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Samuel_Belkekett, le il y a 3 jours et 5 heures.
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AuteurMessages
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Dr Xavier
Invité« Retardant leurs tremblements les jambes m’emmènent de l’autre côté. » (Fuites)
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« Nos corps de citadins confortés attendront que la ville tombe en panne pour la laisser. Ou peut-être qu’à la faveur d’un barbecue ou d’une fusée bricolée, ils auront envie de déserter la ville et on les suivra. » (Dans la ville) -
François Bégaudeau
Maître des clésbeau rapprochement
et oui maintenant m’apparait d’évidence que ces deux livres de circulation urbaine sont très proches pour ça -
Zorglub
InvitéLettre à un jeune poète n°4 – Rainer Maria Rilke
« … Aussi, cher Monsieur, aimez votre solitude, supportez-en la peine : et que la plainte qui vous en vient soit belle. Vous dites que vos proches vous sont lointains ; c’est qu’il se fait un espace autour de vous. Si tout ce qui est proche vous semble loin, c’est que cet espace touche les étoiles, qu’il est déjà très étendu. Réjouissez-vous de votre marche en avant ; personne ne peut vous y suivre. Soyez bon envers ceux qui restent en arrière, sûr de vous et tranquille en face d’eux. Ne les tourmentez pas avec vos doutes. Ne les effrayez pas par votre foi, par votre enthousiasme : ils ne pourraient comprendre. Cherchez à communier avec eux dans le simple et dans le fidèle : cette communion ne doit pas nécessairement subir les mêmes transformations que vous. Aimez en eux la vie sous une forme étrangère. Ayez de l’indulgence pour ceux à qui l’âge fait redouter cette solitude à laquelle vous vous abandonnez… »
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Claire N
Invité« cette communion ne doit pas nécessairement subir les mêmes transformations que vous. Aimez en eux la vie sous une forme étrangère »
Je poste la version dans la nouvelle l’amour de Tchekov où les rapports « magnanimes « sont un peu plus explicités – mais n’est-ce pas bien plutôt l’amour qui est magnanime ?
« Je pardonne presque inconsciemment, sans faire violence à ma volonté, comme si les erreurs de Sacha étaient mes erreurs, et bien des choses qui me gênaient autrefois m’attendrissent et m’enthousiasment même maintenant. La raison de cette magnanimité, c’est mon amour pour Sacha; quand à la raison de cette magnanimité amour, en vérité, je ne la connais pas «-
Claire N
InvitéUn peu taquine donc – Mon contre conseil au jeune poète sera donc le suivant : si par grâce tu te sent magnanime ne le prends pas pour toi
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Claire N
Invité* la raison de cet amour
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François Bégaudeau
Maître des clés« Ayez de l’indulgence pour ceux à qui l’âge fait redouter cette solitude à laquelle vous vous abandonnez… » »
Ca s’entend.-
Claire N
InvitéJe ne sais pas, l’ensemble du texte me semble bien pavé de bonnes intentions mais il m’apparaît comme un guide du poète maudit
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François Bégaudeau
Maître des clésje n’ai jamais beaucoup prisé ce texte, dont le succès tient beaucoup à son titre, à sa brièveté, et au fait que les hypokhagneux n’aient le temps que de lire ce genre de trucs entre deux disserts
« guide du poète maudit » oui c’est exactement ça
livre qui a fait bien des ravages
comme 1984 en ce moment tiens-
Ostros
InvitéLivre préféré de Charlotte
Logique-
Claire N
InvitéMerci – Je note dans mon petit calepin ménager
– si tu veux préformer en dissertation adopte une attitude productive – fluo
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manchote
InvitéIl y a quand même ce passage, peut-être un des plus beaux appels au calme ? ce calme profond qui dit, arrête de gesticuler (… lu en hypokhâgne, je confesse) :
« Nous n’avons aucune raison de nous méfier du monde, car il ne nous est pas contraire. S’il est des frayeurs, ce sont les nôtres ; s’il est des abîmes, ce sont nos abîmes ; s’il est des dangers, nous devons nous efforcer de les aimer. Si nous construisons notre vie sur ce principe qu’il nous faut aller toujours au plus difficile, alors tout ce qui nous paraît encore aujourd’hui étranger nous deviendra familier et fidèle. Comment oublier ces mythes antiques que l’on trouve au début de l’histoire de tous les peuples ; les mythes de ces dragons qui, à la minute suprême, se changent en princesses ? Tous les dragons de notre vie sont peut-être des princesses qui attendent de nous voir beaux et courageux. Toutes les choses terrifiantes ne sont peut-être que des choses sans secours, qui attendent que nous les secourions. Aussi, cher Monsieur Kappus, ne devez-vous pas vous effrayer quand une tristesse se lève devant vous, si grande que jamais vous n’en aviez vu de pareille ; si une inquiète agitation, comme la lumière et l’ombre des nuages, parcourt vos mains et tout ce que vous faites. Il vous faut penser alors que quelque chose se passe en vous, que la vie ne vous a pas oublié, qu’elle vous tient dans sa main ; elle ne vous laissera pas tomber. »
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Ostros
InvitéCes gens là n’ont manifestement jamais connu la précarité et semblent ne vivre que de sentiments
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..Graindorge
InvitéC’est du Frédéric Lenoir?
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manchote
InvitéHahah ça a un petit côté Jung pour les nuls, c’est vrai Graindorge
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François Bégaudeau
Maître des clésCe « nous » générique est et sera toujours irrecevable, inaudible, illisible
Et puis « Comment oublier ces mythes antiques que l’on trouve au début de l’histoire de tous les peuples » On dirait vraiment un exposé pour enfants.
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toni Erdmann
InvitéPuisqu’on parle de circulation urbaine et de « Dans la ville », est-ce que certains ici ont vu Paria de Nicolas Klotz ? Petit film, très peu vu, qui documente une « carrière » de SDF sur 48 heures, de l’expulsion du logement au ramassage par un bus dont les fonctionnaires, sous couvert d’aider les sans-abri, les brutalisent plus qu’autre chose.
Le film m’a un peu déplu, je crois. Un peu lourd dans sa façon de souligner que devenir SDF passe par des rites d’initiation, par des étapes obligées, et que cela relève donc d’un « statut social » comme les autres rôles sociaux, alors même que cela devrait précisément échapper aux codes sociaux puisqu’on est dans la marginalité. Mais il en reste quelques images et l’impression d’être vraiment entré dans les profondeurs de Paris. -
Dr Xavier
Invité« Alors, puisque la vie propose, propose, propose et que nous sommes toujours vivants, proposons encore et qu’importe la fortune, puisque reste le temps de se dérouter. »
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Géniale répétition du verbe proposer. Sans la répétition, la phrase est plate (par ex. « puisque la vie propose et que nous sommes toujours vivants, continuons encore… ») ; avec, ça ouvre tout.-
Dr Xavier
Invité(Je ne suis pas une libellule)
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Claire N
InvitéMerci – c’est vrai qu’une seule fois
C’est comme une interaction polie , qui peut passer
La répétition donne la juste forme , celle de la persistance-
François Bégaudeau
Maître des cléspersistance, persévérance, c’est l’étoffe de la vie, c’est sa manière
dire la vie c’est donc dire cette propension à répéter, refaire, recommencer (comme dans le sexe)
donc oui la vie propose, propose, propose
cycle ininterrompu des vagues, infatigables
vie increvable-
Claire N
Invité« cycle ininterrompu des vagues,
infatigables
vie increvable »
Me plaît
Et a y revenir
Maintenant je vois mieux les virgules
La phrase redouble cette oscillation-
Samuel_Belkekett
InvitéNe pas se laisser impressionner par ce vitalisme de bas étage à la mord moi l’noeud (comme dans le sexe).
