Accueil › Forums › Forum général › Créer quand on est médiocre ? (Art et IA)
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Ourson
InvitéJ’ai créé un autre fil sur les IA, mais pour ne pas tout mélanger je crée celui-ci qui porte davantage sur la question de l’art, les IA n’interviennent que dans un second temps ici.
Il se trouve que beaucoup de gens sont contre l’art généré par intelligence artificielle :
– « Y’a pas b’soin de talent pour faire ça »
– « Y’a aucun processus de création derrière ces trucs »
– « Les types qui font ça sont des branleurs »
EtcEn gros, ces gens estiment que la qualité de l’œuvre dépend davantage du processus de sa fabrication que du résultat final. Ils mesurent la qualité de l’œuvre fonction de sa virtuosité, du génie de l’artiste et de sa souffrance.
Ces gens adorent (comprendre « trouvent joli ») les peintures de la Renaissance avec des nuages ombrageux, des jeux de texture super durs à reproduire au pinceau, des beaux-gosses entourés de bébés-anges dans des positions improbables avec du clair-obscur de partout. Ils adoreront encore plus si l’artiste est un névrosé qui a passé 20 heures par jour à tout déchirer pour recommencer sans cesse son tableau, à le retravailler jusque dans les moindres détails quitte à en devenir dépressif et insomniaque.
Ces gens adorent les acteurs qui s’enferment dans le noir pour se mettre dans la peau d’un personnage torturé, ceux qui crient, pleurent avec de la morve au nez, ceux qui font pleins de mimiques d’acteur qui tue, ceux qui ont l’audace d’improviser des scènes de manière iconique.
Ces gens adorent quand les musiciens sont tellement acharnés, investis et consommés par leur musique qu’ils passent leur vie en studio, grattent la guitare à s’en trouer les doigts, chantent à s’en cramer les cordes vocales, pris par leur art au point d’en perdre la boule (et s’ils peuvent mourir d’overdose à 27 ans c’est encore mieux)Bref, les gens adorent les prouveurs.
Moi, plus je vieillis, moins j’apprécie les prouveurs.
La plupart d’entre nous sommes des médiocres, des branleurs, des fatigués de la vie sans grand talent, et plus ça va plus j’apprécie voir ce que les médiocres, branleurs et fatigués de la vie ont à dire. La plupart du temps, c’est pas terrible, mais parfois, accidentellement, il se passe quelque chose.
Eh bien pour moi, les intelligences artificielles peuvent être un outil efficace pour nous, les médiocres, qui avons parfois des choses à dire ou à montrer, mais qui n’avons pas forcément de talent, de passion enivrante, d’obsession esthétique, de disponibilité pour montrer ces choses là.Dans le gigantesque torrent de diarrhée numérique générée par IA, je me surprends à trouver quelques pépites. Je vois des formes que je n’avais jamais vues avant, des courts-métrages bizarroïdes qui font littéralement penser à des cauchemars sous fièvre à 40 degrés, je constate que des passionnés arrivent maintenant à donner une vie aux images qui jusque-là restaient enfermées dans leur esprit.
L’autre jour, j’ai vu un chouette court-métrage de science-fiction : l’histoire d’un type obèse dans une société dystopique qui fait appel à une compagnie pharmaceutique pour greffer sa tête sur le corps d’un prolo en bonne santé. Totalement fait par IA. Ça tenait la route, c’était pas encore du grand cinéma, mais ça se laissait regarder, j’y ai ressenti un certain plaisir, et sans IA je n’aurais pas ressenti ce plaisir car le « réalisateur » n’aurait jamais pu sortir ce court-métrage, faute de talent et surtout de moyens.
Hier, j’ai pris un certain plaisir à écouter et lires les histoires horrifiques contées et illustrées de « holyfool36 » sur instagram, qui une fois de plus n’auraient jamais pu exister sans IA.Pour prendre mon cas personnel : ça fait 20 ans que je rêve de faire une bande dessinée, sans même chercher à me faire éditer ni à la faire connaître.
