently but enough. I have to.
Mon collègue me dit de transmettre ceci: ce n’est pas de l’anglicisme, c’est de l’otanisme. Ça a commencé avec la libération (précédée de Britton Wood – 1944)
Le 1er mot a été probablement le STOP du code de la route…
A la libération, les soldats américains jetaient des chouingoms depuis leurs engins.
Moi, je suis joyeusement polyglotte. J’ai une vraie fascination pour les langues. En musique, l’anglais est génialement musicale. Par contre, dans certains articles journalistiques, j’aimerais pouvoir lire tranquilou sans avoir à m’interrompre toutes les dix lignes pour chercher la signification d’un mot américain dans un article français.La littérature et la poésie française sont encore préservée je crois de l’invasion.
Dans la variété française, aucun doute, il valait parait qu’il valait mieux s’appeler Johnny Hallyday que Jean-Philippe Smet, Sheila que Annie Chancel, Eddy Mitchel que Claude Moine, Dick Rivers que Hervé Fornéri. Pour pouvoir payer les factures. Voire plus
On a été biberonné à l’inglish. my taylor is rich, Andrew, is tea ready? is there a cup for Harry?
Maintenant, chacun fait ce qu’il veut/peut, en son âme et conscience comme dirait une de mes idoles, Michel Franco qui parle un anglais fluently et un espagnol « como Dios manda », comme Dieu veut.-
Claire N
Invité« dick river « juste pour ça je kiffe l’anglicisation
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deleatur
InvitéCe n’est évidemment pas l’emprunt volontaire de mots qui fait problème.
Même si j’ai du mal avec : « Bonjour tout le monde, alors aujourd’hui on va voir ensemble comment storer sa chambre. »
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Ce qui gêne, ce sont les tournures involontaires, venues d’une mauvaise traduction de l’anglais, par les premiers youtubeurs et -beuses françai(se)s, et qui sont aujourd’hui répandues.
« Pas tout le monde aime le chocolat. »
« La chose que je viens de parler. »
« On est focus sur quelque chose. »
« On lui excuse. »
« Il y dans ma ville une piscine que tout le monde peut aller. »
« Je vais en revenir dans un instant. »
« La question a été répondue. » (invasion de la forme passive, comme s’il fallait toujours mettre l’accent sur ce qui est subi, ressenti)
« Je veux faire ce dont je suis doué pour. »
« La chose que je suis attaché. »
« Quelque chose que je souscris ».
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On n’apprend plus la différence entre COD et COI, et c’est bien dommage.-
Ema
InvitéMême si je comprends le lien que tu fais entre ces tournures et la grammaire anglaise, je n’ai jamais eu l’impression que ça venait de là, mais plutôt, comme tu le dis, d’un non apprentissage de la différence entre COD ET COI, ce sont des fautes que j’entends depuis bien longtemps dans les milieux très popu (chez les gitans et dans le nord ouvrier pour être claire), contrairement à un machin comme « faire sens », qui m’a l’air de s’être beaucoup immiscé dans le discours journalistique ces dernières années, et qui n’a aucune autre explication que d’être la traduction littérale de make sense. J’imagine que ce fut la même chose pour » réaliser que », qui est maintenant complètement passé dans le language courant.
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Claire N
Invité« la question est vite répondue « est issue d’un même ; son utilisation est loin d’être involontaire
Il me semble – elle soulignerait en quelque sorte la bêtise de la réponse de ce que j’ai perçu-
deleatur
InvitéLa plupart de ces expressions ont commencé à circuler sur des chaînes de youtubeuses mode québécoises dès 2011 (on est abonné aux chaînes qu’on peut).
Ce mélange d’un français mal maîtrisé et d’un anglais de plus en plus envahissant ; ces effets de translittération incessants.
Leur arrivée (en tout cas, chez les jeunes que je rencontre) en France date de 2017 (ceux qui avait 11 ans en 2011).