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Claire N
InvitéC’est tes pieds qui sont tes amis – pas l’ascenseur
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Samuel_Belkekett
InvitéIl faut être absolument moderne…
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..Graindorge
InvitéComme dans le sexe?
Oui, mille fois, pour la beauté toujours
recommencée du cycle ininterrompu des vagues infatigables, mais comme dans le sexe? Là pardon votre Honneur mais je pouffe-
Claire N
InvitéPeu importe , puisque c’est une proposition
Pour revenir à la phase
Alors- me pose ramassé et campé une certaine tension dans le prêt à faire – pas les assauts nuls guerriers, mais ces temps oú l’on se redresse pour embrasser des yeux l’ouvrage à venir
Les 3 propose me focalisent, comme lorsque j’observe le rythme de l’océan pour comprendre le timing des vagues et évaluer le moment où je serai le moins badibulgé en y pénétrant
Et proposons c’est l’immersion j’y suis-
Claire N
InvitéEt pour le sexe on peut en rire
Mais c’est bien loin de la profonde humilité qui me traverse quand sa puissance se manifeste
Je ne pense pas prétendre avoir fait le tour de la question-
François Bégaudeau
Maître des clésje voulais dire qu’il y a, dans le sexe, une fascinante répétitivité des figures dont il semble qu’on ne se lasse pas
(quant à la capacité réelle à répéter, ça c’est autre chose)-
Claire N
InvitéOui j’avais compris cette capacité et le contexte
Je reprenais juste sur la digression
Et me positionnais en faux et en resistance a ce qui m’a ,de loin , semblé etre une injonction à être blasée – il s’agit d’un mode de degradation de justement ce que la vie propose
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..Graindorge
Invité« Je ne pense pas prétendre avoir fait le tour de la question »
Tout dépend de la qualité de la question« une fascinante répétitivité des figures dont il semble qu’on ne se lasse pas »
C’est même un des chemins paraît-il pour atteindre le Divin, le Souffle Divin.
Mé il faut faire du jogging tous les jours et d’autres exercice, développer au maximum la capacité respiratoire.
Bon. C’est juste UN des chemins, y’en a d’autres, même pour les paresseux comme rien faire, s’asseoir, juste la répétition des respirations comme des vagues et attendre. Sans attendre bien sûr
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nefa
Invitéà la plage
succession des vagues
langueur du moment
tandis que de scrutations à rebours
allons plus vite
fait penser au motif, trois (mêmes) notes courtes suivies d’une longue (immersion?) de la cinquième symphonie-
Claire N
InvitéOn retrouve un peu cette manière d’engager après examen
« Naturaliste, je jauge un état des mondes au regard d’un précédent. Un présent au regard d’un passé. Sans doute faudrait il laisser une place à l’oubli, au réel à l’œuvre, ici, maintenant « `-
nefa
Invité« Naturaliste, je jauge un état des mondes au regard d’un précédent. Un présent au regard d’un passé. Sans doute faudrait il laisser une place à l’oubli, au réel à l’œuvre, ici, maintenant « `
oui, a scintillé une jolie du moment
Gwenaël coud aéré ces consistantes
il m’excite erre sans fantômes-
Claire N
InvitéOui
Scintillement je crois que je saisis
La phrase prend en charge
Le passage de la situation à quelques chose y est désirable et proposé voir proposé donc désirable ? Il y a une manière de bouger entre le passé et le présent – qui nous « arrive « mais sans fermeture, très ouverte -
Claire N
InvitéJe crois que j’y touche
Oubli c’est bien le temps de suspension
Entre l’impulsion du passé et l’atterrissage certains,
ce dance de la cadence
Du triolet et du galop
Comment n’ai-je pas reconnu plus tôt ce grisement -
nefa
Invitéet ouvert
« temps de suspension » ne conjecture
la qualité des retours au sol
là aussi ça met les poils
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nefa
Invitévitesse commuée par la répétition du motif
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Claire N
InvitéOui vraiment y a un truc qui passe dans l’oreille
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..Graindorge
InvitéEt c’est la répétition qui donne l’infinie générosité de la vie. La vie qui donne, donne, donne à profusion alors nous vivants proposons encore et encore et encore. Chance ou pas, la belle affaire » reste le temps de se dérouter »
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Zorglub
Invité« L’insouciance est le seul sentiment qui puisse inspirer notre vie et ne pas disposer d’arguments pour se défendre. »
Françoise Sagan dans « Bonjour tristesse »-
François Bégaudeau
Maître des clésdrole de lourdeur pour une apotre de la légèreté et de Deauville
on attendrait : « L’insouciance est le seul sentiment qui puisse inspirer notre vie sans arguments pour se défendre. »
voire, dirait Kevin : » « L’insouciance est le seul sentiment qui puisse inspirer sans arguments »
voire, sous-enchérirait Kevin : « L’insouciance inspire sans argument »-
Zorglub
Invitéfile:///C:/Users/Jean%20Philippe/Pictures/C29JdSSXEAM3YH_.jpg
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kenny
Invitélà où Wiggenstein recommandait plutôt de se taire, quel philosophe à la réputation compromise affirme: « On écrit quand on ne peut plus ni parler, ni se taire » ?
iindice: ce n’est pas Camus-
Claire N
InvitéEst ce une personne qui écrit dans la fissure ?
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kenny
Inviténon, charlotte n’est pas aussi grandiloquente
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Claire N
InvitéRire – C’est à son crédit
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François Bégaudeau
Maître des clésCharlotte n’est surtout pas aussi fine
car cette phrase, tant pis si un crétin l’a écrite, est fine
je ne suis même pas loin de penser pareil-
Claire N
InvitéLa déploration n’est pas en l’espèce matériellement constituée
L’audience peut en effet être suspendue en l’absence d’instruction plus amples pour ton prévenu-
Ostros
InvitéLa fissure j’adore
Charlotte et le BTP
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2e indice kenny stp : mort ou vivant ce philosophie ?