Tout ce que je veux, c’est faire ma BD, éventuellement qu’elle soit lue par quelques personnes, c’est tout. Je ne demande même pas à ce qu’elle soit bien, juste à ce qu’elle existe.
Mais faire une BD, ça demande du temps, des compétences, de la réflexion, parfois des associés et peut-être un certain talent. Le « médiocre » que je suis s’en sort à peine en dessin, n’a pas du tout la fibre d’un scénariste, rentre tard le soir et a déjà beaucoup à faire sur son temps libre. Parfois, le médiocre que je suis a la flemme, aussi.
Jusqu’il y a deux ans, ce projet de BD paraissait être un rêve très lointain pour toutes ces raisons. Il aurait fallu que je bâcle mon travail pour en venir à bout.
Aujourd’hui, j’ai la possibilité grâce à certains outils de « produire » beaucoup plus vite : de générer des rendus à partir de dessins sommaires, de générer un semblant de script et de scénario que je pourrai retravailler par la suite. Ce rêve paraît un peu moins lointain.
D’ici quelques années, ce projet de BD pourrait se transformer en projet de court-métrage, grâce aux progrès des IA dans le domaine de la vidéo et de l’animation, grâce à la possibilité de prêter des voix et des mouvements à mes personnages.
Dans ce cas très précis, j’ai le sentiment que les IA pourraient « m’augmenter » moi et tout un tas de non-artistes qui aimeraient beaucoup faire de l’art, à leur manière.Est-ce que je suis le seul à vouloir que les médiocres s’expriment plus dans le champ esthétique, quitte à se faire violemment critiquer ? Auquel cas, est-ce que « tricher » pour atteindre cette fin serait légitime, notamment via les IA ?
Ou est-ce que celui qui crée devrait avoir une « obligation » de moyen (temps, travail, talent…) en plus d’une « obligation » de résultat, pour que son art soit légitime ? -
Demi Habile
InvitéCa me fait plaisir de voir que tu me donnes raison sur absolument toute la ligne. Parce que moi je trouve ça con tous ces discours sur l’IA générative, moi je crois que Kevin il aime le théâtre, son rêve c’est de jouer la comédie, donc il utilise l’intelligence artificielle pour jouer tous les actes et se faire des décors pour ses marionnettes puis à la fin il balance ça sur Youtube et comme c’est le premier il fait des millions et des millions de vue puis il inspire toute une génération.
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En gros. -
Ourson
InvitéJ’aurais pu parler de l’impact sur la vie des « vrais artistes » d’une éventuelle arrivée en masse des médiocres dans le monde de la création artistique. N’y aurait-il pas là un risque de grand remplacement esthétique ?
Je parle bien sûr du cas où les médiocres parviennent à des résultats similaires à ceux des vrais artistes sans en branler une, mais bon on a pas attendu les IA pour ça : les premiers photographes ont très certainement remplacé massivement les peintres à une époque, avant d’être eux-mêmes remplacés par l’arrivee massive des appareils photos dans les foyers, etc-
Demi Habile
InvitéC’est moi qui décide qui est un vrai artiste et qui ne l’est pas. Enfin moi au sens où je joue le public. Et moi j’avais bien aimé ce que tu avais donné à voir l’autre jour donc j’espère que t’iras au bout car au bout tu te rendras compte que l’IA n’a pas tout fait. Loin de là. D’ailleurs si tu veux t’épancher sur ce sujet moi ça m’intéresse, je suis prêt à lire tes aventures. Parce que ça peut se négocier une BD avec Stable Diffusion mais ça demande un peu de boulot quand même.
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Seldoon
InvitéIl me semble que tout ça est vieux comme le capitalisme. L’IA permet de faire à bas coût ce qu’on faisait à grand coût – ou grands efforts. Comme à chaque fois, ce genre de bouleversement technologique et productif veut dire :
– Démocratisation, avec tout le bien que ça apporte.
