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- Ce sujet contient 287 réponses, 1 participant et a été mis à jour pour la dernière fois par
Samuel_Belkekett, le il y a 2 heures et 52 minutes.
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Seldoon
InvitéInaugurons cette nouvelle page avec la retrospective Robert Altman à la Cinémathèque.
https://www.cinematheque.fr/cycle/robert-altman-1559.html
Appel aux connaisseurs : outre les classiques (John McCabe, Nashville, Short Cuts, The Player…), que ne faut-il pas rater ?
Je commence par suggérer « Jazz ’34: Remembrances of Kansas City Swing » réalisé en même temps que Kansas City et qui reste le Jazz le mieux capté de l’univers entier. -
Malice
InvitéMes préf: Brewster McCloud, That cold day in the park, Gosford park, Un mariage, Kansas city
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Alexandre
InvitéJohn McCabe est mon préféré. C’est juste irrépressible. Ce qui m’y impressionne avant tout est que ce film a un look graphiquement altmanien alors que c’est un des tout premiers. Le village annonce artistiquement celui de Popeye. Ensuite, il s’agit d’un western à la fois iconoclaste et minutieux dans sa reconstitution. Heaven’s Gate lui doit beaucoup. Et puis le film a tout pour m’envoûter : sa photo (Vilmos Zsigmond donc, chef op de Cimino sur trois films), ses chansons de Leonard Cohen, sa stylisation inventive, cette manière originale de redistribuer les codes westerniens tout en les respectant.
Gros coup de cœur personnel pour deux autres Altman dont on parle peu : Nous sommes tous des voleurs, toute aussi impressionnante évocation des méfaits d’une bande de voyous itinérants pendant la Grande Depression (on retrouvera les mêmes personnages dans le beau Les Amants de la nuit de Nicholas Ray) dont les pérégrinations sont scandées par des émissions de radio qui forment la bande son du film.
Ensuite le plus récent (mais qui a dorénavant 28 ans quand même) Cookie’s Fortune, comédie policière décontractée, pagnolesque, goguenarde, avec une distribution superbe (mention spéciale pour Glenn Close et Julianne Moore).
L’affiche française (?) était signée Tardi, ce qui ne gâchait rien.-
Malice
InvitéLe look altamanien pour toi ce serait quoi?
Je pose sérieusement la question car entre le minimalisme de That cold day in the park et la profusion de personnages/ bavardages de la fête d’ Un mariage je vois une sacrée hétérogénéité; mais peut-être que je comprends mal ce que tu veux dire par « look »?
Ce que je veux noter c’est qu’il me semble qu’Altman a essayé pas mal de choses, de formes, de tons ( entre l’humour de Cookie’s fortune et la mélancolie de Mrs mcCabe, il y a un écart significatif); même le thriller psychologique fantasmatique avec Images où on frôle le fantastique voire le merveilleux ( j’ai oublié de dire que j’aime aussi beaucoup celui-là, que je ne trouve hélas nulle part en version vostfr de bonne qualité)-
Malice
InvitéJ’ai aussi oublié de mentionner « Streamers », un de mes favoris, adapté d’une pièce de théâtre qui met en scène de jeunes appelés à la guerre du VIetnam – mais rien à voir avec Full metal jacket. Le casting a eu un prix collectif d’interprétation je ne sais plus où et originalité, un des personnages principaux est un superbe personnage lgbt.
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Seldoon
InvitéEn général par look altmanien on parle de ce découpage à base de balayages de la caméra avec zooms qui donnent l’impression d’une captation sur le vif, « subie » par l’opérateur, mais qui montés ensemble font fluides, calculés. J’image que c’est de ça qu’il parlait. L’hétérogénéité réelle d’Altman ne doit pas cacher le fait qu’il y a un look typiquement Altmanien, alors que par exemple le look de Gosford Park n’est pas altmanien.
Avant de laisser la parole à Alexandre qui sait probablement mieux que moi ce qu’il voulait dire : Images existe en bonne qualité sur iTunes.-
Seldoon
InvitéJe viens de vérifier : la qualité nest pas non plus incroyable, mais hors restauration je ne pense pas qu’il existe mieux. Par contre c’était encore le look altmanien.
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Malice
InvitéMa version d' »Images » en vf est atroce ( le son est dégueu) et ma vostfr est complètement décalée, je vais prier les dieux du 7e art de se pencher sur le dossier
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Malice
InvitéDans « Images », j’ai un bon souvenir d’un plan où une femme regarde, depuis une falaise, sa maison de campagne, tellement petite à cause de la profondeur de champ qu’on dirait une maison de poupée posée dans un décor de conte.
Je ne sais plus si la caméra finit par zoomer cependant elle capte la distance jusqu’à la rendre presque surnaturelle.
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Alexandre
InvitéJ’ai balancé ça trop vite.
Le look altmanien est tel que tu le décris et je ne pensais même pas à ça.
Je parlais de look lorsqu’Altman se pique de direction artistique un tant soit peu vintage. D’Altman comme cinéaste quelque peu « visionnaire », à l’instar d’un Boorman. Il y a de cela avec John McCabe (et on retrouve ça dans Nous sommes tous des voleurs, Popeye, Quintet). Donc, je poussais quand même..
Pour autant, il existe, au sens large, un sens du spectacle chez Robert Altman. D’abord parce que les mondes qu’il décrit sont souvent en représentation, émanent de la société du spectacle. C’est un sujet.
Ensuite parce qu’Altman, cinéaste, à le sens du spectacle. De la façon qu’on aime, loin de l’épate mirettes, des effets spéciaux, des cascades mais par la seule entremise du style.
spoilers
Ainsi, la noyade de Sterling Hayden dans l’océan enténébré par la nuit dans Le Privé procède d’un certain sens du spectacle. De même que la mort de Keith Carradine dans John McCabe (scène inoubliable), l’accident du petit garçon dans Short Cuts, un meurtre sordide dans une ruelle de Kansas City ou l’assassinat à la fin de Nashville.
Tout cela participe du « look Altman ».-
Alexandre
InvitéAh et sinon, je n’ai toujours pas vu Images.
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Seldoon
InvitéJ’adore comment tu annonces les titres après le spoiler.
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Malice
InvitéAu sujet du spectacle, dans » That cold day in the park », super scène de jeune homme qui danse ( contrepied des nombreuses de danses de femme sexy qu’on trouve dans tant de films); super scène aussi de colin-maillard après fumette. On sent un goût pour le jeu, le spectacle, d’autant plus réjouissant que ces scènes sont minimalistes : deux personnages, un salon. J’aime qu’Altman sache s’emparer de grandes scènes de groupe comme de moments intimistes
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Malice
InvitéJe trouve Images dans la lignée de Trois femmes. Beau portrait de femme artiste, belle maîtrise de la « réalité étrange ». Je ne vais pas en dire plus pour ne pas spoiler, je dirais juste que c’est pour moi un des films les plus féministes d’Altman
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Malice
InvitéJe ne sais pas si c’est ce qu’on appelle du female gaze:
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Alexandre
InvitéJ’ai aimé Trois femmes mais je ne l’ai vu qu’une fois, donc pas assez.
Pas vu That Cold Day in the Park Malice mais je n’ai jamais lu quelqu’un le mettre en avant comme toi tu le fais!
Ne pas oublier son ultime film, The Last Show, qui m’avait paru être une jolie sortie.-
Malice
InvitéJ’avoue, Le jour froid dans le parc doit être le 3e altman que j’ai vu et ça a été un coup de foudre éternel.
Si tu veux que je te fasse un we transfer de celui-là, n’hésite pas à me demander, on pourra débattre des entrechats de Michael Burns
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Seldoon
InvitéAlexandre je reviens sur « Pour autant, il existe, au sens large, un sens du spectacle chez Robert Altman. D’abord parce que les mondes qu’il décrit sont souvent en représentation, émanent de la société du spectacle. C’est un sujet.
Ensuite parce qu’Altman, cinéaste, à le sens du spectacle. De la façon qu’on aime, loin de l’épate mirettes, des effets spéciaux, des cascades mais par la seule entremise du style.»
Pour bien comprendre : on est d’accord que tu parles moins de société du spectacle au sens debordien que, disons, de spectaculaire ? Les exemples que tu cites vont dans ce sens.-
Alexandre
InvitéJe n’ai jamais lu Guy Debord mais je pense que l’expression « société du spectacle », si j’en ai saisi l’acception, convient à ce que met en scène, pas toujours mais souvent, Robert Altman. A savoir l’entretien d’une certaine aliénation collective par les « acteurs » du show, tous partie prenante de l’industrie du spectacle qu’elle touche à la scène country (Nashville, The Last Show), à la scène politique (Nashville encore, Health ou la série Tanner 88), à la Conquête de l’Ouest (Buffalo Bill et les Indiens), à la mode (Prêt-à-porter) ou au cinéma (The Player). Sans compter les « shows » radiophoniques, qui n’ont de spectaculaire que leurs mises en son, qui portent et accompagnent le cheminement des personnages de Thieves Like Us.
Qui dit mise en scène d’une certaine « société du spectacle » dit sens du spectacle car il faut bien filmer ce qui se joue de part et d’autres du show, soit le spectacle en lui-même, ses coulisses et la foule qui se presse pour l’adouber.
Cela convient bien au format de la fresque chorale, souvent en écran large, sur lequel s’est beaucoup arrêté Altman, quelque part entre « péplum » (je pousse exprès Mémé dans les orties) et saisie naturaliste façon Nouvelle Vague.
Et donc par voie de conséquence, cela rejaillit sur certaines séquences, ici ou là, que certaines poussées d’ampleur rendent naturellement prodigieuses.-
Seldoon
InvitéEn même temps pour la majorité de ces poussées d’ampleur il désamorce le spectaculaire. Par exemple dans McCabe en filmant tout ça en plan très large et en parasitant la scène et l’attention des villageois avec l’incendie de l’église. Dans les scènes musicales de Kansas City en fabriquant de la vie sur scène au point que le film ne sera jamais aussi incarné que dans cette représentation. Dans Buffalo Bill en ne regardant justement jamais le spectacle.
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Alexandre
Invité« En même temps pour la majorité de ces poussées d’ampleur il désamorce le spectaculaire. »
Il le sort par la porte mais il revient par la fenêtre.
Il le désamorce par l’écriture mais le restitue par le geste.
Dans Le Privé le fait qu’un gangster fracasse soudainement une bouteille de Coca sur la gueule de sa petite copine, qui a le grand tort de le déranger (« Et elle je l’aime, toi je t’aime pas » avertira-t-il Philip Marlowe), procède d’une écriture laconique, sèche. Mais l’éclatement au ralenti de la bouteille de verre contredit cette sobriété.
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Tony
InvitéIntéressant ce qui se dit entre Burdeau et Louisa Yousfi au sujet de Sinners sur la question métaphysique, centrale chez les décoloniaux et qui plonge dans l’embarras Burdeau pour qui cela relève d’une essentialisation là où Louisa y voit une résistance à l’empire,je me souviens qu’Houria avait écrit quelque part qu’elle avait pitié des petits blancs qui n’avaient plus foi en rien de spirituel et je dois dire que cette idée d’une spiritualité perdue m’intéresse,il ne s’agit pas de regretter un temps où l’existence de l’âme était discutée certes mais largement intériorisée et acceptée comme une évidence, cette question de l’âme a été liquidée aujourd’hui,on comprend bien pourquoi puisqu’au nom de cette existence on a dénié tout droit à d’autres,la nature et les sauvages en gros,il n’empêche que ce retour de l’âme comme résistance me paraît assez juste.
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Tony
Invité-
K. comme mon Code
InvitéJe ne suis pas certain que ça soit vrai. Il suffit d’entrer dans un magasin du onzième vendant des pierres. Les questions spirituelles chez les blancs sont peut-être moins majoritairement d’ordre religieuses, mais je crois qu’elles existent. C’est quoi, le yoga ? Jute du sport ? Avec un peu de flair, je suis tombé en deux clics sur le passage dont tu parles de l’émission, et je trouve l’idée qu’il y aurait une différence à défendre la permanence d’un peuple quand celui-ci est en résistance assez faible. Les dominants fascistes se justifient aussi par la « menace existentielle ».
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I.G.Y
InvitéTout à fait. J’espère aussi que les petits blancs font moins pitié à Houria depuis qu’ils recommencent, de plus en plus, à puiser du côté de la bonne vieille spiritualité chrétienne ou néo-païenne fascisée.
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Tony
InvitéOn peut tout de même distinguer la spiritualité de la religion et de ses institutions,qu’il y ait un regain de sentiment religieux à droite ne m’a pas échappé,plus idéologique qu’autre chose de véritablement spirituel d’ailleurs,mais je ne crois pas que ça concerne les petits blancs dont parle Houria,la population est majoritairement athée aujourd’hui.
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I.G.Y
InvitéCertes. Néanmoins je n’ai pas l’impression que la « pente », même pour les « petits blancs » français, soit vraiment celle de l’athéisme. Il y a d’ailleurs une assez grosse hausse des « baptêmes d’adultes » en France — je n’en connais pas la sociologie mais cet article indique qu’elle est encore plus forte chez les 18-25 (donc c’est à considérer pour l’avenir) et que les personnes issues des « milieux populaires » sont majoritaire dans ce groupe des baptisés adultes. Des choses bougent — mais ça n’a rien d’étonnant.
Et puis si l’on considère les petits blancs dAmérique du Sud, c’est peu dire que leur religiosité-spiritualité s’affiche — on voit des résultats de leurs tendances dominantes.
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François Bégaudeau
Maître des clésPour nourrir cette discussion, il serait peut etre temps de lire La grande méthode non?
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I.G.Y
InvitéC’est vrai, j’avais oublié (mais Yousfi c’est autre chose, elle m’a toujours paru plus intéressante que Bouteldja). Je ne me souviens plus de ce que tu disais de ce livre, ça vaut vraiment le coup?