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stephanie
InvitéAndré Compte Sponville , pourquoi réputation compromise ? (je connais peu)
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kenny
Invitépareil, mais je l’ai connu sévissant sur les plateaux TV et dans les séminaires d’entreprise
sa page wiki semble indiquer qu’il a eu une vie antérieure-
François Bégaudeau
Maître des clésje n’avais pas vu la réponse
Comte-Sponville, c’est un naufrage intellectuel
mais oui au départ il y a un petit truc
ses histoires de sagesse grecque l’ont bousillé
Sénèque c’est utile mais ça ne fait pas une pensée-
I.G.Y.
InvitéAncien Spinoziste, en plus, c’est comme ça qu’il était passé dans mon radar. Un énième exemple d’ancien « croyant » dans le marxisme dit scientifique qui, désillusionné sur son ancienne religion, devient en réaction anticommuniste et vire de bord progressivement dans l’après 68? Est-ce qu’on peut le comparer à un Gauchet, voire aux Nouveaux Philosophes? Je ne le connais pas assez du tout.
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Rémi
Invité« Ancien Spinoziste »
Il est toujours Spinoziste.-
I.G.Y.
InvitéEn tout cas en 2020 il décrivait son spinozisme très explicitement au passé (au passé simple), et dès la première phrase. Ça ne me paraît pas anodin. J’imagine bien qu’il garde un intérêt pour Spinoza.
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I.G.Y.
Invité(2018 pardon)
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Rémi
InvitéFin 2021 il se revendique d’Epicure, Spinoza et Montaigne.
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Rémi
InvitéAh ok en gros il ne se dit pas Spinoziste car il n’est pas en accord avec la totalité de ce que dit Spinoza (à ce titre il ne doit pas y avoir tant que ça de spinozistes ou marxistes). Que pour lui chacun doit avoir sa philosophie. Il n’empêche qu’il parle beaucoup de Spinoza et qu’encore aujourd’hui, lorsqu’il cite les philosophes avec qui il est le plus en accord, Spinoza revient régulièrement pour en faire l’éloge.
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ARCHETYPE number one
InvitéBonjour à tous, c’est merveilleux car je connais un peu Conte Sponville.
Il a glissé il est vrai vers une littérature du bonheur. Quand c’était de mode vers les années 2000 et quelques avec d’autres comme Lenoir (le prénom m’échappe), Mathieu Ricard et d’autres. Je pense qu’il ne faut pas être trop sévère avec cette littérature. Elle est advenue trop tôt mais reviendra sûrement quand tout le monde sera de gauche radicale ou au moins quand elle aura le pouvoir.
D’ailleurs j’aurais une question pour M BÉGAUDEAU.
Vous dites que vous êtes de gauche radicale mais ne cessez de dire que cette gauche radicale reste minoritaire et le restera sûrement. Aussi, n’est-ce pas du coup une position inconfortable ? N’est ce pas non plus une posture ? J’aimerais que vous m’éclairiez d’autant que dans cette posture je trouve que vous êtes beaucoup plus proche de Conte Sponville dans sa période sagesse, que je retrouve beaucoup dans votre vitalisme par exemple.
Merci à vous.-
Seldoon
InvitéDégage Samuel
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Samuel_Belkekett
InvitéJe souhaite dire à Archétype… Que je trouve très limite et sans intérêt que prétendre que FB serait en quoi que ce soit proche d’un Conte Sponville. Il va falloir trouver des arguments plus sérieux.
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ARCHETYPE number one
InvitéPas du tout M Samuel, je dis juste que M Bégaudeau dans son vitalisme est beaucoup plus proche de Conte Sponville que de Seneque, aimant moi-même la sagesse sponvillienne se n’est nullement une attaque. Croyez en mes sentiments distingués.
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Seldoon
InvitéLe précédent commentaire de Seldoon n’est pas de moi.
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Samuel_Belkekett
InvitéPauvre François qui ne sait plus comment réagir et pauvres forumeurs qui ne savent plus qui est qui.
Vivement demain matin de bonheur… -
Ludovic Bourgeois
InvitéSigne que ce forum
Pareil à nous tous
entre en décrépitude -
Samuel_Belkekett
InvitéJe tenais quand même à dire à Archétype que son argument n’est tout compte fait pas si bête…
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ARCHETYPE number one
InvitéMerci M Samuel. De votre part ça me touche beaucoup.
J’espère que M Ludovic ne voit pas mon arrivée comme un signe de décrépitude, n’est ce pas M Ludo ?
Aussi, il est vrai que la poésie de M Ludo est difficile d’accès pour moi. Ce côté antique me dépasse un peu. -
Ludovic Bourgeois
InvitéJe n’emploie pas ‘décrépitude’
La poésie c’est le défaut de sensiblerie
Des signes astro d’eau
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Ostros
InvitéOk c’est donc André
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Samuel II
InvitéDr Dre u lean? Ou Andre 3000?
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Samuel II
InvitéJ’adooore Vernon Subutex de Despentes. Son premier livre que j’aime!
« Passé quarante ans, tout le monde ressemble à une ville bombardée. » Vernon Subutex
Le nombre de métaphores détonantes et implacables qu’elle a, mmmhhh quel régal.
Apres black dont crack, metis idem, donc 40+ mais tjs pas la gueule de Beyrouth, t’as compris, surtout si tu viens Des Pentes.
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Bardamu
InvitéOui, c’est mon héritière!
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Bourdieu
InvitéReste calme, tu es passé à la postérité, mais tu n’as rien inventé, tu fais partie d’une constellation d’argoteurs
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Friedrich
InvitéEt toi t’as trop bossé, moi j’avais une intuition génual, toi tu as employé ton génie à rendre impraticable l’insérité. Tu es la renaissance d’un dieu paien.
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Friedrich
InvitéEt toi t’as trop bossé, moi j’avais une intuition géniale, toi tu as employé ton génie à rendre impraticable l’insincérité. Tu es la renaissance d’un dieu paien,Athena, Mars, et Héphaïstos réunis. Tu es l’homme.
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Stan The Man
InvitéNon say mwa
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Samuel_Belkekett
InvitéC’est très révélateur. Quand FB essaie de faire de l’humour c’est pour nous afficher toutes ses tares théoriques.
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Stan The Man
Invitétoutes ses tares théoriques.
Jolie alitération, mais FB est un grand lecteur de Comte Sponville, le seul « philosophe » qu’il ait réussi à lire. Son bagage théorique est en adamantium.
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Gorgias
InvitéComte Sponville, le maître à parler de FB?
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Samuel_Belkekett
InvitéPour compléter, FB ne pense qu’avec des mots, ce qui arrive à des tas de pseudo philosophes une fois leurs compétences évidées.
FB a cette féminité d’antan, caractéristique de la séduction par les mots. Sa gestuelle efféminée comme l’avait suggéré mon maître Jean Ribot, mais qu’il travaille à éliminer, semble corroborer ce fait. Le fait qu’il se vante sans cesse de faire ou d’avoir fait partie du mouvement punk, traduit parfaitement sa culpabilité et son déni envers sa forte partie féminine. Hostile au raisonnement, par culpabilité il s’efforce de répéter 2 ou 3 phrases de circonstances piochées dans les livres et qu’il a pris soin de préparer à l’avance.