– Gains de productivité
– Salaires tirés vers le bas
– Beaucoup de gens qui s’étaient cherché (trouvé ? à chacun de voir) un petit coin de capitalisme qui leur permettait de mettre un peu de créativité dans leur boulot se retrouvent au chômage
– Quelques créatifs qui sauront utiliser ces outils plus vite que les autres voient les (plus petits) budgets se concentrer entre leurs mains.
– Le cadre actuel étant ce qu’il est, renforcement de la normalisation des contenus – puisque c’est ce que l’IA fait le mieux, et aussi puisque c’est cette normalisation qui a été le terreau même du développement de l’IA générative. -
K. comme mon Code
InvitéMême si les applications sont plus concrètes que le Metaverse abandonné ces derniers temps, il n’y en a, au fond, pas tant que ça. C’est plus le marketing ou graphisme à peu de coûts qui pourra être éventuellement remplacé. Et pour faire un embranchement avec l’autre sujet : Apple a annoncé l’Apple Intelligence pour ses derniers iPhone et n’a pas livré grand-chose, prouvant leur difficulté à trouver des applications de la chose. Ça fait gadget. Les voies de l’innovation technologique sont moins claires.
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Seldoon
InvitéJe parlais des métiers créatifs au sens large. Là l’IA fait déjà le ménage. Pour le reste faut voir même si, si j’étais consultant McKinsey, je ne ferais pas le malin.
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Ema
InvitéCe qui est sûr c’est que bientôt 50% des séries Netflix seront entièrement générées par I.A et on ne verra pas beaucoup la différence. Le principe du cinéma et de la musique « industriels » relevaient déjà de la proto I.A : produire à la chaîne les même recettes en introduisant juste des éléments de variation aléatoires.
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K. comme mon Code
InvitéCoca-Cola a sorti une publicité générée par IA : résultat des courses, c’est laid et, par dessus le marché, ils ont dû passer plus de temps à payer des gens pour corriger l’IA/sélectionner ce qui était passable, le bénéfice étant en tous points nul. Il s’agit d’être trendy en s’alignant à la dernière trend de la tech, mais ça reste concrètement peu viable ; et que ça soit Netflix ou d’autres professions, la prévarication des précarisés n’a pas attendu l’IA, mais on a toujours besoin d’eux, et sans IA — une fois que ce ne sera plus trendy — ce sera tout bêtement mieux. L’IA existe. L’IA c’est un PNJ de jeu vidéo, l’IA est utilisée par David Lynch pour restaurer les pistes son d’Inland Empire, c’est un outil, quoi. Le fantasme post humain ne survit pas à l’humain.
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Ourson
InvitéNe pas oublier qu’on en est encore aux balbutiements. Pour l’instant, l’IA produit de l’imagerie relativement pauvre, moche, mal dégrossi, mais ça suffit à déjà bouleverser le « marché » de la création (y’a qu’à voir tous les sites et les vidéastes qui y ont recours au lieu de passer par des freelance) alors que ce machin est loin d’avoir fini de se perfectionner
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K. comme mon Code
InvitéÀ voir. L’évolution du truc m’échappe. Mon hypothèse c’est à qu’à terme, il faudra toujours embaucher des freelances qui, eux, pourront avoir recours à l’IA quand les applications seront plus sensées et stables que le grand n’importe quoi du moment. Quand ça sera moins neuf et trendy, ça sera juste laid, et donc gênant : pas de dépenses mais pas de retour sur ce non-investissement.
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Seldoon
InvitéComme je le dis au dessus : oui il faudra toujours embaucher, juste moins de monde, moins cher. Mais ça fait de la place pour les jeunes – plus souples plus au courant des nouvelles technologies et plus « couteau suisse ».
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Ema
InvitéEn tout cas Ourson je te souhaites sincèrement que l’intelligence artificielle puisse pallier à certaines des contraintes qui t’empêchent dans la production d’une BD, mais par curiosité, si c’est le dessin qui te fait défaut (ou qui est trop fastidieux), pourquoi ne chercherais tu pas un dessinateur avec qui collaborer ?
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Ourson
InvitéLe dessin est justement ce qui me plaît le plus, je suis pas un si mauvais dessinateur que ça et je m’entraîne fréquemment, mais c’est pas encore ça et surtout : je manque de productivité.
