Accueil › Forums › Forum général › Cinéma – page 3
- Ce sujet contient 234 réponses, 1 participant et a été mis à jour pour la dernière fois par
Guéguette, le il y a 2 années et 1 mois.
-
AuteurMessages
-
-
Nox
InvitéLa deuxième page du topic étant de plus en plus engorgée, j’ouvre celle-ci pour aérer les échanges.
-
Nox
InvitéJe up le topic, pour celleux qui voudraient y participer.
-
I.G.Y
InvitéIl peut être possible d’ouvrir la troisième page sur Les Herbes Sèches, puisque je l’ai vu mentionné plusieurs fois sur la page 2 mais plutôt par des personnes ayant l’intention de le voir et non l’ayant vu^^ Personnellement je l’ai vu hier et trouvé très réussi, l’ambiguïté du personnage principal tout le long est assez terrible. Peut-être que la mise en scène et la réalisation très sobre du film m’ont empêché d’être pleinement bouleversé, mais c’était quand même quelque chose… Cette sobriété fait aussi sa force.
[ATTENTION SPOILER] En revanche si quelqu’un a une interprétation de cette sortie soudaine du récit au moment où Semet sort de l’appartement de Nuray et qu’il se retrouve dans les studios… je suis preneur car je n’en trouve aucune satisfaisante (et dans un film de ce genre, j’ai du mal à y voir une sorte de geste « gratuit » et dénué de sens. On est pas chez Lynch ou je ne sais qui d’autre) : un moyen étonnant de rappeler au milieu d’un film aussi réaliste, que l’on est dans une fiction? étrange…-
Nicolas
InvitéJe pense justement que c’est en rapport avec ce qu’il va faire : prendre du viagra, donc faire basculer son rapport dans une pure artificialité. Mise à distance au carré.
-
François Bégaudeau
Maître des clésoui c’est un peu là que je voulais en venir
-
-
-
François Bégaudeau
Maître des clésJe n’ai pas d’explication non plus à cette soudaine parenthèse brechtienne
Une piste : que fait le personnage principal exactement à ce moment? -
Jacques Sceptes
InvitéVous avez un compte letterboxd ? Pour le partager entre nous.
-
Nicolas
InvitéQui ici a vu Reality ? Film américain qui semble putassier au premier abord, avec Sydney Sweeney dans le rôle principal et qui à cause de la série Euphoria, semblait vouée à la vulgarité.
Et là, le miracle, c’est une adaptation d’un fait réel survenu aux États-Unis ayant conduit à la destitution du chef du FBI à cause de l’ingérence de la Russie dans l’élection de Trump. 1h22, une perquisition et un interrogatoire, (quasiment) pas plus. Un malaise s’installe vraiment bien, on comprend pas trop où ça va, si ce doux visage est innocent (et pourquoi elle serait traductrice de farsi ?? étrange quand même…), et la tension monte assez bien. Ça aurait pu être un grand film, mais ça manque peut-être de radicalité : on a quand même des panneaux explicatifs au début et à la fin au cas où on serait neuneu, et la déformation de l’image au fur et à mesure qui doit accompagner l’idée de confidentialité des éléments divulgués, bah ça aurait pu être encore plus puissant…
Bref, super film américain si vous avez l’occasion de le voir ! -
François Bégaudeau
Maître des clésOn en déjà parlé ici, et moi pour dire que ce film américain qui semble putassier au premier abord, l’est aussi au second, et au troisième.
Quoique putassier ne soir pas le mot. C’est juste un film qui fait de la gonflette à partir de pas grand chose. Et un film assez piteusement militant.
Mais je dois avouer que je n’ai qu’un seul véritable argument contre ce film, et c’est les grimaces de son actrice
Vous n’êtes pas assez sévère avec les acteurs. Il faut l’être. C’est la base.
-Qui ça, « vous »?
-vous les êtres humains -
François Bégaudeau
Maître des cléssur faux et vrai, il me semble que sort aujourd’hui un film un chouya plus consistant
-
Nicolas
InvitéAh oui, Hypnotic de Robert Rodriguez ! séance ce soir pour ma part. Les ricains découvrent l’hypnose : j’ai peur.
-
Ostros
InvitéC’est pas le Triet ?
-
Nicolas
Invitéje pense haha, c’était une blague
-
Ostros
InvitéTu es très fort.
-
-
-
-
-
Adamou
InvitéArticle intéressant au sujet du fameux film qui sort aujourd’hui et de sa monumentalité.
-
Ostros
InvitéJ’y vais cet après-midi je lis juste après Merci.
-
Tony
InvitéJe viens de le voir,j’avais peur d’être le seul à trouver ce téléfilm très mauvais,tellement bavard avec si peu de cinéma et l’article de Tsounami m’a bien éclairé,dommage j’avais bien aimé les précédents films de Triet.
-
Seldoon
InvitéUn certain « monumentalisme », c’est évident et je vois en quoi ça peut agacer (étant le tordu de la bande, j’aime plutôt). Absence d’humour, c’est faux, ou alors il faut préciser. La salle dans laquelle j’étais riait régulièrement. Je n’ai pas ri mais j’ai souvent souri : il y a beaucoup de répliques qui font mouche, notamment dans le temple de la rhétorique et de la phrase dans ta gueule qu’est un tribunal. Il y a un chien qui fait des grimaces. Il y a des situations décalées tout le long. Ce n’est pas une comédie, ce n’est même pas un film dit léger (Triet en rigolait avec Arlaud en introduction de séance) mais le film est a minima malicieux. Je soupçonne que la véritable gêne ressentie par Tsounami vient tout simplement du fait que le cinéma de Triet est, entre autres choses, cérébral (et ici largement moins que dans Sibyl, notons-le).
Tony : « Bavard » c’est vrai aussi, et pour le coup je ne vois pas le problème. « Si peu de cinéma » c’est factuellement faux. Il y a tellement de cinéma, de cinéma au carré, que j’attendais plutôt des critiques de type « c’est méta ». Après, est-ce que ça vaut le Spielberg de Fabelmans, Cheval de Guerre ou de la grande époque, je ne sais pas. Faudrait revoir Always.-
Tony
InvitéJe ne sais pas ou tu as vu de l’humour,les punchlines du procès sont tellement attendues et prévisibles,dans la salle où je me trouvais il n’y a eu aucun rire(véridique pas un seul rire du début à la fin),le bavardage dans un film ne me gêne pas si il y a une dialectique entre ce que l’on dit et ce que l’on voit,ici on ne voit rien,pour un film de procès ne pas voir un seul juré c’est bizarre,d’ailleurs je me dis que St Omer lui est largement supérieur dans la restitution d’un procès,ici le procès se limite à des joutes d’avocat,c’est maigre et surtout en terme de tension dramatique c’est d’une platitude…
J’aimerais bien que tu me dises ce que tu as vu de cinématographique dans ce film?-
Seldoon
InvitéNe pas voir un seul juré c’est déjà une idée de cinéma, et ça donne un indice sur ce que fait vraiment le film et sur la place accordée au spectateur. En en sortant, j’avais écrit rapidement ceci :
« J’ai vu Anatomie d’une chute. Triet y reprend ses personnages d’écrivains, de psys, de baby-sitters et d’avocats incapables de respecter la moindre frontière entre vie professionnelle, vie privée et art. Ce qui va suivre pourra paraître théorique, mais paradoxalement, Triet parvient à utiliser le cadre théâtral et dévitalisant du procès pour ancrer son film cela dans quelque chose de très tangible, incarné. Et ça donne de très loin son meilleur film. L’étude de cas du jour est celle d’un meurtre et par là même d’un couple, comme il a beaucoup été écrit. Mais la véritable anatomie c’est celle du récit. Le récit comme recherche vaine et désespérée d’une vérité qui n’existe que dans la somme infinie (et donc impossible) de tous les récits possibles. Pourtant elle a mis le paquet en tentant d’épuiser toutes les formes de récits possibles qu’offrent à la fois un film et un procès : reconstitutions (on y entendra « coupez ! » « on peut en faire une dernière ? »), récits à la première personne, récits plus scientistes que scientifiques, enregistrements audio, extraits de livres de fiction, flashbacks plus ou moins fiables, avec ou sans son, avec ou sans personnage qui en double un autre, dessins et schémas, tout y passera, en variant les langues, en variant les niveaux sonores, jusqu’au point de vue du chien. Les personnages se débattent là dedans avec Justine et ses spectateurs, s’engueulent autant sur les faits, sur la valeur d’un fait, que sur la définition d’un récit. La mort violente et le procès qui en résultent sont évidemment les catalyseurs, mais les batailles de récits pré-existaient à tout cela, comme en témoignera une très grande scène d’engueulade conjugale. »
(en le relisant je vois que mes doigts ont fourché, j’ai écrit » d’un meurtre » au lieu « d’une mort »)
J’ai une question pour toi Tony, et pour toi aussi autre spectateur (ce n’est pas un test c’est pour parler des personnages) : qui a raison dans la scène d’engueulade conjugale ?-
Seldoon
InvitéJ’ajoute pour qui ça intéresse des liens déjà postés mais qui n’ont jamais passé le filtre de la modération :
– Dossier de presse du film : https://le-pacte.com/storage/uploads/cf5188c2-45ef-4411-a69d-242268c259fe/DP-ANATOMIE-D’UNE-CHUTE.pdf-
K. comme mon Code
InvitéJe l’ai vu fin mai, je n’ai plus l’intégralité de la scène d’engueulade en tête, mais je me souviens avoir pensé en tant qu’écrivain relou qu’il était particulièrement relou, lui. Ce qui n’enlève rien à la richesse des noeuds traités. Je trouve cette femme délicieusement mal aimable. Dans une interview, Triet raconte qu’Harrari n’aime pas cette scène et préfère la version qu’il a écrite — version qu’elle déteste. On voudrait pourvoir trancher entre eux deux.
-
Seldoon
InvitéInteressant, faudrait mettre la main sur cette autre version. K, je me permets grossierement de replacer ici tes messages d’avant et après vision, qui font écho à ce qui se discute ici :
Avant : « Dans Sibyl, oui. Mais déjà dans Victoria. Les Palmés forment un groupe aléatoire, mais je suis surpris d’aimer autant de Palmes récentes. L’une de mes réserves sur les films de Triet (Eifira) n’est pas présente dans Anatomie d’une chute, et on peut déjà, en tout cas, s’attendre à une structure narrative qui sort des cadres d’une grande majorité de films qu’on voit — je m’étais même fait un nœud au cerveau en me demandant ce qui était proprement littéraire ou cinématographique, non dénoué depuis. Une certaine emphase sur certains dialogues me gêne parfois mais c’est très aisément contrebalancé par un sens de l’humour qui me plaît, je me demande si le prochain conservera cet humour : je fais le pari que oui. »
Après : « J’ai vu Anatomie ce soir : j’ai été très conquis. C’est beau, en tout cas, de voir dans une forme aboutie ce que j’avais trouvé foireux mais néanmoins fascinant dans Sibyl. C’est émouvant le parcours d’une œuvre. »
-
-
-
François Bégaudeau
Maître des cléset moi une autre question : qu’est ce qui est cinématographique?
(ce qui permettra de comprendre en quoi ce film ne l’est pas)-
Seldoon
InvitéTest
-
Seldoon
InvitéCertains de mes messages ne passent pas, le plus drôle c’est qu’à chaque fois ce sont ceux qui comportent le nom d’un magazine qui note avec des T. Je réessaie demain.
-
Tony
InvitéJe fais appel à Hitchcock pour sa définition de ce qui est cinématographique:
Je suis absolument d’accord et, a mon
avis, c’est vrai aujourd’hui encore, car dans la plu-
part des films il y a tres peu de cinema et la plu-
part du temps j’appelle cela : « de la photogra¬
phie de gens qui parlent ». Lorsqu’on raconte une
histoire au cinema, on ne devrait recourir au dia¬
logue que lorsqu’il est impossible de faire autre-
ment. Je m’efforce toujours de chercher d’abord
la façon cinematographique de raconter une histoi¬
re par la succession des plans et des morceaux de
film entre eux.
Voila ce qu’on peut deplorer : avec Pavenement du
parlant, le cinema s’est brusquement fige dans une
forme theatrale. La mobilite de la camera ne chan¬
ge rien a cela. Meme si la camera se promene tout
au long d’un trottoir, c’est toujours du theatre.
Le resultat c’est la perte du style cinematographi¬
que et la perte aussi de toute fantaisie.
Lorsqu’on ecrit un film, il est indispensable de
separer nettement les elements de dialogue et les
elements visuels et, chaque fois qu’il est possible,
d’accorder la preference au visuel sur le dialogue.
Quel que soit le choix final par rapport a l’action en
developpement, il doit etre celui qui tient le plus
surement le public en haleine.
En resume, on peut dire que le rectangle de l’ecran doit être chargé d’émotion. -
Ostros
InvitéQuid de Rohmer et Hong sang soo ?
-
Tony
InvitéY a plein de choses à voir ces cinéastes,chez Triet c’est assez limité,par exemple ça va être la boule à zéro de Reinhardt,les cheveux longs d’Arlaud,le physique androgyne de l’actrice,la coupe de cheveux du fils etc…
-
Ostros
InvitéMa question rebondissait plus sur « tenir le public en haleine » qui n’est pas l’objectif de tous les films. On a chez Triet les ingrédients du thriller mais est-ce un thriller ?
-
-
-
Charles
InvitéUne façon de répondre pourrait être de se demander ce qu’on a gagné en voyant le film plutôt qu’en lisant simplement le scénario. Est-ce qu’on a dépassé le stade de l’illustration ou pas.
-
Ostros
InvitéJ’ai eu aussi le sentiment de la prédominance du scénario. Je suis en train de rédiger mon retour pour tenter de décortiquer cela. Il y a des choses qui me font répondre oui. L’apport de l’image, son autonomie ponctuelle, est intéressant à analyser en rapport avec ces flots de sons.
-
Tony
InvitéTout ça est bien théorique,de plus j’avoue que le sociotype du couple m’a un peu rebuté,je comprends aussi l’engouement de la presse par rapport à ce sociotype.
-
-
Doug
InvitéJe trouve l’opération du film intéressante quand il s’attarde sur tout une offre d’outils de relecture du réel : témoignages et dépositions mais aussi reconstitutions jouées sur place, maquettes, simulations 3D, enregistrements, lectures de textes… Lenteur de l’animation 3D et petits pointillés rouges, filmés depuis cet écran réduit et mal éclairé, petits personnages sur la maquette, lecture du script à voix haute par dessus la musique trop forte… Je trouve que montrer ces procédés dans leur nudité donne à ressentir non seulement leur violence, leurs angles morts comme supports d’enquête mais surtout leur dimension pathétique, infantile, et fait valoir qu’une quête de vérité comme celle-là est toujours un peu un truc d’haruspice, qu’on choisit de croire ou non.
-
-
Benoît
InvitéSalut,
J’ai vu Anatomie d’une chute il y a quelques mois et j’en garde toujours le même sentiment. D’abord, je ne l’ai pas aimé pour la mauvaise raison. J’attendais du film qu’il me déstabilise, qu’il me trouble sur la question du statut de l’héroïne : bourreau ou victime. Or très vite, je suis sûr de l’innocence du personnage – comme Triet.
La puissance du film se loge donc ailleurs :
1. C’est une femme qui est confrontée à une institution misogyne et phallocentrique. Le film raconte cela et le fait bien. C’est un film féministe.
2. Sur l’intimité du couple. Cette zone grise qui est celle du flash-back et des enregistrements. Que je trouve malgré tout un peu faible, malgré le léger trouble qu’elle peut dégager. Certains évoquent Bergman. Je pourrais aimer le film pour ces deux bonnes raisons. Et je l’aime un peu pour cela.Par contre, je ne l’aime pas pour une bonne raison : c’est en partie pour le filmage du procès. J’ai l’impression qu’on vit ce que vit le personnage. Et plus particulièrement, dans les cadres sur l’avocat général si mes souvenirs sont bons. Bref, j’irais jusqu’à dire qu’on ne voit pas différemment la chose que si on y était nous-même, sur le banc, voire dans la salle, pour avoir assisté à quelques procès. Or, j’aurais aimé qu’on me fasse mieux voir les choses ou qu’on me les fasse voir différemment, plus singulièrement.
