skip to Main Content

Accueil Forums Forum général Comment écrire ?

  • Ce sujet contient 83 réponses, 1 participant et a été mis à jour pour la dernière fois par graindorge, le il y a 4 mois et 1 semaine.
Vous lisez 19 fils de discussion
  • Auteur
    Messages
    • #116472 Répondre
      Henry Miller
      Invité

      Bonjour à tous, et particulièrement à François.

      Tout d’abord, merci à François d’utiliser sa superficie intellectuelle et sa notoriété de manière aussi vivante et joyeuse, je suis toujours heureux de te lire et de t’écouter. Ces derniers temps, tu m’as beaucoup accompagné et tu as facilité et confirmé un éclaircissement de ma position politique (on me pardonnera cette terminologie). En effet, je me défais de mes illusions politiques passées (notamment que politique = élections = vie politique = personnel politique) et peut-être de certaines de mes illusions tout court.

      Ce message s’adresse à toi en particulier puisque tu es identifié comme écrivain, mais je serai ravi de lire les contributions des autres participants, et que tu as exprimé à plusieurs endroits ton approche technique face à l’écriture, la partie artisanal de l’acte de création littéraire.

      Mon sujet est le suivant : je suis habité par la chose littéraire depuis longtemps (= je lis beaucoup, je lis mal, j’achète sans lire, je lis des phrases dont la perfection me fout les larmes, lire me dégoûte par moments, lire est pour moi essentiel et imparfait) avec quelques frustrations mais avec la certitude (je crois ?) que cette chose est essentielle dans ma vie. Comme beaucoup de lecteurs scotchés par la beauté, l’évidence et la magie de certaines phrases, je me crois obligé (requis comme tu dirais) d’écrire. C’est à dire qu’un mélange entre mes expériences littéraires, mes expériences de vie et ma construction personnelle me rend attentif à certaines choses de l’existence, une certaine sensibilité, une certaine attraction, répulsion aussi ; dès lors, je suis forcément un écrivain. Je lutte entre cette quasi certitude et sa contre-pensée : je suis un poseur, l’identité de l’écrivain m’apparait excitante, peut-être serais-je publié, une vie à éviter le bureau, quelle joie – mais évidemment, entre tout cela, il faut écrire.

      Et c’est là où je suis perdu. J’écris depuis des années, un journal (pas nécessairement intime, quoiqu’il l’est) qui me prouve quelque part que l’acte d’écrire est à ma porte, mais là où je n’y arrive pas, c’est dans la décision d’écrire. Un objet, comme une nouvelle dont je pourrais me revendiquer auteur. Je me sens écrasé par la tâche, ce que j’écris est indigent mais pire, au bout de 3 phrases je ne sais pas quoi écrire. Peut-être n’ai-je rien à écrire ? J’hésite avant d’écrire, j’ai peur (je suis terrifié) que ce que je vais écrire n’est pas nécessaire, il y a là le début d’une souffrance.

      Peux-tu m’aider ? As-tu déjà ressenti des émotions similaires ? Y-a-t’il des actions à entreprendre de manière concrète (favoriser un plan pour se désangoisser, faire de l’écriture automatique, que sais-je) ?

      Je te remercie cher François, ainsi qu’à ceux/celles qui pourraient participer.

      A bientôt j’espère

    • #116473 Répondre
      essaisfragiles
      Invité

      Je peux apporter un élément de réponse tout personnel.
      Ce que tu décris de manière exacte, cette souffrance, Henry Miller, c’est ce que j’ai toujours appelé un « rapport névrotique à l’écriture » — j’en sais quelque chose puisqu’il est, ou plutôt a été le mien jusqu’à ce que je comprenne que vraiment, non, ce n’était pas pour moi.
      Tu voudrais écrire, mais tu ne cesses de te donner des obstacles ou des contraintes qui rendent la tâche insurmontable. Alors que tu devrais laisser venir l’écriture, tu ne cesses de vouloir la contrôler, la domestiquer. Toutes les mauvaises raisons que tu te donnes sont des bonnes raisons de ne jamais commencer : ai-je quelque chose à dire ? suis-je autorisé à le faire ? serai-je pertinent ? serai-je lu et reconnu ?
      Ce n’est pas rien de parler de l’écriture comme de quelque chose d’écrasant, tout de même. Tout cela impossibilise.
      Il faudrait en faire quelque chose pour s’en défaire.
      Une piste : au début de Printemps Noir, Henry Miller passe des pages à se défendre d’être lyrique, il ne veut pas faire du lyrisme et… il en devient d’autant plus lyrique. Au moment même où il pourrait sombrer dans la gravité, il gagne en légèreté.
      C’est aussi un des thèmes du film de Desplechin, « Comment je me suis disputé… (ma vie sexuelle) » : comment commencer, terminer, sans passer sa vie à se justifier ?

      • #116478 Répondre
        Emile Novis
        Invité

        Salut essais (et Henry Miller).
        _
        Tu dis : « Ce n’est pas rien de parler de l’écriture comme de quelque chose d’écrasant, tout de même. Tout cela impossibilise. Il faudrait en faire quelque chose pour s’en défaire. »
        _
        Comme remède, j’ai le souvenir d’un propos de Margueritte Yourcenar disant qu’il faut écrire en y mettant toute son attention et se dire en même temps que cela n’a aucune importance. Si mes souvenirs sont bons, c’est dans le premier épisode (sur 4) de Marguerite Yourcenar, propos et confidences (on le trouve facilement sur You tube).

        • #116479 Répondre
          BIOGRAPHIE
          Invité

          Pourquoi est ce qu’il n’est pas question de souligner sa mégalomanie? Je veux dire que cette histoire sent le syndrome de l’imposteur à plein nez donc normalement c’est le moment de souligner sa prétention délirante et de l’inviter à comprendre que comme personne n’est légitime tout le monde l’est.

          • #116482 Répondre
            Oscar
            Invité

            Sur l’écriture, je pense à Des miliers de ronds dans l’eau de Claro (car lu récemment) notamment les pages 61-62. Je retranscris dès que possible.

            • #116487 Répondre
              François Bégaudeau
              Maître des clés

              Etre impressionné-paralysé devant la gigantesque bibliothèque est un sentiment répandu. Il est difficile de s’en débarrasser, apparemment. Je pourrais dire comme Yourcenar : n’y accorde pas trop d’importance, mais ce serait comme demander à quelqu’un qui se noie de s’accrocher à ses cheveux. Ou comme dire : ne t’énerve pas. Ou : calme-toi.
              Alors je ne vois qu’une chose : des exercices. Des vrais. Un journal, pourquoi pas, mais le journal, forme dominante aujourd’hui dans le roman, a peu à voir avec la littérature, puisque c’est une forme qui abolit la distance constitutive de la littérature. Donc plutot des exercices de récit.
              Donne toi des objectifs simples. Hier je rentrais de chez mon père et je me disais que le récit de ces 8 heures chez lui ferait une nouvelle intéressante, émouvante. Il suffirait de raconter simplement cette journée avec un monsieur de 83 ans qui se trouve etre le géniteur du narrateur. Saisir comment il ne se passe rien et il se passe tout.
              Pour écrire il faut trouver passionnant le moindre recoin de vie.
              En somme il faut que tu changes de système référentiel : ne te réfère plus à la vie (écrire ne pas écrire etre digne de Kafka) mais à la vie. C’est elle la reine.

              • #116488 Répondre
                François Bégaudeau
                Maître des clés

                erreur : ne te réfère plus à la littérature (écrire ne pas écrire etre digne de Kafka) mais à la vie. C’est elle la reine.

