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    Messages
    • #27234 Répondre
      Tony
      Invité

      Il est temps d’ouvrir une nouvelle page et comme cadeau de Noël je demande à Seldoon de nous raconter en détail l’entretien avorté avec Desplechin,que s’est-il il passé avec ce cinéaste qui a l’air si doux,si posé et si agréable ?
      En attendant j’ai découvert ce podcast, très intéressant,sur les métiers du cinéma,et ici Desplechin se livre un peu sur son parcours,assez marrant de l’entendre répéter que lui, à 17 ans,il était électricien,et qu’à 6 ans il a répondu IDHEC à son instit qui l’interrogeait sur ce qu’il voulait faire plus tard!

    • #27235 Répondre
      Seldoon
      Invité

      J’espérais que cette chose fut oubliée. C’est Noël alors je dis tout : rien n’allait. Ni le film, ni le jour (le pauvre sortait d’un enterrement), ni le son (on s’est tapé 30 minutes de mixeur sur l’heure d’interview, alors que Desplechin parle bas), ni nous qui, mal à l’aise à cause de tout ce qui précède, fumes particulièrement mauvais. Seul point positif : alors qu’au dernier ciné-club François a eu le plaisir de voir une scène en chair et en os de Comment je me suis disputé, nous on en a eu une d’Esther Kahn.

      • #27236 Répondre
        Tony
        Invité

        Merci pour le cadeau, c’est vrai il parle vraiment bas c’est étonnant, l’entretien du podcast ci dessus est assez savoureux, je le crois à moitié quand il jure ne jamais lire les critiques de ses films et puis le fait de l’entendre dire que lui,son truc,c’est les arts populaires c’est très drôle…

        • #27237 Répondre
          Seldoon
          Invité

          Beaucoup de gens te disent de te méfier de ce qu’il dit, en général. À la fin de notre entretien on lui a demandé de nous parler d’un film vu récemment, il s’est alors enthousiasmé assez longuement au sujet d’Elvis de Baz Luhrman. Avec assez de détails et de nuances pour que son enthousiasme ne puisse plus être suspect.

        • #27238 Répondre
          deleatur
          Invité

          Je trouve de plus en plus snob de la part de Desplechin d’affirmer qu’il n’a pas fait d’études — lui le diplômé de l’IDHEC. Qu’il s’intéresse à la culture populaire (Coup de foudre à Notting Hill, Supergrave) — lui qui n’a presque jamais filmé que sa fascination pour les milieux bourgeois, voire aristos (La Sentinelle, Comment je me suis disputé, Un conte de Noël). Qu’il a appris à l’IDHEC à ranger un camion électrique — lui le jeune étudiant en cinéma fasciné par Shoah, suivant avec assiduité les cours de Douchet, faisant découvrir à ce dernier le cinéma américain du Nouvel Hollywood. Etc.
          François a bien mis en évidence dans son Microciné sur Despleschin les fictions d’origine chez ce dernier : mourir à soi pour renaître dans la peau d’un autre, se déprendre de ses vieilles peaux pour recommencer sa vie — comme juif, prolo, réalisateur de série B, etc.
          J’ai flairé la supercherie du discours sur son art quand je l’ai entendu dire un jour que Bergman était le réalisateur qu’il s’interdisait de revoir avant de commencer un tournage, alors que certains plans de ses films (tel début de La Sentinelle, tel plan de face d’Emmanuelle Devos dans Comment je me suis disputé) sont des hommages explicites à Bergman.
          Cela dit, je continue à considérer son cinéma et son oeuvre comme immensément grands — découverte émue de La Sentinelle à 21 ans et film que j’ai dû revoir une bonne dizaine de fois entre 22 et 25 ans.

          • #27239 Répondre
            Tony
            Invité

            Je ne connais pas aussi bien que toi ou François ses films,j’en ai vu quelques uns seulement et oui je crois aussi que c’est un grand cinéaste, j’ai vraiment aimé 3 souvenirs de ma jeunesse par exemple mais pas vraiment les quelques autres que j’ai vu,c’est pas mon truc on va dire mais ce dont je suis sûr c’est que ce n’est pas un cinéaste populaire contrairement à ce qu’il prétend, Truffaut était de ces cinéastes là mais pas Desplechin.

            • #27243 Répondre
              françois bégaudeau
              Invité

              Les propos de Desplechin ici et là sont une boussole sud. Renverse les et tu tiens la vérité.
              J’eus la primeur de cette manière en 1995, lorsque Desplechin me confia solennel et assertif qu’il s’interdisait de voir les films de Pialat, cet antisémite, puis dans la foulée me décrivit par le menu une scène de Passe ton bac d’abord et une autre du Garçu.
              Nous apprenons donc ici que Desplechin revoit toujours des Bergman avant de se lancer dans un tournage.

            • #27244 Répondre
              deleatur
              Invité

              Il ne faut pas oublier que Desplechin est apparu, dans le paysage cinématographique français, après la désolation des années 80 — règne de la génération BBC (Besson, Beineix, Carax) qui avait vu triompher « l’esthétique du look » et autre imagerie publicitaire à la Flashdance, véritable « cinéma de genre » français de ces années-là (Subway, La lune dans le caniveau, Mauvais sang), ce qu’on oublie un peu vite aujourd’hui (!!!). Pour ne rien dire des films de Belmondo des années 80.
              La brêche avait été ouverte quelques années plus tôt, par le film de Rochant, Un monde sans pitié (1989). Immense souffle d’air frais dans nos têtes et dans nos vies, à tel point qu’on a pu titrer quelques années plus tard : le retour du cinéma.
              Pour l’anecdote, j’ai vu La sentinelle à la fête du cinéma en juin 1992, le même jour que IP5 de Beineix, que j’ai vu juste après le Desplechin, film encensé par mes accompagnateurs d’alors et vomi par moi qui avais en tête La sentinelle et voulais le revoir dans la foulée. J’ai su ce jour-là qu’il était des combats esthétiques que je devrais dorénavant mener seul.
              .
              D’autre part Mauvais sang est un chef-d’oeuvre.

              • #27245 Répondre
                françois bégaudeau
                Invité

                Tu as revu récemment Mauvais sang?

                • #27246 Répondre
                  deleatur
                  Invité

                  Oui. Pendant les confinements. Toute sa filmo.
                  Film suresthétisé et qui a mal vieilli. Je n’étais pas objectif, c’est sûr. Je voulais rester fidèle à un ancien amour (Modern Love, à moins que ce soit à la pub pour Lévis, je ne sais plus).
                  Ce qui m’a plu et replu dans le cinéma de Carax de ces années-là, c’est son idée de refaire un cinéma de l’imaginaire, un cinéma des origines, en disciple de Mélies et Cocteau.
                  J’abuse.
                  Et puis Les Amants du Pont-Neuf, pourtant adoré à 20 ans, je n’ai plus pu. Définitivement.
                  Boys Meets Girls, encore et comme toujours.

                  • #27247 Répondre
                    deleatur
                    Invité

                    Besson a 12 ans dans sa tête, Carax, 17, et Beineix a toujours été vieux.

    • #27266 Répondre
      Tony
      Invité

      Lu à l’instant sur le Facebook de Burdeau qui cite ce post,trop marrant!

      Michel Béton AKA Mike Concrete

      Je ne me prends pas pour François Mittleband. Sachez-le. Ceci étant dit, Michel Béton était un peu mon Jean-Marie Lapeine à moi. Explication.
      C’était le début des années 1980 et la Revue, grace à moi, avait recommencé à parler cinéma. Belle idée, grand succès, vernissages à gogo mais un problème est vite apparu : je n’ai aucune envie d’écrire sur les films. Mon art est dans la vie, sept mètres au-dessus de la vôtre, à savoir sur la mezzanine. Là où les mots ont du panache et le martini est toujours extradry. Poussez vers la salle, la voix assurée, les sourcils froncés, les dents serrées, les mots : « quelle ouverture ! Quelle audace  ! Quel maestro ! » Les gens vous suivront jusqu’à Bercy (true story). Couchez cela dans un texte, on vous traitera de Jean-Michel Skywalker (sad story).
      Mittelband avait un peu le même problème. Imparable bête de plateau, excellent orateur, il n’avait aucune envie de faire ce pour quoi il avait été élu. Coup de maître : il a inventé Jean-Marie Lapeine. Et le barrage qui va avec : c’est moi ou Lapeine. Boom, quarante ans d’élections sans autre programme que cela.
      J’étais perdu dans mes cogitations, accompagnées d’un Piper 1959 ultra réserve, quand Michel m’a appelé. « Alors, cher Mimi, ça bétonne ? » je lui ai lancé rieur. Mais non, ça ne cimentait pas trop. Fôsitif avait moins d’abonnés que de rédacteurs. Surtout, personne ne prenait au sérieux ses textes critiques. Mimi était en pleur. « Shad, m’a-t-il avoué, tel un gamin à son confesseur – je ne sais jamais si un film est bon ou mauvais. Aide-moi. ». Qu’est-ce qu’un coup de génie ? C’est l’audace, l’ouverture plus la vitesse d’exécution. « Michel, lui ai-je dit, je ne peux pas t’expliquer le goût. Ça ne s’apprend pas, ou bien on l’a ou bien on fait semblant. Toi, fais semblant. Comment ? Simple. Un cinéaste vient de sortir un film  – j’entendais Mimi prendre note – et tu ne sais pas si c’est un chef d’œuvre ou une daube ? Décide à la pile ou face. Pile, tu le défends, face, tu le descends ». « Et le film ? Comment parler du film ? ». « Michel, le film tu t’en fous. Pour le descendre, compare-le à un cinéaste qu’on défend ici à la Revue, genre Jean-Marie Strabski. Pour le défendre, dis qu’il ressemble au travail d’un autre cinéaste que Fôsitif a défendu dans le passé. » « Mais à Fôsitif on a défendu tout et son contraire ! ». J’étais en train de perdre la patience, mais j’ai tenu bon, et j’ai continué pédago : « Michel, on s’en fout, personne ne lit Fôsitif et internet n’a pas encore été inventé [oui, ça c’est un anachronisme, mais c’est la vérité] ! Fais ce que tu sais faire, bétonne ». Et bien, il m’a écouté. Pendant 40 ans, il n’a cessé de dire que machin c’est bien car il fait comme machin qui a à son tour fait comme machine, c’est-à-dire Janette Championne. Et que donc c’est bien.
      Pouvais-je imaginer, il y a quarante ans, que j’étais en train de cimenter un Golem ? Non. Mais Mittleband non plus. Salut l’artiste !

    • #27401 Répondre
      Ourson
      Invité

      Je viens de m’acheter pour la première fois un « Cahiers du Cinéma », mais comme il n’existe pas de critique de la critique, je me suis rendu compte que je ne savais pas trop comment repérer les bons des mauvais critiqueurs (post avant blague du chasseur)

      Sauriez-vous par où je peux commencer ? Je suis déjà un auditeur assidu de la Gène mais c’est bien les seules critiques que j’écoute jusqu’à présent

      • #27404 Répondre
        deleatur
        Invité

        Fais-toi confiance, Ourson !
        Je ne sais pas qui écrit aujourd’hui aux Cahiers, mais essaie d’en lire le plus possible, tu sauras reconnaître qui est bon, il suffira que ce soit le ou la critique qui te fait le plus plaisir en pensant et le plus penser en prenant du plaisir.
        L’essentiel est celui ou celle qui te fera de l’usage et auquel tu voudras revenir ensuite.

        • #27405 Répondre
          Ourson
          Invité

          Tu sais à une époque je ressentais du plaisir en regardant les vidéos de « regelegorilla », c’est quand même moins le cas aujourd’hui mais du coup j’ai tendance à me méfier de mon propre plaisir (devant une critique ou une oeuvre)

          • #27407 Répondre
            deleatur
            Invité

            Si tu as acheté les Cahiers pour voir, c’est parce que tu as envie d’une exigence qu’on t’a conseilé. Le dispositif n’est pas le même que celui de chopper une vidéo et d’y rester. Tu as suivi une indication de lecture, c’est suffisant.
            Par ailleurs, j’ai associé pensée et plaisir : avec les Cahiers, ce ne sera ni un plaisir immédiat ni une pensée évidente. Mais tu vas continuer, parce qu’on t’a dit que les Cahiers comptent et que tu veux le vérifier.
            C’est le seul conseil qu’on pouvait te donner : ouvre les Cahiers et lis-les !

          • #27414 Répondre
            deleatur
            Invité

            Je viens de regarder sur le site des Cahiers : parmi les anciens rédacteurs, Hervé Aubron, Charlotte Garson, je pense que ce sera très bien.

    • #27408 Répondre
      Ema
      Invité

      Certains critique partent très vite sans des envolées littéraires ou philosophiques dont le film semble matériellement absent. Abordent le film comme un objet-concept et non esthétique, ce qui leur fait souvent n’évoquer que le scénario, avec parfois aussi une insistance assez irritante sur le jeu des acteurs, toujours dans l’hyperbole ( ÉBLOUISSANT DE JUSTESSE, BOULEVERSANT, HALLUCINANT)utilisent plethore de mots valant directement jugement subjectif, sans jamais préciser ce qu’ils entendent par là: c’est quoi un film « solaire » ? C’est quoi un film « délicieusement transgressif »? C’est quoi un film « jubilatoire »?

      • #27410 Répondre
        deleatur
        Invité

        Ema, tu es sûre de parler des Cahiers, là ?

      • #27429 Répondre
        I.G.Y
        Invité

        J’étais dans la même situation qu’Ourson et je suis d’accord que c’est le point essentiel. Avant même de lire des critiques, se demander ne serait-ce que pour soi-même : « qu’est-ce que le film MONTRE », « comment il le montre », ensuite « quel effet ça me fait », et surtout « pourquoi ça me le fait ». J’admets que c’est parfois difficile d’aller au delà de « c’est génial » quand le film est fort et il ne faut pas chercher trop loin tout le temps (c’est un peu comme en politique : au bout du bout restera toujours un irréductible j’aime ou je-n’aime-pas).

        Sur la filmo d’un mec comme Lynch, je me suis rendu compte qu’il était vite fait de se perdre en interprétations quasi nolanesques (on en lit sur Sens Critique), alors que revenir aux bases presque matérielles film (dixit la Gêne), sans forcément de grande érudition non plus, parfois, même souvent, ça aide (Lynch pourrait aussi ruiner cet argumentaire puisqu’après en avoir récemment revu plusieurs, je ne me souvenais pas à quel point il était aussi à ce point « symboliste », que ce mot existe ou non^^ Philosophe serait un peu exagéré). Je regarderai Critikat à l’occasion, je ne connais que de nom

        • #27430 Répondre
          deleatur
          Invité

          J’aime beaucoup le bouquin d’Aubron sur Mulholland drive.
          De toute façon, si l’on veut approfondir un auteur, un film, un thème, il faut viser la forme livre, ne serait-ce que c’est parce que c’est 10 heures de réflexion en plus, et que c’est du temps, beaucoup de temps pour approfondir.
          Les Cahiers sont une bonne entrée vers les livres.
          Mais c’est vrai au-delà du cinéma, pour tout sujet que l’on veut approfondir.

          • #27432 Répondre
            I.G.Y
            Invité

            La liste à lire ne désemplit pas. C’est la Bibliothèque de Babel…

    • #27412 Répondre
      Ema
      Invité

      Non non du tout désolée

    • #27413 Répondre
      Ema
      Invité

      De critiques médiocres que j’ai pu lire de ci ou là mais pas des cahiers

      • #27416 Répondre
        deleatur
        Invité

        Ema, va voir sur Critikat, tu verras, c’est autre chose !
        Ce dont tu parles, c’est de la promotion des films, pas des critiques des Cahiers.

      • #27417 Répondre
        françois bégaudeau
        Invité

        En critique le mot jubilatoire est éliminatoire.

        • #27622 Répondre
          Seldoon
          Invité

          En français.

    • #27442 Répondre
      deleatur
      Invité

      Pour finir l’année sur des notes joyeuses.
      .
      Emmanuel Burdeau, « Un critique heureux », préface à Les Films de ma vie, de Truffaut (réédition de 2019)

      *****

      En 1967, François Truffaut a autre chose à faire. Il doit digérer l’échec de Fahrenheit 451 et tourner La mariée était en noir, première d’une série de co-productions avec l’Amérique. Il va ensuite se consacrer au scénario de Baisers volés, troisième volet des aventures d’Antoine Doinel, tout en commençant de songer aux films suivants, L’Enfant sauvage, Les Deux Anglaises et le continent. C’est de cette manière qu’il a toujours aimé procéder, en menant plusieurs projets de front, en alternant les foulées, la courte et la longue. Mais Truffaut est aussi un homme qui n’a jamais su réserver ses admirations, pour qui l’adoration des aînés va de pair avec la curiosité accordée aux nouveaux venus. Aussi continue-t-il d’écrire sur les films des uns et des autres, ce qu’il appelle pratiquer un « double jeu, cinéaste-critique ». En mars, il rédige une défense du Vieil Homme et l’Enfant  [1], premier long-métrage de Claude Berri, dans laquelle il n’est pas sûr que ce soit par antiphrase qu’il concède « qu’il est présomptueux d’écrire sur un film qu’on a vu seulement trois fois ». Quelques mois plus tard, il donne aux Cahiers du cinéma un de ses meilleurs textes, « Lubitsch était un prince ». L’éloge y est l’occasion d’énoncer une morale du spectacle qu’il fait d’évidence sienne : « Le public n’est pas en plus de la création, il est avec, il fait partie du film. » Celle aussi d’avouer un appétit intact d’écrire sur le cinéma, d’un bon mot emprunté à son maître : « Je sens bien, comme disait André Bazin, que je ne vais pas avoir le temps de faire court. »
      .
      Le temps et son emploi : obsessions constantes chez Truffaut. Cette même année 1967, entre Berri et Lubitsch, le cinéaste aura cependant pris celui de présenter un festival Jean Renoir tenu dans le Var. Allocution ? Texte joint au programme ? Lorsque, au milieu de la décennie suivante, il sélectionne un sixième de ses écrits critiques pour composer Les Films de ma vie, recueil vite devenu indispensable puis introuvable, le cinéaste ne le précise pas  [2]. Il indique seulement qu’il s’agit d’une « présentation » : le mot lui sied, puisqu’il aura toujours pratiqué la critique comme une passion qui se communique, la continuation par écrit d’une fièvre orale, une accélération de l’un à l’autre. Imaginons-le donc au micro, face au public de la Maison de la culture de Vidauban, faisant monter sa belle voix blanche, celle-là même qui conduira bientôt la narration des Deux Anglaises, off mais à toute allure. Le rythme est également rapide ici, dès l’entrée en matière : « Ce n’est pas le résultat d’un sondage mais un sentiment personnel : Jean Renoir est le plus grand cinéaste au monde. Ce sentiment personnel, beaucoup d’autres cinéastes l’éprouvent également et d’ailleurs, Jean Renoir n’est-il pas le cinéaste des sentiments personnels ? ».
      .
      La conviction ne date pas d’hier. Elle s’est forgée dans les années 1940, décennie pendant laquelle l’adolescent insoumis voit entre seize et vingt films par semaine, dont La Règle du jeu douze fois, bien que le film fût alors distribué dans une version mutilée. Au cours des années 1950, le jeune critique féroce et érudit des Cahiers, d’Arts, de Radio-Cinéma, etc., aura de même souvent l’opportunité de rappeler la pérennité du génie renoirien, notamment contre ceux qui méprisent sa période américaine et le tiennent volontiers pour sénile. La présentation de 1967 reconduit donc une fidélité depuis longtemps acquise. C’est cependant davantage qu’une redite. Ce serait même le contraire – une refondation. Deux phrases se succèdent sans heurt pour tracer l’arc complet d’une méthode, à condition d’entendre ce dernier mot dans un sens assoupli. Truffaut n’a jamais eu l’ambition de bâtir un système, en dépit de nombreux articles polémiques (pour la plupart non repris ici). Il ne fait pas œuvre de théoricien, à la différence de Bazin ou de Rohmer, mais de critique pur. Qu’est-ce ? Peut-être justement dessiner des arcs et des courbes, proposer des circulations au sein des œuvres – et au-delà d’elles.
      .
      Un propos définitif se nuance de relativisme : « Jean Renoir est le plus grand cinéaste au monde »/« Ce n’est pas le résultat d’un sondage mais un sentiment personnel ». Le bémol n’est pourtant qu’une ruse, comme on ne tarde pas à l’apercevoir. La concession faite à l’arbitraire du jugement ne s’autorise pas, en effet, du respect de la diversité des goûts et des couleurs, mais de l’œuvre seule – « et d’ailleurs, Jean Renoir n’est-il pas le cinéaste des sentiments personnels ? ». Truffaut fait donc ici trois choses. Il déclare que Jean Renoir est le plus grand cinéaste au monde. Bien. Il affirme qu’il est le cinéaste des sentiments personnels – la présentation dira ensuite ce qu’il faut comprendre par là : qu’il n’y a rien de moins figé, de plus libre et de plus disponible aux soubresauts du désir et de la nature que l’œuvre du « Patron ». Mais cela n’est pas encore assez. Truffaut invente un enchaînement de mots rendant indissociables ces deux propositions. L’évaluation ne sort pas de nulle part, elle s’appuie sur une donnée de l’œuvre. Elle s’en inspire, elle lui ressemble. La boucle est bouclée, le tour imparable. Qui pourrait réfuter une affirmation à la fois subjective et objective, absolue (le plus grand) et relative (pas un sentiment juste, juste un sentiment) ?
      .
      L’opération se répète ailleurs, en conclusion d’un article sur John Ford : « Et puisque John Ford croyait en Dieu : God bless John Ford » ; sur deux films d’Orson Welles, Citizen Kane (« Nous avons totalement aimé ce film parce qu’il était total ») et Mr. Arkadin (« Admirons les idées puisqu’elles sont effectivement admirables ! »). Ce sont certes des boutades, mais qui résument une conquête majeure de l’écriture sur le cinéma qui s’invente dans les années 1950, avec et autour de Truffaut, aux Cahiers et ailleurs. La circularité des formules sert à délimiter un lieu commun. La critique, y est-il suggéré, ne s’ajoute pas au cinéma à la manière d’un élément extérieur, promotionnel ou parasite. Elle n’est pas une parole en plus, un commentaire. Elle habite le même monde. Sa tâche est de dire et d’accomplir un partage.
      .
      Il ne faudrait donc pas croire que c’est par cuistrerie qu’abondent les jeux de mots – un « si jeune et déjà poney » est passé à la postérité, et l’article sur Bonjour Tristesse taquine une Jean Seberg « en corsage et encore sage ». C’est plutôt qu’écrire sur les films consiste à creuser dans la langue un espace où loger le film et son dehors : il est donc logique qu’y soient recherchées les ambivalences, les libéralités du sens. Tous les continuateurs de Truffaut useront à leur tour d’une telle ressource. Comme lui, ils sauront que la critique est a priori sans critères ni vocabulaire. Chaque film lui en fournit au contraire de nouveaux, chacun est un pays dont il faut en vitesse assimiler la langue : une critique personnelle pour un cinéma personnel, totale pour un cinéma total, admirative pour un cinéma admirable, etc.
      .
      Tous, de même, se voueront au double jeu. Car on rend bel et bien compte des films en assumant une « place mal définie », guidé par l’intuition qu’on reformule sans cesse un même vœu : pourvu que le cinéma et le monde aillent ensemble… Aux Cahiers d’abord, à Libération ensuite, Serge Daney prolongera cette visée, et pour l’atteindre trempera son style dans un certain comique comme moyen d’aller et venir de l’écran à la page : ses textes bondiront avec grâce de gags en rébus. Il portera ailleurs une des leçons de ce livre : la critique est une écriture, en tant que telle elle s’attache à décrire avant de juger – exigence en vertu de laquelle Truffaut avait introduit pour Bazin l’expression devenue usuelle d’« écrivain de cinéma ».
      .
      « Je crois que n’importe quelle œuvre est bonne dans la mesure où elle exprime l’homme qui l’a créée. » En plaçant en exergue du recueil cette citation de Welles, Truffaut pensait sans doute à la fameuse Politique des Auteurs, dont il fut un des promoteurs. C’est en effet le genre de formule qui se rencontre sous la plume des futurs cinéastes de la Nouvelle Vague, afin de marquer à quelles conditions ils considèrent qu’un cinéaste est un auteur, à l’égal de ceux du théâtre ou de la littérature. L’auteur est certes celui qui signe la mise en scène, mais pas forcément le scénario : pour obtenir le titre, il suffit que le film lui ressemble. Parfois, on dirait même que l’auteur n’obéit qu’à cela, la ressemblance, qu’il s’enferme dans la confirmation d’un effet de signature. Par exemple : « Tous les films de Jacques Becker sont des films de Jacques Becker ; ce n’est qu’un point, mais d’importance. » Ou pour louer It Should Happen to You, de George Cukor : « parce que c’est lui et que tout ce qu’il fait est très bien ».
      .
      La redondance dissimule pourtant une différence, là encore : c’est elle qu’il faut approcher pour voir dans quel espace s’exerce chez Truffaut la fraternité du cinéma et de la critique. Lorsqu’il écrit sur un auteur, ce n’est pas pour s’émerveiller que son dernier film répète les précédents. Montrer que Nicholas Ray ou Fritz Lang racontent sans arrêt la même histoire (pour le premier celle d’un violent aspirant à ne plus l’être, pour le second celle d’une victime ou d’un vengeur) n’est qu’un préalable. L’article va ailleurs. Où ? Truffaut l’indique dans le texte introductif, rédigé en 1975, intitulé « À quoi rêvent les critiques ? ». Se demandant quelle force le poussa à écrire, puis à filmer, il reconnaît ne pas savoir. Tout juste se souvient-il avoir tôt ressenti « un grand besoin d’entrer dans les films ». Ce qui veut dire deux choses : se rapprocher de plus en plus de l’écran et entrer si intimement dans l’œuvre admirée qu’on se procure « l’illusion d’en revivre la création ».
      .
      La critique serait une hallucination ? Celle, oui, de pouvoir déplier à partir des films le roman entier de leur fabrication. Un fantasme archéologique. Truffaut aura ainsi revendiqué plus d’une fois le souhait formulé par Bazin dès 1943 : qu’on cesse d’examiner la seule anecdote pour prendre en compte la totalité des éléments d’un film, que naisse enfin une « critique cinématographique en relief ». Une telle recherche s’illustre ici superbement dans l’article analysant la préparation et le tournage de trois scènes du Testament d’Orphée de Jean Cocteau. De celle dite de la « Rencontre avec moi-même », Truffaut écrit : « Son accomplissement sur l’écran restitue la joie du moment où naquit l’invention et sa beauté devient un dédommagement à l’ingratitude du tournage. »
      .
      L’auteur est donc en vérité le contraire d’une tautologie, il est un relief, un écart. Une profondeur aperçue à la surface de l’image, la précipitation dans un détail de tout le processus créatif. Les plus précieux pourraient être alors les plus accidentés, les auteurs dont les films donnent l’impression d’« assister au tournage », de « découvrir les choses en même temps » qu’eux : Renoir encore et toujours, Ingmar Bergman, Louis Malle et ses Amants, Jacques Becker parce que Truffaut, ayant découvert le cinéma au moment où celui-ci y débutait, a pu voir son œuvre « se faire ». Encore un pas de plus, et la Politique des Auteurs va culminer dans un paradoxe qui fera date. Répondant à ceux qui traitent Abel Gance de raté, Truffaut réplique que « le ratage, c’est le talent. Réussir, c’est rater. Je veux finalement défendre la thèse : Abel Gance auteur raté de films ratés… Tous les grands films de l’histoire du cinéma sont des films “ratés” ». C’est que le ratage donne clairement à voir, en même temps que l’intention, le chemin qui a conduit d’elle au résultat, fût-il désastreux. Gloire alors aux « bâcleurs » comme Sacha Guitry ou Jean-Luc Godard.
      .
      On comprend maintenant pourquoi une citation de Henry Miller succède à celle de Welles, pour donner le programme : « Ces livres étaient vivants et ils m’ont parlé. » Chez Truffaut, il n’y a pas de différence entre le geste par lequel une œuvre se retourne sur elle-même pour ressembler à l’homme qui l’a créée, et celui qui la destine au public sur le mode de l’adresse – « Tout beau film est souterrainement dédié à quelqu’un ». Lorsqu’il devine chez Samuel Fuller une jubilation à tourner, chez Robert Aldrich une vitalité débordante, chez Edgar Ulmer enjouement et sérénité ; lorsqu’il affirme que Becker avait besoin de vivre la scène des « yeux de biche » d’Édouard et Caroline avant de la tourner ; ou bien encore et surtout, lorsqu’il soutient qu’il fallait que Charlie Chaplin eût personnellement connu la faim pour la filmer d’une manière qui touche les spectateurs des cinq continents, Truffaut croise les mots de Miller avec ceux de Welles. Il vante des traits qui sont indifféremment des puissances de vie et des qualités d’art. Il dessine un monde où les unes se convertissent sans reste dans les autres, un monde où la joie ou l’angoisse de faire du cinéma sont directement palpables par le public. En dernière extrémité, les films ne seraient là qu’un moment – certes décisif mais transitoire, juste « un tempo, une courbe » – à l’intérieur d’un mouvement plus large qui arrache à la vie pour y ramener. Une vision des choses à laquelle Truffaut tiendra assez pour la réaffirmer à maintes reprises dans ses films, notamment La Nuit américaine.
      .
      L’actualité d’une telle réédition est en somme double. Elle rappelle ce que nous devons aux années 1950 : la critique comme écriture et place mal définie, le souci de décrire, la mise en contact de ses sentiments personnels avec ceux de l’œuvre, le comique… Elle permet aussi de comprendre comment Truffaut a pu écrire, fût-ce rétrospectivement, qu’il était « un critique heureux », c’est-à-dire d’apercevoir ce qui éloigne notre époque de la sienne. Son bonheur reposait sur l’unité d’un monde esthétique à laquelle répondait l’unité d’un monde humain : des films qui dialoguent avec la pratique qui les a rendus possibles ; une vie qui s’épouse et s’accroît par le truchement provisoire de l’art ; des jeunes gens qui écrivent sur le cinéma et deviendront bientôt de grands cinéastes. Cette harmonie n’est certes plus la nôtre : dès le début des années 1980, Serge Daney a commencé à déplorer un cinéma séparé de lui-même par la télévision, mais aussi par sa propre mythologie, tout le bruit fait dans ses parages. Il incarnera même jusqu’au tragique l’idée que critique et cinéma sont liés par un destin commun, reconnaissant en dernière instance dans son itinéraire biographique d’enfant sans père (comme Truffaut) condamné à mourir jeune (comme Truffaut) celui du cinéma moderne né à la Libération et peut-être mort cinquante ans plus tard.
      .
      Les Films de ma vie sont cependant un livre trop brûlant pour inciter à la nostalgie. Il faut lire ces merveilleux articles, une première fois pour s’éblouir de cette vie, celle d’un temps où l’écriture sur les films était ensemble savante et simple, de plain-pied avec ses objets ; et une seconde pour y reconnaître autre chose qu’une origine ou un paradis perdu : un certain moment dans l’Histoire, une étape désormais close que la critique doit aujourd’hui envisager comme telle, si d’aventure elle veut un jour à son tour pouvoir se dire heureuse.
      .
      Notes

      [1]
      Tous les films évoqués dans cette préface sont l’objet de textes de Truffaut dans les pages qui suivent.
      [2]
      Sur la base de notes, Jean Narboni et Serge Toubiana publieront un second volume peu après la mort de Truffaut, Le Plaisir des yeux (Éditions des Cahiers du cinéma, 2000).

    • #27443 Répondre
      lassou
      Invité

      Bonjour,
      Ça fait peut être doublon avec la question d’Ourson, je pose la question au cas où ça amène a d’autres réponses sinon tant pis je note déjà les deux noms déjà cités, mais j’aimerais savoir quels critiques actuels de papier vous trouvez particulièrement bon.

      Quelqu’un a partagé les critiques de François pour Transfuge sur un autre sujet et elles sont quand même particulièrement géniales, les découvrir donne envie de lire d’autres critiques, Critikat c’est vrai que c’est souvent très bon mais je lis pratiquement rien d’autres, si il y a d’autres types du niveau de François Begaudeau je veux bien les connaître.

      En plus vieux j’ai lu seulement les yeux de la momie, si vous avez des reco je veux bien aussi mais la il y a déjà du plus évident dans quoi piocher (Daney pour commencer).

      • #27445 Répondre
        Charles
        Invité

        Jérôme Momcilovic aux Cahiers
        Sandra Onana et Luc Chessel à Libé
        Murielle Joudet au Monde

        • #27447 Répondre
          françois bégaudeau
          Invité

          Je suis les mêmes.
          Nevers, à Libé, est parfois très inspiré.
          Je re-recommanderai aussi les textes de Burdeau.
          Aussi ceux d’Aubron, même si son top 10 m’indique qu’il garde un gout pour le n’importe quoi

        • #27449 Répondre
          Tony
          Invité

          On peut ajouter aussi Mathieu Mascheret au Monde,les cahiers aujourd’hui c’est très inégal,on a du mal à cerner leurs critères esthétiques et on se demande comment il est possible pour une telle revue d’être aussi peu cohérente(encenser Dupieux c’est vraiment n’importe quoi…)
          Sinon j’ai lu récemment cet entretien avec Moncilovic,très intéressant
          https://www.syndicatdelacritique.com/actualite/deux-facons-dexplorer-la-meme-chose

          • #27450 Répondre
            deleatur
            Invité

            Merci, Tony. Excellent texte.
            Beaucoup de choses très justes sont dites.

          • #27455 Répondre
            lassou
            Invité

            Ok, merci bien à tous, je note tout ça.

          • #27540 Répondre
            Charles
            Invité

            Merci beaucoup de ce très bel entretien.

            • #27600 Répondre
              françois bégaudeau
              Invité

              Il serait intéressant de se demander ce que le rédacteur entend par « snob », ce mot qui veut tout et rien dire
              Snobs les hiérarchies de préférence de Sortie de secours? Snob leur « entre-soi » (qui pour ce qui me concerne ne me gene pas. Snob leur ton?

              • #27602 Répondre
                françois bégaudeau
                Invité

                Pour le reste l’entretien est d’une grande clarté et d’une grande tenue, à tous les sens du terme. Aucun effet de manche, aucune déploration facile – comme certain critique que je ne nommerai pas s’en est fait le spécialiste. JM fait aussi bien qu’il peut avec ce qu’il y a.

              • #27613 Répondre
                Charles
                Invité

                Snob en ce que les critiques de Sortie de secours ne se posent pas la question de la façon dont leurs auditeurs réagissent à leurs analyses. Ce qui rejoint le reproche d’entre-soi.
                François, je te recommande la dernière émission de Sortie de secours où Momcilovic parle de Dupieux et de Quenard, ça devrait te réjouir.

                • #27614 Répondre
                  deleatur
                  Invité

                  C’est aussi la modestie du propos qui fait plaisir à lire : c’est juste à chaque ligne.
                  Dès qu’on pratique une critique qui se veut sélective, qui juge des qualités de quelque chose, qui cherche à produire une pensée exigeante et un peu construite, dès qu’on ne veut pas associer le lecteur ou l’auditeur à ce qu’on dit et qu’on accepte la possibilité de le perdre, on prend le risque d’être snob, de vouloir discriminer, d’être pédant, prétentieux, arrogant, tête de con. Moncilovc le dit clairement : cette attaque est encore paternaliste dans sa volonté affichée de protéger le lecteur ou l’auditeur, de lui donner ce dont il a besoin, en prétendant connaître mieux que lui ses besoins. Derrière son propos, on croit reconnaître une attaque en règle du « pédagogisme ». Bergala l’avait dit dans L’hypothèse cinéma : confronter tout de suite les gosses aux grandes films et tant pis s’ils ne comprennent pas tout. Ce sont de grandes personnes comme tout le monde.

                  • #27617 Répondre
                    françois bégaudeau
                    Invité

                    Oui le paternaliste voudrait que le snob se rende accessible aux petits enfants à éduquer.
                    Je crois aussi qu’en l’espèce le paternaliste se venge, par « snob », du fait qu’il ne comprend pas grand chose aux propos des supposés snobs (ou du fait qu’ils ne pensent pas comme lui, assassinent un film qu’il aime, etc)

                    • #27618 Répondre
                      deleatur
                      Invité

                      Et on se retrouve avec des andouilles sur les bras : pairs, collègues de travail, supérieurs hiérarchiques et parfois leurs rejetons.

    • #27448 Répondre
      françois bégaudeau
      Invité

      je n’avais pas vu le texte d’EB posté par Déléatur, que je m’en vais lire

    • #27551 Répondre
      Charles
      Invité

      Assez déçu par Maestro de Bradley Cooper, pourtant très défendu par la critique française (Les Inrocks, Libé, Le Monde, Critikat etc.). J’ai du mal à comprendre le titre du film qui laisse croire deux choses qui se révèlent fausses : l’une est qu’il s’agirait d’un biopic, l’autre qu’il porterait sur la carrière ou le génie de Bernstein. Or Cooper a fait le choix de mettre en avant la relation de Bernstein avec sa femme et de ne traiter que de façon superficielle sa vie d’artiste. Très peu de bornes chronologiques, le passage du noir et blanc à la couleur et le maquillage servant d’indications du temps qui passe. Les évolutions de la carrière de Bernstein sont aussi évoquées en quelques lignes de dialogue, plutôt qu’elles ne sont montrées. De façon assez symptomatique des choix de Cooper, quand une espèce de climax de sa carrière de chef d’orchestre arrive – le concert dans une église – il ne sera traité que du point de vue du couple, comme point de résolution d’un conflit entre eux.
      On troque ainsi le biopic pour le mélo, genre qui m’a toujours laissé froid, avec disputes, réconciliations, annonce de la maladie et mort de l’être aimé. Cooper retient beaucoup sa mise en scène pour un mélo, ce qui est à la fois la limite et la force du film. De manière générale, Cooper tente des trucs, refuse l’académisme mais échoue le plus souvent à produire des scènes originales – on ne voit que des tentatives maladroites de se distinguer du tout-venant , comme si Cooper cherchait moins le plan juste que celui qui sera le plus étonnant. Je mets ça sur le compte d’un complexe d’acteur devenu cinéaste qui veut à tout prix montrer qu’il n’est pas moins l’un que l’autre. On a ainsi des scènes qui refusent le gros plan ou même le plan moyen et préfèrent le plan-séquence pour filmer des disputes, beaucoup de scènes en travelling avant pour simplement montrer une personne parler, un plan aberrant où on montre le couple discuter au bord d’une piscine mais filmée de façon éloignée et cachée par des vignes. Bon. On a aussi des mouvements de caméra en balancier pas très heureux au début pour mimer une excitation du personnage sur le point de diriger un orchestre pour la première fois au Carnegie Hall. Tous ces plans me paraissent très visibles, rarement justes et évidents (les deux scènes de dispute sont tout de même pas mal), j’y vois la main lourde d’un cinéaste qui veut faire le malin. Quant à l’acteur Cooper…c’est le festival de prothèses, d’accent, de mimiques. On est vraiment au cirque. Je ne vois que Cooper en train de jouer, jamais Bernstein, jamais un personnage. Face à lui, Mulligan est plus sobre, moins encombrée des accessoires de la performance car personne ne se souvient d’à quoi ressemblait son personnage. Mais le couple ne fonctionne pas très bien. Car même si on est sur le terrain du mélo, finalement Cooper ne sait pas trop comment l’aborder. Bernstein est bisexuel mais ce n’est pas un argument dramaturgique. Il la trompe mais ça ne fait pas non plus scénario. Elle se met en retrait de sa carrière de comédienne mais là non plus ça ne donne pas grand-chose. On sent que Cooper a voulu éviter les facilités scénaristiques mais bien souvent il donne l’impression de rester au milieu du gué, de faire du mélo à moitié.
      Je retiens quelques scènes pas mal, notamment une où Cooper ment sur ordre de sa femme à sa fille sur les rumeurs autour de son homosexualité. On voit alors dans son regard, derrière le maquillage, quand il se tait un instant, l’envie de dire la vérité à sa fille et son impossibilité, ce qui lui coûte. Seul vrai moment d’émotion de ce curieux film.

    • #27559 Répondre
      françois bégaudeau
      Invité

      La place visiblement accordée à la compagne me rappelle un autre film récent. Et tant d’autres films, qui ainsi se déportent allègrement de ce qui serait le lieu fort de leur sujet.

    • #27632 Répondre
      GaelleS
      Invité

      Portrait d’Emilie Deleuze dans Libération où on a le plaisir de retrouver un peu son père

      Emilie Deleuze, elle n’en démord pas
      Gouailleuse et pétaradante, la réalisatrice, fille du philosophe Gilles Deleuze, a accompagné des proches dans la maladie et revendique avec force le droit à mourir dans la dignité.

      par Virginie Bloch-Lainé
      publié le 27 décembre 2023 à 15h35
      Avant de la découvrir tout de jaune vêtue, comme une déclaration d’intention, en l’occurrence une déclaration de gaieté, on entend sa voix de fumeuse, guillerette, qui sort d’une pièce de la suite de l’hôtel parisien où est organisée la promotion de son film. Comme sa tenue, la voix d’Emilie Deleuze cherche à contrarier quelque chose, la solitude et le vide du silence, peut-être. Le quatrième long métrage de la réalisatrice raconte l’acquisition, par un couple de citadins, d’une ferme dans le Limousin. L’homme, joué par Lambert Wilson, a une crise, d’angoisse ou de la cinquantaine, et se lance dans la recherche obsessionnelle d’un tracteur pour entretenir ses cinq hectares. Comme l’engin ne se trouve pas sous le sabot d’un cheval, il parcourt la région, en déniche un, enfin, et le rapporte sur son terrain, en surmontant des obstacles en chemin. Le modèle cinématographique revendiqué par Emilie Deleuze est le film de David Lynch, Une histoire vraie (1999).
      Comme ses personnages dans le film, Emilie Deleuze fume cigarette sur cigarette dans le patio de l’hôtel. Elle a un ton gouailleur, les yeux pétillants, et elle tutoie d’emblée. Son film, charmant, singulier, loufoque mais pas trop, a partagé le public lorsqu’elle l’a présenté en avant-première dans la France entière : «L’intrigue est ténue, et ça, ça peut déplaire. Je m’inspire du cinéma américain des années 70 dans lequel des metteurs en scène de tous bords imaginaient des intrigues très simples.» Elle cite Bullitt et les Blues Brothers.
      Ancienne élève de la Fémis, la réalisatrice est la fille de Gilles Deleuze, qui s’est suicidé à 70 ans pour mettre fin à une insuffisance respiratoire. Cinéphile, théoricien du mouvement et de l’image, le philosophe a transmis à sa fille une solide culture : «Il m’a habituée à trouver des réponses précises à mes problèmes dans la philosophie. Quand je bloquais, il disait : “Regarde Considérations inactuelles de Nietzsche.”» Coauteur avec Félix Guattari de l’Anti-Œdipe, Gilles Deleuze ne conseillait évidemment pas à sa fille de jeter un œil à Deuil et Mélancolie, de Freud. Plutôt mourir.
      Le père de la psychanalyse écrit ce texte en quelques semaines, en 1915, tandis que ses deux fils sont au front. Il y réfléchit à l’articulation entre deuil, angoisse, narcissisme, mélancolie, intentions suicidaires et impulsions meurtrières. La réalisatrice Patricia Mazuy, amie de la fille de Deleuze, dit : «Emilie analyse les situations et les êtres avec des mots justes et précis. Elle arrive à dire les choses sans blesser.» On décrirait plutôt Emilie Deleuze comme étant sans filtre. Patricia Mazuy ajoute : «Elle est pleine de vie et d’une énergie colorée.»
      Les vêtements comptent pour celle dont la mère fut une collaboratrice de la première heure de la styliste Agnès b. : «Ma mère venait d’une grande famille bourgeoise nantaise. Elle n’avait qu’une envie, se tirer. Très jeune, elle est allée travailler chez Balmain, parce qu’il était copain avec ses parents. Elle n’a pas passé son bac, elle est devenue son assistante. Elle aimait la littérature mais elle n’a jamais quitté la mode. Elle a rencontré Agnès b. elles ont travaillé ensemble. Ma mère s’occupait des commandes de tissus, de la réalisation des patrons.» Fanny Deleuze est très gracieuse sur les photos que l’on voit d’elle sur Internet : «Ma mère était anorexique mais elle adorait nourrir les autres. Et puis, c’était un ange. Elle était d’une douceur…» Les parents de Deleuze étaient bourgeois, et de droite. Son frère aîné, résistant, est mort lors de son transfert à Buchenwald.
      Et Gilles Deleuze ? «Il faisait toujours le clown, il ne se plaignait jamais. Quand je suis née, mes parents n’avaient pas un flèche, et mon père assez vite est tombé malade. La convalescence longue et le manque d’argent les ont poussés à s’installer dans la maison familiale maternelle, dans le Limousin.» Aujourd’hui, Emilie Deleuze y vit la moitié du temps, l’autre moitié elle habite à Paris, dans le XXe arrondissement. Ensuite Deleuze a été muté à Paris, et Emilie et son frère furent scolarisés dans le public : «Il s’est fait virer parce qu’il était très politisé. Il avait repeint en blanc la petite cabine du concierge, à l’entrée. Il l’avait badigeonnée pour la rendre aveugle.» Qu’ont dit les parents ? «Bravo mon fils !»
      Elle était aussi politisée, contre «les fachos, qui reviennent aujourd’hui. A l’époque, c’était le GUD». Après son bac, elle est partie un an à Rome. «Je donnais des cours de français pour gagner un peu de thunes, je marchais dans la ville, je me suis fait plein de copains et j’ai eu la chance de croiser de grands metteurs en scène.» En rentrant, elle a travaillé comme assistante de réalisation, puis elle est entrée à la Fémis : «J’ai réussi le concours au bout de trois tentatives. Ma bande était celle de Solveig Anspach. J’étais fascinée par le groupe qui s’était constitué autour de Noémie Lvovsky et de Sophie Fillières.» En sortant de la Fémis, Deleuze réalise l’Incruste, pour Arte, très remarqué.
      Quelques années après, son père se défenestre : «Ce fut très, très dur. Je me suis construite en me croyant intellectuellement d’une puissance absolue, puisque j’avais sa pensée. Quand il est mort, je me suis dit que je ne pourrais plus penser.» La réalisatrice a cette formule qui nous fige, et qui attendrit : «Après, le suicide, c’était pas mal.» Elle était soulagée que «la maladie ne l’ait pas eu.» Il disait : «Tant que je pourrais faire ma toilette seul, je tiendrai.» Elle ajoute : «Il faut que les gens fassent l’expérience d’une fin de vie atroce pour changer leur façon de penser. Ils n’oseront plus dire ce que j’entends sur le contrôle de la fin de vie.»
      Emilie Deleuze, qui a traversé beaucoup de deuils d’amies ou de parents, a entouré beaucoup de malades : son frère, sa mère, et le père de ses enfants, coauteur de ses scénarios. Ils ont eu une fille, chercheuse en sciences sociales, spécialiste du conflit tamoul au Sri Lanka, et un fils. Il est staffeur, il réalise des reproductions en plâtre ou en résine : «Il a fait les Compagnons du devoir.» Malade d’un cancer, leur père a été maintenu en vie parce qu’il était hospitalisé dans un établissement privé et catholique : «Les infirmiers qui n’appartiennent pas aux soins palliatifs n’ont pas le droit de distribuer des produits qui apaisent. J’avais envie de tuer ceux qui osent refuser l’accompagnement. J’ai du mal à accepter que ça ne s’arrange pas. C’est comme la Palestine ! Il y a eu le 7 octobre mais à Gaza ça fait trois mois que ça dure. Et le monde laisse faire ! Il faut que Nétanyahou dégage au plus vite.»
      En 2022, Emilie Deleuze a voté «Mélenchon et Mélenchon.» Elle voterait de nouveau pour lui, «à mort. Absolument ! Ils me font rire, ceux qui lui reprochent un autoritarisme absolu. C’est quand même un mec qui brigue la présidence, donc qu’il soit autoritaire, ça oui. N’empêche qu’il me semble être le seul qui propose des choses salvatrices pour un retour au calme». S’inspirant de Hugo Chávez, Jean-Luc Mélenchon continue pourtant à vouloir «conflictualiser, tout conflictualiser».
      7 mai 1964 Naissance à Nogent-sur-Marne (Val-de-Marne).
      1987-1991 Fémis.
      1995 Suicide de Gilles Deleuze.
      27 décembre 2023 5 hectares.