D’où ma question pour la gêne François : est-ce que le film échoue à nous faire mieux voir ou « voir autrement » ce qu’on appréhende déjà dans la vie, dans le réel, avec notre petite clarté ? Au bout du compte, est-ce que l’angle de vision qu’a choisi Triet ne s’est pas refermé sur lui-même ? Les séquences qui décomposent l’anatomie d’une chute n’apportent plus d’ambiguïté.
Tu disais il y a longtemps : « J’ai deux passions le vrai et le faux. J’aime bien éclairer/élucider et j’aime bien opacifier. Parfois dans le champ des discours, il y a trop de simplicité qui traine et c’est bien de mettre de la complexité. Parfois des gens cultivent une opacité fumeuse et j’ai envie de mettre de la clarté. » Sur ce terrain, que fait le film ? Et est-ce qu’il faut le prendre par ce bout qui ne me semble bizarrement pas si pertinent ? Parce que le film semble au demeurant cultiver un certain classicisme.
-
-
Tony
InvitéHonnêtement on n’a aucune empathie ni pour l’un,ni pour l’autre c’est quand même problématique.
-
Tony
InvitéRéponse à Seldoon sur la scène d’engueulade
-
-
-
-
-
-
-
-
Sarah G
InvitéPour information, le film ONODA, 10000 nuits dans la jungle d’Arthur Harari est diffusé ce soir sur Arte et disponible jusqu’au 29 août en replay.
-
Seldoon
InvitéHarari qui a co-écrit le film dont on parle juste au-dessus.
-
Sarah G
InvitéOui tout à fait
-
-
-
Sarah G
Invité
Baraka 1992
Sinon je suis tombée sur ce documentaire.
Sans dialogue.
Juste le son, image, musique-
François Bégaudeau
Maître des clésle lien ne fonctionne pas, Sarah
-
Sarah G
Invité
J’espère que le lien va fonctionner cette fois-ci-
Nox
InvitéIl fonctionne !
-
Graindorge
InvitéSarah: MERCI
-
-
-
-
Sarah G
InvitéIl y a aussi le deuxième volet datant de 2011, Samsara.
Par contre je ne le trouve pas sur YouTube en film complet.
Si certains.nes ont des pistes -
Malice
InvitéJe viens de découvrir le film de Claire Simon » Vous ne désirez que moi », qui m’a bien plu, et voulant visionner ses autres oeuvres j’ai découvert ce site où il est possible de les voir toutes ( en demandant le mot de passe vimeo du webmaster)
Y a t-il déjà eu des conversations/critiques sur ce site au sujet de cette auteur?
-
Tony
InvitéMoi aussi j’ai bien aimé ce film sur ce drôle de compagnon de Duras,Swann Arlaud est excellent.
-
gebege
InvitéJ’en avais parlé vaguement avec François dans la page 1 ou 2, mais peut-être était-ce sur l’ancien forum, il faudrait retrouver. La réponse étant donc : oui. Il y était question du Concours, son documentaire sur la Fémis. Si je devais t’en conseiller un, voire deux, je te dirai de voir Coûte que coûte et 800km de différence, qui sont tous les deux de magnifiques documentaires. Le premier raconte une aventure entrepreneuriale avec son lot de magouille et de galères dans le marché de la restauration. L’autre, c’est Claire Simon qui filme l’une des premières aventures amoureuses de sa fille (avec un fils de boulanger dans le sud de la France), et c’est aussi drôle que cruel que touchant.
-
Malice
InvitéTony: d’accord avec toi, les deux comédiens sont impeccables. J’ai adoré la scène des sonneries de téléphone qui gênent/angoissent brusquement le personnage de Yann, alors que l’histoire nous le présentait jusque là comme un amoureux heureux. L’acteur est juste dans toutes ses » incarnations » d’amant. J’ai rarement vu un film explorer aussi bien la passion amoureuse.
Gebege: merci pour les suggestions, tu me la vends bien!
-
-
lison
InvitéJ aime beeaucoup aussi certaines de ses fictions : Sinon oui et Ça brûle.
-
-
Graindorge
InvitéGrand merci à tout le monde pour vos partagés.
J’aime cet acteur Swann Arlaud-
Graindorge
Invité* partages
-
-
Sarah G
Invitéhttps://www.premiersplans.org/festival/estival.php
Estival du festival Premiers plans du 24 au 29 août au cinéma Les 400 coups à Angers.-
Sarah G
InvitéDe nombreuses avant-premières
-
-
Charles
InvitéGrosse rentrée ciné, j’espère que notre duo de la GO est en forme : Triet, Larrain, RAZ, Jude, Kahn. J’ai vu que la première GO portait sur le Triet, la deuxième sera sur le RAZ j’imagine ? Le Larrain sort le 15 septembre sur Netflix sinon.
-
Toni Erdmann
InvitéEt toi Charles c’est quand ta rentrée ? On attend ton avis sur Anatomie d’une Chute.
Et il ne faut pas négliger le nouveau Catherine Breillat que j’ai pu voir en avant-première. J’annonce du lourd.
-
Charles
InvitéDans 8 jours, j’ai hâte de pouvoir comparer avec le procès Goldman sur la mise en scène d’un procès d’Assises.
-
Ostros
InvitéEn attendant Charles j’espère te convaincre avec mes arguments (post dédié) que le film n’est pas qu’une illustration de scénario. Mais que l’image (et son absence par moment) participe à opacifier la vérité au sujet de ce qu’on voit et de ce qu’on entend. Aussi bien pour ce qui concerne les éléments présentés par l’enquête puis qui sont interprétés durant le procès (on empile des façons de voir et d’entendre diverses), que les scènes extérieures au procès (passées et présentes, dans lesquelles on épie Sandra, son visage, ses expressions dans le but d’y déceler un signe qui nous ferait pencher vers coupable ou innocente, mais aussi la forme du film elle-même qui montre des souvenirs qui nous sont racontés par des personnes dont la mémoire n’est pas fiable, sont susceptibles de mentir, etc). Ainsi que tout le travail de sensation du huis clos par l’image et le son et le travail de dynamisation des plans dans le but de soutenir une excitation dans une quête de la vérité – poussée jusqu’à l’absurde – qui se liquide elle-même.
-
-
-
-
François Bégaudeau
Maître des clésOn ne sait pas encore
Oui le RAZ ce serait une idée.
Je ne pourrai pas voir le Larrain, n’ayant plus accès à des codes Netflix.
Peut-être une Gene littéraire aussi.Pour celle d’après j’attends le Jude de pied ferme.
Le film de Khan je ne le sens pas du tout. Je sens que tout va m’y énerver (le jeu d’acteurs tel qu’il apparait dans la bande annonce est calamiteux, après l’époustouflant trio d’acteurs du Triet ça va piquer – à genre égal)-
Charles
InvitéDommage pour le Larrain qui s’annonce très casse-gueule et passionnant.
-
Mathieu
InvitéGros bémol sur l’avocat général joué par Reinartz dans le Triet quand même.
Et dans les bons acteurs, tu oublies le chien, qui non content d’être très naturel joue très bien l’overdose de doliprane-
Ostros
InvitéJe me suis dit qu’il faisait parti du trio d’acteurs : Sandra, Daniel, Snoop.
-
-
-
Tony
InvitéIntéressant,elle y fait l’éloge de Sautet entre autres
-
Charles
InvitéDes goûts assez convenus quand même, ça m’étonne un peu.
-
Seldoon
InvitéEn l’écoutant parler ici et la, je soupçonne une boulimie cinéphile. Elle se nourrit, pas de tout, mais de beaucoup. Je la soupçonne de faire ensuite consciemment abstraction d’une partie soigneusement choisie de ses influences lorsqu’elle bosse sur un film. J’aimerais bien en parler avec elle, mais il n’y aura pas d’espionnage industriel Anatomie d’une chute en 2023.
-
Seldoon
InvitéJe la soupçonne donc de plein de trucs.
-
Charles
InvitéCertes, mais on aurait pu attendre des films et des propos moins attendus venant d’une cinéaste aussi singulière et brillante.
-
-
-
-
Adamou
InvitéQuand vous parlez du Larrain vous parlez de brujeria le film produit par Larrain ou j’ai loupé qqchose?
-
Dr Xavier
InvitéC’est El Conde, le Pinochet-vampire, oulalala.
-
Adamou
InvitéUn pinochet-vampire c’est tentant!
-
-
-
Dr Xavier
InvitéSalut François, pour patienter avant la prochaine GO aurais-tu une critique de Bande de filles à partager ? Je crois que vous aviez beaucoup aimé à Transfuge. Pour ma part je suis partagé, c’est sûr qu’on voit des corps et des scènes nouvelles (j’ai appris ce besoin de s’échapper dans des chambres d’hôtel, besoin confirmé par un ami éducateur et s’appliquant aussi bien aux filles comme aux garçons), mais je trouve que la réalisatrice guidait trop mon regard, me disant à chaque plan « regarde là ; et maintenant regarde ici. » Au début je pensais qu’elle voulait retranscrire le carcan social vécu par ces filles, mais comme elle filme pareil pendant les moments d’émancipation (notamment les danses) ça ne doit pas être ça (dans la GO sur le Portrait de la jeune fille en feu vous dites qu’elle se qualifie de ‘control freak’). Il y a aussi des idées pas abouties (l’intro du foot américain sans suite, la bonne idée scandaleuse que Marieme se mette à pratiquer le racket puis à faire du MMA de rue mais on en reste là). Et le titre est un peu trompeur, c’est plutôt « itinéraire d’une fille qui intègre une bande de filles. »
-
Charles
InvitéSi je peux me permettre : https://www.chronicart.com/cinema/bande-de-filles/
-
Dr Xavier
InvitéMerci ! Critique qui me semble sévère à certains égards, oui il y a des moments scénaristiques pénibles (passage en technique, déambulations aux Halles) mais le film ne se limite pas que à ça.
Je découvre en parallèle que la réception critique de ce film a elle-même fait l’objet d’un article universitaire critique…
La critique face à l’autre – Étude de la réception de Bande de filles par la critique cinématographique française ; Evélia Mayenga Dans Réseaux 2020/5 (N° 223)
https://www.cairn.info/revue-reseaux-2020-5-page-75.htm-
François Bégaudeau
Maître des clésTransfuge avait peut etre pondu une critique positive, mais dans un second temps j’avais écrit un texte contre le film. Mais je groupais avec Eden, de Mia Hansen Love. Je peux trouver ça.
-
-
-
-
François Bégaudeau
Maître des clésc’est pas court
Récit à tout prix
Bande de filles, dixième minute. Cadre serré sur Marieme assise devant une prof. Ou une CPE. Ou une principale de collège. Impossible de le deviner à la seule voix, puisque le plan-séquence fixe d’une minute relègue cette personne hors-champ. Pourquoi cette soustraction ? S’agit-il, à la brechtienne, de signifier que l’envoi présentement acté de Marieme sur la voie de garage CAP n’est pas le fait d’un individu mais d’une entité ? Que l’interlocutrice invisible de l’héroïne n’est que la voix du système ? Une vue d’ensemble sur ce film pas exactement brechtien invite à une interprétation plus structurelle. Ce découpage est une affaire d’économie. D’économie narrative, s’entend. Sciamma limite cette scène à ce qui l’intéresse : le point de non-retour scolaire et donc social qu’elle marque, justifiant que la jeune inhibée investisse la place qui lui est offerte au sein de la bande de filles. Conformément à la doxa scénaristique qui impose que tout acte soit motivé et en motive un autre, dans une rigoureuse chaine de causes et d’effets, la scène ne vaut que comme jalon d’un récit. Sciamma ne s’arrête pas sur son intensité propre, sur ce qui en elle déborde le jalon. C’est ainsi, d’abord, que doit être compris son refus du naturalisme.
Eden, heure de jeu. L’hydre à deux têtes vouée à devenir Daft Punk a déjà pointé son nez dans quelques scènes, fil rouge plutôt drôle suggérant que le duo fut la colonne vertébrale de la French touch ici légendée. Cette fois vient le moment de signifier leur montée en puissance parmi l’embryonnaire communauté techno. Installés aux platines, casques sur une oreille comme il se doit, les génies en herbe lancent les fameuses premières notes de Da funk. Dès lors il se passe quoi ? Rien de plus que ce qui doit se passer. Un frisson parcourt la coterie de danseurs, provoquant le commentaire de deux personnages postés en bord de piste : « c’est vraiment bien, ce qu’ils font » ; « oui, c’est de la disco moderne ! ». On reporte en substance, mais les termes exacts sont à peine moins schématiques, réduits au nécessaire pour livrer la fonction de la scène dans cet ensemble très fonctionnel, à l’unisson des pitchs que les scénaristes sont parfois sommés de livrer à leurs financiers trop pressés pour se taper la lecture détaillée de leur version 1. Un truc comme : scène 45, les Daft punk sont reconnus comme les meilleurs de la bande. Ce qui en soi eut pu se discuter, se nuancer, se complexifier jusqu’à soulever la question décisive travaillée par Inside Llewin Davies et autres rares chef-d’œuvre : les artistes plébiscités d’un mouvement esthétique donnés sont-ils toujours les plus doués ? Or on n’est là pour penser, mais pour faire tourner la machine-récit.
Il n’y a pas le cinéma naturalisme versus le cinéma d’imagination. Il n’y pas le réel versus la fable. Il y a, dans le septième art comme dans les huit autres, une façon de traiter le réel, de le bricoler, malaxer, cuisiner, élaguer, dilater, réduire, polluer, raffiner. De le découper. Il est des cinéastes qui, consciemment ou non, le découpent en scènes. Un Pialat fait des scènes. Au montage il retient les meilleures et les suture, pariant que leur succession racontera quelque chose. On force un peu le trait, et Pialat aura souvent regretté de ne pas avoir davantage soigné ses scénarios. Reste que, par tempérament ou structuration de l’esprit, certains concentrent leur énergie sur la partie, d’autres sur l’ensemble. Certains pensent scène, d’autres pensent récit. Il n’aura pas échappé aux lecteurs d’entretiens avec Sciamma (dont celui, passionnant, donné à Transfuge en novembre) qu’un de ses mots préférés est « grammaire ». Ce qui ne dénote pas un amour inconditionnel du Bescherelle mais une attention prioritairement portée au récit, sous-tendue par l’idée, en partie juste mais redoutable si elle devient exclusive, que l’art de raconter peut se formaliser, qu’il repose sur un corpus de techniques, de codes, de difficultés-type appelant des remèdes-standard. Dans ce contexte le maillon est négligée au profit de la chaine. Hormis l’ouverture manifestement conçue comme une fin en soi et les rares situations sur lesquelles Sciamma s’autorise à s’arrêter (play-back sur Rihanna, golf burlesque, joute au kebab), Bande de filles enfile les scènes dont la stricte vocation est de signifier qu’une étape est franchie, l’a été ou le sera.