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K. comme mon Code
InvitéLu. On peut se demander ce que la catégorie d’impies croyants défendue comme un refuge d’une foi traquée, une clairière où celle-ci peut subsister malgré le déracinement, est vraiment une spécificité des descendants de l’immigration vivant en Occident ou tout simplement une spécificité occidentale. J’avoue ne pas savoir ; le fait est que si Louisa commence fermement son livre en rappelant l’importance de bien nommer ses enfants qu’elle parle pour celleux qui ne nommerait pas majoritairement bien leurs enfants – des journalistes, des personnalités médiatiques. Il est écrit d’emblée : « toi qui souffres mes paroles même lorsqu’elles sont portées par d’injustes sentiments », ce qui permet de s’interroger sur l’origine de ces injustes sentiments. La culpabilité, je dirais. On se redresse soi-même. On s’auto-engueule. On oublie qu’on s’adresse à un petit cercle sans se rendre compte que la consigne n’a pas besoin d’être énoncée aussi durement : on appelle encore majoritairement ses enfants Mohamed. Jamel Debbouze ne lira pas La grande méthode.
La plupart des maghrébins que je fréquente sont très croyants et l’absence de dignité par rapport aux ancêtres n’est pas une question car ils ne se sentent tout simplement pas indignes. Moi, je ne crois pas au dogme musulman, mais je ne suis pas certain que mon impiété croyante vienne de là, en soit la trace. La grande méthode évoque comment les croyants formalistes peuvent être moins avancés que l’infidèle ; c’est une manière dans le livre de se rassurer sur sa foi faiblissante d’habitant de l’Occident mais aussi une vérité : on voit souvent le vide spirituel des religieux les plus bêtement dogmatiques. En tout cas, je crois que l’impiété croyante qui est la mienne vient en grande partie des œuvres d’art majoritairement occidentales, je ne serais donc pas surpris qu’elle circule librement. (Je rajoute aussi que l’islam séduit des blancs, il n’y a donc pas dissolution de l’islam en une impiété croyante à cause de l’immigration, il y a juste l’islam. La grande méthode oscille entre le dépassement du mythe du déracinement et l’instauration de nouveaux mythes pour le palier. Cette oscillation fait néanmoins une partie de l’intérêt de l’intérêt du livre.)
Tout ceci est plus riche que ce qui est dit sur Sinners qui n’est après tout qu’un divertissement moyen.-
I.G.Y
InvitéMerci, ce que tu dis présuppose beaucoup la lecture du livre que je n’ai pas lu, je ne comprends donc pas tout mais j’y reviendrai à l’occasion, si je le lis.
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K. comme mon Code
InvitéÇa se lit bien. Ça oscille vraiment entre différents types d’énonciations, de narrateurs. Les récits plus terre à terre me plaisent le plus, mais les autres m’intéressent aussi. Yousfi fait de la critique et de la littérature, rien à voir avec Bouteldja malgré leur amitié ( personnellement le post d’Houria sur Facebook faisant passer un beau chapitre du livre sur l’enterrement du père auquel on assiste en visio comme une louange du respect de l’Ordre – l’interdiction des femmes d’assister aux enterrements – alors qu’il est littéralement écrit « on obéit et désobéit à la fois » est le genre de lecture malhonnête que je réserverais plutôt à un.e ennemi.e, mais bref…)
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Balthazar
InvitéUn article du diplo sur cette question de l’âme :
La fabrique de l’âme standard, Eva Illouz, Monde diplomatique, novembre 2011
Construire le consensus et apaiser les relations, entreprendre de se connaître, privilégier le dialogue, maîtriser ses émotions : autant de vertus aujourd’hui recommandées dans l’entreprise comme dans la vie privée. Est-ce parce qu’elles incarnent un comportement idéalement adulte, ou parce qu’elles favorisent une meilleure rentabilité de l’individu ?
par Eva IllouzLe Monde diplomatique
La fabrique de l’âme standard«Un réveil sonne. Dans son appartement de New York, Michael Galpert, 28 ans, entrepreneur du Net, saute de son lit. Il retire le bandeau qui enregistre, pendant la nuit, ses ondes cérébrales et étudie la courbe des phases de son sommeil. Il gagne la salle de bains, mesure son poids et sa masse musculaire avec un instrument numérique qui met les données en ligne. » Plus tard, M. Galpert s’installe à son bureau. « Un Britannique déroule un graphique de douze pieds [3,65 mètres] identifiant les fluctuations de son humeur au cours de l’année précédente. (…) Déplacement, sueur, caféine, souvenirs, stress, sexe et rencontres : tout peut être rapporté à une statistique. Et si l’instrument nécessaire n’est pas encore inventé, il le sera très certainement dans les prochaines années » (1). Y compris pour l’âme. Décrit par le Financial Times, cet archétype de l’homme moderne considère que son propre « moi » ne relève pas de l’inconnaissable ou de l’infini, mais d’un ensemble de forces matérielles, chimiques, susceptibles d’être mesurées et contrôlées, à l’aune d’un modèle abstrait de « normalité ».
La pensée prémoderne avait une autre conception de l’humain : elle postulait souvent l’existence de l’âme, « supérieure » au corps, insondable, éternelle, liée au divin ; ce qui sera exprimé avec une grande force par le christianisme. Celle-ci est alors conçue comme infinie, mais susceptible d’être perturbée par ce qu’on nomme les passions, c’est-à-dire les sentiments, les humeurs, les affections ; en bref, tout ce qui échappe à la raison et à la volonté. Le christianisme les identifie parfois aux sept péchés capitaux, dont on pouvait se purifier par des actes de pénitence. Les passions prenaient place dans une conception morale de l’individu, et l’apprentissage du contrôle des émotions relevait de la formation générale des membres de la communauté des humains, qui édictait ou combattait une vision du bien et du mal, du salut et de la damnation.
Ce glissement des passions de l’âme aux émotions définies comme une série d’éléments manipulables participe de ce que le sociologue Max Weber appelle le « désenchantement du monde », la perte de la foi, la vacance du sens, qui pourraient bien être l’une des caractéristiques de notre temps : la rationalisation de la vie par les institutions de la science et de la technologie, qui abrogent le « mystère » en réduisant le monde à une série d’objets de connaissance, et par la logique propre à l’économie de marché, qui requiert de mettre sa vie intérieure en accord avec son intérêt personnel. Tout ce qui n’est pas censé concourir au profit immédiat est alors déconsidéré et jugé inutile. Mais la richesse émotionnelle pourrait faire contrepoids à ce désenchantement, en offrant la possibilité de donner un sens au vécu dans sa totalité, et de s’y engager avec passion. C’est là ce que pensait Weber. Il n’avait pas prévu la puissance des mouvements qui, après la première guerre mondiale, et plus nettement encore après la seconde, entendraient rationaliser jusqu’aux émotions (2).
Vendre son « moi », positif et performantDifficiles à maîtriser, les émotions échappent souvent à la conscience. Comme le constate le narrateur du roman de Philip Roth Indignation : « J’ai accepté avec joie de travailler pour mon père quand il m’a fallu le faire, et j’ai appris docilement tout ce qu’il pouvait m’apprendre de la boucherie. Mais il n’a jamais pu m’apprendre à aimer le sang, ou même à y être indifférent (3). » Il est généralement admis que nous pouvons apprendre à cacher nos sentiments, mais que les sentiments eux-mêmes ne s’éduquent pas. La jonction entre science et marché aurait-elle ouvert de nouveaux horizons dans ce domaine ?
C’est Wilhelm Wundt, dont le travail fut décisif pour la reconnaissance de la psychologie expérimentale comme science, qui a engagé la requalification de l’âme en « personnalité » ou en « psychisme », désormais modulable, quand il affirma que la notion d’âme n’était pas pertinente pour le chercheur, et que seule l’observation de phénomènes physiques permettait de comprendre les hommes. La psychologie transformera radicalement l’image du « moi », grâce à un idéal de santé mentale et de bien-être qui va gagner tous les champs de la société : l’économie (avec les théories du management), l’éducation (les modèles pédagogiques), la vie privée (les conseillers conjugaux), la prison (les programmes de réhabilitation), la publicité, le marketing et les médias (les émissions-débats), et même les conflits internationaux, pour les traumatismes liés aux guerres et aux génocides. La psychologie intégrée au marché propose des thérapies au monde entier en faisant de l’individu autonome, de la santé mentale et de l’épanouissement des objectifs à atteindre et des objets de consommation. Pour vendre ce nouveau produit — le « moi » positif et performant —, la psychologie utilise des normes d’appréciation et de mesure de l’individu et de ses émotions.
Au début des années 1920 aux Etats-Unis, les psychologues, souvent influencés par une interprétation simplifiée de la pensée freudienne, avaient contribué de façon efficace au recrutement dans l’armée ou à la guérison des traumatismes de guerre. Le monde de l’entreprise décida alors de recourir à leurs compétences pour évaluer les travailleurs, améliorer les relations professionnelles et la productivité.
A l’aide de tests de personnalité établis dans la première décennie du XXe siècle, et promis à un rôle déterminant (4), ils se chargèrent de repérer les candidats qui correspondraient le mieux au profil du poste. Depuis les années 1930, à la suite d’Elton Mayo, le fondateur de l’école des relations humaines, les sentiments des travailleurs étaient devenus l’objet principal des techniques d’un management désormais scientifique. On recense vingt-cinq sortes de tests de personnalité qui représentent un marché de 400 millions de dollars ; quatre-vingt-neuf des cent plus grandes entreprises utilisent ce type d’examen pour embaucher et former leurs employés (5).
Désormais, pour amener les gens à donner le meilleur d’eux-mêmes dans l’entreprise, le responsable n’a plus à exercer une contrainte sur autrui, comme le contremaître d’autrefois ; il lui faut en revanche exercer un contrôle sur lui-même afin d’incarner l’efficacité et la rationalité : bref, piloter le versant humain de la rentabilité. Il devient alors indispensable de maîtriser ses émotions, surtout les négatives. Les psychologues recommandent également d’afficher une humeur cordiale, favorable à la coopération. Esprit d’équipe, sens du positif, capacité d’empathie : tels sont les attributs du bon manager, dont le rôle est de transmuer les données affectives en outils de gestion. Toutes les théories élaborées par les manuels de management des années 1930 aux années 1970 ont convergé vers un modèle culturel : la « communication ». Etre un bon communicant exige de savoir s’évaluer « objectivement », et donc de comprendre comment on est perçu. D’où la nécessité d’un travail d’introspection, pour identifier ses émotions, les nommer, les évaluer, et comparer l’image qu’on a de soi à celle qu’en ont les autres. Mais il faut également savoir interpréter le comportement d’autrui, et le comprendre de l’intérieur : l’aptitude à prévenir les conflits et à créer un esprit de coopération en dépend. La communication diffuse des techniques et des mécanismes susceptibles d’être appliqués partout, du domaine privé à la sphère politique, afin d’apaiser les relations et d’aider à défendre ses intérêts propres, tout en permettant de « respecter » l’autre, enfant, épouse ou collègue.
Pour atteindre cet idéal, il faut intellectualiser les émotions ; surmonter les sentiments négatifs pour s’ouvrir à des expériences positives ; s’interdire d’être passionné, préférer le juste milieu, où le soin de soi et celui d’autrui s’équilibrent, et savoir que la souplesse de caractère est favorable à la coopération. Pouvoir contrôler ses émotions témoigne d’une capacité à reconnaître et défendre ses propres intérêts — ce qui est maintenant assimilé à un signe de maturité. Ce postulat d’un lien entre les types de caractère et la performance professionnelle et sociale est au centre de la notion d’« intelligence émotionnelle ».
Apparue dans les années 1990, elle a rapidement acquis le statut de nouvel instrument d’évaluation des compétences. Grâce à elle, les psychologues pouvaient « découvrir » objectivement ce qu’ils avaient eux-mêmes forgé : le rôle des émotions dans l’évaluation. Il se confirmait ainsi que la façon dont chacun gouverne les siennes révèle des caractéristiques essentielles qui peuvent avoir suffisamment de valeur pour mener à un poste de direction.
Enfants aptes à l’esprit d’entrepriseCe fut la fin du long processus soumettant les émotions à une visée économique. L’intelligence émotionnelle — la capacité de se contrôler — sert d’instrument de classification dans le monde du travail, et agit comme facteur d’homogénéisation. Les stages qui proposent d’apprendre comment modifier son comportement sont très fréquentés, et les pratiques pédagogiques cherchent à fournir aux enfants les outils qui les rendront aptes à l’esprit d’entreprise : maîtrise de soi, empathie, souplesse et bonne humeur. Intelligence émotionnelle et communication sont interchangeables. Toutes deux travaillent le champ émotionnel comme un instrument de performance économique. Dans les emplois de moyenne complexité (vendeur, mécanicien), le plus efficace a une productivité douze fois supérieure aux moins bons ; dans les emplois les plus complexes (assureur, gérant de portefeuille), le plus performant est au moins deux fois plus productif que la moyenne. Une recherche menée dans plus de deux cents groupes suggère qu’un tiers environ de cette différence est due à l’habileté technique et aux capacités cognitives, et les deux autres tiers à la compétence émotionnelle — aux postes de direction, ce serait plus des quatre cinquièmes.
C’est l’un des aspects les plus originaux de l’économie du XXe siècle : la personne dans son intériorité est devenue la cible d’une industrie qui a l’individu comme principale marchandise. Pour que l’humain soit toujours plus rentable, on a standardisé l’âme.
Eva Illouz
Professeure de sociologie. Auteure de l’ouvrage Les Sentiments du capitalisme, Seuil, Paris, 2006.-
Tony
InvitéMerci,c’est intéressant en effet.