                • #116529 Répondre
                  Martin
                  Invité

                  Je confirme, mais avec humilité car j’écris en amateur, plutôt que de me lancer dans l’écriture d’un vaste roman (qui était mon premier désir) pour lequel je n’ai ni le temps ni l’énergie à consacrer j’ai opté pour l’écriture de petits textes sur des souvenirs, des scènes de vie (j’ai écrit il y a deux jours un texte d’une dizaine de phrases sur une scène de quelques secondes que j’ai observé depuis ma voiture en roulant et qui m’avait ému) ou des nouvelles fictives à partir de lieux que je connais bien. Et ma méthode pour éviter d’être bloqué face à l’océan infini des phrases à construire et des mots justes à trouver, mais elle vaut ce qu’elle vaut, c’est que j’écris d’abord un premier jet grossier (en étant convaincu par mon idée de départ) avant de repasser le texte des dizaines de fois pour travailler le style. Et là advient la limite de l’écrivain amateur: puisque je n’ai pas d’échéance ni de retour critique d’un éditeur, à quel moment arrêter de repasser mes textes ? Ça peut être infinie cette histoire. Il m’arrive de retoucher des textes qui ont plus d’un an. Bon c’est aussi lié au fait que je ne peux pas y consacrer un temps énorme donc rapidement j’ai des trous de 6 mois entre 2 périodes d’écriture.

                  • #116586 Répondre
                    François Bégaudeau
                    Maître des clés

                    et tu ne fais jamais rien lire à personne?

                    • #116606 Répondre
                      Martin
                      Invité

                      J’ai fait lire quelques textes à ma femme mais sinon je n’ose pas faire lire à mes amis par exemple. Les seuls textes que j’ai partagé à du monde c’était des discours pour deux mariages d’amis et un pot de départ de collègues. Discours dont j’ai eu de bons retours et qui m’ont poussé à poursuivre dans l’écriture de mes courts textes.

                      • #116623 Répondre
                        ..Graindorge
                        Invité

                        @Martin
                        Un discours! Un discours! Un discours! …
                        Je rigole!
                        J’aimerais bien lire cette « dizaine de phrases
                        sur une scène de quelques secondes… »
                        Si tu veux bien

                      • #116637 Répondre
                        Malice
                        Invité

                        @Martin tu peux partager tes textes ici

                      • #116695 Répondre
                        Martin
                        Invité

                        @Graindorge et Malice, allez je repasse le texte de la voiture une centaine de fois et je le balance ici prochainement.

                      • #116736 Répondre
                        Malice
                        Invité

                        J’ai conscience que tu plaisantes un chouilla avec ta centaine de repassages, mais – vraie question – est-ce qu’on ne finirait pas par haïr n’importe quel texte en le relisant trop?
                        En tous cas je te lirai avec plaisir

                      • #116767 Répondre
                        Martin
                        Invité

                        Peut être pas détester mais parfois c’est vrai qu’il faut se persuader qu’il est bien et garder solidement cette position pour ne pas le foutre à la poubelle. J’ai mis mon texte court en bas de ce fil, je savais pas où le poster.

                  • #116607 Répondre
                    nefa
                    Invité

                    @Martin
                    repassage (je suis aussi expert en la matière)
                    qui a force d’être pratiqué finit par le fait que je me pose la question : n’est-ce pas le fruit d’un désir ardent ?
                    élaborer un rapport routinier avec un texte ?
                    moi qui exerce une profession qui en est « percluse » (de routines)
                    je me demande si ça n’est pas une façon de conjurer la sale opinion qu’on a d’elles. La plupart du temps et par la plupart des gents que je croise
                    et comme je suis bon en routines
                    j’en profite
                    les exhausser en quelque sorte
                    une sorte d’écriture en épaisseur
                    glacis sur glacis sur glacis

                    • #116694 Répondre
                      Martin
                      Invité

                      @Nefa
                      Je n’avais pas vu ces repassages sous l’angle de la routine mais ça me parle. Quand je decide de consacrer un peu de temps à l’écriture je peux prendre plaisir à relire les quelques textes que j’estime bons et ce faisant j’ai du mal à ne pas les retoucher, je ne les sanctuarise pas. Peut être qu’en effet il y a un certain plaisir à cohabiter avec ces textes (ou une angoisse à les lâcher). C’est peut-être la grande différence avec l’écrivain publié (mais il faudrait leur demander), l’écrivain amateur ne pouvant pas sanctuariser ses textes dans une publication il peut faire joujou avec très longtemps, ce qui peut être à la fois une source de plaisir mais aussi une source de frustration. Bref à un moment il faut se lancer et faire lire à d’autres.

              • #116660 Répondre
                Emile Novis
                Invité

                @FB
                Il faudrait commencer par la nouvelle, si je comprends bien. Ce qui peut renvoyer à Rancière et à la nuit des prolétaires.

            • #116583 Répondre
              Oscar
              Invité

              Voici la page
              .
              « À L’ÉCRITURE, une fois ma mère incinérée, la tempête assagie et ma vue redevenue normale, je me remis ; ici, je dois une précision : j’écris depuis que je sais écrire, dès que j’ai su former une phrase, le désir et la nécessité me sont venus d’occuper dans tous les sens du terme – ladite phrase, puis, très vite, d’y établir mes quartiers, sans pour autant me sentir l’hôte bienvenu de cette drôle de caserne, et d’y gesticuler à la faveur de la nuit, de décrocher les cadres, dégonder les portes, dévisser les radiateurs, de n’y dormir que d’un œil, en énergumène, bref, de tout mettre en œuvre pour que le bâti de la phrase s’habitue au saccage ; ce labeur de hooligan en pantoufles, néanmoins physique, quasi sauvage, prend entre autres sa source, il me semble, dans les entrailles d’une machine ; la machine à écrire que m’avait prêtée mon père avant de la laisser à mon entière disposition, à croire qu’il s’était lassé de ce crustacé, de sa carapace bleu pâle, ses tiges roides, son ruban bicolore, sa manette crantée, ses touches carrées aux bords arrondis et au centre délicatement creusé par quelque magique érosion digitale; j’avais découvert le plaisir de taper, de faire vibrer et résonner la bête métallique, la joie pure du martelage, plaisir forgeron à n’en pas douter; écrire n’était finalement qu’une affaire de cogne, chaque index devenant un poing minuscule s’efforçant de défoncer la fausse gueule d’ange des lettres, la barre d’espacement jouant le rôle de corde de ring et le tintement du retour chariot annonçant un bref répit, même si, de ce répit, je ne voyais guère l’utilité, ni la grâce ; il me fallait tout entier me consacrer à la cognée, devenir à ma façon clandestine ce qu’on pourrait appeler, techniquement parlant, une « petite frappe », concentrer tout mon être, qui a treize ans ne valait pas tripette, dans la pulpe fragile de deux index serêvant foudre ; (plus tard, des décennies plus tard, j’écrirais ceci :
              .
              lettre à lettre en sourd macaque arracher
              au palais du clavier ses crocs de fer démanteler le crâne au capot clair rachis mécanique extorquant mystère chorale accordée au fracas des tiges – crisse le chariot claque la manette –
              la langue étroit ruban gémissant sous la frappe
              en 2 temps 2 couleurs le soir
              tous les soirs et que jamais plus ne cesse
              le rouleau de tourner dedans la tête le moi rompu cédant à proportion des aveux laminés par l’engrenage afin que rien ne fige dans le sens)
              .
              et bien sûr je me demande si, d’emblée, je n’avais pas pris la phrase pour une sorte de contenant, susceptible de changer de nature dès lors qu’on y versait un contenu aux propriétés corrosives afin de ne pas laisser s’avarier toute cette viande ::: de papier ;  »

              • #116587 Répondre
                François Bégaudeau
                Maître des clés

                ça sent un peu la mythologie tout ça
                et je ne comprends pas que petite frappe soit entre guillemets
                ni ce bref – bref ne devrait pas avoir d’usage en littérature