J’y vois un lien, mais je peux me tromper. C’est un raccourci, c’est sûr. Mais qui a été signifiant pour moi à un moment donné.-
deleatur
InvitéAutre signe de cette translittération (ce terme ne convient pas), voir des personnifications partout : « Marie a acheté une nouvelle veste. Elle est verte ».
La veste est personnifiée, car on dit elle…-
Claire N
InvitéEst kermit! J’ai bon !
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deleatur
InvitéPeggy ?
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Claire N
InvitéNon juste l’assistant du professeur bunsen
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Claire N
InvitéEt aussi des années de pratique à chercher des échappatoires dans les textes à trou du bled
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Jeanne
Invité@deleatur
Je suis comme Delphine, je ne m’inquiète pas de ces évolutions du langage.
Elles peuvent m’agacer quand je les entends, elles peuvent m’alerter sur l’état du monde (le devenir anglais de la langue française ressortit à l’hégémonie de la culture capitalistico-anglo-saxonne; il faudrait aussi parler de la fortune de l’expression « en mode »: « En ce moment je suis en mode déménagement « , laquelle semble nous dire quelque chose d’un devenir-ordinateur des humains; bon je vais vite et je fais au doigt mouillé, bref, l’on pressent dans ces récentes créations langagières quelques signes pas très favorables), mais je ne m’inquiète pas, non, peut-être justement parce que ce sont des créations langagières, des petits jeux de langage et qui servent à :
– Se démarquer des générations précédentes.
Nécessité de tout temps, anthropologique, et en cela rassurante, pertinente.
– Rien. A jouer. Avec le langage. La première fois que quelqu’un a dit « Je suis focus » , ce n’était pas pour faire allégeance à la culture anglo-saxonne, je ne crois pas, c’était pour un objectif qui n’en est pas un, et une cause qui n’en est pas une cause, c’était pour quelque chose dont il n’y a donc rien à dire, c’est pour une raison pas grave, c’était pour:
S’amuser.
C’est ce que je me dis
Et pour dire tout cela autrement :
Je ne crois pas à l’appauvrissement des langues qui entraînerait un appauvrissement général des citoyens.
J’ai tort?-
Delphine
InvitéJe ne m’inquiète pas de l’utilisation systématique des tournures anglophones mais, tant que je le peux, je préfère utiliser des termes francophones. Sauf que je me suis rendue compte que, immanquablement et inconsciemment, je suivais le mouvement et cedais aux anglicismes. Je n’ai pas l’intention de me contrôler pour autant et laisse plutôt faire le naturel. Je travaille dans un environnement international qui favorise l’utilisation naturelle des termes anglo-saxons. Quand je faisais du télétravail, chez moi, pendant le COVID, la personne avec qui je vis m’avait fait remarquer que, lorsque je discutais avec des collègues au téléphone, nos conversations étaient truffées d’anglicisme (« draft de facture » pour « projet de facture », par exemple). Et je ne m’en rendais pas compte moi-même.
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Jeanne
InvitéJe voulais dire: qui entraînerait un appauvrissement général de la capacité de penser des citoyens.
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Delphine
InvitéJe ne crois pas non plus que cela ait un lien avec la capacité de penser. On pense certainement autrement, voire cela peut augmenter la gymnastique de l’esprit de jongler entre deux langues étrangères, ce qui peut être enrichissant intellectuellement. La manière de dire les choses dans une langue peut même parfois amener à mieux comprendre ou s’interroger sur la manière dont cela est formulé dans une autre langue, à être plus attentifs.
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deleatur
InvitéLes gens qui disent « je suis focus » ne connaissent pas ou plus l’expression « être focalisé » ou « concentré » sur quelque chose. C’est cela qui me gêne.
Comme me gêne le rapport inversement proportionnel entre ces tournures anglo-machines et la perte de la concentration nécessaire pour lire un livre.
Je lie les deux. J’ai peut-être tort.-
Jeanne
InvitéJ’avais bien compris ça, oui, j’avais bien saisi ce sous-texte de ton propos.