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François Bégaudeau
Maître des clésS’est clairement avéré, entretemps, ce que j’ai tout de suite intuité concernant cette intellectuelle, qui passa un temps pour anticapitaliste de gauche : elle est une critique autoritaire du capitalisme, qui, comme de juste, passe par la critique réactionnaire de l’individualisme. Oui depuis cette dame est sortie du bois. A certains il aura fallu le 7 octobre et ses tribunes subséquentes pour que ca devienne clair.
On ne sert à rien.-
Samuel_Belkekett
Invité« depuis cette dame est sortie du bois. A certains il aura fallu le 7 octobre et ses tribunes subséquentes pour que ca devienne clair. »
Ces colonnes dont tu parles ne font pas référence au 7 octobre dont elle parle peu, mais au 8 octobre et à ceux qui comme Andreas Malm ont sabré le champagne. Et pour Malm c’est bien peu dire. Mais peut-être fais-tu partie de ceux-là ?
Je trouve toujours un charme à ceux qui sortent du bois.-
Samuel_Belkekett
Invité« passe par la critique réactionnaire de l’individualisme. »
C’est ça qui est fascinant, comment un simple post de ta part laisse à penser.
L’individu, l’individualisme ne sont pas des objets de pensée très clairs pour toi. Tu n’es jamais précis quand tu en parles. Tu es capable de dire l’individu c’est super, puis après faire une vidéo avec ton pote du libre arbitre pour nous expliquer, à nous les naïfs que le libre arbitre n’existe pas. Sans même préciser que justement, l’individu moderne né de l’esprit des lumières, qui te fascinent tant, se revendique pleinement du libre arbitre, d’où son indivi-dualité. Tu critiques le libéralisme alors que celui-ci, dans ce qu’il a de plus vulgaire, promeut le collectif comme une somme d’individualités. Même le désir transgresse l’individu en quelque sorte, voire René Girard et même Deleuze à sa manière. Lordon questionne la conscience individuelle, tout le temps. Moi en tous cas je ne comprends jamais de quoi tu parles quand tu parles d’individualité.
Voir l’individu par un prisme pertinent demande une précision qui te fait défaut. Ou alors dirige moi vers une analyse que je ne connais pas… Si elle existe.
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Balthazar
InvitéJ’ignorais tout de cette personne, merci des infos qui n’enlèvent rien à l’intérêt que je porte à cet article. Le rapprochement avec certaines positions de PDH n’est donc pas délirant
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Samuel_Belkekett
InvitéBalthazar comme Balthazar Gracian J’espère ?
Eh bien je tiens à vous remercier cher ami.
Je sais qu’Eva Illouz a beaucoup travaillé sur les affects, le capitalisme et les sentiments dans une hyper modernité à la fois survoltée et nihiliste, et bien que je l’ai trop peu lue je trouve cet article un bon condensé de ce que les forces néo libérales drainent et charrient d’épistémologies modernes rationalisantes propres à s’intégrer dans des pseudo éthiques (même du bonheur) s’immiscant jusque dans les évaluations existentielles, qu’effectivement Weber avait su voir et prévoir en son temps. Un monde technique, performant, efficace dans une mécanique toujours plus huilé et dont cette huile serait la rationalité scientifique… et économique en sus. Et sachez que quand tout est disponible physiquement, alors c’est que tout a disparu métaphysiquement, comme par désenchantement. Comme l’avait bien vu Weber.-
François Bégaudeau
Maître des clésillustration par Belkekett, encore tot levé, ou tard couché, et bien parti pour un bon samedi de pollution
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Samuel_Belkekett
InvitéHa enfin !!!!
La faille est enfin trouvée Eva Illouz ouf, il était temps que Samuel B prête le flanc.
Tu pourras remercier Eva. Et Balthazar par la même occasion.
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stephanie
InvitéBonjour, la vidéo ciné club du film Inside N.. des frères Coen n’est toujours pas en ligne?
on sait pourquoi ? merci !-
François Bégaudeau
Maître des clésil y a un bidouillage à faire, pour cause d’emmerdes techniques le jour J
mais ça va venir-
stephanie
Invitéun bidouillage à faire
rire, ça sent le technicien supérieur
merci
bien vouloir patienter-
François Bégaudeau
Maître des clésc’est même pas moi qui bidouille, mais David, qui filme à chaque fois, et filmera aussi la soirée du 13 avril
(ce qui ne doit pas etre une raison pour ne pas y etre)-
stephanie
Invitémerci david alors
j’ai pris des places pour le 13 avril mais pas encore trouvé de logement.
je suis sur une plateforme d’échange d’appart depuis très longtemps, les gens viennent chez moi pendant que je suis chez eux. Ou, je laisse mon appart quand il est libre et je vais chez eux plus tard.
Cette entreprise a été rachetée par des petits malins qui ont changé le système de libre échange.
Les logements ont une valeur estimée en Point, que tu peux acheter si l’appart est trop coté et que tu manques de Point
Tu achètes des Points ( de vent donc ) à ces petits malins.
Faut que je passe à switchome ( gratuit).
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Mathieu
InvitéJ’entends partout du bien du Giannolli avec Dujardin et du Lord/Miller avec Gosling.
Mon goût pour le majoritaire est titillé, je sens que je vais céder, mais que je vais ressortir déçu.
Des sitistes les ont vu et pourraient en dire deux mots?-
Toni Erdmann
InvitéJ’ai parlé plus haut du Giannoli que j’aurais tendance à déconseiller.
En revanche Projet Dernière Chance est sûrement le meilleur blockbuster que j’ai vu depuis un petit moment. L’un des personnages principaux est une roche dépourvue de visage. C’est mieux que 80% des acteurs de blockbuster
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cinema
InvitéVoir I swear de Kirk Jones
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cinema
InvitéEt l’accent, un régal.
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François Bégaudeau
Maître des cléssur la suggestion de Charles, j’ao proposé à Samir qu’on y consacre le TVB d’avril
pas encore vu
lundi : Sautet, WKW-
cinema
InvitéJ’ai pas mal ris et beaucoup pleuré. Comme pur Le Cas Richard Jewell et la Mer au Loin.
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Samuel H
InvitéPillion est un film génial. Un TVB sur ce film et I Swear pour une emission spéciale UK serait plutôt sympathique ma foi.
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Jules
InvitéVu hier Un poeta, film ayant reçu les éloges dithyrambiques de PDH. Je me suis demandé pendant tout le film : étaient-ils vraiment sérieux ? Tout est surligné, l’humour très familial et malaisant, assez convenu. Je regardais ma montre tous les quart d’heures
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Tony
InvitéJe l’ai pas encore vu celui là,je vais quand même essayer de le voir, même Burdeau l’a mis dans son top 10, ça m’intrigue.
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François Bégaudeau
Maître des clésJe trouve que le film vaut mieux que ce qu’en dit Jules, et beaucoup moins que ce qui en a été dit, dans un moment d’inquiétante transe collective, sur PDH
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Jules
InvitéJ’avais fait l’erreur de regarder cette émission bien avant le film, donc j’allais le voir en pensant que c’était potentiellement un film génial. D’où mon énorme déception
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uc
Invité« Tout est surligné, l’humour très familial et malaisant, assez convenu. Je regardais ma montre tous les quart d’heures »
Tu t’es emmerdé, c’est ton droit et surtout tu n’es pas obligé d’avoir les memes gouts que les autres.-
François Bégaudeau
Maître des clésil fallait que ce soit précisé
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uc
InvitéJe l’aide un peu le bouchon
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MA
InvitéMoi je suis partie apres 15 minutes
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Tony
InvitéAvec mon vieux copain,prolo que j’ai gagné à la grande loterie sociale il y a plus de 30 déjà(et qui m’annonce qu’il vient de se remettre à la lecture après avoir passé plus de 20 ans sans ouvrir un livre,son fils lui a passé La femme de ménage,qu’il a dévoré,ainsi que toutes ses suites et il me conseille vivement,de la même autrice,La Psy qu’il n’a pas pu lâcher non plus, engouement arrivé jusqu’à chez ma mère qui, à Noël,l’a passé à ma fille!, faudra que j’y jette un oeil me dis-je)On s’est fait une soirée année 80 avec Police Flash 80 et Juste une illusion dont l’avant première avait lieu juste après notre séance, l’occasion était trop belle,on a réussi à acheter les deux dernières places,cerise sur le gâteau l’équipe est présente,Garrel,Cottin et la paire de réalisateurs.
La suite cet après-midi pour cause de corvée dominicale!-
Schnoups
InvitéTu lui feras l’amour ce soir, on veut la suite.
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uc
InvitéQuel mépris tu peux avoir. Hâte de lire la suite
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Schnoups
InvitéC’est une blague que Tony comprendra.
Je suis pas méprisante je suis brutale, il a dit le boss.-
François Bégaudeau
Maître des clés… et c’était bien sûr un compliment
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Schnoups
InvitéJe sais bien.
Schnoups Brutale, la zouze de Pascal.-
uc
Invité@Begaudeau : fais moi mal Johnny. Moi j’aime l’amour qui fait boum!
T’es un brin bien drole
C’est comme ça t’arrange ou ça t’arrange et les autres on s’en balek
Et on leur marche dessus
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Tony
InvitéEt oui Shnoups,mon devoir fièrement et patiemment exécuté je vais enfin pouvoir me lancer dans le récit de cette folle soirée.
Sur Flash Police 80 on a bien vu le film qu’on s’attendait à voir,faut dire quand-même qu’on a le rire facile et on ne s’est pas retenu,sur la forme on est sur un pastiche des nanards télévisuels des années 80,genre L’agence tout risque ou un truc du genre,avec toute la quincaillerie de l’époque, téléphone à cadran, magnétoscope,bagnoles,tapisserie,jupes courtes,santiags,annuaire utile pour interroger sans bavure un arabe clamant son innocence, Mjc où on fait du hip hop et le tout enrobé de quelques tubes de ces années là.Le décor planté on peut savourer,ou pas, l’humour bourrin de Damiens qui excelle dans ce genre qu’on lui connaît bien,genre macho bas du front, légèrement débile et préhistorique, auquel on associe Audrey Lamy, naturellement comique et seule dotée d’un cerveau au milieu de cette faune masculine.En fait on s’est bien marré, quelques situations sont vraiment tordantes, exemple deux scènes,l’une où Damiens équipé d’un micro,pour que son équipe en planque puisse intervenir,va chez une prostituée,qu’il fait mine de ne pas connaître,et qui leur révèle sans le savoir toutes ses pratiques d’habitué,une autre où pour sauver la vie d’un flic infiltré il se met à chanter a cappella et en chœur avec A Lamy le Connemara de Sardou.Bref le film tient ses promesses de nanard vintage sans surplomb intellectuel,et rire nous a fait du bien dans ces temps actuels si sombres et désespérants.
Bon maintenant le gros morceau Toledano/Nakache, j’arrive bientôt.-
Tony
InvitéSchnoup,Police Flash 80,bordel.
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Tony
InvitéDonc bien enjoué après cette séance on rejoint la queue bien fournie de l’événement de la soirée,les lumières s’éteignent et les premiers plans nous mettent de suite dans l’ambiance,le logo première époque de Canal+ apparaît suivi de celui de TF1, époque Yves Mourousi et on entend un tube emblématique,un groupe funk je crois,Imagination peut-être,un truc de ce genre là,on comprend assez vite que les années 80 ne sont pas ici ringardisées comme dans le film précédent mais seront plutôt vues d’une façon nostalgique,que leur reconstitution se veut réaliste.Sans spoiler ce que je peux dire c’est que le film est très peu drôle,les vannes,quand il y en a,sont assez nulles,tout le comique du film tient à l’interprétation de Louis Garrel,bon acteur de comédie, vraiment,et qui,avec Cottin,arrive à nous arracher quelques sourires.On est encore avec ce nouvel opus des rois de la comédie dans la célébration d’une drôle de communion sociale où le cadre et le prolo blanc ou noir célèbrent leur bonne entente sans aucun arabe à l’horizon pour en troubler la fête.Le film est de ce point de vue très éclairant,Garrel et Cottin sont juifs,lui marocain,elle algérienne,elle raconte à son jeune ado de fils qu’elle a dû fuir l’Algérie car, à cause du décret Crémieux elle avait la nationalité française,alors qu’ils y vivaient depuis des siècles..Autre temps fort du métrage le concert de Téléphone pour SOS racisme où, suite à une fugue, l’ado s’y trouve avec son amoureuse,blanche et bourgeoise,une caméra de TV immortalise leur présence et la jeune fille déclare en direct que la jeunesse combattra le racisme,la preuve son amoureux est un juif marocain et la caméra se tourne vers lui!
Sur le reste inutile d’en dire plus pour l’instant,on retiendra que Cottin au début est secrétaire,elle prend des cours d’informatique, réussit son examen et à la fin elle se jette dans les bras de son mari en lui annonçant qu’elle est devenue cadre comme lui…
Les lumières se rallument,les applaudissements fusent,toute la troupe arrive sur scène, Toledano/Nakache avouent leur fébrilité ne sachant pas comment leur film allait être accueilli,le blabla habituel,les questions du public sont assez nombreuses et souvent précédées de dithyrambes,une telle avoue avoir pleuré,tel autre est ébloui par la reconstitution des années 80,un autre se demande comment ils font pour diriger à deux,Garrel est assez intéressant quand il parle de son interprétation et de son ajustement avec Pierre Cottin qui l’a obligé à se tenir pour paraître juste par rapport à lui,le plus révélateur étant ce que dit l’un des réals,les années 80 ne sont pas forcément mieux qu’aujourd’hui,il y avait un chômage de masse nous rappelle-t-il,mais il tenait à les filmer car ce monde est en train de disparaitre.…
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Schnoups
InvitéMerci Tony pour ce beau récit.