    • #116474 Répondre
      Ostros
      Invité

      Henry,
      La sitiste Fanny nous demandait des pistes il y a quelques temps, je t’invite à lire ce sujet qu’elle avait ouvert :

      Écrire

      • #116475 Répondre
        Ostros
        Invité

        A cette époque, essaisfragiles se faisait appeler « deleatur »

    • #116476 Répondre
      Ostros
      Invité

      Tiens, pour te donner quelques réponses sur comment travaille François :

    • #116477 Répondre
      Ostros
      Invité

      Et aussi ceci :
      .
      François Bégaudeau
      1) le plan est le premier travail
      depuis au moins La blessure la vraie, la constitution d’une trame solide est vraiment le premier travail et la condition sine qua non pour commencer la rédaction. par exemple j’hésite entre deux romans à écrire pour l’an prochain, et c’est la trame la plus solide qui tranchera
      2) oui ecriture linéaire, c’est non-négociable, il n’y a que comme ça qu’on eut induire des événements de lecture
      et chaque repassage est linéaire aussi

      • #116527 Répondre
        Jeanne
        Invité

        @Henry
        Tu as envie d’écrire (ou d’écrire une nouvelle car tu écris déjà un journal) et tu es terrifié.
        Ça serait peut-être intéressant d’essayer de savoir pourquoi tu veux écrire.
        De quoi ton désir d’écrire est-il le nom ? Qu’est-ce que tu essaies, avec cette perspective d’écrire, de nourrir en toi?
        Tu veux jouer ? Écrire ça ressemble à jouer ?
        Tu veux dire des choses qui, dans la vie sociale, dans la vie habituelle, demeurent tues ? Écrire c’est faire apparaître la vérité ? (Ou l’indicible ? ).
        Tu veux que l’on te voit? Qu’autrui aperçoive ce que tu as dans le ventre, la forme de ton intelligence, la couleur de ton humour, ce qui te fait toi?
        Je te laisse continuer.
        Explorer.
        Et peut-être t’apercevoir que ce que tu identifies comme un besoin d’écrire n’est pas strictement un besoin d’écrire ? Mais plutôt une stratégie pour nourrir un besoin qui porte un autre nom.
        A partir de là tu lâches un peu l’écriture. Elle te terrifie ? Tourne-lui le dos. Tu n’as pas besoin d’elle. Fais comme si tu n’avais pas besoin d’elle. Va chercher ailleurs ce qu’elle peine à te donner. Va chercher ta joie ailleurs. Essaie. La vie sociale est pleine de silence, d’indicible, de choses tues? Dis-les. Les choses tues. Brise le silence. Là où c’est possible évidemment.
        .
        Tu verras bien, alors, si l’écriture (le désir d’écrire) continue de te poursuivre. Ou pas. Si oui, si le désir d’écrire est toujours là, s’il insiste, peut-être qu’un chemin se trouvera.
        Dans tous les cas tu auras modifié ton rapport à elle. L’écriture.
        Dans tous les cas elle ne sera plus ton maître.
        Tu es le seul maître.

      • #117029 Répondre
        ,
        Invité

        « ecriture linéaire, c’est non-négociable, il n’y a que comme ça qu’on eut induire des événements de lecture »
        Je trouve ça mystérieux à l’échelle d’un roman. Est-ce que ça veut dire écrire vraiment tout dans l’ordre, du début jusqu’à la fin ? Que signifie « induire des événements de lecture » ?

    • #116533 Répondre
      François Bégaudeau
      Maître des clés

      le bot se saisit aussi de cette page
      si des gens savent comment arrêter ça, on les remercie d’avance

    • #116556 Répondre
      Claire N
      Invité
    • #116581 Répondre
      Claire N
      Invité

      Test

    • #116721 Répondre
      Martin
      Invité

      Août 2025: un geste.

      Une voiture passe, trois adolescents marchent au bord de la route à contresens. Trois garçons côte à côte les torses nus. Ils dévisagent le conducteur les yeux plissés par la brutalité de la lumière d’été qui impose à leur regard un air défiant. La démarche est faussement indolente car quelle puissance se dégage de ces corps juvéniles encore mal proportionnés ! L’un d’eux mord la ligne blanche avec nonchalance. Le conducteur s’inquiète, dans son rétroviseur il jette un œil. De dos et de loin les trois amis redeviendraient presque des enfants si leur allure n’était pas résolument paresseuse. Brusquement, le garçon du milieu attrape l’insolent de la marge par l’épaule et le tire vers lui dans un geste. Un geste rude dans l’énergie abrupte qu’il donne au mouvement et tendre dans la manière dont sa main finit par glisser vers la nuque de son camarade et rester quelques instants agrippée avant de se retirer prestement de peur que la gêne ne vienne transformer l’affection sincère en agressivité défensive. La tête de l’imprudent ploie sous la force du mouvement et c’est bientôt tout son corps qui bascule vers le groupe l’éloignant de la route après quelques petits pas redoublés pour garder l’équilibre. Le conducteur quitte la scène des yeux et se persuade que le geste était délibérément protecteur, mais peut-être se trompe-t-il ? Il n’empêche, ce geste, dont aucun des trois adolescents ne saura qu’il eût un témoin dans l’horizon fuyant d’un rétroviseur, réchauffera quelques instants son âme.

      • #116870 Répondre
        Malice
        Invité

        J’aime bien que tu t’attardes si longuement sur la marche et le geste du jeune. Pourquoi n’as-tu pas écrit à la première personne? Est-ce que ça ne faciliterait pas la description de ce que pense et ressent le conducteur? Ou alors peut-être qu’il serait intéressant, si tu gardes la 3e personne, de décrire davantage le conducteur ?
        C’est un texte dont tu voudrais faire le début d’une nouvelle ou d’une histoire? Je serais curieuse de la suite si tu lui donnes un prolongement.

        • #116886 Répondre
          François Bégaudeau
          Maître des clés

          Un livre pourrait être ainsi un florilège fragmentaire de gestes

          • #116910 Répondre
            Martin
            Invité

            J’ai un dossier « fragments » qui regroupe des textes courts mais j’avais du mal à y trouver une unité, peut être que le geste est une piste à approfondir. Merci pour l’idée.

            @Malice
            Difficile de te donner les coulisses de ce texte que j’ai écrit sans préparation mais plutôt de manière instinctive. Je savais que je voulais faire une description du geste sans que cela soit le début d’un récit. Pour le conducteur j’avais envie d’écrire à la 3e personne pour changer car j’avais écrit plusieurs textes autobiographiques à la première personne, et puis je trouvais que ça mettait davantage en valeur la description du geste.

            • #116911 Répondre
              Malice
              Invité

              Certains de tes autres fragments pourraient être reliés à celui-là ou ils concernent d’autres personnages?
              Tu veux en poster d’autres?

              • #116913 Répondre
                Malice
                Invité

                Reliés, c’est à dire que peut-être, on pourrait trouver des connections entre certains, même si tu n’avais pas cette idée en tête en les écrivant

      • #116912 Répondre
        ..Graindorge
        Invité

        @Martin
        J’aime bien que tu n’utilises pas le  » je ».
        Juste  » un témoin dans l’horizon fuyant d’un rétroviseur » Trois copains ou trois frères . L’ allure resolument paresseuse me fait penser aux chats, aux félins dont la nonchalance n’empêche pas
        les réactions au quart de tour devant un danger : là, pour  » l’ imprudent »,  » l’insolent de la marge » brusquerie nécessaire du geste suivie de s tendresse. L’inquiétude ( paternelle?  » de dos et de loin les trois amis redeviendraient presque des enfants » ) du conducteur vite soulagée à la vue de ce sauvetage par ce geste (d’amour) qui réchauffera son âme.
        Eh ben Martin, merci!
        Au niveau de la musique, il y aurait peut-être des choses au niveau de la ponctuation, de la respiration du texte et il y a ce  » car quelle » qui écorche un peu l’oreille:  » car quelle puissance se dégage de ces corps juvéniles » et aussi la longue phrase :  » Ils dévisagent le conducteur les yeux plissés par la brutalité de la lumière d’été qui impose à leur regard un air défiant. » On pourrait faire sauter le « qui »? en mettant deux points ?
        ils dévisagent le conducteur: les yeux plissés par la brutalité de la lumière d’été impose à leur regard un air défiant » Ou deux phrases : Ils devisagent le conducteur. Les yeux plissés par la brutalité de la lumière d’été impose à leur regard un air défiant. Ou
        Ils dévisagent le conducteur les yeux plissés: la brutalité de la lumière d’été impose à leur regard un air défiant.
        Je me suis amusée cher Martin.
        Encore merci pour ce cadeau. Et bravo pour ton observation, ton attention au monde, ton talent, ta bonté et ta belle âme

        • #116914 Répondre
          ..Graindorge
          Invité

          * brusquerie nécessaire du geste suivie de sa tendresse.