Et euh oui, j’ai tendance à penser que tu as tort.
Quand je regarde mon fils qui ne lit pas beaucoup, qui ne se concentre pas beaucoup sur des livres, je ne me dis pas que c’est parce qu’il baigne dans une actuelle langue française qui et cetera.
D’abord je ne doute pas de sa capacité de concentration, que j’observe à l’œuvre quand il pratique son sport et quand il lit sur internet les résultats de son sport. (Intégration encyclopédique dans son cerveau de tous les noms et de tous les scores depuis le paléolithique).
Ensuite je me souviens de sa concentration face à des livres quand, plus jeune, il lisait. Je me dis que ça reviendra.
On va dire qu’il y a un effet familial. Et ce sera vrai. Mais mon fils ne parle pas beaucoup ma langue. Il parle la langue des youtubers et ses copains collégiens. Il dit « Je l’ai gagné « , comme ses camarades de sport. Il vit dans le monde.
Je ne m’inquiète pas de la capacité de concentration des gens, quel que soit leur âge et quel que soit leur milieu. Je m’inquiète plutôt de leurs problèmes de fric, de leurs problèmes de boulot, de la pression au boulot, du harcèlement institutionnel de France Travail, des mauvaises nuits, de la fatigue morale et politique afférente.
Je me dis que s’il y a le souffle et l’énergie, la pensée fera bien son chemin dans la langue quelle qu’elle soit.-
deleatur
InvitéOn est d’accord, l’intelligence intrinsèque des gens n’est pas en cause, elle reste la même, quelque soit le code langagier utilisé.
Je ne parlais d’ailleurs pas du langage des jeunes, qui sont les premiers à inventé des codes à eux, des mots, des néologismes qu’eux seuls comprennent. Joie et puissance de l’invention langagière chez eux.
Je parlais bien du laisser-aller des gens qui ont pourtant appris un langage plus précis, à des dire des choses subtiles et précises, et qui aujourd’hui par paresse y renoncent au nom de la soi-disante incapacité de leurs auditeurs à comprendre un langage rigoureux, précis, exigeant. Condescendance de BFM qui n’a pas besoin d’informer de manière précise mais juste de faire de l’audimat.
Les problèmes sociaux sont un autre problème ici, pas liés en soi à celui du langage utilisé.
Quant à la pensée, on est d’accord, sauf qu’en perdant des moyens de s’exprimer avec précision et subtilité, elle perd les moyens d’être ce qu’elle est : pensée.
Par contre, tous les spécialistes de neurosciences savent aujourd’hui que lire derrière un écran et sur un livre, ce ne sont pas les mêmes capacités cognitives et pas du tout les mêmes « réseaux » neuronaux de complexité. On lit sur internet pour saisir de l’information ; on lit un livre pour prendre un temps de réflexion.
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nefa
Invité@deleatur
« Comme me gêne le rapport inversement proportionnel entre ces tournures anglo-machines et la perte de la concentration nécessaire pour lire un livre.
Je lie les deux. J’ai peut-être tort. »
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T’as pas tord. Moi j’articulerais « la perte de la concentration nécessaire pour lire un livre » au fait que deux modes d’appréhension du monde s’affrontent. Un mode d’appréhension diffus contre un mode d’appréhension focalisant.
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Le mode d’appréhension diffus c’est c’est le rapport qu’entretient le livreur en voiture avec son environnement. Tout à égale valeur. Dans le cas de cet exercice dangereux (conduire), tout est susceptible de provoquer un accident. En conduisant, l’attention focalisée produit souvent de la tôle froissée voir pire.