Tu me donnes envie d’aller voir Police Flash 80 bordel
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stephanie
Invité
ciné club Inside Llewyn Davis -
Starfoulard
InvitéQuel plaisir d’entendre parler de ce chef d’œuvre pendant 2h!
Je n’ai pas encore terminé mais je voulais apporter une précision sur Johnny Five: c’est un avatar de Dean Moriarty (Neal Cassidy dans la réalité) dans sur la route. D’ailleurs c’est le même acteur que dans l’adaptation du roman de Kerouac. Il récite de la poésie beat incompréhensible et conduit des voitures.
Voilà c’est tout!-
Starfoulard
InvitéDonc on a un jazzman et un poète beat, deux mouvements culturels tombés en désuétude au début des années 60. Je pense pas que ce soit un hasard
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Starfoulard
InvitéCe que François dit sur les jeunes qui chantent comme des vieux me fait penser à « My Back Pages » de Dylan (qui d’ailleurs vient briser la boucle de répétition dans laquelle est prise la scène) : « I was so much older then, I’m younger than that now ». Pile au moment où il tourne le dos à cette musique au tournant des 60s.
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Starfoulard
InvitéDernière chose et après j’arrête: la chanson qu’il chante devant son père c’est « Shoals of Herring » (Les bancs de hareng haha) ,dont les paroles sont une compilation de paroles recueillies auprès des pêcheurs de hareng. On pourrait se dire que c’est hyper chiant et que ça sert à rien de préciser ça mais moi « And I used to sleep, standing on my feet, and I dreamt about the shoals of herring » ça me fume comme c’est beau
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François Bégaudeau
Maître des clésmerci pour tout ça
surtout les paroles de « dylan », sur lesquelles je ne m’étais pas penché-
Starfoulard
InvitéD’ailleurs le statut de « singer-songwriter » n’existe pas vraiment avant lui, la scène folk de l’époque prise avant tout une authenticité qui n’est atteignable que dans la reprise de traditionnels ou des variations sur des traditionnels. Plein de chansons, même originales, du premier Dylan, attestent de ça.
D’ailleurs avant le milieu des 60s, le statut d’auteur-interprète existe marginalement mais n’est pas le modèle dominant. Les maisons de disques ont des songwriters attitrés (dont certains sont des génies, Burt Bacharach par exemple) et des interprètes qui n’écrivent pas leurs chansons. On peut peut-être faire un parallèle avec le cinéma et l’émergence de la figure devient l’auteur-réalisateur ?-
mashallah
InvitéWallah ton blaze
Je te jure roya bsahtek
Selem alkm marrakech -
François Bégaudeau
Maître des clésoui le parallèle avec le cinéma me semble pas dénué de pertinence
la bascule va aussi avoir lieu dans le rock : au tout début les Stones et les Beatles font des reprises, et puis ils se mettent à écrire, mais dans un deuxième temps
d’ailleurs les Beatles s’y mettent plus tot, et c’est peut etre cet exemple là, éblouissant, qui va décider les interprètes à écrire eux mêmes
hypothèse-
mashallah
InvitéStarfoulard ya bigoudou, starfoulard
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Alexandre
InvitéLa scène de la visite au père, que François me donne envie de revoir, évoque aussi ce qui est devenu un cliché quand on parle de Bob Dylan, ou plutôt qu’on en entend parler : la ou les visites légendaires faites à Woody Guthrie sur son lit d’hôpital. Les Coen jouent de cette référence, de ce fait largement rapporté qui pourrait tout aussi bien constituer légende (« Imprimez la légende » disait John Ford). Outre tous les articles ou les docu nourris par cette histoire (à commencer par le film de Martin Scorsese sur Bob Dylan), et même si les Coen le décline et le transforme à leur sauce (et à celle de leur personnage), ce sera la troisième fois que je la vois incarner par la fiction. La toute dernière et fort récente, c’est dans le film de James Mangold où elle est scolairement restituée. Edward Norton y jouait le rôle du troubadour folk Pete Seeger, qui « chapote » cette rencontre de Dylan avec son idole.
Bien plus anciennement, le VRAI Pete Seeger accompagnait le vrai Arlo Guthrie au chevet de son papa Woody, interprété par un acteur.
Elle finit par être vertigineuse cette histoire.
Que le père soit putatif ou spirituel, on s’y bouscule à lui rendre visite.-
Alexandre
InvitéJ’ai oublié de préciser que la visite d’Arlo Guthrie à son père Woody, c’est dans Alice’s Restaurant, d’Arthur Penn (1969)
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Seldoon
InvitéTrès belle intervention du type qui anime le ciné club et n’aime pas trop Marty Supreme. Kafka, le fantastique, le rêve, les limbes, l’intemporalité de la musique et du film. Un personnage spectateur sans prise sur le monde qui s’écoule devant lui, sans prise sur sa propre vie, et incapable même de percer l’opacité du réel – nuit, musique et chats compris. En ressort la grande cohérence de cet immense film fatigué.
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Malice
InvitéA propos de Limbes un film de Julian Schnabel va sortir où Oscar Isaac joue Dante, une chance pour Llewyn de sortir des limbes peut-être
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Schnoups
InvitéOui.
On voit l’intérêt concret quand même d’être soi-même un artiste et d’en côtoyer pour parler de ce film. Pas si évident de bien en parler de ce film.
Je confesse que ma scène préférée est celle face au producteur. Qui l’emmène dans la salle mais ne lui demande pas de monter sur scène et évidemment l’autre n’y va pas. Il se tire une balle dans le pied dans le choix du morceau, mais pour moi c’est la meilleure interprétation dans le film, ce qui rend la scène géniale.-
Seldoon
InvitéEt ce « here ? » (dans le bureau) « bah non pas ici » qui montre qu’il se couche trop, avant, effectivement, de ne pas le faire monter sur scène. C’est à la fois du jeu de pouvoir pervers, mais aussi à l’image du film, cet espèce d’espace indécidable dans lequel il est condamné à errer.
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Samuel_Belkekett
InvitéJe tiens tout de même à dire que ce ciné club frères Coen Inside L. Etait du grand Bégaudeau comme j’en rêve. Là chapeau l’artiste.
Mention pour l’aspect auto sabotage que perso j’appelle syndrome « coup d’boule de Zidane » et qui m’a instanément fait penser à Mélenchon et son Epchtain Epsteen qui est peut être aussi un auto sabordage pour celui qui dans le fond ne veut pas du pouvoir et n’en a peut être jamais voulu. Cela restant à l’état d’hypothèse.
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Ourson
InvitéJe sors du visionnage de L’Agent Secret ET du TVB qui va avec, désolé pour le retard, merci à Samir et François pour la vidéo.
J’imagine que tout a été dit page 21 alors je m’étendrai pas trop, mais j’en profite pour poser une question qui concerne à peu près tout le cinéma (en restant humble).
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Un des trucs qui m’a frappé, c’est l’étalonnage.
Là c’est quand même très spécifique : une confrontation permanente entre « chaud » (crème, marron, jaune, vert, rouge, orange) et « froid » (blanc, bleu, gris). Il suffit de taper le nom du film sur Google Images pour se rendre compte que c’est vraiment une constante du film, qui diffère légèrement dans les scènes du présent mais reste à peu près la même, sauf à la fin du film peut-être ou on retrouve des couleurs similaires mais plus « synthétiques ».
Je ne crois pas que le TVB aborde ce sujet : qu’est-ce qui peut pousser un réalisateur à faire des choix si précis ? C’est juste de la déco ? Ou ça a sa propre fonction ?
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Je sais que globalement, les cinéphiles du net – dont je fais un peu partie hein – aiment beaucoup se palucher sur ce genre de détails (cf. Vidéo annexe). Des TikTok et essais Youtube qui analysent les couleurs d’un film comme on analyse une composition florale, il y en a à foison. Parfois on voit même la palette de couleur en dessous, avec des règles du style « 10-20-70 » ou que sais-je. Ça essaie d’en décrypter la symbolique, des messages cachés, ça tire des théories, etc. Et au final ça dit pas grand chose du film même si c’est rigolo à voir sur le moment.
Mais au vu de la « dictature colorimétrique » du film, je me dis que ça ne peut pas être un simple détail, surtout pour un réalisateur théorique (je sais pas exactement ce que ça signifie, je reprends le terme du TVB).
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Dans l’autre film que j’ai vu du réalisateur, « Je suis toujours là », les couleurs sont plus libres. Ça prouve bien que c’est pas juste une patte artistique, et qu’il avait quelque chose derrière la tête pour que chaque plan de l’Agent Secret soit coloré de la sorte non ? Quelle est la fonction d’un tel choix dans son film, ou de tels choix au cinéma de manière générale ? (Chez les bons réalisateurs).
Je me suis bêtement dit qu’il avait calqué ses couleurs sur le drapeau du Brésil à un moment, c’est dire à quel point je suis incapable de réfléchir à ça sans votre aide…
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Annexe :
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Charles
InvitéJe n’ai vu que la fin du Tout va bien, au moment où on annonçait le prochain numéro avec le film de Giannoli.
J’ai du mal à voir le grand film dans Bon voyage de Rappeneau, c’est de la qualité française ripolinée, pas dénuée de charme (j’ai adoré ça à sa sortie quand j’étais ado) mais très limitée et surtout sans aucun intérêt sur l’époque traitée comme décor de cinéma, pour ne pas dire de cinoche.
Et oui, Giannoli est devenu central dans le cinéma français, prenant la place qu’occupait Jacques Audiard dans les années 2010, en véritable patron du cinéma français imposant une espèce de néo-académisme. Il faut effectivement lire la presse au sujet de ce film et notamment la petite bronca provoquée par l’article de Chessel, pourtant isolé dans le concert de louanges. Marianne a fait un papier sur la réception critique du film et a dézingué l’article de Chessel, le Figaro a fait la même chose. Ca fait quand même très longtemps qu’on n’a pas eu des articles comme ça, c’est à dire des articles qui reviennent sur l’accueil critique d’un film. C’est habituellement sur ce genre de film, les films sur la seconde guerre mondiale ou plus précisément la Shoah, j »y vois une incapacité à supporter une note dissonante sur un tel sujet et pour un tel artiste qu’on a très envie de couronner.-
François Bégaudeau
InvitéFaudrait pas déconner non plus avec Gianoli. Je réserve mon opinion pour TVB mais ne pas oublier qu’aux alentours de 2010 JLG le considérait comme un des meilleurs cinéaste français, puis quand même avec Marguerite qu’est ce qu’on a pu se marrer. Quand même.
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cinema
InvitéDommage que ce ne soit pas I swear de Kirk Jones. Gianoli pas vu je pense que je ne le verrai pas, j’aime pas du tout son cinéma. Même marguerite m’a laissée de marbre.
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Malice
InvitéMerci pour l’hommage à Piccoli dans Tout va bien
J’en profite pour signaler que « Belle de jour » est en replay sur arte car le combo Michel Luis est quand même un feu d’artifice-
Tony
InvitéC’est quand même dommage,dans la même émission,de salir Cocteau,homosexuel doté d’une santé défaillante et dont l’homosexualité le mettait à l’égal d’autres minorités menacées par le régime nazi,et Melville,ancien résistant qui,pour des raisons obscures,n’a pas réussi à faire un bon film sur cette période qu’il a bien connu,on se doute qu’on trouvera toujours quelque chose pour le discréditer(anticommuniste,misogyne,petit garçon etc…)
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Charles
InvitéC’est une plaisanterie Tony?
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Tony
InvitéLaisse tomber,je dois être de mauvaise humeur aujourd’hui.
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François Bégaudeau
Maître des clésJe n’ai surtout pas compris tes lignes, surtout sur Melville
J’ai déjà dit que je trouvais L’armée des ombres proches du ridicule, je n’ai donc rien dit de nouveau
Quant à la misogynie de Melville, elle est patente, et c’est un problème avant tout esthétique – puisque c’est de ça qu’on parle.-
François Bégaudeau
Maître des cléset si le propos est : Melville n’a pas pu rater son film sur la résistance vu qu’il a été résistant, je rappelle qu’Olivier Marchal a été flic
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Alexandre
InvitéEt pourquoi le trouves-tu aussi ridicule?
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Alexandre
InvitéTu n’aimes pas la musique des Dossiers de l’Ecran ?
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Charles
InvitéPeut-être cette raideur sépulcrale surjouée.
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Charles
InvitéQui donne un film d’un seul ton, sorte de tragédie permanente qui finit par être dévitalisée.
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Tony
InvitéIl y a un malentendu sur L’armée des ombres, Melville dit de son film que c’est une rêverie rétrospective et nostalgique,’mauvais souvenirs soyez les bienvenus vous êtes ma jeunesse lointaine’ comme annoncé dans le premier plan d’où peut-être ce sentiment d’avoir affaire à quelque chose d’un peu spectral ou désincarné, c’est ce qui en fait aussi sa beauté.
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François Bégaudeau
Maître des clés
si on saisit, dans cet extrait puéril, qui n’est pas le pire loin de là, que Ventura est nul, mais qu’en plus il ne peut qu’etre nul, alors on commence à comprendre -
Alexandre
InvitéOui, il y a pire
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Tony
InvitéOui là on est dans la métaphysique, c’est pas très fin, c’est vrai que l’extrait,hors de son contexte,est difficile à voir,sur Ventura,que j’aime bien par ailleurs,je ne sais pas, c’était un acteur limité,pas très subtil,que son personnage soit injouable n’aide pas.
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François Bégaudeau
Maître des cléseffectivement pas subtil comme acteur
le plan où il regarde ses chaines aux chevilles…
dans le genre métaphysique par la corde, je crois qu’on peut préférer Un condamné à mort s’est échappé, derrière lequel court ici Melville -
Tony
InvitéOui Melville court après Bresson,il l’admirait je crois, Leon Morin prêtre se mettait aussi dans les pas du Journal d’un curé de campagne.