          • #116916 Répondre
            Martin
            Invité

            Merci pour ton retour, je prends note pour les respirations.

    • #116732 Répondre
      V.
      Invité

      Sur la question d’être requis par l’écriture sans concrétisation, je renvoie aussi à Septentrion de Louis Calaferte. Un récit largement autographique où l’on suit le narrateur dans son errance et son incapacité à écrire, une période durant laquelle pourtant il ne sera jamais autant senti écrivain.

    • #117024 Répondre
      ,
      Invité

      @Henry Miller
      Moi aussi je confonds parfois écrire et écrivain, comme si n’étaient autorisés à écrire que ceux qui écrivent parfaitement bien, dans les grandes longueurs, qui écrivent fin subtil intelligent original ou quoi, qui sont estampillés comme tels, et qui couchent leurs phrases sur des pages, de papier, dans des livres, imprimés, calés quelque part entre Apollinaire et Zola. Je ne sais pas si tu as lu La Politesse, je trouve que ça aide à désenfler un peu cette baudruche de l’être écrivain, l’être édité, même l’être lu.
      Il reste la frustration de ne pas arriver à produire un texte un minimum développé. C’est vrai que ça doit être agréable de voir un texte s’étoffer, se préciser, gagner en profondeur. Ça me fait envie aussi.

    • #117025 Répondre
      ,
      Invité

      Tu n’expliques pas exactement comment tu te retrouves à écrire trois lignes et ensuite à sécher. Je pense qu’il y a différentes manières de sécher qui pourraient appeler différents remèdes. De mon côté ce qu’il se passe, qui fait que je vais vouloir écrire, c’est souvent une phrase qui me trotte dans la tête et à partir de laquelle je me dis qu’il y a aurait bien quelque chose à développer. Dernièrement : « je ne voudrais pas exactement mourir ». A partir de là je commence à rêvasser à diverses situations, d’autres phrases me viennent, je bricole un petit paragraphe ou deux, je peux rester dessus des heures durant, je m’amuse bien, c’est déjà ça, puis plus de carburant, fini. Je me dis comme toi qu’un plan pourrait aider, mais j’ai l’impression qu’un plan me priverait du plaisir de se laisser surprendre par ce qu’on se met à écrire quand on a pas prévu d’avance ce qu’on voudrait écrire. Quoiqu’à force d’écrire des petits morceaux éparpillés, il y a des thèmes qui reviennent et je me demande si en insistant, pour finir, certaines figures ne pourraient pas se rejoindre, fusionner, et constituer une intrigue ?

    • #117026 Répondre
      ,
      Invité

      Il y a un passage de Carrère dans Yoga où il dit fonctionner un peu comme ça, par agencement de bribes (et pour ne pas se mettre trop de pression il dit ne pas écrire mais juste faire des exercices de dactylographie – éventuellement méditative) : « j’ai commencé à recopier et à mettre bout à bout les fichiers à première vue disparates qui allaient composer le livre que vous lisez : fichier sur Vipassana et sur le yoga, fichier sur ma dépression et sur mon hospitalisation à Saint-Anne, fichier sur mon séjour à Léros. Faire ce bout-à-bout, c’est le premier travail par lequel il faut bien passer quand on monte un film. Dans le jargon du métier, on appelle ça un ours, et personne n’aime se trouver face à cet ours. Personne dans son bon sens ne peut croire qu’il en résultera quelque chose de regardable – ni de lisible, s’il s’agit d’un livre. Et puis une fois surmontée l’envie de tout laisser tomber on s’y met, on assemble, on juxtapose, on coupe, on ajoute, on intervertit, on essaie des trucs… Petit à petit cette espèce de magma se met à ressembler à quelque chose, souvent à quelque chose qu’on avait pas prévu. Certains artistes aiment ça, que ça ne ressemble pas à ce qu’ils avaient prévu, d’autres non, ça les rend malheureux. Ce sont deux familles. François Truffaut disait qu’un film, c’est un processus de déperdition. Entre l’idée qu’on s’en faisait avant de commencer et le résultat final, il y a plus ou moins d’écart : s’il y en a peu le film est réussi, s’il y en a beaucoup il est raté. Ainsi pensent les artistes du contrôle, les démiurges qui, comme Hitchcock ou Kubrick, entendent plier le réel à leur volonté et à leur rêve. D’autres, parmi lesquels je me compte, c’est l’inverse : moins le film ou le livre ressemble à ce qu’ils avaient imaginé, plus long et capricieux se révèle le chemin entre le point de départ et celui d’arrivée, plus le résultat les surprend, plus ils sont contents. »

    • #117027 Répondre
      ,
      Invité

      Il y a une phrase qui m’interpelle, tu dis que tu as peur que ce que tu écris ne soit pas nécessaire. Ça pourrait être un point de départ : surtout ne rien écrire qui ait l’air nécessaire. Surtout ne pas écrire de phrases qui se la pètent. Ecrire ras-des-pâquerettes. De toute façon, écrire gâche toujours tout. Je pense encore à Carrère parce que je sors tout juste du bouquin : «  Mon métier, mon talent, c’est la narration, et ma question en toutes circonstances peut se résumer à : c’est quoi, l’histoire ? L’exact contraire de la méditation qui vise justement, douzième définition, à cesser de se raconter des histoires. A dissoudre cette épaisse couche de narration, de jugement, de commentaire dont les gens comme moi s’emploient diligemment à recouvrir les choses comme elles sont. » Donc en prendre son parti. Peut-être par l’absurde, le rire. Peut-être aussi ne pas t’attaquer frontalement à des sujets qui te sont trop chers. Y aller de biais, par du plus simple, qui ne paie pas de mine. Dans « pour écrire il faut trouver passionnant le moindre recoin de vie », je retiens « moindre ». N’écris pas le cancer, juste les vomissements. Et le cathéter. Et les papiers de la sécu.

      • #117140 Répondre
        Alphonse
        Invité

        Je retiens ceci : « N’écris pas le cancer, juste les vomissements. Et le cathéter. Et les papiers de la sécu. » Avec cette gradation, le corps, les objets, le monde social qui s’y incarne.
        Bien dit.

    • #117028 Répondre
      ,
      Invité

      Dernière chose à quoi je pense : j’ai réussi à m’incruster une fois dans un atelier d’écriture, et ça vaut le coup. Parce que tu es obligé au bout de trente minutes/une heure d’avoir écrit quelque chose, et tu te rends compte que tu en es capable, même si tu n’es pas aussi volubile que tes voisins. Tu as des contraintes qui te sont données, qui font qu’il n’y a pas mille chemins par où passer pour écrire quelque chose qui tienne debout, donc tu te concentres uniquement sur ça : que ça tienne un minimum debout. Et c’est très intéressant aussi d’observer comment les autres s’y prennent.