La caissière dans un magasin est la plupart du temps en mode d’attention diffuse (quand elle exécute cette tâche). D’ailleurs c’est ce qui lui est souvent reproché par certains de ses clients. Elle, elle porte un regard englobant et léger sur sur ce qui l’entoure. A l’affût (par forcement dans la tristesse) du moindre signe qui pourrait engendrer une embrouille avec son chef, avec un client, avec un collègue, avec le tas de légumes qu’elles vient de monter. Ça peut être l’absence de client dans le magasin qui l’obligera à faire de la manutention quand elle a mal au dos. Tout ces signes qui lui indiqueraient qu’elle est face à une situation bizarre susceptible de partir en vrille. Une sorte de vigilance presque permanente. Si elle focalise sur le design d’un bocal de cornichon, l’aspect d’une tomate ou un problème important dans sa vie qu’elle doit résoudre, d’une certaine façon elle se met en danger.
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Se balader sur internet ou sur un forum, c’est pareil mais là au lieu de se disposer à contrer le moindre accident susceptible de survenir, on se prépare à l’accueillir. Vigilent en attendant le moment fort (pour ne pas dire en attendant que ça match). Et si on est saisi, accroché, on est content. Et c’est encourageant. Et on reprend le périple en espérant que ça enfile. On accumule en gardant au chaud. On capitalise. Pour les soirs où on s’emmerde. Se faire du bien entre potes.
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Ce que constate FB à propos de la lecture : une grande difficulté à focaliser sur le texte. Même six lignes. Les mots sont là mais pas intensément là. Voir carrément pas là.
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Pour dire 1) qu’on est beaucoup à n’être musclé que dans ce type de concentration (diffuse). 2) sans dissoudre l’autre forme de musculation (concentration focalisante) dans cette masse.
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Tu parles de lire des livres. Un, puis deux, etc. Alors que j’ai l’impression que ça t’est tombé dessus quand tu était petit. Et tu t’adresses ici à certaines personnes qui ne demandent que ça mais qui le font sur le tard.
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Par exemple, moi et le tout petit texte d’ostros https://francoisbegaudeau.fr/forums/topic/citations-de-livres/#post-38540, ça m’a pris quatre jours pour qu’il me rentre dedans. D’abord, gérer le trouble lié au mot « votive » (trois jours), puis un jour à laisser de la forme naître du choc. Au bout du compte en terme de rencontre avec la littérature, ça m’a fait la semaine. Lire un livre en entier ne m’a pas traversé l’esprit un quart de seconde. Comme demander à mon corps d’aller courir un marathon.
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T’as souvent à faire à des corps malingres en terme de capacité à se concentrer de façon focale.
Sans parler de la peur : qu’est-ce qui va se passer si j’arrête d’être vigilant ?
Et l’habitude.
D’ailleurs, on peut même s’exprimer en mode d’attention diffuse. Par habitude.
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Et en ce qui concerne ces « tournures », elles ne cessent de pénétrer nos corps avec mollesse alors pour moi, pas étonnant que nous les restituions sous ce régime-là.-
Ostros
InvitéNefa, t’en fais pas. C’est un texte en cours d’écriture. Je voulais le poser là, publiquement, pour le lire avec plus de distance. Et j’ai repéré des lourdeurs.
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Ostros
InvitéLes votives se sont les types de bougies qu’on trouve sur les tables des cafés parisiens.
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nefa
InvitéDu coup j’avais bien aimé l’incertitude avec votive. La flamme d’une bougie ou bien la tour Eiffel (avec sa dimension votive) crépitante dans le reflet du verre? Pour moi c’était dynamique, ça a animé le texte, m’a donné envie.
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Ostros
InvitéC’est intéressant cette lecture merci.
Pour moi la dernière phrase est mal déroulée. Je vais revoir ça. -
Papo2ooo
InvitéTu m’étonne que j’ai pas trouvé la source de la citation. Ca m’avait vraiment bien plu aussi comme bout de texte.
Pareil que nefa, j’ai du relire pour comprendre, mais c’était pas du tout désagréable, comme ça peut parfois être le cas avec des textes « compliqués »
nice nice Ostros -
Papo2ooo
Invité« sans parler de la peur: qu’est-ce qui va se passer si j’arrête d’être vigilant ? »
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c’est tout simple, mais c’est bien vu. -
Ostros
InvitéMerci c’est encourageant.