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Alexandre
InvitéLéon Morin prêtre, qui était, et qui doit être toujours, un de mes préférés, avec Le Deuxième souffle.
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Tony
InvitéLe deuxième souffle je l’ai revu l’année dernière peut-être et j’étais assez déçu, c’était vraiment moins bien que dans mon souvenir,un côté vieille france qui m’a déplu,je préfère le Melville abstrait ou métaphysique.
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François Bégaudeau
InvitéPour rester dans le cinéma de mecs…
Vu le TVB sur Sautet. Pour tenter un peu l’analyse de fond. Pas du tout sur l’aspect formel, mais plutôt référentiel. J’estime le cinéma de Sautet comme référentiel alors que le naturalisme va jusque exclure la référence. Bref, je voulais en venir au passage Calmos, Blier et le côté entre soi masculin chez Sautet.
L’analyse de FB est quand même très rétrospective et assez morale. Il faut recontextualiser tout ça. Or Justement une certaine condition féminine fait que les femmes de cette époque étaient très majoritairement possessives, exclusives. Et ce n’était certainement pas par nature, la preuve en est que cette possessivité a très largement disparu aujourd’hui. Quoi que… Quoi que…
Moi je ne crois pas que la construction sociale de la femme ce soit faite comme dit Butler à coups de performatif sociaux, en revanche Butler à raison il y a bien eu construction sociale. Moi qui suis né à un moment charnière, quand jeune ado courant 80 je traînais dans les petits bars de bastille la nuit. Différents de ce qu’ils sont maintenant, plus rock avant qu’aujourd’hui, il y avait à peine 2% de filles. Toutes ou presque étaient en boîte de nuit. Nous en avons un peu souffert d’ailleurs. Tout ça pour dire qu’un film comme Calmos, bien plus que l’entre soi Sautetien, dans sa radicalité a finement contesté cette emprise et du coup aspect de la féminité domestiquée et du coup domesticante (tjs le donné et le rendre pour le pire et le meilleur). Si Blier et Sautet ont changé au fil du temps c’est que l’époque aussi a changé. Écouter ce que dit Blier de son film « Sauve qui peut la vie », « Je voulais refaire les valseuses dans l’époque d’aujourd’hui. Première chose remplacer les protagonistes masculins par des protagonistes féminins… ».
Là où j’ai bien reçu tout ca en pleine poire c’est lors d’un premier long séjour aux US toute fin 80, la première évidence d’une grosse différence avec la France ce sont les attitudes et comportements des américaines. Bien plus extraverties, parlant fort, déterminées, bref en avance quoi. Cette différence s’étant bien atténuée aujourd’hui. Cependant j’admire le rebondissement de FB, sa superbe pirouette du « par mes petits yeux et sociologie du doigt mouillé » et le recentrage sur la postérité. Avec laquelle je suis entièrement d’accord.
Décidément Bégaudeau difficile à prendre en défaut.
Souplesse intellectuelle admirable. -
Samuel_Belkekett
InvitéJe voulais dire moi.
Décidément on souffre de nos erreurs et inattentions ici. -
Samuel_Belkekett
InvitéDIFFERENCE ENTRE RÉALISME ET NATURALISME…
Je reviens sur la fin du TVB lors de l’annonce du suivant à savoir le Gianoli.
Un moment dans la discussion il est question de « L’armée des ombres » de Melville. Perso, comme Samir j’aime bcp le film, mais la question n’est pas là. Ce qui a retenu vivement mon attention c’est l’argument porté par FB. Pialat aurait su porter ce thème à l’écran parce qu’il sait quasiment mieux que quiconque s’effacer en quelque sorte face à ce dont il rend compte. Alors que Melville c’est Melville, donc c’est melevillesque, donc la représentation se fait sentir. Alors que Pialat on ressent d’après FB « le grain du réel ».
On croirait presque que cela est dit pour énerver Belkekett.
Non et non, un cinéaste aura beau chercher à effacer sa présence, estomper sa mise en scène au point de penser qu’on est devant un documentaire ou devant les faits eux-mêmes, l’impression d’objectivité ne trompe que les naïfs. C’est précisément ce que d’un point de vue théorique, mon ami Desplechin déplore. Si on pousse plus avant cette idée, le talent d’un cinéaste se mesurerait à l’aune de ce grain de réel qu’il serait capable de produire.
L’idée qu’a eu Deleuze du naturalisme, est certes ambiguë et incertaine. Cependant, il a eu cette excellente intuition de proposer cette idée de pulsion primitive, si l’expression n’est pas exacte je ne trahis pas son idée. Celle-ci étant d’incarner l’apparition même d’un phénomène. Pas vraiment d’incarner mais de suggérer la condition de possibilité pour un phénomène de surgir. Et ceci dans la fluidité des choses. Dans le réalisme la réalité est donnée d’emblée, comme si ce qui se déroule sous nos yeux était la « normalité » qui attend l’événement qui fera récit. Dans le naturalisme c’est ce temps long de la normalité qui produit des micros événements. Il y a l’expression d’une pulsion naturelle qui produit subrepticement du récit.
Le réalisme est une version miniaturisée de la grande histoire avec ses dates et ses événements. Le naturalisme est l’attachement au quotidien et au temps Long. La longue durée dirait l’école des annales, ce qui se modifie par de légères fluctuations émises par impressions de désir, de concours de circonstances, de rencontres brèves et aléatoires ou souhaitées et désirées, de réalisations ou irréalisations de projets, bref, tout ce qui aura l’incidence d’une pulsion au sein de l’enchaînement de situations de vie. Alors que dans le réalisme nous sommes déjà immergé dans la banalité qui n’attend qu’un événement transcendant qui marquera l’histoire et le récit de cette histoire.
Par conséquent l’esthétique n’est pas forcément en cause. L’ambiance melevillesque ou autre n’altère pas forcément cet état de fait.
Ainsi parlait Belkekett…
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docteur Foudubus
InvitéGrand film français sur la SGM ?
LACOMBE LUCIEN
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docteur Foudubus
InvitéAh pardon, vous en avez en effet parlé XD j’ai juste tiqué dessus. Sinon le meilleur film mondial sur la SGM c’est peut-être Le Destin d’un homme, de Bondartchouk.
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Jules
InvitéVu hier à Bruxelles « Al Oeste, en Zapata » sur une famille populaire à Cuba, j’ai beaucoup aimé. Filmé par le réalisateur seul, qui a habité 5 ans avec cette famille mais qui n’en a filmé qu’un mois et demi. Je conseille !
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Gerard Manfroy
Invitéhttps://www.senscritique.com/top/les_meilleurs_films_japonais/2369574
Ma modeste liste des meilleurs films japonais, j’aimerais particulièrement attirer l’attention sur Yoshishige Yoshida, qui pour moi est tout simplement l’un des trois meilleurs cinéastes japonais (les deux autres étant l’indiscutable Kurosawa et le majestueux Kobayashi) mais dont je n’ai entendu ni lu de critiques dignes de lui. Je n’ai bien sûr pas lu l’intégralité des Cahiers ou autres, mais il me semble que même chez les fins cinéphiles (dont je ne suis pas), Yoshida est injustement méconnu. C’est peut-être le plus beau cadreur du Japon et ce n’est pas peu dire !
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Malice
InvitéJe voulais justement voir son adaptation des Hauts de Hurlevent, tu l’as aimée donc? Elle est du niveau de celles de Bunuel et Andrea Arnold?
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Gerard Manfroy
InvitéJe l’avais trouvé sur YT mais elle a été delete, en général je trouve tout ce que je vois sur OK.RU.
Et oui bien sûr, j’aime tout ce qu’il a fait du début à la fin. Je ne sais pas pour les autres adaptations (pas vu la dernière non plus mais bon, lol) qui ont surement leurs propres qualités, mais perso ce sont les qualités de Yoshida qui m’intéressent. Alors est-ce qu’il est du niveau des autres ? A mon avis ce sont les autres qui ne sont pas à son niveau mais ça n’est que mon avis et c’est pas celui qui m’intéresse le plus XD
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Malice
InvitéJe te remercie mais je l’ai téléchargé sur ce site et j’attendais d’avoir le temps de le regarder https://kebekmac.forum-canada.com
Très fan du roman j’essaye de regarder toutes les adaptations – et donc, j’ai vu la dernière que je ne recommande pas ( des trucs ça et là à sauver mais le film est embarrassé par la perversité des personnages du roman, ce qui ne donne rien à l’écran – j’avais de la peine pour l’acteur qui joue cette version ridicule de Heathcliff)
Hâte de voir le film de Yoshida.
Dernièrement je me suis penchée sur Masumura, que je n’aime pas autant qu’Oshima, Naruse et Mizoguchi mais dont le film » L’ange rouge » m’a beaucoup plu ( bien aimé « Confessions d’une épouse » également).-
Gerard Manfroy
InvitéAh génial, je comptais justement parler en parler ici de Masumura ! Je recommande vivement « Jeune fille sous le ciel bleu » et « Les Géants et les Jouets ». Deux films géniaux sur le Japon de l’après-guerre, boom industriel et américanisation, mais l’américanisation des années 50 c’est tout un poème, comme en Europe aussi !
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Malice
InvitéTu as préféré la partie non fétichiste de son oeuvre si j’ai bien compris ?
Je me suis tapé les mutilations, les tatouages, le saphisme, l’adultère et le crime
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Vitus
InvitéJ’aime très peu Yoshida que je trouve que la forme semble toujours précéder le réel, les gestes, les personnages disposent pour le cadre, comme si le monde devait d’abord se plier à une idée visuelle avant d exister vraiment, après j reconnais n’avoir vu que 2 films du monsieur mon pressentiment n’est qu’un pressentiment qui demande peut-être le visionnage d’autres film du monsieur.
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Jonas
InvitéQuelqu’un ici a le texte d’Emmanuel Burdeau sur Les Rayons et les Ombres ?
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Tony
InvitéLe sujet de Xavier Giannoli, c’est l’aveuglement. Ce sont les illusions. C’est le mensonge, l’escroquerie, la supercherie. C’est l’imposture. Une comtesse folle d’opéra chante comme la dernière des casseroles mais dans son entourage, nul n’a le cran de le lui dire, ni d’ailleurs intérêt à ce qu’elle le sache. Un voyou sans envergure s’improvise entrepreneur en faisant croire à la population d’une petite ville que le chantier abandonné d’une autoroute est en train de repartir. Un reporter enquête sur une supposée apparition mariale et ne sait bientôt plus qui croire, de l’Église méfiante, de son propre scepticisme soudain remis en cause ou des récits de la jeune illuminée. Un jeune homme épris de grande littérature se vend corps et âme au journalisme, est couvert d’or avant de réaliser, un peu tard, qu’il a été refait et s’est perdu en chemin.
Je viens de résumer les synopsis de quatre films par la dizaine que compte aujourd’hui la filmo giannolienne. Marguerite, 2015, avec Meryl Streep – je veux dire Catherine Frot – en cantatrice fêlée. D’À l’origine, 2009, avec Dustin Hoffman – pardon : François Cluzet – en pipeauteur pathologique. De L’Apparition, 2018, avec Jean Gabin – il s’agit de Vincent Lindon – en mécréant bourru mais sensible. Des Illusions perdues, 2021, avec Vincent Cassel – non : Benjamin Voisin – dans le rôle de Lucien de Rubempré. Tous films vus ou revus – sur ordi, en fichier, à la maison et dans le train – le week-end dernier en prévision de la sortie du nouveau, Les Rayons et les Ombres, auquel, comme aux autres, le tire emprunté à Balzac ne conviendrait pas mal.
(Découvert aussi ce week-end Les Corps impatients, 2003, premier long métrage de XG).
Certes Giannoli, comme cela a été beaucoup noté ces derniers jours, revient régulièrement au journalisme. Certes aussi la maladie, particulièrement féminine, a toujours été, dès Les Corps impatients, un de ses leitmotive. C’est incontestable et je n’entends d’ailleurs pas le contester.
Il me semble toutefois que sa grande question est avant toute chose l’aveuglement. Il y a là une continuité tout aussi incontestable au sein de laquelle loge également une alternance. Car tantôt c’est l’entourage qui entretient le personnage principal dans l’illusion, d’abord gaie puis funeste, de son talent, de son succès voire de sa grandeur. Schéma de Marguerite. Schéma des Illusions perdues.
Tantôt à l’inverse c’est le personnage principal qui trompe son monde et qui, le trompant, est parfois à deux doigts de se tromper lui-même, c’est-à-dire de se mettre à croire en ce qui n’existe pas. Schéma d’À l’origine. Schéma de la série D’argent et de sang. Tantôt encore Giannoli va et vient entre les deux, la malice et la crédulité, les dupeurs et les dupés, le possiblement faux qui peut prendre figure de vérité et la vérité qui ne sait plus à quoi se fier. Schéma de L’Apparition. Schéma aussi, peu ou prou, de Les Rayons et les Ombres.
(Sans doute retrouverait-on encore l’un ou l’autre de ces schémas dans Quand j’étais chanteur, 2006, ou Superstar, 2012 ; j’avoue n’avoir pas vu le second ; quant au premier, le courage pour le revoir m’a manqué).
Il y a donc toujours eu chez Giannoli des rayons, tout comme il y a toujours eu également des ombres. Des trompeurs et des trompés. Des gens qui croient trop et d’autres qui ne croient pas ou plus assez. De sincères convictions qui deviennent des mensonges éhontés et d’éhontés mensonges qui se muent en convictions sincères. Et des uns aux autres il y a toujours un vertige possible et une certaine confusion. Vertige et confusion recherchés et voulus, entretenus, construits et creusés aussi bien par le récit que par la mise en scène.