Evidemment, dans un monde idéal, je ponds une première mouture de ma BD qui me permettrait de convaincre d’autres de bosser avec moi (coloristes, scénaristes, character-designer…)
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Ema
InvitéMais je suis un peu comme toi, il y a au fond de moi un petit ricanement cynique à l’idée d’un monde où l’art ne serait plus le produit d’aucune virtuosité humaine et où il ne resterait qu’à admirer des oeuvres sans artistes. Car je crois bien comme toi que çà ferait bien chier les prouveurs dont tu parles, qu’on entend déjà beaucoup maugréer sur le sujet.
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perové
Invitéourson est tu le même ourson que celui du podcast substance sur les raves et les free partys ?
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Oscar
InvitéJ’ai écouté le podcast, j’aime beaucoup !
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Concernant l’IA, chaque humain étant un artiste, au moins de sa propre existence, je pense que ceux qui choisissent la création artistique (s’y consacrent vraiment) le font car ils n’ont d’autre choix, et qu’ils ont une chose à dire absolument (au monde). L’IA au fond n’y changera pas grand chose. (enfin j’espère…)
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Ta BD ce serait sur quoi ?-
Ourson
InvitéC’est une BD que j’imagine depuis que j’ai à peu près 13 ans. L’idée originale était donc assez basique et bourrine : l’histoire d’un super héro, un genre de batman parisien qui se bat contre des méchants dealer.
Plus je vieillis, plus l’idée s’affine, et notre super héro est désormais un braqueur névrosé qui s’attaque à la pègre locale, pègre sur laquelle j’ai bien l’intention de m’attarder, et que je compte présenter sous un angle réaliste : comme une bande de grands bourgeois de la rue plutôt que comme une bande d’assasins sanguinaires qui vendent du crack à des enfants et tirent à la kalash à tour de rôle
Ce sont les dernières vignettes que j’ai faites il y a deux ans : https://www.canva.com/design/DAF07L4GQLc/EZPzryxsTMEzYl8qQqreeA/edit
Je vais tout reprendre, plus épuré, moins sin-city-esque, moins violent
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Ourson
InvitéNon, mais le sujet m’intéresse alors j’irai écouter le podcast de mon homonyme !
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Ourson
InvitéPseudomonyme *
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Tof
InvitéLa légitimité de l’art a-t-elle besoin d’autre chose que son existence ? Un jeu inutile avec les possibilités de la matière (matière mot, matière image, matière plâtre, matière pélicule/décor/présence-de-cet-acteur-sur-ce-fauteuil). Matière dit moyens: temporels, financiers, sociaux. Mais cette notion de médiocrité me semble étrangère à qui veut produire de l’art. Pour être médiocre, il faut 50% de personnes moins douées. Que font-elles ?
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I.G.Y.
InvitéPas nécessaire à mon avis d’employer autant le mot « médiocre ». Faire une bonne BD assistée par IA n’est pas donné à tout le monde, « médiocre » ou non : si tu n’as pas de talent de dessinateur et que tu fais une BD intéressante via l’IA c’est bien que tu as un « talent » quelque part, quand bien même ça n’est pas en dessin — je suis moi aussi non pas « médiocre » en dessin, mais « nullissime ».
C’est vrai qu’un fameux proverbe informatique restera vrai en IA, le « GIGO » : Garbage In, Garbage Out. Pertinent pour la programmation classique (ou pour n’importe quel modèle mathématique et logique) mais peu de doute que ça le sera en création par IA. C’est dit par d’autres plus haut. Et c’est aussi valable pour d’autres outils technologiques de création (une caméra…).
Si la BD finale est intéressante, IA ou pas, c’est hautement probable que l’auteur du prompt n’est pas si « médiocre » que ça. Sauf plagiat complet ou autre situation aberrante. Comme d’autres outils l’IA va révéler au monde des non-médiocres — si on peut lui trouver un ou deux points positifs, en voilà un en effet.
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