      • #27640 Répondre
        deleatur
        Invité

        Merci, GaelleS, c’est un très beau portrait.
        On parlait dans un autre fil de discussion du génie. Le problème que rencontrent les enfants de génie (ou de ceux qui ont excellé dans un domaine), c’est de se réaliser dans un autre domaine, pas trop proche de celui de leur parent, où ils n’ont que peu de chances (le génie étant la chose du monde la moins partagée) de réussir et de rivaliser.
        C’est raté pour Émilie Deleuze qui a choisi le cinéma.
        Déjà très présent dans L’incruste, l’hommage à papa (et à la filiation en général) sera l’unique thème de sa vie.

        • #27684 Répondre
          françois bégaudeau
          Invité

          « S’inspirant de Hugo Chávez, Jean-Luc Mélenchon continue pourtant à vouloir «conflictualiser, tout conflictualiser». »
          Qu’est ce que c’est que cette dernière phrase? Qui dit ça?

          • #27695 Répondre
            GaelleS
            Invité

            Me suis dit la journaliste de Libé (cqfd)

            • #27722 Répondre
              françois bégaudeau
              Invité

              Mais c’est fou de faire ça.
              Ils n’ont plus de limite.

              • #27749 Répondre
                GaelleS
                Invité

                J’imagine Émilie Deleuze employer le mot conflictualiser et tordu par les incorporations de la journaliste

                • #27750 Répondre
                  Monami
                  Invité

                  c’est sans doute une forme de Tourette. Ca leur arrive parfois aussi en plein rubrique cuisine, comme ça, de taper sur la gauche

                  • #27756 Répondre
                    françois bégaudeau
                    Invité

                    Ca va très au-delà de la déformation que tu dis, Gaelle.
                    Ici la journaliste s’arroge le dernier mot, pour une sorte de rembarement à distance à la citation de Emilie avec laquelle on conclut.
                    Ca en dit encore long sur le niveau de névralgie de la répulsion anti-mélenchon parmi la bourgeoisie. Au nom de cette cause tout est permis.

    • #27633 Répondre
      Parfaitement a l’eau
      Invité

      Quelqu’un a t’il retranscrit l’intervention de François sur Certain Women ?
      J’ai vu qu’il y avait eu ça pour un ciné club précédant.

      • #27666 Répondre
        Parfaitement à l’eau
        Invité

        Encore un grand film de Reichardt celui ci. 3 histoires de femmes qui vivent dans la même région, froide, à l’horizon montagneux. Un horizon figée, a-t-elle point que j’ai cru à du mad painting. 3 femmes vivent leurs vies, très différentes, 2 se croisent par hasard, sans que cela ne change rien à l’histoire (un joli pied de nez aux récits puzzles). Ce qui caractérise chacune de ces histoires est la petite difficulté, le tracas du travail, l’attirance non mutuelle, l’envie de grès ancien pour plus d’authenticité. Il y a un manque de quelque chose, pas grand-chose, ça gène mais c’est pas si grave. Il n’est pas question de grande aventure. Parfois on y arrive (les pierres de grès), parfois on échoue (l’attirance non mutuelle pour cette autre femme) et on retourne à sa besogne. Le point d’orgue du film se situe pour moi vers la fin, à la prison quand l’avocate vient rendre visite à son client, qui conclut leur échange par « It doesn’t have to be a book. »

        • #27710 Répondre
          Hervé Urbani
          Invité

          Je ne suis arrivé qu’à l’after, ce qui m’a permis d’entendre la dernière question et d’apprendre un mot genre « épanadiplose » que j’ai oublié juste après. Et au vu des retours, notamment de quelques personnes très fiables, j’ai grande envie de le voir mais pas trouvé sur une plateforme. J’ai patienté en regardant le beau Wendy et Lucy, où j’ai vu en Reichardt une sorte de sœur Dardenne beaucoup plus posée que ses deux frères toutefois. Ça n’était pas aussi réussi que First cow mais je conseille fortement malgré tout

          • #27716 Répondre
            Parfaitement à l’eau
            Invité

            Ah oui, ça va être dur de reconstruire la discussion à partir de ce mot.
            Wendy et Lucy est le dernier Reichardt qu’il me reste.

    • #27706 Répondre
      Charles
      Invité

      Après une riche année 2023, voici quelques films qu’on devrait voir en 2024 et qui laissent espérer un cru non moins bon :

      – Memory de Michel Franco
      – Hit man de Linklater
      – A son image de Peretti
      – Way of the wind de Malick (qui raconte la vie de Jésus, il a été tourné en 2019 et toujours en montage depuis mais on annonce une finalisation cette année)
      – Poor things de Lanthimos (et peut-être un autre plus tard dans l’année)
      – Walk up de HSS (et sans doute un autre dans l’année)
      – Evil does not exist de Hamaguchi
      – Mégalopolis de Coppola (je n’y crois pas du tout en réalité mais sait-on jamais)
      – Maria de Larrain (biopic de la Callas)
      – Mickey 17 de Bong Joon-oh
      + Les films des cinéastes qu’on ne connait pas encore

      • #27707 Répondre
        Charles
        Invité

        PS : PTA tourne son prochain film en janvier mais je ne crois pas beaucoup à une sortie en 2024.

      • #27709 Répondre
        Ostros
        Invité

        Ohlala 2024 s’annonce très très bien merci Charles !

      • #27712 Répondre
        lison
        Invité

        J’ajoute Jeunesse de Wang Bing !

      • #27743 Répondre
        Toni Erdmann
        Invité

        Rajoutons à cela :
        Portraits trompeurs de Patricia Mazuy
        Miséricorde d’Alain Guiraudie (en lisant son synopsis j’ai malheureusement l’impression qu’il continue dans sa veine du vaudeville …)
        Anora de Sean Baker

        • #27744 Répondre
          Parfaitement à l’eau
          Invité

          Cool, un nouveau Sean Baker.
          Il y a aussi l’Empire de Bruno Dumont (vision caustique, cruelle et déjantée de « La Guerre des étoiles »…)
          Et dans une moindre mesure The Bikeriders de Jeff Nichols, je garde de l’affection pour ses premiers films (ses 2 derniers m’ont beaucoup moins convaincu). D’après les images, Tom Hardy progresse encore dans sa transformation en Mickey Rourke.

          • #27745 Répondre
            françois bégaudeau
            Invité

            Je me demandais justement ce que Nichols devenait
            Il ne nous a pas manqué.

            • #27748 Répondre
              Parfaitement à l’eau
              Invité

              Ça à l’air de rouler, toujours pote avec Michael Shannon.

            • #27786 Répondre
              Leo Landru
              Invité

              Loving m’avait beaucoup plu, beaucoup ému. Peut-être me suis-je laissé aller au sentimentalisme mais j’en doute, c’était assez calme comme film, pas souvenir de grandes envolées mélodramatiques. Je me souviens surtout des deux comédiens centraux qui faisaient sacrément bien le boulot.

              • #27793 Répondre
                françois bégaudeau
                Invité

                Nichols et Hertz se livrent une compétition acharnée pour le record du nombre d’étreintes tendres dans un même film.

    • #27714 Répondre
      Parfaitement à l’eau
      Invité

      Zone of Interest de Glazer en Janvier. Une tuerie (humour noir). Hâte d’avoir les retours et pourquoi pas une Gène dessus.

      • #27721 Répondre
        françois bégaudeau
        Invité

        Oui a priori on fera une Gene dessus, début février.
        Revu Under the skin et vu Birth en attendant.

        • #27724 Répondre
          Charles
          Invité

          Birth c’est fort non?

          • #27726 Répondre
            françois bégaudeau
            Invité

            On est toujours un peu à la limite du lourdaud, mais oui c’est fort.

            • #27734 Répondre
              Ostros
              Invité

              Under the skin, la scène de la noyade m’avait beaucoup marquée et me reste des années après. C’est un des rares moments où mon cerveau a pris les images que je voyais comme étant vraies, donc petit malaise. Le film est atypique. Je me souviens du silence dense aussi. Ou en tout cas d’un son feutré, une sensation de déconnexion, de lointain permanent. Ça date maintenant et j’étais très jeune. Je vais essayer de le revoir avant la GO.

              • #27739 Répondre
                françois bégaudeau
                Invité

                Je pense que sur le fond le film est assez con. Mais rien à dire ce mec a du cinéma entre les doigts.

                • #27774 Répondre
                  Charles
                  Invité

                  En revanche son premier, Sexy Beast, est à peu près irregardable.

                  • #32265 Répondre
                    Talel
                    Invité

                    Je savais pas que c’était de lui Sexy Beat.
                    J’adore ce film, les accents de fou au soleil!
                    Ray Winstone… « Brillant mate »
                    Réessaye…

                • #27804 Répondre
                  Seldoon
                  Invité

                  Je dirais toujours cela pour Under The Skin : jamais je n’ai eu autant l’impression de regarder un documentaire animalier sur les humains, ces drôles de bestioles avec leurs drôles de corps et coutumes.

                  • #27951 Répondre
                    françois bégaudeau
                    Invité

                    c’est répulsion ou éloge?

                    • #28298 Répondre
                      Seldoon
                      Invité

                      Eloge. Il m’a fait observer les humains comme si j’étais un extraterrestre.

                      • #28302 Répondre
                        Seldoon
                        Invité

                        Éloge pour le film, pour les humains c’était surtout l’étrangeté qui se dégageait. Je vais le revoir.
                        Au passage, je ne sais plus si ça a été signalé ici mais il y a une projection de Zone of interest le 17 a l’arlequin en présence du réalisateur.

    • #27905 Répondre
      Tony
      Invité

      Super entretien avec l’ami Frédéric Mercier,ben on attend avec impatience le prochain Linklater!

      • #27950 Répondre
        françois bégaudeau
        Invité

        et le prochain Lanthimos

        • #28344 Répondre
          o
          Invité

          N’en attendez pas trop du Lanthimos hein.

          • #28345 Répondre
            françois bégaudeau
            Invité

            Mais comme on n’attend pas trop non plus de la fin du monde, on ira.

      • #27980 Répondre
        I.G.Y
        Invité

        Je suis assez ahuri des données quantitatives qu’il évoque, je n’aurais pas pensé autant. 300 à 350 films en trois mois, je n’arrive même pas à me figurer comment ingérer mais surtout « digérer » et penser tout ça. Certes, c’est un métier, mais quand même!

        • #28295 Répondre
          françois bégaudeau
          Invité

          A noter que cette tache n’est pas rémunérée

          • #28299 Répondre
            I.G.Y
            Invité

            Je vois ce que tu veux dire. On pourrait tout de même soutenir que ça se rémunère « indirectement » (et globalement assez peu, sauf peut être pour quelques uns, mais tu dois en savoir plus que moi).

            Ça me fait un peu penser au système de « revue par les paires » pour les articles dans la recherche scientifique : système qui repose intégralement sur la participation non payée des chercheurs (alors même que les grandes revues internationales sont privées). On considère que ça fait « partie du métier ». Habile, n’est-ce pas… On tient là un joli boniment

            • #28388 Répondre
              françois bégaudeau
              Invité

              Oui rémunération indirecte, ça va sans dire. Ca t’installe dans l’écosystème. M’enfin c’est assez symptomatique de ce à quoi ressemble la vie du critique : beaucoup de boulot, pas beaucoup de thunes.

      • #28338 Répondre
        Cyril
        Invité

        C’est marrant Mercier a la même tonalité de voix et la même diction qu’Alain Soral.

    • #27937 Répondre
      Graindorge
      Invité

      Quelqu’un ici aurait vu Tár et pourrait en dire quelque chose car je l’ai vu

      • #28349 Répondre
        o
        Invité

        ça a parlé de Tar de façon décousue ici ou là. François en a dit quelques mots.
        Je me souviens très bien de la conférence du début, de la masterclasse bien sûr, de la séquence d’audition (les chaussures sous la porte). J’ai moins aimé les scènes de l’intimité, la maison brutaliste, l’histoire avec le gamin ou la gamine, le retour dans la maison de famille… Et malheureusement j’ai trouvé la fin très bête et méchante. Finir par ce plan de jeunes en cosplays venues écouter des musiques de jeux vidéos, ça fait vraiment vieux con.

        • #28377 Répondre
          Malice
          Invité

          Cette dernière scène de cosplay m’a complètement intriguée, j’ai mis du temps à comprendre ce que je voyais. Je ne pense pas que ce soit une scène de vieux con mais une façon intéressante de montrer que Tar a changé de monde. Il y a de la cruauté bien sûr car on se doute qu’elle subit ce nouvel emploi mais ce public déguisé de manière si extraordinaire donne une étrangeté au plan qui permet de dépasser le simple constat que la chef d’orchestre est mise au placard.

          • #28383 Répondre
            o
            Invité

            Pour ma part je pense que c’est un jugement de valeur : elle était au sommet de son art et elle se retrouve dans ce qui symbolise pour le scénariste la pire médiocrité de la musique d’orchestre. Et la mise en scène avec sa montée en suspens et l’effet surprise joue sur ce tableau : qu’est-ce qui pourrait lui arriver de pire ? C’est cruel, et comme c’est bâclé, je trouve ça con.

            • #28384 Répondre
              Seldoon
              Invité

              Je ne suis pas sûr du tout du jugement de valeur du cinéaste, qui dans le plan ne so moque pas de ces déguisements mais du double décalage : ancien milieu de Tar vs son nouveau milieu, ancien monde vs nouveau monde.

              • #28389 Répondre
                françois bégaudeau
                Invité

                On a dit mille fois de ne pas juger un film sur sa fin
                ni d’ailleurs sur sa morale, qu’elle soit réac ou non

                • #28394 Répondre
                  Graindorge
                  Invité

                  Y a t-il une une gêne occasionnée sur Tàr? J’aimerais bien

    • #28280 Répondre
      Bernard
      Invité

      Quelqu’un a vu Les colons par ici ?
      Il me semble qu’on a là un film très fort avec des scènes mémorables (en particulier le plan final) – notamment dans sa deuxième partie – réussissant à documenter très simplement un phénomène aussi fou que celui de la création d’une nation avec ce que cela charrie de violence inouïe et d’arbitraire.

      • #28287 Répondre
        Ostros
        Invité

        Oui, Charles nous l’a recommandé.

      • #28355 Répondre
        o
        Invité

        Bizarrement je n’ai pas l’impression que le film nous apprenne quelque chose. J’ai lu qu’il valait pour ses paysages et sa reconstitution fidèle de l’époque mais sur ce plan-là je me souviens plus de First Cow que de celui-ci par exemple. Les personnages sont caricaturaux, on a l’impression que ces gens n’existent pas. Le massacre est bizarrement masqué dans un brouillard et finit dans un traitement presque expérimental que je trouve gênant quant il s’agit de raconter la mort des autochtones. Et la suite de la barbarie, le buffet empoisonné notamment, est seulement évoqué (et j’ai trouvé mal évoqué) dans la deuxième partie. Pour moi le film n’est pas à la hauteur de son ambition.

    • #28352 Répondre
      Mathieu
      Invité

      Salut François,
      Je me demandais s’il y avait finalement une nouvelle date pour le Microciné autour de Toledano-Nakache!

      • #28356 Répondre
        Le trou noir Extatique
        Invité

        Vu sur la chaîne YouTube de MicroCine.
        Il me semble que c’est le 11 ou 12 janv.

        • #28362 Répondre
          françois bégaudeau
          Invité

          11 janvier oui

    • #28370 Répondre
      Abacaxi
      Invité

      Des avis sur Dream scenario ?

      Pas la première fois que le Cage sert de mise en abîme dans un film (l’horriblement poule mouillée The Unbearable Weight of Massive Talent ; le troublant Adaptation) mais, originalité, il n’a pas l’air de sortir de 20 minutes de ski dans les toilettes avant chaque scène cette fois-ci. Je l’ai rarement vu aussi bon, en-dehors du pouvoir de fascination de meme cocaïnomane qu’il peut exercer. Si on accepte les conventions du film concept, il y a quelque chose d’assez fort qui est dit sur notre société aussi. Et ça termine sur Talking heads.
      Scénario tout-puissant, acteur étendard, couleuvres avalées avec la réalité, critique sociétale sur musique cool… j’imagine qu’on coche pas mal de cases interdites dans le lexique du site, mais il est pas inintéressant d’y jeter un coup d’oeil. Mon corps a joui.

      J’en profite, puisque j’évoquais Adaptation, pour demander à François ce qu’il pense de Charlie Kauffman. Est-ce un scénariste dont la puissance des abstractions, le surplomb meta et le profond pessimisme le sauvent de l’ordre narratif, ou bien, ces mêmes qualités en font-ils un repoussoir absolu ? J’ai ma petite idée.

      • #28416 Répondre
        françois bégaudeau
        Invité

        Il y a des choses que j’ai beaucoup aimées de lui. Au moins en effet il est singulier
        Mais je crois que sa dépression chic a fini par me lasser – c’était très patent dans son film Netflix.

    • #28427 Répondre
      Jacques Sceptes
      Invité

      Quelqu’un a vu le dernier film de Jordan Peele, Nope, sortie en 2022 ?
      Un peu dommage que les scènes les plus efficaces d’un point de vue horrifique soit plutôt secondaires dans le film (la vision/flash-back avec le singe et les premiers aliens, qui ne sont que des enfants déguisés).

      • #28433 Répondre
        Ema
        Invité

        Je l’ai vu. Ainsi que les autres J. P. je l’ai trouvé fumeux, comprend pas bien cette histoire d’extra terrestre, son intérêt, pour moi le film aurait gagné à se concentrer sur la question du singe de sitcom, il y avait vraiment un super film à faire la dessus, mais il a décidé de releguer ça à l’arrière plan. En fait ce qui m’exaspère chez ce réalisateur, c’est que le type maîtrise manifestement fantastique, au vrai sens de terme. En tout cas il tient souvent de belles idées. Mais il finit toujours par vouloir faire basculer son pitch dans l’horrifique intello hyper demonstratif. Quel merveilleux film aurait été Get Out si toute l’inquietante étrangeté » n’avait tenu qu’à l’obsequiosite suspecte de cette famille wasp de gauche à son égard, de bout en bout ?

    • #28434 Répondre
      Ema
      Invité

      En fait Jordan Peele fera de bons films quand il cessera de vouloir faire de l’allégorie.

      • #28449 Répondre
        Seldoon
        Invité

        Il faisait d’ailleurs d’excellents sketchs.

        • #28463 Répondre
          françois bégaudeau
          Invité

          tu peux en remettre quelques-uns ici?

          • #28468 Répondre
            Seldoon
            Invité

            Le site refuse mes liens ce matin, mais tu peux chercher sur YouTube :
            Key and peele Awkward
            Key and peele Save a kid
            Key and peele Pizza order
            Key and peele A capella
            Key and peele Usual suspects

            • #28469 Répondre
              Seldoon
              Invité

              (On y remarque très vite que Peele y est bien meilleur acteur que son pote)

              • #28476 Répondre
                françois bégaudeau
                Invité

                merci
                déja survolé mais c’était un survol
                2024 année du non-survol
                ça rime

                • #28492 Répondre
                  Titouan R
                  Invité

                  Coup de bol

      • #28519 Répondre
        Leo Landru
        Invité

        Je l’avais vu au cinéma. Dans mon souvenir, le singe et le monstre partageaient la caractéristique d’attaquer hors champ. Et le héros noir de se soustraire autant que possible à la vision. J’en avais déduit sans me fouler que le film évoquait l’invisibilisation des minorités au cinéma et leur exploitation silencieuse – film de genre à thèse et à grand public. Et j’avais passé un bon moment, je n’y avais pas trouvé les faiblesses rythmiques de Get Out ni le comique malvenu de Us – ces deux premiers pèchaient par excès de second degré. Nope est un film merveilleux qui s’assume comme tel, il n’y a pas de coup de coude complice au spectateur, ça renforce son efficacité.
        Après oui, le propos passe en contrebande. Mais c’est plus intéressant comme ça je pense. Quand c’est trop direct, ça peut donner des films vraiment maladroits ou immédiatement ringards (They Live de Carpenter (que j’aime malgré tout), ou les derniers Romero, dont le catastrophique Land of the Dead).

    • #28517 Répondre
      Ema
      Invité

      Oui leur sketch sont super droles…le grand chauve (Key j’imagine) ressemble a Francois Damiens non?

    • #28578 Répondre
      Tony
      Invité

      C’est vraiment un petit bijou’Orlando,ma biographie politique’,quelle joie de découvrir ce film! Jusqu’à présent j’étais très ignorant de ce que ce que pouvait être réellement la transidentité non binaire,en tout cas je n’en pensais pas grand chose et,miracle,ce film me fait penser,sur » la société vue comme un décor collectivement construit où la masculinité et la féminité sont des fictions politiques que nous avons appris à percevoir comme naturelles à force de répétition et de violence’.Et ces individus non genrés sont peut-être la preuve que l’on peut s’émanciper des normes sociales,ce qui rend possible aussi notre propre émancipation.Le film mêle fiction et documentaire,il arrive à être à la fois drôle et poétique,on y découvre aussi des archives étonnantes, tel ce GI,dans les années 50,de retour en Amérique après avoir fait sa transition à l’étranger et accueilli comme une starlette à sa descente d’avion ou alors cette trans venue témoigner dans une émission française des années 70 et prédisant que les transexuelles seront les femmes des années 2000.Un petit vent d’anarchisme souffle aussi sur ce beau film et la scène finale jouée par Despentes est réjouissante.
      https://www.arte.tv/fr/videos/103542-000-A/orlando-ma-biographie-politique/

      • #28583 Répondre
        françois bégaudeau
        Invité

        je ne savais pas qu’il était en ligne
        bonne nouvelle

      • #28716 Répondre
        o
        Invité

        Merci Tony pour la reco, c’était super. J’ai toujours eu un a priori négatif sur Preciado dont je crois avoir lu quelques textes franchement pénibles, trop ampoulés pour moi. Là c’est le miracle : bien que dense avec beaucoup de références, le film m’a paru très clair, avec des télescopages d’idées assez fluides (sans doute le pouvoir des images). L’idée de faire une autobiographie collective, je trouve ça passionnant. J’aime bien comment ielles jouent (leur rôle, le rôle d’Orlando, mais sutout JOUENT : se mettent en scène, s’amusent) avec relativement peu de moyens, une fraise autour du cou, deux lumières… j’aime bien le jeu avec l’objet livre qu’iels se passent, et le moment de l’opération qui est drôle et beau. J’aime bien leurs t-shirts. A la fin ça fait un film très calme et très fort. La dernière scène, c’est le genre de dispositif qui me fait chialer à chaque fois.

        • #28754 Répondre
          Tony
          Invité

          Ce que tu dis est très juste, j’ai aussi été envoûté par le texte de Preciado et cette diction si particulière, c’est très beau, à la fois solide conceptuellement et incarné.Moi aussi ce genre de fin ça marche à tous les coups même si je sais que certains peuvent trouver ça grotesque.

    • #28668 Répondre
      Charles
      Invité

      Caroline Fourest nommée au CNC à l’avance sur recettes pour les premiers films, on aura vraiment tout vu.

      • #28670 Répondre
        Mathieu
        Invité

        J’allais le poster, tu m’as devancé, j’ai vu passé ça sur Twitter
        On se demande bien quelles sont ses qualités pour juger d’une aide à attribuer sur un scénario
        Par hasard, quelqu’un aurait son film sur les femmes soldats là?
        Elle me fait vraiment penser à une BHL au féminin. Aucune compétence ni légitimité mais on la voit partout

        • #28674 Répondre
          Seldoon
          Invité

          Sans le verni romantique, avec un verni plus martial (je parle bien de verni : celui des deux qui se pavane dans les tranchées, c’est le romantique).

    • #28672 Répondre
      Gebege
      Invité

      Test

    • #28675 Répondre
      Gebege
      Invité

      J’ai écrit deux fois un post sur l’affaire Samuel Theis et par deux fois le post s’est trouvé bloqué dans les limbes de l’informatique. Ça devient frustrant. Curieux d’avoir votre avis sur cette curieuse affaire, à défaut de donner le mien.

      • #28678 Répondre
        Tony
        Invité

        C’est intéressant et stupéfiant ce qui se passe,pas un jour sans une révélation et on sent que l’omerta est difficile à briser, tellement d’intérêts sont en jeu,enfin la palme de l’obscénité revient à Benoît Jacquot dont on vient d’exhumer un entretien avec Gérard Miller et où il dit tranquillement que’faire du cinéma c’est une couverture pour des moeurs de ce type là’.

    • #28676 Répondre
      Seldoon
      Invité

      Il y a donc 10 Ozu sur Arte depuis deux mois. N’ayant plus aucun souvenir de ce que j’ai vu, il faut commencer par lequel ?
      https://www.arte.tv/fr/videos/RC-024365/yasujiro-ozu-en-dix-chefs-d-oeuvre/
      En aveugle je partais sur le goût du sake ou voyage à tokyo, qui sont les plus souvents cités.

      • #28679 Répondre
        Mélanie
        Invité

        Je n’ai vu que Printemps tardif mais il m’a beaucoup plu

        • #28686 Répondre
          françois bégaudeau
          Invité

          On peut le prendre par n’importe quel bout, les films se ressemblent, il n’y a de l’un à l’autre que variations.

      • #28687 Répondre
        lison
        Invité

        Moi j’adore Bonjour, avec ces petits qui font la grève , pour obtenir une télé !

      • #28703 Répondre
        I.G.Y
        Invité

        Merci pour l’info! Voyage à Tokyo ce soir, donc

        • #28718 Répondre
          Parfaitement a l’eau
          Invité

          Alors ce voyage à Tokyo ?

          • #28734 Répondre
            I.G.Y
            Invité

            Il ne m’a pas du tout laissé indifférent! Je précise que ça n’est que mon deuxième Ozu, après « Il était un père », vu sur la Cinetek il y a quelques mois. J’ai toutefois mis du temps à entrer dans le film. Il devient de plus en plus émouvant à mesure que les choses « déraillent », que la façade lisse et parfaite s’écaille peu à peu — le film entier sur lit sur le sourire de la belle-fille et de la mère. Les dialogues m’ont un peu consterné au départ, je dois l’avouer, mais ça vaut le coup de poursuivre. Je l’ai nettement préféré à « Il était un père » (et la copie son/image est en meilleur état : pour du cinéma lent voire contemplatif ça n’est pas un détail).

            Je serais curieux de savoir ce qu’on pense ici d’Ozu (peut-être le sujet a-t-il déjà été discuté mais la fonction « recherche » ne marche pas). Je constate qu’il est encensé de toute part, qu’on voit en lui l’un des cinéastes les plus importants de tous les temps (et pour ce film-ci en particulier). Je n’ai pas le recul cinéphilique suffisant mais je me demande tout de même : le côté « vieux sage japonais » ne joue-t-il pas à plein sur cet unanimisme inouï? Le film a une grande force documentaire (très partielle, mais frappante), ça ajoute au choc culturel et peut jouer aussi. Ces fameux plans fixes à même le sol sont très réussis, magnifiquement composés (la scène de deuil en famille à la fin, entre autres). J’ai trouvé les champs contre-champs assez étranges, saccadés, en rupture avec la douceur générale.

            Je suis assez ému par ce cinéma où tout passe en filigrane, qui montre cette manière très japonaise de sauver la face. Ça ne semble décidément pas être qu’un cliché, je l’ai vu à l’œuvre en travaillant avec des japonais. Mais je n’arrive pas à me dire que c’est l’un des plus grands films que j’aie pu voir, ça bloque. Je suis peut être trop peu un vieux sage japonais, trop loin de la mort, trop peu parent.

            • #28737 Répondre
              françois bégaudeau
              Invité

              Oui Ozu bénéficie d’une aura peut-être un peu outrée
              Disons qu’il est peut être le plus grand cinéaste mineur de tous les temps.

              • #28745 Répondre
                Parfaitement à l’eau
                Invité

                Est-ce qu’on pourrait dire de même des autres cinéastes japonais de la même période ultra célébrés que sont kurosawa et naruse ?

                • #28755 Répondre
                  Malice
                  Invité

                  Naruse est majeur en ce qui me concerne

                • #28906 Répondre
                  Malice
                  Invité

                  A propos de Naruse, pour les fans de Mikio j’ai trouvé ce film en streaming
                  « A l’approche de l’automne »
                  La découverte de Tokyo, de la mobylette, du base-ball et d’une fille par un petit garçon dont la mère tente de joindre les deux bouts après le décès de son mari

                  https://ok.ru/video/1611844291182

            • #28747 Répondre
              Mao
              Invité

              Cela fait un moment que je n’ai pas vu un film d’Ozu. Je vais profiter de cette rétro que propose Arte pour m’y remettre et combler mes importantes lacunes en la matière. J’ai toujours préféré pour ma part « Le goût du Saké » dans lequel j’avais vu à l’époque une interprétation (très) libre des carnets du sous sol de Dostoievski. Bien que n’étant pas particulièrement japonophile, j’ai toujours pensé que le cinéma japonais, en particulier autour des années 50-60, comptait parmi ce qui s’était fait de plus grand dans l’histoire du cinéma avec des cinéastes comme Ozu évidemment, Shindo, Kobayashi, mais surtout Kurosawa et Mizoguchi.

              • #28751 Répondre
                Parfaitement a l’eau
                Invité

                L’île nue de Shindo c’est ce que j’ai vu de plus beau (plus que ça même) dans cette décennie japonaise. Mais j’ai pas vu grand chose j’admets

                • #28774 Répondre
                  Mao
                  Invité

                  L’île nue est un film matérialiste sublime, un chef d’oeuvre sublimement matérialiste.

                  • #28827 Répondre
                    Parfaitement à l’eau
                    Invité

                    Absolument bluffé par ce film, j’ai très envie de le revoir encore une fois.
                    Tu as d’autres films de ce style en tête à conseiller ?

                    • #28840 Répondre
                      Mao
                      Invité

                      Question très difficile. Même les autres films de Kaneto Shindo sont différents (pour ce que j’en ai vu). Notamment Onibaba et Kuroneko que je recommande vivement. Je suppose qu’il faudrait aller voir du côté des contemplatifs les plus radicaux que je ne connais pas encore assez bien. Soy Cuba peut être s’en rapproche par certains aspects.

                      • #28841 Répondre
                        Mao
                        Invité

                        Mes plus grosses lacunes sont Hong Song Soo (l’un des cinéastes préférés de François) et Bela Tar (l’un des cinéastes préférés de Rancière) dont je n’ai vu aucun film.

                      • #28852 Répondre
                        Parfaitement à l’eau
                        Invité

                        Kalatozov oui ça peut s’en rapprocher, pas encore vu Soy Cuba, j’ai vu et trouvé incroyablement beau La lettre inachevée.
                        Onibaba vu aussi, très différent de l’Ile nue effectivement.
                        Hong sang soo je te conseille vraiment, plus on en voit plus on aime. N’importe lequel fait l’affaire pour commencer j’imagine, j’ai beaucoup aimé Grass récemment.
                        Bela Tar, pas encore trouvé la motivation de me lancer, il a pas l’air commode son cinéma..
                        Pour l’île nue c’est pas forcément le contemplatif qui m’a vraiment plu, c’est plutôt la simplicité du dispositif (peu de décor, répétition des allers retours en barque et du thème musical) pour arriver à produire un drame aussi déchirant.

                      • #28893 Répondre
                        Leo Landru
                        Invité

                        J’avais vu Soy Cuba sur YouTube peu après en avoir entendu parler sur la chaîne de L’Huma, dans une pastille qui recensait les nombreux emprunteurs, dont PTA, Scorsese et Inarritu. Aussi intéressant le fait que les Cubains ont détesté cette peinture de leur révolution vue par un Russe, trop conceptuelle, lumière froide, vision morale, taiseuse, emphatique et dramatique. N’empêche, un grand film avec des mouvements de caméra étourdissants, hypnotiques.

                      • #28894 Répondre
                        Leo Landru
                        Invité

                        Après, pour le manque de chaleur, je dis sûrement une connerie. Enfin disons que si la caméra bouge beaucoup, l’action semble figée, il y a une distance tangible entre le cinéaste et son sujet que l’on n’a pas dans Quand passent les cigognes.

    • #28681 Répondre
      Anna H
      Invité

      Mon préféré est Voyage à Tokyo, 1953.

    • #28818 Répondre
      SeanMoney
      Invité

      Did anybody watch « Vaincre ou Mourir » ? I’m a little bit tired of those damn liberal woke leftist soy boy movies, this one feels more testosteroned.
      Any reviews ?

      • #28905 Répondre
        Toni Erdmann
        Invité

        Great film ! Just pure cinema made without the PC brigade and their woke non-sense.
        On the same note, I would recommend « Amerika, rapport de classe ». It reminded me of the good old days when we could appreciate true greatness without worrying of offending someone.

    • #28891 Répondre
      Hervé Urbani
      Invité

      Pour Ozu, si Voyage à Tokyo est son œuvre la plus aboutie, j’ai un faible aussi pour Bonjour, comédie qui contient (t’en souviens-tu, Lison ?) un passage qui dénote complètement : une scène où une femme fait de terribles reproches à sa mère (celle-ci se tait, ne bouge pas, filmée de dos et bien sûr à hauteur de tatamis). Malgré l’ambiance générale très légère et insouciante tout le long du film, c’est cette séquence terrifiante qui me vient en premier quand je pense à Bonjour, comme si en plein milieu d’un film de Jacques Tati, on avait tout à coup la roulette russe de Deer Hunter avant de revenir sur Mr Hulot faisant du vélo avec sa sacoche.
      Pour Hong Saan-Soo, je suis assez partagé. Il y a du majeur (Turning Gate, Conte de cinéma) et du mineur (Les Amours d’Oki, Ha Ha Ha). Il y a encore aussi surtout beaucoup de films pas vus.
      Pour Béla Tarr, tout est à voir, du Nid conjugal au Cheval de Turin en passant par les 7h35 de Satantango dont mon corps a mis une semaine à se remettre. La première partie de sa carrière évoque les débuts de Milos Forman mais en beaucoup plus sombre. Puis quand Béla trouve sa forme définitive, si le style évoque Tarkovski, on est en fait dans une radicalité et une épure qui défient toute comparaison (ou alors ne me vient que la trilogie romanesque de Beckett ou l’abstraction en peinture).
      Tarr est en tout cas un cinéaste majeur dont il faut voir les dix films. Rancière est de mon avis.

      • #28892 Répondre
        lison
        Invité

        Hervé, je ne me souviens pas de la scène dont tu parles, moi tu sais je suis plus triviale et ce que je préfère dans « Bonjour » ce sont les pets !
        Et je pense que les films d’Ozu que j’aime le plus ce sont ceux où les enfants ont un rôle important et peuvent tenir tête aux adultes , comme Gosses de Tokyo.

        • #28895 Répondre
          Hervé Urbani
          Invité

          Je m’y perds avec ces titres qui se ressemblent : Le goût du riz au thé vert / Le goût du saké – Femme perdue / Femmes et voyous et tous ceux avec Printemps et les 6 films où il y a Tokyo dans le titre… mais je pense ne pas l’avoir encore vu, celui-là

      • #28897 Répondre
        Hervé Urbani
        Invité

        Pardon Hong, j’ai écorché ton nom : c’est Sangsoo ou Sang-soo

        • #28930 Répondre
          Hervé Urbani
          Invité

          Et pardon Béla, j’ai écorché le titre de ton premier film tourné en cinq jours, c’est le Nid familial, pas conjugal.

      • #28898 Répondre
        Parfaitement à l’eau
        Invité

        Aller c’est bon tu m’a bien vendu Tarr. Par lequel commencer ? Satantango ça semble trop pour une première, mais sinon on peut commencer n’importe où ou vaut mieux commencer par le début ?
        Pour Hong sang soo, je pense que chacun à ses préférences, c’est la force de son cinéma je trouve. Woman on the Beach m’avait ennuyé par exemple alros que c’est un de ses plus célébré.

        • #28903 Répondre
          Hervé Urbani
          Invité

          Pas encore vu Woman on the beach mais même phénomène HSS avec La Femme est l’avenir de l’homme dont j’avais entendu beaucoup de bien et qui ne m’a pas emballé. Je lui préfère le poème d’Aragon et la chanson de Ferrat.
          Pour Tarr, il vaut mieux y aller dans l’ordre pour mieux apprécier comment évolue son travail même si, dans ce cas, tu ne verras son plus grand film qu’en dernier car Le Cheval de Turin est son monument ultime et définitif, à tel point qu’il a déclaré qu’il ne ferait plus de film après celui-ci et a tenu parole.

        • #28904 Répondre
          Anna H
          Invité

          J’ai commencé en ce qui me concerne par Le cheval de Turin, son dernier, le plus radical selon moi mais je n’ai vu que la moitié de ses films et pour l’instant, il reste mon préféré. Chef d’œuvre.

    • #28908 Répondre
      Ostros
      Invité

      La chance les rennais :
      François présentera son premier documentaire N’importe qui (2016) le 03 février à la MJC Bréquigny de Rennes !
      Salle ouverte à 19h
      Projection à 20h
      Échanges avec François après la séance.

      • #28917 Répondre
        françois bégaudeau
        Invité

        L’après midi je serai au festival Champs libres pour deux rencontres. Une sur L’amour, l’autre pour présenter des livres.

      • #28924 Répondre
        Jean-Marie Bigard
        Invité

        C’est possible de le trouver quelque part d’autre ce documentaire pour les non-bretons ?

        • #28940 Répondre
          françois bégaudeau
          Invité

          il existe en dvd

    • #28929 Répondre
      Cyril
      Invité

      La série The Curse a été mentionnée ce soir sur Microciné. Et en effet, c’est du lourd !
      On pourrait dire que c’est une série-exception qui confirme la règle sur les séries. Mais à ce compte-là, n’y a-t-il pas une même proportion de mauvais films par rapport aux bons films ?

      • #28931 Répondre
        Cyril
        Invité

        On sent fort l’influence d’Ostlünd sur cette série. Notamment dans le deuxième épisode au musée d’art contemporain.
        Pour le coup on a une série qui s’écarte du tout-scénario et propose des scènes faites pour elles-mêmes, des situations. On trouvait ça aussi, peut-être dans une moindre mesure, dans Better Call Saul mais qui pêchait par maniérisme, sophistication.

        • #28941 Répondre
          françois bégaudeau
          Invité

          La lenteur, le presque non-sens, l’étrangeté, le faux rythme, la non-précipitation à rentabiliser son dispositif, la nonchalance narrative, la décontraction du jeu (sauf Watson qui elle veut performer) sont quand même des éléments qu’on trouvera très rarement dans les séries.
          Merci donc de ne pas désarmer toute tentative d’analyse structurelle du genre dans un centriste « y a du bon et du mauvais comme dans tout »

          • #28944 Répondre
            Charles
            Invité

            Watson ? Stone tu veux dire, non? C’est Punch Drunk love qui t’a bouleversé, tu vois Watson partout.
            Mais même Stone est brillante dedans, très convaincante en progressiste, bourgeoise de gauche tête à claques, même si c’est Fielder le génie dans la série.

            • #28952 Répondre
              Toni Erdmann
              Invité

              Charles, tu as vu ses séries précédentes ? Nathan For You et The Rehearsal

              • #28961 Répondre
                Monami
                Invité

                Ou est ce que vous avez trouvé The Curse ?

                Emma Stone est en forme on dirait. Y a le Lanthimos qui arrive aussi

                • #28962 Répondre
                  Cyril
                  Invité

                  Amazon prime + supplément Paramount.
                  Sinon on la trouve en téléchargement sur yggtorrent.qa

                  • #28993 Répondre
                    françois bégaudeau
                    Invité

                    Oui c’est Stone bien sûr. Et non pas Watson le célèbre médecin
                    Elle est excellente mais finit par lasser à vouloir jouer le moindre mot. Le contraste avec Fielder finit par être à son désavantage. Même si lui va un peu trop loin dans le low.
                    Je trouve B. Safdie exceptionnel en jeu. Et son personnage est captivant aussi, opaque à souhait.

                    • #29080 Répondre
                      Ema
                      Invité

                      Je trouve son jeu trop manière et trop second degré, on sent ce truc chez elle de vouloir bien montrer au spectateur qu’elle n’est pas dupe de l’hypocrisie de son personnage. Du coup elle surjoue l’hypocrisie, ce qui revient à surjouer un surjeu.

                      • #29090 Répondre
                        Charles
                        Invité

                        Je ne la trouve pas du tout second degré dans son jeu, elle ne me donne pas l’impression de faire des clins d’oeil au spectateur, elle me paraît au contraire assez crédible dans un personnage assez glaçant alors que celui de Felder est en définitive pathétique.

                      • #29104 Répondre
                        Ema
                        Invité

                        Tu ne peux pas nier que lors de certaine scènes, son personnage devient une caricature de fausse bienveillance et chaleur humaine, toute en sourire figé et intonations joyeuses forcées. Notamment lorsqu’elle s’adresse à des membres de la « communeaute ». Elle tient à montrer que son personnage est en représentation quasi constante d’elle même, du fait de sa position sociale et de son rôle de bienfaitrice sociale et ecolo. Dans ces scènes là précisément je trouve son interprétation trop satirique. En surjouant l’hypocrisie, elle prive son personnage d’une nécessaire couche d’opacite qui permettrait de lui accorder une certaine ambivalence. En revanche je la trouve beaucoup plus subtile, moins transparente, face à son conjoint, dans les scènes plus intimes, où il ne sont qu’eux deux.

                      • #29107 Répondre
                        Charles
                        Invité

                        Oui mais pour moi ce que tu décris est propre au personnage, c’est sa fausseté, Stone va dans ce sens mais ne le surjoue pas à mon sens. A l’inverse, Nathan est écrit comme un personnage gênant, qui n’arrive pas à jouer cette hypocrisie, cet engouement factice, ce sens de l’humour adéquat.

                      • #31887 Répondre
                        Adrien
                        Invité

                        Bonjour aux sitistes ! je me permets de vous partager une critique que j’ai écrite sur The Curse :

                        Dans le premier épisode, Whitney et Asher, un couple de trentenaires américains assis dans des fauteuils d’interview, expliquent à la journaliste d’une télévision locale leur concept de télé-réalité. Ça s’appelle « Flipanthropy », version écologique des shows immobiliers où l’on rénove des logements pour les revendre. Ici les nouveaux logements sont neutres en carbone (passive houses) et construits dans la communauté d’Española, au Nouveau-Mexique, où vit une population pauvre et racisée. Le couple met en avant sa réflexion sur l’intégration des nouveaux habitants à la communauté. En quelques minutes toutes les bonnes intentions sont données. On en a vu d’autres ; et l’on pensera à un mot incontournable, parce qu’on est minimalement informés : Gentrification. On le voit, tout le monde le voit, et c’est immédiatement abordé par la journaliste. Whitney (Emma Stone) a les réponses qu’il faut, elle connait cette critique, le « G word » comme elle l’appelle dans un sourire crispé. Elle y a pensé comme les autres. La série commence par là où d’autres concluraient ; elle parie sur notre intelligence, en postulant que nous sommes déjà armés de critique. Ce sont les fils tirés depuis cette situation de départ qui feront tout le prix de sa veine satirique d’une grande drôlerie, et d’une grande précision. Comment fonctionnent dans le détail les falsifications que produisent un tel show télé ? En dix heures de programme, nous aurons le temps de prendre le problème par tous les bouts. Nous verrons le misérabilisme, l’appropriation culturelle, les manipulations de la mise en scène, les petits arrangements avec l’ambition écologique. C’est l’étude d’un écosystème ; une étude de cas. Quand le cas est bien choisi comme ici, quand on s’est donné pour objet un phénomène aussi évocateur et contemporain que la reality TV green-washée, on peut le déplier à l’infini.

                        Si la série s’en tenait là ce serait déjà très bien. Mais voyons comment se poursuit la scène de l’interview : Whitney et Asher se font un peu chahuter par la journaliste, qui soulève les accusations portées dans la presse contre le père de Whitney, riche entrepreneur immobilier qualifié de marchand de sommeil. Whitney balaie le sujet, elle n’est pas son père. La journaliste insiste. Soudain Asher devient brutal, son masque tombe : « Que font vos parents ? Ça m’intéresse » La journaliste : « Ma mère est infirmière, et mon père nous a abandonnés très jeunes, j’ignore ce qu’il fait. » Embarras. Whitney : « Je suis désolée. Ça doit être tellement dur. » Asher continue : « Ça vous ferait quoi si je continuais à vous poser des questions sur lui ? Je ne vais pas le faire mais je vous explique. » La scène est pénible. Dans un entretien, Nathan Fielder – co-créateur de la série avec Ben Safdie et interprète d’Asher – raconte qu’il voulait montrer un personnage perdant la maitrise de lui-même, qui se rend compte immédiatement qu’il vrille, et fait comme s’il n’avait pas vrillé, tentant de réintégrer son agression verbale dans un discours rationnel et posé. Mais tout le monde a vu, et Asher sait que tout le monde a vu, et les autres savent qu’il sait qu’ils ont vu. Dans cet écart entre ce qu’ils prétendent être, ce qu’ils sont, et ce que les autres en perçoivent, les deux personnages principaux de The Curse naviguent comme des pantins monstrueux et angoissés. Si la série fournit tant de situations gênantes, et qu’on ne cesse de la rattacher au genre de la cringe comedy, c’est parce que Whitney et Asher ne sont pas des crétins aveugles à ce qu’ils font. Ils sont au contraire maladivement réflexifs. Evoluant dans un milieu hétérogène à leur petit corps de bourgeois blanc (visages indigènes, langue espagnole, silhouettes épaisses de prolétaires), ils passent leur temps à ajuster anxieusement leur apparence à ce qu’ils croient être la civilité adéquate – si l’anxiété est la folie du doute. Whitney ne cesse de se reprendre, regretter d’avoir dit que, hésiter à dire ; elle est pétrifiée par son désir de légitimité – artistique, amicale, éthique. Pour autant, son encombrante réflexivité n’est ni une lucidité totale, ni l’occasion d’une parole honnête. Asher et Whitney oscillent sur tout le spectre de la duperie de soi. Quand ils décident d’offrir une maison en dehors des caméras, comme un pur geste altruiste, à un homme qui les remercie à peine et repart vaquer à ses occupations, ils n’arrivent même pas à se dire déçus. Incapables de mutuellement s’avouer les ressorts narcissiques de leur générosité, ils regagnent la voiture sans un mot. Ils tentent de maitriser les apparences, même entre eux.