Le cinéaste n’était donc pas trop mal placé pour raconter l’histoire – vraie – de Jean Luchaire et de sa fille Corinne, lui directeur de journal pacifiste convaincu glissant lentement mais sûrement vers la collaboration la plus éhontée, elle apprentie actrice devenant star sans paraître avoir conscience de la multiplication des horreurs autour d’elle. L’un comme l’autre maintenant intacte jusqu’à la dernière minute, ou presque, la certitude du bien-fondé de leurs intentions et de leurs choix. Coupables donc, sans doute, mais avant tout aveugles.
Une telle histoire nécessitait-elle un métrage – ainsi qu’on disait jadis – de 3h19 ? Pas sûr, mais la rumeur était louangeuse et on était curieux (j’étais curieux). Il fallait donc prendre son après-midi et y aller voir. C’est ce que j’ai fait hier jeudi, entre la rédaction de l’article sur La Guerre des Prix et un live PDH avec Louisa Yousfi sur Sinners. MK2 Odéon, Côté Saint-Germain, séance de 14h30.
Mon sentiment est qu’il y a deux films dans Les Rayons et les Ombres. Le premier plus singulier, curieux, intrigant que le second. Le second tout au bord du détestable tandis que le premier laisse planer un doute qu’il n’est pas extravagant de juger fécond. Mais c’est au bout du compte le second, hélas, qui emporte la mise.
Le premier ressemble assez, par moments en tout cas, à ce que pourrait être une adaptation cinématographique, dans le contexte français, du récent livre du grand historien Johann « Je Garde Mon Calme » Chapoutot, Les Irresponsables, sous-titré Qui a porté Hitler au pouvoir ? On y voit en effet comment des sensibilités, disons, centristes se laissent peu à peu corrompre, comment la conviction qu’il faut maintenir le dialogue avec l’extrême-droite conduit aux pires compromissions, comment la presse tombe aux mains des puissances de l’argent, comment des valeurs comme la raison, l’humanisme et le bon sens deviennent d’excellents marche-pieds au désastre. Comment, en gros, il n’est nullement besoin d’être fasciste pour le devenir.
C’est la phase passionnante de Les Rayons et les Ombres. Lorsqu’il n’y a aucun moyen de douter du pacifisme de Jean Luchaire et de son ami allemand Otto Abetz, ni de la sincérité de leurs tentatives à tous deux pour arrondir les angles. Lorsque rien ne permet d’affirmer qu’en effet Jean et Otto ne croient pas que l’entente franco-allemande puisse être le moyen approprié pour prévenir la guerre. Lorsque le flou de la frontière entre ce que le personnage sait et ce qu’il ne sait pas, entre son aveuglement et sa lucidité, entre sa naïveté et sa malignité est intéressant en ceci qu’il correspond aux incertitudes d’une situation où tout n’est pas encore joué. Lorsque le capital sympathie dont jouit un acteur comme Jean Dujardin lui permet, sans trop forcer la note – ce qui est pourtant loin de lui être naturel –, sinon d’éclairer, en tout cas de donner à voir quelques zones d’ombre et de donner envie au spectateur de les explorer avec lui.
Mais déjà cette phase – la première moitié du film, grosso modo – est problématique. Et elle l’est à l’endroit même où elle devrait être spécialement passionnante. C’est-à-dire à l’endroit de son rapport au présent. Il est entendu – il n’est toutefois pas inutile de le rappeler – qu’un film historique n’a d’intérêt qu’à la condition de s’adresser au moment de sa fabrication et donc de sa réception, et que dans l’idéal c’est à l’intelligence et donc à l’effectivité des luttes du présent qu’il doit contribuer.
Or de ce côté Giannoli va peut-être un peu trop loin. Certes il s’est défendu en entretien d’avoir voulu, à travers l’Occupation, parler de la situation actuelle et des dangers qui pèsent fort, notamment en France, d’un retour du fascisme. Mais les échos de son film à cette actualité sont ni nombreux, et si soulignés, qu’il est difficile de le croire. Pêle-mêle, et sans exhaustivité : les médias aux mains de quelques uns, le journalisme de cour et le mirage de l’indépendance, la fausse respectabilité de l’extrême-droite, les belles âmes qui se révèlent ennemies de la vraie gauche… Et puis un florilège de formules entendues ici et là ces derniers temps, à la radio ou ailleurs.
Il est bien évident qu’en écrivant Les Irresponsables, Chapoutot aussi a pensé à aujourd’hui. Il y a même beaucoup pensé. Mais à chaque fois que dans son livre le parallèle risque de se faire trop évident, l’historien fait marche arrière. Il problématise, il marque des nuances, il remet en perspective. Et si Chapoutot tient à ces précautions, ce n’est pas seulement parce que 2025 et 2026 ne sont pas tout à fait, pas intégralement 1933 ou 1937. C’est aussi et peut-être plus profondément parce que nier ou gommer les écarts entre deux époques, les superposer finit par empêcher que l’une aide réellement à la compréhension de l’autre.
Là étaient déjà une des facilités et même un des travers des Illusions perdues. Transparentes, appuyées, les nombreuses allusions à la presse des années 2020 y fonctionnaient déjà moins comme éclairage historique que comme clins d’œil. Moins comme mise en relief que façon de se mettre le spectateur dans la poche en assurant celui-ci qu’il est en terrain connu. C’est ainsi que, dans la première partie de Les Rayons et les Ombres, la trajectoire de Jean Luchaire vaut de moins en moins comme avertissement ou comme mise en garde et de plus en plus comme confirmation de ce qu’on sait déjà.
Reste le deuxième film. Le vrai, en fait. Celui qui finit par tout emporter sur son passage de même que l’Occupation, le nazisme, son triomphe et ses crimes finissent par transformer un humaniste bon teint en collabo de la pire espèce. Le basculement ne se fait pas d’un coup mais en plusieurs étapes. L’une d’elles est le seul véritable morceau de bravoure justifiant un peu la réception critique – dans l’ensemble très favorable – de Les Rayons et les Ombres. Il s’agit du rapatriement des cendres de l’Aiglon aux Invalides, dans une ambiance de « messe noire » qui, il faut bien le reconnaître, n’est pas dénuée de grandeur. Reconnaissons-le aussi : de tous les films de Xavier Giannoli, celui-ci est à la fois le plus ambitieux et le plus accompli.
Les problèmes n’en demeurent pas moins. Bien au contraire. Giannoli a voulu filmer une déchéance à la fois morale, politique et physique (Luchaire crache du sang, tousse à chaque scène, a les poumons gâtés et Corinne, tuberculeuse, ira se soigner dans un sanatorium de Haute-Savoie). Et tout en montrant cette déchéance il a voulu, aussi odieuse soit-elle, ne jamais renoncer à montrer également l’« humanité » – c’est son mot – du personnage.
Il ne serait pas très dur de rappeler combien ce genre d’argument – ne jamais oublier que l’homme a ses contradictions, sa fragilité, bref : qu’il reste humain – est en général assez ruineux politiquement (pour une raison au moins : tenir à faire valoir que cet homme est, en dépit de ses torts, humain, c’est laisser ouverte la possibilité – proprement effrayante – que d’autres hommes ne soient pas tenus tels). Mais ce serait sans doute placer la barre un peu haut, généraliser trop rapidement et passer à côté du film.
À mon sens le véritable souci loge ailleurs. Ceux qui – il y en a – n’aiment pas Les Rayons et les Ombres lui reprochent son relativisme. C’est que fait Luc Chessel de Libération dans un article très enlevé – Le Figaro préfère dire : amphigourique – et souvent très juste que je trouve quand même dans l’ensemble un peu trop énervé. Je prendrais les choses par un autre bout. Le sujet de Giannoli, redisons-le, c’est le mensonge, ce sont les illusions. C’est l’imposture. C’est donc aussi en toute logique la flambe, la frime, la montre. Ces hommes qui brûlent la chandelle par les deux bouts, qui vivent à crédit sans voir qu’ils courent à l’abîme ou qui, justement, ne désirent qu’y courir, si possible de plus en plus vite.
Les scènes d’excès, de dépenses inconsidérées, de disputes avec les créanciers, de fêtes et de champagne sont donc nombreuses dans ce cinéma. Et tout spécialement dans Les Rayons et les ombres, où une place non négligeable est accordée à la passion bien connue mais trop peu documentée, à ce qu’il semble – j’ironise un peu – des nazis pour les partouzes.
Mais la chose très étrange, c’est qu’en tant que cinéaste Giannoli a la flambe terne, qu’il a la frime triste et la montre plate. Tant pis s’il cite Scorsese – les saluts à la caméra – ou pense à Visconti et à ses Damnés. Il n’a rien à voir avec eux. Leurs vertiges ne sont pas les siens. Dans Les Rayons et les Ombres comme dans les films précédents, aucune des scènes d’ivresse ne produit le moindre effet enivrant sur le spectateur. Ces scènes ne provoquent pas non plus de dégoût. Elles demeurent vagues, molles, lointaines. Tout reste moche et morne, tout garde cette teinte confortablement passéiste si étroitement liée à la post-production numérique. D’un mot : jamais Giannoli ne consent à prendre le risque de passer lui-même pour un imposteur.
Les Rayons et les Ombres est un film gris. Moralement gris et esthétiquement gris. L’un à cause de l’autre, l’autre à cause de l’un. Pas un seule fois le nappage musical ou la lenteur des recadrages, les amorces ou le flou des arrière-plan ne parviennent à faire tourner la tête.
Chessel a raison de parler de relativisme. Et il a raison d’en parler mal. Je dirais toutefois que ce relativisme, ce n’est pas seulement celui d’un cinéaste qui cherche, sinon des excuses, en tout cas des circonstances atténuantes à la pire des crapules, qui tient mordicus à lui garantir un certificat d’humanité à une époque – printemps 2026 – où une telle mansuétude à l’égard des fascistes n’est pas exactement, on en conviendra, la première des priorités.
Ce relativisme, ce ne sont pas seulement ces scènes, devant lesquelles on se frotte pourtant les yeux, où la brutalité des résistants paraît soudain plus basse et plus condamnable que celle des nazis. Le vrai relativisme giannolien vise plus large encore. C’est la grisaille de sa vision du monde, son demi-jour triste, cet acharnement d’un cinéaste à mettre en scène les illusions et leur perte alors que lui-même semble n’en avoir aucune.
Pour être cinéaste, ne faut-il pas pourtant être un tant soit peu capable, sinon de s’aveugler, au moins de croire à l’image, à ses éclats et à ses chimères ? Ne faut-il pas à la fois rejeter et désirer l’imposture ? N’avoir que la lucidité et la bonne mesure à opposer à l’aveuglement, n’est-ce pas un véritable souci ?
Le problème de Giannoli, ce n’est pas son indulgence à l’égard d’un collabo. C’est qu’on sent bien qu’à toute conviction, quelle qu’elle soit, il n’a à opposer que le regard du non-dupe, qu’à tout aveuglement il ne sait répondre par le demi-jour de celui qui sait, mieux : de celui qui a toujours su. Son problème, c’est le peu de créance qu’il accorde à toutes les croyances, les bonnes comme les mauvaises, les obscures comme les éclairées, les maudites comme les bénies.
C’est ainsi que, derrière le faste des orgies, derrière la sempiternelle vision des petites pépées aux seins nus mais coiffées d’une casquette de SS et assises sur les genoux d’un colonel se devine un peu trop bien le portrait très général d’une humanité – tiens, te revoilà toi – à l’intérieur de laquelle personne, résistants ni collabos, dupeurs ni dupés, n’échappe à la médiocrité et à la compromission. Pas un, en somme, pour rattraper l’autre.
Si, quand même : un personnage. Deux plutôt. Mais une seule figure, un unique motif. Pour l’heure je n’ai rien dit ou presque de Corinne, la fille de Jean, révélée sur grand écran par le cinéaste Léonide Moguy, tout comme son interprète, Nastya Goloubeva-Carax, l’est aujourd’hui par le cinéaste Xavier Giannoli. Rien dit parce que tout le monde l’a déjà fait, que tout le monde s’est déjà extasié sur la naissance d’un star, et qu’il s’agit là d’un refrain tellement connu qu’on a parfois envie de passer son tour. Rien dit encore parce que j’ai passé une bonne partie de la séance d’hier à me demander ce que Giannoli cherchait à me dire à travers ces longues scènes d’essai et de tournage, ces références répétées au cinéma, ces innombrables couvertures de magazine.
Puis j’ai compris. Le récit est narré en voix off – celle de Corinne – trois ans après la fin de la guerre. Jean a été condamné à mort et exécuté, Corinne ne tourne plus, elle est encore malade mais elle fume encore (si un jour quelqu’un s’attelle à la rédaction d’une étude consacrée à la représentation de la cigarette dans les films d’époque, il ou elle trouvera ample matière dans Les Rayons et les Ombres). Sur un magnéto prêté par une voisine, elle enregistre – ou croit enregistrer – le récit-confession de sa vie. Un jour, Moguy frappe à la porte. C’est la dernière scène. Ce sont les derniers mots : « Il nous reste le cinéma », conclut le cinéaste d’origine ukrainienne.
La voilà donc, la morale giannolienne, la petite lueur au milieu de toute cette grisaille. Personne n’échappe à la compromission, le monde est laid, ceux qui prétendent juger ont tort, l’homme reste humain, trop humain, etc. Ce genre de conviction n’a jamais fait tomber personne de sa chaise. Ce n’est pourtant pas tout : il y a mieux. C’est-à-dire qu’il y a pire.