Cette séduction par les mots, les anciens l’appelait Sophisme.
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..Graindorge
Invité» Les sigles, c’est tout le temps, partout,
c’est obsédant , c’est infernal, dévorant, les mots se signalent par leur initiale, un emblème, on ne se fatigue pas à articuler de manière exhaustive la chose à laquelle on songe et que quelques lettres, commodément, déroulent. Non, on préfère heurter l’articulation, hacher le flux du langage et détacher chaque lettre d’un alphabet aux combinaisons infinies, sans cesse renouvelé, amendé, sans cesse réactualisé , modernisé, rationalisé, sans cesse simplifié, modifié, adapté. Le sigle a des allures de maladie chronique, un cancer, mieux : un bouclier, une manière d’asservir le réel en le rétrécissant. Il a son annuaire, on s’y perd, labyrinthe aux frondaisons massives, il n’est pas certain que le monde s’éclaircisse et pourtant il anime, ragaillardit, enfin on est capable d’avoir un ascendant sur le mot, de le raccourcir comme on taille un arbuste aux poussés récalcitrantes. Chacun s’y soumet par convention, par habitude, par désir d’afficher son expertise. On fanfaronne, on verrouille, seuls les initiés ont une chance de pénétrer le mystère d’une phrase truffée de grumeaux. On vénère le sigle pour le groupe qu’il désigne, la communauté qu’il délimite, la cellule qu’il cadenassé. »
» Perpétuité » de Guillaume Poix
Trouvé à la bibliothèque de la Gare du Sud.
» le mystère d’une phrase truffée de grumeaux »
J’adore. -
..Graindorge
InvitéQuelques extraits
Dites-nous comment survivre à notre folie, de Kenzaburô Ôé – voilacestdit https://share.google/dpWlMSk0Lv1aHzH17
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I.G.Y
Invité« Comme quand on débouche sur une vaste place, on aperçoit en sortant de la gare de Bécon, par une porte qui, pour tant de voyageurs, s’ouvre et se ferme ainsi que celle d’un magasin, un ciel plus large où les avions et les oiseaux demeurent presque aussi longtemps qu’à la campagne et où ils deviennent si petits que l’on s’arrête pour ne pas les perdre de vue. Semblable au dôme d’une coupole, lorsqu’on a monté l’escalier, ce ciel penche. Il penche vers Paris que l’on sent plus bas »
.
« Un jour peut-être, Bécon-les-Bruyères, qui comme une île ne peut grandir, comme une île disparaîtra. La gare s’appellera Courbevoie-Asnières. Elle aura changé de nom aussi facilement que les avenues après les guerres ou que les secteurs téléphoniques. Il aura suffi de prévenir les habitants un an à l’avance. Il ne s’en trouvera pas un pour protester. Longtemps après, de vieux Béconnais, comme ces paysans qui, en été, vous donnent l’ancienne heure, coiront encore habiter Bécon-les-Bruyères, puis ils mourront. Il ne restera alors plus de traces d’une ville qui, de son vivant, ne figura même pas sur le plus gros des dictionnaires. Les anciens papiers à en-tête auront été épuisés. Les nouveaux porteront fièrement Courbevoie-Asnières. Bécon aura rejoint les bruyères déjà mortes »
.
(E. Bove, Bécon-les-Bruyères, 1927)J’ai bien aimé ce tout petit livre, teinté d’une mélancolie neutre. Le style épouse bien l’objet du livre, style à première vue très académique — le mot « comme », dont je crois raffole François, utilisé dans les comparaisons, est partout — mais qui recèle en réalité de petites trouvailles simples. Le texte fonctionne beaucoup sur des comparaisons et des images, internes à la phrase, de sorte que ces dernières, alors même que le vocabulaire n’est pas ampoulé, ont parfois une structure assez complexe faite d’incises et de comparants éloignés du comparé.
Que valent ses autres livres? J’ai vu qu’il a écrit sur la guerre (pendant la guerre)
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François Bégaudeau
Maître des clés» Un jour peut-être, Bécon-les-Bruyères, qui comme une île ne peut grandir, comme une île disparaîtra. »
Quelle phrase parfaite
Qui rachète l’horrible « et où » de la première citation
On m’a dit grand bien de ce livre récemment, ce sera lu bientot-
I.G.Y
InvitéDans cette phrase sur l’île : un de ses quelques usages « non-standards » du « comme ».
Ce « et où ils deviennent » illustre bien ces étonnantes variations de densité au sein du texte. Il n’empêche que, pris dans sa globalité, c’est en fait assez dense — outre les 50 petites pages.
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Clara
InvitéArmand est l’un de ses meilleurs selon moi
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cinema
InvitéC’était plutôt gai, ce défilé, chacun droit dans son uniforme s’efforçait de regarder
droit devant lui. Le 93e a traversé l’avenue puis les grandes rues de la ville, au bord
desquelles se massait la population qui ne lésinait pas sur les acclamations, les jets
de fleurs et les encouragements. Charles s’était naturellement débrouillé pour
occuper le premier rang de la troupe, Anthime suivant à mi-longueur du régiment
entouré de Bossis toujours mal à l’aise dans son vêtement, d’Arcenel qui ne cessait
de se plaindre de son derrière et de Padioleau dont la mère avait eu le temps de
pincer la capote aux épaules et de raccourcir ses manches. Comme il marchait tout
en blaguant à mi-voix avec les autres, tâchant cependant de mesurer fièrement son
pas, Anthime a cru distinguer Blanche sur le trottoir gauche de l’avenue. Il a d’abord
pensé que c’était une ressemblance et puis non, c’était elle, Blanche, habillée
comme pour un jour de fête, jupe rose légère et corsage mauve de saison. Pour
s’armer contre le soleil, elle avait déployé sur son corps un large parapluie noir
pendant qu’on exsudait en cadence sous le képi neuf qui serrait dur les tempes, sous
le sac sanglé selon les consignes et qui, ce premier jour, ne pesait pas encore trop
sur les clavicules.
;
Ce qui me dégoûte dans la guerre, c’est son imbécillité. J’aime la vie. Je n’aime même que la vie. C’est beaucoup, mais je comprends qu’on la sacrifie à une cause juste et belle. J’ai soigné des maladies contagieuses et mortelles sans jamais ménager mon don total. À la guerre j’ai peur, j’ai toujours peur, je tremble, je fais dans ma culotte. Parce que c’est bête, parce que c’est inutile. Inutile pour moi. Inutile pour le camarade qui est avec moi sur la ligne de tirailleurs. Inutile pour le camarade en face. Inutile pour le camarade qui est à côté du camarade en face dans la ligne des tirailleurs qui s’avance vers moi. Inutile pour le fantassin, pour le cavalier, pour l’artilleur, pour l’aviateur, pour le soldat, le sergent, le lieutenant, le capitaine, le commandant. Attention, j’allais dire le colonel, mais arrêtons-nous. Inutile pour tous ceux qui sont sous la meule, pour la farine humaine. Utile pour qui alors ?-
I.G.Y
Invité« Attention, j’allais dire le colonel, mais arrêtons-nous. » : rire.