                        On atteint là le noyau existentiel de la série, son coeur brûlant. C’était déjà la prouesse inouïe de The Rehearsal, série précédente de Fielder, que d’allier un raffinement théorique vertigineux, fait d’emboitements de vrai et de faux, de reproductions et de simulacres, à un portrait attentif et pur de la vulnérabilité humaine. Dans The Curse la complexité de l’idée de base est moins flagrante, et la série prêtera peu le flanc à l’accusation de high concept. Mais la justesse éblouissante de ses personnages n’a pas été perdue en route, et les nœuds de l’intrigue sont aussi puissants et subtils que dans The Rehearsal. Voyez cette scène où Whitney tente de convaincre une soi-disant amie artiste – native américaine – d’autoriser la présence de ses oeuvres dans le show : dix fois l’enjeu évoluera, l’équilibre des forces se retournera, on ne saura plus qui manipule l’autre, lesquelles des larmes versées sont véritables. Whitney est-elle en train d’épancher sa tristesse auprès d’une authentique amie, ou se sert-elle des confidences pour convaincre une partenaire économique ? Et quelle est exactement la nature de ce partenariat – qui domine l’autre ? Le sociologue Erving Goffman montrait que le malaise surgit quand les acteurs d’une interaction n’arrivent pas à s’ajuster sur une définition commune de la situation ; quand ils ne jouent pas la même pièce de théâtre (selon la métaphore consacrée), et qu’ainsi leur jeu se dérègle. Mots légèrement maladroits, faux rythme, instabilité générale. Tout ce que touchent Asher et Whitney devient dérèglement.

                        Au diapason de cette tension ambiante mais indécidable, la mise en scène cerne les personnages, tenus perpétuellement à distance de la caméra, filmés derrière des vitres et des portes de couloirs, dans de lents zoom-avant qui semblent ne jamais finir. Contrairement aux caméras du show lui même, intégrées à la diégèse et dont Fielder s’amuse à reprendre l’esthétique télévisuelle, ce point de vue là n’est ni vraiment situé, ni vraiment de nulle part. Une conscience rode, regardant les personnages s’enliser. La série s’amusera beaucoup avec la nature indécidable de ce point de vue : une conversation captée à travers le judas d’une porte d’appartement ; Whitney qui sort de chez elle à pied, filmée depuis l’intérieur d’une voiture qui démarre, et dont on ne connaitra jamais le conducteur. Les idées de mise en scène abondent, déroutantes et souvent inédites – jusqu’aux ultimes travellings-avant sur les routes d’Española qui, pour simplissimes qu’ils soient, viennent rompre les codes esthétiques de la série ; on a rarement été aussi impressionné par l’essence spirituelle d’un travelling avant. La malédiction du titre (the curse), une incantation anecdotique lancée contre Asher par une petite fille vexée, contamine l’ensemble de la série de sa dimension psychique et surnaturelle.

                        On peut trouver la série pénible à regarder, inadaptée au binge watching – trop éprouvante. On peut détester ces personnages. Chacun.e trouvera à se situer sur l’échelle du mépris, de la pitié, de l’horreur. Pourtant c’est une série aimante. Si l’on ne goûte pas à l’angoisse, patienter au moins jusqu’au dernier plan du premier épisode : Asher, qu’une heure de film nous a montré médiocre, manipulateur et radin, écoute sa femme en train d’enregistrer la voix off sucrée de l’émission : « La ville parfaite n’existe pas. Mais à mes yeux, cette ville frôle la perfection. Les gens d’ici sont tellement vrais. » Asher semble perdu dans ses pensées. Long zoom-avant sur son visage de trentenaire mal grandi, épais et terne. Les nappes synthétiques d’Alice Coltrane enveloppent progressivement le plan. Que pense Asher à ce moment précis ? Nous ne sommes pas dans sa tête. C’est depuis un autre lieu que nous le regardons, l’homme inquiet, gloire et rebut de l’univers. Depuis la cruauté des dieux. Y aura-t-il plus beau visage de cinéma cette année ? Avec lui, par-delà l’angoisse nous sommes réconciliés.

        • #29019 Répondre
          Cyril
          Invité

          Je pense même que cette série est plus subtile que Triangle of sadness dans son portrait de la bourgeoisie, plus à charge dans le film d’Ostlünd, plus caricaturale.
          Dans la série, les intentions progressistes du couple paraissent d’abord complétement fake et puis on se demande si elles n’ont pas une part de sincérité. Ça donne une grande épaisseur psychologique à ces personnages pris en étau entre mille affects.

          • #29020 Répondre
            Cyril
            Invité

            Chose amusante, même les récaps en début d’épisodes sont objets de subversion. Censés nous rappeler la trame scénaristique, ils présentent au contraire souvent des moments anodins des épisodes passés.

            • #29037 Répondre
              françois bégaudeau
              Invité

              Oui tout à fait. Très belle trouvaille.

              • #29071 Répondre
                Seldoon
                Invité

                Je n’ai pas encore vu la série mais il y avait de très belles choses dans ce style dans les résumés d’épisodes et les « next week » dans Arrested Development, dont on ne dira jamais assez qu’elle a été la série comique la plus influente du siècle. Du millenaire, même.

                • #29072 Répondre
                  françois bégaudeau
                  Invité

                  ça se voit où ça?

                  • #29074 Répondre
                    Seldoon
                    Invité

                    Ils étaient sur Netflix il y a un moment, ça y est peut être toujours. Ce n’est pas sans défaut mais la proposition formelle est radicale. Et je ne cesse d’être surpris d’y trouver ce que j’ai admiré chez ses successeurs, que je croyais souvent inventeurs.

                    • #29077 Répondre
                      Malice
                      Invité

                      Je recommande aussi « Arrested development », une des séries les plus drôles du monde

                      Je recommande aussi ça, une série d’émissions sur l’économie mondiale co-produite par Adam Mckay, très proche de l’esprit de « The big short » :

                    • #29088 Répondre
                      Charles
                      Invité

                      Arrested development est tout de même beaucoup plus mainstream que the Curse, notamment dans le jeu d’acteurs et le comique qu’il porte.

                      • #29094 Répondre
                        Seldoon
                        Invité

                        Disons que ce qu’ils ont fait à l’époque a doucement infusé dans le mainstream.

                      • #29097 Répondre
                        Ema
                        Invité

                        J’ai eu pour ma part certain de mes plus gros fou rires devant cette série, lors de certaines certaines fulgurance gaguesque d’une simplicité géniale (en tête la scène ou le patriarche fait un conversion éclair au judaïsme en prison et se ramène en salle de visite avec un morceau d’espadrille sur le crâne en guise de kippa)
                        Après c’est comme beaucoup de séries humoristiques, les épisodes et les saisons s’enchaînent, la créativité se tarit et on voit de plus en plus arriver les vannes. Et puis le recours systématique à cet archétype de personnage principal normal et sérieux pour mieux appuyer la bêtise consternante des autres est un dispositif qui me lasse de plus en plus, Kaamelott étant l’exemple le plus exaspérant de ce gimmick(sauf que pour Kaamelott ça m’a saoulé des le premier épisode)

                      • #29162 Répondre
                        Malice
                        Invité

                        Le héros est le plus sérieux de la bande mais il est souvent aussi limité ou bête que le reste de sa fratrie ( quand il ne comprend pas le mot « hermanos », devient l’amoureux d’une handicapée mentale qui a 5 ans dans sa tête…)
                        Le jeu très calme de l’acteur me paraît éloigné de celui d’Astier ( qui ne m’a jamais fait rire, lui)

                      • #32266 Répondre
                        Talel
                        Invité

                        Je suis d’accord avec toi.
                        Au début tu te dis ah ok c’est le mec normal, mais en fait c’est le pire de la famille.

      • #29115 Répondre
        Cyril
        Invité

        Je ne sais pas si c’est réaliste mais cette série montre que la bourgeoisie, si elle possède un certain génie, c’est le génie de la négociation. Le début de l’épisode 7, où Whitney (Emma Stone) négocie avec Cara (l’artiste contemporaine) le droit d’exposer ses œuvres dans sa série est très réussie. Sous couvert d’une discussion amicale empreinte de sincérité, une vraie confrontation a lieu, méthodique, pour défendre à chacun les intérêts de sa petite entreprise.

        • #29116 Répondre
          Ema
          Invité

          Oui de maniere générale ce qui est super bien représenté c’est la façon dont cette préoccupation commerciale ne quitte jamais vraiment Whitney même lorsqu’elle s’empare de sujets qui lui tiennent par ailleurs sincèrement a coeur,en l’occurrence la preservation du patrimoine culturel local mais aussi son couple (voir le passage ou elle « negocie » que son mec fasse un stage d’humour pour le bien de l’émission) . Ce qui n’indique donc pas qu’elle soit juste une méchante cynique mais plutôt que pour elle les deux preoccupations, morale/affective et commerciale/marketing soient devenus indissociables, par la force des choses.

        • #29126 Répondre
          Cyril
          Invité

          Un motif récurrent dans la série, c’est un gros plan sur le visage d’un personnage après une scène de tension. Dans ces moments, le visage est inexpressif, le regard dans le vague. Ça donne l’impression que le personnage fait une pause, a un moment de lucidité, éprouve sa solitude, appelle à l’aide au milieu de ce cauchemar de fausseté et d’hypocrisie.

          • #29132 Répondre
            françois bégaudeau
            Invité

            Ceci n’est pas un motif récurrent de la série, mais de la fiction audiovisuelle académique. Il est vrai que les deux se recoupent.

            • #29210 Répondre
              Cyril
              Invité

              Je n’ai pas compris. Je parle de The Curse. Je ne vois rien d’académique dans cet élément, trop appuyé, récurrent, dissonant pour l’être.

        • #29175 Répondre
          Tony
          Invité

          Ce qui fait aussi le sel de cette négociation et de la suite c’est que l’artiste est aussi un peu indécidable,soit elle a un scrupule moral,soit elle ne veut pas compromettre sa réputation en risquant d’être associée aux parents de Whitney, l’ironie étant qu’elle sera payée,sans le savoir,avec du cash donné à Whitney par son père!

    • #29018 Répondre
      Tony
      Invité

      Si un prochain Microciné était consacré à Breillat ça serait génial, depuis l’été dernier j’ai découvert plusieurs de ses films et c’est captivant à chaque fois, j’ai rarement vu au cinéma une telle vérité dans les rapports hommes femmes,elle arrive à obtenir de ses acteurs quelque chose que l’on ne voit nulle part ailleurs, c’est très impressionnant.Par exemple je viens de regarder Parfait Amour,dans lequel on voit Soral jouer son propre rôle et Breillat est sans pitié avec lui,ce film est vraiment extraordinaire, c’est d’une justesse et d’une noirceur inouie.Si tes lumières pouvaient élucider le secret de son art…

      • #29073 Répondre
        françois bégaudeau
        Invité

        je vais en revoir

      • #29076 Répondre
        Malice
        Invité

        Totalement d’accord au sujet de « Parfait amour », elle a très bien utilisé la matière Soral ( s’en est-il rendu compte?)

      • #29118 Répondre
        Cyril
        Invité

        Et puis après RAZ, Desplechin et les T/N, il faut une femme là.

    • #29087 Répondre
      Charles
      Invité

      Des nouvelles, ronchonnes et répétitives, du critique préféré de François : https://www.chaosreign.fr/interview-jean-baptiste-thoret-l-entretien-king-size/

      • #29096 Répondre
        Anna H
        Invité

        Tu donnes vachement envie.

      • #29176 Répondre
        Graindorge
        Invité

        Merci Charles pour le partage.

        « On peut voir beaucoup de films mais combien en a-t-on vraiment regardé ? »
        « Le tout image dans lequel nous vivons n’a pas amélioré la qualité de nos regards, cela ne les a pas fait mûrir »
        « Les textes de Daney ne parlent pas que de cinéma, ou plutôt ils partent du cinéma pour atteindre quelque chose de la vérité du monde, des individus, de l’air du temps, de notre rapport aux images en général. Disons que sa cible était le film mais lorsqu’il tirait, sa flèche touchait beaucoup plus loin »
        « Un film qu’on a pas encore vu est un film nouveau. Donc d’actualité. »

    • #29095 Répondre
      Ema
      Invité

      Je suis en train de lire l’entretient, très dense, de JB Thoret. Je trouve qu’ il noircit légèrement le tableau sur la non circulation des films parmis les spectateurs et le cloisonnement de ces derniers. Mon expérience tend plutôt à prouver le contraire, mais ce n’est effectivement pas sensible au stade de la sortie en salle: parmis les gens qui vont encore au cinéma, et qui sont capables d’apprécier du grand divertissement comme du film d’auteur, la plupart privilégieront le déplacement en salle pour le blockbuster, et regarderont du film d’auteur en streaming, téléchargement ou autre. Il y a plusieurs raisons assez évidentes à cela. La question du tarif de l’entrée en salle, conjuguée a la disponibilité parfois gratuite d’une grande variété de films sur internet a produit cette dichotomie. Par ailleurs, la sortie ciné est devenue par excellence la sortie en famille ou entre potes ou le contenu de ce qui va être regardé à moins d’importance en soi que le fait d’y aller, ensemble, pour ensuite enchaîner avec un Mac do. Donc pour pas s’écharper pendant cent ans sur ce qu’on va aller voir, on tape dans le consensuel: la comédie ou le film à effets spéciaux divertissant.

      • #29108 Répondre
        Charles
        Invité

        C’est pour le coup une des analyses de Thoret que je trouve juste, ces spectateurs qui sont dans des couloirs et ne se croisent pas. Pour ma part, je ne vais quasiment plus voir des blockbusters et mon entourage non plus.

      • #29119 Répondre
        Ostros
        Invité

        Ema, il y a aussi comme raison la distance avec le multiplex dès qu’on vit en dehors Paris / la petite couronne. Je vivais ce choix du film gros budget quand j’étais enfant dans le 77 et que c’est mon père ou ma mère qui choisissait le film. Comme on se tape 1h de voiture faut qu’on soit sûrs de pas être déçus par le film choisit. De vivre un truc fort qui vaudra le prix des tickets, de l’essence et du parking.
        Et on n’y allait pas souvent. Préférant très souvent louer un film pour le dimanche après-midi.
        J’ai changé de manières depuis mes 17 ans, mon éveil au cinéma, à mes goûts et mon quotidien en proche banlieue (quand je ne suis pas dans une période trop précaire évidemment). Et comme Charles je ne vais plus voir de blockbusters. Et je suis prête à me taper les transports en commun un dimanche pour aller voir le film mineur d’un réalisateur que j’aime.

        • #29156 Répondre
          Isd
          Invité

          C’est toujours pareil avec Thoret : il ne cesse de convoquer un âge d’or perdu… Mais cet âge d’or, où cinéphiles compulsifs et amateurs de blockbusters se retrouvaient, a-t-il vraiment un jour exister ? J’ai l’impression que les chefs d’œuvre du Nouvel Hollywood qu’il cite en boucle ont fait figure d’exception dans leur réussite à rassembler un public massif et hétérogène. Ce sont les 50 exemples que les grincheux ressortent pour se plaindre que « le cinéma c’était mieux avant », alors qu’au même moment, il y avait tout un tas de films blockbusters dit « de consommation » qui sortait également en salles. Tout comme aujourd’hui, des cinéastes comme PTA, Tarantino, Triet, les Safdie, Lanthimos, font figure d’exception dans leur capacité à plaire à un grand nombre, tout en faisant des films qui restent dans le majoritaire (DiCaprio est annoncé au casting du prochain PTA).

          • #29158 Répondre
            Tony
            Invité

            C’est assez marrant comme il retourne le reproche qu’on lui fait sur’ c’était mieux avant’en disant que si c’est pas mieux avant alors c’est que c’est mieux après?Ce qu’il dit sur l’agenda des sorties,qui nous est imposé par le marché,n’est pas faux,15 films sortent chaque semaine,la vie est courte, choisir de voir un film qui sort c’est renoncer à voir un film qui n’est pas dans l’actualité,la question se pose quand on a peu de temps.

        • #29161 Répondre
          Ema
          Invité

          Je penses qu’il y a un paramètre générationnel aussi. Je ne sais pas quel age tu as, moi j’ai la trentaine, et frequente une majorite de trentenaires. Une génération qui a grandi dans les annees 90 a ete bercée par des films des années 80 et 90 qui offraient encore du bon spectacle d’action à gros budget (Alien, Die Hard, Mission Impossible, Dune, Mad Max etc…) Beaucoup plus que du Pialat ou du Rohmer. Nous avons donc un peu de mal à lâcher le morceau, même si les déceptions a repetition commencent à user la patience de certains. C’est assez sensible quand on s’intéresse un peu à la critique cinéma Youtube, ou l’on voit pas mal de cinephiles trentenaires, pouvant manifestement faire preuve d’une certaine exigence artistique, continuer malgré tout a proposer des critiques de Marvel ou autres comme pour essayer d’y retrouver un ersatz de ce qui les a fait vibrer gamin.

          • #29167 Répondre
            Ostros
            Invité

            J’ai le même âge que toi et j’ai lâché les blockbusters très tôt. Il m’est impossible de faire comme si je ne voyais pas ce que je voyais, la structure du scénario, la mise en scène plate, les dialogues dans l’ère du temps pour être vendeur. Je sais que ce que j’aime c’est retrouver les émotions de mon enfance et de ma pré adolescence lorsqu’il m’arrive de revoir un film des années 90 – 2000 qui m’avait fait de l’effet. Je ne suis pas dupe de cet effet de nostalgie et de la volonté que je mets à m’efforcer de ne pas les voir.

            • #29168 Répondre
              Ostros
              Invité

              Et je viens d’un milieu pas du tout culturel où on ke voyait que les films grand public. Aucune info sur les films d’auteurs n’a filtré dans ma famille ces années-la. Pialat, Desplechin, Gordard je les ai découvert à 17-18 ans.

              • #29191 Répondre
                Ema
                Invité

                Dans quelles circonstances les as tu découverts (ce n’est pas une question rhétorique je suis sincèrement curieuse)

                • #29201 Répondre
                  Ostros
                  Invité

                  Je me suis engagée dans des études de cinéma après le bac, après qu’un prof d’anglais de terminale nous a fait analyser une scène de The rope de Hitchcock. Découvrir qu’il existait un langage cinématographique, une forme qui signifiait, œuvrait avec le fond, ça m’avait passionnée.

          • #29171 Répondre
            Charles
            Invité

            Je ne sais pas si ce n’est pas aussi tout simplement une question d’âge. J’ai également la trentaine et il est certain que j’ai moins de temps pour aller au cinéma que quand j’étais à la fac ou stagiaire célibataire. Ce n’est pas pour rien que les cinémas où l’on diffuse beaucoup de films de patrimoine attirent surtout les retraités et les étudiants. Je dois aller au cinéma une fois toutes les deux semaines, ce qui n’est pas si mal, et il est clair que ma priorité ne se portera pas sur un blockbuster de 3h décérébré (ça y est je parle comme Thoret).
            Ceci dit, je suis quand même allé voir Barbie et Oppenheimer en 2023. Mais je n’ai vu aucun Avatar, aucun Marvel depuis presque 10 ans, j’ai rattrapé 10 ans après les John Wick et je n’ai pas vu le dernier.

            • #29202 Répondre
              Ostros
              Invité

              Oui l’emploi ça bouffe du temps et la vie de famille aussi. Donc les tranches 30 – 40 qui bossent 35h minimum et fondent une famille vont moins au cinéma.
              C’est vrai que si je vais voir autant de films en ce moment c’est que je suis au chômage et sans enfant, et que je peux mettre 21 euros dans une carte UGC ou que certaines salles pratiquent le tarif réduit pour les précaires.

    • #29117 Répondre
      Ema
      Invité

      « Pour ma part, je ne vais quasiment plus voir des blockbusters et mon entourage non plus. » Ce qui te donne peut-être une vision partielle. Comme moi d’ailleurs, dans le sens inverse.

    • #29136 Répondre
      jacques sceptes
      Invité

      • #29139 Répondre
        Carpentier
        Invité

        Mais qu’est-ce qui s’passe avec Marmaï?
        On dirait que sa bonne tenue en promo séduit les réal pour des rôles où Poelvoorde se tiendrait moins bien sur les plateaux.
        C’est pas ce film qui me fera retourner en salle en tout cas, je crois.
        Z’avez pas une idée d’un truc bidon pour vous mais qui m’irait bien, là, à l’affiche, dîtes-moi? (faut que j’y retourne avant de décider de rompre mon abo avec ugc, sérieux)

        • #29150 Répondre
          Carpentier
          Invité

          Ah ok c’est Dupieux.
          J’ai arrêté la bibine donc je risque de moins rire, en vrai.
          Et cela, malgré la caution-référence bon cinéma apportée par la présence d’Anais D.
          On se tape la brochette 3 mousquetaires partout en ce moment ou c moi? pfffff

        • #29209 Répondre
          Cyril
          Invité

          Trop de stars c’est oppressant.

    • #29142 Répondre
      Mathieu
      Invité

      Dans le Microciné sur T et N, on notera que Samir, comme Louisa dans En Guerre, confond entre guillemets et entre parenthèse quand il lit le texte de l’universitaire sur Intouchables. Défaut lui-même piqué à l’origine par l’auteur à une candidate de télé-réalité.
      Retrouvez-moi chaque dimanche pour d’autres anecdotes inutiles sur l’oeuvre de François Bégaudeau
      Bonne journée

      • #29153 Répondre
        Carpentier
        Invité

        Dans un autre genre de contenu annoncé d’emblée comme sans intérêt pour faire bonne figure, faire le malin roi de l’auto dérision, je me traîne un putain de ‘ compost ‘ * utilisé dans son dernier (l’amour) qui m’a sonné très anachronique, tiens.
        Dans le texte, le mot fumier eusse été plus adapté ^^ (usage du subjonctif, connivence écoute microciné, yeaaah)
        Je cherche pas la phrase* pour la partager ici car chacun.e s’en branle l’anus, comme on sait, mais de le dire, ici, m’allége ma journée.
        Benh ouais, qqn debarasse la table à ma place?Mélanie?
        Merci.

        • #29155 Répondre
          Boal Neurazzi
          Invité

          Et voilà, le masque est tombé et la mouche BFS nous apparaît dans toute sa laideur.

        • #29226 Répondre
          françois bégaudeau
          Invité

          Que les néo-écolos urbains s’y soient mis en 2012 n’empêche pas que ma maman jardinière émérite ait été accoutumé à parler de compost dès mes années d’enfance, à savoir les années 1970.
          Mais merci à nouveau pour la pertinence de tes interventions sur L’amour. C’est un sans faute.

        • #29241 Répondre
          Graindorge
          Invité

          coucou chère Carpentina:
          non seulement la maman de François utilisait/utilise le compost mais certainement aussi ses grands parents et arrières grands-parents. Mon collègue qui est agriculteur et historien et d’autres choses encore connaît bien le sujet. Si tu as envie ou besoin de plus amples informations, tu peux créer une adresse électronique éphémère et je me ferai un plaisir de t’envoyer des suggestions de livres sur le sujet.
          Au 19ème siècle Sir Howard, médecin britannique aux Indes a reimpulsé le compost ( le compostage et l’a diffusé dans toute l’Inde, de retour en Grande Bretagne, il a crée The Soil Association et il a été obtenu un compostage parfait technique et scientifique. Ehrenfried Pfeiffer a mis en pratique le compostage a partir des années 20 tant en Allemagne, en Autriche et en Grande Bretagne: petits, moyens et grands agriculteurs l’utilisaient.
          La 2ème guerre impérialiste a arrêté ces expériences et après la guerre, l’industrie chimique et florissante a ralenti drastiquement avec sa Révolution Verte la conscience de l’Art Agricole basé sur le compostage. Toutefois. les idées de Howard et Pfeiffer , peu à peu, ont essaimé dans toute l’Europe de l’Ouest sous domination de l’impérialisme américain.
          En France, de toutes façons, au 19ème et début 20ème, jamais le compostage traditionnel n’a été abandonné. Il restait des îlots de paysans le pratiquant. Dès les années 50 existaient des groupes et associations l’enseignant et le pratiquant.
          Les techniciens des abbayes cisterciennes , dès leur implantation en Europe ont institué et enseigné la technique du compostage. Tant que cette pratique de polyculture-élevage a existé dans les abbayes cisterciennes, la technique du compostage a continué.
          Le fumier non composté mis directement dans le sol casse la structure de la terre, l’acidifie, pose problème aux végétaux donc aux animaux et hommes qui les consomment d’où le compostage qui crée et maintient l’humus stable et donne un bon aliment aux végétaux.
          Le compostage 100% végétal est un pis aller. IL FAUT L’ANIMAL dans le compost: 1/3 animal 2/3 végétal, la fameuse litière pour le rapport carbone/azote donc TOUJOURS avoir l’animal même dans les composts de maison même juste de façon subtile, homéopathique dans une structure végétale ( frais et sec)

          • #29262 Répondre
            Carpentier
            Invité

            Salut,
            Comme pas mal de personnes de ma génération (nées en 1966) la terre, le bout de jardin, l’agriculture nous ont/ont été familiers dés l’enfance, oui.
            J’en suis, donc et je jure n’avoir jamais, mais vraiment jamais, entendu parler de compost, à l’époque des Moreau du l’amour, (après, comme on sait, les gens du Noooord ont si peu de vocabulaire que cela n’étonnera pas tant que ça.)
            Petite, c’est bien sur le fumier, sur le tas nouveau, frais, pas encore trop décomposé que j’allais verser les épluchures.
            Et l’autre, on lui ouvrait le centre pour m’en montrer la chaleur qui s’en échappait, pour dire la décomposition au travail.
            Peut-être une question de milieu social, ou de région en fait, c’est probable – et donc, dans ce passage, où les mots et situations choisis par François Bégaudeau disent une époque, seul ‘ compost ‘ m’a questionnée et, comme je l’écris bien, ‘ m’a sonné très anachronique ‘.
            Ai-je écrit que l’auteur délire complet?
            Non.
            Ai-je affirmé que sa mère n’avait pu dire, …, ?
            Non.
            Alors?
            Ce retour, délirant dans son intensité, a ma préférence – aucune surprise en lisant ses lignes – car, quelques soient mes posts à propos de ces écrits, en vrai, ça ne lui va pas.
            Est-ce si grave ?
            Non.

            • #29263 Répondre
              Carpentier
              Invité

              *nous SONT/ont été familiers

            • #29276 Répondre
              françois bégaudeau
              Invité

              « délirant » est délirant
              le seul élément sec de ma réponse ne tient pas à la mise au point sur compost, mais au constat de la systématique indigence de tes commentaires sur L’amour, avant et après lecture
              mais bien sûr comme d’habitude tu es irréprochable et d’horribles bourreaux dont moi s’acharnent arbitrairement sur ta pauvre personne innocente

            • #29283 Répondre
              ..Graindorge
              Invité

              Chère Carpentina: non seulement rien n’est grave la dedans mais tu as aussi totalement raison. C’est juste une question de vocabulaire: il y avait des familles tant rurales que urbaines qui n’utilisaient pas le mot compost mais fumier. Tel que tu le racontes: verser les épluchures sur le fumier c’est bel et bien composter et c’est le résultat qui compte. Il y en avait qui connaissait le terme et d’autres non. Et voilà

              • #29428 Répondre
                Carpentier
                Invité

                Quant à ‘ l’indigence de mes commentaires sur l’amour ‘ / … : j’avais posté, avant lecture, un passage partagé sur Facebook par un gars, des lignes sur le pain de la veille/frais, Les Moreau qui ont comme ça des discussions/ … en disant bien la joie de retrouver une des façons de l’auteur de l’amour de dire les raisonnements argumentés du quotidien, leur drôlerie, leur rationalité parfois teintée d’absurdité joueuse à une oreille moins impliquée, hors situation partagée, un peu.
                Indigent?
                S’il le dit.
                J’ai surtout retenu sa demande de silence au sujet de ce livre.
                En second commentaire, tandis que j’étais en début de lecture de son l’amour, j’ai sollicité de l’aide, dit mon incompréhension, ma possible mauvaise lecture d’un passage qui me posait problème, ce sur quoi il m’a aussitôt (re-)mis un vent
                Indigent?
                S’il le dit.
                Pour le 3e, tu y assistes encore là, dans ce topic, donc il suffit de lire.
                Son dernier ouvrage, accueilli surtout par des louanges, j’ai l’impression, l’aurait-il rendu archi susceptible?
                À cran?
                4e commentaire indigent?
                Probable.
                De mon côté, dans tous les cas, je ne vois sincèrement pas comment je pourrais bien dire à propos de l’amour, après tout ce qui a été déjà dit/et fait à son propos.

                • #29542 Répondre
                  ..Graindorge
                  Invité

                  Est-ce bien important Carpentina?
                  Je crois oui que parfois FB est à cran.
                  Peut-être le serais-tu à bien moins.
                  Ne te vexe pas. Tu dis toi- même à quel point il sait être gentil. Mais il ne peut pas être que ça. Il n’a pas que des amis. Il le sait. C’est un guerrier aussi.
                  Parle avec lui en aparté. Écris-lui: son adresse postale est publique. Mais c’est bon, ne crois pas tout ce qu’il te dit quand il est exaspéré. C’est un être humain donc, il peut en dire. Mais il dit aussi tellement d’autres choses.

                  • #29604 Répondre
                    Carpentier
                    Invité

                    Moins important que le ré-armement démographique annoncé hier soir par Manu, oui Graindorge.
                    On attend donc, fébrile, le tuto de Brigitte et Emmanuel.

                    • #29640 Répondre
                      ..Graindorge
                      Invité

                      Merci pour le rire Carpentina!
                      Demain longue journée. Départ à 6h
                      Bonne nuit Carpentina

                    • #29641 Répondre
                      ..Graindorge
                      Invité

                      Merci pour le rire Carpentina!
                      Demain longue journée. Départ à 6h
                      Bonne nuit Carpentina

        • #29264 Répondre
          Mélanie
          Invité

          Salut BS,
          Je te laisse gérer ta table.
          Tu t’es donc retenue 5 mois – ou moins, je crois – avant de lâcher ça, et à ton verbe châtié on sent bien en effet comme tu te soulages. Quelle vie.
          Mélanie

          • #29266 Répondre
            Carpentier
            Invité

            S’intéresser à la dynamique de groupe, à ses interactions, à ses mouvements, ses affects permet de lire et poser tranquillement tout ce qui se passe autour de François Begaudeau.
            ’ on s’en branle l’anus ’ ou ’ je m’en branle l’anus’ se trouve dans un ouvrage de l’auteur, comme les ancien.nes le savent bien.
            Comme ce que relève Mathieu, donc.
            Sinon, je ne fais qu’illustrer comment, en isolant, en relevant ce qui ne va pas uniquement, en malmenant quelqu’un en fait dans un groupe, on peut facilement amener ce quelqu’un, qu’on a épuisé, à s’installer dans le rôle qu’on lui assigne injustement.
            Les assertions dont on m’a vite affublée ici (dans begaudeau chantier autonome) sont en ligne, amenant des personnes récemment entrées ici à suivre, plutôt facilement et vite, une pente dictée par des gens qu’on estime (on comprend comment ou ce fonctionnement là est à expliciter aussi?) digne de crédibilité et/ou que sais-je.
            La mécanique est connue et très simple.
            Ce n’est généralement pas un signe de bonne santé dans un groupe.

          • #29267 Répondre
            Carpentier
            Invité

            Quant à cette image que tu proposais de quelqu’un qui ne débarrasserait pas la table, ô rire, si tu savais.

            • #29277 Répondre
              françois bégaudeau
              Invité

              « Les assertions dont on m’a vite affublée ici »
              voilà, toujours la même scène : tu es la victime absolue et innocente d’un harcèlement sans fondement

            • #29316 Répondre
              Mélanie
              Invité

              Je veux bien croire que tu puisses, par ailleurs, avoir des manies de ménagère.

          • #29294 Répondre
            Carpentier
            Invité

            Et toi, expliquerais-tu ce ‘Quelle vie ‘?

    • #29199 Répondre
      Ema
      Invité

      Après écoute du Microcine T/N je suis frappée de constater comme effectivement la figure du dirigeant/responsable en situation de difficulté est récurrente. C’était déjà le cas avec Nos jours heureux, où l’on voit le directeur de la colonie devoir constamment sermonner tout le monde pour que ça roule. C’a m’avait un peu échappé car j’ai vu pas mal de leur films sans nécessairement savoir qu’ils étaient d’eux initialement, et à de nombreuses années de distance, mais là rétrospectivement c’est vraiment flagrant.

      • #29215 Répondre
        Cyril
        Invité

        On me conseille d’aller voir le Alexander Payne. Quelqu’un l’a vu ? Vous connaissez ce réalisateur ?

        • #29216 Répondre
          Cyril
          Invité

          Oups, ce n’est pas une réponse à ton message Ema.

      • #29225 Répondre
        françois bégaudeau
        Invité

        Très flagrant. Et oui la figure du petit patron vaillant mais soumis-à-plein-de-difficultés (et notamment à l’incompétence de son personnel) est déjà dans Nos jours heureux.

        • #29231 Répondre
          Mao
          Invité

          Figure du petit patron qui se confond bien souvent avec la figure du père, du bon père de famille qui porte sur lui le lourd fardeau de devoir assumer la direction artistique de la maison. La figure patriarcale par excellence, de celui qui s’efforce de tenir la baraque quand tout conspire a sa destruction.

          • #29232 Répondre
            Ema
            Invité

            Ce serait d’ailleurs moins crispant si cette figure ne passait pas en contrebande comme le dit François. Comme la plupart des films qu’ils réalisent s’emparent de sujets « sociaux » où la collectivité semble mise à l’honneur, on aurait pu s’attendre à ce qu’elle y soit célébrée, mais c’est subrepticement l’inverse qui se produit. Vraiment retors en effet.

            • #29235 Répondre
              Mao
              Invité

              La démonstration de François est implacable. Encore une très belle émission avec l’ami de Microciné.

            • #29240 Répondre
              françois bégaudeau
              Invité

              A leur décharge, signalons que c’est de moins en moins subreptice. J’ai parlé de coming out à propos d’Une année difficile, mais Le sens de la fête, et le sidérant monologue sur lequel on s’est attardé avec Samir, était déjà très explicite.

          • #29239 Répondre
            françois bégaudeau
            Invité

            C’est pourquoi je parle d’un imaginaire libéralo-paternaliste, ou capitalo-patriarcal
            Le fameux petit patron qui avec ses employés forme un sorte de famille.
            « Petit patron » qui est dans Le sens de la fête une pure fable. Le fable première étant la présence de Max sur les lieux. Ici se perpétue le mythe du patron qui met la main à la pâte, donne du sien, est sur le terrain. Alors qu’un samedi un mec comme lui est dans sa résidence secondaire à Arcachon, loin du « terrain ».

    • #29247 Répondre
      lison
      Invité

      Est ce que l’un de vous pourrait poster l’intégralité de cette critique de La rivière, parue dans Libération. Merci.
      https://www.liberation.fr/culture/cinema/la-riviere-de-dominique-marchais-la-source-contre-la-montre-20231120_3OBYZPRUFJH3NLULGQJRHM47OA/

      • #29280 Répondre
        Mambo Shake
        Invité

        Documentaire
        «La Rivière» de Dominique Marchais, la source contre la montre
        Article réservé aux abonnés
        Le beau film de Dominique Marchais, radicalement écologique, arpente les cours d’eau du Béarn en compagnie de ceux qui, chacun à leur façon, observent et protègent une nature bouleversée par l’activité humaine.

        «Si on m’avait dit qu’un jour je traverserais le gave en bottes…» marmonne un membre de la direction du parc national des Pyrénées. Extrait du film «la Rivière». (Meteore Films)
        par Luc Chessel
        publié le 20 novembre 2023 à 21h03
        «Si on m’avait dit qu’un jour je traverserais le gave en bottes…» Marchant dans l’eau basse, l’homme dont la parole haute et claire s’adresse généreusement à nous depuis quelques minutes déjà, s’éloigne de la caméra en marmonnant ces mots non pour tout le monde, mais pour lui-même. Il va jusqu’à l’autre rive, le niveau du courant ne mouille pas ses pieds, ne dépasse pas le bord du caoutchouc. On voit et on entend un corps faire l’expérience physique du changement d’un milieu familier, on sent l’inquiétude qui va avec, antérieure à tout discours et à tout savoir bien ordonné – son nom d’ailleurs, Patrick Nuques, ni sa fonction de direction au parc national des Pyrénées, ne sont imposés par le film, pas plus que les noms et fonctions des autres personnes (gardes-pêches, militants associatifs, chercheurs et chercheuses en biologie ou climatologie, étudiants, éleveurs et agriculteurs, naturalistes) dont l’expertise, technique ou scientifique, mais avant tout sensible, est invitée à s’exprimer dans la Rivière de Dominique Marchais.

        Interview
        Dominique Marchais, réalisateur de «la Rivière» : «Si le film prend le parti de la beauté, c’est parce qu’il y a encore des choses à défendre»
        Cinéma
        20 nov. 2023
        abonnés
        C’est qu’il s’agit d’autre chose ici que d’expertise, qui vient avant et après elle, dont elle vient : l’expérience à faire, multiple et tortueuse, de la rivière et de ses entours, amont et aval, causes, conséquences, ses flux et ses reflux. Sans nul doute, dans ces quelques secondes de traversée à pied, une certitude matérielle se fait jour, que le gave – comme on appelle dans le Béarn les nombreux cours d’eau qui descendent des montagnes en direction du gave de Pau et du bassin de l’Adour – baisse, irrémédiablement, et que sa faune et sa flore, tout ce qui vit dans ses eaux brillantes, se font de plus en plus rares.

        Beautés spécifiques et problèmes communs
        Plus tard, là-haut vers la source, dans un refuge au pied d’un glacier qui rend son dernier souffle, on passera un moment au chaud avec ces hydrogéologues qui préfèrent sourire et rire, plutôt qu’en pleurer, de la catastrophe qu’ils observent depuis ses premières loges. Le film, lui, ne rit ni ne pleure, il arpente, comme pour la première fois, en compagnie de grands habitués, guides et gardiens des éléments et des espèces, tous ces lieux pour y suivre les méandres d’une chose pas facile à saisir. Cette rivière, est-elle le personnage principal du film, son actrice, ou bien le film se fait-il lui-même rivière, avec sa source, son torrent, son lit, son embouchure – terminus provisoire d’un cycle, où ils se jettent ensemble dans le fleuve ou dans les salles. Comme tout personnage, elle est faite de plusieurs personnes réelles, entité composée à partir de divers cours d’eau avec leurs beautés spécifiques, leurs problèmes communs ou singuliers (la sécheresse et la pollution, aussi les barrages, entravant la remontée et la reproduction des saumons, accélérant l’érosion), qui «jouent» donc la rivière de ce film. Quelle forme ça a, une rivière ? Elle a les formes qu’elle prend ou qu’elle épouse, et elle est avant tout une force, visible et non-visible – partie visible d’un ensemble, le bassin versant, cette alliance géographique, géologique et politique, de divers états de l’eau, divers états de la terre, et divers états des rapports entre les forces sur le terrain.

        Pour répertorier les insectes en présence, le naturaliste Pierre-Yves Gourvil tend dans l’obscurité une grande toile blanche laissant passer la lumière d’une lampe, pour attirer les papillons dans le visible, les faire se montrer sans les blesser. (Meteore Films)
        Inventaire, tri, promenade commentée…
        Quelles formes alors pour la Rivière, qui est le film de toutes ces forces ? Il n’a pas reçu pour rien le prix Jean-Vigo, nommé en souvenir de l’auteur de l’Atalante, chef-d’œuvre fluvial d’un réalisme poétique qui faisait la part belle à l’élément eau, dans tous ses possibles états physiques et figuraux. Dominique Marchais (après le Temps des grâces, la Ligne de partage des eaux et Nul homme n’est une île) invente des façons de regarder son insaisissable sujet, par l’intermédiaire du regard de ceux qui, à leurs façons précises, l’observent et s’en occupent. Elles correspondent aux formes potentielles, successives, d’un cinéma radicalement écologique : le ramassage, le tri, l’inventaire, la promenade commentée, le prélèvement raisonné, la pêche, la dissection et sa microscopie (une poétique de «l’otholite», cette biographie miniature dans l’oreille interne des saumons), la récolte (une érotique de la cueillette du maïs Grand Roux), la randonnée, le gravissement. A chaque fois, forme de toutes les formes, la libre conversation, l’entretien, une écologie de la parole. Enfin, l’ultime dispositif, celui du naturaliste (Pierre-Yves Gourvil) qui, pour répertorier les insectes en présence, tend dans l’obscurité une grande toile blanche laissant passer la lumière d’une lampe, pour attirer les papillons dans le visible, les faire se montrer sans les blesser. Dans toutes les images de lui-même que le cinéma a produites ou rencontrées, on a rarement fait plus simple et plus beau. Il fallait pour cela qu’il aille avec ses bottes traîner au bord du gave la nuit.

        La Rivière de Dominique Marchais (1h44), en salles ce mercredi.

        • #29286 Répondre
          lison
          Invité

          Merci !
          J’ai beaucoup aimé ce film qui évoque doucement et tranquillement des thématiques écologiques de grande envergure. Ce qui m’a vraiment plu c’est la manière dont il avance, la délicatesse des gestes et des paroles, la manière dont poissons, humains, épi de maïs, biche, roche, eau, papillons, détails (comme l’oreille interne du saumon) et plans d’ensemble (par exemple l’aurore) sont filmés sans hiérarchie, avec une attention égale, en prenant le temps de l’observation et de l’écoute. Ce geste du cinéaste prolonge, et amplifie ( en les liant les uns aux autres) celui à l’oeuvre chez les personnes filmées, qui elles mêmes observent et rendent compte des évolutions de la rivière.
          Des trois films de Marchais que j’ai vus, c’est mon préféré.
          Et j’ai bien aimé qu’il n’utilise pas de petites ou grosses technologies pour son film, pas de caméra sous l’eau, pas d’image de synthèse, ça m’a semblé un bon choix, celui de la simplicité et de la vision humaine.

          • #29287 Répondre
            Anna H
            Invité

            Je note, ça donne envie.

        • #29289 Répondre
          ..Graindorge
          Invité

          Merci

    • #29279 Répondre
      lassou
      Invité

      François tu aimes beaucoup Sorrentino pour Il divo il me semble est-ce que tu as vu Youth et si oui trouves t’il la même grâce à tes yeux ?

    • #29281 Répondre
      françois bégaudeau
      Invité

      Aussi pour Silvio et La Grande Bellezza
      Youth est plus difficile à aimer, même s’il y a là dedans quelque chose qui m’intéresse beaucoup

      • #29282 Répondre
        Lassou
        Invité

        Je note Silvio merci, ça se situerait à quel niveau ce qui t’intéresse dans Youth ?

        • #29460 Répondre
          françois bégaudeau
          Invité

          déjà la grande étrangeté du film
          mais il faudrait que je le revoie

    • #29381 Répondre
      Tony
      Invité

      Pas vu encore mais il ne faut pas le rater
      https://www.arte.tv/fr/videos/114812-000-A/man-in-black/

    • #29432 Répondre
      Guéguette
      Invité

      Merci pour le top de la gêne…je n’avais pas osé « Désordres » et j’ai adoré au final. Y’a presque du Tati dedans non?
      J’ai cru comprendre que François n’avait pas aimé « Past Lives », ça me rassure, incompréhension devant son retentissement critique. Etiré au possible avec une bonne heure et quart de vide absolu. Toute leur vie est absolument hors champ, et on a juste cette bourgeoise qui se dandine sur facetime en disant des banalités avec des jolis plans de NY…Bizarre.
      J’ai vu des gens moquer les grosses ficelles scénaristiques du dernier Kore-Eda…j’ai adoré justement car l’écriture n’était pas matuvu, et servait juste à justifier les parcours émotionnels de chaque personnages…Et une façon assez apaisée de filmer, moins docu que parfois avec Eda, mais sans trop basculer non plus.
      J’ai bien aimé « Chien de la casse », mais dans le genre ambiance de bled paumé j’avais largement préféré « les magnétiques ». J’imagine que Chien de la casse a plus largement d’impact car plus resserré sur son duo d’acteur…plus accessible, et moins noir.

      Autrement j’écoute le microciné sur Toledano Nakache. Ça t’avait posé problème sur « Problemos » le côté où on défonce les zadistes? J’ai l’impression que c’était pas mal contrebalancé par le fait que personne ne trouvait grâce aux yeux du scénario.

      • #29455 Répondre
        I.G.Y
        Invité

        J’ai pensé la même chose pour Tati, au moins je ne suis pas seul!

        • #29461 Répondre
          françois bégaudeau
          Invité

          Effectivement Problemos tirait sur tout le monde – et ses scénaristes jouaient aussi des personnages ridicules. Ca me va.

        • #29474 Répondre
          Guéguette
          Invité

          Oui sur ses plans décadrés souvent aménagés en dédale dans lesquels où ne sait pas qui vas venir d’où, qui va s’exprimer alors qu’il ne faisait que passer en arrière plan etc…Et puis aussi cette façon de faire durer les plans larges pour montrer les gens dans leurs fonctions, leurs postures,…

          • #29493 Répondre
            I.G.Y
            Invité

            C’est exactement ce deuxième point qui m’y a fait le plus penser en effet

      • #29788 Répondre
        Abacaxi
        Invité

        C’est drôle, si je devais choisir quel film accoler à « accessible » ce serait Les magnétiques et « noir » à Chien de la casse. J’ai trouvé que le premier tirait à peu près toutes les ficelles scénaristiques et émotions ‘extrêmes’ possibles, quand le second se contentait de montrer plus simplement l’empêchement « provincial », en en disant beaucoup plus.
        Pas de pleurs, pas de premier baiser, pas de mort, pas de talent ex machina, pas de rock cool, et, tiens, pas de reconstitution. A peine quelques notes de classique éthéré entre deux raps, procédé certes pas foudroyant de novation, mais desquelles, comme la culture improbable du personnage de Quenard, j’en retiens plus l’étrangeté que l’invraisemblable.
        Dans les deux cas, je ne crois pas au couple amoureux formé, mais un a le mérite de ne pas se parer d’absolu.
        Je retrouve ainsi beaucoup plus de réel dans Chien de la casse, en tout cas je sais moins où il veut me mener.
        Et Dieu sait que je suis plus Trisomie 21 que Jul*.