Si elle commence par une stase contemplative sur la danse, la séquence du parvis se recentre très vite — se recadre, devrait-on dire, et on l’entendra dans les deux sens — sur la petite sœur de Marieme qui moleste une vieille en lisière du périmètre musical. On ne verra pas qui, on ne verra pas comment, on verra juste son ainée lui sauter dessus pour lui enjoindre en trois mots de rentrer à l’appartement. Alors s’imagine aisément comment un Kechiche aurait étiré cette dispute pour la faire grimper dans les tours. Elle est ici pliée en 30 secondes franchies au galop pour arriver à la réplique-clé qui fait avancer le schmilblick : « tu deviens comme lui », rétorque la punie à sa punisseuse. On ne reporte qu’en substance, mais les termes exacts sont à peine moins didactiques, relèvent à peine moins du scénario qui se commente. « Lui », c’est leur grand frère. Comprendre alors que Myriam, subordonnée à l’autorité dudit, se montre pareillement coercitive avec sa cadette. Ceci étant posé, nous passerons à une autre étape. Par exemple celle où Marieme rackette pour la première fois, emballée comme suit : une phrase comminatoire, quelques gémissements réfractaires de la collégienne ciblée, une autre pression de la néo-déinquante, la victime lâche le fric, Marieme rejoint tête basse ses trois copines de la bande contentes d’elle. La tête basse ostensible signifiant clairement que jouer les dures est un rôle contre-nature, et permettant, puisque c’est compris, de passer à la suite.
Sur les 2h10 d’Eden, on serait bien en peine de trouver une scène, un bloc d’espace-temps traité en soi. Peut-être le beau plan-séquence de plage où les ex amants marchent en marge d’une bande floue qui figurerait le monde. Peut-être ce moment plaisamment inutile où le manager quadra joué par Macaigne se désole que la bande de vingtenaires demeure insensible à Showgirls « meilleur film des années 90 ». Et la belle augure spectrale au milieu des bois, où pour la première et presque dernière fois, la caméra prend le temps de saisir quelque chose, en l’occurrence l’atmosphère des fêtes clandestines fondatrices. Pour le reste : un train d’enfer, du mouvement toujours, des situations-pastilles tout en gros plans furtifs et profils perdus. On glisse sur New York en quelques plans touristiques, on glisse sur tout, on glisse et n’accroche rien, emportés dans une perpétuelle fugue. Comme si cette œuvre en fuite se fuyait elle-même, s’esquivait, reportant de minute en minute le moment de se regarder en face.
Un chronométrage de la durée moyenne des scènes d’un long-métrage livrerait son pouls, son battement viscéral. Dans Eden, elle ne doit pas excéder de beaucoup les 15 secondes. En soi ce chiffre pseudo-scientifique ne préjuge de rien quant à l’intérêt ou l’indigence des œuvres. Bresson aussi travaille par brefs segments, et s’attache à recomposer des processus (récit) davantage que des moments (scènes). Mais quels processus : troubles, ambivalents, indécis, indécidables, troués, ouverts, abyssaux. Avec en sous-main une décisive interrogation sur ce que processus signifie. Comment se fait-il qu’il arrive ce qu’il arrive ? Qui se cache derrière ce « il » impersonnel. Qui est le scénariste de l’étant ? Le hasard, la nécessité, le vent. Et le diable, probablement. Eden ni Bande de filles ne portent la moindre trace de ce genre d’interrogations. Pas un drame : à vouloir rivaliser avec Bresson – ou Rohmer, requis par les mêmes questions—, nul n’est tenu. Mais puisque l’unité est sacrifiée au nom de l’armature globale, du moins est-on en droit d’exiger que celle-ci soit forte, singulière voire inédite. Au minimum captivante. Regardons ça de près.
Une fille noire de banlieue parisienne intègre une bande où elle danse, chante, se bat, vole. Une idylle inavouable avec un garçon du quartier lui valant une réfutation de son frère, substitut du père absent, elle se retrouve sous la coupe d’un caïd qui l’emploie comme dealeuse et compte à terme la mettre sur le trottoir. Y a-t-il, dans cette trame, quelque chose qu’on n’ait jamais vu ? Quelque chose qui sorte du parcours balisé ? On est bien obligé de constater que non. Et ce simplisme ne procède pas d’une vision grossière que Sciamma aurait de ce pan de la société (la banlieue, les noirs, la racaille, etc) mais de ses options esthétiques, et d’abord de son obsession narrative. Puisqu’il faut faire avancer le récit, Sciamma ne peut s’embarrasser de subtilités, ni se permettre un quelconque retard dans l’identification des personnages et de leur fonction. Le plus sûr (cette stratégie joue toujours la sécurité) est alors de puiser dans le socle commun de percepts produits par les reportages de D8, la sociologie-minute des JT, les raccourcis plus ou mois roublards des éditorialistes et des élus etc. Quand la scène longue, c’est sa vertu politique, dissout dans la durée les sociotypes, le récit les prend comme des rouages de base de sa machine. La mère de Marieme sera donc une femme de ménage, car c’est le plus probable dans ce milieu. Deux brèves apparitions et trois répliques ne la feront pas plus bouger que son fils, mâle dominant scellé à son canapé, rivé a sa playstation, campé sur sa morale sommaire : félicitant sa sœur quand elle se bat, la battant quand elle couche. C’est en ce point qu’enfiler des scènes revient à enfiler des perles, et que Sciamma en vient à reconduire les clichés droitiers sur le jeune noir de banlieue. Mais les gens du CRAN qui l’ont malmenée à Montreuil se trompent en politisant une affaire d’abord esthétique – ou alors il faudrait prendre le temps d’examiner en quoi la problématique de genre la rend aveugle à des problématiques sociales ou ethniques. Bande de filles ne témoigne pas du racisme de son auteure, mais l’absorption de la scène par la grammaire globale entraine la neutralisation du personnage en figure. Que, pour les besoins du récit, on place un caïd sur la route de Myriam, cela se comprend. Que celui-ci soit insauvable, pourquoi pas – laissons aux éducateurs le boulot de s’assurer que le film donne une bonne-image-de-la-banlieue. Mais, figé dans la cire fonctionnelle, le caïd en question ne s’étoffe d’aucune nuance, ne se hisse à nul fascinant charisme. La mise en scène ne lui en laisse ni le temps ni l’espace. Conséquence ultime de cette générale glaciation du casting, le film ne révèle aucun acteur, aussi bien côté garçons que coté filles, quoi que le public de centre-ville ait pu se conditionner à penser quant à leur « énergie », « vitalité », « merveilleuse fraicheur » et autres éloges néocoloniaux. On ne souhaite de mal à personne, et plutôt du bien à tout le monde, mais on imagine mal un réalisateur engager Karidja Touré sur la seule foi de la molle silhouette qu’elle traine dans Bande de filles.
Puisque Sciamma n’a croisé le social qu’à son corps défendant et donc de la plus caricaturale des manières, puisqu’elle vide autant que possible le plan et l’arrière-plan de tout élément référencé ou situé, avec l’objectif utopique de ramener les configurations urbaines à un pur système de lignes et de couleurs, pourquoi avoir tourné à Bagnolet ? Avant d’entrer en salle, on était convaincu, au vu de ses précédentes œuvres et d’une orientation sexuelle souverainement assumée, que c’était les corps qui l’intéressaient. La chair noire et fraiche de son quatuor atomique, et on aimait bien l’idée. L’idée pasolinienne que ce ne soit plus la condescendance ni l’accomplissement d’un piteux devoir de diversité qui aimante un cinéaste vers la périphérie, mais le désir. Au regard de la danse du parvis déjà mentionnée, scrupuleusement a-sexuelle, et de valeurs de cadres qui sans cesse dérobent les formes des filles (pour précéder l’accusation de filmage salace ?), il a fallu chercher une hypothèse de substitution. Et c’est encore par les nécessités intrinsèques de l’esthétique ici adoptée qu’il faut passer. Non pas, donc, la curiosité qu’éveillerait en l’individu Sciamma la réalité de la banlieue parisienne. Mais le bénéfice qu’en tire la cinéaste Sciamma. Lequel bénéfice nous ramène au point : la sociabilité périphérique est un idéal catalyseur de récit. C’est une chose bien connue depuis le formalisme russe qu’un récit ne s’allume que par l’étincelle née de la friction entre un désirant et un opposant à ce désir. Or la banlieue version D8 est un univers archaïque où persistent les prohibitions patriarcales qui, providentiellement, permettent qu’un désir : 1 soit contraint, 2 rêve de transgresser cette contrainte, 3 la transgresse, 4 en soit puni. Redoublé, ce schéma offre à Bande de filles sa trame. Soit F comme frère et A comme Abou le caïd, le film se formalise ainsi : F (1-2-3-4) + A (1-2-3-4). Ce qui rend le titre partiellement mensonger, puisque le biotope de la bande est vite délaissé pour engager le spectateur dans le sentier du récit d’initiation, où l’individu se cassera canoniquement le nez sur son environnement.
Rien de tout cela ne serait possible parmi la faune étudiante de centre-ville, où les contraintes strictes ont laissé place, modernité oblige, à de subtiles pesanteurs, d’insensibles grincements, d’intangibles empêchements qui sont le nectar presque inodore de la meilleure comédie américaine du moment. Dans ces contrées blanches surcivilisées – peut-être anémiés, anticipait Nietzsche — les parents désespérément tolérants n’interdisent ni n’imposent rien ; ils sont juste un peu encombrants, un poil crispants, un chouya irritants, et ces particules humorales ne produisent aucun fait anguleux, aucune bascule radicale. Narrativement ce sont des terres infertiles.
Bien qu’il ne le crie pas sur les toits, par le fait d’une réticence toute française au prosaïsme sociologique, c’est dans cette zone d’humanité achevée qu’évolue Eden. C’eut pu être une force, comme c’est la force de l’oeuvre de Noah Baumbach que cite la prestation de Greta Gerwig en new yorkaise so cool. En ces colonnes, Damien Aubel a bien ciblé la zone de puissance possible du film : une histoire sans antagonisme, sans aspérités. La quadrature inédite d’une épopée sans héros ni leaders, au diapason d’un mouvement musical aux figures de proue sans visage, exemplairement son binôme emblématique. Une révolution de velours, après l’offensive par électrochocs du punk et du rap. Tant qu’à glisser, il eut fallu ériger la glisse en vol plané, abstrait, impersonnel, tripant. Le problème c’est que Mia Hansen-Love, tout aussi narratophile que Sciamma, n’assigne pas d’autre objectif à une fiction que celui de raconter. Mission impossible, alors : agencer en histoire un mouvement esthétique sans histoire. Eriger en personnages les créatures sans épaisseur portées par les nappes flottantes de la techno.
Une solution possible : une anatomie historique et structurale de la French touch. L’analyse des conditions objectives d’émergence et de pérennité du mouvement, de son socle sociologique et idéologique, de ses agents actifs (producteurs) et passifs (air du temps, etc). Mais Mia Hansen-Love n’est pas plus marxiste que Sciamma n’est brechtienne. Aux fins de récolter du grain à moudre pour son récit, elle s’en remet au temps long. Sur une période de quinze ans, une vie même répétitive (stupéfiante invariabilité des séquences de concert) engrange fatalement quelques déconvenues, incidents, drames. Même charrié par le fleuve tranquille de votre petite vie, il y aura bien un moment où vous accompagnerez un parent dans la mort ou enterrerez un ami suicidé. Il y aura des larmes, un peu de sang, quelques cris, des errances sur des ponts avec piano off, et vos histoires d’amour en général finiront mal. Parfois vous recroiserez une ex, et le cœur serré vous penserez qu’elle était la femme de votre vie. Elle sera bien sûr maritalement ligotée à un mec médiocre dont trois secondes de discussion au téléphone régleront le sort existentiel – un blaireau pas artiste. Tout ca mis bout à bout finira par raconter une histoire.
Au prix d’une drôle de torsion, cette histoire ressemblera moins à un album des Daft qu’à une chanson de Benjamin Biolay. Bien qu’entrainé dans le sillage de DJ gorgés d’Amérique et initiateurs de mixages entre l’électronique et la soul, vous rejouerez la ritournelle mélancolique des chanteurs locaux, cependant que votre personnage principal ralliera une longue lignée de personnages de romans à la française ou de poètes condamnés aux chambres de bonne à défaut d’une reconnaissance que leur refuse une société étriquée. La techno des années 90 et 2000, jamais traitée en tant que telle, n’aura été que la parure provisoire d’un invariant romanesque qui, classiquement, s’amuse à envoyer dans le mur les aspirations individuelles. La littérature y désignant moins un corpus de textes qu’un fantasme national façonné par des siècles d’auto-mythologie, le film épanche un imaginaire littéraire qui, sans surprise, trouve son point de chute dans l’atelier d’écriture où s’inscrit Paul après vingt ans aux platines. Lui à qui sa mère reprochait son mépris des intellectuels finit par révéler une passion pour Bolano qui, surgie sans signe avant-coureur, sonne comme un retour à la base arrière romanesque de la scénariste-cinéaste.
De même, la banlieue habille Bande de filles, comme on dit qu’un couturier habille telle comédienne préposée à la remise du César du meilleur son. Sa base arrière n’est pas à trouver dans les quelques cinéastes qui avant elles auraient filmé la banlieue, ou par extension les classes populaires, avec une intention plus ou moins sociale, politique, conflictuelle, contestataire. Le socle sur lequel repose Sciamma est fait d’une couche de cinéma narratif français (plutôt Truffaut que Godard, plutôt Miller que Garrel) épaissie d’une couche de série américaine contemporaine.
On sait que Bande de filles s’est d’abord conçu comme une série, et que la cinéaste est friande de cette forme qui aura consacré le récit envisagé comme grammaire. Morphologie standard des séries qui triomphent depuis quinze ans ? Une succession de situations vite torchées propre à faire gambader l’histoire vers des nœuds qui vous tiennent en haleine (addict est le mot usuel), la multiplicité des lignes de récit assurant le maintien en éveil en cas d’affaissement de l’une d’elle. Appelons ça le tuning narratif – et inutile d’opposer à cette règle d’or l’exception de quelques structures plus dilatées comme celle de Treme ou de True detective. Faut qu’il se passe un truc, toujours, et idéalement un gros truc toutes les dix minutes. Bien que souvent empesé dans son exécution, Bande de filles avance à ce rythme, notamment dans les trois derniers quarts d’heure, précipités, bâclés, où il ne s’agit que de consigner les grandes lignes d’un destin. Dans cette partie du film qu’occultent même ses thuriféraires, on dirait que le cinématographe grabataire, alité et sous perfusion, a un dernier sursaut pour dire : je suis mal en point, les séries squattent mon usine à rêves séculaire centimètre par centimètre, mais il y a une chose qu’elles ne pourront pas piétiner, c’est mon format propre, mes deux heures dans quoi il n’est pas décemment possible de faire entrer tant d’événements sans y prêter un minimum d’attention, sans s’y arrêter.
Il serait étrange que le tsunami esthétique de portée mondiale de la série version 90-2000 ait épargné le continent cinéma, père fondateur en voie de devenir parent pauvre. L’étonnante faiblesse de Bande de filles après des films aussi forts que Naissance des pieuvres et Tomboy, en est un dommage collatéral. Le constater n’est qu’une façon d’initier, après une décennie de pamoison critique, un droit d’inventaire sur le moment HBO. De lister, par-delà son indéniable génie, la bêtise propre à cette forme. D’étudier quels spectateurs elle produit et présuppose, intelligents sans doute mais pas seulement. On en reparle.-
Dr Xavier
InvitéGrand merci ! Ça fait phosphorer le cerveau. Un éditeurice serait bien avisée de republier toutes ces critiques qui dorment sur un disque dur.
-
-
Adamou
InvitéAprès d’un chateau l’autre où l’on n’avait qu’une évocation dans le titre, le prochain Emmanuel Marre se passera en 40 à Vichy
-
François Bégaudeau
Maître des cléson aimerait déjà le voir
-
Charles
InvitéIl me semble que ce sera en partie un docu pour évoquer la famille de Marre.
-
Anna H
InvitéA propos d’Emmanuel Marre, j’ai pu trouver plusieurs de ses courts durant l’été sur Vimeo. Tous valent le détour, dont celui-ci :
-
Anna H
InvitéAvec cet entretien en complément :
-
Anna H
InvitéEt le petit Chevalier :
-
Adamou
InvitéMerci!
-
Hervé Urbani
InvitéIci, son tout premier court-métrage. Tous sont en effet très bons. Il y en a juste deux qui sont introuvables pour l’instant : La Vie qui va avec et Chaumière.