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cinema
InvitéQuel génie. Trop beau
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Claire N
Invité« Charles s’était naturellement débrouillé pour
occuper le premier rang de la troupe, Anthime suivant à mi-longueur du régiment
entouré de Bossis toujours mal à l’aise dans son vêtement, d’Arcenel qui ne cessait
de se plaindre de son derrière et de Padioleau dont la mère avait eu le temps de
pincer la capote aux épaules et de raccourcir ses manches »
Ça m’émeut – cette superposition qu’il arrive à me faire faire avec celle d’un premier jour de classe
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..Graindorge
InvitéTrouvé ça
Emmanuel Bove : Bécon-les-Bruyères https://xn--rpubliquedeslettres-bzb.fr/bove-becon-les-bruyeres.php -
Zorglub
Invité« Martiens go home » de Fredric Brown
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C’est un roman de SF (1954) humoristique dans lequel les Martiens débarquent, mettent un bordel sans nom dans la vie d’un écrivain de SF, mais aussi sur la planète entière.===
« … Psychologiquement, les Martiens se ressemblaient encore plus que physiquement, mis à part quelques variations d’ordre secondaire (il y en avait certains qui étaient encore pires que les autres).Mais tous, autant qu’ils étaient, se montraient acariâtres, arrogants, atrabilaires, barbares, bourrus, contrariants, corrosifs, déplaisants, diaboliques, effrontés, exaspérants, exécrables, féroces, fripons, glapissants, grincheux, grossiers, haïssables, hargneux, hostiles, injurieux, impudents, irascibles, jacasseurs, korriganesques. Ils étaient lassants, malfaisants, malhonnêtes, maussades, nuisibles, offensants, perfides, pernicieux, pervers, querelleurs, railleurs, revêches, ricanants, sarcastiques, truculents, ubiquistes, ulcérants, vexatoires, wisigothiques, xénophobes et zélés à la tâche de faire vaciller la raison de quiconque entrait en leur contact… »
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Samuel_Belkekett
InvitéC’est simple à imaginer…
Un élevage entier de Bégaudeaux.
Bégaudeau go home…
Et voilà ! -
Gorgias
InvitéDes rois de la disputio, à coup sûr … Capito?
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Alain m
InvitéTanger, janvier 2012
Je me prends L’Abécédaire de Gilles Deleuze à la médiathèque de l’Institut français de Tanger. Il fait un froid de canard ici, le maréchal Lyautey avait prévenu, «le Maroc est un pays froid dont le soleil est chaud», je suis cloué au lit, à tousser, et je me dis que Gilles, même sous sa forme télé-posthume, sera un réconfort bien français pour l’immigré grippé que j’interprète ces derniers temps.
La série est d’un genre étrange, B ou Z, je dirais film d’horreur intello : Gilles, en pyjama ignoble et tricot, prolongé d’horribles ongles sales de sorcière, le teint cireux, spectral, est assis sur une chaise au milieu d’une salle à manger qu’on nous présente comme son chez-lui. Il sourit, content d’avoir de la compagnie, de retrouver cette jolie étudiante, on imagine un amour impossible, elle trop jeune, lui trop occupé par ses recherches, qu’il veut impressionner une dernière fois avant de mourir. Toute l’action réside dans les yeux, les dents, les oreilles et surtout les ongles, qui comme tout le monde sait poussent plus vite après décès, et renforcent son côté déterré de la veille pour le tournage. Je note de faire mettre un coupe-ongles dans mon cercueil, au cas où.
«Je crois aux rencontres», dit Gilles d’une voix à la fois nasillarde et caverneuse, ce qui demande un vrai talent d’acteur, «et les rencontres, ça ne se fait pas avec des gens mais avec des choses. On n’en a rien à foutre des gens ».
La jolie philosophe frétille de plaisir. Il est à fond dans son rôle, bien sûr. Tout le monde sait bien que c’est l’inverse, qu’on rencontre des gens, pas des choses. Hier soir le Barça et le Real Madrid s’affrontaient une fois de plus, et Tanger s’est rempli de klaxons et de cris de liesse. Le clásico est une histoire de gens, pas une histoire de choses.
Je lui dis dans ma fièvre : Gilles, sors un peu, viens donc me voir à Tanger. Ici tu pourras t’imprégner de la conduite heurtée des petits taxis Fiat turquoise, qui raclent le bitume pour ramasser de quoi vivre, telles des auto-tamponneuses qui un jour cesseront de s’éviter. Un jour, oui tu verras ça peut-être, au lieu de se frôler, de s’attirer sans se saisir, les voitures-hommes et non pas choses lâcheront le frein et viendront se percuter, ce sera magnifique.
Gilles, que fais-tu à Paris ? Dans un grand taxi blanc Mercedes longs trajets, deux à l’avant quatre à l’arrière, plus le chauffeur, nous irons tous les deux à Tétouan, à Taza, Melilla, Tazmamart, tout l’alphabet si tu veux. Arrête de faire le malin. Tes tableaux et tes films préférés, ce que tu appelles tes «vraies rencontres» ne sont que le prolongement de tes charentaises. Maintenant que tu es mort, tu devrais garder l’esprit ouvert.
À la lettre C, Gilles semble à la bonne température, cette fille se dit-il ce sera la dernière, et ses yeux grésillent comme les résistances d’un barbecue électrique au contact de la graisse.
«Écrire c’est propre», improvise-t-il, «parler c’est sale, c’est faire du charme», en totale contradiction avec son personnage. Je veux dire, depuis le début il ne fait que parler pour draguer l’étudiante.
Et puis non Gilles, plus généralement, comment peux-tu dire ça ! je lui dis. Faire du charme, ce n’est pas sale. C’est plutôt beau un sourire, une trace de khôl au bord des yeux, un bandana dans les cheveux, un mouvement des hanches, comme crier de plaisir quand ton équipe a gagné n’est pas sale, comme raconter les potins n’est pas sale. Parler est la musique de l’homme. L’instrument de haut vol qui pense avant le miroir, avant la vérité, avant notre conscience.
Mais là gros plan sur son pull, ses ongles. On se dit : ah oui l’intrigue est bien ailleurs. Est-ce qu’il écrit avec ses ongles ? Il est livide, mais apaisé. Il sait que cette série télé est un long dénouement. Tout son sang d’encre est déjà imprimé dans ses livres. Que va-t-il se passer tout de même ? Arrivera-t-il jusqu’à la lettre Z ?
François Beaune • « La lune dans le puits »-
Papo2ooo
InvitéExtrait que j’ai trouvé très mesquin.