        *Le rapprochement sémantique des éléments de la comparaison est volontairement coquin, il n’y a pas de titre de Jul dans le film.

        • #30150 Répondre
          Guéguette
          Invité

          Quelle est la difficulté d’accès à chien de la casse? Tu suis deux personnages, et leur dynamique est la base de tout le film. Ce n’est pas un jugement, c’est juste plus facile à tisser que ce que les magnétiques cherchent à faire.
          Les magnétiques fait de la reconstitution car de fait, ça se passe dans les années 80. Ça capte les aspirations des radios libres de l’époque et donc cette euphorie va avec. Est-ce que vraiment ces scènes où ils vibrent un peu est plus « vendeur » que les prises de tête de nos deux acolytes, je suis pas sûr. Et évidemment, « les magnétiques » fait défiler les années là ou chien de la casse est quasi en direct.
          j’ai apprécié les deux, mais il me semble que si « les magnétiques » est moins efficace, il est un peu plus ambitieux (dans le bon sens du terme), et que c’est juste une donnée de départ.

          • #30193 Répondre
            Abacaxi
            Invité

            La difficulté d’accès se trouve justement dans l’absence d’épates scénaristiques prévisibles : on suit deux personnes, il n’y aura pas de préparation de paiement, retournements ou voix off pour garder l’attention du spectateur. C’est une écriture qui me paraît paradoxalement plus riche et moins standard que celle multipliant les pistes qui, toutes, aboutiront. Le spectre est moins large mais plus profond.

            • #30204 Répondre
              Guéguette
              Invité

              Désolé d’être insistant, mais si tu prends quelqu’un de lambda, ou même qui n’a aucune culture cinématographique, ce ne sont pas les trucs que tu décris chez « Les magnétiques » qui risquent de le séduire, il peut même trouver ça irritant ou dur à appréhender. Alors que là des scènes simples, frontales, réalistes, avec des enjeux resserrés et une « quasi » unité de temps tout le monde peut s’y plonger et comprendre ce qui se joue.
              Tu peux par contre trouver que c’est une forme plus rafraîchissante car ça te semble plus affranchi d’une certaine forme de cinéma.
              Après si on chichite on peut aussi trouver que la baston est over the top, tout comme Mirales qui a une culture de malade sans rien n’en faire. Chien de la casse a aussi ses « trucs » à lui, respectables en soi.
              Perso, les parcours de vie des magnétiques sont au moins aussi crédible, et m’ont rappelé bien des souvenirs.

              • #30206 Répondre
                Abacaxi
                Invité

                Je suis à peu près certain que le spectateur lambda trouvera qu’ « il ne se passe rien » dans l’un, tandis que le second répondra plus immédiatement à ses attentes scénaristiques plus ou moins inconscientes.
                Les bande(s?)-son(s?) cliveront sur un autre critère par contre : l’âge et « la culture ». Ca fera un bon téléfilm France 5.
                Je dis pas ça par provoc ou prétention analytique, c’est vraiment l’effet que ça m’a fait devant sa vision : « un bon téléfilm France 5 ».

                • #30250 Répondre
                  Guéguette
                  Invité

                  Je savais pas que ça existait. J’en ai jamais vu depuis que la chaîne existe.

                  • #30262 Répondre
                    Abacaxi
                    Invité

                    C’est une catégorie hybride que j’ai créé tout de go pour soutenir mon argumentation. J’espérais que ça passe mais, hé, c’est le jeu de se faire avoir à ses propres refs imaginaires.
                    J’ai pas la télé et je suis Belge, à ma décharge.

                    • #30297 Répondre
                      Guéguette
                      Invité

                      T’as vu j’avais capté : )

    • #29552 Répondre
      Ourson
      Invité

      J’ai vu récemment le film « Priscilla » de Sophia Coppola, et je pense qu’il y a une comparaison intéressante à faire avec le film « Elvis ».
      Ce dernier a été très apprécié des spectateurs, mais j’ai personnellement été déçu parce que le film s’intéresse assez peu à l’artiste dont il porte le nom.
      J’avais l’impression de voir un « best of » du mythe Elvis plus qu’un film sur la vie d’Elvis. Tout va très vite, dans une espèce de montage épileptique scintillant et coloré.
      Le parcours du chanteur est racontée par des scènes courtes et percutantes, l' »origin story » est traitée en même pas cinq minutes (quelques secondes du petit Elvis qui danse en transe avec ses amis noirs –> quelques secondes de Elvis qui fait hurler des filles en bougeant ses hanches –> Elvis devient célèbre), et on s’attarde très peu sur les musiques. Il y a de la musique tout le temps, partout, mais sur le mode de la compilation et du best of. J’ai même pas le souvenir d’une scène qui mettrait en scène la conception d’une de ces musiques
      Après « Bohemian Rhapsody », j’ai eu envie d’écouter Queen pendant une semaine, mais là je n’ai rien retenu dans ma playlist Deezer.

      On notera aussi que les aspects « problématiques » du biographé ont été romantisées voire invisibilisées. Elvis y est dépeint comme une âme pure pervertie par le showbiz et le Colonel.
      Je pense notamment à l’anecdote du vol de la musique d’un jeune noir, son rapport aux stupéfiants et à l’alcool, ou encore… Son rapport à sa femme Priscilla.

      Leur « coup de foudre » est raconté par une scène d’une trentaine de seconde : c’est Priscilla – dépeinte comme entreprenante, sûre d’elle, et… âgée de plus de vingt ans – qui drague Elvis, pas l’inverse. Les deux tombent sous le charme l’un de l’autre, et par la suite Priscilla sera la femme compréhensive et aimante qui ne quittera son mari qu’après la goutte de trop : lui qui fait des bisous à ses fans. On notera qu’elle est très absente du film et sert juste de « character development » à notre héros.

      Le film « Priscilla » raconte tout un autre pan de l’histoire et paradoxalement, j’ai passé plus de temps avec Elvis dans ce film-là que dans son « film à lui ».
      On est sur un registre totalement opposé : les scènes sont posées, l’atmosphère est calme, le montage est doux et la musique quasiment absente.
      Priscilla a bel et bien 14 ans au début du film, et on éprouve avec elle le mélange entre la fascination et le malaise qu’elle a pu ressentir en tant que petites filles errant dans les soirées privées de son futur mari, et on éprouve son quotidien de femme sous emprise tout au long de film
      Je n’en dis pas plus pour ceux qui veulent aller le voir, mais voir ce film est un bon moyen de mettre en balance l’autre film qui est de fait frauduleux. On parle quand même d’un blockbuster qui a objectivement « omis » de parler des violences sexuelles pour mettre en valeur le mythe Elvis, alors même que la principale victime est toujours vivante

      • #29553 Répondre
        Ourson
        Invité

        Violences* plus que violences sexuelles, même si on peut objectivement parler de détournement de mineurs dans cette histoire

      • #29588 Répondre
        Ema
        Invité

        Est-ce que tu apprécies le cinéma de Sofia Coppola en general ou pas?

        • #29595 Répondre
          Ourson
          Invité

          J’ai jeté un oeil à sa filmographie et.. Je n’en ai jamais vu aucun !
          Des recommendations ?

          • #29599 Répondre
            Ema
            Invité

            Ah ok! Lost in translation a ma préférence, si tu devais n’en voir qu’un, après son premier Virgin Suicide reste un tres grand film pour moi meme si certain y voient une espece d’opération d’esthétisation de la depression.

            • #29611 Répondre
              Ourson
              Invité

              Merci beaucoup ! J’ajoute les deux à ma liste

              • #29724 Répondre
                Malice
                Invité

                Ourson, tu ne t’es pas ennuyé devant « Priscilla »?
                J’ai eu l’impression de feuilleter un catalogue de fringues. Et si le film entend dénoncer l’emprise d’Elvis sur la jeune femme, il m’a paru contre-productif tant l’héroïne est filmée comme une statuette dans son écrin et non comme un corps vivant qui suffoque à l’intérieur. Elle a beau laisser monter les larmes aux yeux de Priscilla, on se dit que ces pleurs qui les font briller sont une touche de maquillage en plus.
                D’ailleurs est-ce que le passion de cette réalisatrice n’est pas d’enfermer les jeunes filles dans leur chambre? Virgin Suicides, Marie-Antoinette, Lost in translation et maintenant celui-là…

                • #29740 Répondre
                  Papo2ooo
                  Invité

                  Mes souvenirs du Marie-Antoinette sont déjà très flous, et j’espère que ma mémoire ne me fait pas trop défaut, mais le film m’avait semblé parfait pour qui voudrait s’entraîner à appliquer les angles critiques de F. Bégaudeau.

                  -Primat de l’ordre narratif, avec réduction de la matière filmée à des décors sophistiqués , des tenues de designer et la beauté des acteurs. Ca file d’une « scène » à l’autre.
                  -Indifférence au réel, avec une scène notamment, calquée sur les scènes de fêtes nocturnes qu’on retrouve systématiquement dans les films américains de surf, où Marie-Antoinette est montrée (avec ses « copines et copains ») comme une un individu moderne qui veut juste s’amuser, rigoler au coin du feu, faire humblement la fiesta…. Marie-Antoinette en espèce d’icône pop rock au festival des vieilles charrues.
                  -Indigence politique, avec comme seule irruption des catégories populaires, une scène finale où on voit arriver une masse populaire assoiffée de sang. Comme une illustration involontaire de l’idée masse laborieuse = masse dangereuse, donc attention à faire bon usage des deniers publics.

                  Film de bourrin amha

                  J’essaierai de voir Priscilla pour confirmer si mes idées à propos de Sofia Coppola sont justes, ou si c’est moi qui regarde mal ses films.

                  • #29745 Répondre
                    Malice
                    Invité

                    Sur le thème de la jeune fille qui veut devenir une princesse ou autre récit de cage dorée, autant regarder « Spencer » si tu ne l’as pas déjà vu…

                    En plus, pas une seule scène rock n’roll dans un film sur Elvis, il faut le faire!
                    Scène symptômatique : celle où Elvis, sur scène, à Las Vegas, fait un mouvement ( une sorte de salut en forme de pas de danse), que Coppola filme évidement au ralenti…

                    • #29747 Répondre
                      Papo2ooo
                      Invité

                      Merci pour le conseil Malice. J’ai vu Ema y a pas très longtemps et j’ai été captivé de bout en bout. Je vais regarder Spencer.

                      Concernant Priscilla, donc un film sans une seule scène rock n’roll – je te prends au mot – faut quand même évoluer dans un univers mental d’une vacuité terrible pour aller s’emparer de sujets dont on se carre complètement, pour ensuite les fondre dans une esthétique « pop » et bien soignée, sans ancrage temporel ni spatial. Je connais pas très bien Elvis ou Marie-Antoinette, mais quand même, c’est pas Brandon et Gina de Los Angeles quoi.

                      Et pourtant le sujet de l’émancipation de personnages ou de la lutte intérieure pour échapper à une emprise c’est de bons sujets sur le papier, des sujets disons qui parlent à énormément de monde, identification assez spontanée, gros potentiel de vitalité. Mais ça augmente d’autant plus l’impression de vacuité quand c’est traité comme comme un sujet de magazine, d’émission télévisuelle, où les infinies variations des vies des uns et des autres sont standardisés dans un récit bien lisible, emblématique et tristement univoque.

                      • #29748 Répondre
                        Papo2ooo
                        Invité

                        Ceci dit, je vais m’arrêter ici. Je m’emballe beaucoup trop et je vais tâcher de voir autre chose que la bande-annonce du dernier Coppola pour continuer à l’ouvrir.

                      • #29770 Répondre
                        Malice
                        Invité

                        J’ai vu presque tous les Coppola et le seul qui me paraît valoir le coup, c’est Virgin Suicides :là, le style Coppola ( ennui, mélancolie) rencontre le texte du roman de Jeffrey Eugenides et n’arrive pas à détruire la matière première.
                        A propos de « Marie-Antoinette », pourquoi pas transformer la reine en ado américaine…Ce qui me gêne, c’est que cette ado se résume à un look et une pose. Comme la jeune femme de Lost in translation d’ailleurs, bien qu’elle passe pour intellectuelle donc profonde. Je me souviens d’un prof de ma fac qui avait trouvé ce personnage magnifique, sans préciser ce qu’ il avait identifié de magnifique en elle, au-delà de sa beauté. Je m’étais alors aperçu que je n’arrivais pas non plus à la décrire, pas parce-qu’elle est opaque mais parce-qu’elle est floue. Priscilla aussi traitée de cette manière: on ne saura rien de ses désirs, de ses émotions particulières ( seulement les plus génériques : jalousie quand son mec la trompe, tristesse et effroi quand il la maltraite). On entre dans sa vie et on n’en apprend presque rien. Cela convenait d’ailleurs parfaitement à « Virgin Suicides », qui épousait le point de vue de garçons qui ne peuvent pas entrer en contact avec les jeunes filles enfermées.

                      • #29791 Répondre
                        Papo2ooo
                        Invité

                        Avis beaucoup plus informé et fin que le mien sur Sofia Coppola.

                        C’est intéressant l’idée de destruction ou non de la matière première chez un.e cinéaste qui s’inspire de textes ou des biographies de personnes réelles.

                        D’emblée je pense à tous ceux qui mettent en avant le fait de trahir le matériau (donc là ok pour Sofia Coppola, on peut penser à kechiche aussi, ou Herzog, exemples sont innombrables ) et ceux qui mettent en avant qu’il faut trouver un dispositif au cinéma qui permette de transposer ce qu’on voit d’intéressant dans le texte ou la vie d’untel. Là on est dans un cas de figure où, pour la plupart des auteurs, ça veut dire imprimer sa patte particulière je pense et pas forcément trouver un dispositif cinématographique unique en son genre.

                        Mais y a quand même cette question qui persiste: On peut trahir un matériau, le triturer etc, mais à quel moment on finit juste par « détruire la matière première ».
                        Y aurait peut-être comme facteur la capacité à déceler quelque chose de propre et de puissant dans le matériau premier. Malice tu pointes que Coppola a dégoté un livre qui correspond parfaitement à son style pour Virgin Suicides (pas vu). Donc y a une rencontre profonde avec un autre auteur.
                        Mais pour une biographie, genre Marie-Antoinette, si on est pas déjà saisi par la personnalité historique, si on voit pas quelque chose de fou dans la personnalité historique au départ, autant lâcher l’affaire non ?
                        Prendre Marie-Antoinette pour en faire une ado américaine traversé par les thèmes ennui, mélancolie etc… c’est voué à l’échec je pense, parce que y a plus de rapport avec la Marie-Antoinette réelle si ce n’est les décors étincelants et de belles fringues.

                        C’est là où chez RAZ, dont on parlait plus bas, y a un vrai rapport avec Jesus et Judas par exemple. Il est humainement travaillé profondément par ces figures déjà avant de les transposer. Donc qd il imprime sa patte c’est magique.

                      • #29798 Répondre
                        Malice
                        Invité

                         » Marie-Antoinette » n’est pas un échec si tu pars du principe que les robes et le château intéressent plus Sofia que la reine qui est dedans!
                        ps : je te conseille de lire « Virgin suicides » avant ou après avoir vu le film, c’est plutôt de la balle…

                      • #30191 Répondre
                        françois bégaudeau
                        Invité

                        échange riche
                        vais quand meme tacher de voir Priscilla

                      • #30209 Répondre
                        Malice
                        Invité

                        C’est toi qui vois, mais Sofia aurait dû se concentrer sur l’ époque « The naked gun » de Priscilla

                      • #30210 Répondre
                        Ema
                        Invité

                        Oui bon résumé du cinéma de Sofia Coppola, qui aime filmer de jolies blondes dans leur cages dorées en fetichisant pas mal la dite cage. Très réussi dans le cas de Virgin Suicide je trouve, et Lost in translation fonctionne aussi pour moi. Autrement le procédé tourne un peu à vide dans ses autres films, je n’ai pas vu Priscilla en revanche mais me donne pas envie

                      • #30214 Répondre
                        Malice
                        Invité

                        Perso je ne pardonne pas à  » Lost in translation  » ce qu’il fait à ma chérie Anna Faris, chargée d’incarner le faire valoir de l’héroïne ( l’actrice inculte et vulgaire contre l’intello bon goût) le temps d’un caméo même pas drôle ( dans ce cas pourquoi faire interpréter le personnage par Anna, connue pour son abattage comique ?)

                      • #30255 Répondre
                        Ema
                        Invité

                        Ah oui cette fameuse scène, sensée si on en croit certaines rumeurs être inspirée de l’actrice Cameron Diaz. Légende ou non je ne sais pas, mais ça ne m’étonnerait pas que Sofia, petite prodige précoce et fille de son père se soit projetée dans le perso de Charlotte dans cette scène.

                      • #30270 Répondre
                        Malice
                        Invité

                        Qu’est-ce qui rapproche Charlotte et Bill Murray dans L I T?
                        Leur hauteur.
                        Bill Murray est plusieurs fois montré comme  » trop grand  » ( dans la douche, dans l’ascenseur entouré de japonais) mais il est surtout trop haut(ain). Scène horripilante où il est abordé par des fans et leur montre sa grande lassitude avant de changer de place mélancoliquement et connnardement.

    • #29581 Répondre
      Vulvio
      Invité

      Bonjour tout le monde,
      Je vous lis depuis pas mal de temps, et le dernier Microciné sur TN a fait surgir une question que j’ai bien envie de poser ici, à François mais aussi à qui voudra bien y répondre.

      Quand Samir et François discutent d’Une année difficile, il saute aux yeux que le film invite à rire contre les militants écolo. Cela m’a fait penser à un autre film, Problemos d’Eric Judor, qui lui rit contre les zadistes. D’où ma question, quelle est la différence entre ces deux films dans leur invitation à rire contre une certaine forme de radicalité (qui prête davantage le flanc à la folklorisation du côté de Problemos il faut en convenir) ?

      • #29583 Répondre
        Charles
        Invité

        Bonjour Vulvio,

        Il a déjà été répondu plus haut à cette remarque : Problemos se moque de tout le monde, pas uniquement des zadistes. Ceci dit Problemos me semble une comédie très surestimée et bancale en raison de son recours à un comique télévisuel très ringard, de type un gars/une fille, notamment s’agissant du couple (mec ronchon et potentiellement volage ; meuf castratrice), qui atténue singulièrement la drôlerie du reste (Gardin, Fraize etc.). On a en revanche là-aussi une indifférence à la réalité du militantisme dépeint.

      • #29586 Répondre
        Ourson
        Invité

        J’aurais tendance à poser la même question pour le film « Barbaque » que j’ai beaucoup aimé simplement parce qu’il m’a beaucoup fait rire, mais là aussi tout le monde en prend pas mal pour son grade et au final les « moqués » (les vegan) sont rarement dépeints comme de purs imbéciles

        • #30195 Répondre
          françois bégaudeau
          Invité

          la spécificité insupportable des Années difficile, c’est le découpage des scènes que je décris : d’un coté les deux rieurs et nous, à distance des écoféministes, de l’autres ces pauvres bêtasses qui ne se rendent même pas compte qu’on se fout de leur gueule, jamais impliquées dans la scène
          ce qui est une projection de la position du binome dans leur film

    • #29617 Répondre
      Lassou
      Invité

      Bonjour, pour vous c’est lesquels les meilleurs RAZ ?

      • #29691 Répondre
        Nicolas
        Invité

        Celui qui traîne avec Dany

      • #29696 Répondre
        Anna H
        Invité

        C’est vraiment difficile de te répondre, j’aime tous ses films. Mon préféré est Dernier Maquis.

      • #29698 Répondre
        Charles
        Invité

        Je n’ai pas vu Bled number one et le dernier maquis mais mon classement serait celui-ci :
        – Gang des bois du temple (qui est aussi le plus accessible)
        – Histoire de Judas
        – Chants de Mandrin
        – wesh wesh qu’est-ce qui se passe?
        – Terminal sud

        • #29708 Répondre
          lassou
          Invité

          D’accord merci bien, j’en ai vu aucun je vais essayer de commencer par le gang du bois du temple donc.

          • #29721 Répondre
            I.G.Y.
            Invité

            Entièrement d’accord sur le Gang, ce film m’a sauté à la gueule. Wesh Wesh vu aussi, je pense aussi qu’il ne faut peut-être pas commencer par celui-là, même s’il est intéressant

    • #29645 Répondre
      Seldoon
      Invité

      Vu Zone of Interest à l’Arlequin. Ce devait être en présence de Glazer qui nous a posé un lapin, son acteur est venu à la place. Le film est intéressant, parfois très fort et parfois j’ai pensé à ce qu’avait dit François de Zvyagintsev : on peut le prendre pour un froid, je crains qu’en fait il soit un lourd. Par exemple le film se déroulant en majorité juste en bordure du camp, avec une bande son omniprésente suggérant ce qui se passe de l’autre côté du mur (Glazer parle de deux films : celui qu’on voit et celui qu’on entend), il se joue des choses entre la vie de famille à peu près normale qu’on voit et ce qu’on entend en même temps. Malheureusement Glazer ne peut s’empêcher de truffer presque tous ses plans de rappels du camp ou de la guerre : le mur, les barbelés, des avions de guerre dans le ciel, des soldats… On est en permanence presque dans le camp, c’est dommage d’amoindrir ainsi la zone trouble dans laquelle le film promettait de se développer juste pour le plaisir de faire des images qui claquent.
      Les comédiens sont parfaits, et cela tient en partie à une méthode de tournage un peu spéciale : tournage en multi cameras (jusqu’à 10) et en lumières naturelles. Les comédiens pouvaient donc dérouler les scènes en entier, sans jamais savoir quand ils étaient cadrés, bouger de pièce en pièce sans rencontrer de projecteur ou de technicien.
      Le film a une idée géniale vers la fin, toute simple qui crée un beau vertige.
      Le tout m’a donné envie de relire la mort est mon métier, de Merle, qui de mémoire décrivait très bien et dans les moindres détails comment un petit bureaucrate pouvait pièce par pièce monter un camp d’extermination en restant focalisé sur la suite de petits problèmes concrets.

      • #29659 Répondre
        françois bégaudeau
        Invité

        Je me mets ce post de coté, je verrai le film à sa sortie.

      • #29673 Répondre
        Graindorge
        Invité

        Oooh La mort est mon métier de Robert Merle est génial. Celui là est à la bibliothèque universitaire. Je le relirai aussi avec intérêt. Merci Seldoon

      • #29734 Répondre
        Parfaitement à l’eau
        Invité

        Oui la fin est vraiment perturbante. J’ai pas d’explication sur ce qu’elle signifie mais elle est marquante.
        J’ai souvenir aussi de la scène de réunion avec tous les directeurs pour promouvoir certains postes et celle de présentation d’une optimisation des chambres.
        Je pense que le film fonctionne mieux quand on ne connait absolument rien de ce que l’on va voir.
        Tu n’as rien raté avec Glazer, il est extrêmement inconfortable dans l’exercice de présentation/discussion du film. Son mode d’expression privilégié n’est pas la. Pour tout dire, lors de la session de question réponse, j’avais juste retenu que les longs plans noirs du début et de la fin sont là pour faire la transition. Le son commence avant l’image au début pour dire que la réalité passe par là en premier lieu. Puis le même plan à la fin pour nous laisser le temps de sortir du film.

        • #29751 Répondre
          Seldoon
          Invité

          J’ai plusieurs pistes pour la fin. Christian Friedel, qui a donc remplacé Glazer et était au contraire très à l’aise avec l’exercice, en a proposé une. En tout cas ça produit son effet et ça laisse le spectateur bosser.
          Les scènes d’optimisation tu trouveras ça en plus développé dans la mort et mon métier, et d’après ce qu’on m’a dit très précisément documenté dans brévaire de la haîne.

    • #29787 Répondre
      Fanny
      Invité

      Aucun rapport avec ce qui précède (si ce n’est que vous me donnez envie de retourner voir des films). Je partage avec vous mon problème du moment : A est plutôt sang, suspense, action. B plutôt os (à ronger), ordinaire, dérision. Des idées de films regardables par A+B ?

      • #29792 Répondre
        I.G.Y
        Invité

        C’est hyper compliqué comme problème, avec ce mot « ordinaire » en invité surprise. J’ai Jackie Brown de Tarantino qui me vient, parce qu’il n’est pas trop « invraisemblable » de mémoire; un vieux souvenir d’une comédie d’action pas vue depuis longtemps aussi, The Nice Guys.

        Si on enlève « ordinaire » : Sailor et Lula ou même Mulholland Drive chez Lynch, chez Gilliam l’Armée des Douze Singes par exemple (c’est pas une comédie mais y’as vraiment des moments marrants), chez les frères Coen y’aurait Fargo qui me passe par la tête.
        .
        Je suis très intéressé par les autres suggestions.

        • #29793 Répondre
          I.G.Y
          Invité

          Ah si j’oubliais Logan Lucky de Soderbergh, que je n’ai pas vu et que je veux vraiment voir, je pense que ça peut correspondre!

        • #29794 Répondre
          Papo2ooo
          Invité

          Oui, Lynch c’est bien vu je trouve. Pourquoi pas Twin Peaks (saison 1 et 2) ?

          • #29807 Répondre
            françois bégaudeau
            Invité

            J’ai l’impression qu’avec Lynch c’est quand même A qui va etre servi et B lésé.
            J’aurais plutot parler d’Anatomie d’une chute par exemple.

            • #29810 Répondre
              I.G.Y
              Invité

              Je trouve que « dérision/humour » est beaucoup plus présent chez Lynch que dans Anatomie pourtant. Action pareil. Pour ordinaire, en revanche, c’est vrai.

              • #29811 Répondre
                I.G.Y
                Invité

                Action c’est dans A donc je retire ma remarque sur « action »

                • #29812 Répondre
                  Charles
                  Invité

                  Enquête sur un scandale d’Etat conviendrait bien.
                  Ou alors un Verhoeven, comme Elle ou Black Book.

                  • #30121 Répondre
                    Fanny
                    Invité

                    Avec les trente premières minutes d’Enquête sur un scandale d’Etat, A+B sont au moins tombés d’accord sur une chose : ils se sont bien fait chier.
                    A : Depuis quand on démarre un film comme ça ?
                    B : Au moins y a un peu de bordel sur la table de chevet.
                    A : Les mouvements de caméra sont bizarres.
                    B : Le gars est peut-être espionné ?
                    A : En fait non.
                    B : C’est quoi ce dialogue ?
                    A : Les ellipses c’est pas pour les chiens.
                    B : Je pensais t’avoir trouvé un film.
                    A : Sur arte ?
                    B : J’avais lu « plongez dans un film d’investigation journalistique et un polar sinueux, insipirée de l’enquête menée par notre enquêteur… »
                    A : « notre enquêteur » ! Z’allaient pas dézinguer le film tout de même.
                    B : Ou bien on est trop ploucs pour apprécier.

                    • #30122 Répondre
                      I.G.Y
                      Invité

                      Pour moi ce film correspondait trop peu au « cahier des charges », c’est clair (mais pour ma part j’ai trouvé ça très bien^^)

                      • #30124 Répondre
                        Fanny
                        Invité

                        Si tu me dis que ça décolle après les trente premières minutes, je suis prête à poursuivre le visionnage seule. Mais j’ai vraiment du mal avec les dialogues. Je n’arrive pas à voir les personnages, je vois les acteurs se dépêtrer avec leur texte.

                      • #30126 Répondre
                        Seldoon
                        Invité

                        Ca reste sur le même ton tout le long, c’est pourquoi pas mal de gens s’y sont bien emmerdé et ont raté le film. Par contre y voir les acteurs se dépêtrer avec leur texte est une prouesse.

                      • #30131 Répondre
                        françois bégaudeau
                        Invité

                        De toute façon je n’ai jamais cru à cette requête de A et B, avec ingrédients demandés. Ca partait mal
                        Accessoirement, Enquête est un grand film. Une GO existe dessus, qui peut etre répondra à tes questions, à supposer que tu te les poses vraiment.

                      • #30134 Répondre
                        I.G.Y
                        Invité

                        +1 pour la gêne, je l’ai réécoutée après avoir vu le film. Plein de choses très justes dedans. Je l’aurais complètement qualifié de grand film (pour moi) s’il y avait eu quelques scènes d’action de ci de là, pour créer des effets de contraste, un peu comme l’a si bien fait RAZ dans son dernier. Mais la scène d’attaque à la fin dans Enquête est très bienvenue, particulièrement bien menée, le film aurait beaucoup perdu sans elle.

                      • #30145 Répondre
                        Fanny
                        Invité

                        Je voulais surtout dessiner deux tendances et chercher un terrain d’entente. J’aurais pu dire M. Walking dead pour A et Mme Historias minimas pour B. C’est vrai que c’est caricatural.
                        Merci de me signaler la GO. Pour A, tant pis, je ne vais pas lui infliger la suite, mais pour moi, vu tous les commentaires positifs, je me dis qu’il faut que j’insiste. Je suis curieuse d’entendre comment on défend ce film, ou du moins ce que j’en ai vu jusqu’à présent.

                      • #30147 Répondre
                        Guéguette
                        Invité

                        Enquête sur un scandale d’état est incroyable, et m’a fait rattraper « Une vie violente » qui m’a encore plus mis par terre. Il me hante un peu.

                      • #30133 Répondre
                        Charles
                        Invité

                        Je rejoins Seldoon, le film est génial du début à la fin, donc si tu n’as pas aimé les 30 premières minutes tu n’aimeras pas davantage le reste.
                        Dans ce cas, je recommande plutôt Bullet train, plus accessible.

                      • #30146 Répondre
                        Mao
                        Invité

                        « Dans ce cas, je recommande plutôt Bullet train, plus accessible. »
                        Quelle cruauté !

                  • #31571 Répondre
                    Fanny
                    Invité

                    Je ne peux pas retirer ma première déception, liée à mes attentes un peu obtuses derrière « polar » et « film d’investigation », mais je retirerais volontiers mon message à l’emporte-pièce ci-dessus. J’ai mieux suivi à partir du moment où j’ai compris que le film ne portait pas tellement sur l’enquête comme élucidation, mais plutôt sur l’aspect journalistique, avec l’enjeu du livre en particulier. De la GO je retiens plan-séquence, caméra éloignée et captation, qui m’aident à comprendre une bonne part de ce qui m’a perturbée.

                    • #31588 Répondre
                      françois bégaudeau
                      Invité

                      le film porte sur l’enquête, il porte bien. son nom
                      mais c’est l’enquête même qui l’intéresse, et moins son contenu

                      • #31723 Répondre
                        Fanny
                        Invité

                        D’accord. J’avais en tête une sorte de stéréotype de l’enquête, qui avancerait implacablement vers la vérité grâce à la rigueur, l’obstination et autres divers dons de l’enquêteur. Là effectivement il y a enquête mais sur le mode de l’interrogation, de l’incertain, du doute. Ce qui colle probablement mieux au vécu d’un enquêteur.

                      • #32268 Répondre
                        Talel
                        Invité

                        Le film dont tu parles est Spotlight(2015), c’est plus convenu donc moins intéressant.
                        Je trouve que dans « Enquête sur un scandale d’État » y’a un coté comment une histoire est « raconté » journalistiquement mais ce n’est pas uniquement ça. Ce coté là a déjà été vu plein de fois par le cinéma américain avec plus ou moins de succès.
                        Je sais pas pourquoi je pense à Ace in the hole (1951) en disant ça…

          • #29815 Répondre
            Seldoon
            Invité

            S’il faut tenter Lynch c’est une histoire vraie qui serait le terrain d’entente. Récemment vu en ciné club, Certain Women de Reichardt se tente avec cette histoire de prise d’otage mais pourrait se sentir arnaqué par la suite. Ce qui m’amène à un cinéma qui joue plus franchement la carte du genre : quelques freres Coen bien choisis.

            • #29817 Répondre
              I.G.Y.
              Invité

              J’ai adoré Une Histoire Vraie, mais pour Action/sang… j’ai écarté d’office^^

              • #29820 Répondre
                Seldoon
                Invité

                Tu as raison mais il joue régulièrement sur une atmosphère qui te promet du thriller, c’est pourquoi il passe parfois bien chez les gens qui demandent du sang.

                • #29822 Répondre
                  I.G.Y.
                  Invité

                  Effectivement ça peut créer une bonne surprise. Une fois le pitch dit, faut bien préciser à la personne de ne pas s’inquiéter

                • #29823 Répondre
                  françois bégaudeau
                  Invité

                  Je suis d’accord sur les Coen. Barton Fink.

                  • #29824 Répondre
                    Seldoon
                    Invité

                    Puisque Tarantino a été évoqué : Boulevard de la mort (qu’il ne faut jamais arrêter de soutenir), et aussi les Paul Thomas Anderson des années 90. Et il y a pas mal de trésors à aller chercher dans le cinéma américain des années 70, qui tenait souvent cette ligne un peu magique du compromis que tu cherches. Jusqu’au chef d’œuvre de la période : Deer Hunter. Beaucoup d’ordinaire, beaucoup de sang.
                    Ce post n’a pas été sponsorisé par François Bégaudeau, je suis libre de mes opinions et j’ai acheté chacun de ces films avec mon argent.

                    • #29830 Répondre
                      Charles
                      Invité

                      Perso j’ai un film pour Miller’s crossing mais c’est peut-être un poil méta ou trop référencé, entre le parodique et le premier degré.

                      • #29837 Répondre
                        Charles
                        Invité

                        faible*, pas film.

                      • #29838 Répondre
                        Malice
                        Invité

                        J’ai regardé hier le thriller en huis clos  » That cold day in the park » de Robert Altman et j’ai été captivée tout le long

        • #29821 Répondre
          Zyrma
          Invité

          The House that Jack built

      • #29813 Répondre
        Mélanie
        Invité

        Nouvel ordre, Terminal sud ?

        • #29816 Répondre
          Mélanie
          Invité

          Ils sont pas très drôles par contre

      • #29814 Répondre
        Mao
        Invité

        Pusher. La trilogie.

      • #29832 Répondre
        Ostros
        Invité

        Moi je te conseille les Ostlund chez qui tu trouveras plein de choses, la mise en scène travaillée, la réflexion, le burlesque, la cruauté, et des histoires issue de nos quotidiens et de ceux des bourgeois.

      • #29896 Répondre
        Ema
        Invité

        Même si ce n’est pas ma tasse de thé certains Guy Ritchie pourrait correspondre à ce que tu cherches (layer cake, snatch, arnaque crime et botanique) d’ailleurs si tu cherches tu côte de nos amis les anglais tu trouveras pas mal de films qui mêlent action et dérision avec des histoires alambiquees de petits malfrats ridicules.

      • #29936 Répondre
        Fanny
        Invité

        Merci !

    • #29799 Répondre
      Ostros
      Invité

      Enquête sur un scandale d’État sur Arte en ce moment.

      • #29809 Répondre
        riviere
        Invité

        Salut et merci Ostros, depuis le temps que je veux le voir.

        Contre-don: sur mk2curiosity
        Dreyer Jour de Colère
        Lanthimos Canine

      • #29818 Répondre
        I.G.Y.
        Invité

        Décidément ce Enquête sur un scandale d’Etat revient souvent dans la liste des bons films. Mais il a quoique ce soit de drôle ? Merci d’avoir signalé pour Arte, je regarderai ce soir (encore malade…)

        • #29828 Répondre
          Charles
          Invité

          Non, Enquête sur un scandale d’Etat est un film très sérieux, on ne rigole pas vraiment (ou alors jaune).

        • #29829 Répondre
          Ostros
          Invité

          Bon courage

          • #29941 Répondre
            I.G.Y
            Invité

            Alors effectivement ça n’est pas drôle pour un sou, mais super film. Usage assez remarquable de la musique soit dit en passant, pas sans me rappeler Pacifiction (sur ce point comme sur d’autres)

            • #29943 Répondre
              Ostros
              Invité

              Contente que le film t’ait plu.
              Le travail sonore est assez bien mené en effet.
              (Mon bon courage était pour ta lutte contre le virus ^^)

              • #29958 Répondre
                I.G.Y
                Invité

                J’avais saisi, mais j’avais aussi bien aimé la double interprétation possible haha

    • #29932 Répondre
      Parfaitement a l’eau
      Invité

      Nashville c’est un sacré film aussi. Faudrait que je le revois d’ailleurs.
      J’arrive pas à trouver Mariage, quelqu’un l’a vu ?

      • #29933 Répondre
        Parfaitement a l\’eau
        Invité

        Oups mauvais topic

    • #30060 Répondre
      Anna H
      Invité
      • #30068 Répondre
        Tony
        Invité

        Merci Anna H,content de savoir que François a passé,comme moi,un bon moment avec Barbie dont la forme, pour le coup,a été bien occultée alors que son examen serait,je crois,assez intéressant,ne serait-ce que dans la réussite de ce théâtre de poupées qui nous paraît si vrai,comme un enfant croit pour de vrai quand il y joue,en tout cas c’est la première fois que je voyais cette expérience enfantine aussi bien restituée.

        • #30081 Répondre
          Papo2ooo
          Invité

          Merci Anna. On écoutera.
          Très très plaisante surprise également de voir Alain Brossat parmi les invités de la chaîne.
          Ce philosophe ami est plutôt rare dans ses interventions publiques je crois.
          La lecture de « droit à la vie » m’avait marqué à 18 ans. Première fois que j’entendais parler de biopolitique et de biopouvoir, et même de Michel Foucault ahah. Ca avait été libérateur. Même si avec ma situation de tout jeune adulte à l’époque, j’avais bien payé mes excès en tous genres ahah

          • #30082 Répondre
            Papo2ooo
            Invité

            « Droit à la vie ? » plutôt*
            Le point d’interrogation est indispensable

    • #30078 Répondre
      Tony
      Invité

      Pendant ce temps là Soderbergh n’arrête pas, après une année 2023 riche d’un film et de 2 séries,il sort un nouveau film le mois prochain et en prépare un autre dont le tournage commence en Mai,il est vraiment incroyable
      https://www.ecranlarge.com/films/news/1501105-thriller-espionnage-torride-casting-black-bag-steven-soderbergh

      • #30095 Répondre
        françois bégaudeau
        Invité

        Mais où va sortir tout ça?

      • #30103 Répondre
        Charles
        Invité

        Un de ses films est actuellement présenté à Sundance, tourné en 3 semaines : c’est un film de fantômes narré depuis le point de vue du fantôme, où ce qui serait le plus effrayant serait donc non pas le fantôme mais le comportement des gens normaux habitant la maison hantée. Les critiques américaines sont pour le moment élogieuses.
        On retrouvera tous ses films en SVOD, j’imagine.

    • #30222 Répondre
      Guéguette
      Invité

      Déçu par « l’envol ». Ça partait bien pour installer sa façon d’approcher visuellement le film d’époque…et puis après j’ai jamais compris de quoi il voulait nous parler. Il accumule le tragique sans vraiment traiter de sa réelle provenance ou que faire avec. Le thème des sorcières vient comme un cheveu sur la soupe. Même sa façon de filmer a fini par m’agacer, avec ses mini div à l’épaule façon vidocq…Parfois on comprend l’enjeu d’une scène après qu’elle soit finie…On a jamais le temps de s’investir émotionnellement dans une scène, mais on a pas non plus de tableaux confondants de sens ou de beauté…Je suis complètement passé à côté.

    • #30246 Répondre
      martin
      Invité

      On sait de quoi va traiter la prochaine gêne ? Le Lanthimos ou le Haynes ? Voir le documentaire Jeunesse ?

      • #30305 Répondre
        o
        Invité

        Du coup qui a vu Jeunesse ? C’était mon premier Bing et mon avis n’est pas fait. Je n’en garde pas un grand souvenir, sinon celui d’avoir été plongé dans un bain d’images et de sons. J’ai été frappé par la dextérité des ouvrières. Je n’ai pas été surpris par les conditions de travail atroces mais c’est toujours bien de le voir illustré et pas juste comme quelque chose qu’on devine.

    • #30247 Répondre
      martin
      Invité

      *voire

      • #30249 Répondre
        françois bégaudeau
        Invité

        Le Lanthimos. En ligne samedi
        Le Todd Haynes j’y crois peu. On verra

    • #30256 Répondre
      Ema
      Invité

      Quelqu’un a lu le dernier dossier « bourgeois gaze » de Frustration Mag? Il est particulièrement taillé à la serpe celui, le sort de chaque film est réglé en quelques lignes lapidaires…

    • #30494 Répondre
      Charles
      Invité

      https://www.technikart.com/4-jours-pour-enterrer-un-film/
      Cirque des acteurs, épisode numéro 7156274.

    • #30500 Répondre
      Mathieu
      Invité

      Le moment où j’ai le plus levé les yeux au ciel, c’est quand même sur la phrase: « il part écrire le prochain Audiard, une comédie musicale en espagnol sur un narco qui transitionne ». On dirait le pitch d’un mauvais Adam Sandler, on prend deux trucs randoms dans l’ère du temps ( les narcos et les trans) et on les met ensemble pour faire n’importe quoi. Et en plus c’est Audiard, donc on sait d’avance que ce sera jamais drôle et que le projet sera full premier degré

    • #30506 Répondre
      Gwendoline
      Invité

      Bonjour,

      Quand a lieu le prochain ciné-club à l’Arlequin et quel est le film au programme? Je ne parviens pas à trouver l’information sur le site du cinéma. Merci.

      • #30508 Répondre
        Zyrma
        Invité

        Introduction de Hong Sansoo le 13 (selon l’annonce de la dernière fois)

    • #30609 Répondre
      Albert Bloch
      Invité

      Bonjour a tous, est ce que quelqu’un ici a vu May December? Je l’avais vu en septembre dernier en festival et en avait retenu un truc tres americain, faussement subversif et un peu lourdingue. J’avoue etre assez surpris par la reception critique tres positive dont le film a beneficie.

      • #30612 Répondre
        françois bégaudeau
        Invité

        pazencore

      • #30684 Répondre
        Malice
        Invité

        Je l’ai vu et la seule chose qui m’a accrochée dans le film est le fait que le héros ( mari de Julianne Moore) semble avoir le même âge ou presque que ses enfants. Il m’a semblé qu’il y avait quelque chose de passionnant à développer à cet endroit ( le père est à la fois un ado et un adulte, il a plusieurs âges).
        On aurait pu faire le film sans le personnage de Natalie Portman et simplement chroniquer la vie quotidienne de cette famille, mais le film finit par se réduire autour de la figure de la victime, ce qui appauvrit le personnage masculin, qui aurait pu être complexe et troublant.

        • #30688 Répondre
          Papo2ooo
          Invité

          J’ai vraiment trouvé le personnage du mari complexe et troublant pour ma part 🙂 Assez touchant aussi.

          Visuellement il y a plusieurs idées pour rendre cette confusion, cet arrachement à la temporalité normale.
          Très marrante la scène sur le toit par exemple avec le fils, gênante à souhait. La scène au restaurant en famille est aussi très bien menée pour pointer la confusion, avec l’ajout soudain de plusieurs membres. La scène de la bière au début… Et même tout du long je trouve, que Haynes arrive à créer du trouble.

          Des détails intéressants, du genre la décoration de la maison par exemple, qui jure complètement avec le mari. Déco hyper vieillote. Or on sait que l’aménagement d’un lieu de vie est quand même indicateur de quelque chose dans une relation.

          Le sujet du film pour moi, c’est aussi que c’est le regard de l’autre sur nous qui nous fragilise, qui crée le malaise, qui met en lumière les moments où notre vie a dérapé. Et Portman, comme les enfants, où comme les fan qui sont pendus aux lèvres d’une célebrité, montrent ça. Un peu le côté, si on est exposé, on peut prendre cher. D’ailleurs Portman qui soit est complètement fermée sur elle-même, soit doit dire des choses wtf pour correspondre à sa personnalité de célébrité (cf. qd elle parle avec les lycéens). On voit que le jeu des questions-réponses a tendance à mettre dans la panade celle ou celui qui est questionné sur soi.

          • #30690 Répondre
            Malice
            Invité

            Le mari semble parfois être déguisé en adulte et j’ai aimé ce que ça dit de tout adulte qui porte un costard ou participe à des rituels d’homme : allumer et gérer le barbecue, féliciter les gosses qui ont leur bac…
            Mais le film ne va pas assez loin sur ce sujet, quand ç’aurait pu être son coeur.
            La scène du toit est une tentative intéressante mais pourquoi faut-il qu’elle finisse si mélancoliquement? Pourquoi faire forcément de ce personnage un homme triste? Et les femmes qui l’entourent des égoïstes et/ou des castratrices, face auxquelles il n’est qu’un petit garçon perturbé ayant refoulé son traumatisme ( au point, et c’est assez difficile à avaler, d’avoir fondé une famille avec son agresseur) ? Pourquoi s’emparer d’un fait réel si compliqué si c’est pour le résumer à un énième plaquette préventive sur le thème : on ne couche pas avec un môme de 12 ans?

            • #30691 Répondre
              Papo2ooo
              Invité

              Ah je fais pas la même lecture 🙂

              Le trait « ado » du père est effectivement très grossi, exagéré, donc sûrement un manque de subtilité, mais je trouve pas qu’il est tout le temps en train de subir.

              J’ai l’impression que ses enfants l’apprécient dans le film et d’une certaine façon le respecte.
              Entre Grace et lui aussi, je dirais pas qu’il est « castré » ou est écrasé dans la relation entre les deux. Je vois pas non plus l’aspect traumatisme prédominant.
              C’est je trouve les conséquences pratiques pour un préado de se mettre avec une personne adulte – et de fait agresseur sexuel devant la loi – et de fonder un couple puis une famille, malgré le gros écart d’âge, qui crée ces déséquilibres.

              Grace a certains moments pète des cables. C’est je pense, quand elle a peur de se retrouver toute seule, ou qu’elle craint que les désequilibres dans la relation soient visibles au grand jour.

              • #30693 Répondre
                Papo2ooo
                Invité

                Tout à fait d’accord en revanche sur les rituels d’hommes (barbecue, etc) qui peuvent être aliénants. J’avais pas noté, et c’est en effet montré à plusieurs endroits du film.

                • #30694 Répondre
                  Papo2ooo
                  Invité

                  Ca aurait sans doute mérité d’être creusé.