-
Juliette B
InvitéUn grand merci Annah et Hervé !
-
François Bégaudeau
Maître des clésje redouble
-
-
-
Mélanie
InvitéAh oui !
merci
-
-
-
I.G.Y
InvitéLe titre est si extraordinaire que je me suis senti obligé de regarder^^ C’est vraiment pas mal ! Ce Jean-Benoît Ugeux est très bon
Il faut que je regarde Rien à Foutre, donc^^ Et un de plus dans la liste, ça n’en finit jamais…
-
-
-
-
Adamou
InvitéMais malheureusement j’ai bien peur que ça ne soit pas pour tout de suite
-
Anna H
InvitéEt le film de l’été (mais peut-être déjà partagé ?) :
https://www.arte.tv/fr/videos/075160-000-A/le-film-de-l-ete/-
Mélanie
Invitéoui je l’aime bien celui-là
-
-
Jeanne
InvitéJe viens de découvrir « L’odyssée de Pi » d’Ang Lee, sorti je crois en 2012, et dont je pensais qu’il s’agissait d’un film édifiant, familial et chouette. A tel point que j’ai associé à son visionnement mon fils de 12 ans (que j’entends édifier), erreur : « L’odyssée de Pi » est un film pour les grands, et s’il est édifiant c’est par des moyens tortueux et détournés.
Ce film aborde, de manière tout à fait habile (à mon avis), sans pathos, sans psychologie (même dans le bon sens du terme), avec un sens du merveilleux bizarrement compatible avec un souci de réalisme, la question de savoir comment font ou peuvent faire les humains quand ils sont confrontés à l’horreur.
Je recommande.-
Dr Xavier
InvitéJe viens de voir qu’il est tiré du roman Life of Pi qui perso m’avait gonflé mais je me souviens pas bien pourquoi. Peut-être le film est-il meilleur que le bouquin.
-
Jeanne
InvitéDr Xavier, je n’ai pas lu le bouquin.
-
Dr Xavier
InvitéPardon si mon message paraissait un peu abrupt, je note le film, je ferai un retour si je le regarde (mais j’ai une liste longue comme le bras de retard…..)
-
Jeanne
InvitéNon non, ce n’était pas abrupt.
« L’Odyssée de Pi » est aussi, dans son traitement du rapport entre les hommes et la nature, un anti Avatar.
Dans le dernier Avatar, les humains, enfin ceux qui sont gentils: les bleus, vivent en osmose avec la nature. Par exemple ils dialoguent avec des animaux.
Ici pas d’osmose possible avec le grand tout. Et l’animalité, dont certes l’humain est sorti, est un truc dont il est sorti, justement. Complètement. Définitivement.
Je me souviens de cette phrase de Roger Caillois, qui m’avait frappée: « Le chant des oiseaux n’est pas de la musique et n’y mène pas ». Voici qui me paraît juste.
Après, attention, je ne garantis nullement l’excellence de ce film, qui a aussi des défauts.-
François Bégaudeau
Maître des clésje comptais le voir bientôt
-
-
-
-
-
-
Charles
InvitéAnatomie d’une chute qui va finir autour d’un million d’entrées, ça fait plaisir.
-
Ostros
InvitéBonne nouvelle. Du coup tu l’as apprécié ? Je pensais que pas trop au vu de tes retours – c’est pourquoi je tentais de te convaincre avec mes précédents posts.
-
Charles
InvitéPas encore vu. Je me réjouis a priori du succès du film car je n’imagine pas qu’il soit raté. Je n’ai pas encore lu tes posts pour garder un peu de surprise.
-
Ostros
InvitéC’était donc ça. Je me demandais pourquoi ce silence. Ça me turlupinait. Vois le vite !
-
Tony
InvitéDifficile de trouver une critique négative dans cet étrange unanimisme(que j’aimerais élucider) je partage celle-ci en attendant
https://www.legrandsoir.info/anatomie-d-une-chute-mais-qui-est-en-train-de-tomber.html
-
-
-
-
-
François Bégaudeau
Maître des clésL’unanimité tient peut-être au fait que Triet a réussi la quadrature du cercle d’un film à la fois accessible, haletant, d’une intelligence vertigineuse, et très radical sur le fond.
-
Tony
InvitéHaletant?Alors là tu m’étonnes.
-
Tony
InvitéL’unanimité commence à se fissurer, il y a entre autre une remarque que je me suis faite aussi sur le procès et l’absence de point de vue des proches du couple
-
Ostros
InvitéJ’en parle dans mon post dédié au film. Ça ressemble à un choix pour conserver le huis clos, sa tension pleine et le lessivace Sandra par la machine judiciaire. Ça a pour effet d’éviter le pathos, d’accentuer la froideur du procès (il n’y a que des personnes étrangères à la petite cellule familiale qu’on voit être interrogées, majoritairement des spécialistes) et de resserrer la pression autour des épaules de Daniel le seul témoin et l’élément qui peut faire basculer le verdict du film. Le fait qu’on ne voit pas les proches témoigner ne signifie pas qu’ils ne témoignent pas.
-
Ostros
InvitéLe lessivage*
-
Tony
InvitéOk il n’empêche que ces points de vue manquants auraient permis de donner une consistance à ce couple,un peu d’émotion au milieu de toute cette froideur,un peu d’empathie,tout ce qui,moi,m’a manqué et m’a rendu indifférent à tout ce que je voyais.
-
amour
InvitéTu t’en fiches de mon avis Tony, mais oui le film est haletant. Sinon, tu tiens pas sur la durée. Le film est long, un tantinet trop long. Long de 10 à 15 mn.
Pour autant, j’espère que l’on va pas crier à toute berzingue qu’il s’agit d’un chef d’oeuvre. Il frise le chef d’oeuvre et se niche dans la catégorie des très grands films pour moi. Il a un pouvoir durable. Rare sont les films qui ont ce pouvoir. Je l’ai vu y a un moment, et il est toujours présent. Avec le chien, la scène du vomi est exceptionnelle, peut-être unique en son genre. Le duo-trio, et surtout le beau et grand Samuel Theis, tellement juste. Ses yeux rougis restent marqués. Sandra Hüller est une de mes, voire mon actrice préférée en ce moment; Là je la trouve un peu fake, un tantinet sur jouée par moment. Elle parle trop en français. Dommage. L’émotion habituelle n’est pas au rendez-vous.
Une gêne m’a gênée, ce sont les badauds, spectateurs qui assistent au procès-théâtre, dont j’ai fait parti un temps, qui sont aussi un peu invraisemblables. Deux pistes, soit la réal ne s’en est pas rendu compte, soit c’est volontaire pour insister sur la théâtralité de la justice. Je la perçois assez fine, pour opter pour ma deuxième piste. La densité du film fait que savoir-vouloir le critiquer après l’avoir vu une fois, est peut-être risqué.
C’est peut-être la puissance de l’esthétique du film qui donne le pouvoir de durabilité.-
Tony
InvitéOk il est possible qu’une deuxième vision soit nécessaire même si j’ai du mal à voir en quoi il est haletant puisque j’étais complètement indifférent à l’issue de ce procès ou à la culpabilité improbable du personnage,je me suis vraiment profondément ennuyé
-
amour
InvitéPour moi, par moment, ça m’a rappelé la course de fond. J’étais happée, notamment pat l’enquête. Comme en endurance, même si comme je l’ai dit les moments de cam sur le public au tribunal, m’ont vraiment beaucoup ennuyée.
Je retiens le flash-souvenir du gamin. Et cet instant vient confirmer qu’elle est guilty la dame.-
Tony
InvitéJe l’ai pas vu coupable mais en même temps je m’en fous complètement.
-
amour
InvitéJe vois. Mais je tire un peu de ma mère qui adorait Colombo. J’adore les enquêtes.
-
François Bégaudeau
Maître des clésle film est tout aussi indifférent que toi à la culpabilité de Sandra
« that’s not the point »
mais alors quel est le point? -
François Bégaudeau
Maître des clésje traite de l’absence des proches dans la Gene
c’est à resituer dans la stratégie générale du film -
Tony
InvitéTrès bon teasing pour la gêne+L’amour dans les meilleures ventes,quel roi du marketing!
-
-
-
-
-
-
-
-
-
Cat
InvitéDirais-tu que ce film fait oeuvre d’éducation populaire ? C’est ce qui m’est apparu, notamment grâce au rôle de Daniel qui tient toujours serrée la question qui l’obsède : la vérité.
-
Cat
InvitéPardon, mal placé. Mon message précédent est destiné à François en réponse à : L’unanimité tient peut-être au fait que Triet a réussi la quadrature du cercle d’un film à la fois accessible, haletant, d’une intelligence vertigineuse, et très radical sur le fond.
-
-
-
François Bégaudeau
Maître des clésJe ne peux dire autrement mon expérience du film
-
zerojanvier
Invitéhttps://www.youtube.com/watch?v=rJpSM3DaaOA étonnant ce doublage du film !
-
François Bégaudeau
Maître des clésce genre de choses devrait faire éprouver à chacun l’absurdité du doublage
-
Nox
InvitéSans vouloir sauver la réputation du doublage sur ce site, la qualité audio est très mauvaise et ça se sent qu’ils n’y ont pas beaucoup passé de temps.
-
Nox
InvitéNotamment au niveau des intonations…
-
-
-
Graindorge
InvitéLes films doublés en espagnol ont la Palme d’or de l’horreur. Il doit y avoir à tout casser 4 doubleur.ses pour tous les rôles! Et les voix!! Seigneur, les voix!!! Sincèrement, vaut mieux, presque mieux, être sourds
Dans le site E.films Canarias de TEA, même si c’est un film qu’on adorerait voir. Doublé? C’est niet
Rien ne vaut la V.O -
Charles
InvitéPas jojo le père Garrel. Mais est-ce étonnant ?
Des faveurs sexuelles contre un rôle dans un film : plusieurs femmes incriminent Philippe Garrel
Philippe Garrel, cinéaste multi-primé de 75 ans, est mis en cause par cinq comédiennes qui dénoncent des propositions sexuelles lors de rendez-vous pour des rôles, dont quatre relatent des tentatives de baisers non consentis. Le réalisateur nie la majorité des faits. Il explique avoir « mal interprété » des « ressentis » et évoque une « remise en question ».
Sophie BoutboulElles se sont tues pendant des années. Même après #MeToo, elles n’ont pas osé parler publiquement. Elles se sont dit que ce n’était « pas si grave » ou que personne ne les croirait. Elles ont pensé que le cinéma français préférait célébrer des agresseurs plutôt que d’entendre les appels d’Adèle Haenel ou les alertes de femmes ayant été victimes d’hommes puissants.
Aujourd’hui, elles se font violence pour témoigner, pour que les castings avec « lui » n’aient plus lieu dans un café près d’un hôtel, et qu’une femme ne se retrouve pas fragilisée après un rendez-vous professionnel. « Lui », c’est Philippe Garrel, 75 ans, réalisateur multi-récompensé post-Nouvelle Vague, primé cette année au festival de Berlin de l’Ours d’argent du meilleur réalisateur.
Plusieurs des femmes témoignant dans cette enquête le font sous couvert d’anonymat par peur d’effets néfastes sur leur carrière. D’autres ont quitté le métier. Certaines parlent à visage découvert tout en craignant d’être montrées du doigt, ou accusées de mentir… La « honte », le « dégoût », la « culpabilité » : ces mots reviennent dans les récits de comédiennes qui rêvaient de travailler pour cette figure du cinéma français, alors qu’elles étaient parfois au début de leur carrière quand elles l’ont rencontré.
Dans cette enquête, cinq femmes le mettent en cause pour des propositions sexuelles dans un cadre professionnel, dont quatre évoquent des gestes et baisers non consentis, susceptibles d’être qualifiés d’agression sexuelle ou de tentative d’agression sexuelle. Aucune plainte n’a été déposée à ce jour. Le réalisateur affirme qu’il ne lui est « jamais arrivé d’embrasser une femme contre son gré », mais indique qu’il a « peut-être essayé d’embrasser l’une d’entre elles » sans être sûr de son souvenir. Il présente ses excuses s’il a pu blesser des comédiennes.
Illustration 1Agrandir l’image : Illustration 1
Philippe Garrel lors de la Berlinale, le 21 février 2023, à Berlin. © Stefanie Loos / AFP
Jeanne* a tourné avec Philippe Garrel pour un petit rôle en 2017, alors qu’elle avait 27 ans et lui 69, soit 42 ans de plus qu’elle. L’année suivante, il la rappelle : il veut la rencontrer, il écrit un nouveau scénario, raconte la jeune femme. Sa mère s’en souvient encore : « Elle était trop contente, elle se disait qu’elle allait peut-être décrocher un rôle. »
Mais, d’après le récit de Jeanne, lorsqu’elle le retrouve ce jour-là pour un rendez-vous dans Paris, l’ambivalence s’installe très vite. Le réalisateur lui aurait dit qu’il avait réservé une chambre d’hôtel. Elle croit à une blague, puis explique qu’il y a « erreur sur la personne », qu’elle veut « bien discuter boulot mais que c’est tout ».
Son visage « à un centimètre » de sa bouche
Ils s’assoient finalement à la terrasse d’un café. Le réalisateur lui aurait alors caressé les cuisses. « J’enlève sa main. Et lui dis : “Ça suffit en fait !” Il me répond : “J’essaie.” » Jeanne veut s’en aller. D’après son récit, il insiste pour la raccompagner. Dans le métro, assis à côté d’elle, il aurait essayé de l’embrasser, plaçant son visage « à un centimètre » de sa bouche. Elle lui aurait alors « hurlé » de « sortir » du métro.
Jeanne est « tombée de haut » : « Ce n’est pas tous les jours qu’un réal t’appelle, j’arrivais avec toute ma passion à ce rendez-vous. Puis je me suis dit : “Je ne suis qu’un tas de viande.” J’en ai chialé quelque temps », explique-t-elle, ne pouvant réprimer ses larmes.
Sa mère se souvient de son appel le soir même : « Elle était défaite, ça l’a marquée. » Son compagnon de l’époque se remémore la même déception : « Elle était rentrée dégoûtée. Comme elle avait déjà travaillé avec lui, elle y allait en confiance. » Désormais, Jeanne dit qu’elle ne se rend à des castings qu’accompagnée.
Questionné sur ce récit, Philippe Garrel explique qu’il a « eu le sentiment qu[’ils étaient] attirés l’un par l’autre ». « Je l’ai rappelée pour prendre un café mais sans évoquer un quelconque projet de film. […] J’ai tenté de la séduire, et elle m’a répondu : “Je ne veux pas avoir ce genre de rapports avec toi.” »
Il reconnaît l’avoir raccompagnée au métro mais évoque uniquement « une bise sur la joue » pour lui dire au revoir, à laquelle elle aurait répondu : « Pas question. » Il ajoute : « Je suis désolé d’avoir mal interprété son ressenti et de ne pas avoir compris, à l’origine, qu’elle n’envisageait rien d’autre avec moi qu’une relation professionnelle. Je tiens par ailleurs à m’excuser si ma tentative de séduction, déplacée ou maladroite, a pu la blesser. »
Le 7 février 2019, Jeanne a reçu un mail l’invitant à répondre à une enquête sur l’insertion des diplômé·es des établissements d’enseignement supérieur relevant du ministère de la culture. Elle a hésité, puis a rempli le questionnaire en ligne. Jeanne a écrit, selon la copie qu’elle a conservée : « Je crois que vous n’avez pas idée du nombre de fois où j’ai envoyé bouler un metteur en scène ou un réalisateur car en audition ils me demandent explicitement de coucher avec eux. J’en suis malade ! Le dernier en date était Philippe Garrel. […] Il faudrait faire un tri ! Et que l’école nous prépare mieux à cette triste réalité ! » Elle n’a jamais reçu de réponse.