Une chose échappe en effet à la compromission universelle, une seule : c’est le cinéma. Lui seul est pur. Propre. Immaculé. Tous imposteurs sauf moi, en gros. Dans son article énervé, Luc Chessel a raison de dire que le moment – l’immédiat après-guerre –n’est pas très bien choisi pour affirmer de la sorte l’irréprochable pureté du cinéma (LC pense vraisemblablement à Godard, pour qui c’est justement entre 1940 et 1945 que le cinéma a failli à sa vocation historique). J’ajouterai qu’il me paraît spécialement peu élégant de passer plus de trois heures à assimiler la politique à la compromission pour finir par reconduire à l’art à la pureté. Salir tout le monde pour s’en laver in extremis les mains : difficile d’imaginer plus sinistre programme.-
Jonas
InvitéMerci !
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François Bégaudeau
Maître des cléstrès surpris de cette pente critique de Burdeau
les thèmes récurrents, « le sujet de Giannoli », la « question » de Giannoli
Giannoli c’est d’abord et avant tout je crois, une facture (qui est aussi une posture), et ce dernier film me le confirme
est ce que quelqu’un pourrait remettre le texte de Chessel ici, je ne le trouve plus?
merci-
Ostros
InvitéVous aviez aimé la minute de silence à l’Assemblée nationale en hommage à un néo-nazi ? Vous allez adorer les 195 minutes de bruit (et de musique) retraçant le destin de deux collabos, sur vos écrans ce mercredi. Des nouvelles supplémentaires d’un pays et d’un monde parallèles qui se rapprochent de jour en jour, l’écart semblant se resserrer pour nous aplatir progressivement.
Non pas que le nouveau film de Xavier Giannoli avec Jean Dujardin fasse l’éloge sans réserve, attention, du fourvoiement de ses héros, c’est plus subtil, c’est moins grossier. Il ne fait pas non plus l’inverse, tant on est loin ici de cette vision pour lui trop manichéenne de l’histoire qui répond au nom d’antifascisme, et dont la boussole morale n’est donc plus qu’un lointain souvenir dans les couloirs des studios Gaumont, pourtant debout «depuis que le cinéma existe». Quel est le problème, nous dira-t-on, à raconter l’histoire vraie des traîtres, à faire le biopic bien documenté, bien reconstitué, de bonne facture, des salauds ? N’est-ce pas faire œuvre de pédagogue, d’historien, que de montrer une trajectoire ennemie, si c’est pour la comprendre et nous garder de l’emprunter, au présent ou à l’avenir ? Encore faut-il trouver comment l’écrire, voire comment la filmer. Par quelque bout qu’on prenne les Rayons et les Ombres – et il grouille de directions contradictoires, intenables ensemble comme séparément, le confusionnisme glamour étant sa tactique esthétique principale –, on s’excuse, mais rien ne va.
Equation contradictoire
«La fiction, c’est plus fort qu’elle, rachète les personnages», écrivait Serge Daney en 1990 contre Uranus de Claude Berri, précédente tentative d’aborder la Collaboration par le prisme du cinéma commercial. Le film commence en 1948 : Corinne Luchaire, une jeune femme à l’air mal en point jouée par Nastya Golubeva (fille de la grande actrice disparue Katya Golubeva et du cinéaste Leos Carax, ce qui n’est pas sans résonance puisqu’elle tient ici un rôle de «fille de»), est suivie et reconnue dans la rue par deux hommes qui l’insultent et la frappent au square devant son enfant, sous les yeux d’une voisine scandalisée. On commence alors à apprendre, par sa voix off, son secret : elle est une ancienne actrice célèbre, condamnée pour collaboration avec l’occupant nazi, et la fille de Jean Luchaire, patron de presse fusillé pour la même raison en 1946. La double impression, insoluble, que suscite le contraste entre la violence de la séquence et l’explication de ses raisons, pose le ton général du film, son équation contradictoire. Au niveau des scènes prises une par une, il ne cherche qu’à créer de l’empathie pour le personnage, tout en la mettant en balance avec le jugement historique négatif à son encontre. Ce jugement négatif semble n’intervenir qu’au bout du compte, à un niveau d’abstraction ou de hors champ plus grand, extérieur aux situations elles-mêmes, comme dans la phrase «l’Histoire jugera».
Ainsi, à la fin du film, après trois heures quinze de variantes de ce double jeu, au procès de Luchaire – père adoré auquel le film réserve le même traitement pénal-compassionnel qu’à sa fille (lui a collaboré par amitié avec un nazi et par pacifisme, ce lâche, elle par inconscience, cette écervelée – le film ne combattant que le sexisme des tondeurs de la Libération, jamais le sien propre), le réquisitoire implacable du procureur contre lui sera à la fois endossé et remis en perspective, ou en cause, par la citation autrement plus puissante du poème de Victor Hugo qui donne son titre au film, récitée sur la route de Sigmaringen en compagnie des pires ordures génocidaires que la France ait supportées. «Tout l’homme sur la terre a deux faces, le bien /Et le mal. Blâmer tout, c’est ne comprendre rien. /Les âmes des humains d’or et de plomb sont faites. […] Pour le siècle où l’on vit – comme on y souffre, hélas ! –/On est toujours injuste, et tout y paraît crime. /Notre époque insultée a son côté sublime.» Quiconque croyait vivre dans un monde où la relativisation de la collaboration avec le nazisme et la solution finale continuaient vaguement d’être une ligne rouge morale s’étrangle dans son fauteuil en se demandant s’il a bien entendu, bien compris, ou si c’est sa propre bêtise, son profond endoctrinement par l’héritage de la Résistance, qui le rendent imperméable à la fine casuistique s’étalant à l’écran. On s’excuse pour les anglicismes un peu radio Londres, mais on assiste à une masterclass de gaslighting historique.
Fausse dénonciation
Or cette inversion de toutes les valeurs a pour outils principaux le langage du mélodrame de base, celui des larmes qui montent et de la musique instrumentale déversée en grande quantité, avec une dernière heure carrément en survol des faits, montage musical accéléré peut-être censé imiter l’ivresse chronique de Jean ou la fièvre de Corinne luttant tous les deux contre la tuberculose («notre guerre à nous», dit-elle) et l’alcoolisme plutôt que contre l’occupant : des combats qui semblent en fin de compte se valoir dans un univers symbolique, d’ordinaire notoirement réac ou d’extrême droite, de la maladie contagieuse. De même, il faut le rappeler devant les énièmes scènes clichés où l’on se vautre dans le champagne (que seul Minnelli dans les Quatre Cavaliers de l’Apocalypse avait réussies en les coupant d’un vrai point de vue, le très gros plan sur les yeux de Glenn Ford et les surimpressions des horreurs de la guerre sur les mondanités vert-de-gris) : le problème avec la Gestapo, ce n’était pas les partouzes.
En tout cas, le langage audiovisuel de la psychologie superficielle et tire-larmes, qui peut d’un instant (d’une époque) à l’autre se retourner comme une veste, servir à faire pleurer sur le sort des bourreaux quand on en eu assez de montrer celui des victimes, c’est peut-être avec lui qu’il faudrait rompre. D’autant que l’idiome est en plus particulièrement mal parlé par Xavier Giannoli. Qu’est-ce qui entrave notre auteur ? Quelque chose dans le point de vue, de l’ordre des motivations. L’auteur déclare au sujet de ses figures : «Nous étions à la fois fascinés, et nous avions envie d’avoir un regard punitif.» Ce mélange de fascination (pour la déchéance morale – comme quand père et fille rient de se voir couverts de sang à la Carrie, peut-être la meilleure scène, la plus claire) et de punition (le goût du châtiment par et pour le spectacle) est une double impasse de mise en scène, c’est elle qui fait des Rayons et des Ombres un mauvais film, certes à propos des mauvaises personnes, mais pas à cause d’elles. C’est en vain qu’il rejette sa faute (son ambiguïté) sur ses personnages, bien plus cohérents que lui en dépit de leur manque de consistance. On les défendrait presque contre leur biopic, c’est d’ailleurs ce qu’ont raison de faire les acteurs, Jean Dujardin et Nastya Golubeva, en étant tous les deux très bons malgré les circonstances, sobres de bout en bout à travers cette longue et fausse dénonciation complaisante des ivresses de l’Occupation.
De quoi parle ce film ? «Le vrai pouvoir d’un journaliste, ce n’est pas ce qu’il écrit, mais ce qu’il n’écrit pas» : sa parfaite petite phrase, sa bonne petite formule, exprime aussi son vrai sujet, qui n’est autre, comme il était déjà celui d’Illusions perdues (2021, d’après Balzac), que sa haine des journalistes. Ainsi les seuls moments où Jean Luchaire se voit-il condamner sans doute possible par le film, c’est sur son éthique journalistique, dans les moments où les articles des Nouveaux Temps, le journal qu’il dirige et que l’ambassade du Reich finance, sont dictés par la corruption, inhérente à sa corporation, plutôt que par un collaborationnisme sincère qui serait plus acceptable. Du moins s’il n’était inspiré par le pacifisme, initialement de gauche socialiste, de Luchaire, position dont on n’aura pas trop de mal à deviner qui elle vise dans la politique française actuelle : plutôt la gauche anti-guerre que les héritiers historiques réels, si patriotes, d’Otto Abetz et ses confrères SS.
Choix évitables et situés politiquement
Même en dehors de ces adresses au présent si subtiles et si bien senties, le problème général du film, c’est bien son approche morale de toute la chose (une vision empruntée alternativement, et contradictoirement, soit pour condamner avec hauteur, soit pour en jouir en la transgressant, soit pour s’amuser à tergiverser) et non pas politique : viser le présent avec un film d’époque, ce serait considérer les choix et les errements des Luchaire comme des positionnements politiques, des décisions qu’il aurait été possible de ne pas prendre. C’est d’ailleurs ce que le procureur dit à la fin, mais trop tard, à rebours de tout le reste, quand ce dernier pointe l’insuffisance de la défense par l’évocation du Juif que tout bon collabo a sauvé – le film ayant lui-même enfoncé sans réserve cette porte un peu plus tôt, en ne parlant de la Shoah, ou presque, que pour montrer la seule famille juive que les Luchaire ont aidé à fuir. Décrire la vie du père et de la fille comme une tragédie, aux accents irrémédiables, et pas vraiment comme le résultat de choix évitables et situés politiquement, est le grand défaut des Rayons et les Ombres, et c’est un problème d’écriture. Dernier des nombreux tropes ici détournés ou pervertis, la conclusion sera celle de tous les films inspirés d’histoires vraies, avec cartons révélant le destin tragique de nos personnages pronazis après la fin du film. Celle de l’Armée des ombres de Melville (1969), l’anti-modèle de Giannoli, était mémorable, où on pleurait à l’inverse pour la mort de personnages de fiction, membres de la Résistance.
«Il nous reste le cinéma», déclare juste avant cette fin Léonide Moguy, le sympathique cinéaste juif ukrainien revenu d’exil, à Corinne à qui il avait offert dix ans plus tôt son premier rôle à succès dans Prisons sans barreaux (1938), et qui lui propose de refaire un film ensemble, malgré tout ce qui précède. On est censé s’émouvoir, penser à Casablanca. Le fait, avéré, est beau en soi, mais la réplique sonne comme la formule contraire d’une éthique du cinéma. Elle trahit, pour couronner le tout, l’idée déterminante que la Seconde Guerre mondiale a changé le cinéma, c’est-à-dire que l’histoire change l’art, qu’elle l’emporte avec elle dans ses chutes, à sa perte, et qu’il est ensuite à reconstruire, à réinventer, et non pas à reprendre comme si de rien n’était, comme abri apolitique à tout le reste. Le cinéma n’est pas, en 1948 encore moins, l’art de la réconciliation, l’art d’accommoder les restes, sauf s’il est celui d’un monde parallèle, l’art officiel d’une uchronie fasciste (pardon, anti-antifasciste) à deux doigts de s’écraser sur nous. Un mauvais signe de plus.-
François Bégaudeau
Maître des clésmerci!
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Alexandre
InvitéLes deux textes se complètent bien avec avantage à Chessel, plus puissant.
Très intéressé et accroché par la référence courte aux Quatre cavaliers de l’Apocalypse .-
Charles
InvitéOn notera que pour l’instant France culture n’aura pas daigné chroniqué le film, que ce soit dans le Regard culturel de Commeaux ou dans les Midis de culture.
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Charles
InvitéPour l’instant est en trop
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Ourson
InvitéRap de transfuge de classe (après j’arrête)
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Ourson
Invitémerde mauvais topic pardon
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Malice
InvitéJe réactualise ici le sujet Claude Sautet; après écoute du dernier Tout va bien j’ai revu le seul Sautet que je connaissais : « Un coeur en hiver ».
Dans mon souvenir le film avait l’intérêt de prendre comme principal personnage un homme singulier qui ne pouvait pas être amoureux.
En le revoyant il m’a semblé que ce choix était un prétexte pour réasséner la valeur de l’engagement marital et du couple traditionnel, contre le « flou » de l’amitié et du célibat. Stéphane a pour meilleure amie une femme, il dit ouvertement vouloir séduire Camille, apprécier sa compagnie, sa musique, mais ne pas vouloir former avec elle un couple. Le film se chargera pour cette raison de le traiter de couille molle, d »homme infantile, et bien sûr de lui imposer des regrets de dernière minute – il est passé à côté de l’amour de sa vie non pas parce-qu’il est libre mais parce-qu’il est un homme incomplet, probablement psychologiquement blessé, c’est à dire inapte à fonder une famille.
Au lieu de travailler la tension entre Camille et Stéphane en explorant les mouvements de leurs désirs ( le veut-elle parce-qu’il est impénétrable, la veut-il par jeu ou par goût pour une amitié amoureuse sans règle; jouit-il simplement du pouvoir qu’il a sur une femme admirable; n’éprouve-t-elle pour lui que des pulsions érotiques inavouables qu’elle déguise en passion amoureuses?) le film réduit l’affrontement à la victimisation de la sensible Camille aux prises avec un homme-enfant dont les manquements la conduisent à la dépression – chagrin d’amour dont le vrai mec de l’histoire, Maxime, la guérira in fine.