      • #117037 Répondre
        Tchitchikov
        Invité

        Merci , pour ces brèves réflexions et ces passages. Ça fait redescendre sur terre.

        • #117041 Répondre
          François Bégaudeau
          Maître des clés

          « mais j’ai l’impression qu’un plan me priverait du plaisir de se laisser surprendre par ce qu’on se met à écrire quand on a pas prévu d’avance ce qu’on voudrait écrire. Quoiqu’à force d’écrire des petits morceaux éparpillés, il y a des thèmes qui reviennent et je me demande si en insistant, pour finir, certaines figures ne pourraient pas se rejoindre, fusionner, et constituer une intrigue ? »
          admettons qu’un plan balise et restreint les surprises
          mais
          1 en fait un plan n’empeche pas mille surprises, je pourrais même démontrer qu’il les permet, qu’il les produit
          2 se lancer sans plan est tout à fait possible, ca dépend juste de ce qu’on veut écrire
          écrire Ma cruauté ou L’amour sans plan est tout simplement impossible
          te lisant, je me dis que tu es sans doute davantage poète que romancier

          • #117045 Répondre
            Tchitchikov
            Invité

            Clair, Ma cruauté est très structuré. On sent que tu l’as peaufiné.

          • #117111 Répondre
            ,
            Invité

            pour le point 1, ça m’intéresserait la démonstration
            quel genre de surprises le plan permet que l’absence de plan ne permettrait pas
            avec Ma cruauté ou L’amour par exemple

            • #117149 Répondre
              François Bégaudeau
              Maître des clés

              Eh bien je pourrais dire que d’avancer sur ce socle stable qu’est un plan solide permet de digresser, de s’arreter sur des impromptus, et de le faire sans peur, car on sait qu’à tout moment on peut rejoindre la route principale, et retomber sur ses pattes.
              Par ailleurs d’avoir à constituer un plan, c’est à dire en l’occurrence de tramer un récit cohérent, vous amène à bien des inventions. C’est ce que j’appellerais le travail fécond de la vraisemblance – pour étayer celle ci on est souvent poussé à préciser des choses, à épaissir un personnage, à détailler une situation
              Exemple : une femme tue un homme en l’étranglant. Problème : comment a-t-elle pu avoir le dessus physiquement? Idée : elle est sportive. Mieux : elle est judoka. Tiens une femme judoka ca donne quoi? Comment est elle venue au judo? Un père judoka? Un copain entraineur? Une copine dont elle était amoureuse et qui en faisait? Et nous voilà partis. L’objectif de cohérence ne restreint pas mais ouvre.

              • #117412 Répondre
                ,
                Invité

                merci
                je ne voyais pas le plan comme ça
                en fait je ne sais pas encore faire de plan
                souvent j’ai en tête une situation, plutôt banale et statique, et je me demande juste : qu’est-ce qui pourrait bien se passer maintenant ? et je sèche
                ça a l’air un peu plus accessible en remontant à l’envers, le long des possibles causes d’un événement donné
                commencer par la fin
                il faudrait que je teste
                – poser un premier jalon (sans doute de préférence pas trop banal ? – comme cet étranglement)
                – identifier un problème (si la femme est juste plus costaude que l’homme qu’elle étrangle il n’y a plus grand chose à creuser)
                – enquêter sur l’avant : comment on en est arrivé là ?
                – hypothèses liens causes effets portraits
                – détailler digresser

                • #117418 Répondre
                  François Bégaudeau
                  Maître des clés

                  Oui travailler un plan est un exercice très intéressant
                  Et qui me parait d’ailleurs à la portée de chacun, pour peu qu’il s’en donne la peine.
                  Je parle ici de plan au sens narratif, c’est à dire de trame. On n’est certes pas obligé de vouloir tramer un roman. Il se trouve juste que c’est ma façon de faire, parce que j’ai découvert à la fois la joie de le faire et l’intéret de le faire
                  (je crois qu’on n’est plus beaucoup à partager cette joie dans le roman contemporain)

        • #117047 Répondre
          Ostros
          Invité

          Je me reconnais assez dans ce qui est dit plus haut.
          J’écris mieux quand je prends les choses de biais et par le petit. Ça libère.
          Au fait je me réalise intensément quand j’écris que j’ai accumulé des connaissances et des réflexions sur des choses, des situations tout au long de ma vie. Quand je mets en place une scène cela me permet de décrire tel objet vu par le passé, telle système de relation que j’ai bien connu, d’exprimer telles idées que j’ai particulièrement creusées. Ce n’est plus moi qui me dit « je vais écrire un livre sur tel sujet précis » et qui tords tout dans ce but. C’est plutôt moi qui pose des situations comme des gros pâtés de sable informes et selon ce qu’il y a dedans (personnages, enjeux perso, lieux, etc. posé pas au hasard mais presque, en tout cas aux contours très flous), je précise tous ces traits en les dessinant avec ce que je sais. Ça forme un texte plus dense et parfois complexe, et ça donne une direction de récit qui m’inspire un autre gros pâté de sable grossier que je pose sans forme particulière. Et j’affine pour faire ressortir des choses qui n’intéressent que moi dans un souci de vérité. Et ainsi de suite.
          J’ai moins de pression à écrire en procédant comme ça. Je me sens plus comme une passeuse que comme une démiurge. Si je pense un livre comme une montagne à sortir de moi ça me bloque. Avancer par plan, par scène, par geste, mettre dans chaque élément ce que tu sais, essayer de transcrire le plus justement possible, préciser quelque chose que tu vois, que tu as vu, que tu entends, as entendu, compris, c’est devenu ça pour moi écrire et c’est pasionnant, amusant, inspirant. C’est un travail de mémoire et d’acuité. De juste distance à avoir. Effectivement, tu te mets au ras de la pâquerette et tu rends la pâquerette. C’est suffisant. Ça demande du calme et du temps. Rien de plus. Au départ de ce plaisir de faire il y a l’envie de le faire ainsi, c’est à dire si simplement. Je dirais même la joie de tenter reproduire le vivant. Parfois réussir à en élucider un morceau. Décrire et raconter sans aucune utilité que de celle de s’alimenter en joie. Joie faite de tant de choses dont la satisfaction, la reconnaissance, la joie de faire soi-même, etc. Ça peut ne pas parler à tout le monde, je le conçois.

          • #117088 Répondre
            graindorge
            Invité

            « Décrire et raconter sans aucune utilité que de celle de s’alimenter en joie.  »

            Ostros, tu partageras ici un petit bout de ce que tu as écrit?

            • #117123 Répondre
              Ostros
              Invité

              Entre deux bonjours mangés de sourires sous contrat, la tierce suraiguë de l’interphone exigeait qu’elle ouvre le portail aux véhicules impatients. L’imprimante toussotait en crachant des badges aux noms haut de gamme. Du soleil aveuglait les dalles comme les flaques d’eau de l’enfance.
              .
              Elle mâchait discrètement la bouchée de sandwish Sodebo poulet mayo prélevée avec les doigts. Elle prenait son déjeuner comme ça, par fragments ingurgités entre 11h30 et 13h30.

              • #117132 Répondre
                ..Graindorge
                Invité

                Merci merci Ostros!

              • #117206 Répondre
                Claire N
                Invité

                « Elle prenait son déjeuner comme ça, par fragments ingurgités entre 11h30 et 13h30 »
                Je kiff – la fragmentation des tâches jusqu’à là

                • #117225 Répondre
                  Ostros
                  Invité

                  Merci Claire – j’ai pas mal bossé sur ce type de description dernièrement. Je te ferai lire quand j’aurai fini et si c’est suffisamment abouti (l’année prochaine je pense).