Contacté, le ministère de la culture explique que « ces données – correspondant à plusieurs milliers de répondant·es – sont anonymisées et traitées statistiquement » et que « les réponses à champ ouvert du questionnaire ne font pas l’objet d’un traitement systématique ». Cela n’aurait « donc pas permis de détecter le signalement » de Jeanne.
« Je l’ai invité chez moi comme une figure presque paternelle »
Anna Mouglalis a joué pour Philippe Garrel dans La Jalousie en 2013. Un tournage sur lequel il n’y a « rien eu de déplacé ». Le réalisateur la contacte peu après pour un projet de film sur « le désir féminin ». Elle lui conseille des ouvrages. « En tant que féministe, je voulais qu’il cesse de dire qu’il n’existait pas de littérature féminine sur le désir. »
Rendez-vous est pris pour une séance de travail dans l’appartement de la comédienne, relate-t-elle. Nous sommes le 18 février 2014 – l’agenda de son téléphone l’indique encore. « C’est le climat de confiance du tournage qui a fait que je l’ai invité chez moi comme une figure presque paternelle, vu les 30 ans de différence d’âge », précise l’actrice.
D’après la comédienne, ils échangent dans le salon, puis elle s’absente aux toilettes. De retour, il aurait disparu. « Il s’était allongé sur mon lit. Il a prétexté qu’il en avait besoin pour ses douleurs. C’est tellement énorme alors qu’il y avait deux canapés juste à côté de lui dans le salon ! » Il lui aurait alors demandé de venir près de lui et de poursuivre sa lecture. « J’ai dit qu’il n’en était pas question. Puis que s’il était fatigué, il partait. » Garrel aurait insisté. Refus de Mouglalis qui lui aurait alors appelé un taxi.
L’actrice a trouvé son comportement « insultant » : « On est en pleine caricature d’une misogynie et d’un machisme de base. » Elle se rappelle s’être sentie « réifiée », comme si ce rendez-vous de travail n’était « qu’un prétexte ». Elle s’en est confiée récemment à la comédienne Clotilde Hesme, qui nous l’a confirmé et qui a également reçu les confidences de Jeanne lors d’un tournage partagé il y a deux ans.
Concernant Anna Mouglalis, Philippe Garrel explique qu’elle l’avait « invité à l’heure du dîner » : « Nous étions dans la cuisine, et j’ai eu un malaise. Je lui ai dit que j’avais besoin de m’allonger, ce à quoi elle a répondu : “Ah bon ? Tu crois ?” Et je lui ai répété que je ne me sentais vraiment pas bien et qu’il fallait que je m’allonge. Je suis donc allé sur son lit et me suis allongé vingt minutes, avant de rentrer chez moi. » Il assure que ce n’était pas un rendez-vous professionnel et qu’il n’a eu « aucun geste ambivalent à son endroit ».
Clotilde Hesme, qui a été l’une des élèves de Philippe Garrel au Conservatoire de Paris, se souvient quant à elle que le cinéaste l’« humiliait » lors du tournage des Amants réguliers, sorti en 2005. Des difficultés déjà évoquées dans un article de L’Express en 2015. Auprès de Mediapart, elle explique que le réalisateur la surnommait « L’inceste », « comme l’histoire d’amour était entre son fils et moi sur le film ». Elle en est encore « sidérée » aujourd’hui : « J’avais 24 ans. » Garrel dément tout propos en ce sens. « À vrai dire, je ne comprends pas grand-chose à cette assertion », précise-t-il auprès de Mediapart.
Clotilde Hesme précise : « Je parle aujourd’hui pour soutenir celles qui le font mais aussi celles qui ne le peuvent pas. »
Dès 2017, un récit anonymisé dans la presse
De son côté, l’actrice Laurence Cordier a rencontré Philippe Garrel en 2003 lors de sa dernière année au Conservatoire de Paris, alors qu’elle avait 24 ans. Il l’aurait appelée ensuite pour lui parler d’un rôle. « J’étais folle de joie. » Le réalisateur l’aurait invitée dans un restaurant.
Illustration 2Agrandir l’image : Illustration 2
Philippe Garrel lors de la présentation de son film « L’amant d’un jour » au festival du film de New York en octobre 2017. © Photo Nicholas Hunt / Getty Images via AFP
Il lui propose ensuite une promenade. Elle raconte qu’il marche alors « très près » d’elle, entrant dans sa « zone d’intimité ». Malaise. Selon le récit de la jeune actrice, il lui aurait lancé : « Viens, je te paie l’hôtel. » Sidération et refus. Malgré tout, il l’aurait prise par la taille avant qu’elle ne le mette à distance.
« C’était horrible, je me sentais humiliée. J’avais tellement honte d’avoir pu imaginer que c’était pour mon talent qu’il voulait me voir. J’avais la sensation de m’être fait avoir, il m’appelait pour me parler travail, c’était un cinéaste valorisé, que j’admirais, reconnu par mon école, un homme de puissance. Et je me retrouvais, au lieu d’accepter un rôle, à le repousser. »
Dans Les Inrocks, en 2017, elle racontait déjà de manière anonyme cet épisode – que le magazine relatait comme une « interaction avec un réalisateur majeur du cinéma d’auteur français ». Contacté par Mediapart, son compagnon durant sept ans, avec qui elle vivait à l’époque, se souvient de ses confidences sur le fait qu’il « avait essayé de l’embrasser, qu’elle l’avait repoussé ». Après ces agissements et plusieurs déconvenues avec d’autres hommes du septième art, Laurence Cordier s’est éloignée du cinéma pour le théâtre.
Si le cinéaste reconnaît avoir connu Laurence Cordier alors qu’elle était au Conservatoire, il dit qu’il ne « se souvient de rien précisément ». Et ajoute : « Si Laurence Cordier s’est sentie humiliée, j’en suis désolé. Par contre, je tiens à souligner que je n’ai jamais donné de faux espoirs professionnels à une comédienne en vue de la séduire. »
« Témoigner m’a fait comprendre que j’avais eu honte »
L’actrice Marie Vialle a elle aussi fait ses classes au Conservatoire, mais une dizaine d’années plus tôt, de 1994 à 1997, de ses 20 à ses 23 ans. Durant cette période, son professeur Philippe Garrel lui aurait proposé d’« écrire un film pour elle ». Plusieurs rendez-vous professionnels ont lieu : le dernier l’a particulièrement « marquée ». Il aurait essayé de l’embrasser, se levant « d’un coup » pour se retrouver « à quelques centimètres » de son visage, « tout près » de sa bouche avant qu’elle ne le repousse : « Je me recule et je crie – pas très fort. J’étais surprise, je n’en avais pas envie. »
« Je ne peux pas faire le film si je ne couche pas avec toi », lui aurait-il dit selon le récit qu’elle nous a fait à l’oral et à l’écrit. Puis il aurait ajouté qu’il était « amoureux » d’elle. Elle relate avoir « pris le temps de lui expliquer » qu’il pouvait « être amoureux d’elle, la désirer », mais qu’elle ne voulait pas « coucher avec lui ». Il aurait insisté sur le fait qu’il avait besoin pour son film de la connaître « pour de vrai », qu’il ne pouvait pas « faire autrement ». Elle renonce alors à faire le film, raconte-t-elle.
Marie Vialle a ressenti le même « écœurement » que les comédiennes citées plus haut : « Il m’a pris mon temps sans m’avoir donné la règle du jeu, à savoir qu’il ne ferait pas de film sans coucher avec moi. »
Elle se confie tout de suite à son amie Anne, actrice elle aussi. Celle-ci se remémore lui avoir conseillé de s’en ouvrir au directeur du Conservatoire de l’époque, Marcel Bozonnet. La jeune actrice craint que cela ne lui porte préjudice et « de ne pas être crue », se rappelle son amie. Ce n’est qu’en 2022 que Marie Vialle a finalement contacté Marcel Bozonnet. Auprès de Mediapart, il affirme être « tombé des nues » et l’avoir écoutée évoquer sa « peur que ça se retourne contre elle ».
Promesse de rôle
« C’est en discutant avec Marcel que j’ai compris que c’était la honte et pas la peur qui m’avait fait me taire », dit Marie Vialle aujourd’hui. « J’ai eu la honte de m’être faite jolie et d’y avoir cru. Je me suis culpabilisée, alors que c’est lui qui me faisait du chantage. Vingt-huit ans plus tard, témoigner m’a fait comprendre que j’avais eu honte. »
Quelques années après, Marie Vialle a accepté de jouer un petit rôle dans le film de Philippe Garrel, Le Vent de la nuit, sorti en 1999. Elle avait besoin de travailler, dit-elle. « Et j’avais fait ce que j’avais à faire, je m’étais défendue. »
Aujourd’hui, elle craint la médiatisation : « Ça ne m’intéresse pas de me focaliser sur Philippe Garrel et je n’ai pas envie d’être considérée comme une victime. Pour créer librement, il faut protéger cette joie qu’ont les acteurs et actrices de s’abandonner au regard de l’autre. Si je témoigne, c’est pour être réunie avec moi-même, pour dire que l’abus de pouvoir est le terreau des violences sexistes et sexuelles. »
Le fait d’apprendre qu’Agnès* avait un vécu similaire a également pesé dans sa décision. Cette ancienne actrice lui a téléphoné début 2023 sur les conseils d’un ami commun. Elle lui raconte une « séduction immédiate de la part » de Philippe Garrel, lors d’un rendez-vous en janvier 2014 pour un potentiel projet de film. Il aurait aussi essayé de l’embrasser.
« Il y avait toujours cette promesse du rôle si je me dévoilais à lui. Je disais non et je minaudais en même temps. » Car elle rêve de jouer devant sa caméra : « Pour moi, c’était vraiment énorme que Philippe Garrel veuille me faire tourner dans un film. » Et puis, à l’époque, Agnès se sentait « très vulnérable vis-à-vis de lui ». L’histoire s’arrête là. Elle ne l’a plus revu, elle n’a jamais joué dans un de ses films.
Je me souviens lui avoir expliqué que, comme beaucoup de réalisateurs de la nouvelle vague, j’aimais tourner avec la femme dont j’étais amoureux et la filmer.
Le réalisateur Philippe Garrel
C’est le coup de fil avec Marie Vialle qui l’a décidée à parler. Jusque-là, elle jugeait le cinéma français trop imprégné « d’abus de pouvoir ». Thomas, leur ami commun de l’époque, se souvient de leurs récits. Il se remémore également un sentiment commun : « Toutes deux culpabilisaient de s’être faites belles pour un rendez-vous professionnel. »
Une autre actrice, Anaïs*, nous a raconté qu’elle ne gardait pas du tout un mauvais souvenir de sa rencontre avec le réalisateur, même s’il avait aussi essayé de l’embrasser lors d’un rendez-vous autour d’un projet de film en 2013 : « Tétanisée, je n’ai pas compris. Puis, il a été très respectueux de mon refus. J’étais surprise mais je ne l’ai pas mal vécu. Je m’étais dit qu’il n’allait pas me prendre comme j’avais refusé et il m’a rappelée pour le rôle. Il n’y a plus jamais eu d’ambiguïté et en tant que directeur d’acteur, il a toujours été très professionnel, sérieux, attentif et distancié. »
Au sujet de Marie Vialle, le cinéaste affirme être « tombé amoureux » d’elle et l’avoir invitée à déjeuner. « Je me souviens lui avoir expliqué que, comme beaucoup de réalisateurs de la nouvelle vague, j’aimais tourner avec la femme dont j’étais amoureux et la filmer. J’ai peut-être essayé de l’embrasser, je ne m’en souviens pas, mais elle m’a très certainement éconduit puisque c’est précisément à ce déjeuner que j’ai compris qu’elle n’était pas du tout attirée par moi. »
Il ajoute, toujours par écrit : « Aujourd’hui, je comprends qu’elle ait pu le vivre comme un chantage mais mes sentiments pour elle étant réels, je ne m’en suis pas rendu compte. […] Si j’ai blessé Marie Vialle, pour laquelle j’ai beaucoup de respect, j’en suis désolé. »
Le réalisateur tient à préciser qu’il serait aux prémices d’une prise de conscience : « À la lecture de tous ces témoignages, je réalise la différence entre ce que j’imaginais alors et ce que je leur ai fait vivre. J’avais déjà pris conscience de la culture qui m’a façonné, et cela a ouvert en moi une remise en question. »
Jeudi 24 août, Philippe Garrel a décroché son téléphone pour appeler Anna Mouglalis. Selon l’actrice, il lui aurait demandé de « retirer son témoignage » et ce « au nom de leur amitié » – ce qu’elle a ressenti comme une « pression » : « C’est encore une fois ce grand mélange, cette création de confusion, entre privé et professionnel. Je n’ai jamais vu Philippe Garrel en dehors du travail, mais il appelle cela de l’amitié. Et puis, il ne m’appelait pas pour savoir ce qui motivait mon témoignage, juste pour me demander de l’enlever. Tout cela au moment où Polanski, Allen et Besson sont invités au festival de Venise…»
Selon Philippe Garrel, qui nous répond par la voix de son avocate, il s’agissait au contraire de discuter « des accusations qu’elle avait portées contre lui.» Son avocate Marie Dosé précise : « Il a fini par lui dire qu’elle devait faire ce que lui dictait sa conscience. Mon client me précise qu’il n’a exercé aucune pression sur cette actrice, et que sa démarche ne saurait être interprétée comme telle. »-
Charles
Invité-
amour
InvitéPas pire que Gégé, dont personne ne parle.
-
Charles
InvitéJ’ai vraiment pas l’impression que la presse ne parle pas du cas de Gégé, c’est d’ailleurs bien grâce à elle qu’il existe.
-
-
François Bégaudeau
Maître des clésj’ai parfois dit que les films de Garrel (pas l’individu, que je ne connais pas) me semblaient étonnamment épargnés par le scan féministe
-
Titi
InvitéTu remarqueras que le « scan » féministe ne s’intéresse pas tellement au cinéma, plutôt aux comportements dans ce milieu. Si les féministes s’intéressaient au cinéma, elles constateraient, par exemple, que Polanski fait des films féministes (sans jugement de valeur sur ses films, c’est juste un fait).
En attendant, Mediapart s’est spécialisé dans un journalisme vraiment débile : « Tétanisée, je n’ai pas compris. Puis, il a été TRÈS RESPECTUEUX DE MON REFUS. J’étais surprise mais JE NE L’AI PAS MAL VÉCU. Je m’étais dit qu’il n’allait pas me prendre comme j’avais refusé et il m’a rappelée pour le rôle. Il n’y a PLUS JAMAIS EU D’AMBIGUÏTÉ et en tant que directeur d’acteur, il a toujours été très PROFESSIONNEL, sérieux, attentif et distancié. » Lamentable. (Quant à l’émission sur Depardieu, c’est consternant aussi d’observer la tête de ces pauvres journalistes, dont on dirait qu’elles font face à des gens qui ont subi un enfer. Cette espèce de compassion surjouée.)-
amour
Invité« Tu remarqueras que le “scan” féministe ne s’intéresse pas tellement au cinéma, plutôt aux comportements dans ce milieu. Si les féministes s’intéressaient au cinéma, elles constateraient, par exemple, que Polanski fait des films féministes (sans jugement de valeur sur ses films, c’est juste un fait). »
Tu veux dire, qu’il faut faire le distinguo entre l’homme et l’artiste ? Si tel est le cas, on évitera de jeter en pâture, une enflure de boulanger ou d’ébéniste, qui comment les mêmes actes.-
amour
Invité*qui commet. Parce que comment, c’est encore un autre débat. Le débat du pouvoir du fric.
-
-
Charles
InvitéPas du tout, il existe bel et bien une lecture féministe des oeuvres et non simplement des comportements du milieu. Geneviève Sellier par exemple, avec son site Genre et écran. Delphine Chedaleux également dans l’émission Post-proj sur le site Arrêt sur Images. Les Inrocks ont aussi une rubrique ad hoc.
-
Ostros
InvitéA la fac de cinéma on a même des cours gender studies & analyse filmique.