A cause premièrement de la fixette sur l’apparence de Deleuze. Il a déjà répondu à tout dans les textes. Déjà très jeune il a eu à répondre à des remarques sur ses ongles et a donné pour explication: raison de santé. C’est un peu comme les petites phrases tirées de leur contexte extraites d’émission youtube: on se dit que la personne a pas dû lire grand chose pour parler de ça. Il y a aussi la comparaison de Deleuze avec un mort-vivant si je lis bien. Ca fait penser à ce qu’écrivait Deleuze, avec Claire Parnet justement, dans ces beaux carnets ici recommandés, à propos de Kafka et d’autres auteurs. Les mauvais critiques tenteront toujours de les ramener à eux, à la mort, à la faiblesse, à la névrose. Pour citer une phrase rabâchée mais qui me semble ici à propos: ça en dit plus long sur le critique que sur le texte. Bla bla sur le physique = j’ai pas lu. Bla Bla sur la mort = j’ai rien à dire et je me fais chier. En tous cas c’est assez ridicule de voir Beaune s’acharner sur le corps , apparemment proche de la mort, de Deleuze. Allant jusqu’a l’affubler d’un » pyjama ignoble et tricot » sorti tout droit de sa propre imagination. Vraiment pas sympa de « papifier » les gens ainsi et de les maltraiter une fois vieilli.
Mesquin aussi sur la prétendue volonté de Deleuze de faire du charme aux étudiantes et à Claire Parnet, j’aimerai bien savoir d’où ça sort. En tous cas, le compagnonnage intellectuel entre Parnet et Deleuze est avéré par les textes et est beaucoup plus beau que ce que ce texte faible tente d’en montrer. Deleuze parle aussi assez souvent de Fanny son épouse, dans ses lettres, et même un peu dans l’entretien avec Claire Parnet si je me souviens bien. On s’en fiche certes pas mal qu’il soit en couple ou pas, et ça ne veut rien dire, mais j’ai toujours ressenti une onde de tendresse dans les mots de Deleuze dès qu’apparaissait le nom de Fanny quelque part. Pareil pour Guattari et tous les autres noms de sa vie.
Et enfin mesquin, a cause de l’esprit « Viens me voir au Maroc, où l’on vit vraiment, loin de tes charentaises et de tes livres/tableaux/films poussiéreux. » sur lequel je passe car ça ne mérite même pas réponse en ces lieux où l’on savoure l’art avec délectation.-
François Bégaudeau
Maître des clésje ne comprends pas bien ces lignes acerbes non plus, mais peut-être faudrait il recontextualiser ce passage
Docteur : qui parle exactement là? Quel est le dispositif narratif du livre?
(c’est un des rares Beaune que je n’ai pas lus)-
Samuel_Belkekett
InvitéConcernant l’extrait du livre de François Bon heu Beaune pardon.
1) Les ongles de Deleuze. Il avait cette particularité extrêmement rare de n’avoir pas d’empreintes digitales. Ce qui fait que saisir une simple pièce de tissus le faisait souffrir.
2) Concernant les rencontres. Il disait que ce qui fait évènement dans une vie, en tous cas la sienne, c’est moins les rencontres de gens que les rencontres d’auteurs ou d’œuvres. Voir cela comme un prolongement des charentaises signifierait que les charentaises font événement. On appréciera.
3) Le rapport à Claire Parnet, rapport complice. Ce n’est pas elle que Deleuze cherche à impressionner, c’est nous que Deleuze impressionne par ses simples sourires et sa décontraction mêlés de souffrance.
4) Beaune est à Tanger, il est malade, il a la crève. Pour tout réconfort il a idée d’aller chercher une vidéo de Deleuze en entretien.
Il aurait été intéressant de savoir depuis combien de temps il est là-bas. Quand on voyage on décroche, on s’immerge dans la culture, le réel environnant. Or lui, un petit coup de mou et c’est les charentaises et le rappel français. De l’altérité oui mais pas trop et pas trop vite. Ce n’est pas étonnant qu’il a cru, dans le DVD, rencontrer la mort.
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Claire N
InvitéRhooo le vilain , c’est presqu’autant misogyne que de mauvaise foi
On dirait presque du Ronsard refoulé
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Charlie
InvitéJe découvre ce page avec plaisir je vous en mets des belles que j’ai noté au cours de mes lectures :
Le soleil se lève aussi
« – J’ai l’impression que tout cela n’a été qu’un merveilleux cauchemar. Tu ne me croirais pas.
-Mais si, dis-je. Je croirais n’importe quoi, même les cauchemars. »Tortilla Flat
« Mais Pilon secoua la tête avec autant de découragement que le vieux Jehovah quand, se reposant le septième jour, il constata à quel point son monde était lassant. »Victor Hugo est mort
« On croyait au temps, à sa force effrénée, à son progrès, tout irait mieux, c’était mécanique »La femme et le pantin :
« Les heures que j’ai passés là comptent parmi les plus lamentables. Vous me connaissez : vraiment je n’avais jamais mené cette vie de bas cabaret et de coudes sur la table. Je me faisais horreur »Tropique du cancer :
« L’essentiel, c’est de ne jamais s’en faire. Tout arrive en temps voulu »Pedigree :
« Quelques fois, je voudrais revenir en arrière et revivre toutes ces années mieux que je ne les aies vécues. Mais comment ? »
« J’aimerais voir ce film en souvenir de Queneau dans un cinéma que l’on aurait oublié de détruire, au fond d’un quartier perdu »Demande à la poussière :
« Le monde était plein de gens amusants, vraiment à crouler de rire »
« Je suis resté un moment sur le siège à côté d’elle à me demander s’il y avait quelque chose à ajouter à tout ça, mais il n’y avait rien. »
« C’était déjà assez dur comme ça de vivre, mais mourir c’était la tache suprême »Entre la source et l’estuaire
« Mais ce que j’ai appris, c’est qu’il faut tacher d’aimer sa propre vie, un peu tout du moins… Et il faut savoir ce qu’on lègue au monde. »Serge
«Marion dit, parfois je crois qu’on devrait vivre ensemble tous les trois.