                  • #30698 Répondre
                    Tony
                    Invité

                    C’est bizarre tout ça,on ne sait pas vraiment quelle histoire ça raconte,on a d’un côté une actrice hollywoodienne qui cherche à se mettre dans la peau de son personnage sans que l’on sache si elle en cherche la vérité ou la confirmation de ce qu’elle en a imaginé,et ce couple mal assorti dont on ne perce pas vraiment l’opacité,Juliane Moore nous apparaît à la fois monstrueuse, étrange et banale alors que son mari semble ne pas être fini,un peu comme les insectes qu’il élève,immature, comme si un trauma avait stoppé sa croissance,on a d’ailleurs l’impression qu’il est encore puceau lorsqu’il couche avec Portman, c’est pas très convaincant tout ça.

                    • #30714 Répondre
                      Malice
                      Invité

                      L’image du papillon m’a paru lourde et finalement trop vague : symbolise-t-elle la jeunesse perdue ou au contraire jamais quittée? Le fait que le père a envie de quitter la famille qui l’étouffe comme un cocon? Ou au contraire le fait qu’il a besoin de ce cocon pour vivre?
                      Au sujet de la mère, elle coche tout de même beaucoup de cases de l’épouse-matriarche toxique : comptant les bières bues par son mari, offrant un pèse-personne à ses filles, soulignant la taille des bras de celle qui est un peu ronde, mettant sur le dos de son mari l’entière responsabilité de leur liaison, refusant le dialogue avec lui et dénigrant son autre fils…La façon dont Portman l’interprète dans la dernière séquence est, je trouve, révélatrice : cette femme est une prédatrice qui se venge sur le jeune homme de son propre trauma…

                      • #30722 Répondre
                        Tony
                        Invité

                        Oui d’ailleurs c’est lourdement signifié quand on la voit en tenue de chasseur dans un bois,c’est à l’image de tout le film,tout est souligné lourdement avec en bonus les gros sabots de la musique.

                      • #30758 Répondre
                        Malice
                        Invité

                        La musique de « faites entrer l’accusé » en plus!
                        (Qui est de Michel Legrand paraît-il.)

    • #30774 Répondre
      Parfaitement à l’eau
      Invité

      J’ai rattrapé Chien de la casse hier soir, pour un premier film c’est assez prometteur. Quenard très bon, mais j’ai aussi bien aimé l’interprétation de Dog, qui est juste. Le principal problème est l’écriture du personnage de Quenard, le trait est un peu forcé sur le côté cultivé, gentil avec les anciens et éducateur avec Dog ou même sa mère. Le gros point fort, pas assez exploité mais qu’on perçoit par moments est la mise en valeur des paysages d’Occitanie, absolument grandioses ! J’ai aperçu le potentiel d’un western, et je veux voir ça.

      • #30776 Répondre
        Charles
        Invité

        Je l’ai aussi rattrapé hier, j’ai beaucoup de réserves dessus. Je trouve que ça sent trop le scénario CNC retravaillé mille fois, surpensé et donc parfois assez factice. Le personnage de Quénard est certes fascinant mais comme tu dis très forcé, c’est quasiment un extra-terrestre. M’agace un peu le personnage féminin dont on a voulu faire une lettrée de façon improbable et sans aucune nécessité dans le film. Evidemment Quénard est génial, c’est l’atout principal et presque exclusif du film qui est par ailleurs très platement filmé.

        • #30777 Répondre
          Malice
          Invité

          J’ai tiqué sur le traitement des mecs de banlieue, qui se résument à leur violence envers Dog – et je me suis demandé s’ils ne sont pas les personnages repoussoirs chargés de mettre en valeur les villageois.

          • #30806 Répondre
            Parfaitement à l’eau
            Invité

            Tous les personnages sont un peu taillés à la serpe, limite caricaturaux, les 3 femmes sont pour 2/3 l’objet de discorde d’ailleurs, pas génial. Le seul personnage qui me parait crédible est Dog, qui a des réactions « normales ».

            • #30807 Répondre
              Parfaitement à l’eau
              Invité

              Je garde en tête surtout les paysages, je n’avais jamais vu l’Occitanie comme ça, l’hiver, les espaces vides avec des montagnes à l’horizon, des espaces très secs sous les nuages. C’est vraiment très beau.

              • #30836 Répondre
                Malice
                Invité

                Je me souviens d’une scène où le pote dominateur chahute avec dog sur un canapé et où ses gestes deviennent progressivement homo érotiques; c’était la meilleure partie du film pour moi.

                • #30843 Répondre
                  Parfaitement à l’eau
                  Invité

                  Oui c’est vrai, et ensuite c’est complètement abandonné cet aspect. Alors qu’il y a clairement des choses à élucider.

                  • #30844 Répondre
                    Malice
                    Invité

                    C’est le syndrôme Rob Reiner :  » y a que mon copain qui compte mais jamais on ne me filmera en train de lui rouler des pelles »

            • #30878 Répondre
              Arnaud
              Invité

              Le dispositif ressemble plutôt celui de la comédie avec des traits un peu forcés et des personnages purement fonctionnels comme celui de la fille. Mais la qualité de la direction d’acteurs compense. C’est assez fin.

              • #30883 Répondre
                françois bégaudeau
                Invité

                Je suis étonné qu’il ne soit pratiquement pas question du personnage de l’actrice ici, alors qu’il est au centre.
                Je suis étonné et pas, car c’est un personnage assez incompréhensible.
                Ce film est soit infiniment complexe soit raté. Je n’ai pas tranché.

                • #30915 Répondre
                  Tony
                  Invité

                  En effet on ne sait pas trop ce qui se joue avec ce personnage d’actrice et,sinon,sur un plan formel,qu’est-ce que t’en as pensé?

                  • #30921 Répondre
                    Tony
                    Invité

                    Je croyais que François parlait de May december.

                    • #30925 Répondre
                      Monami
                      Invité

                      Je pense aussi. Ça me paraît compliqué de qualifier le film Chien de la casse de « infiniment complexe »

                      • #30926 Répondre
                        Tony
                        Invité

                        Rire moi aussi ça m’étonnait

                      • #30927 Répondre
                        Papo2ooo
                        Invité

                        Je me joins à la question de Tony !

                        Sur certaines images comme la chenille ou Gracie qui chasse, j’ai pas vraiment fait attention pour ma part. J’ai d’ailleurs oublié ces moments après coup.
                        Si on s’y arrête, on peut voit des images symboliques poussives, une façon de surligner avec des trucs fait 500 fois.
                        Mais est-ce qu »il est certain que Haynes investissent tellement ces images dans le dispositif de son film. Pour ma part j’exclue par l’hypothèse de « fausses-pistes » même si je veux pas donner l’impression de défendre le film à outrance. (Pas d’attachment particulier à Haynes de mon côté, premier film que je vois de lui.)

                      • #30931 Répondre
                        Papo2ooo
                        Invité

                        Je note Tony des choses contradictoires dans ta critique !
                        A un endroit, tu dis que tout est souligné lourdement, gros sabots, et à un autre qu’il est difficile de comprendre ce que cherche à raconter le film, couple opaque…
                        On revient à a question: film con ou film complexe?

                      • #30934 Répondre
                        Papo2ooo
                        Invité

                        Et pour répondre à ce que disait Malice à propos de Gracie:
                        Compter les bières, faire des remarques sur le poids, acheter une balance (tradition familiale dit-elle à sa fille) ne suffit pas à faire un personnage essentiellement négatif. J’y vois juste un inconscient de control freak assez banal et répandu, transmis avec les générations, même si toxique pour l’image de soi des gosses.

                      • #30938 Répondre
                        Tony
                        Invité

                        Sur l’opacité du couple,même si le film souligne l’emprise de Grace,on se demande quand même quel est le secret de sa longévité et le personnage de Grace reste lui aussi assez mystérieux,on se demande aussi si l’actrice ne projette pas sur elle ses propres fantasmes,bref c’est pas très clair.

                      • #30946 Répondre
                        Papo2ooo
                        Invité

                        Oui, je suis d’accord, tout ça m’échappe un peu (pas en mal).

                        J’en rajoute une couche, au risque de dire une connerie.
                        Est-ce que c’est pas un film piégeux par excellence pour le critique – comme ce qu’avait dit François à propos de Barbie – dans le sens où il va nourrir bcp de critiques qui tournent sur les question d’emprise, de domination et d’essayer de donner une consistance morale au bordel.

                        Alors que le sujet du film, ce qu’il fait concrètement, est ailleurs. A savoir pour moi : distiller de la gêne, du trouble, de plus en plus fortement au fur et à mesure que le film avance. Mais une gêne liée à des scènes spécifiques, faire l’amour comme un puceau tu disais plus haut, détruire le dialogue dans ses proportions assez incroyables (scène au bord du lit).
                        Natalie Portman qui s’inscrirait dans ce dispositif, en étant gênante à cause de son discours ridicule et répétitif sur la vérité, en étant au final gênante dans ce qu’on aperçoit à la fin du film en train de se faire : une minable parodie avec des acteurs qui vampirise tout le réel ?

                        + le trouble autour de la situation enfant/père de Joe

                      • #30986 Répondre
                        Tony
                        Invité

                        Oui le film se finit par cette séquence grotesque de tournage où l’actrice fait caresser un serpent par le jeune interprète,on comprend le symbolisme de la scène et on entrevoit le nanar qui va en résulter, c’est une fin à la fois ironique et assez cassante sur l’industrie hollywoodienne et le pouvoir de l’actrice,aussi prédatrice que son modèle.

                      • #30944 Répondre
                        Malice
                        Invité

                        Je veux bien que tu me cites le nombre de scènes où Gracie n’est pas pénible, qu’elle agisse comme une femme-enfant à rassurer ou comme une mère humiliante. Ses enfants eux-mêmes passent le film à la subir et la désapprouver. Le foyer que son fils a hâte de quitter est présenté comme principalement empoisonné par cette femme ( le mari étant une victime parmi les autres).
                        Ce que je trouve étonnant est que, même si je n’ai jamais aimé les films de Todd Haynes, il m’avait semblé que dans les précédents, il prenait la défense des femmes au foyer frustrées.

                      • #30945 Répondre
                        Malice
                        Invité

                        (Je répondais à Papo)

                      • #30950 Répondre
                        Papo2ooo
                        Invité

                        Il faudrait que je réfléchisse un peu Malice 🙂

                        J’arrive pas à trouver quelque chose à répondre à ta question, autrement que: le film, quand j’étais sorti de la salle, m’avait frappé comme étant féroce avec ses protagonistes principaux.
                        Et aussi: Fallait-il que Haynes prenne la défense des femmes aux foyers frustrés dans ce film ? (c’est une vraie question, j’ai pas les armes là pour répondre)

                        Désolé je réponds à une question par une question.

                      • #30993 Répondre
                        Malice
                        Invité

                        Le film n’est féroce, il me semble, qu’ avec les deux femmes ( la mère et l’actrice).
                        En ce qui concerne les desperate housewives, je ne tiens pas forcément à ce que les films de Haynes les défendent; je remarque juste qu’il cesse de se mettre à leur place quand elles détournent des mineurs. Qu’en tant que personne, il ne veuille pas le faire, c’est son droit; mais dans son film, ça donne lieu à une caricature. Je m’étais dit la même chose à propos du « Consentement », où Matzneff est tellement affreux et ridicule qu’on ne peut à aucun moment entrer en contact avec Vanessa, puisque son amour pour lui reste incompréhensible.

                      • #31000 Répondre
                        françois bégaudeau
                        Invité

                        Est assez étrange en effet l’indifférence totale du scénario à
                        -l’idylle en elle-même, entre Gracie et Joe. Comment elle s’est jouée vraiment. Par exemple nous n’aurons jamais le récit de Gracie sur cette passion.
                        -les années de prison de Gracie
                        A y repenser je me dis que le film est complètement à charge contre elle (alors que j’étais parti betement sur l’idée qu’elle était d’abord une victime – d’une répudiation collective)
                        Reste le mystère de cette actrice, de loin le personnage le plus « ouvert » (tout le reste est au fond assez verrouillé)

                      • #31010 Répondre
                        Malice
                        Invité

                        J’aime bien l’idée que l’actrice ait une vie sentimentale ( ou simplement sexuelle) libre et qu’elle soit visiblement impliquée dans une liaison avec une personne engagée de son côté. Je pensais qu’elle allait permettre de révéler le côté aventureux et sensuel du mari, et peut-être même un aspect un peu plus filou sa personnalité.
                        Dommage qu’on ne sache rien de la façon dont lui et Gracie se sont rapprochés dans le passé – hormis dans les séquences où des acteurs les incarnent ( dans le téléfilm qu’étudie l’actrice et quand elle joue elle-même Gracie à la fin).

                      • #31043 Répondre
                        françois bégaudeau
                        Invité

                        Je repense soudain à ces textos qu’envoie et reçoit Joe. Qu’est ce donc que ça? Genre de trous qui me fait aimer le film.

                      • #31076 Répondre
                        Malice
                        Invité

                        Je pensais qu’il avait peut-être lui aussi une romance extra-conjuguale – ou une amitié sur le point d’éclore en liaison, qu’on découvrirait au cours du film ( ç’aurait pu être une séquence forte du film). La scène de sexe avec l’actrice aurait pu permettre un élan vital comme celui-là mais elle aboutit à la dépression.

                      • #31082 Répondre
                        françois bégaudeau
                        Invité

                        je pense que c’est ça oui, mais deux choses sont notables :
                        -ça n’ira pas plus loin dans le récit
                        -les textos eux mêmes sont assez timides, on sent que c’est même pas encore sexuel
                        On en est à une hypothèse d’esquisse de commencement d’un truc. Très bien vu ça.

                      • #31086 Répondre
                        Monami
                        Invité

                        Ça ne va plus loin mais on sent que va fait partie de l’arc narratif de la prise de conscience du mec, qu’il cherche a s’évader de sa prison en quelque sorte. Peut-être provoquée par l’arrivée de lactrice ou du départ proche des enfants. Ce qui l’a incité chercher à transformer en adultère ce qui était visiblement jusque là qu’une amitié fondée sur l’amour des chenilles et des papillons (qui vient d’un groupe facebook me.semble t il)
                        Tout ça n’est pas très mystérieux cela dit j’aime bien la manière pointilliste dont c’est écrit. Un peu à la Tar

                      • #31187 Répondre
                        Sam
                        Invité

                        Oui il s’agit d’une membre du groupe facebook sur les papillons. Joe parle à un moment à Elizabeth de cette fille qui met des bâtons dans les cages pour aider les papillons à grimper et à faire leurs chrysalides. J’ai senti une dimension comique et parodique dans la représentation de Gracie en prédatrice -dans la tradition soap opera- donc ça m’a moins agacé que toi Malice. Je pense en particulier au moment où elle cloue le bec à l’actrice après la remise des diplômes en lui disant qu’elle n’a jamais été agressée par ses frères et en l’attaquant avec le « insecure people ». Comme dans les mauvais téléfilms on dirait que c’est le moment clé où elle révèle sa vraie nature machiavélique sauf que ça sonne faux comme la sidération d’Elizabeth et ses petites convulsions. Ce qu’elle révèle c’est à quel point elle est opaque et à quel point Elizabeth est ridicule dans sa tentative de la saisir. J’ai l’impression que le « je pense qu’il n’y a pas assez de hot dog » nous prépare à ne pas prendre trop sérieusement les moments où il y a bcp de dramatisation comme celui là . L’actrice n’aura jamais accès à la vérité de leur couple et s’éloigne d’elle en croyant s’en approcher (elle est tournée en ridicule lorsqu’elle singe gracie et s’habille comme elle ou lorsqu’elle pense avoir trouver la « clé » avec l’histoire des abus sexuels). Et l’ironie de la scène finale montre que la figure de la femme prédatrice est une construction de cinéma. Depuis le début Elizabeth veut retrouver cette monstruosité chez gracie parce qu’elle adore les « mauvaises personnes » et les figures comme Médée

                      • #31188 Répondre
                        Malice
                        Invité

                        ç’aurait été intéressant que Gracie ne mente pas en prétendant n’avoir pas été abusée dans sa jeunesse et que son fils soit réellement un mythomane, perturbé d’être le fils d’une femme qui a détourné son copain ado. En la découvrant dans la séquence assez drôle où l’actrice lui tend le colis de merde, qu’elle prend avec un grand calme, je pensais que le film allait contre toute attente présenter cette femme transgressive comme une force tranquille, au sein d’une famille « équilibrée » malgré tout.

                      • #31296 Répondre
                        Sam
                        Invité

                        Mais on ne sait pas si elle ment ou non. On peut d’ailleurs douter de la sincérité du fils de Gracie qui demande un travail sur le prochain film d’Elizabeth juste après lui avoir révélé le « big trauma » de sa mère. J’aime bien aussi l’idée que la première fois qu’Elizabeth rencontre Gracie elle lui donne cette boite. Pq tiens tu à ce qu’ils soient apaisés et sûrs d’eux alors que dès le début du film on sait qu’on va assister à l’explosion de leur bulle et qu’on va retrouver les codes du mélodrame (avec lesquelsle réalisateur joue ). Gracie se rend compte qu’elle n’arrivera pas à avoir la vie « normale » qu’elle désire et que tout ce qu’elle a essayé de construire commence à prendre l’eau. Ça explique aussi son besoin de tout contrôler et les crises de larmes quand elle essaie de bien faire et qu’on annule à la dernière minute une commande de gâteau ou qu’elle n’arrive pas à se défaire de l’odeur de charbon. Je les vois mal être légers en trimbalant cette histoire là et j’aime bien le personnage de Joe, je ne trouve pas que le représenter en victime un peu empêchée soit limitant, au contraire. C’est intéressant qu’il n’y ait pas de suite aux textos, qu’il soit perdu, qu’il répète « je sais pas » et qu’il y ait des choses en germe

                      • #31311 Répondre
                        Malice
                        Invité

                        On ne sait pas si elle ment, mais le film nous donne des indices qui penchent plutôt vers sa tendance à la malhonnêteté ( cf la scène où elle affirme à Joe qu’il est responsable d’avoir provoqué leur liaison; celle où elle prétend qu’elle n’insulte pas ses filles en leur offrant des pèse-personnes). Il y aurait ambiguité ( intéressante) quand elle nie son viol si le spectateur n’était pas programmé à la considérer comme une femme qui se voile la face.
                        J’aurais trouvé donc plus passionnant qu’elle reste tout le long du film la femme qu’on découvre au début du film et qui, très brièvement, m’a semblé afficher une sorte de simplicité dans sa vie compliquée. Mais je fantasme le film que j’aurais aimé voir.

                      • #31327 Répondre
                        françois bégaudeau
                        Invité

                        La piste parodique me parait assez juste, à la réflexion.
                        Tout se passe comme si Haynes se foutait un peu de cette histoire, et se foutait un peu de tout le monde.

                    • #30954 Répondre
                      françois bégaudeau
                      Invité

                      C’est bien de ça que je parlais
                      Formellement ça ne m’a pas déplu. Il y a du cadre. Peut etre même trop.
                      Il y a assurément quelque chose de magnétique dans cette lumière, dans ce faux rythme, dans cette sorte de langueur.
                      Vraiment un drole de film.

                      • #31110 Répondre
                        Tony
                        Invité

                        Sorties de secours assez mitigé sur May december,par contre les commentaires de Muriel Joudet sur Lanthimos sont très violents(gros porc,dégueulasse,mysogine,point de vue de la teub etc…)

                      • #31125 Répondre
                        Malice
                        Invité

                        Que faut-il qu’elle ait fumé pour voir dans le fish eye de Lanthimos le point de vue de la teub…
                        Au passage j’ai adoré dans « La favorite » cet effet qui dans mon souvenir, rendait courbe les murs du palais de la reine…ça m’a rappelé les illustrations de Wanda Gag et c’était magnifique.

                      • #31126 Répondre
                        Ema
                        Invité

                        Je vois que Mumu est toujours autant en roue libre. Je suis restée assez sidérée lors du dernier podcast par son élucubrations completement foireuse sur les blondes au cinema en guise de bilan ciné 2023.

                      • #31130 Répondre
                        I.G.Y
                        Invité

                        Peut-être qu’ils se sont forcés à parler du film? A ce niveau d’expéditif, ils auraient dû s’abstenir. La comparaison avec la Gêne, quoiqu’on pense du film, est terrible^^

                      • #31131 Répondre
                        françois bégaudeau
                        Invité

                        illustration de ce que je dis en début de GO. Lanthimos, ceux qui ne l’aiment pas ne se contentent pas de ne pas l’aimer. Il faut qu’ils l’insultent.

                      • #31168 Répondre
                        Parfaitement à l’eau
                        Invité

                        Sur la critique de la zone d’intérêt c’est dommage qu’ils se focalisent sur l’aspect technique du film et la fin, le film est bien plus que ça je trouve. Ne serait-ce que les relations entre le mari, la femme et les enfants, la vie de famille quoi, qui est 90% du film.

                      • #31181 Répondre
                        Malice
                        Invité

                        Donc tu recommanderais le film?

                      • #31300 Répondre
                        Parfaitement à l’eau
                        Invité

                        La zone d’intérêt ? Ah oui totalement, ça mérite le coup d’œil

                      • #31330 Répondre
                        Ema
                        Invité

                        Apparament c’est un scénario qui a pas mal tourné de main en main avant d’atterrir dans les siennes, et qui est tiré d’un fait réel, ayant fait grand bruit à son époque. C’est donc très possible qu’Haynes se distance et ironise sur le parfum de scandale et de souffre de cette histoire sans le prendre très au sérieux, s’amusant à dépeindre Gracie comme une predatrice veneneuse car c’est comme ça qu’à été depeinte par la presse la femme dont elle est inspirée.

                      • #31336 Répondre
                        françois bégaudeau
                        Invité

                        Oui on a l’impression que ce truc est une oeuvre collective où chacun raconte l’histoire qu’il a envie de raconter
                        Il y a le film de Moore, le film de Portman, le film de Haynes, le film du scénariste, et c’est jamais le même.

                • #30919 Répondre
                  Malice
                  Invité

                  Je n’arrive pas à trancher, moi, ceci:
                  Le personnage de la jeune femme exprime-t-il le mépris du scénariste pour elle ( avoir un bon copain qui nous châtie bien car nous aime bien, c’est ce qu’il y a de meilleur au monde) ;
                  ou sert-il à montrer que Dog aime être protégé/enfermé/sadisé et qu’il trouve là son équilibre, au point d’être déçu que sa copine ne semble pas investie dans une relation exclusive avec lui ?

                  • #30924 Répondre
                    Parfaitement à l’eau
                    Invité

                    Le personnage d’Elsa sert
                    – à divulguer la grande culture de Mirales au resto pour l’anniversaire de Dog, ce qui fait changer notre regard sur lui, mais pas celui d’Elsa (bien qu’un plan semble le faire croire ensuite ça n’est plus abordé et c’est bien dommage)
                    – à éloigner Dog de Mirales pour des meilleures retrouvailles à la fin
                    C’est un élément déclencheur, c’est comme ça que je l’ai perçu.

                    • #30935 Répondre
                      Malice
                      Invité

                      Elsa serait un élément de la morale du film :  » la société se divise en deux catégories, les hommes forts et les hommes faibles; les faibles ne peuvent pas se débrouiller tous seuls, heureusement l’armée et les copains forts sont là; et les femmes indépendantes, on vivra sans elles ( elles font rien qu’à faire nous faire souffrir) »
                      J’écris ça à la lumière de mon énervement devant le film

    • #30860 Répondre
      Tony
      Invité

      Un petit cadeau pour François et les sitistes,le premier court métrage de Glazer, c’est vraiment pas mal
      https://vk.com/video-136471876_456244189

      • #30868 Répondre
        françois bégaudeau
        Invité

        ah c’est gentil ça
        et ça vient à point

    • #30888 Répondre
      Jeanne
      Invité

      Je recommande à tout un chacun « Le cercle des neiges », de Juan Antonio Bayona, film Netflix que j’ai regardé après que Lucile Commeaux en a dit du bien.
      Sur l’avion uruguayen s’étant, en 1972, écrasé dans la cordillère des Andes, avec l’histoire d’anthropophagie (que plus ou moins tout le monde connaît) qui s’en est suivie.
      C’est sobre. (Sur un sujet pareil, c’était le contrat minimal à honorer).
      Quelques lignes de dialogue sur le sens ou l’absence de sens des choses qui nous arrivent. La souffrance s’accumule, sur un temps long, la mort frappe de manière plus ou moins aléatoire autour de soi, les secours n’arrivent pas.
      La nature comme puissance parfaitement terrifiante.
      L’idée de manger les morts, présentée d’abord comme folle puis s’imposant – au sein de la délibération collective – comme la plus rationnelle en l’occurrence.
      (Les idées qui ne sont pas dans le ciel mais qui dépendent des occurrences).

      • #30889 Répondre
        Jeanne
        Invité

        (Sinon moi je suis dans le Sorman. Bien, j’y suis bien).

        • #30890 Répondre
          Jeanne
          Invité

          PS: J’espère qu’ici tout le monde sait que la locution « après que » doit être suivie de l’indicatif.
          !!
          (Attention je vais me fâcher).
          « Après que Lucile a dit ».
          (Et non « Après que Lucile ait dit »…).

          • #30902 Répondre
            Arnaud
            Invité

            https://journals.openedition.org/linx/8088

            L’article porte sur la règle d’emploi du mode après le subordonnant après que telle qu’elle est consignée dans les grammaires et dictionnaires depuis le XVIe siècle. La règle traditionnelle appelle l’indicatif, mais le subjonctif s’est immiscé dans l’usage au XXe siècle. Initialement vivement critiqué, il est de plus en plus présenté et jugé acceptable par les ouvrages de référence.

            • #30908 Répondre
              Jeanne
              Invité

              Merci Arnaud. Tu as raison. Je suis pourtant restée attachée à la règle originelle. Pour deux raisons, sans doute:
              – J’aime mes habitudes. (Shame on me).
              – L’erreur (qui n’est, donc, plus considérée comme telle) vient du fait que la locution « avant que » est bien suivie, elle du subjonctif. Pourquoi ? Parce que le subjonctif dénote une action possible, une action qui appartiendra peut-être au futur, et non une action effective (déjà réalisée).
              Avant que Lucile n’ait parlé de ce film, il ne me serait pas venu à l’idée de le regarder.
              Dans une phrase avec « après que » l’action est par définition déjà réalisée, et notre subjonctif n’a donc rien à faire là.
              Enfin. Je survivrai.

              • #30911 Répondre
                Charles
                Invité

                Et c’est aussi assez distinctif.

                • #30916 Répondre
                  françois bégaudeau
                  Invité

                  J’ai parfois vu des gens reprendre un autre qui avait mis un subjonctif après après que, j’ai parfois vu des gens faire valoir que c’est l’indicatif qu’on utilise après après que en réponse à des gens qui ne connaissant pas la règle le leur reprochaient, mais alors quelqu’un qui met l’indicatif puis sans que personne ne lui ait rien demandé spécifie la règle, puis l’explique, puis se parle encore tout seul pendant quatre lignes, ça j’avais jamais vu.

                  • #30947 Répondre
                    Arnaud
                    Invité

                    C’est clair ! De toute façon, il y aura toujours un jeu de distinction derrière. C’est toujours marrant de sortir des citations du Grevisse à des gens qui font les malins en te reprenant en disant que tel auteur classique disait comme ça. Les grammaires rationalisent a postériori. On peut aussi admettre qu’il y a deux façons de dire.

                    • #30949 Répondre
                      Arnaud
                      Invité

                      *en leur rétorquant

              • #30933 Répondre
                ..Graindorge
                Invité

                Mais merci Jeanne. Et tu as aussi raison de rappeler cette règle car pour les élèves espagnols du Public ou Privé ou des Académies et ne parlons pas de l’Alliance Française, je crois que c’est encore considéré comme une faute de ne pas mettre le subjonctif avant que ou l’indicatif après que. Faut tomber sur le bon prof qui sait que.
                Moi je savais pas et Grâce à Arnaud, jenvoie ça demain à l’Alliance

                • #30957 Répondre
                  Arnaud
                  Invité

                  Essaye d’enseigner la règle et l’usage en même temps, tu verras c’est pas si compliqué.

            • #30929 Répondre
              ..Graindorge
              Invité

              Merci Arnaud! Vive et vivement la Langue des Signes pour tous! Mais même sur la Langue de Signes les sourds ne s’entendent pas! Je me suis embêtée à ll’étudier pendant 6 mois de 9h à 14h du lundi au vendredi pour découvrir que chaque pays avait sa LS et pire: je croyais étudier la LS espagnole et ben non on m’enseignait la LS canarienne! Ah.
              Pas loin de découvrir une LS par quartier… et attention on dit pas : Roberto va au cinéma mais Roberto au cinéma va… Sinon FAUTE DE GRAMMAIRE🙄
              Roberto va au cinéma quand même et c’est l’essentiel

            • #30930 Répondre
              ..Graindorge
              Invité

              Merci Arnaud! Vive et vivement la Langue des Signes pour tous! Mais même sur la Langue de Signes les sourds ne s’entendent pas! Je me suis embêtée à ll’étudier pendant 6 mois de 9h à 14h du lundi au vendredi pour découvrir que chaque pays avait sa LS et pire: je croyais étudier la LS espagnole et ben non on m’enseignait la LS canarienne! Ah.
              Pas loin de découvrir une LS par quartier… et attention on dit pas : Roberto va au cinéma mais Roberto au cinéma va… Sinon FAUTE DE GRAMMAIRE🙄
              Roberto va au cinéma quand même et c’est l’essentiel

      • #30892 Répondre
        Charles
        Invité

        Je l’ai vu également et j’ai été agréablement surpris. Pas le contre-champ habituel sur les familles, on reste avec les survivants et ils sont filmés comme un pur collectif. Aucun n’est particulièrement heroïsé, le scénario ne cherche pas à faire du drame entre eux. C’est globalement assez sobre, pour le genre. Certains ont reproché au film ses bondieuseries mais il ne fait que relater la perception de ses personnages effectivement très catholiques (je recommande d’ailleurs la page Wikipédia et la partie « bilan moral » sur l’accident) sans en rajouter. C’est sans génie mais très correctement fait, du bon boulot d’artisan.

        • #30906 Répondre
          Jeanne
          Invité

          Oui.
          Et comme on le sait, l’art et l’artisanat, à un certain endroit du travail, se confondent tout à fait.

        • #30920 Répondre
          Juliette B
          Invité

          Agréablement surprise aussi par la sobriété du film. L’organisation de la vie collective assez passionnante à regarder. L’étrangeté des fauteuils où on s’asseoit le temps d’une clope quand le soleil est là, le calme pragmatique de certains quand décider ensemble quoi faire maintenant ?
          Vu ensuite ce documentaire INA de 1973. Le coup du restaurant où on s’invite fictivement, en détaillant tour à tour les plats pour jouer à tromper la faim, assez émouvant de simplicité.

          • #31391 Répondre
            Guéguette
            Invité

            Bizarre qu’il est complètement sorti la femme du jeu. Apparemment elle était très active et importante pour le moral du groupe…là on la voit à peine.

            • #31392 Répondre
              Guéguette
              Invité

              qu’il ait…désolé.

    • #30970 Répondre
      Arnaud
      Invité

      L’affiche du film Ténor, savonnette à vilain une allégorie, j’adore !

      https://www.allocine.fr/film/fichefilm-293272/dvd-blu-ray/?cproduct=29520796

    • #31036 Répondre
      Cyril
      Invité

      Un motif récurrent des films de Lánthimos, les gestes auto-agressifs :
      Canine : la sœur ainée se frappe les dents avec une altère.
      Alps : tentative de pendaison de la gymnaste.
      The Lobster : un personnage se cogne le nez pour le faire saigner et séduire la fille qui saigne du nez naturellement.
      Mise à mort du cerf sacré : Martin se mord le bras jusqu’au sang.
      La Favorite : Abigail se frappe le visage avec un livre.
      Pas encore vu le dernier.

      • #31059 Répondre
        I.G.Y.
        Invité

        Eh bien tu auras de quoi ajouter à ta liste^^

        • #31906 Répondre
          Ostros
          Invité

          Le contexte de ces mutilations importent beaucoup. On a des corps qui subissent des systèmes, des forces, des contraintes.

      • #31899 Répondre
        Titouan R
        Invité

        En complément de Alps, par variation sur le thème « je est un autre », Lanthimos a fait un très bon court-métrage (10min) avec Matt Dillon, que je viens de découvrir sur mubi : Nimic

    • #31063 Répondre
      AxisBoldAsLove
      Invité

      Salut !

      J’ai vu hier Johnny s’en va-t-en guerre hier soir ! Des retours sur ce film?

    • #31127 Répondre
      Cyril
      Invité

      Avez-vous vu Sexy Beast, le premier film de Jonathan Glazer avec le sosie de Tony Soprano ?
      L’introduction est à mourir de rire. J’ai été refroidi par la partie avec Don Logan, je trouve le jeu de l’acteur assez mauvais, excessif, sauf dans la scène de l’avion, le film tourne à vide pendant un moment, puis après ça mort, ça redevient intéressant, la scène de casse, la tension avec le boss…

      • #31128 Répondre
        Cyril
        Invité

        après sa mort*

        • #31389 Répondre
          Guéguette
          Invité

          Vu hier soir. J’ai bien aimé sa façon de mettre sa patte au milieu d’un récit assez simple. Il était clairement en service commandé.

      • #31907 Répondre
        Parfaitement à l’eau
        Invité

        Je l’ai vu hier soir. Le début est prometteur mais ça s’effoule assez vite comme tu dis. Ben Kingsley en fait des tonnes dès le début ça devient lassant rapidement. La relation du perso avec l’enfant est pas assez travaillé. La scène de braquage est très bien. Pas un grand film, que j’oublierais probablement bientôt. J’en retiens la puissance du soleil d’Andalousie, le même film maintenant je suis pas sur qu’il tienne dehors bien longtemps.

        • #31939 Répondre
          Cyril
          Invité

          Oui j’ai trouvé Ben Kingsley crispant, j’étais presque consterné par son jeu. Le film en souffre beaucoup. Mais une fois mort, le film redécolle.

    • #31176 Répondre
      Charles
      Invité

      Une fois n’est pas coutume, une analyse intéressante de ce site sur le film de Cédric Kahn : https://www.genre-ecran.net/?Making-of

    • #31182 Répondre
      Parfaitement à l’eau
      Invité

      Sur La zone d’intérêt, la comparaison avec Kubrick sert pas à grand chose je trouve mais il y parle bourgeoisie, opportunisme et libéralisme décomplexé qui me semble très à propos : https://www.culturopoing.com/cinema/sorties-salles-cinema/jonathan-glazer-la-zone-dinteret/20240130

    • #31399 Répondre
      SutterK
      Invité

      J’ai été tout à fait chagriné de l’accueil qui a été fait en novembre dernier au film « Avant que les flammes ne s’éteignent », de Mehdi Fikri. Le film, dès sa sortie, a fait l’objet d’un raid de l’extrême-droite sur le site Allocine, ce qui a porté sa note spectateurs à 1.8 et a garanti son flop en salle (même si je me doute qu’étant donné son sujet, le film n’aurait pas non plus été un succès populaire renversant). Le fait qu’il ait été boudé par une partie de la gauche décoloniale pour de pures raison de seum (machinette a trouvé qu’on s’appropriait trop son histoire qu’elle aurait souhaité monétiser, tout ses potes de Paroles d’Honneur et compagnie ont suivi et ont boycotté le film, alors qu’il traite d’un de leurs sujets de prédilection).
      C’est bien dommage, pour une fois qu’un film évoque les violences policières et le combat politique pour la justice sans avoir recours à des personnages de gentils flics ou avocats blancs ni tomber dans les clichés atroces du « film de banlieue ».
      Personnellement, j’ai trouvé la mise en scène assez brillante, et je déplore que la dimension politique du film ait complètement occulté sa valeur esthétique. Est-ce que vous l’avez vu, gens du forum?

      • #31412 Répondre
        françois bégaudeau
        Invité

        ce titre pompeux ne m’inspirait rien qui vaille, mais je le verrai dès que possible

        • #31423 Répondre
          SutterK
          Invité

          Je sais de source sûre (pour avoir entendu le réal en parler lors d’une projo) que le titre lui a été plus ou moins imposé par sa boîte de production ou les distributeurs, le titre initial était plus sobre…

          • #31436 Répondre
            françois bégaudeau
            Invité

            raison de plus pour le voir alors

    • #31434 Répondre
      Cyril
      Invité

      En revoyant Under the skin, je me suis rendu compte qu’il avait une grande ressemblance avec EO. Dans l’atmosphère, les couleurs, le rythme, une certaine errance de l’extraterrestre et de l’animal, son étrangeté face à la cohue humaine (la scène de boite de nuit de Under the skin et celle du bistrot dans EO).

      • #31453 Répondre
        Guéguette
        Invité

        Si le visuel d’Under the skin semble aussi très léché, j’ai trouvé celui d’Eo plus « attendu », plus maitrisé, dans le mauvais sens du terme.. « Cow » d’Andrea Arnold est tout ce qu’Eo aurait dû être.

        • #31460 Répondre
          Cyril
          Invité

          Merci pour la référence ! Je pensais ne pas connaître Andrea Arnold mais j’ai vu son Wuthering heights qui m’avait fait forte impression à sa sortie.

      • #31461 Répondre
        Cyril
        Invité

        La grosse différence avec EO, c’est que Scarlett Johnson s’humanise progressivement pendant le film, développe une vulnérabilité, jusqu’à l’inversion prédatrice/victime tandis que EO est le même tout au long du film, il reste âne. Et puis la sensualité… EO n’en a aucune le bougre !

        • #31462 Répondre
          Cyril
          Invité

          D’ailleurs ne tiendrait-on pas un des films les plus sensuels ?

        • #31479 Répondre
          o
          Invité

          Pardon mais : la scène du coup de foudre d’EO pour la jument dans l’étable… mamma mia !

          • #31481 Répondre
            Guéguette
            Invité

            xptdr comme disent les jeunes. Je voulais dire aussi que la caméra de Glazer arrive vraiment à nous filmer comme une race aux mœurs étranges, à travers le regard de cet « alien ». Dans Eo je sens vraiment le regard humain sur l’animal au lieu d’être à sa place. Ce que Cow essaye d’éviter au maximum.

    • #31459 Répondre
      Tony
      Invité

      Assez impressionné et convaincu par The zone of interest,on est happé dès la première minute par cet écran noir,et cette musique étrange,qui s’éclaircit peu à peu,et à laquelle finissent par se mêler des chants d’oiseaux qui font apparaître ce beau premier plan,au bord de l’eau où des enfants et leurs parents, installés sur des serviettes,profitent du lieu.On les voit se baigner dans une scène banalement bucolique tout en remarquant la blancheur de leur peau,des chevelures blondes et l’étrangeté de la coupe de cheveux du baigneur le plus âgé et,soudain, une drôle de posture,vue de profil,quand on le voit s’immobiliser au bord du cours d’eau, suffit à faire naître une inquiétude.Le soir tombé, deux voitures,que l’on reconnaît immédiatement comme étant celles de nazi, reconduisent les membres de cette famille.En quelques plans sans paroles et uniquement par les moyens du cinéma Glazer réussit,de façon très économe,à situer l’action, à donner chair à ses personnages tout en créant chez le spectateur une angoisse diffuse,ce début est vraiment remarquable.La suite est du même niveau,le dispositif est très intéressant,la maison de la famille du commandant d’Auschwitz fait face au camp dont on ne voit que les cheminées avec, à l’arrière de la maison,les voies de chemin de fer et leur ballet de locomotives.Interessant aussi ce qui nous est montré de leur vie domestique, celle d’une famille bourgeoise ressemblant à n’importe quelle autre dans un autre contexte,lui part tous les matins sur son lieu de travail tandis que,de son côté,elle s’occupe de ses parterres de fleurs et de l’intendance.Sandra Huller est méconnaissable, à l’opposé de la dernière palme,ici elle a le pas lourd,le mollet épais,une physionomie empatée et la fierté de l’arriviste bourgeoise.Ce qui est certain c’est que si la mise en scène est la création d’une expérience pour le spectateur, ce film en est la démonstration.

      • #31510 Répondre
        Guéguette
        Invité

        Oui j’ai adoré. Je sais même pas où commencer, y’a 1000 trucs à dire, que ce soit sur le détails de chaque scène, où dans l’intelligence de l’approche et du regard sur le comportement humain.

        • #31511 Répondre
          Guéguette
          Invité

          détail…

          • #31513 Répondre
            Tony
            Invité

            Oui le film est très riche,on en a même 2 pour le prix d’un,celui que l’on voit et celui que l’on entend.

            • #31594 Répondre
              Seldoon
              Invité

              Je suis beaucoup plus ambivalent que vous, contrairement au film. Il a une certaine puissance, c’est sûr. J’aime bien ses tentatives qui lorgnent parfois du côté de l’expérimental. Mais on est aussi souvent du côté de la lourdeur. Par exemple le fait qu’il soit quasiment impossible à Glazer de filmer l’extérieur de la maison sans filmer le camp ou des rappels de sa présence (miradors, uniformes, avions de guerre…), alors même que ledit camp est déjà omniprésent au son. Il sabote ainsi le dispositif qu’il avait mis en place. Une lourdeur qui permet aux réussites du film d’y aller avec plus de force, comme la fin avec la scène de ménage (pour ne pas trop en dévoiler) : une idée toute simple et vraiment géniale. J’ai posté un peu plus haut des informations sur comment tout cela a été tourné et comment ça a aidé les acteurs, si ça vous intéresse.
              Et dernier point, pendant la projection j’ai souvent pensé à Kubrick (pas en bien) mais aussi à Andersson : https://www.dailymotion.com/video/x1cbym

              • #31597 Répondre
                Tony
                Invité

                Je crois que ce qui est recherché c’est qu’on finisse,comme les personnages,par s’y habituer et c’est assez puissant,je crois avoir lu quelque part que,pour Glazer,cette famille pourrait tout aussi bien être une famille de colons.D’ailleurs pourquoi la mère se barre sans prévenir et en laissant un mot?S’il avait été lourd on saurait pourquoi.

                • #31601 Répondre
                  Seldoon
                  Invité

                  Famille de colons, totalement, ce thème est d’ailleurs assez explicite dans le film (ils en parlent eux-même). La fuite de la mère on a compris qu’elle était horrifiée, non ? On a eu, après son arrivée enthousiaste, son insomnie (probablement à cause du bruit). Je ne dis pas que le film n’est que lourd, ni qu’il est le plus lourd du monde.

              • #31599 Répondre
                Guéguette
                Invité

                Je ne vois pas ça comme une lourdeur, c’est juste inévitable justement. Ça aurait été plus léger sans le camp? C’était un enjeu d’être plus léger ?

                • #31604 Répondre
                  Seldoon
                  Invité

                  Je ne parle pas d’un sujet lourd par opposition à un sujet léger mais d’un traitement lourdingue par opposition à un traitement fin. Avoir le son + le camp dans tous les plans je trouve que c’est sacrifier l’idée interessante (se situer à la lisière, en zone trouble, où on pourrait voir « en regardant bien » mais où au premier coup d’oeil tout a l’air normal) sur l’autel de l’image forte : ce n’est jamais du quotidien dans lequel l’horreur se cache, c’est toujours, tout le temps, dans tous les plans « le quotidien cohabite avec l’horreur ». A ce jeu là, qu’est ce qu’on gagne par rapport aux scènes du chef nazi de la liste de Schindler dans sa maison qui surplombe le camp ? Qu’est ce qu’on gagne à être dans la zone d’intérêt, et pas dans le camp ? Le film a heureusement d’autres choses à offrir et il n’annule pas totalement son dispositif, mais il l’amoindrit et l’alourdit.
                  Comme je l’avais dit plus haut, les scènes de gestion comme le conseil d’administration d’entreprise (mais avec des nazis) m’ont beaucoup fait penser à la mort est mon métier, que je recommande de mémoire. Merle y décrit un homme qui n’aime pas son boulot mais a le sens du travail bien fait. Alors il résout les problèmes, pragmatiquement. Il parait qu’il y a eu une adaptation cinématographique, je ne sais pas ce qu’elle vaut.

                  • #31608 Répondre
                    Guéguette
                    Invité

                    J’ai poussé un peu j’avoue, mais quand même, tu pousses aussi en disant qu’on ne gagne pas face à la maison de Fiennes dans la Liste. Il n’y a rien d’un vraie début de vie quotidienne dans le Spielberg, à part parfois être physiquement dans la maison.
                    Le fait qu’on soit situé par rapport au camp ne change absolument rien au propos, ni à ce qui se joue entre les acteurs, je ne vois vraiment pas pourquoi tout d’un coup cela ferait disparaître toutes ces qualités. C’est quelque chose de saisissant…et de réel, pas un gadget inventé pour les besoins du film.
                    Je trouve que la ressemblance avec ce que vivent des expatriés « classiques » est frappante. On peut aussi tous s’évaluer sous ce prisme.
                    J’adore le fait que ce soit la faculté de survie, d’adaptation de l’être humain qui fassent qu’ils deviennent inadaptés à la vie réelle. La degré d’inadaptation est alors inversement proportionnel. Hedwig a tout investi dans son jardin pour que cela soit surmontable, elle ne peut plus lâcher ça alors qu’elle a une porte de sortie,…la réflexion de Hoss sur la soirée de gala,…Ils se sont maudits tous seuls.

                    • #31638 Répondre
                      Seldoon
                      Invité

                      On y gagne, mais pas autant que j’en attendais. Et c’est appuyé. Tout comme les passages en caméra thermique, qui ont la finesse des plans de la petite fille en rouge chez Spielberg (j’aime plutôt beaucoup la liste de Schindler par ailleurs).
                      Ca n’épuise pas le film. C’est très vrai le côté expat, dans leurs quartiers sécurisés dans les pays du tiers monde. Le personnage d’Hedwig est très bien. Heureusement qu’elle est là, je ne sais pas trop à quoi aurait ressemblé le film sans une actrice aussi forte. Il y a un parallèle très clair à faire sur ce qu’est une position bourgeoise.

                      • #31641 Répondre
                        françois bégaudeau
                        Invité

                        mais ils racontent quoi ces plans en caméra thermique?

                      • #31645 Répondre
                        Seldoon
                        Invité

                        Ils ont une justification technique (ils ont tout tourné en lumières naturelles et ne voulaient donc pas éclairer la nuit, donc caméras thermiques). Le résultat, c’est qu’on y voit un ange tout blanc allant planter des graines de vie/d’espoir sur le chemin des déportés.
                        Tu l’as vu ?