-
François Bégaudeau
Maître des clés… et la notion de male gaze s’applique aux films, non aux individus
-
Titi
InvitéUne notion bien fragile, le male gaze. Déjà, pourquoi l’érotisation du corps féminin au cinéma irait-il à l’encontre des intérêts des femmes ? Ça explique les viols, peut-être ? (Les pays où l’art est proscrit et le corps féminin protégé de regards masculins forcément concupiscents ne semblent pas tellement plus sécures…) Et si les femmes ne veulent pas être violées, je pense que la plupart d’entre elles n’ont rien contre le fait de susciter du désir. Par ailleurs, je ne vois pas que les réalisatrices (arrivées en masse depuis quelques décennies : je crois qu’elles sont majoritaires à la Fémis et dans les comités du CNC) aient tellement modifié l’image des femmes au cinéma ni qu’elles utilisent une autre grammaire. C’est comme si le cinéma jusque-là n’avait représenté les femmes que comme des faire-valoir et des objets de désir. C’est peut-être vrai de certains genres (western, polar, etc.), mais il y a plein de personnages féminins magnifiques, nuancés, auxquels on s’identifie, etc., et qui ne sont pas réduits à leur cul dans le cinéma d' »avant ». C’est une drôle d’idée de penser que les films auraient un sexe (ou un genre, comme on dit aujourd’hui). Une idée quelque peu opportuniste (un féminisme qui se donne pour but de prendre les places, parce que les hommes ont pris leur part pendant des siècles). Il y aurait donc quelque chose d’irréconciliable entre les hommes et les femmes, y compris dans leur regard. Je préfère la conception d’Annie Le Brun, laquelle affirmait que l’artiste, l’écrivain en l’occurrence, était androgyne au moment de la création. @amour, le débat sur l’homme et l’artiste n’a aucun sens (la blague de Blanche Gardin n’est qu’une blague, et la vraie question, c’est la séparation de l’homme et de sa production artistique : et là, oui, elle s’impose, sans discussion, sauf à accepter de jeter à peu près tout à la poubelle (d’autant qu’on est entrés dans une période bien pudibonde…) Je ne crois pas qu’il y ait un rapport avec les baguettes d’un boulanger, et d’ailleurs, quand tu achètes du pain, je ne crois pas que tu te poses la question de savoir si le boulanger a violé sa fille). Et je ne suis pas pour jeter en pâture qui que ce soit, pas plus un boulanger qu’un autre, sur des faits prescrits, hypothétiques et souvent non passibles de sanction pénale (les pets et les mains baladeuses de Depardieu).
-
amour
Invité» Et si les femmes ne veulent pas être violées, je pense que la plupart d’entre elles n’ont rien contre le fait de susciter du désir. »
Un exemple de phrase parmi des tas de phrases, qui démontre ta façon de penser. Un tantinet inquiétant. Quel méli-mélo, courage à toi.-
Titi
Invité@amour Ah oui ? Moi je m’inquiéterais plutôt d’une petite personne qui pioche des phrases pour les commenter de petites remarques perfides, et qui par ailleurs ne brille pas par sa vivacité d’analyse (cf. le compte rendu sur le film de Triet, sans aucun intérêt, mais je ne vais pas m’amuser à relever tes phrases mal fichues et vides de sens). Ça manque un peu de répondant et ça laisse présager d’un grand conformisme intellectuel. (Et je ne vois pas où est le méli-mélo, mais si ça te fait plaisir.) Donc courage toi-même.
-
amour
InvitéTu ne trouves pas d’intérêt à mes quelques mots sur ce grand film. Tu m’en vois navrée. Mes affects ne sont que ça. Je suis, tu raison, petite. Mais je n’ai jamais eu la prétention d’être davantage. Sinon, je ne serais pas là, qui plus est à te répondre.
Sache, toute de même que susciter du plaisir à un mec, c’est juste susciter du plaisir à un mec. -
Titi
InvitéEn fait, j’ai relu l’échange et j’aurais dû couper court : la réponse sur le distingo homme-artiste était déjà une insulte à l’intelligence (aucun rapport avec ce que j’avais écrit, et recycler une blague avec un tel esprit de sérieux, sans même comprendre l’absurdité de la comparaison, c’est d’un niveau bien trop bas pour mériter une réponse).
-
amour
InvitéJe suis, tu raison, petite. Mais je n’ai jamais eu la prétention d’être davantage. Sinon, je ne serais pas là, qui plus est à te répondre.
-
amour
InvitéT’auras remarqué que personne ne te parle Titi. Change de pseudo, on sait jamais.
Bonnes soirée le grand esprit.
-
-
Cyril
InvitéJe pense que le male gaze n’est qu’un problème d’ordre esthétique, il réduit les rôles féminins à quelques archétypes au détriment du multiple, du divers. Il en va de même des rôles masculins, puisque les hommes se fantasment eux-mêmes. Pour moi le male gaze n’est pas un problème moral, je ne vois pas le mal à mettre en scène des femmes désirables si elles s’y prêtent.
-
-
-
zerojanvier
InvitéOui et ça suscite pas mal de débat, notamment Tesson et Noël Herpe et Geneviève Sellier.
-
-
-
-
-
-
-
Ostros
InvitéRaphaël Quenard joue aussi dans l’adaptation de Leurs enfants après eux, en tournage en ce moment.
-
Zérojanvier
InvitéJ’en profite. Tu as fait une fac de cinéma. Tu as pensé quoi de l’enseignement ?
-
Ostros
InvitéMon cas est particulier parce que j’avais une 20e d’année et étais dans le monde du travail depuis quelques années quand j’ai décidé d’entrer à la fac de ciné. C’était une décision périlleuse (inconsciente sans doute) par ce que je n’avais rien pour me soutenir financièrement donc je faisais la queue au Crous tous les mois ou tous les 2 mois pour demander 200e pour pouvoir bouffer. Comme j’avais travaillé avant d’être inscrite j’ai vécu ces cours comme une chance. Je me souviens m’être assise dans les gradins d’un amphi, regarder autour de moi et me dire putain quel pied d’être ici, je passe mes journée à regarder et analyser des films pendant que d’autres travaillent. Tout ce que j’apprenais était précieux. J’ai suivi les cours dans cet état d’esprit là avec la conscience accrue que je ne pourrai plus avoir cette configuration qui me permettait de suivre les études qui me plaisaient. Donc j’ai bouffé tout ce que j’ai pu avec une immense joie.
Après oui il y avait des cours plus longs que d’autres parce qu’il y avait des profs soporifiques mais ils étaient rares et je me souviens qu’avant chaque semestre on avait une liste de cours où s’inscrire et j’avais sélectionné tout ceux qui m’intéressaient.
Après oui le système des contrôles est con : tu as un maître de conf qui a rédigé son cours avec un plan bien rigide, qui en cours te le restitue tel qu’il l’a écrit, toi tu le recopie tel quel sur tes feuilles et lors du contrôle tu devras le restituer exactement pour lui faire plaisir et obtenir une bonne note.
Le prof était beau ça compensait un peu l’absurdité.
Et ils étaient pas majoritaires ceux qui enseignaient comme ça.
Tu peux exprimer ton point de vue dans tes rédactions mais c’est pas dit que ça passe. J’ai pris des libertés parfois qui ne sont pas passées. Certain.e.s allaient parler au prof à la fin du cours pour qu’il rende quelques points.
Les notes et tout ce qui touche au passage, la méthodologie etc c’est absurde et ankylosant. Et aussi le petit favoritisme esthétique de certains (ex une prof qui était dingue des russes et amie du directeur de Gallimard organisait des dîners privés avec les étudiants russes (issus de familles privilégiées / artistes) et des gens de l’édition pour créer des réseaux.)
Assister à des cours où des passionnés par leur sujet te délivrent le fruit de leur travail durant des heures c’est passionnant.
Et encore une fois tu ne fais que regarder / étudier des films toute la journée. C’est les études les plus chill qui soient. Je faisais ce que j’aimais le plus au monde. Et je pouvais rêver durant ces années que j’allais faire autre chose de ma vie que gratte-papier.-
zerojanvier
InvitéDans mon cas l’analyse et l’histoire du cinéma m’intéressaient. Mais je suis vraiment pas bon pour manipuler une caméra. J’étais vraiment pas doué pour ça. Je me souviens également qu’on avait très peu de retours sur les travaux pratiques qu’on devait faire (courts-métrages, émission radiophonique). Tu étais dans quelle fac par curiosité ? Certains profs étaient vraiment bons comme conférencier mais n’étaient forcément super formateurs.
-
zerojanvier
InvitéJe me suis toujours posé la question : Est-ce que la sensibilité à un style cinématographique, pictural ou littéraire s’acquiert ou au contraire, est innée. Je me rappelle d’une intervention sur internet de Thoret qui avait été prof à P7 et qui avançait que c’était quelque chose qu’on avait ou qu’on avait pas. C’est vrai que j »ai du mal à percevoir sensiblement ce qui fait la marque d’un grand cinéaste/auteur/peintre au delà des thèmes narratifs. Je pense que c’est le cas de beaucoup de personne, de ne pas avoir une appréhension formelle du travail d’un artiste.
-
Ostros
InvitéAvant d’étudier le cinéma j’étais comme toi puis j’ai appris à voire / lire un film. Donc ce n’est pas inné. Peut-être que ma sensibilité non pas à un style cinématographique, pictural ou littéraire mais à cette façon d’appréhender une oeuvre c’est ça qui est inné. J’ai toujours aimé décoder et voir les systèmes, apprendre à décrypter. Le goût pour certains styles s’est chevillé à cette manière d’appréhender une oeuvre et évolue à mesure que je vieillis.
Non j’étais à Paris 8 et dispensée de travaux pratiques et de tout TD ou cours extra car j’avais réalisé des choses de mon côté. Je me souviens m’être entretenue par mail avec un prof à ce sujet et lui expliquer que je n’avais pas trop de temps (je me demande si j’étais pas en train de chercher un job à mi-temps tous azimuts pour pas crever de faim à cette période là). Tu te poses beaucoup de question sur la fac, est-ce que tu es toujours étudiant ? Tu as fait ces études dans quel but ? Tu écris / réalises de ton côté hors exercice scolaire ?-
zerojanvier
InvitéJ’ai d’abord fait une première année de licence cinéma que j’ai pas très bien vécue. Je suis vraiment pas doué pour manipuler la caméra ou pour le montage. Je pense que, pour le coup, il y a quelque chose de l’ordre de l’inné, de la capacité à savoir où placer la caméra en vue de produire tel effet ou de rendre l’action la plus lisible possible. Je trouvais aussi qu’il y avait très peu de suivi des étudiant. La plupart se contentaient de communiquer des notes sans plus d’avis. C’est pourquoi je me suis réorienté dans un formation un peu pluridisciplinaire (lettres, histoire de l’art, cinéma). J’étais pas très bon académiquement parlant mais ça beaucoup intéressé. Et là je suis une formation pour travailler dans les archives.
-
zerojanvier
Invité*m’a
-
-
zerojanvier
InvitéJe connais un peu cette fac. Tu as peut être eu la chance d’avoir Rancière en prof. Je serais très curieux de savoir comment l’auteur du Maitre Ignorant enseigne.
-
Ostros
InvitéA mon grand regret je n’ai pas eu la chance d’avoir Rancière en prof d’analyse filmique, mais l’idée est amusante.
C’est combien de temps tes études pour bosser dans les archives ? (Tu gagnes quelques années grâce aux études que tu as déjà faites ?)
Pour le placement de la caméra ça vient aussi à force de voir beaucoup de films et d’avoir un intérêt sur comment ils sont faits, vouloir refaire ce que tu as compris / aimé dans une séquence. Après comme ça à pu être déjà dit pour d’autres sujets tout ça c’est une question de désir. Ton petit feu intérieur qui te fait agir, chercher, t’entêter et kiffer ce que tu fais même si c’est long à arriver à maturité.-
Zérojanvier
InvitéOui je pense faire 2, 3 ans d’études dans ce domaine. Tu as eu Denis Levy en prof. Je me demande s’il a un lien de parenté avec Ophir Levy, aussi prof de ciné a Paris 8.
-
-
zerojanvier
Invitéhttp://oufipo.org/jean-baptiste-thoret-cinephile-fm/ C’est via ce site que j’avais entendu parler de la manière dont Thoret enseignait.
-
Lyonnais
Invité<< “On a l’œil ou on ne l’a pas.” Jean-Baptiste Thoret est intransigeant avec ses étudiants en cinéma : “Si tu ne regardes pas au moins trois films par jour, tu n’as rien à faire là”. La messe est dite.
.
Pour Jean-Baptiste Thoret, un cinéphile, un vrai, ça vit cinéma, ça mange cinéma, ça boit cinéma, ça dort cinéma. La cinéphilie est un art de vivre, et ça ne s’apprend pas à l’école. >>
.
Ouyouyouye. Remplaçons ‘cinéma’ par ‘piscine’ et on a ce bon vieux virilisme de Philippe Lucas expliquant la vie à Manaudou.-
François Bégaudeau
Maître des clésça ne va pas me réconcilier avec cet individu
-
zerojanvier
InvitéOn peut le trouver un peu extrême dans ses propos. Après je trouve qu’il a pas totalement tord sur les limites de l’enseignement du cinéma à la fac.
-
-
-
-
-
-
-
zerojanvier
InvitéTu avais pas de cours de pratique ?
-
-
-
zerojanvier
InvitéAutre échec de mon passage dans les études cinématographiques, j’ai jamais pu lire plus d’une page de Image temps de Deleuze. J’ai essayé également Logique de la sensation parce que j’aime bien Bacon mais sans succès. Faudrait que je m’y attèle sérieusement.
-
Ostros
InvitéJe viens de voir ce post. Je t’ai répondu plus haut. Moi j’ai lu aucun bouquin donné pendant les études. J’en comprenais le contenu et les thèses en écoutant les débats entre élèves ou les échanges avec les profs à ce sujet. Ne te force pas. C’est pas essentiel si tu veux réaliser par exemple. Si tu veux rester dans la théorie pure alors oui, dans ce cas.. Mais je te conseille plutôt de suivre ton instinct.
-
-
tristan
Invité« j’ai lu aucun bouquin donné pendant les études… », passe encore, mais
« Ne te force pas… », ça coince.Ah les faqueux ! Ça glande et ça traîne sur les campus comme bobos aux champs et après ça vient se plaindre de pas avoir un rond. Bon après c’est Paris 8…et à Saint-Denis…double peine.
J’ai été inscrit en fac pendant deux ans comme cumulatif pendant ma cpge, j’allais juste passer les exams terminaux de fin de semestre. Après avoir intégré l’ens, j’ai plus jamais remis les pieds dans une fac en tant qu’étudiant.
J’avais postulé pour un poste de PRAG à P7 ya deux ou trois ans et puis j’ai renoncé. À quoi bon quitter mes élèves de prépa qui parlent le langage de l’effort et de l’assiduité pour aller perdre mon temps à enseigner les mathématiques de L1 ou L2 à des ados attardés qui prennent les salles de TD pour des CDI ? Je pose la question. -
Jean Monnaie
InvitéDanny et Raz, un extrait de leurs commentaires sur la célèbre vidéo d’Evergreen de Sanglier sympa concernant la fac woke aux États-Unis.
Woke, tout le monde sait ce que c’est, sauf la gauche radicale qui aime toujours imposer son propre vocabulaire.Je replace la situation : Un prof juif est interdit d’aller à l’école, et ils le justifient par le raisonnement suivant : les wokes ne veulent pas de lui. Le simple fait de venir équivaut à se mettre dans la peau du mouton noi
-
Jean Monnaie
InvitéExemple d’un mouton noir en 1960
Jean monnaie celui qui critiquer le juif soros VS Danny et RAZ qui va attaquer un prof d’école de confession juive.
Qui est le gentil qui est le méchant dans cette histoire. On se le demande.