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Claire N
InvitéMerci Ostros, moi j’adore les jours de premiers baiser – grave bien vu les lèvres en reprise et la joie qui se mélange à la liesse du but
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Ostros
InvitéMerci Claire 🙂
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Jeanne
InvitéMerci deleatur.
Oui nefa je trouve intéressante cette distinction entre mode d’appréhension diffus et mode focalisant. (J’avais jamais réfléchi à ça).
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Delphine
Invité« la question est vite répondue » : je crois n’avoir jamais entendu cette phrase, mais je la rapproche de ce que j’ai entendu quelqu’un pointer, que j’entends parfois, et qui ne me choque pas : « je vous partage », étrange grammaticalement, et dont la construction n’a pas de relation avec l’anglais « I share with you ».
Je me dis que ces façons de s’exprimer ont peut-etre un lien plus ou moins conscient avec la volonté d’aller toujours plus vite. Mais, à la différence du langage SMS (formes abrégées parfois à connaître pour comprendre), ces tournures sont discutables d’un point de vue grammatical mais compréhensibles par tous.
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Seigneur Momotte
InvitéJe suis toujours halluciné de voir la gauche ne jamais se soucier de cette offensive du soft power états unien et de totalement mépriser le sujet de la langue.
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Papo2ooo
InvitéLa gauche s’est toujours pas mal intéressée aux anglicismes, notamment au théâtre et plus particulièrement dans les pays très anglophones (Allemagne, pays du nord de l’Europe, Suisse etc), mais par le prisme de la « langue managériale » et liée à la réalité de l’entreprise et de la langue des suppôts du capitalisme. Je pense par exemple à Top Dogs de Urs Widmer ou à Under Ice de Falk Richter.
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Seul angle qui me parait tenable pour se pencher sur les anglicismes sans faire de l’opinion esthétique ou rejouer un match moderne vs réac.-
Ostros
InvitéOui je suis d’accord avec toi Papo2ooo.
Les auteurs de gauche élucide la langue lorsque la langue est un outil du système capitaliste et que cet outil abuse de / torture les individus (travailleurs principalement mais aussi étudiants, femmes, justiciables, selon les environnements dans lesquels on les étudie). Relire personne ne sort les fusils, Boniments (où tu trouveras une dissection, en situations, de mots anglais à la mode), le témoin, si l’enfant ne réagit pas.
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Fanny
InvitéJ’aime plutôt les barbarismes, l’hybridation, les accents étrangers aussi. Ça dépayse les oreilles. Là où ça perd de sa saveur, c’est quand il y a uniformisation, voire rapport de domination entre différents parlers, où certains seraient prestigieux et d’autres stigmatisants. La langue française est très forte pour ça, et beaucoup de français se retrouvent complexés dans l’usage de leur propre langue. L’hypercorrection c’est d’une tristesse…
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Papo2ooo
InvitéOui, c’est en premier lieu la langue dite « standard » qui a un pouvoir de domination sur les « sociolectes » variés. Je suis d’accord avec toi sur l' »hypercorrection » que je goûte pas tellement, surtout quand on voit ce qu’elle a fait aux catégories populaires. Je pense notamment à des écrits de linguistes sur les noirs-américains pauvres, que j’ai lu à un moment, et qui sont d’une violence raciste inouie. Redoublant la violence sociale par une violence « universitaire », dont j’ai eu du mal à me remettre lol.
Mais on ne peut pas dire non plus que les anglicismes soient exclus de la langue standard. Au contraire, c’est intégré dans la langue standard entrepreunariale et ceux qui ne le maitrise pas, sont un peu largué.
Tout cela est assez délicat à déplier j’ai l’impression.-
Fanny
InvitéEn entreprise c’est clairement un certain jargon de l’anglais qui sera l’outil de domination. Le DRH qui noie les délégués syndicaux à coups de benchmark, assets, b2b, forecast, outsourcing…
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deleatur
InvitéJe distingue la langue française, sa syntaxe, son histoire, et l’usage qui en est fait par une classe sociale qui s’approprie le langage pour dominer, qui capte l’héritage culture pour asseoir sa domination. Bien sûr que la langue actuelle n’est pas neutre, qu’elle est le produit d’une histoire elle-même conditionnée par la domination de la classe bourgeoise.