                      • #31660 Répondre
                        Tony
                        Invité

                        Je viens de lire une critique très intéressante et très éclairante

                        Jonathan Glazer – « La Zone d’intérêt »

                      • #31706 Répondre
                        Adrien
                        Invité

                        La caméra infrarouge me donne beaucoup l’impression d’être une manière pour Glazer d’aérer son installation originelle (comme le poème au piano, comme les fleurs, comme d’autres entorses à son plan de base – je mets de côté la scène musée). je ne suis pas sûr non plus du fait que Glazer veuille éviter le sensationnalisme. Le combo plan large des enfant qui jouent dans le lit, puis plan rapproché de la manipulation des dents (pay off) me semble pas très éloigné de la scène de douche dans la Liste de Schindler. Je trouve que le film ne cesse de produire du spectaculaire, de s’amuser même (on dispose des détails morbides dans les coins du cadre). Le film emprunte beaucoup au genre horrifique. je dis pas que c’est mal mais je pense que tous les questionnements sur le filmage de la Shoah sont un peu la toile de fond sur laquelle le film fait mine de se situer ostensiblement, mais en fait c’est paranormal activity

                      • #31710 Répondre
                        françois bégaudeau
                        Invité

                        oui
                        et je suis plutot très emballé
                        physiquement emballé, déjà
                        c’est un grand filmeur, ça se confirme
                        le danger intime du film est de se réduire à son dispositif, à son installation
                        or je crois qu’il ne s’y réduit pas

                      • #31712 Répondre
                        françois bégaudeau
                        Invité

                        Le texte est pas mal du tout en effet.

                      • #31713 Répondre
                        Seldoon
                        Invité

                        Que penses-tu du flash forward documentaire puis retour à la fiction de fin ? C’est ce qui m’a le plus marqué de tout le film. Et je me demandais s’il y avait des précédents.

                      • #31715 Répondre
                        Adrien
                        Invité

                        Moi aussi, j’ai passé un moment très intense. Je trouve que la manière dont le film est reçu occulte beaucoup cette intensité, parce qu’il s’agit d’une pure intensité de cinéma. Mais contrairement à toi je trouve que le film se réduit un peu à son dispositif (scène musée mise à part), mais qu’heureusement le dispositif est suffisamment vaste, et permet de montrer suffisamment de choses, pour qu’il soit justifié

                      • #31717 Répondre
                        françois bégaudeau
                        Invité

                        on dit au fond la même chose
                        si le dispositif est vaste c’est que justement il déborde son geste nodal (une maison / un camp)

                        j’aime beaucoup le flash forward, sans doute inédit oui, et qui donne à penser pour cent ans
                        (là c’est du niveau de haneke)

                      • #31718 Répondre
                        Adrien
                        Invité

                        j’ai pensé à l’Apollonide de Bonello, le flash forward était assez superbe
                        Mais à la fin Bonello ne revient pas dans la maison close. Là je trouve que les deux raccords (forward et backward) produisent quelque chose, le second enrichit le premier, il y a un effet de résonence très fort (le commandant se voit devenir un méchant de musée?)

                      • #31734 Répondre
                        L’inconnu
                        Invité

                        Oui l’effet et le sens en sont décuplés.
                        Pour revenir sur les scènes aux plans thermiques, elles sont introduites par la petite fille qui fait des crises de somnambulisme si j’ai bien compris, et accompagnés de la lecture d’un conte. Ca donne donc un aspect narré, irréel, mythique, aux petits actes de résistance. Ou biblique comme lu ailleurs, puisqu’il y a une parodie de jardin d’Eden. Ca m’a fait penser à la scène de radeau de La nuit du chasseur. Comme si l’acte était raconté par cette personne 50 ans plus tard un dimanche à table. Le grand père de ma compagne racontait, lui, glisser du sucre dans le réservoir des voitures d’allemands. Mais seul l’extérieur nuit est montré inversé, l’intérieur est en couleur. Alors ça figure peut-être aussi une sorte d’état subjectif second, de peur ?… La lumière contre la nuit ? Ça échappe de toute façon à une explication unique.
                        Je suis réservé par contre sur le moment du carton rouge-fleur qui me paraît a priori inutile et lourd.

                      • #31748 Répondre
                        françois bégaudeau
                        Invité

                        le moment fleur je l’aime plutot beaucoup
                        qu’il se finisse par ce carton rouge est plus mystérieux
                        allusion à Zidane sans doute

                      • #31757 Répondre
                        L’inconnu
                        Invité

                        Ah oui je comprend mieux. J’aime beaucoup les plans fleurs aussi.
                        .
                        Interview intéressante d’un historien : https://www.troiscouleurs.fr/article/interview-johann-chapoutot–la-zone-d-interet

                      • #31760 Répondre
                        Parfaitement à l’eau
                        Invité

                        Le bon lien : https://www.troiscouleurs.fr/article/interview-johann-chapoutot–la-zone-d-interet
                        Sympa cette interview !

                        Extrait :
                        Comment interprétez-vous la nausée dont est prise Rudolf Höss dans une scène du film ? A-t-on des traces de remords de la part des cadres nazis ?

                        Là encore, je vois ça de manière métaphorique, car je ne sais pas ce qu’il en était pour Höss. Mais ce qu’on sait, c’est que, dans les Einsatzgruppen, les maux de ventre sont très fréquents. Ce n’est pas facile d’être violent, à moins d’être psychopathe. Et les psychopathes, il y en a très peu. Dans sa grande étude Des hommes ordinaires, l’historien Christopher Browning parle d’officiers qui ne participent pas aux tueries, car ils n’arrivent pas à se lever, ayant trop mal au ventre. Les corps lâchent.

                      • #31782 Répondre
                        Tony
                        Invité

                        Entretien passionnant avec Chapoutot,on comprend mieux comment ce processus industriel,cette division du travail et cette dilution de la responsabilité ont été rendus nécessaires par l’impossibilité physique des nazis à commettre ces meurtres génocidaires, c’est vraiment sidérant de se dire que des êtres humains étaient considérés comme une matière première à transformer,c’est vertigineux.Comme vous le savez Shoah est en replay sur france TV et le voir en complément du film est passionnant,quel chef d’oeuvre là aussi.

                      • #31761 Répondre
                        Guéguette
                        Invité

                        Obviously

                      • #31759 Répondre
                        Parfaitement à l’eau
                        Invité

                        Pour le flash forward, j’ai retrouvé la même sidération qu’avec la fin de Mémoria de Weerasethakul. Et le regard caméra au loin de Heiss juste après… C’est particulièrement saisissant, j’ai toujours pas d’interprétation dessus. Sur le moment j’ai pensé qu’il avait vu l’avenir, que c’est a ce moment là qu’il se rend compte de ce qu’il fait, que ça lui donne la nausée mais que son corps n’est pas capable d’expulser quoique ce soit (une espèce de dissonance corps esprit). Et puis, il fait abstraction et continue à descendre (les escaliers). On a l’impression que ça le rend malade quand même un peu cette histoire (il rend visite au médecin), mais qu’il n’arrive pas à voir (malgré le flash forward de l’espace que Glazer lui envoi).

                      • #31762 Répondre
                        Guéguette
                        Invité

                        J’avais l’impression que dans le jeu de miroir, il y avait aussi l’idée quelque soit l’époque, on a toujours un petit nazi qui rôde, qui risque de donner une connotation totalement différente à notre quotidien, aux lieux qu’on croyait connaître…

                      • #31982 Répondre
                        L’inconnu
                        Invité

                        Quelques doutes, toujours sur Zone d’intérêt :
                        Est ce que le film n’aurait pas gagné à être plus ambigu par endroits ? Est ce que la famille nazie n’est finalement pas montré comme on a envie de la voir ? Ne sont ils pas par endroits trop pervers pour illustrer la banalité du mal si c’est bien le projet du film ?
                        Par exemple la scène qui montre la mère essayer les vêtements est illustratrive de cette perversité.
                        Celle ou elle menace la bonne, est-ce que ca nous conforte pas dans l’image qu’on veut se faire d’une femme nazie ? (Quand bien même c’est la réalité )
                        La scène où ils rient au lit en se moquant de juifs français est aussi ce qu’on veut voir d’eux. Les montrer rire sur un propos plus innocent avec le son ambiant aurait été plus perturbant.
                        La scène de l’enfant enfermant l’autre est aussi attendue. Les enfants n’ont pas besoin d’être dans cet environnement pour faire ce genre de chose d’ailleurs. La différence serait peut être combien de temps il enferme son frère. C’aurait peut-être été plus interessant que la mère ait été confrontée au début de perversité de son fils.
                        Les scènes où le mari s’essuient ou essuit ses enfants sont aussi illustratrives de leur dégoût. Mais elles prennent peut être un autre sens avec la scène des femmes de ménage à la fin.
                        La scène de la cigarette est plus intéressante par ex. On ne sait pas pourquoi elle en offre une, si c’est pour la partager ou par humiliation. Ça l’est dans tous les cas.
                        Ou lorsque Hoss ferme toutes les portes, ça donne l’idée qu’il a un doute sur sa sécurité, ou qu’il ne veut pas que sa fille somnambule s’aventure à l’extérieur.
                        On ressent mieux l’idée de banalité du mal lorsqu’elle est associée à l’industrie et au commerce lors des scènes où ils parlent technique, rendements, planification…
                        Aussi on sait qu il y a un dispositif filmique mais je ne l’ai pas tellement senti. Déjà car il y a plusieurs travellings. Et parce qu il y a aussi des plans plus rapprochés, bien cadrés, comme au bureau, qui donne l’impression que les scènes sont bien chorégraphiées et que ça n’aurait pas changé grand chose de filmer plan par plan.

                      • #31990 Répondre
                        Tony
                        Invité

                        Sur la perversité supposée de ce qui est montré j’ai l’impression que le film nous tend un miroir comme la fin nous le suggère,cette fin où lui nous regarde comme nous l’avons regardé,son indifférence est aussi la notre,par exemple,si on extrapolle,s’habiller de vêtements fabriqués au Bangladesh dans les conditions que l’on sait n’est pas plus pervers et les comportements bourgeois avec le petit personnel sont identiques.

                      • #31991 Répondre
                        Seldoon
                        Invité

                        @L’inconnu :
                        C’est ce que je signalais plus haut, même si je me suis concentré sur la forme. Pour moi le film est souvent un peu lourdingue là où un brin de finesse dans ce dispositif déjà puissant lui aurait fait passer un cap. Je l’aime bien, parfois énormement, mais il se limite tout seul.

                      • #32025 Répondre
                        Linconnu
                        Invité

                        @Tony
                        Oui je comprends bien. Mais je me sens malgré tout moralement loin d’eux, je me sens pas moralement pris à parti, même si j’ai déjà acheté à H&M car je ne me délecte pas des conditions des travailleurs du Bangladesh, je les déplore mais on fait avec son argent, on se trouve des excuses, on remet ça sur le dos du capitalisme ce qui n’est pas faux etc. Et les (grands) bourgeois doivent se sentir aussi loin d’eux. Donc je pense qu’il a un peu manqué sa représentation de la banalité du mal. On aurait dû se dire qu’on aurait pu être eux. Mais ils ne me paraissent pas banals, ils font des choses banals, se baigner, le linge, le jardinage, mais ils sont aussi montrés comme pervertis dans leurs mots (leur blague par ex) ou leur actes (il viole une jeune fille du camp). Je pense qu’il aurait été mieux d’ajouter de l’ambiguité ou de laisser certains choses hors-champs. A moins qu’on me démontre que c’est dans son projet. Mais on pourrait aussi penser qu’il a eu peur d’être trop peu accusateur. J’aime le film quand même mais je sais plus à quel point.
                        @Seldoon
                        Oui c’est vrai, mais formellement, à tort ou à raison, ça me dérange moins. Je trouve ça parfois inutilement appuyé ou redondant mais ça crée des tableaux saisissants qui prennent une valeur symbolique, presque des dessins de presse (je sais pas si c’est un argument en faveur du film du coup haha). Mais j’aurais personnellement cadré plus souvent de l’autre côté du jardin.

                      • #32028 Répondre
                        Parfaitement à l’eau
                        Invité

                        C’est vrai qu’on ne se sent pas très proche d’eux, il manque peut être d’une vrai intrigue du quotidien, une dispute conjugale, une mésentente sur l’avenir des enfants, le choix des prochaines vacances, …
                        En fait tout tourne autour de la carrière de Heiss, c’est le principal enjeu de la famille. Ça marche déjà très bien comme ça sur moi.

                      • #32172 Répondre
                        Linconnu
                        Invité

                        Un article en anglais qui explique les intentions finalement assez évidentes de Glazer pour les scènes en thermique, et la musique au piano, bien que le résultat dépasse à mon avis ses intentions : https://filmcolossus.com/zone-of-interest-2023-explained

    • #31466 Répondre
      Ostros
      Invité

      François, sais-tu où est-ce que je peux voir Performance l’inédit d’Othon stp ?
      Est-il préférable d’avoir vu réunion avant ?

      • #31480 Répondre
        françois bégaudeau
        Invité

        c’est pas Performance, c’est Intervention
        qui sera projeté à Lille bientot
        qui est disponible sur notre disque dur
        on verra ce qu’on en fait

        • #31485 Répondre
          Ostros
          Invité

          Au temps pour moi, j’ai mal lu la présentation du site.
          Qu’est-ce qui a fait que ce film Othon inédit de 2015 a été sélectionné pour pendre part au festival de Lille presque 10 ans plus tard ?

          • #31562 Répondre
            françois bégaudeau
            Invité

            Des gens de Débordements ont vu quelques films d’Othon et aiment particulièrement celui là. Qui de fait est pas mal.

            • #31565 Répondre
              Ostros
              Invité

              I wish i were a lilloise

              • #31567 Répondre
                Papo2ooo
                Invité

                Be careful what u wish for.

                Problèmes d’hygiène et de généalogie labyrinthiques.

                • #31635 Répondre
                  Ostros
                  Invité

                  Une généalogie qui plaît beaucoup à jeanmomo. On garde les gènes entre blancs-blancs. Méthode aristocratique.
                  Quoi que Lille ça va encore, je crois.

                  • #31643 Répondre
                    Papo2ooo
                    Invité

                    C’était une blague pour la généalogie et l’hygiène 😉
                    J’ai reconduit bêtement quelques clichés les plus vils et calomnieux sur les gens du nord ahah.

                    Jeanmomo à Lille il aurait sans doute l’impression que y a que des arabes et des noirs partout lol.
                    Dès l’arrivée à n’importe quelle gare de n’importe quelle ville, c’est le drame pour lui.

                    • #31671 Répondre
                      Papo2ooo
                      Invité

                      ah ben oui, c’est moi qui avais pas compris ton post en fait, je suis bête.

          • #31621 Répondre
            Cyril
            Invité

            Quel festival de Lille ? Quand ?

            • #31634 Répondre
              Ostros
              Invité

              SOIRÉE DÉBORDEMENTS : AU CINÉMA
              Jeudi 15 février 2024 – 20h30
              .
              Quel est aujourd’hui le lieu du cinéma ? Faut-il se réjouir ou se lamenter de sa dispersion sur une multitude d’écrans ? La projection nous fait-elle vraiment lever la tête ? Les œuvres ne sont-elles pas plus intéressantes que ceux qui les font ?
              La revue Débordements vous propose une séance de projection-débat autour de deux films (drôles) pour tenter de répondre à ces questions, et à bien d’autres encore !
              .
              ► INFOS PRATIQUES
              L’HYBRIDE
              18 rue Gosselet – BP 1295
              59014 LILLE CEDEX
              France
              Tél. : +33 (0)3 20 53 24 84
              E-mail : contact@lhybride.org
              .
              . Ouverture des portes : 19h (bar et petite restauration disponibles sur place)
              . Projection : 20h30
              . Tarif : adhésion 1€ + entrée 4€ – sur place uniquement, pas de réservation.
              Si vous n’êtes pas encore adhérent·e pour l’année 2023-2024 l’adhésion sera à régler sur place à votre arrivée.
              .

              SOIRÉE DÉBORDEMENTS : AU CINÉMA

    • #31515 Répondre
      Charles
      Invité

      Le prochain PTA, actuellement en tournage avec DiCaprio notamment, pourrait être une adaptation contemporaine d’un roman de Pynchon, Vineland.
      https://www.troiscouleurs.fr/article/film-paul-thomas-anderson-leonardo-dicaprio
      Très curieux de voir ça.

    • #31517 Répondre
      Tony
      Invité

      Burdeau sur May december,pas aussi clair que d’habitude

      • #31590 Répondre
        Pope
        Invité

        J’ai fait partie des gens du public présent vendredi dernier à la projection dijonnaise évoquée dans le podcast.
        Je n’ai pas encore écouté jusqu’au bout mais j’ai peur d’en sortir bien embarrassé. C’est ce qui m’est arrivé vendredi, je ne savais pas quoi penser du film, un peu l’impression que tout était un peu raté, mais pas non plus tout à fait sûr de ça. Je comptais un peu sur Emmanuel pour m’aider, mais la discussion d’après film qu’il juge intéressante, ne m’a semblé être féconde de rien, au mieux on a pu constater que les gens du public n’avaient pas autant apprécié le film que Burdeau, et que chacun y allait de sa lecture psychologique des personnages. Ça tournait en rond. Un symptôme pour moi, beaucoup de gens se raccrochent au personnage du garçon, il serait impeccable face à ces deux femmes diaboliques, ce serait LE personnage central du film, bref comme souvent j’ai l’impression que chacun se refait un peu son propre film et oublie le film en lui même.
        À suivre…

        • #31965 Répondre
          françois bégaudeau
          Invité

          Je suis sorti très indécis du film et depuis aucune parole ne m’a sorti de l’indécision, et surtout pas ce catastrophique Spéculations – j’aime bien Aubron mais on ‘a l’impression qu’on l’a tiré du lit
          Plus ça va plus je me dis que la grande incertitude que laisse ce film vient du fait que ses différents agents ne racontent pas du tout la même chose. Haynes fait un style d’esthète qui se désintéresse totalement de l’histoire, le scénariste propose lui un point de vue sur l’histoire, et les deux actrices se font chacune leur film dans leur coin.
          Il y a quatre films en un.
          Même l’hypothèse de la parodie, intéressante, ne me parait pas épuiser la chose. Car il y a des plans très premier degré (tous les miroirs)

          • #31966 Répondre
            françois bégaudeau
            Invité

            Haynes fait un FILM d’esthète
            Je crois d’ailleurs qu’on comprend mieux la détestation qu’à ce monsieur du réel
            Or là on lui sert sur un plateau un machin tout visqueux de réel. On voit qu’il se bouche le nez et tache de regarder ailleurs.

            • #31968 Répondre
              françois bégaudeau
              Invité

              Ca commence d’ailleurs par un paquet de merde
              On a déposé un paquet de merde sur le palier de Haynes. Il va vite essayer de l’oublier, d’en dissiper l’odeur. Mon dieu que tout ça est médiocrement réel.

              • #32049 Répondre
                Pope
                Invité

                J’ai constamment eu l’impression en effet que le « sujet » ne l’intéressait pas du tout. J’avais l’impression que seul son art l’intéressait. Comme je n’avais pas revu de Todd Haynes depuis 20 ans avec son Loin du paradis, je m’attendais à un mélo, j’ai donc été décontenancé mais je ne pouvais pas m’empêcher de me dire que le film parle de ça, du chemin parcouru depuis 20 ans, du déplacement d’Haynes, et seulement de ça.

                • #32164 Répondre
                  Guéguette
                  Invité

                  J’ai bien aimé que tout le monde soit fracassé, que l’actrice soit nocive, qu’elle se fasse quand même avoir,…Et y’a quand même la dose de réel, avec cette maison lisse et froide, ce vide chez cet homme qui n’a pas grandi, ses enfants qui ne cherchent pas trop à gratter la surface pour « survivre » et ne pas détruire leur père,…Je pensais pas aimer, j’avais tort.

    • #31940 Répondre
      Titouan R
      Invité

      François, aurais-tu écrit sur la Bataille de Solférino ?

      • #31964 Répondre
        françois bégaudeau
        Invité

        Oui mais je le garde sous le pied en attendant le ciné-club de début mars
        Redemande moi le texte après ça.

        • #31980 Répondre
          Titouan R
          Invité

          C’est noté.
          Grand film tout de même. Triet savait déjà si bien agencer l’indémerdable pelotte d’une scène de dispute.
          Et quelle drôle de scène drôle pour finir. Belle scène

          • #31996 Répondre
            françois bégaudeau
            Invité

            Oui j’adore le film
            Et notamment sa sidérante scène de dispute centrale.

            • #32062 Répondre
              Guéguette
              Invité

              J’avais repoussé le visionnage de la bataille de solferino, car j’avais peu goûté Sybil et Victoria. Anatomie d’une chute a ravivé la flamme. Du coup j’ai maté la BA…L’approche semble ultra différente des 3 autres c’est fou (surtout de Sybil et VIctoria qui était très « cinémaaaa »)

              • #32125 Répondre
                Seldoon
                Invité

                Ce qui me frappe dans cette filmographie est à quel point Triet change de forme à chaque fois. Je suis très curieux de voir si le prochain ressemblera à Anatomie ou si elle partira encore ailleurs.

                • #32136 Répondre
                  Charles
                  Invité

                  De mémoire, elle expliquait que la forme heurtée, chaotique, de la Bataille était davantage subie que choisie, pour des raisons budgétaires.

                  • #32145 Répondre
                    Seldoon
                    Invité

                    Oui mais il ne faut pas oublier que c’est vrai sur tout type de budget et donc tous les films du monde.

                    • #32165 Répondre
                      Titouan R
                      Invité

                      Auriez-vous trace d’une interview de Triet sur son dispositif de tournage le jour J à Solférino ? J’ai été épaté du nombre de scènes captées (pas uniquement des plans d’ensemble, mais des moments avec nos personnages) et me demande comment elle a réussi a organiser ce bordel et s’adapter aux mouvements de foule et surgissements.

                      • #32167 Répondre
                        Alain m.
                        Invité

                        @Titouan R
                        Elle en parle un peu dans cette interview en Italie. Je ne suis pas certain que cela répondra à tes questions

                      • #32175 Répondre
                        Seldoon
                        Invité

                        Titouan : je me demandais en regardant le film quels plans étaient faits en conditions réelles et lesquels étaient faits avec quelques figurants reproduisant la foule. Sur pas mal de plans rapprochés c’est faisable. Il y a aussi toutes les scènes collées au mur qui peuvent avoir été faites un autre jour.

                      • #32257 Répondre
                        françois bégaudeau
                        Invité

                        je crois qu’ils ont vraiment tourné les scènes foule avec le vraie foule

                      • #32309 Répondre
                        Titouan R
                        Invité

                        C’est l’impression que j’ai eu aussi.
                        Et c’est cela qui m’interroge : par quelle prouesse tourner quelque chose comme 15/20 min utiles (sans compter les plans d’ensemble sans les protagonistes) en quelques heures ?
                        Et qu’est-ce qui est scripté ou pas ?
                        Je pense notamment à la scène place Concorde où Laëtitia commente les opérations d’évacuation par les CRS.
                        ….
                        Merci Alain, je regarde ça

                      • #32328 Répondre
                        gebege
                        Invité

                        J’avais lu que c’était effectivement tourner sur place et que les scènes où ils s’embrouillent et où des gens interviennent sont documentaires : les gens autour pensaient qu’ils s’embrouillaient pour de vrai.

                      • #32674 Répondre
                        pier
                        Invité

                        C’est un dispositif documentaire avec plusieurs équipes de tournage, à différents endroits (notamment une équipe était dédiée à filmer le camp adverse). Pour les acteurs, ils ont répétés sur base d’un script plusieurs semaines en amont afin que dans le déroulé live l’improvisation se fasse sans effort.

      • #32264 Répondre
        Cyril
        Invité

        Incroyable ce film. Il y a une telle tension tout au long du film qu’on partage le moment de décompression à la fin avec le papa et l’avocat, impression d’ivresse.
        Le moment le plus drôle : l’intervention d’Aurélien Bellanger.

    • #31994 Répondre
      Cyril
      Invité

      Bien vu le rapprochement avec Lars von Trier de Lanthimos. D’ailleurs les 3 ou 4 coups de reins évoqués dans la scène de bordel, avec le père qui fait une démonstration de sexe devant ses enfants renvoie au début de Nymphomaniac où l’arithmétique des coups de reins de Shia Lebeouf est figurée à l’écran.

      • #32009 Répondre
        Malice
        Invité

        Dans « nymphomaniac » j’adore la scène où les trois amants de l’héroïne deviennent un morceau de Bach ( chacun représentant une ligne instrumentale); la pêche aux hommes dans le train aussi ( j’ai appris des choses sur les rivières grâce au film, d’ailleurs).

        • #32254 Répondre
          françois bégaudeau
          Invité

          mais oui, j’avais oublié la scène de Nymphomaniac
          voilà ratifiée mon intuition du cousinage entre les deux oeuvres

    • #32101 Répondre
      I.G.Y.
      Invité

      Petite astuce que j’ai découverte par hasard total : j’avais pris un essai gratuit Mubi 7 jours pour première ouverture de compte. Au bout des 7 jours, si vous choisissez le désabonnement (pour « raisons » j’ai mis « autres »), et que vous cliquez sur le bouton final « confirmer le désabonnement », une fenêtre va s’ouvrir où vous n’aurez qu’à cliquer sur un bouton pour avoir … 30 jours gratuits de plus^^

      Je n’avais jamais vu ça, pour ma part. En vous souhaitant la même chose !

    • #32112 Répondre
      Guéguette
      Invité

      Je viens de rattraper « Reality », je ne savais rien du film et je me suis laissé dire que ça aidait beaucoup à percevoir ses qualités. L’approche est impeccable, la description chirurgicale. J’étais tout retourné à la fin, comme si la jeunesse était condamnée à l’avance.

      • #32173 Répondre
        éponine
        Invité

        Bonjour Guéguette,
        Pourriez-vous préciser votre pensée : à quoi est condamnée la jeunesse ?
        Reality est le seul film que j’ai vu en salle l’année dernière, alors je me souviens assez bien de cette histoire aussi rocambolesque que vraie, avec des dialogues tirés d’un interrogatoire du FBI qui se retrouve en un clic sur internet (bonjour le secret !) et qui m’ont parus plus lunaires que certaines conversations tenues au bout de la nuit quand toutes les Triple Karmeliet ont été bues et que viennent à sortir les fonds de voldka et de gin sans tonic pour diluer. Cette malchanceuse lanceuse d’alerte (sacrément éventée) me semble avoir été la victime expiatoire d’un pays gangrené par ses délires paranoïaques. En tant que restitution « fidèle » (les dialogues ne sont pas inventés !) de la réalité, ce film a surtout le mérite de montrer que cette réalité peut très largement dépasser la fiction. Mais je m’en doutais un peu.

        • #32335 Répondre
          Guéguette
          Invité

          C’est ça qui m’a frappé. La belle légèreté du personnage, et cette envie d’agir qui provient de nulle part, ou plus exactement d’un manque de sens. Et c’est ce petit élan que la société s’efforce de broyer à tout prix.

          • #32520 Répondre
            éponine
            Invité

            D’accord. J’avoue être passée à côté de la légèreté qui pouvait émaner d’une militaire de carrière, médaillée, parvenue à entrer dans les services de renseignements américains avec certainement autant de travail et de persévérance qu’un « sens » de la réalité plutôt… ordonné.

            • #32542 Répondre
              Guéguette
              Invité

              On peut être ordonné et creux.

              • #32651 Répondre
                éponine
                Invité

                Peut-être même que ça aide 😉

                • #32747 Répondre
                  Guéguette
                  Invité

                  Certes!

    • #32116 Répondre
      MarcelAtkine
      Invité

      Bonjour, au vu de la sortie prochaine du film Heroico du réalisateur mexicain David Zonana (proche de Michel Franco, co-producteur des filles d’Avril et Chronic), j’ai vu son premier long Mano de Obra. Un film qui relate les injustices face à la mort d’un ouvrier sur le chantier d’un riche propriétaire. Assez impressionné par ce film , j’aurais aimé savoir si l’un ou l’une d’entre vous l’aurait vu ? Si oui, François t’en penses quoi ?

      • #32256 Répondre
        françois bégaudeau
        Invité

        je découvre tout ce que tu dis là
        l’existence de ce Mano de Obra, de son premier film et du suivant
        je vais me jeter dessus

      • #32269 Répondre
        Cyril
        Invité

        Wow merci ! Le film était génial. Mais tellement pessimiste ! J’en ressors avec la même amertume que les films de Franco.

      • #32285 Répondre
        Charles
        Invité

        Je découvre aussi, je vais y jeter un oeil.

        • #32679 Répondre
          pier
          Invité

          J’ai pu voir Heroico qui était présenté à la Berlinale l’an dernier, et effectivement l’influence Michel Franco se fait ressentir forte. C’est assez époustouflant visuellement, et surtout vraiment précis et détaillé sur tout ce qui est immiscions du fascisme de l’armée dans l’esprit du conscrit. Avec une réalité matérielle liée au Mexique, et l’intérêt majeur du film: comment, dans un pays de plus en plus militaire, on place toute une classe sociale sous dépendance économique de l’armée. Le personnage principal y est « sous perfusion » double: de souche populaire, sous domination raciale et économique (sa mère malade dépend de son assurance militaire pour se payer ses soins).
          Je me souviens en être sorti ou répugné ou nauséeux, un truc de surenchère dans l’horreur du fascisme militaire qui m’avait apparu un peu obscène. Et le tout moins « puissant » que Michel Franco.

          • #32782 Répondre
            françois bégaudeau
            Invité

            Très déçu par Mano de Obra
            Ok pour la sécheresse, ok pour le froid, mais ici le sec est du vide. Il ne se passe rien dans le plan, qui n’est que bref jalon d’un processus.
            Intéressant de comparer à Franco : même facture oui en effet, et d’un coté tout est intense, de l’autre tout creux.
            Je crois que ça en tient en partie à la puissance scnénaristique de Franco. Le scénario de Mano de Obra est platement linéaire – outre qu’assez invraisemblable (les ellipses ont bon dos)
            Comme je suis un bon gars je vais regarder Heroico.

            • #32787 Répondre
              Charles
              Invité

              Intéressant ça. Est-ce à dire que ce style de mise en scène ne peut faire l’économie d’un scénario très fort sans être menacé par le vide, contrairement au cinéma de HSS ou d’Api?

              • #33038 Répondre
                françois bégaudeau
                Invité

                il n’y a aucun dogme sur le scénario
                Le scénario est du grand art s’il permet de nouer des situations, de créer des scènes.
                Franco est d’abord est avant tout un grand scénariste : art de fabriquer des noeuds, art de distiller les informations.

            • #32953 Répondre
              MarcelAtkine
              Invité

              Je te rejoins sur la faiblesse scénaristique, mais je ne serai pas aussi catégorique.
              L’utilisation des ellipses permet en effet de faire passer certaines invraisemblances (je pense au « suicide » du propriétaire, à la soudaine irruption policière, au pouvoir douteux de l’avocat).
              Mais ces ellipses servent aussi à relayer hors-champ ce qui, pour les personnages, demeure inatteignable, notamment les impasses hiérarchiques (la justice tout simplement inexistante). Le Mexique est un pays où règne la corruption, où les rapports de force sont friables, et le film réussit pour moi à montrer ces glissements possibles à travers le personnage principal. À son niveau, il prend le pouvoir et l’exerce de manière assez ambiguë sur ses collègues. Le projet collectif bascule petit à petit en entreprise hiérarchisée où sont réinstaurées les logiques de domination. Mais rien n’est jamais figé et c’est ce que je trouve intéressant.
              Totalement d’accord avec toi sur la mise en scène, et ce que tu dis sur les plans.
              Ça reste un premier film et j’attends la suite avec curiosité.

      • #32950 Répondre
        Parfaitement à l’eau
        Invité

        Vu Heroico, c’était pas mal mais l’influence Michel Franco se ressent si bien qu’on est forcé de les comparer. Et je dois dire que le film est prévisible et ne va pas plus loin que ce qu’il laisse présager dès le début.
        Quelques scènes « fortes » (la saut à coté du faucon, la fessée de la mère).
        Je n’ai pas ressenti ce « choc de la cruauté » que Franco arrive à m’amener. Par exemple ce film peut être rapproché de Nouvel ordre dans sa description de l’armée mexicain, la cruauté et l’inhumanité était bien plus saisissante je trouve, plus brutale. Ici c’est un peu sage finalement, et les scènes de militaires qui regardent des vidéos ultra gores reviennent beaucoup trop fréquemment c’est lourd.
        Mais un réal que je suivrais quand même. Merci de la découverte.

    • #32331 Répondre
      Cyril
      Invité

      https://www.arte.tv/fr/videos/116056-001-A/twist/
      Lagasnerie dans un petit docu sur l’amitié.

      • #32332 Répondre
        Cyril
        Invité

        Eribon, Louis et Lagasnerie interviennent vers 9 minutes.
        Les plans au ralenti valent le détour.

    • #33138 Répondre
      Papo2ooo
      Invité

      J’ai vu sur deux jours consécutifs le film Western de Valeska Grisebach et Un château en Italie de V. Bruni-Tedeschi

      J’ai adoré les deux films, très différents, mais qui m’ont semblé comme se répondre.
      D’un côté le film de Bruni-Tedeschi qui filme la grande bourgeoisie, avec beaucoup de scènes d’intérieurs ou des scènes dans des jardins, à proximité de monuments etc. De l’autre côté un film qui se situe pratiquement qu’en exterieur, dans une nature sèche et aride, à l’exception de quelques passages en voitures et quelques scènes chez des résidents bulgares (svt en terrasse d’ailleurs)
      Dans la forme, le film de Bruni-Tedeschi m’a aussi frappé comme étant bourgeois (pas nécessairement un défaut). On film les personnages au plus près et ne voit toujours qu’un personnage ou bien deux personnages qui dialoguent dans le plan. Il n’y a jamais de groupe. Ou si on voit un groupe, il y en a toujours deux qui intéragissent et les autres qui observent. On voit d’ailleurs bcp les vêtements mais assez peu les corps. Des tenues soignées, mais assez peu de veines, de rides, de muscles ou de formes.
      Dans la forme, le film de Grisebach m’a frappé comme montrant toujours les personnages dans un système social. On voit les choses de beaucoup plus loin et on les saisit toujours dans un ensemble. Le perso principal Meinhard est toujours montré en relation avec les collègues ouvriers qui affectent son corps d’une certaine façon ou avec les bulgares qui l’invitent à leur table et lui font découvrir leurs modes de vie. Il est assez mutique et introverti et dépend entièrement de son environnement pour devenir force d’expression. Lui par contre, on ne voit que son corps émacié et saillant de muscles.
      Ce qui donne chez VBT une impression d’extrême solitude des protagonistes (condition bourgeoise ?) et chez V. Grisebach l’impression qu’un individu n’est jamais seul. Il est toujours lié, qu’il le veuille ou non, à d’autres personnes dans différents modes de relations. Ecrasement, amitié, conflit etc.


      Ensuite, ce qui est également très net, c’est que dans le film de Bruni-Tedeschi, dans littéralement chacune des scènes, les protagonistes défendent un intérêt. Intérêt de draguer, intérêt d’avoir un enfant, intérêt de demander de l’argent etc. Les personnages sont d’ailleurs extremement bavard et conscients de ce qu’ils veulent.
      Dans le film de Grisebach, on suit un personnage assez mutique, Meinhardt, qui est entre plusieurs intérets contradictoires. Comme d’ailleurs les autres perso du film. On sait jamais s’ils se foutent dans la merde, s’ils font des choix conformes à leur intérêt ou bien s’ils sont le jouet d’inconscients etc.

      Je ne peux que conseiller ces deux films disponibles sur univers ciné.

      • #33142 Répondre
        Papo2ooo
        Invité

        On peut même comparer les scènes de surprise dans les deux films.
        C’est-à-dire les scènes dans lesquelles un personnage surprend un autre personnage en apparaissant de manière imprévue et provoquant ainsi une réaction de surprise effrayée.
        Chez Bruni-Tedeschi ça donne des cris assez forts et puis après on rigole ou on se dispute.
        Chez Grisbach ça donne direct un KO et un silence inconfortable qui s’installe pdt un temps – avant que la situation se calme.

        Effervescence des émotions d’un côté ou rapport de tension avec un environnement de l’autre


        Je n’ai pas présenté le film de Grisebach, je crois qu’il a eu un certain écho par le passé.
        Il s’agit d’un film par une réalisatrice germanophone (elle est je crois entre l’ Allemagne et l’Autriche).
        Western est un film de 2019 situé pour la quasi totalité en Bulgarie. On y suit un groupe de travailleurs allemands qui sont envoyés en Bulgarie, dans le cadre d’un projet européen, pour effectuer des travaux hydroélectriques. Les travaux sont assez vite empêches et on suit les rapports tendus entre les ouvriers allemand et les résidants bulgares.
        Il faudrait que je le revois, c’est très riche aussi concernant le contexte politique etc. Super film.

        • #33144 Répondre
          Papo2ooo
          Invité

          Je crois je vais bientôt commencer à parler le François à un niveau B1.

    • #33143 Répondre
      Adamou
      Invité

      Y en a t-ils qui ont vu le documentaire Mambar Pierette sorti au cinéma ce mois-ci? Il me semble pas en avoir entendu parler ici

    • #33165 Répondre
      Charles
      Invité

      Je viens de voir Zone of interest que j’ai trouvé brillant et passionnant. Je m’attendais à un film à dispositif rigide et limité qui lasserait vite, il m’a au contraire constamment intéressé tant il ne m’a pas semblé du tout prisonnier de son système. On a beaucoup glosé sur le hors-champ dans ce film que Glazer ne tiendrait pas assez alors qu’on voit des fumées sortir des fours crématoires en arrière-plan, des effets personnels récupérés par la famille Hess etc. C’est un reproche étonnant car c’est le projet du film, pas sa contradiction : filmer la vie à côté des camps, son voisinage avec tout ce que ça suppose comme contamination, comme environnement au sens littéral. Montrer une parfaite étanchéité entre le camp et la vie bourgeoise à ses abords n’aurait pas eu beaucoup de sens, ni d’intérêt. La bande-son est remarquable pour ça, je craignais qu’elle soit trop envahissante et elle m’a semblé au contraire assez juste. C’est terrible mais ça m’a fait à certaines fois où j’entendais une fête foraine à proximité de chez moi sans savoir exactement d’où le son venait, avec le bruit des enfants en train de crier sur des sortes de montagnes russes.
      Le film ne s’épuise pas au bout de 20 minutes, contrairement à ce que j’ai lu, il se renouvelle bien, notamment dans la dernière partie avec la mutation de Hess qui donne lieu à des scènes glaçantes, car dépassionnées, de bureau. J’aime beaucoup par ailleurs la remarque de Hess à sa femme quand il lui raconte une soirée importante au cours de laquelle il s’est demandé comment faire pour gazer toute la pièce qui est très haute de plafond. Encore une fois, elle a été très critiquée, comme une sorte d’outrance alors que c’est tout le contraire. C’est une déformation professionnelle de Hess, soit quelque chose de tout à fait anodin et « normal ». Quand on lit certaines critiques, on a l’impression que la Shoah relève du sacré qui ne supporterait aucune stylisation, aucun effet. Or le cinéma, l’art, c’est du style, de l’effet. Reste à savoir dans quel but, à quelle fin, si c’est pour tirer quelques larmes faciles du spectateur, susciter un effroi d’enfant devant le loup ou si les émotions produites sont plus complexes et ont plus d’échos.
      J’ai quelques doutes sur les scènes de la jeune fille polonaise en infrarouge mais j’aime assez ne pas savoir quoi en penser car c’est pour le moi le signe d’un cinéaste qui tente des trucs, qui ne vient pas avec son dispositif ultra verrouillé pour en imposer au spectateur. Ces scènes commencent comme des contes, des scènes de cauchemar et se précisent ensuite, gagnent en réalité. Peut-être n’est-ce pas de très bon goût, ni très utile mais elles troublent, elles déstabilisent, ce n’est pas rien. Evidemment, on peut penser à la fille rouge de Schindler, sauf qu’ici ce n’est pas à visée sentimentalo-lacrymale, c’est plus insaisissable.
      Le film n’est pas avare en plans superbes, notamment dans la serre quand Huller offre une cigarette à un domestique polonais, scène quasi muette et qui tient uniquement par le cadre. Ce n’est pas assez dit il me semble. On peut reprocher au film ce qu’on veut mais on doit tout de même reconnaitre ça, cette qualité de filmage qui est assez rare.
      La fin, avec ce flash-forward stupéfiant dans une sorte de raccord entre le crachat ou la vomissure de Hess et le ménage fait 80 ans après, a achevé de me convaincre qu’on tenait là un film important.

      • #33171 Répondre
        Monami
        Invité

        Autre plan fou : le père, de dos, fumant un cigare. Devant lui, les enfants qui jouent dans la piscine, puis en arrière-plan, la fumée du train qui passe de droite à gauche

        • #33228 Répondre
          Ostros
          Invité

          Tu as bien parlé du film Charles. J’en sors et je le trouve très réussi. Pour moi ce hors champ est intelligemment travaillé. Je l’ai trouvé parfaitement dosé depuis les gazouillis des oiseaux aux début jusqu’à la fin. Il permet de ressentir le camp juste à côté. D’en éprouver l’horreur sans rien en montrer. Par des éléments visuels et sonores simples – on donne un élément pour signifier une situation, est-ce juste de les appeler des synecdoques ? En tout cas pour moi ce sont des effets de style qu’on trouve dans la littérature. Le sang qui coule des bottes que l’homme de ménage nettoie sous le robinet. Les coups de fusils par ci par là, les flammes, le train qui passe. On connaît l’histoire, on sait ce qu’ils signifient. Ces éléments sont des signes. D’avoir réfléchi à ces signes ça permet de faire un cinéma économe et intelligent. Dire des scènes qui reconstituées demanderaient beaucoup de moyens, seraient de l’émotion pleine face, du drame, avec du mineur. On imagine. On est effrayés par ce que notre tête traduit de ces signes. C’est à la fois pudique et pernicieux.
          Les coupures de couleurs et les irruptions sonores (comme des râles passées au synthé) sont aussi troublantes (dès le très long noir du début). Les situations sont bien écrites (je n’avais rien lu sur le film je ne connaissais même pas le sujet), on élucide ce qui se passe à mesure des conversations avec le voisinage. Les vêtements qui appartiennent aux juifs et qu’on accapare, la bonne qui est juive et terrifiée, l’autre bonne qui boit la nuit pour ne plus entendre ce qu’elle entend ni voir ce qu’elle voit. La venue de la mère est aussi bien travaillée. Sa prise de conscience. Elle se dit que son ancienne patronne (sans doute une bourgeoise juive – scène intéressante car on a immédiatement une démonstration d’une inversion du pouvoir entre des personnes pauvres devenues riches grâce à l’anéantissement des juifs, et on ne s’étend pas c’est concis, précis) est sûrement là dedans et ensuite comprendre ce qu’on leur fait et partir. Il me semble qu’à l’époque ce qui se passait dans le camp était inconnu du reste de la population. On savait qu’on emenenait les juifs pour du travail forcé et qu’ils n’en revenaient pas. Donc ce personnage c’est la découverte de la réalité sur place. Et c’est vraiment poignant. Si ma patronne est enfermée à vie pour trimer comme un animal ok, si elle est brûlée vive là c’est insupportable.
          Le film est une adaptation, je n’ai pas retenu le nom du livre.
          La scène que tu décris avec le jardinier a fait immédiatement écho à la scène de triangle of sadness, la demande de la riche à la servante de se baigner. Le jardinier reste par ce qu’il n’a pas le choix. C’est muet et terrible.
          Pour les scènes de nuit je les ai vraiment appréciées. Ce changement de style est d’une simplicité efficace. On la croirait en danger cette gamine avec les contes qui sont récités par le père en voix off. D’ailleurs le conte d’hansel et gretel sonne comme s’il s’agissait des allemands purs contre une juive. La sorcière qu’on réussi à mettre au feu et les miettes deviennent des pierres précieuses et voilà les gentils enfants allemands délivrés du mal de la méchante, et riches à leur tour (écho avec l’histoire de la grand-mère dont la patronne pas aimé est sans doute morte et ses biens sont revenus aux allemands lors d’une vente au enchères. Et histoire de la femme qui pille les affaires des juifs ). Le film comporte comme ça des complexités, des plis intéressants.
          J’ai mis du temps à me rendre compte que c’était la fille de la famille qui sortait la nuit offrir « du sucre » aux prisonniers ouvriers. L’ironie noire de la fin est intéressante aussi : un homme qui s’est battu pour une de ses pommes se fait punir d’une balle dans la tête. Elle a provoqué la mort d’un homme, pensant leur apporter une aide comme dans les contes.
          La scène que j’ai du mal à comprendre est celle de nuit, où une mère est dans un petit salon avec son fils maigre qui mange de la soupe et sa fille dort dans la pièce à côté. Elle est plus loin du camp. Elle sort récupérer le linge étendu sur le balcon.
          J’ai apprécié qu’on ne sache pas bien si le mari vomit vraiment ou pas. Son vomi ne laisse aucune trace.
          Est-ce bien lui qui essaie de quitter le camp et finalement ce trouve obligé d’y rester ? Ça je ne suis pas sûre. Car si oui, n’est ce pas une façon de « sauver » cet homme ? Et il n’y aurait que la femme et ses fils qui serait vraiment horribles et elle surtout car cupide. On sait bien que les gradés du 3e reich n’était pas très affectés négativement par ce qui se passait dans les camps.
          Les apparitions du chien fouineur, collant, un peu allège les plans. C’est une bonne idée davoir mis sa présence insouciante un peu partout.
          Pour le flashforward au musée j’ai pris ça comme une autre façon de se tenir hors de ce que fut ces exterminations. Les assemblages de photos, de vêtements, les empilements de chaussures, la mise en scène. Ça évide les faits. Quelle forme hideuse. Je n’arrive pas à bien expliqué mon ressenti mais pour moi ces plans du musée m’ont fait me dire quelle horreur, ils ont vécu les pires atrocités et voilà ce qu’il reste de d’eux, voilà la forme triste qu’on offre à leurs souvenirs. Je trouve que seul le film et le livre (l’art) peuvent réussir à transmettre un fragment de leur mémoire, le style faire hommage à ce qui a été. Et Glazer participe à ce travail ici. Mais peut-être que mes derniers mots vont un peu loin ou sont un peu culcul.

          • #33244 Répondre
            Doug
            Invité

            Merci pour vos mots, vous en parlez bien !
            Sur le champ/flash-forward de la fin je n’ai pas ressenti anodin qu’on filme des travailleurs affectés à l’entretien du musée là où on aurait pu se tenir à filmer les pièces exposées, ou qu’on aurait pu montrer une profusion de visiteurs. Je me suis demandé si Glazer cherchait par là à re-visibiliser le travail ouvrier, à le sortir d’un hors-champ dans lequel la configuration contemporaine du travail veut le plonger (le ménage, qui n’est d’ailleurs qu’un exemple, n’est fait qu’après le départ des visiteurs, et tout est programmé pour que les deux ne se rencontrent pas). Et donc à postuler une continuité entre ce hors-champ-là et celui disposé sur le reste du film, en connectant deux systèmes de production abjects et deux formes d’adhésions silencieuses, en somme à retourner sur lui-même le spectateur qui se complairait à se différencier des Höss.

            • #33251 Répondre
              Charles
              Invité

              Assez d’accord avec ça, c’est l’idée à mon sens du raccord : le nazi crache, vomit et les agents d’entretien nettoient.