Bref ce sont des abrutis qui ont toute leurs places pour se faire financer par le CNC
-
Jean Monnaie
Invitétrompé de topic
-
Julien Barthe
InvitéTed Bundy s’excusant pour le lit défait.
-
Jean Monnaie
InvitéTu peux m’affubler de ce que tu veux. Néanmoins les faits sont de mon côté.
-
-
-
-
Dr Xavier
InvitéObligation parentale oblige, j’ai vu le dernier mission impossible, alias le scientologue qui prenait ses tournages pour des pistes géantes de footing autour de la terre. Et en plus en VF, argh.
Ceci dit s’il serait facile d’en dire du mal (des scènes de dialogues loooongues pour expliquer des trucs narratifs, le truc toujours un peu douteux de l’entité capable de contrôler le monde entier, et d’ailleurs ici elle s’appelle « l’entité »…), je trouve qu’on peut en dire aussi beaucoup de bien. Notamment des scènes d’action spectaculaire avec des bonnes idées (la course poursuite avec la voiture la plus petite du monde, la verticalisation d’un train transformé en tapis roulant de jeu vidéo, créant une excellent scène d’escalade en cuisine). Et aussi une caméra qui tournoie en per-ma-nence sans donner la nausée, donne la sensation de voler autour d’une scène. Je suis pas du tout un spécialiste du film d’action mais ça me paraît assez inédit cette manière de filmer ? Peut-être qu’après la shaky-caméra des Jason Bourne on va maintenant avoir les flying-camera.
Remarque filiale : « Ethan/Tom Cruise c’est Monsieur-pas-de-bagarre », il arrive dans chaque nouvelle scène avec sa mine de constipée pour dire que tout va bien se passer et on-va-s’en-sortir-sans-dommage-restons-calme, 6 minutes après tout est dévasté et y a 12 morts. Pas faux, ça donne un côté burlesque aussi. -
Robert Pirès
InvitéIl dono de Frammartino actuellement disponible sur le site d’Arte
-
Adamou
InvitéPuisqu’ici on aime le cinéma et le punk, des recommandations de bons films/docus sur le punk rock? (J’ai que Le grand soir en tête, avec des petits caméos des wampas)
-
François Bégaudeau
Maître des clésOui le Grand soir est un film substantiellement punk.
Pas de films vraiment satisfaisants SUR le punk
Sauf ces deux minutes ci. Suffisantes.
Tout le punk se trouve aussi dans cette minute trente
ne me remercie de te faire gagner un temps fou
-
Adamou
InvitéHaha merci pour l’antisèche, plus besoin de réviser mon punk
-
-
François Bégaudeau
Maître des clésje remets ici les deux minutes suffisantes
-
François Bégaudeau
Maître des clésraté deux fois
c’est peut etre être précisément ça une video punk -
lison
InvitéSi vous êtes abonné à Tenk, je vous recommande ce film : Urban solutions
https://www.on-tenk.com/fr/documentaires/histoire/urban-solutions -
François Bégaudeau
Maître des clésje comptais m’abonner
-
gebege
InvitéJe donne un grand chef d’oeuvre actuellement disponible dans l’abonnement pour achever de convaincre les indécis : https://www.on-tenk.com/fr/documentaires/les-films-des-etats-generaux-du-film-documentaire/ours2
Les Suisse sont en forme cette année !-
gebege
InvitéJ’y vais peut-être un peu fort sur le chef d’oeuvre, mais disons que c’est l’embryon de quelque chose de passionnant. On aurait surtout aimé en voir plus !
-
-
-
lison
InvitéLes liens ne passent pas mais sur Arte actuellement, il y a un autre suisse, Alain Tanner, avec son premier film ( que je ne connais pas), Charles mort ou vif.
Et aussi, du pas du tout suisse Patrizio Guzman, sa formidable Bataille du Chili, à voir, revoir, voir encore et conseiller jusqu’en août 2026.-
Anna H
InvitéMoi je l’ai vu il y a quelques temps, Charles mort ou vif. Alain Tanner est un cinéaste que j’aime bien, j’ai vu l’essentiel de ses films et je trouve le personnage intéressant. Il s’agit de son premier long métrage, écrit juste après mai 68, après qu’il a réalisé le documentaire « Le pouvoir est dans la rue » pour la télévision suisse avec Jean-Pierre Goretta. Charles, mort… est un film complètement foutraque, bricolé, j’en ai de bon souvenirs. Je recommande aussi La salamandre, de 1971 avec Bulle Ogier.
-
Charles
InvitéGrand souvenir de la salamandre en effet.
-
-
-
François Bégaudeau
Maître des cléssinon il reste quand même cette vieille chose qu’on appelle la salle, avec demain le film de RAZ
-
lison
InvitéMais oui ! et j’y cours dès demain.
-
Anna H
InvitéIl y a un entretien de RAZ dans Libé. Un ou une abonnée pourrait le copier ici ?
-
Charles
InvitéLe voici :
A l’acuité hyperprécise du Gang des bois du temple de Rabah Ameur-Zaïmeche, où aucun détail du récit ne semble laissé au hasard, se mêle l’impression de ses dialogues et plans cueillis comme ils viennent, au détour d’une vision qui lui aurait fait l’amitié de surgir au bon moment. Un même régime de digressions vivantes s’applique à la conversation avec le cinéaste, qui parle en papillonnant d’un coin à l’autre de ses bureaux de Sarrazink Productions, où il reçoit à Montreuil : répondre aux questions, fort bien, mais il y a d’abord cette chanson entendue sur la radio Fip sur le chemin qu’il voudrait nous faire découvrir, cette photo accrochée au mur, prise au musée de Saint-Pétersbourg…
Le gang, les bois, le temple : tout le cinéma collégial du surnommé «RAZ» semble tenir dans le titre de son septième long métrage, d’après le nom de la cité de Clichy-sous-bois, comme inventé pour lui. A moins que lui-même n’ait été inventé pour offrir au quartier ce polar au noir plein de fatalité, où la lumière perce quand même.
«C’est à nous de trouver le merveilleux»
Depuis la révélation du premier long Wesh wesh, qu’est-ce qui se passe ? en 2001, tourné dans sa cité des Bosquets, le cinéma français est chanceux d’avoir Rabah Ameur-Zaïmeche. Et d’ailleurs, il ne l’a pas vraiment, au sens où le cinéaste franco-algérien lui reste tout à la fois dévoué et indocile, auteur d’une œuvre glissant comme une savonnette entre les classifications, qu’on aurait tort de tenir pour acquise. Bouclant la boucle, le Gang des bois du temple marque un retour aux grands ensembles du 93 vingt ans plus tard (quoique recréés en régions Nouvelle-Aquitaine et la Provence-Alpes-Côte d’Azur, subventionnaires du film), comme un pèlerinage dans ce quartier qu’il traversait, enfant, pour profiter de ses aires de jeu et inhaler l’air d’une vieille chapelle.Le sentiment d’un idéal qui s’amenuise, d’un cap franchi dans la rage et le désespoir, plane sur cette histoire de lascars qui dévalisent le convoi d’un prince saoudien et affrontent sa vengeance. «Mais avant, on les a touchés», objecte celui qui ne parle qu’avec des sourires entre ses réponses, marmottées à voix basse. Persuadé que cette histoire de la violence (de classes, genèse dont découlent toutes les autres) relève, au fond, de «la farce». Puis, accueillant la question suivante avec un brusque sérieux : «La noirceur, c’est celle de ce personnage de prince, figure symbolique de nos oligarchies, l’expression même de la prédation du système dans lequel nous évoluons. C’est notre monde qui est noir. C’est à nous de trouver le merveilleux.»
C’est ici l’idéal d’une communauté où l’entraide n’est pas un vain mot, décrit dans des scènes qui exaltent la fraternité des bandits, faisant même d’un militaire à la retraite la nounou d’enfants du voisinage avec qui cuisiner des crêpes. L’amour non retenu du cinéaste pour sa bande – neveux, proches et compagnons de route, acteurs promenés de films en films –, nous la fait voir comme un réservoir infini de personnages ensevelis sous d’autres personnages. «Ensemble, on est des mômes.» Lui qui jouait dans toutes ses fictions n’apparaît plus à l’écran depuis Terminal sud et réserve, pour toute réponse, un rire de dérobade quand on lui demande pourquoi.
C’est qu’on ne pouvait pas le reconnaître ici en silhouette à cagoule, incognito dans des scènes de fusillade. Adorateur des westerns et films de gangster dont il se bâfrait à la télé, il filmait déjà, dans les Chants de Mandrin une noblesse du hors-la-loi. «Le voleur, c’est souvent quelqu’un qui est issu des classes populaires et qui refuse de participer à un système de domination, qui refuse d’être un agent économique.» Nouveau sourire. «Qui refuse d’être un chien.» Des codes du thriller, «trop lourds, qui n’auraient pas laissé la place pour autre chose», il n’a gardé que la signalétique qui importait. Comme ces lumières et couleurs de la nuit, typiques des polars américains, «on a les a transposées dans nos quartiers sordides et ça rehaussait tout. D’un seul coup, on est à New York».
L’enquête ? «On préfère laisser ça à Columbo et l’inspecteur Harry.» Le sang ? «Y en a pas !» Mais jeter un os aux ergoteurs de la cinéphilie, en imaginant un meurtre «hitchcockien» avec un rideau de douche ne lui déplaisait pas… Ces plans olympiens de la cité en plongée, qui insistent sur la sérénité du ciel et la qualité des silences, tiennent autant du mystique que, pour lui, du «cinéma animalier». «On a filmé notre gang comme des fauves, d’abord de très loin, avant de s’approcher. Comme les sauvageons qu’ils sont, libres.»
Dans ses mots, il y a toujours la référence à Jean Rouch, qui «filmait les rituels magiques dans lesquels rentraient les Africains pour supporter le poids de leur domination coloniale, jusqu’à la transe. Nous, c’est le cinéma notre outil magique». Une source de félicité qu’il décrit avec la langue du croyant, jubilant des «offrandes» tendues par le hasard. «Le cantonnier de la cité nous amène sur ce toit-terrasse où l’on tourne le tout premier plan, un pano sur les immeubles, il se met à pleuvoir, on regarde en dessous et on tombe sur deux mômes en ciré rouge et leur papa, qui donnent à bouffer aux pigeons. On se dit “wow”, il faut capter ça direct, on a notre plan d’ouverture et notre plan de fin, on le sait. Il ne reste plus qu’à écrire des scènes qui feront le lien entre ces mômes, le gang, cette pelouse et les pigeons. Donc on invente une nouvelle séquence, on achète des sacs de graines et on improvise. Tout vient de ces deux mômes qui nous percutent.» Il n’est pas fréquent de rencontrer des artistes qui ont l’air heureux.
Tout risquer pour sortir un film de rien après toutes ces années, «c’est toujours comme la première fois». Il a souvent raconté l’histoire, la vocation cachée aux parents jusqu’à ses 25 ans – «ils étaient affligés les pauvres…» – les études de sciences humaines plutôt que l’Idhec (actuelle Fémis), la revente des parts de l’entreprise de camion du père pour s’autoproduire. «Il y a toujours plein de cinémas dans les quartiers. Des histoires de gangsters, des histoires de mœurs, des histoires familiales incroyables. C’est le cinéma qui ne veut pas y rentrer.» Lui dit vouloir «remettre de la lutte des classes dans les films», tout en balayant d’une grimace l’expression de cinéma engagé. «Emancipateur» et «artisanal», c’est mieux. «On fait des films pour tous ceux qui désirent être libres et qui ne considèrent pas la vie uniquement comme une terreur. Ils peuvent les sillonner comme ils l’entendront.»
-
Anna H
InvitéMerci beaucoup Charles ! Hâte de revoir le film.
-
Cocolastico
InvitéMerci Charles !
-
Graindorge
Invité« c’est à nous de trouver le merveilleux »
Et l’émouvante beauté du regard, la lumière éblouissante du sourire de cet ouvrier-imam sur un chantier dans un des films ou documentaires de cet artiste, Rabah Ameur-Zaïmeche Le même ouvrier- imam que l’on voit ensuite dans son bel habit blanc d’imam suivi par un groupe dans une rue quelconque et qui descendent des escaliers pour aller prier. Bonheur tranquille. Serein. Très beau.
Sur YouTube dans une interview de 2008. RAZ interviewé par F.B
-
-
-
-
-
Charles
InvitéTrès intéressante critique du Procès Goldman dans le riche numéro des Cahiers de septembre. Beaucoup de films alléchants en cette rentrée.
-
Tony
InvitéMoi je suis étonné que Yannick soit autant aimé par les cahiers,est-ce que François l’a vu?
-
Charles
InvitéLes Cahiers soutiennent depuis longtemps Dupieux.
-
Tony
InvitéOui c’est vrai et en effet les sorties de septembre sont nombreuses à être intéressantes,le RAZ demain a l’air d’être mal distribué,2 séances seulement pour une ville comme Lyon c’est maigre et ailleurs il va être difficilement visible,y aussi une sortie qui me tente demain Le ciel rouge.
-
Ostros
InvitéTony le gang des bois du temple est à l’UGC des halles et mk2 bibliothèque et projeté dans 60 salles en France.
-
Tony
Invité60 salles sur la France c’est très peu,par exemple à Lyon 2 séances seulement dans une seule salle,le Triet est dans 700 salles je crois.
-
Charles
InvitéC’est très peu mais il a failli ne pas être distribué, ce n’est pas du tout la même économie que le Triet.
-
Tony
InvitéÇa ressemble un peu à ce qu’on appelle une sortie technique, quelques copies circulent ce qui permet de conserver les aides du cnc et autres conditionnées à la sortie salle et le film peut ensuite être vendu aux TV puisque sans sortie salle pas de vente possible,je lui souhaite bien sûr d’avoir du succès mais avec peu de séances et la concurrence des sorties qui s’annoncent ça m’étonnerait qu’il reste longtemps à l’affiche.
-
Charles
InvitéEn tout cas il est bien soutenu par la critique, ça fait plaisir.
-
François Bégaudeau
Maître des clésRAZ aura été plutot très soutenu par la critique, en tout cas par la frange pointue de la critique.
Ca n’a pas suffi à le faire accéder à une visibilité même moyenne. Aujourd’hui encore moins qu’hier. -
Charles
InvitéCelui-ci l’est plus que ses deux précédents accueillis plus froidement après l’emballement autour de ses premiers.
C’est un cinéma radical, avec très peu de moyens, qui ne cherche à aucun moment à être séduisant, il n’y a donc là rien d’étonnant à ce qu’il soit aussi peu visible et peu vu. Un peu comme HSS. -
François Bégaudeau
Maître des clésMerci de m’en informer.
-
Tony
InvitéEn tout cas ça fait du bien de voir un vrai film de cinéma avec des vrais gens et quelle belle trouvaille ce Mr Pons!C’est vraiment émouvant les rappels discrets de ses précédents films(les palettes,la tenue d’apôtre de Mr Pons,la course dans la cour de promenade,la cité bien sûr et la bande de potes) et Mr Pons il m’a coupé le souffle,tant de choses à dire mais faut que ça refroidisse,très grand film.
-
Charles
InvitéEt réciproquement.
-
-
Gebege
Invité60 salles c’est déjà un peu plus qu’une sortie technique. En général y’a bien moins de force de frappe lorsque les distributeurs utilisent cette stratégie. Et puis ça correspond aussi à la taille du distributeur Les Alchimistes. Je dirais qu’ils croient assez dans le petit potentiel du film, à leur échelle.
-
Tony
InvitéCe qui est bizarre c’est que le fil Twitter du distributeur n’a jamais évoqué le film de RAZ alors que leurs sorties précédentes sont largement évoquées lors de leur sortie salle, étrange pour un distributeur qui y croit.
-
-
-
-
-
Charles
InvitéPour les parisiens, il est projeté au Grand action qui fait une rétro RAZ.