              • #117210 Répondre
                Alphonse
                Invité

                « Elle mâchait discrètement la bouchée de sandwish Sodebo poulet mayo prélevée avec les doigts. Elle prenait son déjeuner comme ça, par fragments ingurgités entre 11h30 et 13h30. »
                Je suis pas très objectif, parce que je crois que n’importe quelle phrase contenant le mot « fragment » me plait, mais ces deux phrases me plaisent beaucoup.
                Si j’ai le droit de faire 2 suggestions (et si j’ai pas le droit, arrête de lire ici), je dirais que ça me semble plus rêche, plus sec, au présent ; et je réduirais la première phrase : « elle mâchait discrètement le Sodebo poulet mayo – par bouchée prélevée avec les doigts », parce que ce qui matche c’est « Sodebo poulet mayo ».

                • #117226 Répondre
                  Ostros
                  Invité

                  Merci du retour Alphonse.
                  Bien vu pour le fait de virer sandwish, ça fonctionne mieux.
                  Pour la 2e remarque, on perd le fait qu’elle va manger ainsi, en cachette, durant deux heures. Ce qui m’embête. Mais je vais voir si la redondance sur fragment / bouchée est vraiment dérangeante quand j’aurai fini et si oui je corrigerai.
                  Après dans le grand tout du chapitre c’est pas Sodebo poulet mayo le plus important (je réponds à « ce qui matche »). Mais le fait que ce soit Sodebo poulet mayo mangé de cette façon là et durant ce temps-là.
                  Et pour le présent, oui, j’ai merdé au départ. J’ai voulu faire mon intéressante, je peux te dire que je le regrette bien. J’ai tout bossé au passé, le rythme des phrases à l’imparfait, passé simple, conditionnel, la musicalité des mots, donc impossible de reprendre tout au présent. Tant pis, j’assume ma bêtise. Je serais tombée dans tous les écueils avec ce premier travail littéraire. Ça m’aura bien appris.

                  • #117227 Répondre
                    graindorge
                    Invité

                    Ostros tu as écris combien de pages ?

                    • #117231 Répondre
                      Ostros
                      Invité

                      Je ne sais pas mais ce n’est pas une donnée importante, car je n’ai pas du tout fini de repasser ces textes.

    • #117112 Répondre
      tristan
      Invité

      ATTENTION, DANGER !

      Le plus souvent, la Littérature, une distraction dangereuse -n’en doutez pas- fait grimper le pratiquant imprudent au 12ème étage de la cave réservée aux intellectuels narcissiques, pourris d’orgueil.

      Sans plus…

      • #117113 Répondre
        François Bégaudeau
        Maître des clés

        Où l’on voit que tu n’es pas seulement gorgé de clichés racistes. Tu es aussi gorgé de clichés tout court.

      • #117133 Répondre
        ..Graindorge
        Invité

        « Sans plus… » tes 3 petits points ressemblent à des crottes. Marche dessus Triste, ça te portera bonheur

    • #117201 Répondre
      Henry Miller
      Invité

      Merci à tous, à François pour ces réponses toute différentes et si encourageantes. Je crois qu’en effet, par moments, certaines ambitions s’emmêlent avec des névroses. Alors l’envie d’écrire, qui est sincère, côtoie des choses moins nobles, mais c’est la vie. J’aime beaucoup vos suggestions de revenir sur terre, faire simple, au plus pur, proche de l’écriture en elle-même, pour elle-même.

      Si je m’interroge sincèrement, je sais que mon désir d’écriture est tressé avec mon rejet profond des métiers vers lesquels je me suis fait destiner (bullshit jobs). Alors, je vais vers ce que je crois être le plus proche de moi, les mots.

      • #117203 Répondre
        ..Graindorge
        Invité

        « Alors, je vais vers ce que je crois être le plus proche de moi, les mots. »
        Tu feras lire un petit quelque chose ici?

        • #117211 Répondre
          Henry Miller
          Invité

          Je suis en train de cracher un petit texte sur le thème du ressentiment. Je vais essayer d’en faire mon premier petit travail. Je le posterai volontiers ici une fois terminé.

          • #117212 Répondre
            Henry Miller
            Invité

            Il sinue, il sinue, ce glaire. Je dis glaire, comme s’il y avait quelque chose à cracher, alors qu’en réalité, mon ressentiment est sourd, latent et lâche. Il se promène en moi et il est le décorateur de ma vie. Au fond, c’est lui qui décide des scènes. Je viens seulement de comprendre que je refuse de vivre. Vivre pleinement, à mon avis, c’est dire oui. C’est-à-dire, partir du principe que la vie a à donner. Mais je m’aperçois que je vis en mode réactif, je vogue, je navigue, car la vie se passe. Elle m’arrive en fait. Suis-je trop lâche, trop faible, ou peut-être n’y crois-je pas ? Le ressentiment a à voir avec la croyance, car pour vivre il faut croire, croire que la vie est un cadeau dont il faut jouir. Mais quand on a été déçu, blessé, peiné, comment croire ? Alors s’accumule ce glaire et je dis bien glaire, car je veux cracher, mais je ne sais pas quoi cracher. Comme les enfants timides qui, poussés à bout explosent de manière démesurée et font mal, mal plus loin qu’ils l’auraient voulu, qui le regrettent ensuite et qui, en mouvement de balancier se taisent et développent du glaire. Mais je sais qu’habite quelque chose en moi qui est triste, comme des paupières avant les pleurs, le moment avant l’eau ; je crois que j’ai quelque chose sur les liquides qui sortent. Ce sentiment navigue en moi et prend la forme de la timidité et de l’aigreur, je ne m’engage pas car je veux punir. Je veux punir, assez bêtement, mes géniteurs, du moins celle qui est encore là. Peut-être que si elle voyait vraiment à quel point j’avais mal, par sa faute évidemment, elle s’excuserait et tout irait bien. Comment vous dites à un enfant de grandir, si cet enfant c’est vous même ?

            • #117214 Répondre
              Jeanne
              Invité

              @Henry
              Est-ce que c’est ton texte?

              • #117216 Répondre
                Henry Miller
                Invité

                Oui

                • #117217 Répondre
                  Malice
                  Invité

                  J’aime bien la phrase :  » il se promène en moi et il est le décorateur de ma vie »

                  • #117221 Répondre
                    Jeanne
                    Invité

                    Henry je te donne honnêtement mon avis.
                    Quelque chose dans ton texte mais te touche, mais pour moi c’est inabouti.
                    Je dirais que – peut-etre (je ne suis pas sûre) – pour moi tu sautes trop du coq à l’âne.
                    Pardon pour ma franchise.

                    • #117224 Répondre
                      Jeanne
                      Invité

                      Je voulais dire: « Quelque chose dans ton texte me touche »

                      • #117233 Répondre
                        Ostros
                        Invité

                        Je ne trouve pas que le texte saute du coq à l’âne. C’est un texte d’introspection (remise en question(s) même) en temps de blues. Je reconnais ce type de pensées sombres aux interrogations sans bords, pour les avoir traversées moi aussi. C’est troublant j’en reconnais les mouvements, atterrir sur l’enfance, être dans des questionnements « absolus » dont l’attrait est aussi pour la saveur de spleen qui s’en dégage quand on s’y plonge. Je dirai que la difficulté pour ce type d’écriture sur ton intériorité est, une fois le texte posé, les affects coulés, de relire et travailler à froid. Mais vraiment à froid, détaché. Ce qui est compliqué, car la matière que tu travailles sont tes sentiments. Et j’imagine que tu as écrit pour « purger » des pensées et sentiments lourds qui tournaient dans ta tête.
                        On est dans le journal intime poétique. Donc je dirais qu’il serait intéressant d’aller plus encore chercher la poésie. On a déjà un champ lexical des fluides qui est là. Je recommande un exercice qui serait de s’amuser à présent avec ces mots-là. Et je fais un peu exprès de t’emmener sur le terrain de la légèreté et du jeu-pour,rire, tester des trucs lexicaux, car je sais que ce type de récits à soi-même si gris est particulièrement collant. Empêche le travail littéraire. Tes interrogations, tes souvenirs et ton vertiges portent des choses très lumineuses, portent des vérités, de l’affirmation et de l’humour, qui peuvent être extraits par la forme. Même le vertige, même les questions sans réponses. Je serai très heureuse de te voir bricoler ce texte. En mode : ce n’est plus toi et tes souffrances le coeur de l’écriture c’est la littérature.
                        Par ailleurs j’aime beaucoup : « quelque chose en moi qui est triste, comme des paupières avant les pleurs, le moment avant l’eau ». C’est très beau.