C’est le moment de prononcer quelque chose de décisif. Mais rien ne vient. »Crime et Châtiment :
« De plus, pour connaître une personne, qu’elle qu’elle soit, il faut la considérer petit a petit, et avec la prudence la plus grande, pour ne pas tomber ni dans l’erreur, ni dans le préjugé, choses qu’il est par la suite si difficile de corriger ou d’effacer. »Notre part de nuit
« Dans cette maison bruyante et désordonnée, chacun dormait quand il voulait. On pouvait manger tous ensemble à table ou emporter un plateau dans sa chambre ou ailleurs. La grand-mère écoutait du tango à la radio et personne ne retrouvait jamais les documents égarés »La confusion des sentiments :
« Je suis (pourquoi le cacher ?) devenu un homme au souffle court; je ne peux pas préserver longtemps »
« Nul ne se souvient de lui, en dehors de moi »Gatsby :
« A aucun moment il n’avait quitté Daisy du regard et je crois qu’il réévaluait chaque objet de sa demeure selon le degré d’appréciation qu’il lisait dans les yeux de sa bien-aimée »Le banquier anarchiste
« Et vous ne croyez sûrement pas qu’en supprimant les couteaux, on supprimerait les assassins »Le dernier stade de la soif
« Franchement a quoi servent les rêves s’ils deviennent réalité ? »Sidérations
« Toute sa vie n’était que variations sur un seul thème : quel que soit le travail que tes mains peuvent faire, fais-le maintenant parce il n’y aura pas de travail pour toi à l’endroit qui t’attend »Météores :
« Point n’est besoin d’etre allé à Venise pour connaître cette ville, tant elle fait partie du paysage imaginaire de chaque Européen. Tout au plus y va-t-on pour la reconnaître. »37°2 le matin
« Je misais sur le fait que la vie peut pas briser tous vos élans »
« J’espère que je suis pas tout seul à faire des trucs que je comprends pas. »Journal du dehors
« Elles se sentent autorisées à partager leur réflexion à tous les voyageurs, leurs gestes, persuadées visiblement de l’excellence de leur être sociale et sachant qu’on les écoute, qu’on les regarde »Fragments d’un voyage immobile
« Tout ce que nous voyons, nous devons toujours le voir pour la première fois, parce que c’est réellement la première fois que nous le voyons. »La plus secrète mémoire des hommes
« Elle ne répondit pas à ces mots que j’avais d’ailleurs seulement pensé »Les petits chevaux de Tarquinia
« Si dure, qu’elles eut été, chacun tenait à la forme qu’il avait donnée à son existence et était prêt à la justifier comme étant la moins mauvaise »Cosmos
« Nous ne bougions pas cependant, peut-être parce que nous étions restés trop longtemps déjà et que le moment convenable pour départ était déjà passé » -
Tony
InvitéJ’ai découvert dans La Défense Loujine l’ancêtre de Steve et une expérience scolaire aussi cruelle,les grands esprits se rencontrent!
Il passa sous cette voûte près de deux cent cinquante grandes récréations – jusqu’au jour où on l’emmena à l’étranger. Parfois, venant d’un coin de la cour, le maître d’étude surgissait inopinément : « Eh bien, Loujine, toujours là comme une souche ? Tu ferais mieux de courir un peu avec tes copains. » Loujine se levait, quittait la voûte pour l’arrière-cour carrée, faisait quelques pas, tâchant de trouver un point équidistant de trois de ses condisciples qui étaient particulièrement féroces à cette heure-ci, évitait, en se jetant de côté, un ballon lancé d’un coup de pied sonore, puis, ayant constaté que le professeur était loin, revenait vers son tas de bois. Il avait choisi ce coin dès le premier jour, dès ce sombre jour où il s’était senti entouré d’une telle haine, d’une curiosité si railleuse que ses yeux s’étaient aussitôt remplis d’une brûlante ondée et que tout ce qu’il voyait – de par la maudite nécessité de regarder quelque chose – subissait des métamorphoses optiques fort compliquées. Un brouillard lui masquait la feuille quadrillée de bleu ; au tableau noir, les chiffres blancs tantôt s’amincissaient, tantôt devenaient flous ; la voix du professeur se faisait plus sourde et moins intelligible, comme si elle s’éloignait progressivement, et son voisin de pupitre, un monstre doucereux aux joues duvetées, disait d’un ton suave et satisfait : « Dans un instant il va pleurer. » Mais Loujine ne pleura pas une seule fois, même pas le jour où ses condisciples, conjuguant leurs efforts, essayèrent d’enfoncer sa tête dans la cuvette basse des cabinets, où étaient figées des bulles jaunes. « Messieurs, dit le maître d’étude pendant l’une des premières leçons, votre nouveau camarade est le fils d’un écrivain. Un écrivain que je vous conseille de lire si vous ne l’avez pas encore lu. » Et il écrivit au tableau noir, en gros caractères, en appuyant si fort que la craie s’écrasait en craquant sous ses doigts : Aventures de Tony, Editions Silvestrov. Après cela, pendant deux ou trois mois, on appela Loujine Tony. Le monstre apporta un jour, d’un air mystérieux, ce livre à l’école et, pendant la classe, le montra aux autres à la dérobée, avec un clin d’œil significatif du côté de Loujine. Et quand la classe fut terminée, il se mit à en lire des pages, prises au hasard, en déformant intentionnellement les mots. Pétrichtchev, qui regardait par-dessus son épaule, voulut saisir une page qui se déchira. Krebs dit rapidement : « Mon papa dit que c’est un écrivain tout à fait de second ordre. » Gromov s’écria : « Que Tony nous lise donc une page à haute voix ! – Il vaut mieux en donner un morceau à chacun », dit avec enthousiasme le pitre de la classe qui s’était emparé, après une attaque impétueuse, du beau livre rouge et or. Les pages s’envolèrent à travers toute la classe. Sur l’une d’elles, il y avait une image : un lycéen aux yeux clairs donnant, au coin d’une rue, son déjeuner à un chien galeux. Le lendemain, Loujine trouva l’image soigneusement fixée par des punaises à la face intérieure de son pupitre.
Bientôt, d’ailleurs, on le laissa tranquille ; de temps en temps seulement, le stupide surnom jaillissait comme une flamme, mais, comme Loujine refusait obstinément de répondre, le surnom, lui aussi, finit par s’éteindre. On cessa de le remarquer, on ne lui parla plus, et même le seul élève sage de la classe (il y en a toujours un dans chaque classe, comme il y a obligatoirement un gros, un fort et un loustic), l’évitait, craignant de partager sa situation méprisée. Lorsque ce même élève sage – qui reçut six ans plus tard la croix de Saint-Georges pour une mission de reconnaissance particulièrement dangereuse et qui perdit ensuite un bras pendant la guerre civile – essayait, dans les années vingt, de se rappeler Loujine à l’école, il ne pouvait se le représenter que de dos : tantôt assis devant lui avec ses oreilles écartées, tantôt fuyant le bruit et réfugié au fond de la classe, tantôt rentrant en fiacre à la maison – et toujours Loujine avait les mains dans les poches et un grand cartable pie au dos, et toujours la neige tombait à gros flocons… Le garçon sage essayait en quelque sorte de le dépasser pour le voir de face, mais la neige particulière de l’oubli, cette neige foisonnante et muette, recouvrait entièrement ses souvenirs de son voile blanc et épais… Et l’ancien élève sage, devenu un remuant émigré, disait en découvrant le portrait de Loujine dans un journal : « Figurez-vous que je ne me rappelle pas du tout quelle tête il avait, vraiment pas… »
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François Bégaudeau
Maître des clésaucun souvenir de ce passage
ou peut-être qu’inconsciemment -
Malice
InvitéJ’ai lu le début de Loujine l’an dernier et ma bibli m’a sommée de le rendre car trop de retard, je vais le reprendre
Ce passage m’avait ( me fait encore) tellement mal au ventre mais c’est génial
Tu as lu d’autres Nabokov Tony?-
Tony
InvitéNon c’est le premier,je suis en train de le lire et ça me plaît bien.