-
-
-
-
François Bégaudeau
Maître des clésNon, pas encore vu
J’avais décidé de ne plus voir de Dupieux, me retirant de de qui est en train de devenir une escroquerie commerciale lucrative, mais certains m’ont convaincu d’aller voir celui ci.-
Juliette B
InvitéIl ne m’a pas convaincue du tout le Yannick. Bien pauvrement écrit je trouve. Je sauve la scène où Pio se retourne deux fois comme une crêpe et le personnage d’un vieux spectateur de la bourgeoisie culturelle acariâtre, mais ça suffit largement pas pour moi .
Heureusement, hier j’ai rattrapé par hasard le « Petite fleur » de Santiago Mitre sur le câble et j’ai bien rigolé. Je ne connais rien d’autre de ce réal argentin, vous si ? -
Guéguette
InvitéEt au final François? Je viens de me le taper…j’ai halluciné. C’est ultra chiant et laborieux…
-
-
-
-
Cyril
InvitéVu le Zaïmeche. Je me demandais quelques fois s’il n’était pas surestimé par François (biais amical) mais la scène du prince arabe qui danse dans une boîte parisienne m’a convaincu qu’il était un cinéaste très puissant.
Je trouve son cinéma très masculin et ça ne me déplait pas. Je ne pense pas qu’on puisse lui faire le même reproche qu’aux Novembre et compagnie. Il y a quelque chose de brut, de brutal. Ce n’est pas froid pour autant, l’amitié est incarnée avec chaleur.
Et quel bien fou ça fait de voir des acteurs arabes à l’écran ! C’est là qu’on se rend compte qu’ils sont absentés du cinéma français, absentés ou folklorisés ou diabolisés.-
Tony
InvitéTrès juste ce que tu dis sur les acteurs arabes, dans le cinéma français l’arabe de cité est une sorte d’animal qui ne s’exprime qu’en criant,la seule chose que l’on comprend c’est’nique ta mère, fils de pute etc…’,ici on a enfin des êtres humains.
Cinéaste puissant c’est exactement ça,la scène du prince en boîte est démente,la scène du début à l’église est grandiose aussi,la filature du prince par Pons c’est pas rien,que de scènes Inoubliables et comme tu dis quelle incarnation! -
I.G.Y
InvitéEntièrement d’accord, quelle scène, quel film… je n’avais pas été complètement emballé par Wesh wesh qu’est-ce qui s’passe, mais là, je suis ressorti sonné
-
-
Ostros
Invité-
Graindorge
Invité👏👏👏👏
-
-
Léo!
Invitésalut la compagnie,
sur le précédent forum je vous avais mis le lien du petit docu que ma pote Sarah avait réalisé sur notre ferme maraîchère. Elle a sorti récemment son deuxième épisode de cette série sur un copain éleveur à Pornic. Je suis sûr que vous apprendrez beaucoup de choses. C’est dur d’expliquer à quel point ce que met en place Fabien est original et radical dans l’agriculture actuelle. Je serai curieux d’avoir vos retours, et si je peux je répondrai à d’éventuels questions.
bon film :
https://vimeo.com/744291030 -
Léo!
Invitéapparemment le lien vimeo ne marche pas. Il suffit de chercher ça sur vimeo donc pour le trouver :
Transitions Paysannes – Épisode 2 : Éleveur de biodiversité -
François Bégaudeau
Maître des clésJe suis sans doute pas très doué mais a priori je ne trouve pas de résultat sur vimeo
-
Seldoon
Invité -
Seldoon
Invitéhttps:// puis vimeo.com/744291030
-
Anna H
InvitéÇa marche, merci Léo !
-
François Bégaudeau
Maître des clésquelqu’un expliquerait le mode d’emploi à un boomer?
-
Anna H
InvitéDemande à ton singe de taper « Transitions Paysannes – Épisode 2 : Éleveur de biodiversité » dans son moteur de recherche
-
François Bégaudeau
Maître des clésmerci Anna
le passage par vimeo était donc inutile
-
-
Seldoon
InvitéOu copie colle vimeo.com/744291030 dans ta barre d’adresse.
-
-
-
Graindorge
InvitéMerci Léo et Seldoon
-
tristan
InvitéPutains de viandards ! Que Satan les besogne éternellement dans ses fourneaux géants, ces fourbes.
Ça nous enfume avec des images bucoliques de douceurs pastorales mais ça se termine toujours dans d’insupportables actes de cruautés envers les animaux dans des abattoirs certifiés bio.
Arrêtez de bouffer de la viande. Comment pouvez-vous digérer de l’agonie ?-
Léo!
InvitéT’es vegan Tristan ?! Bon sang les fachos c’était mieux avant.
-
Julien Barthe
InvitéJoli… et vertigineux !
-
-
-
Graindorge
Invitépas réussi à y accéder mais re-merci quand même.
-
-
-
Graindorge
Invitéhttps://www.arte.tv/fr/videos/RC-024263/la-bataille-du-chili/
Le collègue Jean-Pierre vient de partager ça avec nous. Je le partage à mon tour
-
Henry
InvitéBonsoir François, il me semble que tu as produit une critique sur Después de Lucia à l’époque. Serait-il possible que tu la retranscrives ici stp ? je n’arrive pas y avoir accès gratuitement.
-
François Bégaudeau
Maître des clésce n’est pas à proprement parler une critique, mais un texte générique sur la morale en cinéma, avec Despues en appui
Ce qu’en pense papa
C’est faire un truisme que de le dire : la critique de cinéma est une infatigable fabrique de truismes. Un exemple ? Sans pathos. Signification floue, vient spontanément dans la bouche pour saluer la sobriété d’une scène à haut potentiel émotionnel – « c’est traité sans pathos ». Un autre exemple ? Esthétisant. Soldat lexical convoqué sur-le-champ pour déplorer une stylisation excessive. « Désolé mais c’est quand même un peu esthétisant »
Il y aurait aussi : ce film tombe dans les travers qu’il dénonce.
Et puis le point de vue. Des années qu’on entend dire, par des critiques ou des lecteurs de scénario en commission, que tel film pèche par absence de point de vue. D’emblée perplexe, on a d’abord été poli, patient : ceux qui parlaient ainsi étaient des professionnels, dans leur bouche légitime il n’était pas douteux que point de vue recouvre un grief précis. Et puis le temps passant, le cheveu se raréfiant, la perplexité a duré. Elle a eu même tendance à se dilater en irritation lorsque, en octobre dernier, le critère a été convoqué au discrédit du meilleur film de l’année.
Ainsi le tort de Despues de Lucia, second film de Michel Franco passé à peu près inaperçu à sa sortie (même Transfuge l’a raté, c’est dire) est de n’avoir pas de point de vue. Qui a formulé cette réserve-attaque ? Pas mal de gens ici et là, peu importe, on n’est pas là pour balancer, on est là pour comprendre ce qu’ils veulent, pour comprendre qu’ils veulent des maitres.
Premier élément de clarification : en l’occurrence, point de vue ne doit pas être compris dans son acception spatiale. Le point de vue quémandé n’est pas du genre de celui qu’offre un appartement sur une ville. Ce serait en effet un comble de reprocher à un film qui se limite presque toujours à un plan par scène d’être incapable de se choisir un point d’où voir. Quels cinéastes contemporains ont ainsi le courage de faire reposer toute une scène, même longue de cinq minutes, sur un cadre ? Peu. En général on préfère shooter sous tous les angles en se disant qu’on tranchera au montage. Cela s’appelle se couvrir. Franco ne se couvre pas, il prend ce risque, adossé aux certitudes qui caractérisent les grands.
Donc le contentieux est ailleurs. Il tient, non au choix du plan-séquence, mais à la nature du cadre. Car non content de n’en proposer qu’un par scène, Franco le règle assez large, de sorte que l’œil du spectateur puisse se poser sur quoi bon lui semble, sur tel personnage, visage, main, geste, objet. Voyez le plan fixe et unique qui restitue la soirée dans la chambre d’hôtel. Enfumé, baigné de musique in – jamais de musique off chez Franco, ça va sans dire —, et surtout investi par une huitaine de corps d’ados, assis ou debout ou alternant entre les deux positions. Où donner des yeux ? A toi de voir. Tu peux regarder à droite le groupe qui picole en rigolant et vice-versa ; ou à gauche le couple qui se tripote dans un lit. Et tiens voilà le plus gros des garçons qui se lève pour déplacer le meuble bloquant la porte de la salle de bains en fond de plan. Libre à toi de le suivre ou de rester sur le couple qui commence à s’entreprendre l’entre-jambe. Toute l’élégance de la mise en scène consiste à laisser la possibilité de multiples circulations du regard. Or certains ne disent pas élégance. Ils disent « petit malin » (truisme numéro 5). Ce petit malin de Franco les laisse seuls avec ce fragment de temps. Ils aimeraient sans doute qu’on les guide davantage. Ils aimeraient un découpage qui induit leur regard. Ils aiment les plans directifs, comme on qualifie les micros qui ne captent qu’un point d’émission du son. L’ère du HF les comble : avalages de salive assourdissants et voitures muettes à l’arrière plan. L’oreille n’entendra que ce que le cinéaste a décidé qu’elle entendrait. L’oreille est mise au pas, comme l’œil quand on le guide. Ils veulent des cadres serrés, ils veulent qu’on les cadre.
Dans la chambre d’hôtel de Despues de Lucia, ils auraient voulu que le plan large ne soit qu’un plan introductif destiné à planter le décor, puis qu’on se pose vite, comme le veut la syntaxe dominante, sur un des protagonistes de cette beuverie. Ils veulent quelqu’un à qui s’accrocher. Ils veulent un référent. Ils veulent un personnage. Qu’est-ce qui distingue un personnage d’un corps objectivé dans un plan large non-directif ? Le personnage est doué de sentiment et donc d’humanité. Rarement utilisé pour cadrer un pied ou une mouche, le cadre serré est un humanisme. Sur un visage s’impriment des émotions qui imprègnent d’humanité le réel brut. Selle qu’on pose entre l’animal et les fesses douillettes du cavalier. Ou quelque autre amortisseur.
Pour amortir quoi ? Nous voici arrivés au pépin de la pomme de discorde. La scène d’hôtel ne se limite pas à la captation naturaliste d’une soirée vaguement orgiaque de voyage scolaire. Si le gros garçon a du débloquer la porte pour se rendre dans la salle de bains, c’est que ses camarades et lui-même y ont enfermé l’héroïne, Alejandra, qu’ils sadisent méthodiquement depuis une bonne demi-heure de film, et que le plan suivant découvre prostrée dans la douche et bougeant à peine lorsque son visiteur se déboutonne devant elle sans faire mystère de ses intentions. Le film n’est pas avare de scènes mêmement dures — plus tôt on aura vu Alejandra invitée à manger un gâteau à la merde, plus tard arrosée d’urine. Est-ce un problème ? Ça le deviendra si celui qui s’est fait connaître par le tout aussi grinçant Daniel y Ana persiste dans cette voie, contrariant notre conviction que son génie peut s’accommoder de sujets anodins. Pour l’heure, on ne saurait reprocher à Franco de se tenir dans les bordures de l’abjection. Nombre de grands cinéastes l’ont fait, le font. Oui, diront les détracteurs, mais ils ont un point de vue.
Nous voilà revenus au point de départ mais cette fois le pépin est découvert : qu’elle se formule souvent devant des films frayant avec le pire montre bien que la demande de point de vue est une demande de médiation entre la violence et le spectateur. Sans cette médiation, diront-ils, le spectateur est transformé en voyeur. Le mot est lâché, truisme numéro 6, généralement suivi comme son ombre par l’accusation de manipulation. S’approchant souvent des précipices de la psyché humaine, Haneke l’a souvent essuyée. Tout est normal. Les automatismes critiques fonctionnent bien.
Et que fera-t-on d’Hitchcock dans cette affaire ? Est-il au-dessus de tout soupçon, lui qui n’a cessé de jouer avec les attentes tordues des spectateurs ? Pense-t-on sérieusement envisageable de purger le cerveau du spectateur de toute molécule de voyeurisme ? En admettant que Despues de Lucia flatte en moi un instinct sadique, en quoi est-ce un problème ? Est-on supposé avoir définitivement validé l’équation platonicienne entre le Beau et le Bien ? La victoire d’Apollon sur Dionysos a donc été officiellement actée par le Parlement des Arts ? On n’était pas au courant.
Inutile cependant de se hisser à ce niveau de disputatio. Il suffit de constater qu’une nouvelle fois l’anathème jeté sur les supposés manipulateurs s’emmêle dans ses contradictions. La dénonciation n’est possible que si le dénonciateur s’est soustrait à la manipulation. Donc dans le même temps qu’il reproche au cinéaste d’être un dictateur, le critique fait la preuve que cette dictature permet qu’on y échappe. A moins qu’il se considère exceptionnel, exceptionnellement autonome, et c’est effectivement le sous-texte de ce genre de discours : moi je suis David Vincent, je vois ce que nul ne voit, je suis un professionnel, j’ai des yeux de lynx, à moi on ne la fait pas, mais les autres, tous les autres, les spectateurs lambda qui n’ont pas mon recul, ne se rendent pas compte qu’ils sont manipulés. On ne peut pas les laisser comme ça, livrés à eux-mêmes, il faut les sauver et nous les lucides avons été mis sur terre pour ça.
Ainsi se recompose la géopolitique mentale du critique moraliste : d’un coté la violence abyssale produite par ce monde cruel ; de l’autre les gens, par définition sujets à se laisser enrôler par la violence lorsqu’elle s’invite sur l’écran ; au milieu le cinéaste et les critiques, ceux-là s’assurant que celui-ci s’interpose bien entre la violence et le bas-peuple, qu’il joue son rôle de médiateur, de tuteur, de papa.
A un papa la société confie la mission d’éclairer sa progéniture dans le chaos du monde. De lui donner des repères – des valeurs, diront-ils aussi. Au cinéaste envisagé comme super papa certains critiques confient la mission d’empaqueter le réel brut pour que le spectateur n’en soit pas submergé (citons l’un d’eux : « Un metteur en scène, même débutant, se doit d’avoir un regard clair, net et précis sur les désordres qu’il filme. »), et le devoir de ne livrer de scènes crues que filtrées par un discours, que tamisées par un point de vue. Un point de vue au sens d’opinion. Le cinéaste sera ainsi sommé de faire clignoter des balises pour nous rappeler que pisser sur une fille c’est mal et que non, petit spectateur mal éduqué, il ne faut pas jouir de cette scène, il faut la trouver insupportable.
Si le cinéaste pouvait fournir en bonus une explication à ces abominations, ce serait parfait, la société serait blindée de repères. Rationalisé, le mal se découvrirait un remède, sauvant de la désespérance le spectateur transi par tant d’opaque barbarie. Or, le désespérant Franco n’assure pas ce service minimum, même lorsque les interviewers magnanimes lui accordent une nouvelle chance de s’ériger en berger des âmes. Assurément vous nous alertez, Michel, sur l’usage de facebook par les ados, et sur les comportements immoraux de certaine jeunesse bourgeoise buveuse de Gin et fumeuse de joints, hein Michel que vous nous alertez ? Mais l’obtus Michel persiste dans son refus d’endosser ce noble rôle. Il dit qu’il a voulu produire un récit juste, composé de scènes justes. C’est tout. Déception des gardiens de la morale : Michel Franco n’est pas le papa qu’ils attendaient. Ils n’ont plus qu’à se résigner à l’idée qu’il n’est rien de plus qu’un cinéaste. Rien de plus qu’un des meilleurs cinéastes apparus depuis vingt ans.-
Graindorge
Invité« Filtrées » « tamisés » des mots-clefs de ces tièdes qui n’aiment pas qu’un talent aille « trop » loin. Et ce génie est là et il n’a pas fini d’aller trop loin. Très loin
» On t’a déjà mis un revolver sur la tempe? Réponse à une question sur la violence à Mexico
Franco n’ a peur de presque rien et il est libre. Et les spectateurs le sont autant. Et les tièdes, à vomir
-
-
-
AuteurMessages