                      • #117234 Répondre
                        Ostros
                        Invité

                        Le détachement, c’est cela que je voulais exprimer. Comme exercice du jour (jeudi 28 août). À partir de ce texte très noué aux entrailles.

                      • #117236 Répondre
                        Claire N
                        Invité

                        Ce que souligne Ostros me paraît très juste
                        Les pistes d’écriture qu’elle soulève me semblent pertinentes
                        « Mais je sais qu’habite quelque chose en moi qui est triste » serait le point sémiologique à mes yeux donc à voir si c’est à conserver en l’état
                        Je penche pour non
                        @ Ostros ce sera avec grand plaisir que je lirai ton écrit – merci

            • #117228 Répondre
              graindorge
              Invité

              Merci Henry. C’est en forgeant qu’on devient forgeron. En plus de t’amuser à écrire, qu’aimes-tu lire?
              « je suis habité par la chose littéraire depuis longtemps (= je lis beaucoup, je lis mal, j’achète sans lire, je lis des phrases dont la perfection me fout les larmes, lire me dégoûte par moments, lire est pour moi essentiel et imparfait) avec quelques frustrations mais avec la certitude (je crois ?) que cette chose est essentielle dans ma vie. »
              Si je peux me permettre, relis les commentaires de essaisfragiles, de François Bégaudeau et les autres sitistes
              « l’identité de l’écrivain m’apparait excitante, peut-être serais-je publié, une vie à éviter le bureau, quelle joie – mais évidemment, entre tout cela, il faut écrire. » Ça m’a fait rire. Un rire affectueux. Ben oui  » il faut écrire. » Pour l’instant bénie ton bureau, il paye les factures, le papier pour écrire etc… amuse-toi surtout

              • #117235 Répondre
                Oscar
                Invité

                Henri parle de ses ‘bullshit jobs’ ; ça ça m’intéresse, ça me rend curieuse. J’ai l’impression qu’on ne parle pas souvent des bénéfices du travail à la con, du temps qu’il permet, pour soi, pour la rêverie par exemple.

            • #117247 Répondre
              Henry Miller
              Invité

              Je vous remercie pour vos avis. Je dois reconnaitre que j’ai écrit ce texte très vite, d’une traite, sans véritablement le relire. Je crois que je voulais avoir des avis pour la première fois, le plus vite possible, c’était un peu impulsif.

              J’apprends aussi que l’écriture, c’est la réecriture. Je suis encore un peu immature dans ce domaine, j’apprends, mais c’était précieux pour moi d’exposer quelque chose en public. La prochaine fois, je posterai quelque chose de plus poli, qui correspondra plus à un travail.

    • #117342 Répondre
      tristan
      Invité

      …tu es aussi gorgé de clichés tout court.
      Certes mon cher François, et si j’avais besoin de te rassurer sache que tes préjugés sur mon compte ne sont pas loin de la vérité.

      • #117419 Répondre
        François Bégaudeau
        Maître des clés

        Je n’ai aucun mérite, car ce ne sont pas des préjugés, mais des post-jugés. Je te vois faire ici maintenant depuis quelques années, et ma foi tu n’es pas très dur à cerner.

    • #121491 Répondre
      graindorge
      Invité

      j’aime bien ce fil et je trouve dommage qu’il disparaisse alors -Qui sait?- des sitistes auront peut-être envie de continuer à partager, non?
      Je partage ( avec son  » natürlich ») un tout petit texte envoyé par Marc, mon  » amore per sempre » pour mon anniversaire.
      du simple, du quotidien, du sincère, du consistant. `Lire de préférence avec le merveilleux accent niçois sinon on perd un peu de la saveur

      ——————————————————-

      « Oh,dis donc,un peu plus tard et il aurait été trop tard.
      ————————————————–

      Pourtant,ne va pas croire que je fais le lien entre la date du jour et ton anniversaire à l’instant.
      Depuis ce matin(réveil à 5h30),je me dis que cette année c’est fastoche,je m’en souviens dès le tout début de la journée,j’aurai tout le temps en négligeant le fait que c’est justement quand on a tout le temps qu’on risque le plus de louper le coche.
      ————————————
      Marche matinale,j’ai presque tout le temps encore.
      Quelques bricoles et mails,ça va ,j’y arriverai.
      Confectionner une grosse marmite de compote de pommes ,tic tac mais encore beaucoup de marge.
      Repas,sieste,goûter la forte pluie,on va s’y mettre.
      Discussion d’une heure avec ma sœur,arrivée de Sophie qui m’engueule pour négliger les tâches ménagères,
      Apporter un bol de compote à mon exquise voisine qui file sur ses quatre-vingt dix ans,
      Déguster la mienne arrosée d’une courte dose de rhum de Marie Galante apporté par mon joli frère.

      ——————————————————-

      Là,ça devient short,mais bon,pas question de renoncer à la marche vespérale d’une heure dans le vent et le froid;quel kif après ces chaleurs!
      ——————————————————–
      Et nous voilà maintenant ,s’y mettre pendant que les haricots verts de Saint Pancrace et les patates du Broc cuisent de concert.

      ———————————————————-

      Trousser quelques lignes pour ma chérie de toujours
      Évoquer la saga du 21,combien il compte et pas qu’au blackjack.

      ———————————————————

      Le 21 mars et le printemps qui est le début de tout,
      Le 21 avril et l’anniversaire de la reine Élisabeth (ça,on s’en tape mais c’est le moyen idéal de me souvenir de l’anniv d’une chère amie bretonne.[interruption pour le repas,pour le résultat de mes analyses médicales et pour le nombre de pas effectués dans la journée]Elle enragerait si elle apprenait que je la qualifie de bretonne alors qu’elle n’a pas su s’acclimater aux Bretons),
      Le 21 juin et le jour où je me suis rendu compte que j’étais amoureux de Sophie,c’est (et non pas c’était) en 2008,
      Et le 21 août qui est le mois des étoiles,filantes au début du mois et permanentes depuis ta naissance.
      Voilà un brin de ma folie »

    • #128353 Répondre
      graindorge
      Invité

      Trouvé ça

      Les Italiens ont un bon sens de l’humour. À preuve, ces recommandations de l’écrivain milanais Umberto Eco (décédé en 2016), qui se permet de donner des conseils pleins d’ironie sur l’art de bien rédiger un texte. La traduction de l’italien au français (ou plutôt l’adaptation, l’interprétation, le remaniement…) est due à Mario Bélanger.