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Malice
InvitéJ’avais noté ce passage de Loujine l’été dernier:
« C’est quand il jouait à l’aveugle qu’il ressentait ces forces diverses dans leur pureté originelle. Alors il ne voyait plus ni la crinière roide des chevaux ni les petites têtes luisantes des pions, mais il sentait que telle ou telle case imaginée était occupée par une force qui s’y concentrait, de sorte que le mouvement de la pièce se présentait à lui comme une décharge, un coup de foudre. »
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Tony
InvitéCe salaire me permet de me nourrir de steaks-frites au déjeuner,de yaourts et de confiture au dîner,de m’habiller à peu près comme j’aime l’être,de régler le loyer d’une chambre-cuisine-cabinet de toilette rue de Grenelle,de me meubler l’esprit chaque quinzaine avec Marie-Claire, chaque soir avec une télé deux chaines-grand écran-super lumineux,dont il ne me reste plus que trois traites à payer.Je dors bien,je ne bois pas d’alcool,je fume modérément, j’ai eu quelques liaisons,mais pas de celles qui puissent effaroucher une concierge,je n’ai pas de concierge mais l’estime de mes voisins de palier,je suis libre,sans soucis,et parfaitement malheureuse.
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Malice
InvitéSuper chute, c’est de qui?
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François Bégaudeau
Maître des clésça me dit quelque chose
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Tony
InvitéJe vous laisse deviner(difficile malgré les apparences)
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Ostros
InvitéÉcrivaine contemporaine ?
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Ostros
InvitéÇa peut être Sagan ?
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Tony
InvitéOscar a trouvé quel auteur c’était,dans la page cinéma, Sébastien Japrisot,connu pour l’été meurtrier et ici extrait de La dame dans l’auto avec des lunettes et un fusil.
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Claire N
InvitéMerci, j’étais certaine de l’avoir deja entendu
La s’arrête certainement mon oreille musicale-
François Bégaudeau
Maître des clésJ’ai lu La dame dans l’auto (adapté par Johan Sfar, qui s’en souvient?), mais je n’y aurais jamais pensé.
Souvenir d’une intrigue très alambiquée, voire pénible-
Claire N
InvitéNon ça ne vient pas de la , mais je me demande si un jour une femme à la voix proche de Delphine Seyring n’a pas juste intonné un « parfaitement malheureuse » qui me serait resté-
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Claire N
InvitéPeut etre la voix de Pascale Ogier ?
C’est intriguant – mais ça ne sera pas plus distinct je le crains -
Claire N
InvitéJ’avais une amie sentinelle, on se demandait tantôt des choses à ce sujet, qui m’aurait rendu limpide et précise l’évocation -j’aurais ete moins nébuleuse –
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Alexandre
InvitéAdapté bien avant par Anatole Litvak et ça se rregardait.
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Oscar
InvitéLa réponse s’est perdue, au loin dans la page cinéma ) Sébastien Japrisot
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Ostros
InvitéAhh merci ! J’avais pas vu
J’aime bien son style que je découvre (si l’histoire se déroule dans les années 70)-
Ostros
InvitéSacrée vie.
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Malice
Invitéça ressemble à ma Violette Leduc dans l’esprit mais chez elle les virgules seraient des points
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François Bégaudeau
Maître des clésMalice : tu as lu Thérèse et Isabelle?
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Titouan R
InvitéQu’en as-tu pensé François ?
C’est le seul que j’ai lu de Violette -
Malice
Invité@François oui je l’ai lu dans une version non censurée de Ravages
Tu l’as lu?-
François Bégaudeau
Maître des clésje m’apprête à
(à la librairie il n’y avait que celui la et pas ceux que tu as conseillés)-
Malice
InvitéAh ben ça alors, ils ont la partie amputée de Ravages et pas le corps!
J’en rajoute une couche ( pas extrait de Thérèse mais de la Bâtarde) :
« – Gabriel! Mais c’est Gabriel!
Le voici. Un pont de Paris a pulvérisé dix années d’absence. Le voici de l’autre côté du pont. Le voici souhaité, aimé, adoré avant qu’il me reconnaisse, avant qu’il m’entende.
Il existait, c’était colossal.
– Gabriel!
Patience, lecteur, je ralentis sa réapparition, je feuillette le guide Michelin, je cherche la page Notre-Dame de Paris… »Etage de la rose. » Une automobile nous séparait. » La grande rose semble l’auréole. »Le fleuve d’automobiles, il fallait attendre. » La rose la plus vaste qu’on ait osé percé. » Gabriel avait rajeuni. Ses chaussures…Ses deux merveilles d’entretien…Gabriel n’avait pas faim. » Etage de la rose. Son dessin, que tous les maîtres d’oeuvres adoptèrent ». Gabriel n’avait pas froid. Enfin, l’un devant l’autre. Mon coeur battait sur ses lèvres.
– Qu’est-ce que tu fais dans le coin, bonhomme? »
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Lola25
InvitéTexte très fort sur l’exclusion et la cruauté scolaire, où la figure de Loujine devient presque universelle. On y lit la formation de l’isolement psychologique dès l’enfance, mais aussi la manière dont la mémoire efface ou déforme les êtres. Une réflexion marquante sur la violence collective et l’oubli.
https://superpharm-france.com/ -
Samuel Grosgeek
Invité26/I. Ayant raté le bus, je fais du stop avec André pour aller à la fac, devant le château de Vincennes : une grosse voiture nous prend ; le conducteur est vêtu d’une houppelande en fourrure ; il fume un cigare puant ; nous n’osons pas le regarder, peut-être intimidés par sa voix métallique et un silence qui ne peut être que narquois, ai-je pensé. Ce n’est qu’un peu plus tard que nous comprenons que c’était Lacan.
Journal, Richard Millet.
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Samuel_Belkekett
InvitéChez Millet le malheur semble gelé en un débat implacable avec ses fantasmes…
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B homme bi raisin
InvitéTu soliloques bien 😌 tu fais peine à lire
Je comprends pourquoi François nous prévient-
Samuel_Belkekett
InvitéL’incontestable avantage de François sur moi…
C’est que moi je ne fais pas d’aussi beaux moulinets avec les bras quand je soliloque.
Le spectacle est un brin moins poilant…-
B homme bi raisin
InvitéTu te compares….on se demande pas pourquoi.
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Samuel_Belkekett
InvitéBah si, demande toi pourquoi justement… Et t’auras l’air un peu moins con…
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Avec un pseudo pareil, faut pas s’étonner.
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Samuel Grosgeek
InvitéBégaudeau est un manuel.
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Samuel_Belkekett
InvitéComme Conte Sponville, moins les d’idées.
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Samuel Grosgeek
InvitéSuper belle phrase negre, oh!
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Samuel_Belkekett
InvitéMoins les pensées.
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AuteurMessages