Mais je crois encore à la littérature comme expression d’une langue sinon neutre, du moins qui fait de la syntaxe une recherche, une invention de sens, et pas une imposition de significations toutes faites.
Je ne sais pas si je suis plus clair.-
Papo2ooo
InvitéOui, je n’ai rien à redire à ça.
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Ema
InvitéCe qui serait dommage en effet c’est qu’en lieu et place de l’argot, renouvellé comme il se doit à chaque génération ou toutes les deux générations, il n’y aitplus que des termes anglophones directement importés de youtube ou des jeux vidéo en ligne. La on y perd clairement en richesse langagière, puisqu’en soit ces mots ne sont ni des inventions ni des hybridation mais juste des emprunts. J’entends souvent les garcons de mon entourage qui ont 10-12 ans et qui passent beaucoup (trop) de temps à jouer enligne dire » What ???! » avec une parfaite intonation américaine, je trouve ça bizarre et un peu irritant. Je vieillis peut être.
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Ema
Invité*en soi
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Papo2ooo
InvitéEma, Je dirais que ce ressenti est dû à notre vieillissement.
Si on parles des usages de la langue (je suis moi-même assez peu intéressé par la linguistique, à laquelle je préfère la littérature comme Fanny, delealur,toi et les autres), je crois savoir que la langue tend globalement à coller à un environnement dans lequel on évolue.
Il y a appauvrissement si on compare cette langue des jeunes de 14 ans à la langue standard d’il y a 10, en prenant la langue standard comme base. Mais en même temps cette langue des jeunes de 14 ans introduit plein de nouveautés par rapport à la langue d’il y a 10 ans.
Il y a l’exemple classique à la con des esquimaux qui auraient 25 mots pour parler de nuances de neige ou quelque chose du genre.
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Désolé pour ces approximations en linguistique.
Les deux bouts par lequel je pense on peut prendre le problème:
1) la littérature comme lieu de l’invention de la langue et de captation du réel
2) la langue managériale et ses traits particuliers comme lieu d’expression des structures capitalistes-
Papo2ooo
Invitédeleatur*
erreur de clavier -
Ema
Invité« Ema, Je dirais que ce ressenti est dû à notre vieillissement. »
Bon je ne ferai plus de psychologie inversée.-
Papo2ooo
Invitérires
j’aurais au moins eu la décence de m’inclure
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Delphine
InvitéC’est marrant et intéressant comme un sujet de discussion peut s’étendre dans diverses directions (tout en ayant trait à une même problématique générale). Un peu comme quand, à l’oral, on commence à discuter avec quelqu’un d’un sujet et puis, au bout de quelque temps, on se rend compte que l’on va de digression en digression. Une sorte de pente quasiment incontournable.
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Ludovic Bourgeois
InvitéProverbe russkov
« Apprendre une deuxième langue, c’est acquérir une deuxième âme »
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chanson illustrative
« Tolka mi s’konïom po polyu idïom »
[youtube https://www.youtube.com/watch?v=z6QGqOagtJY&w=853&h=480%5D-
oxi
Invité« Lorsqu’une langue s’éteint, c’est une fenêtre sur le monde qui se referme », se lamentait René en observant la disparition de l’occitan.
René, putain, ce vieux paysan aveyronnais chez qui je trayais de la chèvre tout un hiver par moins douze degrés contre le gîte et le couvert, a long time ago in a galaxy far, far away.
On ne m’y reprendra plus.
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Graindorge
Invitélorsque je parle espagnol, je suis espagnol. Lorsque je parle italien, je deviens italienne, lorsque je parle amerlok, je suis.. française 😂
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AuteurMessages