      *****
      1. Éviter l’allitération (répétition de consonnes), ça attire les nonos et les tatas.
      2. Il est mieux que vous vous empêchiez d’utiliser le subjonctif, sauf en cas de besoin.
      3. Laissez tomber les clichés : ça sent la soupe réchauffée.
      4. Ne pas utiliser les acronymes : l’OQLF ne les recommande pas dans son GDT.
      5. Rappelez-vous (toujours) que les parenthèses (même quand elles semblent indispensables) interrompent le fil de la pensée.
      6. Attention de ne pas faire… une indigestion… de points de suspension…
      7. Utilisez les « guillemets » le « moins » possible : ce n’est pas « souhaitable ».
      8. Ne jamais généraliser! Tout le monde fait ça tout le temps.
      9. Les mots étrangers, ça reste plutôt weird et foolish.
      10. Soyez avare des citations. À juste titre, Emerson disait : «Je déteste les citations. Dis-moi ce que toi, tu sais. »
      11. Les comparaisons sont comme des pommes et des oranges.
      12. Il ne faut pas être redondant, ne pas répéter deux fois la même chose; on sait que la répétition est superflue (la redondance signifie une explication inutile de ce que le lecteur a déjà compris sans plus de détails).
      13. Bordel de merde, seuls les imbéciles utilisent des mots vulgaires.
      14. Soyez toujours plus ou moins spécifique dans votre expression.
      15. L’hyperbole est la plus extraordinaire, la plus fabuleuse, la plus formidable des techniques expressives.
      16. Ne faites pas des phrases avec seulement un ou deux mots. Retirez-les. Point final.
      17. Gardez-vous des métaphores trop audacieuses : ce sont des plumes sur les écailles d’un serpent.
      18. Mettez les virgules, au bon endroit. S’il, vous, plaît.
      19. Faites la distinction entre le point, la virgule : et les deux points. Même si ce n’est pas facile,
      20. Si vous ne trouvez pas l’expression française appropriée, approuvée par l’Académie, chassez la tournure dialectale. That’s all. C’est ça qui est ça.
      21. Soyez certain de condenser vos pensées les plus percutantes en aussi peu de mots que possible, en évitant les longues phrases pénibles qui alourdissent inutilement votre propos tout en donnant aux personnes qui vous lisent l’impression malsaine que vous abusez de leur patience…
      22. Les accènts doivent être soit aîgüs, soit grâves, soit cîrcònfléxes, car il est pôssible de sé tromper.
      23. Ne soyez pas trop emphatique, grandiloquent, dithyrambique!!! Sachez rester parcimonieux avec les exclamations!!!
      24. Écrivez correctement les noms étrangers, tels que Maotsétoungue, Tchurtchille, Aïnchtaïnne et Chétéra.
      25. Nommez directement les auteurs et les personnages dont vous parlez, sans périphrases. C’est ce que suggérait le plus grand écrivain marseillais du XIXe siècle, l’auteur de L’aventure du 5 mai.
      26. Dès le début de votre discours, utilisez une amorce captivante, un appât séduisant, une captatio benevolentiae, afin d’attirer l’attention du lecteur (mais peut-être que vous ne comprenez même pas ce que je veux dire).
      27. Soagné pouintilleuzement vote orthaugrafe.
      28. Inutile de signaler que le subjonctif plus-que-parfait vous lève le cœur. Tout le monde le sait.
      29. Ne pas confondre cause et l’effet : vous auriez tort et ce serait donc erroné.
      30. Une phrase complète doit avoir…

      ***************
      En italien, pour la musique originale
      Il semiologo, scrittore e saggista Umberto Eco, morto di cancro a 84 anni, ci lascia tra le altre cose una deliziosa lista con 40 regole per scrivere correttamente in lingua italiana. La breve guida è tratta da « La Bustina di Minerva », che dal 1985 al 2016 è stata una rubrica curata da Eco per il periodico l’Espresso, di cui occupava l’ultima pagina. Nel 1999 l’editore Bompiani pubblicò un’antologia omonima che includeva anche il testo sulle regole per scrivere un buon italiano. L’ironia espressa da questo elenco è utile anche ad apprezzare lo stile della rubrica, caratterizzata da un tono giocoso. Come il lettore avrà modo di constatare leggendo di seguito, infatti, ogni regola espressa da Eco contiene l’errore da evitare. Come a dire: qui ci sono la regola, l’esempio e l’eccezione. Insomma, un « listing », come lo si definirebbe al giorno d’oggi, ironico e ovviamente geniale.

      Evita le allitterazioni, anche se allettano gli allocchi.
      Non è che il congiuntivo va evitato, anzi, che lo si usa quando necessario.
      Evita le frasi fatte: è minestra riscaldata.
      Esprimiti siccome ti nutri.
      Non usare sigle commerciali & abbreviazioni etc.
      Ricorda (sempre) che la parentesi (anche quando pare indispensabile) interrompe il filo del discorso.
      Stai attento a non fare… indigestione di puntini di sospensione.
      Usa meno virgolette possibili: non è “fine”.
      Non generalizzare mai.
      Le parole straniere non fanno affatto bon ton.
      Sii avaro di citazioni. Diceva giustamente Emerson: “Odio le citazioni. Dimmi solo quello che sai tu.”
      I paragoni sono come le frasi fatte.
      Non essere ridondante; non ripetere due volte la stessa cosa; ripetere è superfluo (per ridondanza s’intende la spiegazione inutile di qualcosa che il lettore ha già capito).
      Solo gli stronzi usano parole volgari.
      Sii sempre più o meno specifico.
      L’iperbole è la più straordinaria delle tecniche espressive.
      Non fare frasi di una sola parola. Eliminale.
      Guardati dalle metafore troppo ardite: sono piume sulle scaglie di un serpente.
      Metti, le virgole, al posto giusto.
      Distingui tra la funzione del punto e virgola e quella dei due punti: anche se non è facile.
      Se non trovi l’espressione italiana adatta non ricorrere mai all’espressione dialettale: peso el tacòn del buso.
      Non usare metafore incongruenti anche se ti paiono “cantare”: sono come un cigno che deraglia.
      C’è davvero bisogno di domande retoriche?
      Sii conciso, cerca di condensare i tuoi pensieri nel minor numero di parole possibile, evitando frasi lunghe — o spezzate da incisi che inevitabilmente confondono il lettore poco attento — affinché il tuo discorso non contribuisca a quell’inquinamento dell’informazione che è certamente (specie quando inutilmente farcito di precisazioni inutili, o almeno non indispensabili) una delle tragedie di questo nostro tempo dominato dal potere dei media.
      Gli accenti non debbono essere nè scorretti nè inutili, perchè chi lo fà sbaglia.
      Non si apostrofa un’articolo indeterminativo prima del sostantivo maschile.
      Non essere enfatico! Sii parco con gli esclamativi!
      Neppure i peggiori fans dei barbarismi pluralizzano i termini stranieri.
      Scrivi in modo esatto i nomi stranieri, come Beaudelaire, Roosewelt, Niezsche, e simili.
      Nomina direttamente autori e personaggi di cui parli, senza perifrasi. Così faceva il maggior scrittore lombardo del XIX secolo, l’autore del 5 maggio.
      All’inizio del discorso usa la captatio benevolentiae, per ingraziarti il lettore (ma forse siete così stupidi da non capire neppure quello che vi sto dicendo).
      Cura puntiliosamente l’ortograffia.
      Inutile dirti quanto sono stucchevoli le preterizioni.
      Non andare troppo sovente a capo.
      Almeno, non quando non serve.
      Non usare mai il plurale majestatis. Siamo convinti che faccia una pessima impressione.
      Non confondere la causa con l’effetto: saresti in errore e dunque avresti sbagliato.
      Non costruire frasi in cui la conclusione non segua logicamente dalle premesse: se tutti facessero così, allora le premesse conseguirebbero dalle conclusioni.
      Non indulgere ad arcaismi, hapax legomena o altri lessemi inusitati, nonché deep structures rizomatiche che, per quanto ti appaiano come altrettante epifanie della differenza grammatologica e inviti alla deriva decostruttiva – ma peggio ancora sarebbe se risultassero eccepibili allo scrutinio di chi legga con acribia ecdotica – eccedano comunque le competenze cognitive del destinatario.
      Non devi essere prolisso, ma neppure devi dire meno di quello che.
      Una frase compiuta deve avere.
      (brano tratto dal libro di Umberto Eco, « La Bustina di Minerva », Milano, Bompiani, 2000)

Vous lisez 19 fils de discussion
Répondre à : Répondre #117024 dans Comment écrire ?
Vos informations :




Annuler
Back To Top