      • #33224 Répondre
        I.G.Y
        Invité

        J’ai enfin pu le voir et je ne peux qu’approuver.

        Je trouve assez stupéfiant qu’on puisse juger la scène de la fête où il parle de gazage au téléphone comme une outrance. Lorsqu’on lit un tant soit peu la production écrite de ces gens, et leurs actions factuelles dans les sources, on ne peut voir dans ce film que pondération. Je peux comprendre les personnes (cf. plus haut) qui trouvent le camp trop présent, par exemple via la bande son. J’ai trouvé qu’elle était au bon niveau.
        .
        C’est assez fort de voir à quel point tout le nazisme est replié dans ce film, à bas bruit. Importance de la promotion sociale, carriérisme, gestion rationalisée, racisme et mort de masse — que dire à ce titre de l’incroyable plan de pêche dans le fleuve. La scène de discussion de couple au bord du ponton est d’une sincérité absolue, elle montre toujours sans rien dire la manière dont des êtres peuvent être parfaitement humains avec ceux qu’ils considèrent comme humains, et sans égard vis à vis, pour reprendre un terme qui revient dans les sources, de « bacilles » qui ne réclament qu’un « principe de prévention et de prophylaxie ». Vivement la Gêne, quand sort-elle?

        • #33247 Répondre
          françois bégaudeau
          Invité

          La Gene sera en ligne samedi prochain, et recoupera pas mal de vos remarques à tous.
          Comme d’habitude ceux qui ont des réserves (ailleurs, pas ici) ont tout simplement oublié de voir le film.

          • #33250 Répondre
            Charles
            Invité

            Le sortie de secours est assez consternant, un festival d’interprétations qui parle superficiellement de la facture du film, l’occasion encore une fois de se payer Haneke avec des perles du genre « ne pas faire un seul gros plan sur un visage dans un film c’est problématique ».

            • #33253 Répondre
              françois bégaudeau
              Invité

              C’est marrant comme ceux là me font l’impression d’etre à la fois très sophistiqués et très cons dans leur rapport au cinéma
              Le fait est qu’ils sont souvent en survol. Sans doute que travailler un film au corps leur semble vulgaire.
              Au fond ce sont un peu les Bonello de la critique : à la fois sophistiqués et bêtes.

              • #33257 Répondre
                Charles
                Invité

                T’as Murielle Joudet qui est complètement blasée et raconte n’importe quoi une fois sur deux ; Orignac obsédé par des interprétations méta-cinéma plus ou moins pertinentes – sa comparaison avec Napoléon et Maestro focalisés sur la vie domestique des « grands hommes » est d’une bêtise effarante ; Yal Sadat qui est perdu dès qu’on ne parle pas d’un film de genre hollywoodien ; et Théo Ribeton qui ne parle que 3 minutes (mais souvent trois bonnes minutes).

                • #33258 Répondre
                  françois bégaudeau
                  Invité

                  J’avais noté le parallèle débile Maestro-Napoléon. Typiquement une idée en surplomb.
                  Je ne comprends pas pourquoi Ribeton parle si peu. Sans doute que son introduction brillante et dandy suffit à son bonheur. C’est peut etre l’ethos Inrocks : importe surtout le style et peu importe la pensée.

                  • #33261 Répondre
                    Ostros
                    Invité

                    Maestro c’est le film Netflix de Bradley Cooper ? – Il vaut quoi ?

                  • #33263 Répondre
                    Charles
                    Invité

                    La palme revient quand même aux critiques du Masque, notamment à Leherpeur qui pense que c’est un film dangereux car susceptible d’être récupéré par les négationnistes en raison du hors-champ.

                    • #33264 Répondre
                      Tony
                      Invité

                      Oui mais bon c’est Le herpeur,en plus cet argument est réversible si le film avait montré le hors champ les négationnistes diraient que c’est une fiction,par contre, plus étrange,dans le cercle,Frédéric Mercier avait beaucoup de réserves,il a vraiment pas aimé.

                      • #33266 Répondre
                        Ostros
                        Invité

                        C’est étonnant cette réception critique qui passe à côté du film. Je serais curieuse de lire / entendre l’avis de Momci s’il s’est exprimé quelque part.
                        Pour ma part je viens d’éprouver le sentiment d’un pion de jeu de dame à qui on passe par-dessus pour avancer.
                        Ou alors il faut en déduire que vous n’avez pas vu Maestro ou qu’il n’en vaut pas la peine. Je pars sur ça.

                      • #33267 Répondre
                        Tony
                        Invité

                        J’ai pas vu Maestro désolé

                      • #33268 Répondre
                        Ostros
                        Invité

                        C’est bien ce qui me semblait. Merci de m’avoir extraite de mon invisibilité.

                      • #33271 Répondre
                        I.G.Y
                        Invité

                        Pas vu non plus !

                        Je termine le Sortie de Secours à l’instant. Étonnant ces reproches de « hors champ porn » (je cite), la « hype » du hors champ où ça devient « arty » (je cite toujours) de ne rien montrer. Mais qu’auraient-ils dit si l’on montrait vraiment (en italiques)? Avec un film le plus réaliste possible ? « Champ porn » ?

                        Au delà du désaccord qui peut toujours exister avec des critiques, c’est vrai qu’ils me semblent assez superficiels. Quelqu’un a trouvé une critique plus approfondie ? Mercier même s’il n’a pas aimé ?

                      • #33273 Répondre
                        Parfaitement à l’eau
                        Invité

                        Plus haut ou dans un autre sujet il y a eu des liens vers cet article qui en parle de façon plus poussé chez culturopoing : https://www.culturopoing.com/cinema/sorties-salles-cinema/jonathan-glazer-la-zone-dinteret/20240130

                      • #33274 Répondre
                        I.G.Y
                        Invité

                        Ah oui j’avais oublié que certains liens avaient été mis plus haut, je vais regarder, merci!

                      • #33277 Répondre
                        Tony
                        Invité

                        J’ai retrouvé un écrit de Mercier sur le film,moins sévère que j’aurais cru après avoir vu le cercle,son jugement a du se radicaliser un peu depuis,

                        Grand Cannes mais désordre du palmarès

                      • #33278 Répondre
                        Tony
                        Invité

                        D’ailleurs je suis d’accord avec lui,il aurait du avoir la palme d’or, j’ai toujours pas compris comment le médiocre anatomie pouvait être célébré à ce point là.

                      • #33279 Répondre
                        I.G.Y
                        Invité

                        On sent tout de même dans cet article que le Glazer ne lui a pas inspiré grand chose

                      • #33281 Répondre
                        Ostros
                        Invité

                        Tony a bien raconté le début du film un peu plus haut dans les commentaires que je découvre. J’ajoute une chose qui m’a marquée moi la novice totale c’est que dans ce premier plan j’ai cru que c’était une bande d’amis. Trois adultes et quatre enfants. Puis tout le monde rentre dans ces voitures type des nazis puis ça monte dans les étages et le père que je n’ai pas identifié comme tel éteint toutes les lumières. Puis c’est le matin, l’anniversaire du père en uniforme et on voit toutes ses femmes adultes et encore les enfants. J’ai pensé à une maison de vacances qui réunit une bande d’amis. Et ensuite les rôles des bonnes se précisent. On a vraiment une entrée très progressive, par touches. Ça m’a troublée.
                        .
                        Et j’attire votre attention sur l’énorme cochon qui marche sur le chemin de forêt de nuit, on voit des SS en mobylette avancer au loin et la gamine offreuse de pommes qui rentre. On se serait cru chez Franco soudain. Vous l’avez pris comme un élément de conte ?
                        En tout cas il n’a rien à faire là, ce n’est pas un cochon sauvage, il n’a pas de poils. C’est un cochon de ferme.
                        Qui s’est enfuit ou qui est apparu comme dans un mythe.

                      • #33286 Répondre
                        I.G.Y
                        Invité

                        C’est amusant je me souviens de ce moment et pourtant j’ai identifié cet animal dans ma tête comme un chien, presque « automatiquement », je n’avais pas du tout fait attention! Vu à quel point Glazer maîtrise son dispositif, c’est sans doute volontaire oui
                        .
                        Une autre allusion visuelle qui ne me paraît pas faite au hasard, c’est à la fin du dialogue ému sur le ponton au bord de l’eau : lorsqu’ils remontent (à deux), on aperçoit deux soldats, en haut. Et sur le plan d’après, où mari et femme marchent ensemble en bas à droite, on a toujours en haut à gauche les deux soldats, qui marchent côte à côte, comme en parallèle des deux autres. Ça m’a fait l’impression d’un rappel : n’oubliez pas, après ce que vous venez de voir, que les deux d’en bas à droite sont en guerre. Je ne sais pas si c’est « la bonne » interprétation mais j’ai pensé ça tout de suite

                      • #33290 Répondre
                        Ostros
                        Invité

                        Tu as l’œil, je n’ai pas remarqué ces deux soldats. Ça ajoute un élément formel / scénario à ceux que j’ai listé plus bas, sur les miettes d’étrangeté semées un peu partout par Glazer.

                      • #33288 Répondre
                        Ostros
                        Invité

                        Me revient les 2 occurrences des tables dressées lors de la visite de la mère, auwquelles on ne touche pas (salon / jardin), on semble se situer en dehors des heures de repas, personne n’est à table, au salon la mère et la fille goute quelques mets debout, au jardin seul le chien s’y intéresse.
                        Le film est truffé de petites étrangetés. De petits décalages ou surprises par la forme, de l’ironie dans le scénario, des évènements incontrôlables qui surviennent (les pommes qui conduisent à la mort d’un homme, le cochon, la rivière emplie soudainement des os et des cendres rejetées, ce plan sur un salon d’inconnus, on annonce en off la mort d’un Joséph – le compositeur ? -, le plan fleur qui tourne au rouge, la blague entre le mari et la femmes qui imitent le cochon, les sons étranges, le mari qui se met à vomir à l’issue de la fête)
                        Me revient aussi le pragmatisme dingue de la femme qui dit à son mari, quand la guerre sera finit on récupéreras les terres ici d’accord ?
                        Et ce mari commandant qui tue et qui semble obéir aux désirs de sa femme – l’emmener encore en Italie, récupérer les terres, écrire pour qu’elle garde la maison avec les enfants, la rassurer quand il sait que finalement il ne partira pas. Un mec pas autoritaire dans son couple.

                      • #33297 Répondre
                        Ostros
                        Invité

                        Pendant le film j’ai beaucoup repensé aussi à la scène de visite de Neige Sinno à sa demi-soeur, qui de mémoire habite juste à côté de la maison où elle a été abusée durant de nombreuses années. Neige Sinno se demande comment sa sœur peut ne pas penser à ce qu’elle sait de ce qui s’est produit dans cette maison qu’elle voit tous les jours. Elle n’a pas rechigné à vivre là, elle n’en a pas éprouvé de gêne, de dégoût, de culpabilité. Elle n’évoque jamais les faits grave qui s’y sont produits qu’elle connaît pourtant.
                        Bien que NS n’ait pas souhaité en tenir rigueur à sa sœur, par amour, pour nous lecteurs ce déni est effarant. On aimerait le sonder, en comprendre les ressorts. Pouvoir l’expliquer à la raison.

                      • #33292 Répondre
                        Monami
                        Invité

                        la comparaison dans l’article de Transfuge entre Anatomie d’une chute et Ceylan est un joli CSC : Ceylan serait la modernité de cinéma, la pure matérialité alors que Triet serait dans la classicisme et les scènes-idées. A la lumière des 2 scènes de disputes qui sont cités dans l’article, moi je dirais que c’est plutôt le contraire

                      • #33294 Répondre
                        Ostros
                        Invité

                        C’est quoi CSC ?

                      • #33296 Répondre
                        Claire N
                        Invité

                        Contre son camp ?

                      • #33299 Répondre
                        Monami
                        Invité

                        c’est ça, genre but contre son camp

                      • #33458 Répondre
                        Tony
                        Invité

                        Podcast de Mediapart sur la zone d’intérêt
                        https://shows.acast.com/614194782527ca001245049a/65c5eeb080a0250015761895

                      • #33485 Répondre
                        Ostros
                        Invité

                        Merci !

                      • #33499 Répondre
                        I.G.Y
                        Invité

                        Merci ! Et sinon, Chapoutot Live sur LundiMatin

    • #33193 Répondre
      Cyril
      Invité

      J’ai vu Les feuilles mortes de Kaurismäki. Pas aimé du tout, ça suinte la nostalgie, l’ostalgie même comme disent les allemands. Partout, des affiches de vieux films (le cinéma c’était mieux avant), des vieux disques, des vieilles bagnoles. Je voulais voir à quoi ressemble la vie en Finlande, c’est raté. Le monde contemporain est absenté. Il se manifeste quand même, à l’insu du réalisateur je crois, dans le reflet d’une voiture moderne dans une vitrine. L’hommage à Bresson est très appuyé, avec une économie de paroles et d’expressions chez les comédiens, des postures très statiques. Mais alors que chez lui, ce retrait des acteurs donne à voir tout le reste, ici il n’y a pas grand chose à voir que des décors et des costumes fétichisés.
      Bref, je me suis beaucoup ennuyé. Je me demande si j’ai raté quelque chose. D’autres ont-iels vécu une expérience différente ?

      • #33201 Répondre
        Parfaitement à l’eau
        Invité

        Je l’ai vu et plutôt bien aimé. Pas ressenti cette nostalgie que tu pointes, mais maintenant que tu le dis ^^
        J’ai apprécié la durée du film, la douceur des rapports entre les personnages (la romance, les amis) et la fierté dont ils font preuve lors de leur écart (le vol, l’alcool).
        Comme toi j’attendais un peu de voir la vie finlandaise qui est décrite par nos médias grosso modo comme le lieu du bonheur, le paradis éducatif et le pays du père noel… Ce ne sera pas avec ce film, tu as d’autres pistes ?

        • #33248 Répondre
          françois bégaudeau
          Invité

          Le cinéma surannéphile de Kaurismaki m’a toujours physiquement rebuté
          Un mot sur Bresson : le jeu chez Kaurasmaki n’est pas bressionnien du tout. Cette surexpressivité du neutre n’est pas chez Bresson. Ni ce maniérisme du statique – tu ne trouveras JAMAIS chez Bresson des plans fixes longs sur des gens qui soi-disant sont impassibles.

          • #33283 Répondre
            Cyril
            Invité

            Tout à fait d’accord, pas bressonien du tout mais lui se croit bressonien et c’est ça qui est énervant, ses plans insistants sur une affiche de L’argent en attestent. Mais chez lui, Bresson tourne au kitsch.

    • #33315 Répondre
      Malice
      Invité

      Est-ce que des ouvriers du chantier ont des ressources sur Neil Labute ( interviews et critiques)?
      J’ai découvert son film « Entre amis et voisins », que je croyais être une comédie ou un film d’amour, ce qu’il n’est pas – je n’ai d’ailleurs pas encore saisi ce qu’était ce film. Certains personnages sont fascinants, en particulier un mâle alpha abominable interprété par Jason Patric et une femme en quête de silence jouée par Catherine Keener.
      Est-ce que ses autres films valent le détour?

    • #33325 Répondre
      Papo2ooo
      Invité

      Vu Possessor de Brandon Cronenberg.
      Certains apprécient ce film ici ?
      J’ai vu qu’il a été bien reçu par la critique.

      Pour ma part, déjà formellement c’était pas possible. C’était cuit dès le début.
      C’est tout ce qui me laisse complètement sur la touche avec tous les artistes modernes typés New York 100%
      L’impression que pour tous les personnages, le spectre émotionnel à disposition tient sur un mégot de clope écrasé sur un échafaudage d’un tenement. Le sentiment qu’ils ont tous une attitude à la fois sans implication emotionnelle, tendance légèrement agacée, tout en restant cool en permanence – Disaffected cool ?
      Après on pourra toujours arguer que c’est le propos du film – la bonne affaire. Faut pas avoir peur de s’emmerder.
      Alors couplé à la lumière blafarde vue mille fois, au vernis classieux/vintage qui recouvre un peu tout et aux coloris gris/beige/brun comme unique tonalité : ça m’a fait penser à un film pour décorateur d’intérieur friqué qui fait les friperies de luxe.

      Certains ont d’autres avis ? Je serai heureux de pouvoir comparer les ressentis.
      Je me lâche un peu pour tester des trucs , désolé pour la balle perdue en direction des décoration d’intérieurs et des amateurs de friperie. J’ai également pu visiter les friperies à certains moments lol. Je ne veux pas donner l’impression d’être ici pour hair des gens.

      • #33332 Répondre
        Papo2ooo
        Invité

        Lorsque je parle de l’attitude des personnages, je ne parle pas d’une absence de situations dramatiques et de moments de tension ou de panique, mais d’un maintien de quelque chose de froid et de contrôlé dans le jeu, avec en permanence ce que j’identifierai comme étant une pose. Laquelle pose n’exclut pas une espèce de neutralité aux autres. Une attitude qui, si on la croise dans la vraie vie, fait assez vite penser à une carapace cool et une artificialité conçues pour s’épargner le coût d’une interaction non-calculée avec les vivants.

    • #33385 Répondre
      Cyril
      Invité

      Vu Romance de Catherine Breillat, je me demande si elle n’a pas fait mieux que Nymphomaniac. Il faudrait en débattre. Lars von Trier passe pour quelqu’un qui ose montrer du sexe à l’écran, mais après avoir vu Romance, on le trouverait presque timide. Et puis je trouve le personnage de Marie dans Romance plus incarné, plus sombre et retors.
      Le compagnon de Marie ressemble étrangement au maître SM de Nymphomaniac partie 2.

      • #33429 Répondre
        Malice
        Invité

        Ce serait plus intéressant de montrer leurs points de contact plutôt que de les opposer, je pense

        • #33431 Répondre
          Tony
          Invité

          Salut Malice
          J’ai pas encore vu Romance,par contre j’ai vu récemment Sale comme un ange, qu’est-ce que t’en as pensé?

          • #33442 Répondre
            Malice
            Invité

            J’aime bien le contraste « Claude Brasseur- Lio »; ce flic bedonnant, raciste, macho qui parvient quand même à devenir érotique dans la scène du canapé. J’aime aussi les scènes qui se passent dans les bars, les boîtes, le commissariat, très terre à terre.
            Le personnage de Lio m’intéresse moins que les héroïnes d’autres films de Breillat ( Vellini dans « Une vieille maîtresse », Anaïs dans « A ma soeur », Marie dans  » Romance » et Alice de « Brève traversée »)

            • #33444 Répondre
              Malice
              Invité

              Breillat à l’époque de la promotion de « Romance » :

              • #33819 Répondre
                Mélanie
                Invité

                Bien mais court !

                • #33869 Répondre
                  Malice
                  Invité

                  Cadeau, Breillat à propos de Pialat, Police et Sale comme un ange

                  • #33920 Répondre
                    Mélanie
                    Invité

                    Reçu

                  • #33960 Répondre
                    Mélanie
                    Invité

                    Et c’était très bien !
                    « très amis », ou alors « l’imposture de l’amitié » – ça alors

                    • #34148 Répondre
                      Malice
                      Invité

                      ça a dû être beau, ces moments où elle rentrait du commissariat pour lui raconter ce qu’elle avait vu…

                      • #34150 Répondre
                        Tony
                        Invité

                        Au fait j’ai trouvé sa récente intervention chez Potemkine, bonne nouvelle elle prépare un nouveau projet avec Ben Said

                      • #34248 Répondre
                        Malice
                        Invité

                        ça et l’annonce de la restauration de ses précédents films ( surtout une vraie jeune fille, que j’ai vu dans une version dégueu) , voilà qui fait supporter le mois de février

            • #33463 Répondre
              Tony
              Invité

              Merci Malice,d’accord avec toi sur la faiblesse du personnage de Lio et, de fait,la tension érotique n’est pas aussi réussie que dans ses autres films,je me demande si cela ne vient pas du point de vue qui est,ici,celui du flic joué par Brasseur,que Breillat regarde de façon assez cruelle mais sans lui opposer de résistance,enfin film intéressant quand même et assez édifiant sur l’archétype masculin des années 80.

              • #33519 Répondre
                Malice
                Invité

                Je ne sais pas si le personnage de Lio est faible, je voulais juste dire qu’il m’intéresse moins que ceux que j’ai cités. Pour ma part la tension érotique me paraît hyper forte quand les deux personnages s’attrapent – mais ce qui suit m’intéresse moins. Alors que dans « Une vieille maîtresse », j’aime l’énergie continue qui existe entre les deux amants, leur duel perpétuel.
                Anecdote : je ne sais pas si tu as vu « Police » mais Breillat a fait jouer par Lio et Brasseur exactement le même dialogue d’amour dans la voiture qu’on voit dans le film de Pialat.

                • #33526 Répondre
                  Tony
                  Invité

                  J’avais repéré les acteurs rebeus du Pialat qui,ici,tiennent un bar et sont les indics de Brasseur mais non j’ai pas fait le rapprochement avec la scène dont tu parles,en fait y a longtemps que je l’ai pas revu Police, après ça ne m’étonne pas venant de Breillat et du contentieux qu’elle a avec Pialat, par ailleurs on voit bien qu’elle se moque de ce personnage de flic,complètement miteux,qui se raconte des histoires,alors que chez Pialat on sent une sincérité,une vérité.

                  • #33530 Répondre
                    Malice
                    Invité

                    Je ne crois pas qu’elle se moque de lui. Le fait qu’elle filme des hommes sans chercher à travestir leur machisme ne veut pas dire qu’elle les juge ou qu’elle les méprise. Je perçois même de la tendresse dans sa façon de filmer Brasseur. Quand il avoue à la jeune femme qu’il l’aime, c’est émouvant, par exemple, car il n’a plus du tout son arrogance de male alpha, et c’est là qu’il se met à briller

                    • #33541 Répondre
                      Tony
                      Invité

                      Le problème de ce film c’est que Brasseur n’est pas un mâle alpha et je ne l’ai pas vu briller,je l’ai vu jouer.

                      • #33544 Répondre
                        françois bégaudeau
                        Invité

                        Breillat est une des scénaristes de Police
                        M’étonnerait pas qu’elle ait déjà écrit elle même la scène Depardieu-Marceau.

                      • #33562 Répondre
                        Malice
                        Invité

                        Dans les bonus dvd de Police, Breillat dit qu’elle a écrit une première version de Police dont Pialat n’a pas voulu, qui a donné plus tard  » Sale comme un ange ».
                        L’ayant revu hier, je pense que ce qui est déséquilibré dans le film de Breillat ( et qui ne l’est pas dans « Police ») réside dans le fait que l’intrigue policière l’intéresse beaucoup moins que la liaison entre Brasseur et Lio : l’histoire d’amour et l’histoire de flics sont un peu comme l’huile et le vinaigre. Ce qui ne m’empêche pas de trouver justes les dialogues de flics et de voyous.

                        Tony, qu’est-ce qui te fait penser que Brasseur n’est pas un personnage viriliste? Quand on le voit parler à sa femme de ménage, à ses collègues, aux mecs qu’il interroge/surveille/humilie, il est quand même loin de la modestie et de la douceur ( qui ne se révèle que quand il baisse les armes devant Lio)…

                      • #33564 Répondre
                        Tony
                        Invité

                        Je trouve juste que Brasseur n’est pas un acteur assez exceptionnel pour incarner
                        ce genre de personnage,il lui manque ce côté mâle alpha dont tu parlais et que Breillat excelle à filmer, là ça manque de force,sinon le film est intéressant dans ce qu’il restitue des années 80 et de la petite mythologie policière,la fin est très réussie,comme toujours chez Breillat,quand il la poursuit au cimetière,la gifle et ce sourire de Lio à ce moment là,on retrouve ce trouble typique de son cinéma, à mon avis c’est son film le plus faible.

                      • #33569 Répondre
                        Malice
                        Invité

                        Le personnage de Brasseur manque de force à tes yeux, sans doute parce-que Breillat ne le regarde pas ébahie par son charisme de dominant; elle montre ce qu’est un viriliste dans la vraie vie, pas un fantasme d’homme fort.
                        Et Brasseur collabore parfaitement à son projet, malgré ce qu’il aurait pu trouver de dégradant dans ce rôle, ce que je trouve admirable. Je ne suis pas sûre que son charismatique/cabotin de père aurait fait aussi bien.

                      • #33570 Répondre
                        Tony
                        Invité

                        Par exemple avec un Etienne Chicot ou un Rabourdin le film aurait pris une autre dimension.

                      • #33580 Répondre
                        Malice
                        Invité

                        A quelle autre dimension tu voudrais que le film accède?
                        Si c’est celle où le personnage de Brasseur devient le héros de Police, moins laid, moins vulgaire, plus charismatique, il faut regarder Police.

        • #33449 Répondre
          Cyril
          Invité

          Peut-être mais d’avoir vu le film de Breillat m’a fait apparaître ce qui était moins réussi chez LVT. Je trouve que Lars a un côté poseur dans la provocation, tandis que Breillat me semble à la fois plus inconvenante et moins crâneuse.

          • #33455 Répondre
            Malice
            Invité

            Qu’est-ce que tu trouves poseur chez Lars? Si c’est son goût pour l' »aller trop loin » je ne trouve pas que ce soit une pose – trop loin, il y va vraiment, contrairement aux poseurs qui font mine de.

            • #33478 Répondre
              Cyril
              Invité

              C’est vrai que j’en parle de manière plutôt négative alors qu’en fait ça me fait marrer par moment, comme la scène avec les deux africains et Charlotte Gainsbourg, on sent que LVT fait des scènes pour nous mettre mal à l’aise, un peu comme un défi à la con qu’on se lancerait entre copains. Il a le goût de la provoc, on l’a bien vu à sa conférence de presse à Cannes où il vante les mérites d’Hitler. Et à d’autres moments, je trouve ça agaçant, comme les scènes trash de Antichrist que j’ai trouvées franchement consternante. Par contre dans The House, sa perversité prend tout son sens, il joue avec nous comme le psychopathe joue avec sa victime. Il y a un petit peu de ça chez Ostlund aussi. Mais attention, j’adore ces deux réalisateurs.

              • #33532 Répondre
                Malice
                Invité

                Vanter les mérites d’Hitler, ce n’est pas exactement ce qu’il a fait

                Antichrist est le seul film de lui qui m’a déçue, malgré la présence de Willem Dafoe, une superbe première séquence et la forêt qui est un peu, au début, comme la zone étrange de « Stalker »…
                Je n’ai pas du tout aimé le basculement dans la torture. J’aurais préféré que le film devienne du Tarkovsky.
                J’avais aussi un problème avec le fait que la nature soit maléfique – est-ce qu’à l’écran, c’est possible de rendre diabolique et malsain un des plus beaux lieux qui soient, la forêt? De mon point de vue de campagnarde, l’aspect horrifique des bois ne fonctionnait pas en tous cas.

                • #33533 Répondre
                  Charles
                  Invité

                  Et par ailleurs film d’une bêtise insauvable.

                  • #33634 Répondre
                    Malice
                    Invité

                    Je sauverais peut-être quand même l’ironie cruelle : le mari emmène sa femme à la campagne pour la guérir et finit par ( attention spoiler)

                    la brûler

    • #33599 Répondre
      Cyril
      Invité

      Numéro spécial des Cahiers ce mois-ci en comité exclusivement féminin, un même questionnaire sur leur rapport au féminisme etc. auquel répondent dix-sept cinéastes femmes dont Patricia Mazuy, Sophie Letourneur, Catherine Breillat…

      • #33604 Répondre
        Ostros
        Invité

        Qui sont les 14 autres ?

        • #33607 Répondre
          Cyril
          Invité

          Alice Diop, Catherine Breillat, Laura Citarella, Sophie Letourneur, Jane Campion, Rebbeca Zlotowski, Claire Simon, Blandine Lenoir, Axelle Ropert, Joanna Arnow, Patricia Mazuy, Rosine Mbakam, Mia Hansen-Love, Payal Kapadia, Aline Winocour, Leïla Kilani, Lucie Borleteau.
          Un paquet que je ne connais pas…

      • #33605 Répondre
        Cyril
        Invité

        Un exemple, à la question « Déconstruire certaines représentations standardisées ou limitées des femmes fait-il partie de vos objectifs ? », Breillat répond :
        Je ne suis pas capable de me conformer : je réalise mes films dans un état d’inconscience et ne me censure jamais. Je ne le fais pas exprès mais, après-coup, je me rends compte que oui, j’ai mis les pieds dans le plat. Parfois, j’ai très peur de ce que j’ai écrit, je me demande comment j’ai pu faire ça. Mais dans le fond, mes films sont allés dans le sens du courant. Ils parlent tous d’une chose qui est de plus en plus mise en lumière. Déjà avec Sale comme un ange ou 36 fillette, on me disait que je n’aimais pas les hommes, mais je les aime comme ils sont, avec des côtés atroces. Oui, ces personnages sont d’horribles machos, mais j’ai un regard tendre sur eux. Et le sexe, c’est trouble, je suis désolée. Dans ce trouble, on ne peut pas poser rationnellement tout ce qui se passe. Si on m’avait demandé mon consentement, je n’aurais jamais dit oui ! La seule fois où on a vraiment voulu me violer, je me suis énormément défendue, et je n’ai pas été violée… mais ça a tout de même duré trois heures de bataille. Dans 36 fillette, elle n’arrive pas à dire oui. On est opaque à soi-même – parfois « Pourquoi j’ai cédé ? », parfois « Pourquoi j’ai dit non ? ». Quand on s’est laissée circonvenir, on peut estimer qu’on a été violée. C’est le sujet d’À ma sœur : un viol moral, pas un viol pénal. Il faut quand même faire la différence.

        • #33633 Répondre
          Malice
          Invité

           » on me disait que je n’aimais pas les hommes, mais je les aime comme ils sont, avec des côtés atroces. Oui, ces personnages sont d’horribles machos, mais j’ai un regard tendre sur eux. »
          Voilà, c’est qu’est-ce que je disais au sujet de « Sale comme un ange »…

      • #33611 Répondre
        Charles
        Invité

        Dans ce numéro je recommande plutôt l’entretien croisé des critiques femmes sur leur place dans le champ, le féminisme au cinéma etc. Beaucoup de sujets abordés mais les réponses sont souvent intéressantes car complexes et incertaines, aucunement dogmatiques.

    • #33623 Répondre
      Sarah G
      Invité

      Vu le premier film de Milena Aboyan Elaha, que je n’avait pas pu voir lors du festival Premier plan car complet.
      C’est l’histoire d’Elaha 22 ans, vivant en Allemagne et d’origine Kurde qui va bientôt se marier avec Nassim, le souci, c’est qu’Elaha n’est plus vierge et elle va essayer de tout faire pour se faire reconstruire son hymen, des doutes vont rapidement jaillir, pourquoi devrait-elle reconstruire son hymen, en quoi est-ce grave de ne plus être vierge, pourquoi le fait-elle?.
      Elle est tiraillée entre son amour pour ses parents et la loyauté envers eux, le respect des traditions, peur qu’on la considère comme une pute, une sale réputation auprès de sa future belle famille et de faire honte à ses parents auprès des autres, et son très fort désir d’indépendance, de vivre une sexualité sans entrave et comme elle voudrait vivre sa sexualité.
      Beau récit de femme, un super récit d’émancipation.

      • #33629 Répondre
        Sarah G
        Invité

        Qui parmi vous a vu ou envisage de voir Elaha ?

    • #33638 Répondre
      éponine
      Invité

      Ca fait plus de vingt ans que je ne peux pas verser du sucre en poudre dans un verre d’eau, de lait, de jus d’orange, de n’importe quoi sans penser à Vincent D’Onofrio. Et là, j’ai aussi pensé à lui en voyant Sandra Hüller dans La zone d’intérêt. Tout comme il se retrouvait dans « le costume d’Edgar » dans Men in Black, Sandra Hüller jouait l’Allemande pécore et mal dégrossie qui s’empiffre de bradwurst et de kartoffelsalad au petit déjeuner et qui ne peut, dès lors, dès lors (j’insiste), s’inquiéter du voisinage et de ce qui s’y passe dans sa si jolie maison séparée d’un pauvre mur que tarde à recouvrir le chèvrefeuille. Je m’attendais presque à la fin à vivre l’absolution de son pauvre mari si zélé car si respectueux des ordres et de la hiérarchie. La banalité du mal, ce n’est pas ça. Pas du tout.
      Il ne s’agit pas de caricature (plus haut, Seldoon a parlé de « lourdeur », et Linconnu, le 7 février, a aussi émis quelques critiques très pertinentes que je rejoins). C’est ce que je retiens malheureusement du film, mais qui a aussi quelques angles assez bons, qui seront certainement soulignés dans la Gêne de samedi (rahhh, j’ai hâte).

      • #33646 Répondre
        Ostros
        Invité

        pécore et mal dégrossie Sandra Hüller dans Zone of interest – quelles scènes stp ?
        (Je n’ai a aucun moment penser cela de ce personnage intelligente, stricte, jouisseuse).

        • #33647 Répondre
          Ostros
          Invité

          Je jure que j’avais écrit « pensé » *

          • #33650 Répondre
            Ostros
            Invité

            et qui ne peut, dès lors, dès lors (j’insiste), s’inquiéter du voisinage et de ce qui s’y passe dans sa si jolie maison séparée d’un pauvre mur que tarde à recouvrir le chèvrefeuille
            – > au contraire elle est très soucieuse de tout les désordres qui surviennent dans sa jolie maison, des mauvaises herbes à la flaque d’eau sur le parquet en passant par le couvert inutile de sa mère à table qui la provoque.
            De même on la la voit jamais se goinfrer comme tu l’écris. Elle goutte un des mets préparés pour l’arrivée de sa mère debout autour de la table. Et elle prend son petit déjeuner à un moment, furtivement car le cœur de la scène c’est que sa mère est partie et qu’elle se venge en menaçant la bonne, puis ça cut.
            Tu as le droit de ne pas avoir apprécié le film. Mais n’invente pas des scènes ou une personnalité qui n’y sont pas.

            • #33690 Répondre
              éponine
              Invité

              On n’a pas dû voir la même scène de petit déjeuner, alors (tiens, où est le reste de la famille d’ailleurs ?) ! Tout ce que provoque le départ de sa mère est une indifférence vaguement agacée chez Hedwige, qui balance au feu la lettre avant de s’attabler devant une énorme assiette de nourriture. Elle ne comprend pas qu’on puisse vouloir fuir un tel « paradis ».
              Et tu as tronqué ma phrase, peut-être un peu longue, qui dit exactement l’inverse de ce que tu y as lu : Hedwige est indifférente au voisinage et à ce qui s’y passe (= le camp), parce que c’est une parvenue imbue de son pouvoir qui en use et abuse en hurlant sur ses bonnes pour soulager ses frustrations (nettoyer la flaque d’eau car elle est excédée d’avoir appris la mutation de son mari) et en imposant des pauses clopes à son jardinier, qui se pavane dans des manteaux volés, qui ronfle pendant que son bébé pleure dans la chambre de la nounou à l’étage, et qui s’obstine à vouloir vivre dans ce trou fétide où ses gosses respirent de la poussière de cadavre à longueur de journées ponctuées de hurlement et de coups de feu, simplement pour garder son statut de « reine d’Auschwitz ». Quelle mère voudrait de cet environnement pour élever ses enfants ? D’ailleurs, en dehors de la scène de début où elle montre les fleufleurs et les coccinelles à sa petite, plus aucune scène ne la fait communiquer avec ses enfants (1 x encore quand elle fait le tour de la propriété avec sa mère et qu’elle en houspille deux pour je sais plus quoi). C’est le père qui leur lit des histoires le soir, qui les emmène à la pêche et faire du cheval, qui s’inquiète de trouver sa gamine toute seule la nuit sur les marches de l’escalier… Le contraste entre les deux parents est saisissant.
              Alors non, moi je n’ai pas vu une femme intelligente, stricte et jouisseuse, mais quelqu’un de tout à fait détestable qui saborde complètement l’idée de la famille banale vivant une vie banale à côté d’un camp d’extermination (Il n’y a d’ailleurs rien de banal dans cette histoire, je ne vois pas pourquoi cet adjectif est employé aussi souvent pour parler de ce film.)

              • #33694 Répondre
                Tony
                Invité

                Je suis assez d’accord sur la monstruosité du personnage et,en particulier,sur l’attention portée par le père à ses enfants alors qu’elle semble les ignorer, j’ai même lu quelque part qu’elle couchait probablement avec l’ouvrier à qui elle impose la pause clope et ça m’a aussi traversé l’esprit, c’est vrai que la barque est bien chargée de son côté alors que son mari,en tant qu’agent véritable du massacre, semble un peu plus épargné,il est même davantage humanisé quand on le voit avoir des maux de ventre alors qu’elle paraît,comme tu dis, être indifférente à tout ce qui ne concerne pas son paradis (ses projets de vacances sont assez hallucinants aussi).

              • #33697 Répondre
                Seldoon
                Invité

                Pour moi elle est crispée car elle sait que son statut tient sur l’horreur qui se trouve derrière le mur. Sa violence est celle de ceux qui ont la force mais pas d’arguments. Ses accès de rage ont quelque chose de desesperé : elle a beau gueuler sur ses esclaves et leur promettre les chambres à gaz, c’est elle qui « perd » ces scènes là. Quand elle brûle la lettre qu’on ne lira pas, je ne crois pas que ce soit par agacement mais pour faire disparaitre une preuve (preuve écrite que sa position est, pour le moins, criticable). Autant je maintiens qu’il y a des lourdeurs de mise en scène, autant j’adore ce personnage.

                • #33698 Répondre
                  Seldoon
                  Invité

                  Critiquable, donc.

                  • #33699 Répondre
                    Tony
                    Invité

                    Sur la lettre qu’elle met au feu j’y vois aussi un déni,elle est contrariée plutôt qu’agacée.

                    • #33701 Répondre
                      Tony
                      Invité

                      On a un peu le sentiment que la passivité devant un massacre que l’on feint d’ignorer est pire que d’y participer activement.

              • #33700 Répondre
                Ostros
                Invité

                Si la lettre de la mère est balancée au feu, alors il ne s’agit pas d’indifférence.
                .
                Quelle mère voudrait de cet environnement pour élever ses enfants ? : c’est une question très intéressante que tu poses là.
                Et je crois sentir dans tes mots qu’au lieu de la poser l’irritation que tu éprouves la noie.
                Oui le père est le doux du couple, c’est un paradoxe que j’avais relevé aussi.
                Après quand je dis « stricte, intelligente et jouisseuse » ça correspond bien à ce que tu détailles dans ton dernier message.
                Stricte : elle fait le tour de la propriété avec sa mère et qu’elle en houspille deux
                Jouisseuse : se pavane dans des manteaux volés, qui ronfle pendant que son bébé pleure dans la chambre de la nounou à l’étage.
                Intelligente : elle met son intelligence au service de ses désirs (la proposition de venir après la guerre pour récupérer des terres, quand son mari annonce sa mutation elle ne perd pas le nord et demande qu’il demande de garder la maison).
                Mais je trouve tes premiers qualificatifs « pécore » (bête et prétentieuse) et « mal dégrossie » (mal élevée) être de la caricature, car tu n’as pas apprécié le personnage de la mère donc tu la charges. (+ le fait de la voir se goinfrer là où il s’agit d’un unique geste agressif car elle est en colère car sa mère est partie). Ils semblent se nourrir des meilleurs mets dans cette famille mais rare sont les fois où on les voit manger. Pour elle, le petit dej où elle est en colère; à table avec sa famille où tu vois bien qu’elle ne se goinfre pas, avec sa mère autour de la table pour goûter un gâteau et là aussi elle ne se goinfre pas, et quand elle prend le thé avec ses copines et je ne pense même pas qu’on la voit manger).
                C’est comme si les affects que t’ont provoqué la mère et sa façon de gestionner sa famille, sa maison et son jardin à côté du camp (en faisant comme s’il n’existait pas) suscite chez toi une réaction si vive que tu remets en question l’objet en entier. Là où moi j’aurais tendance à vouloir comprendre.
                Aussi, je pense pas que ce soit une bonne chose de rester focus sur les termes employés ça et là au sujet du film. C’est comme ça qu’une fois je m’étais énervée contre un film en partant des textes critiques qui disaient des choses que je n’avais pas vues. Et j’étais passée à côté dudit film.
                Au fait tes réactions au sujet de la mère sont intéressantes. Il faudrait plus les creuser.
                Oui objectivement c’est absolument ignoble ce qui se déroule là. Et ce personnage de la mère est vraiment très intéressant. C’est pas le plus constructif de la bazarder si vite avec des mots qui ne font pas honneur à tout ce qui compose sa personne.

                • #33705 Répondre
                  Ostros
                  Invité

                  Je suis tellement lente à écrire que seldoon et Tony ont eu le temps de prendre un café.
                  J’ai moi aussi pensé qu’en foutant la lettre au feu elle faisait disparaître un témoignage qu’elle ne veut pas lire. Donc elle maintient le déni. Car elle ne la déchire pas comme quand on est en colère, et c’est quelqu’un qui réfléchit bien à ce qu’elle fait comme je l’ai mentionné donc son choix de la brûler n’est pas anodin.
                  Intéressant le fait qu’elle se tape peut-être le jardinier. C’est vrai qu’on fumé après l’amour. Et son mari se tape bien quelqu’un d’autre lui aussi. Leurs deux mots ine place sont séparés, comme ceux des enfants.

                  • #33706 Répondre
                    Ostros
                    Invité

                    Leurs deux lits une place*

                    • #33708 Répondre
                      Tony
                      Invité

                      Tiens Ostros c’est là que je l’ai lu,tu verras aussi une critique très négative, curieux de savoir ce que tu en penses
                      https://blogs.mediapart.fr/maud-assila/blog/100224/la-zone-dinteret-anatomie-dun-ratage

                      • #33713 Répondre
                        Linconnu
                        Invité

                        Suite à ce que dit éponine :

                        Donc le projet du film ne serait pas la représentation de la banalité du mal ? (et donc travailler un semblant d’identification qu’on aurait pu avoir avec eux. On fait néanmoins le lien avec aujourd’hui mais plutôt malgré les personnages pour ma part.) Ça semble en tout cas être le projet de Glazer.
                        .
                        « Reconnaître le couple en tant qu’êtres humains », dit Glazer, « constituait une grande partie de l’horreur de tout ce parcours du film, mais je n’arrêtais pas de penser que, si nous pouvions le faire, nous nous verrions peut-être en eux. Pour moi, ce n’est pas un film sur le passé. Il s’agit d’essayer de parler du moment présent, de nous et de notre similitude avec les auteurs, et non de notre similitude avec les victimes. » 
                        «Plus nous découvrions de fragments d’informations sur Rudolf et Hedwig Höss dans les archives d’Auschwitz, plus je réalisais qu’il s’agissait de gens de la classe ouvrière et en ascension sociale. Ils aspiraient à devenir une famille bourgeoise comme beaucoup d’entre nous le font aujourd’hui. C’était ce qui était si grotesque et frappant chez eux : à quel point ils nous étaient familiers.»
                        .
                        Je ne me suis pas vu en eux et donc je peux penser quels horribles gens étaient ces nazis, mais je suis peut-être dans le déni. Ce qui est peut-être le vrai sujet du film ?
                        Les caméras à la Big Brother pourraient être vues comme leur mauvaise conscience (cf le regard caméra final). Le plan vu de haut dans la salle de fête à la fin montre qu’on est pas seulement dans un regard objectif-anthropologique.
                        .
                        D’autres citations de Glazer :
                        « On avait le sentiment que rien ne devait s’arrêter et que personne ne devait s’arrêter », dit-il. « Tout le monde devait être occupé tout le temps par une activité, car si vous vous arrêtez, vous pensez. Et si vous pensez, vous réfléchissez. Avec Hedwig, il n’y a aucune réflexion, aucune considération du tout pour quoi que ce soit ni pour personne sauf elle-même. Elle est constamment et sans relâche occupée pour ne pas réfléchir. »
                        « La raison pour laquelle je n’étais pas sur le plateau était parce que je voulais prendre du recul par rapport aux personnages et les regarder d’un point de vue anthropologique. Je n’étais pas intéressé par leurs drames. Je voulais juste les regarder de la manière la plus libre possible pour voir comment ils se sont comportés et ont agi, pour voir qui ils étaient. »
                        « Le film parle de la proximité de l’horreur et du bonheur, de la façon dont le paradis des uns est l’enfer des autres. »

                      • #33721 Répondre
                        riviere
                        Invité

                        J’ai trouvé le personnage de Huller d’une telle justesse. Je ne peux pas le détester et je ne vois pas un monstre. C’est une épouse modèle standard dont le tempérament et les aspirations d’embourgeoisement me rappellent pas mal de boomers de ma connaissance.
                        En cela la thèse de Chapoutot de la continuation des méthodes d’organisation du travail et de la socièté des nazis à l’après-guerre me semble très bien illustrée dans ce film. Les relations adultères des deux est un standard dans ce type de milieu, pour lui c’est industrialisé et ritualisé comme tout ce qu’il fait, pour elle c’est avec un domestique qu’elle a sous la main.
                        Le domestique c’est son bocal, elle n’a pas d’existence en dehors de cette sphère, elle en est le produit. Elle s’en échappe avec son zèle, ses cultures, ses abeilles.
                        Je vous conseille d’aller voir la vie de la vraie Hedwig, elle s’est remariée et a émigré aux US.
                        What else ?

                      • #33722 Répondre
                        Tony
                        Invité

                        On l’attendait avec impatience

                      • #33732 Répondre
                        Tony
                        Invité

                        Burdeau qui nous fait attendre une semaine de plus alors que ça commençait à voler très haut!!!

                      • #33730 Répondre
                        Linconnu
                        Invité

                        C’est vrai que Huller, bien que froid, ne fait « que son travail » et est attentif à ses enfants.
                        Vous pensez quoi de la scène au lit où ils imitent des juifs français comme des cochons ? Sachant qu’on entend en fond sonore le camp, ça m’a paru lourd. Là où il y aurait pu avoir intimité il y a de la haine, redoublé par le fond sonore. Une scène plus chaleureuse sur ce fond sonore aurait été plus dérangeante. A moins qu’il veuille montré qu’ils sont coupé de cet affect entre eux ?

                      • #33737 Répondre
                        Ostros
                        Invité

                        Après c’est subjectif pour le coup moi je ne l’ai pas trouvé lourde cette scène. Mais si Je vais dans ton sens je peux te donner comme argument qu’un couple de raciste peut tout à fait moquer un noir en limitant à la manière de Michel Leeb.
                        N’est-ce pas le propre des racistes / antisémites / misogynes que ces attitudes grossières, lourdingues ?

                      • #33761 Répondre
                        L’inconnu
                        Invité

                        Je ne dis pas que la scène n’est pas réaliste, elle est peut-être même documentée, mais j’ai du mal à la comprendre dans ce que semble être le projet du film. Elle ne heurte pas notre conception d’un couple nazi, elle confirme même nos préjugés, tandis que le projet du film d’après Glazer semble être de montrer un peu de leur humanité. Je sais bien que le pire des humains est un humain mais en terme d’empathie sur une scène comme ça on est en dehors. C’est surement le but mais je comprend pas bien l’intérêt de cette scène.

                      • #33767 Répondre
                        Ostros
                        Invité

                        L’inconnu (je ne sais pas si ce post tombera en dessous de ton message),
                        Cette scène je l’ai prise comme un moment du couple. Lui qui n’est pas très locace après sa journée de boulot et elle qui fait la conversation à partir de ses souvenirs, désirs, etc. Elle exprime il réagit. On y voit la complicité – poussive parfois – d’un couple qui se connaît depuis 20 ans, leur humour similaire dans ce contexte terrible.

                      • #33768 Répondre
                        Ostros
                        Invité

                        Encore une fois j’ai l’impression, lisant ces nouvelles critiques contre le film, que j’ai eu pour moi de ne rien en attendre. Je n’avais qu’à ouvrir mes yeux et mes oreilles et me laisser emmener par lui. Là où vous autres qui exprimez des reproches (qui m’aparaissent hors de propos le plus souvent) semblez tout à fait désappointé.e.s.
                        Vous semblez avoir eu les mêmes attentes de voyeurs.ses. et dans le même temps trouvez que l’expression du camp par des signes c’est trop et dans le même temps vouloir que des les personnages ne soient pas aussi crus que ce qu’ils sont lorsqu’ils le sont et pas aussi sympathiques ou touchants lorsqu’ils le sont.
                        Et ça je trouve que ça demande à être sondé.

                      • #33783 Répondre
                        L\’inconnu
                        Invité

                        Merci Ostros. Oui ça demande à être sondé.
                        J’ai pour moi d’avoir été complètement convaincu par le film durant la séance.
                        Mais c’est plus tard en essayant de l’intellectualiser que j’ai eu quelques doutes sur le projet. Peut-être qu’en effet c’est parce que j’essaie de le replacer dans le cadre des films de Shoah, mais Glazer l’a pensé comme ça aussi, difficile de faire autrement. J’attend de voir les arguments de François.

                      • #33791 Répondre
                        éponine
                        Invité

                        Flûte, mon message est pas passé.
                        En gros, je te remerciais Ostros, ainsi que tous les autres intervenants du fil, pour ces intéressants développements.
                        Je maintiens mes qualificatifs sur le personnage d’Hedwige, mais ce n’est que mon ressenti.
                        A la prochaine
                        (bon, qu’est-ce que je vais aller voir mardi prochain ?)

                      • #33794 Répondre
                        Juliette B
                        Invité

                        Je l’ai vue aussi comme ça cette scène Ostros, l’intimité triviale d’un vieux couple, leur complicité sur des bêtises, régressive et enfantine, dans le secret bien gardé de la chambre à coucher. Elle déchire la spectatrice que je suis – et c’est voulu par Glazer je crois – parce que leur abandon pourrait presque m’émouvoir si la toile de fond de ce petit théâtre amoureux n’était pas glaçante.

                      • #33738 Répondre
                        Ostros
                        Invité

                        Tony, j’ai cliqué ça commence très mal :
                        « La Zone d’Intérêt, anatomie d’un ratage (ça c’est le titre – quelle prétention).
                        Comment peut-on rater un film sur la Shoah ? Comment est-il possible d’anesthésier toute l’émotion du spectateur au cœur de la tragédie humaine la plus effroyable, la plus saisissante et sans doute la plus importante de l’Histoire ? »
                        Très sûr de soi.
                        Je vais lire mais d’emblée je me dis que Maud Assila et moi on n’a pas le même rapport au style de ce film. C’est plié d’avance.
                        Tiens, ce nom me rappelle quelqu’une qui est déjà passée par ici.
                        Tu l’as trouvé comment ce texte à charge ?

                      • #33743 Répondre
                        Tony
                        Invité

                        En tant qu’abonné à Mediapart je l’ai vu en conseils de lecture,elle prend les choses à l’envers,pour elle le mal se passe dans le camp et se diffuse autour donc ce n’est pas la banalité du mal qui nous est montré mais la banalité de ceux qui l’exercent et pour elle ça n’a aucun intérêt,on peut le voir d’une autre façon, à l’inverse et c’est celle que nous partageons ici, à savoir que les camps sont la continuité du mal qui serait la bourgeoisie hysterisée pour reprendre ce que disait François.

                      • #33746 Répondre
                        Ostros
                        Invité

                        Au fait j’ai du mal à y lire quelque chose de tenable car son vocabulaire est « Panzer ». Elle prête à Glazer des intentions qui ne sont que son interprétation à elle.
                        .
                        Deux exemples :
                        « [Glazer] a tourné le dos à la justesse intrinsèque du réel sans laquelle aucune œuvre d’art, y compris fictive, y compris fantaisiste, ne peut prétendre à la puissance. »
                        .
                        « En conclusion et comme pour donner à l’échec de Glazer son aboutissement ultime, j’évoquerai un dernier pan du film qui, sans les explications précédentes, ne trouveraient à mon sens aucune justification. Il s’agit de tous les passages oniriques ou explicitement imaginaires du film. Peu fréquents mais réguliers, ils sont tout bonnement insensés, pour ne pas dire à la limite de la bêtise. Cet ensemble n’a qu’un objectif. Rétablir plus fortement encore qu’il ne le faisait dans les procédés évoqués plus tôt une séparation entre le Bien et le Mal. »
                        .
                        Elle y va fort.
                        Et on ne comprend pas bien de quels éléments elle tire son analyse. Ca semble ne sortir que de ses affects, elle plaque sur les éléments du film des idées qui n’y sont pas puis elle juge ces idées qui n’y sont pas comme étant « bêtes » ou que sais-je.
                        Eponine (à un degré beaucoup moins intense quand même) fait un peu la même chose plus haut.
                        Je trouve étonnant que le film (par ailleurs très calme) soulève de tels affects de colère.
                        Cela vient-il d’attentes particulières de la part de ces spectatrices au sujet de « comment faire un film sur la shoah » – Attentes qui auraient été déçues ?
                        Et donc il aurait fallu tout montrer, voir les corps, les tripes carbonisées ? Je ne trouve pas pertinent d’opposer un désir de monstration à un film qui a pris un parti esthétique radical comme ici.
                        Et on peut aussi commencer par resituer le film de Glazer dans son économie et partant de là voir tout ce qu’il a réussi à faire avec un sujet aussi grand et intense.

                      • #33750 Répondre
                        Ostros
                        Invité

                        Tony,
                        Besoin de toi pour décrypter si ce passage là correspond à ce que tu as écrit stp :
                        .
                        « Glazer s’est trompé : il a pris la banalité du mal pour la banalité de ceux qui l’exercent. L’explication du ratage se trouve, selon moi, en ce point précis. Dans le film, Höss et sa famille sont en effet la banalité incarnée. Pourtant le mal ne réside pas dans leur maison. Le mal ne tient pas à une banalité qui s’exercerait chaque jour en dehors du camp de concentration, quand bien même cette banalité s’exercerait juste de l’autre côté du mur d’Auschwitz. La banalité du mal, on la trouve évidemment dans le camp. Elle y a ses quartiers. Cependant elle s’étend au sein de la société toute entière. Ce qu’il faut comprendre de la banalité du mal, c’est qu’il n’y a pas de distinction à faire, pas de mur à ériger entre l’horreur des camps et celle des actes, les plus ténus soient-ils, qui ont permis la mise en place de la solution finale. Car cette banalité est une banalité des gestes. Elle est chez un architecte qui dessine des plans pour « optimiser les rendements » dans le camp d’Auschwitz aussi bien que chez le conducteur du train qui active sa locomotive chaque jour, sans jamais voir les visages de ceux qui s’entassent dans ses wagons. Elle est aussi chez le kapo qui compte le nombre de juifs à éliminer dans la nécessité urgente de faire de la place quand lui est annoncée l’arrivée de nouveaux prisonniers le lendemain. La banalité du mal réside ainsi dans la participation de tout un chacun aux rouages de la machine. »
                        .
                        Ce que je ne saisis pas bien c’est ce concept « le mal ». Ce serait quoi pour elle « le mal » ou « la banalité du mal » sans que les meurtres ne passent pas les corps de nazis et le déni volontaire par les corps des familles vivant autour ?
                        Si j’ai bien compris :
                        Elle liste toutes les actions par lesquelles les SS ont torturé les juifs dans les camps et comment ils menaient leur vie au quotidien et elle ne considère pas que ce cela entre dans la « banalité du mal » (qui j’imagine signifie que les actes barbares passent dans les corps au même titre que les actes moraux, cela dans me train train relatif du quotidien) ?
                        Et elle ne trouve pas effroyable d’assister à ce pragmatisme, cette routine ?
                        Ce paragraphe n’est pas clair pour moi.

                      • #33755 Répondre
                        Tony
                        Invité

                        Je n’y comprends pas grand chose non plus,
                        ce que je crois comprendre c’est qu’elle reproche au film une séparation,il ne montre pas le camp ni les gestes qui le rendent possible et ce sont ces gestes qui seraient ce qu’on appelle la banalité du mal(la division du travail en quelque sorte)Je crois qu’elle se fourvoie avec ce concept de banalité du mal, ça ne me paraît pas être le sujet.

                      • #33758 Répondre
                        Tony
                        Invité

                        J’ai l’impression quand-même qu’elle juge le film non pour ce qu’il est mais comme ce qu’il aurait dû être mais la banalité du mal telle qu’elle l’entend on l’a déjà vue,c’est Shoah.

                      • #33759 Répondre
                        Ostros
                        Invité

                        Oui on est d’accord sur notre lecture.
                        Merci.

    • #33639 Répondre
      Sarah G
      Invité

      https://www.troiscouleurs.fr/article/filmer-les-corps-feminins-clermont-ferrand.
      Résumé dans cette article de ce qui a été dit lors de la conférence Filmer les corps féminins lors du festival du court-métrage de Clermont Ferrand.
      Bonne lecture

      • #33651 Répondre
        Claire N
        Invité

        Merci Sarah; je ne savais pas qu’il existait des coordinateurs d’intimité, je me demande en pratique à quoi cela correspond ?

        • #33652 Répondre
          Ostros
          Invité

          Ça sert à s’assurer sur le plateau que les acteurs sont à l’aise durant le tournage d’une scène de s*x. En amont elle détaille la scène avec le réal, discute ce qui ne lui semble pas nécessaire où transmets les demandes des comédiens quant au type de cadre etc. Ainsi point de surprise pour les acteurs qui se montrent dans le plus simple appareil. Ça évite la trop grande gêne que ces scènes peuvent provoquer, et ça leur permet de savoir ce qu’ils font, avec les limites bien deifnies. Et si l’un ou l’autre ne se sent pas bien pendant le tournage de la scène la coordinatrice intervient auprès du réal pour là aussi en parler avec lui. Son but est de prévenir et protéger les acteurs des scènes de s*x

          • #33653 Répondre
            Claire N
            Invité

            Merci Ostros

          • #33696 Répondre
            Zyrma
            Invité

            Ostros si tu avais entendu Breillat les évoquer l’autre jour à la rencontre Potemkine tu aurais pu t’arrêter à « ça sert à s’assurer »

            (moi mon avis n’est pas aussi tranché mais en gros c’est quand même les prod qui ont peur des procès avant tout, on sait bien que les conditions de travail ce n’est pas vraiment ce qui prime – d’assurance, puisqu’on est dans les bons mots)

            • #33707 Répondre
              Ostros
              Invité

              Rire. J’aime bien ce genre d’humour ^^
              C’est vrai que j’ai ressorti à Claire le résumé que j’avais dû lire dans deux, trois article en ligne qui en parlaient au moment où ce métier a été mis en lumière.
              Maintenant que tu le dis ça me semble pertinent en effet que les prods souhaitent éviter les casseroles.
              Elle dit quoi Breillat sur le sujet ? Que ça n’apporte concrètement rien aux comédien.ne.s ?

              • #33710 Répondre
                Zyrma
                Invité

                elle, elle en veut pas
                je ne restituerais pas bien le reste de son intervention à ce sujet, et je ne suis pas sûre que ce soit vraiment intéressant ce qu’elle en pense, à part ce que j’ai dit au début

            • #33762 Répondre
              Juliette B
              Invité

              C’est vrai. Mais elle peut d’autant plus le dire je crois, et juger de l’intérêt relatif de ces « coordinateurs d’intimité », qu’elle fait elle le travail en amont s’agissant de sécuriser sexuellement les acteurs et les actrices. Ce qui ne l’empêche pas d’être exigeante avec eux par ailleurs, bref de leur demander de faire leur métier de modèles. Elle est forte dans cette frontière là je trouve.

              • #33790 Répondre
                Malice
                Invité

                Les meilleures scènes de son film « Sex is comedy » la montrent même ( enfin, son double, Anne Parillaud) en train de répéter les scènes d’intimité avec son assistant avant de les faire jouer par les acteurs, j’adore le passage où elle interprète le garçon et son assistant la jeune fille.

                • #33896 Répondre
                  Juliette B
                  Invité

                  Oui, et les interviews de Léa Drucker et Breillat à propos des scènes intimes de L’été dernier, potentiellement délicates pour l’actrice et le jeune acteur, illustrent aussi assez bien l’attention travaillée de la réalisatrice à cet aspect des choses.

    • #33667 Répondre
      Parfaitement à l’eau
      Invité

      Vu le documentaire Ascension sorti en 2021 hier sur l’économie chinoise à travers des images de différents travailleurs. On commence par suivre des ouvriers en usine, les tâches les plus abrutissantes possibles, le wifi gratuit et la clim pour attirer les candidats. On voit la fabrication de jean, de poupées gonflables, de bouteille plastique, de pulvérisateur. On passe par un camp de formation militaire, une école de formation de majordome féminin, un atelier de formation pour développer sa start up, un atelier pour apprendre à bien se comporter dans le monde de l’entreprise. Puis on finit par la classe aisée qui dine dans un restaurant en apprenant à manier les cloches comme dans l’aristocratie française. Ils partagent leurs réflexions sur le futur de la Chine, bien conscient que leur avenir est prospère.
      Il n’y a pas de voix off explicative, tout passe par l’image c’est appréciable. Les différences entre les classes sociales sont absolument gigantesques (2,3$ de l’heure dans les usines).
      Quelques réserves : pour filmer cela il y a du avoir des autorisations et la validation du gouvernement donc on ne voit ce qu’on veut bien nous montrer (qui est déjà loin d’être inintéressant). Aucune allusion à la gestion du covid, aux ouigours, au crédit social (bien qu’on voit un écran géant qui capte les piétons qui ne passent au rouge), à la pollution de l’air et des sols, aux évènements climatiques, etc… Quelques grosses limites donc.
      Autre point important : la réalisatrice est la fille d’un gérant américain de hedge fund muli-millionnaire et d’une mère chinoise qui travaille dans la finance également. Cela a pu aider à se fondre dans le monde du travail chinois qu’on voit à l’écran (0 étranger). Ça a pu aider d’avoir les gros sous de papa pour demander les autorisations de filmer.

    • #33684 Répondre
      Cyril
      Invité

      Anatomie d’une chute et La bataille de Solferino : les deux films commencent dans des sons assourdissants, cris de bébé, musique forte. Ils ont en leur milieu une mémorable scène de dispute de couple, acmé en terme de tension, et finissent dans un restaurant asiatique où les personnages évacuent toute la pression accumulée.
      Deux profils énergétiques comparables pour les deux meilleurs films de Justine Triet.

    • #33687 Répondre
      Marion
      Invité

      Intéressante discussion sur le dernier Bonello. Qui reste un peu trop gentille à mon goût tant le film m’a paru excessivement raté
      Au delà de l’ennui ressenti devant le film, certaines scènes m’ont laissées perplexe, je ne comprends pas ce que Bonello a voulu dire. Une scène, qui peut sembler anecdotique mais elle m’a marquée. Elle se répète sur deux époques, en boîte, un groupe d’amies refusent d’accueillir Gabrielle à leur table. Qu’est-ce que cela vient faire là, c’est amené comme un cheveu sur la soupe. Une scène qui s’annonçait rafraîchissante, enfin des interactions avec d’autres humains (!), est refusée, deux fois, et violemment. Pourquoi?
      Et je ne sais quoi penser du choix de faire du personnage de Louis un incel dans la partie qui se déroule à LA. Cette partie-là m’a laissée un goût amer mais je ne parviens pas bien à en analyser la raison…

      • #33789 Répondre
        Nicolas
        Invité

        le refus de les accueillir à leur table s’inscrit assez « logiquement » dans l’idée générale du film qui serait celle de la peur contaminant les sentiments, et ici, une application à un lieu supposément de sociabilité où il n’en est rien ? Vraiment pas le détail le plus passionnant du film en effet.
        Après, j’aime beaucoup le film, mais Bonello m’a un peu gâché sa découverte en le décrivant comme un film thèse / antithèse / synthèse, où en gros, 1- elle a peur des sentiments (1910) / 2- c’est lui qui a peur, peur qui se matérialiserait dans notre societer dans la figure de l’incel (2014) / 3- synthèse blou blou ouin ouin on est plus capables d’aimer (2044)

    • #33695 Répondre
      Mathieu
      Invité


      François Civil tourner dans un bon film un jour challenge – Presque 15 ans de carrière et que des navets, c’est quand même une performance – Challenge qui fonctionne aussi avec son grand ami Pierre Niney d’ailleurs, et j’en profite pour demander, si quelqu’un a ça dans ses archives, le dossier Transfuge qui lui avait été consacré il y a quelques années, qui remettait en cause son jeu d’acteur, il me semble. Ça me donnera des pistes sur pourquoi je trouve les deux insupportables

    • #33867 Répondre
      Tony
      Invité

      Suite à ce qu’a dit Judith Godreche j’ai eu envie de voir La fille de 15 ans(je connais très peu les films de Doillon,Le petit criminel est le seul dont je me souviens un peu),et, après l’avoir vu,je ne crois pas que Doillon soit le pervers décrit par J.Godreche,en tout cas rien dans sa mise en scène ne la sexualise,aucun plan ne la montre nue et aucun plan ne détaille son anatomie,cette fameuse scène dont elle dit avoir fait 40 prises est très chaste,on la voit enlever son haut,le personnage joué par Doillon se retourne,l’embrasse et elle le pousse sur le lit et,dans le plan suivant,on les voit, cadré un petit peu en dessous des épaules, hésiter à poursuivre et on en verra pas plus.De plus,sans rentrer dans le détail du film, j’ai l’impression que ce personnage joué par Doillon n’a pas les faveurs du cinéaste mais c’est un récit assez tordu où la jeune fille se débarrasse du père de son ami en couchant avec lui pour pouvoir vivre, par une sorte de romantisme,un amour pur et platonique avec son fils.En tout cas drôle de film, assez verbeux en plus.

      • #33871 Répondre
        Ostros
        Invité

        Je n’ai pas vu le film, je pose des questions pour comprendre. La perversité de cette jeune fille n’est-elle pas dans le fait d’en faire elle une manipulatrice qui va elle-même aller chercher la relation sexuelle avec un homme de l’âge de son père, le corrompre en somme, le dévier, pour s’en débarrasser ? Un fantasme de jeune fille perverse qu’on retrouve dans Lolita dans la tête de Humbert Humbert. Ici c’est le fantasme du réalisateur lui-même puisque c’est lui qui souhaite mettre en scène cela. Il s’agit de son idéologie pédophile qui inverse la relation abusée / abuseur (point que cite souvent les détracteurs de ce type de films / romans).
        Autre question, le fait qu’il filme des scènes si chastement n’est-on pad simplement dû à la législation ?
        En tout cas l’histoire, telle que tu la résumes, n’a pas besoin d’images démonstratives pour exprimer son idée de la jeune fille perverse. J’imagine que dans ces cercles d’artistes pédophiles regarder cette idée se détendre le long d’un scénario leur suffit pour être excités.

        • #33872 Répondre
          Ostros
          Invité

          le fait qu’il filme des scènes si chastement n’est-il pas simplement dû à la législation ?*

          • #33874 Répondre
            Ostros
            Invité

            Dans le résumé que j’ai trouvé en ligne il est dit en plus que Willy le père (joué par Doillon) avoue à l’adolescente qu’il est amoureux d’elle. Et que de plus en plus le père prend de l’importance pour elle au détriment du fils Thomas, et elle se déteste pour ça.
            .
            Aussi, est-ce que quand elle parle de la perversité de Doillon Godrèche ne parle pas aussi de ce qui se serait passé durant le tournage et qui est invisible à nos yeux .

            • #33876 Répondre
              Ostros
              Invité

              Le titre est à mettre en lumière aussi. Il exprime bien un sexe et un âge et pas du tout le personnages de JG. Il s’agit bien d’une idée. La fille de 15 ans.
              Et d’une idée qui est celle du réal et du personnage du père (joué par le réal en plus). C’est lui qui voit Juliette comme ça, qui dit qu’il est amoureux et qui veut se le faire.
              Si le réalisateur avait vraiment pris le parti de Juliette dans son film, pour raconter un trouble, de désirs non élucidés chez elle déjà il n’aurait pas choisi ce titre racoleur. Puis il n’aurait pas chargé ce personnage des intentions de nuire mêlées à une affaire sexuelle lorsque les autres sont blancs comme neige, et ne sont que les victimes de cette jeune manipulatrice.

              • #33877 Répondre
                Ostros
                Invité

                Et qui veut se la faire*

                • #33885 Répondre
                  Tony
                  Invité

                  Faudrait que tu vois le film, c’est l’homme mûr qui désire la jeune fille,elle ça la dégoûte la façon dont il la regarde,sur le choix du titre c’est, peut-être comme le film,une critique de ce qui était devenu à l’époque un genre en soi( beau père,a nos amours,l’effrontee,noce blanche etc…)

    • #33882 Répondre
      Carpentier
      Invité

      Bonjour ici,
      Je vois que ceci a été mis en ligne très récemment, je partage (en espérant ne pas faire de doublon):

      • #33883 Répondre
        Carpentier
        Invité

        J’hésitais avec ‘ documentaires ‘ pour le thread mais comme c’est du docu-fiction : D et que c’est potentiellement irritant d’ouvrir un nouveau topic, j’ai pris mon risque ^^ ici

        • #33972 Répondre
          Tony
          Invité

          Il faut vite que François passe le permis avant que Lindon devienne président.

          • #33978 Répondre
            Tony
            Invité

            Je savais pas que Lindon était aussi givré:

            Qu’importe, au fond. Tout le milieu du cinéma peut témoigner de son
            attrait pour la politique et l’Élysée en particulier. Sur le tournage d’Augus-
            tine (2012), d’Alice Winocour, où il interprète Jean-Martin Charcot, père de
            la neurologie moderne, l’acteur exige qu’un chauffeur vienne le chercher
            dans une Citroën C6, la voiture des présidents de la République, afin de se
            glisser dès le début de la journée dans la peau de l’homme de pouvoir
            qu’était le chef de la Salpêtrière. Un autre jour, une répétitrice le surprend
            en train de parler tout seul sur un tournage. Elle l’interroge : « Qu’est-ce que
            tu fais ? » « Je répète mon débat d’entre les deux tours face à Marine Le Pen »,
            répond très sérieusement l’acteur. Il lui arrive même de mettre la télévision
            sur pause pendant un débat politique pour répondre à la place des invités.
            Non sans humour, il reconnaît une forme de « schizophrénie ». Dans les
            semaines suivant la sortie de Pater, des admirateurs l’alpaguent alors qu’il
            fait son jogging. Il s’arrête, serre quelques mains, repart. « Je me souviens
            m’être dit : “Je suis quand même très cool pour un premier ministre, je n’ai
            pas ma sécurité, je parle avec les gens…” Ce jour-là, je m’y suis cru, et j’ai
            adoré ça », a avoué Vincent Lindon, le 12 janvier, devant le public de
            Carcassonne

    • #33919 Répondre
      riviere
      Invité

      Je signale Conte de cinéma sur mk2curiosity cette semaine. Bon we.

    • #34029 Répondre
      Tony
      Invité

      Merci François pour cette super Gêne,analyse très intéressante sur cet espace arpenté en permanence et l’éthos propriétaire qui le délimite, très éclairante aussi l’explication de la duplicité de ce que l’on voit,du dialogue incessant pendant la projection entre ce que l’on voit et l’imaginaire auquel ça fait écho,as-tu écouté Burdeau?(on attend la suite mais cette duplicité,je ne sais pas si c’est le bon mot, semble l’avoir rebuté).

      • #34039 Répondre
        I.G.Y
        Invité

        Très bonne gêne. Deux éléments m’ont frappé : les plans « Les Oiseaux », ça m’avait complètement échappé ; l’interprétation sur le musée et les femmes de ménage à la fin, je tournais autour mais pas aussi clairement formulé. Centrer l’analyse sur les femmes de ménage elles-mêmes est la bonne idée.

        • #34046 Répondre
          I.G.Y
          Invité

          Et sur ce que Höss a pensé de ses actes, j’étais surpris de lire Chapoutot dans Trois Couleurs dire qu’il ne savait pas que qu’il en était. Il lui a consacré 6 pages dans La Loi du Sang (certes c’était il y a dix ans). J’ai noté trois phrases frappantes de Höss (propos post-défaite, sachant qu’il est mort en 1947).
          .
          A propos des hurlements de femmes et d’enfants réalisant leur mort prochaine : « Oui, il y a eu beaucoup de ces petites scènes déchirantes, qui affectaient tous ceux qui y assistaient. […] Je devais voir tout cela d’un oeil froid »

          « On n’a pas servi la cause de l’antisémitisme en agissant ainsi. Au contraire, c’est la juiverie qui a fait avancer la sienne »

          « je reste un national-socialiste au sens où j’adhère encore à cette conception de la vie ».

      • #34078 Répondre
        Juliette B
        Invité

        Super GO oui, merci à vous deux.
        Beaucoup aimé l’hypothèse que la mère part davantage à cause de l’effet sensible de la proximité du camp (les odeurs, les cris, etc), qu’à un effet moral.
        Remarque très juste aussi je trouve sur le glissement du mobile passionnel de Höss vers la performance d’ingénieur, illustrée presque drôlatiquement dans le film quand, à la fête des dignitaires nazis, il se prend les regardant depuis le balcon à imaginer comment – techniquement – il pourrait, s’il devait l’organiser, les gazer dans une telle salle…
        Et puis le passage sur la propriété m’a fait penser à Thatcher et son grand programme pour favoriser l’acquisition des logement sociaux, des petites maisons en l’occurrence, par leurs modeste locataires… Un beau rêve du tous petits propriétaires.

        • #34089 Répondre
          françois bégaudeau
          Invité

          C’est évidemment LA réplique qu’il faut convoquer pour saisir le mobile passionnel de Hoss Je m’étonne de l’avoir oublié dans la GO, tant je la trouve géniale. D’autant plus géniale qu’elle inclut une sorte d’indifférenciation idéologique du critère scientifique : là ce sont des dignitaires nazis qui seraient gazés, et là bas des juifs, mais il arrive un moment où pour l’ingénieur ça ne fait plus de différence, là n’est plus le sujet. Le sujet c’est la performance gazière.
          (ce qui n’exclut pas du tout la persistance de son antisémitisme, que les citations de IGY attestent : simplement cet affect là est désormais second.)
          La captation de cet ethos ingénieur et des hiérarchises affectives de cet ethos est ce à quoi échoue tragiquement ce pauvre film qu’est Oppenheimer.

          • #34171 Répondre
            Parfaitement a l’eau
            Invité

            Je n’ai pas encore écouté la gêne, la notion d’ingénieur y est traitée/abordée/analysée ?

    • #34091 Répondre
      éponine
      Invité

      Voilà ! Grâce à La Gêne occasionnée, on sait ce qui était écrit dans la lettre mise au feu avec indifférence/colère/mépris/déni/agacement… par Hedwig le matin du départ de sa mère : celle-ci lui reprochait d’avoir oublié de lui dire de ramener ses boules Quies parce que, malgré la piscine et le grand jardin, les alentours étaient un peu bruyants, surtout la nuit…
      Soit.
      Sinon, qualifier de « pute » (à deux reprises !) la détenue qui se plie aux désirs libidineux du commandant du camp, c’était un peu limite.
      Par contre, oui, la scène est singulière par l’attitude de cette jeune femme qui sourit vaguement en attendant la fin du coup de fil du patron. Ca semblait révéler une forme de connivence entre les deux, dont j’ai appris la réalité en lisant la page Wikipedia sur Rudolf Höss, parce que je ne comprenais pas pourquoi il avait été sanctionné par une mutation présentée comme une promotion, alors que c’était un aussi bon exécutant. Höss a été muté car il y avait des soupçons de corruption (on le voit d’ailleurs jouer avec des piles de billets sur son bureau) et des rumeurs sur sa liaison avec une prisonnière politique.
      Je n’ai toujours pas compris, à l’issue de ce podcast ni d’autres critiques très favorables ou très impressionnées par le film, en quoi il était si bien. Mais j’ai vu Under the skin hier soir, et je pense que si je l’avais vu il y a dix ans au cinéma, il aurait fallu faire intervenir les pompiers pour me désincacérer du fauteuil. Du coup, je saisis mieux l’attente suscitée par ce nouveau film du réalisateur, mais j’en aurais certainement été encore plus désappointée.

      • #34103 Répondre
        françois bégaudeau
        Invité

        Ton retour sur la Gene occasionnée est captivant
        Merci infiniment

        • #34104 Répondre
          françois bégaudeau
          Invité

          …il y manque juste deux points exclamations
          tu écris : « Sinon, qualifier de « pute » (à deux reprises !) la détenue qui se plie aux désirs libidineux du commandant du camp, c’était un peu limite. » J’aurais écrit : « Sinon, qualifier de « pute » (à deux reprises !!!) la détenue qui se plie aux désirs libidineux du commandant du camp, c’était un peu limite. »

          • #34130 Répondre
            éponine
            Invité

            Rien ne t’échappe, dis donc !!!

            • #34134 Répondre
              françois bégaudeau
              Invité

              aucune niaiserie morale n’échappe à mes radars en effet

              • #34155 Répondre
                éponine
                Invité

                Mais qu’est-ce qui t’a donc fait penser que cette femme était une pute ?
                Moi j’ai toujours cru que c’était avant, que les messieurs étaient invités à se laver la queue (ils le font peut-être aussi après, mais je n’ai pas souvenir que ce moment ait été beaucoup documenté au cinéma, et je ne peux malheureusement faire appel à mon expérience pour attester de la pratique)

                • #34183 Répondre
                  françois bégaudeau
                  Invité

                  Scène N : une jeune fille entre dans son bureau qui commence à se déshabiller sous les ordres oculaires de Hoss
                  Scène N + 2 : Hoss se nettoie la bite à la cave
                  Je crois que c’est assez clair, pour qui veut bien se servir de ses yeux, ce que tu sembles rechigner à faire devant ce film.
                  Mais tu as raison : cette jeune femme n’est pas une pute mais une « détenue qui se plie aux désirs libidineux du commandant du camp ». Ca change tout.

                  • #34185 Répondre
                    françois bégaudeau
                    Invité

                    J’imagine que dans « pute », tu entends non seulement un grossier personnage (moi) mais quelqu’un qui tarife ses prestations. Or là je te rassure ce n’est pas le cas. Hoss, ô surprise, ne paye pas.

                    • #34187 Répondre
                      françois bégaudeau
                      Invité

                      c’est pour des auditeurs comme toi qu’on continue la gêne, sans tarif

                    • #34227 Répondre
                      éponine
                      Invité

                      Ben non, t’imagines mal.
                      « Pute » et « grossier personnage » n’appartiennent pas au même champ sémantique (ou alors c’est un très très lointain cousinage).
                      Par contre, dans ton esprit, j’ai l’impression que « pute » et « femme » sont des termes interchangeables, puisqu’il suffit qu’une femme couche avec un homme pour que tu la qualifies de « pute ».
                      Mais peu importe, tant que ce sera gratuit, je continuerai à écouter la Gêne, pour mon édification personnelle (et il semble que j’en ai besoin), quitte à sursauter parfois sur l’usage que tu fais de certains mots.
                      Bon dimanche

                      • #34231 Répondre
                        Charles
                        Invité

                        Comment qualifierais-tu le personnage et sa situation dans ce cas?

                      • #34238 Répondre
                        françois bégaudeau
                        Invité

                         » dans ton esprit, j’ai l’impression que « pute » et « femme » sont des termes interchangeables »
                        Eponine, 18 février 2024

                      • #34263 Répondre
                        éponine
                        Invité

                        Euh, je suis perplexe là, Charles. François a repris à plusieurs reprises dans ce fil la façon dont j’ai qualifié ce personnage et sa situation dans ce cas (tu vois de qui et quoi on parle, au moins ?), qui est : « détenue qui se plie aux désirs libidineux du commandant du camp ». Il n’y a aucun échange marchand qui pourrait suggérer qu’il s’agit de prostitution (« ô surprise, Höss ne la paye même pas ») ni aucun signe de dépravation ou d’une quelconque immoralité à l’endroit de ce personnage féminin qui ne fait que retirer ses chaussures en attendant que l’homme raccroche le téléphone. Donc, qu’on le prenne dans son sens littéral ou dans son sens figuré, le mot « pute » ne convient pas.
                        Je ne suis pas sûre que si le commandant du camp avait eu des penchants homosexuels, le détenu qui aurait participé à la même scène aurait été spontanément qualifié de « mignon » ou de « tafiole », voire aussi de « pute ».
                        En revanche, je suis certaine que j’aurais immédiatement repris François sur cette appellation si j’avais été « la femme qui n’a pas de prénom » (mais là, je crois que c’est foutu pour endosser le rôle, car il m’a l’air bien parti pour se faire tatouer le mien – accompagné de la date de notre rencontre – sur son espace de dialogue 😉

                      • #34287 Répondre
                        Charles
                        Invité

                        Oui j’ai vu le film et j’ai la scène. Peut-être que la formulation de François était imprécise en raison de l’absence d’échange monétaire (même si l’acte sexuel est bien fait en échange de quelque chose pour elle, ce n’est pas un acte spontané et desiré) mais je ne comprends pas pourquoi elle te fait à ce point réagir.

              • #34158 Répondre
                Carton de Lait
                Invité

                C’est qu’il faut dire travailleuse du sexe maintenant comme par exemple dans « espèce de fils de travailleuse du sexe ». Bah oui, c’est long en bouche, mais faut être de son époque. On ne peut plus balancer des putes ici et là impunément tel un vulgaire boomer au risque justement dre se faire traiter d’en être un. Déjà qu’on nous invisibilisent bien assez comme ça nous les X…

    • #34152 Répondre
      Jean-Marie Bigard
      Invité

      Merci pour la gêne. J’aime beaucoup vos analyses « sur le plan technique » (exemplairement cette gradation en référence aux Oiseaux de Hitchcock) car je n’y connais rien et j’apprends chaque fois beaucoup. Cela me donne également l’opportunité de frimer en public en sortant des termes d’expert alors que je les comprends à moitié.
      Il y avait décidément beaucoup de choses à voir dans ce grand film. Beaucoup trop pour un seul visionnage. J’ai presque envie d’aller le revoir pour élucider certaines zones d’ombres : notamment ces images en caméra thermique où une jeune fille va disposer des pommes pour les déportés Ces plans me semblent dialoguer avec une séquence plus tard, où l’on observe le jardinier jardiner. Je pense que c’est le moment où il fertilise son sol en le saupoudrant de cendres. Durant ce plan, en fond sonore, on entend un chef nazi donner l’ordre d’aller noyer dans la rivière un juif qui s’est rendu coupable d’avoir croqué dans une pomme ? caché une pomme ? je ne sais plus. J’ai bien dû mal à repenser à ces plans sans faire certains liens religieux. Si ces plans parlent (même pas sûr qu’ils soient exactement comme je les ai décrits), que nous disent-ils ? Ce jardin d’Eden à côté d’un camp où 250 000 juifs ont été exterminés pour nous dire que la lumière et les ténèbres coexistent en chacun de nous et en chaque espace de ce monde ? Un jardin d’Eden dans lequel on ne baise plus et duquel on envoie des pommes qui sont croquées en Enfer ? Glazer veut-il nous signifier que la religion ne peut nous épargner de l’horreur ? Le jardinier fertilise-t-il le terreau du Paradis avec les cendres de l’Enfer ? J’ai la pensée en roue-libre, désolé pour ça. Je retournerais bien également pour revoir ces plans rouges. N’y-a-t-il pas un moment où la caméra plonge dans une rose pour nous laisser pendant un court instant, un écran rouge, tout rouge ? Grande expérience multi-sensorielle (j’insiste sur le multi) que ce film en tout cas : ces 4 minutes de son en introduction étaient absolument captivantes. Comme très bien dit dans la GO, on a plusieurs scènes dans une seule : on voit la lumière et on imagine les ténèbres, on les entend, car elles ne sont jamais loin.

      • #34188 Répondre
        françois bégaudeau
        Invité

        « Durant ce plan, en fond sonore, on entend un chef nazi donner l’ordre d’aller noyer dans la rivière un juif qui s’est rendu coupable d’avoir croqué dans une pomme ? »
        C’est vrai, et ce détail important m’a échappé lors de ma vision.
        Glazer déréalise les sorties de cette jeune fille mais en meme temps sème des détails qui la re-réalisent
        Le sens en est très simple je pense, il est littéral à l’image : une trouée de bonté dans la catastrophe.

      • #34309 Répondre
        Mélanie
        Invité

        Merci aussi
        Superbe film
        Ces scènes de nuit avec les pommes, cette « trouée de bonté », que d’ailleurs l’horreur reprend – je n’avais pas capté pour la réplique sur la pomme / l’ordre de noyade… Il y a en effet beaucoup de choses à voir dans le film.
        Je trouve tout à fait intéressante cette approche par un portrait de nouveaux propriétaires améliorant là leurs conditions de vie, d’un « meilleur employé du mois », la banalité aussi, et la contiguïté des choses, et la désensibilisation par l’habitude, et le truc entre moral/sensible, avec la grand-mère indisposée par le bruit – par le voisinage.
        Les femmes de ménages du musée ; dans le silence de leur nettoyage, j’ai un peu cru naïvement qu’elles faisaient ça en religieuses, mais en effet on peut imaginer qu’elles aient surtout hâte d’avoir fini ces dépoussiérages et lavages de vitres quotidiens.

        • #34558 Répondre
          Titouan R
          Invité

          Sauf erreur, on entend l’ordre de noyer un détenu qui s’est bagarré pour une pomme non pas lorsque le jardinier fertilise le jardin, mais lorsque le jeune garçon Hoss abandonne ses dés pour se poster à la fenêtre, écouter/entendre ce qui se dit, dire une phrase dont l’idée doit être « ça lui apprendra », et retourne s’asseoir et jouer aux dés. Mais tu me mets le doute, Jean-Marie.
          ………..
          Me revient en tête cette scène de fanfare (en répétition) et le curieux contre-champ montrant sur une des chaises de l’assistance un type à la figure bancale, mais bien en uniforme. Que penser de cette dérogation à l’impeccable mises des nazis ? Je creuserais en me disant qu’on a là un simple soldat, pas un officier (eux seuls ont du maintien, de l’harmonie dans l’ordinaire de leurs visages), mais sans aller plus loin. Que penser de cette courte scène, interrompue (je crois) par la marche de Hoss pour aller au boulot et son échange avec cette dame qui promène son chien ?

          • #34562 Répondre
            Ostros
            Invité

            Oui pour moi aussi ce sont des soldats.
            Et oui le garçon joue aux petits soldats et il entend la punition faite à l’homme qui je cite « s’est battu pour une pomme » (une pomme de la jeune fille de la nuit). Puis il retourne à ses soldats en marmonant une remontrance de type « tu ne feras plus ça ! ».

            • #34563 Répondre
              Ostros
              Invité

              Il envoie effectivement 3 dés au début de la scène et les petits soldats forment une armée pas loin.

              • #34569 Répondre
                Titouan R
                Invité

                Ce jeune garçon compte. Déjà

          • #34564 Répondre
            Dr Xavier
            Invité

            Je confirme en tous points la scène de la pomme.
            Quand tu dis figure bancale, tu veux dire gueule cassée ? Comme un contrepoint pour rappeler que personne n’est sorti indemne, et surtout pas les soldats prolos.
            Parenthèse, quand la Polonaise pose la pomme, et découvre une boîte laissée à son intention sans que pour autant l’envoyeur ait une quelconque idée du (de la) destinataire, les larmes me sont montées aux yeux.

            • #34572 Répondre
              Titouan R
              Invité

              Gueule cassée, pas exactement. Ce n’est pas tout à fait de ces profils complètement éclatés à puissance industrielle. J’ai plutôt le souvenir (pas net, comme ma vision même du plan : pas une très bonne vue, j’ai plissé sans totalement discerner cette gueule) d’un visage asymétrique et d’une expression un peu abâtardie.
              Je note, la GO en tête, que ce personnage de simple soldat est assis. Il ne circule pas dans un espace, quand Rudolf attaque la chaussée, à quelques mètres derrière, d’un pas conquérant.
              ….
              C’est surtout la scène consécutive à la découverte de la boîte que je trouve très forte. Voix off : « mots de XXX » (me rappelle plus le nom). On attend des mots. Ne vient que la musique. Une musique étique, décharnée ; un dénuement de notes. Une musique au diapason de l’horreur (quotidienne) quotidienne. En y songeant, je me dis que, par ces quelques notes, Glazer écarte jusqu’à la possibilité de l’art comme lueur d’espoir au fond du charnier

              • #34575 Répondre
                Titouan R
                Invité

                Et pour revenir aux pommes, en complément de ce que disait François dans la GO sur ces scènes en « vision de nuit » en prolongement d’un conte narré par le père à ses enfants, je constate que cette trouée de bonté est, à un premier niveau, ignorée par les nazis de bout en bout (la fille se faufile entre les patrouilles durant la nue ; les chevaux de Rudolf et son fils les piétinent dans leur balade en début de film) et, second niveau, se retourne complètement contre ceux que ce geste est censé servir (puisque des détenus se battent pour une pomme et qu’on en noie un). Je note que dans le bref échange entendu par l’enfant depuis sa chambre, le nazi qui ordonne la noyade ne se questionne pas sur l’origine de la pomme ; son existence même est inaperçue ; comment pourrait-elle perturber tant soit peu si belle mécanique du crime ?

                • #34584 Répondre
                  Ostros
                  Invité

                  Oui j’éprouvais aussi la petitesse de ces dons de pommes à travers le fait que les SS les ignorent, sûrs de leur domination et du caractère inéluctable du lieu.
                  Mais pourtant, vu qu’un prisonnier se bat pour en avoir une et qu’un autre laisse un cadeau à cette bienfaitrice c’est bien que ces petites choses pour les puissants ont été des grandes choses pour les asservis.

              • #34582 Répondre
                Ostros
                Invité

                Sur l’art j’entends ce que tu as perçu car ce ne sont que quelques notes egrainées les unes après les autres mais elles existent. C’est ténu mais c’est là. Et c’est ce qui rend la scène de décryptage par l’enfant bouleversante. C’est une composition courte ou un extrait qui a été écrite ici dans le camp ou peut-être ailleurs et recopiée, les paroles sont poignantes (du fait aussi du procédé qui consiste à ne pas les entendre être chantée mais juste transcrites en sous titre à l’écran comme une traduction alors qu’on n’entend pas de voix – nous partageons la découverte muette de ces mots par l’enfant – c’est une grande idée de la part de Glazer, me suis-je dit à ce moment-là). C’est une création, c’est bien de l’art. La preuve du vivant entre ces murs.

                • #34587 Répondre
                  Ostros
                  Invité

                  Sans doute le prisonnier ou la prisonnière qui a écrit cette partition n’avait pas le droit de chanter, sans doute il ou elle a composé cela en entendant l’air dans sa tête et c’est pour ça que lorsque la jeune fille libère le son des notes en les jouant sur le piano et dans le même temps nous lisons avec elle sans entendre ces paroles – écrites sans doute dans le silence, partager ce silence, ces mots et cette musique c’est un des plus beaux moments du film. C’est par l’art (du / de la pionnièr.e et la trouvaille formelle de Glazer) que nous communions ici tous les trois (prisonnier.e, petite fille et moi), comme lors d’une prière.

                  • #34605 Répondre
                    Titouan R
                    Invité

                    Plutôt d’accord avec toi mais je trouve que l’une des forces de cette scène se niche dans le fait que, malgré tout, j’ai l’impression que manque quelque chose à cette partition (une force vitale dont elle a été privée)

                    • #34613 Répondre
                      Ostros
                      Invité

                      Il manque la main gauche (la basse). Elle est étique à la manière des berceuses.

                      • #34631 Répondre
                        Ostros
                        Invité

                        Je précise que je ne polémique pas, j’avais envie de creuser sa forme avec toi, même si on ne l’a pas interprétée de la même façon. Parler encore du film.

                      • #34637 Répondre
                        Titouan R
                        Invité

                        Je suis dans la même disposition d’esprit Ostros, rassure-toi.
                        ….
                        La scène qui m’a le plus « cueilli », c’est le flash forward au présent, que je trouve profondément dialectique sur son monstration de la mémoire : la nécessité du « devoir de mémoire » la dispute à la nécessaire (au sens de la nécessité philosophique) « administration » de la mémoire.
                        ….
                        Et bouleversement sur les scènes avec la servante dans la salle à manger (1 – préparation du verre d’alcool de Rudolf ; 2 – desserte de l’assiette du petit-déjeuner de la mère de Mme Hoss et la réplique terrible de cette dernière sur le fait qu’elle pourrait faiee jeter ses cendres – où l’on voit que cette dame, loin d’être aveugle au massacre, en comprend la crudité)

                      • #34662 Répondre
                        Ostros
                        Invité

                        Le flashforward est puissant dialectiquement oui. Des scènes du film (dont celle-ci) me font encore réfléchir alors que ça fait quelques jours maintenant que je l’ai vu. Son écriture et sa mise en scène pensent partout, cause un débat intérieur qui emmène notre réflexion au-delà de ce que le film narre. J’espère trouver le temps d’écouter la GO. J’ai lu que la mère serait partie par gêne relative aux odeurs et bruits mais, pourtant, je l’ai vue pleurer assise sur le lit.
                        J’en saurai plus en écoutant le podcast.

    • #34282 Répondre
      BZH
      Invité

      Salut, super film visionné hier :

      Les chambres rouges (2023)

      Film québécois où une jeune femme mannequin va se passionner pour un tueur en série au point de suivre ces procès. Au fur et à mesure du film, sa passion va devenir obsession et virer à du malsain et même au-delà. Ambiance très très lourde et esthétique très jolie (plan larges, plan séquence parfois très longs, jeu avec le premier et le second plan, etc.)

      Pour ceux qui veulent le voir pour en discuter après.

    • #48383 Répondre
      Amy
      Invité

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