Ce que je trouve particulièrement malhonnête de la part de Sautet pourrait être résumé dans le monologue rageur de Camille, découvrant que ses sentiments ne sont pas réciproques, et qui la voit revendiquer la vie, la baise, la sève – on devine de quelle sève elle parle, dont l’eunuque Stéphane serait dépourvu autant que de projets matrimoniaux – face à un Stéphane malade de sa carence en virilité. Effectivement, à l’écran, Stéphane ne vit pas, car le cinéaste ne veut pas montrer la vitalité potentielle d’un homme indépendant, aux relations fluides, dégagé de toutes responsabilités autres que celles du métier qui le passionne. Mais rien d’autre ne vit dans le film, certainement pas Camille toute en mélancolie, Dussolier tout en réprobation et inquiétude ni le vieux professeur malade dont on assistera aux crises, à l’agonie puis à la mort. Encore moins les scènes baignées dans une lumière gris -bleu qui ternit tous les plans ni le jeu d’Emmanuelle Béart, qui prononce chaque ligne comme on présente ses condoléances. Le plaidoyer pour l’amour marital se traîne à la manière d’une cérémonie de deuil : je n’ai pas le souvenir d’un rire ou d’un geste sensuel, qui aurait pu, pourtant, offrir un beau contraste entre Stéphane, secret et calme, et le reste du monde, censé lui être antagoniste; mais les autres personnages sont pris dans le même gel que lui. Donc je propose qu’on renomme ce film » Des coeurs en hiver »-
Charles
InvitéJe profite de ce message pour réagir à l’émission de TVB sur Sautet, très dense et passionnant alors que j’y allais à reculons tant ce cinéma m’indiffère. Je n’ai pas du tout ce rapport « doudou » à ses films, étant plus jeune d’une génération – pour moi c’est littéralement du cinéma de papa (même si mes parents n’ont jamais goûté ce cinéma-là). Je n’en ai vu que quelques un, Vincent, François…, les Choses de la vie, Nelly et M. Arnaud et c’est à peu près tout. C’est un cinéma extrêmement daté pour moi dans le sens de périmé. Il y a un côté presque un peu rance – pas autant que l’horrible diptyque comique Un éléphant ça trompe énormément et Nous irons tous au paradis que j’avais découvert avec consternation au moment du Covid – où je ne vois pas vraiment de mise en scène mais des tics modernes très bien détaillés par François qui n’ont pas survécu au passage du temps. Derrière ça rien si ce n’est une époque qui m’apparait très figée, sans vie (à l’inverse par exemple de la maman et la putain où l’époque est partout mais où les personnages sont vivants) et qui rend leur vision assez inconfortable. Ce sont des pièces de musée qui me renseignent avant tout sur l’inconscient collectif d’une époque, pas très jojo. Sinon ennui total.
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Alexandre
Invité« Je n’ai pas du tout ce rapport « doudou » à ses films »
J’ai, à ce propos, été amusé par l’évocation par François du bourdon du dimanche soir associé aux films programmés.
Ça j’ai bien connu, surtout en 6ème avec les 2 heures d’Education Manuelle et Technique qui commençaient le lundi à 8h00. Rien que d’en parler, j’ai la colique.
Les films de Sautet, qui me renverraient plutôt à mes 4ème ou 3ème, ne m’emballaient pas du tout et à la limite, ils auraient eu tendance à me titiller les boyaux par anticipation rien qu’à les lire programmés dans le Télé7Jours.
Je serais tenté de dire que le côté périmé et rance dont tu parles correspond à l’exact sentiment que j’éprouvais à leur contact.
Je pense néanmoins que cette œuvre est fréquentable et mieux mise en scène que tu le dis. Là, tout de suite, maintenant, je ne peux pas développer. Mais pour en avoir revisité deux ou trois ces quelques dernières années, j’ai ressenti des ondes positives.
Bon, comme dirait l’autre, l’enthousiasme est inhibé par la tiédeur de l’éloge.-
François Bégaudeau
Maître des clés» Rien que d’en parler, j’ai la colique. »
Eclat de rire
Mon dieu que de maux de ventre ont eu nos enfances.-
Samuel_Belkekett
InvitéTout dépend à quel âge tu as vu le film.
Ne pas sautet les époques…
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Tony
InvitéMoi aussi j’ai vu ce film pour la première fois il y a une quinzaine de jours et je n’osais pas trop en parler car il semble avoir des admirateurs et c’est ce que j’ai vu de pire ces derniers temps.Ce personnage impénétrable et taiseux qu’Auteuil a si souvent interprété dans ces années là est quand-même le fait de Sautet avec Quelques jours avec moi et il en rejoue ici une variation, épuisée et encore plus dévitalisée,il y a même dans ce personnage une parenté avec celui de Piccoli dans Max et les ferrailleurs,un personnage impossible, frappé d’impuissance et qui séduit une femme pour faire tomber celui dont il jalouse la puissance.
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le roi de la bagnole
InvitéMax et les ferrailleurs : bof
Mad Max : terrible-
Samuel_Belkekett
InvitéMax la menace encore mieux…
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Malice
Invité@Tony mais je le redis : à mon sens ce personnage taiseux aurait pu donner quelque chose de beau. C’est le genre d’homme que je peux trouver très sympathique dans la vie, dans une version peut-être un peu moins froide. Mais la froideur d’Auteuil dans ce film pour moi c’est vraiment la traduction du regard sévère que pose sur lui Sautet.
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Tony
InvitéC’est vraiment difficile de savoir si Sautet le regarde avec sévérité, comme si il le jugeait,je n’ai pas ressenti de jugement,il juge davantage Maxime dont on voit rapidement que le boutiquier bourgeois qu’il est principalement ne perd jamais de vue ses affaires alors que Stéphane semble être complètement étranger à ces considérations matérielles,de plus il semble avoir vécu un trauma qui le vaccine à jamais de tout projet de vie de couple,le film ne le condamne pas,bien au contraire.
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Samuel_Belkekett
InvitéIl faut comprendre la métaphore économique du film, très insidieuse. Dans le même temps Daniel Auteuil a fait une campagne de pub pour les laxatifs. Il n’est donc pas étonnant que le personnage du film soit terriblement constipé. C’est à un moment très précis du film ou les personnages marchent dans la rue alors qu’on voit au loin l’affiche de la pub des laxatifs. À partir de là tout s’éclaire. Le sens jaillit d’un coup.
La seule chose qui échappe à mon souvenir c’est s’il pleut ou pas durant cette scène. -
Malice
InvitéN’empêche qu’à la fin Maxime est récompensé – il a la fille, après l’avoir défendue d’ailleurs avec un certain panache ( sans compte qu’ il aurait pu la quitter en se sentant moins aimé voire humilié) tandis que Stéphane est dans les limbes, même si on imagine qu’il est en quête de « rédemption » . Stéphane complètement étranger aux considérations matérielles, je ne vois pas ce qui permet de l’affirmer car sa séparation avec son associé ne m’empêche pas de gérer sa boîte seul – il ne se déclasse pas. Au contraire on pourrait dire qu’il imite son camarade , prenant la tête « comme un bonhomme digne de ce nom » son atelier. Il donne des gages de « maturité » et on devine qu’il cherchera probablement par la suite à se marier. D’ailleurs, même son amie, amoureuse bohème comme lui, se lance dans la vie de couple à la fin. L’horizon de ce film est vraiment pour moi l’époux chef d’entreprise futur papa.
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Malice
InvitéJe relativise le panache de Maxime si je pars du principe que le « semi-homme » Stéphane n’est pas un concurrent réel pour lui, selon l’inconscient que je prête au film.
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Tony
InvitéSur l’aspect matériel,on voit plutôt Stéphane comme un artisan,un vrai, c’est lui qui a le savoir faire et la sensibilité,s’il s’installe ce n’est pas par ambition mais parce qu’il s’est fait virer,alors que Maxime ne sait rien faire,il a besoin d’une main d’oeuvre pour faire tourner sa boutique,bon de toute façon le film ne détaille rien de l’économie des uns et des autres, c’est pas un film marxiste.
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Samuel_Belkekett
InvitéÇa fait quand même vachement bien de placer :
« complètement étranger aux considérations matérielles »
Moi dès que je peux placer ce genre d’énoncé je ne me gêne pas. J’y vais carrément. Les meufs me regardent avec des yeux perçants et les mecs ont un petit mouvement de recul.-
Tony
InvitéOui ça fait un peu gars qui vit dans une grotte et qui s’éclaire à la bougie,voir Autonomes pour ça,il arrive quand-même à tirer son coup alors qu’Auteuil est complètement mou le pauvre.
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Samuel_Belkekett
Invité« voir Autonomes pour ça »
Ça va chercher loin les références, vingt dieux ! Vachement loin….
Vive l’extase ! -
Tony
InvitéSur un site qui s’appelle françoisbegaudeau.fr on suppose avoir des références communes.
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Seldoon
InvitéNotamment le côté FR.
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Samuel_Belkekett
InvitéC’est le bon sens près de chez nous…
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Ostros
InvitéOn a peu de nouvelles des films attendus en 2026
Mais déjà ceux-ci :
– La corde au cou, de Gus Van Sant, le 15 avril.
– Soudain, de Hamaguchi, le 12 août.
Avec Virginie Efira.
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Si quelqu’un sait quelque-chose sur la sortie du Serra, Ostlund, des Radu Jude, du Harari, Dumont et Malick qu’on n’attend plus mais quand même encore un peu, n’hésite pas à partager-
Charles
InvitéOstlund n’a pas fini de monter son film et veut le montrer à Cannes donc ça sera pour Cannes 2027 et une sortie en salles qui suivra.
Malick on le verra jamais.
Pas d’infos sur les autres si ce n’est que ça sera probablement avant septembre prochain. -
toni Erdmann
InvitéParmi les autres attentes :
On s’attriste de voir Lee Chang Dong chez Netflix d’ici la fin de l’année.
Sur la même plateforme, on sera quand même curieux de voir Fincher adapter un scénario de Tarantino centré sur le personnage de Cliff Booth.
Je spécule que le Mungiu prévu en août vaudra grandement la peine.
Emmanuel Marre vise sûrement Cannes avec son deuxième long.
Et, j’ose à peine le mentionner : le prochain Farhadi avec tous les acteurs les plus chers de France (Huppert, Niney, Cassel, Efira, Deneuve. Ce casting n’est pas une blague)-
Charles
InvitéJe suis aussi curieux de voir la mini-série de Pablo Marrain adapté de Mariana Enriquez, sur Netflix hélas, histoire de savoir s’il reste encore un peu de talent à ce cinéaste qui fut très prometteur.
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Charles
InvitéLarrain*
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Pout
InvitéJe me permets, les ayant vus, de vivement recommander :
– NUESTRA TIERRA de Lucrecia Martel, prévu le 1er avril.
– L’AFFAIRE ABDALLAH, de Pierre Carles, prévu le 8 avril.Le documentaire semble toujours au rendez-vous…
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Ostros
InvitéOui j’avais oublié le Marre dont on avait parlé il y a quelques temps et qui est très attendu aussi. Notre salut.
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J’ai beaucoup rapporté les news sur la première projection de Route Algéricaine, le prochain RAZ en juin, mais en réalité je n’ai aucune info sur une date de sortie officielle. J’espère qu’ils ont un distrib ou qu’ils en trouveront un à l’issue de la projection au festival de Marseille.
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Et oui, les docu, merci de les rappeler.
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Larrain je te laisserai voir Charles et si c’est validé j’irai jeter un oeil, si non je ne ferai pas l’effort.-
Ostros
InvitéToni hésite pas à relancer sur le Mungiu en août, je n’en ai vu aucun ce sera l’occasion.
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stephanie
Invitéj’ai vu Justa de Teresa Villaverde, je ne connaissais pas cette réal.
Le film parle des incendies qui ont lieu au Portugal en 2017 qui ont ravageaient les forets et la vie des gens.
On rencontre plusieurs personnages qui nous parlent de leurs souffrances de leurs douleurs les colères sans concessions, direct
Ce film prend aussi le temps de contempler la « nature » l’eau , la terre les cendres,ce qui restent et ce qui revit.
Une lumière magnifique, des cadrages serrés.
Et pourtant, je ne suis pas rentrée dans ce film, les personnages m’ont laissé un goût de mort vivant, secs et distants.
Si certain.es l’ont vu et veulent partager . -
Stéphanie
InvitéJe regarderai d’autres films de cette réalisatrice qui m’a l’air intéressante tout de même.
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I.G.Y
InvitéJ’ai été cueilli par Vol au-dessus d’un nid de coucou de M. Forman, rattrapé cette semaine. Je connais malheureusement peu ce cinéaste (si ce n’est pas Les amours d’une blonde dont je me souviens à peine).
J’avais très peur du film de pur cabotinage (Nicholson + folie + film à Oscars + note IMDB infiniment haute). En réalité Forman s’en sort plus que bien. J’aime beaucoup son appétence pour les scènes, les vraies scènes qui durent et dans lesquelles se passent énormément de choses même lorsqu’il s’agit de dialogues. Il ne rigole pas avec la scène. Le film me paraît avoir un très bon équilibre entre légèreté et gravité — non pas au sens d’un mélange mou des deux pôles mais d’une vraie jonction de la drôlerie et de la violence objective, crue, dernier point sur lequel Forman ne rigole pas non plus. Les personnages sont complexes et mes sentiments à l’égard de certains d’entre eux ont changé ou oscillé à mesure que le film avançait (Nicholson et la cheffe en particulier). Forman ne traite pas les patients comme une galerie de « gueules », ils ont pleinement droit à une attention collective et individuelle qui fait que je me souviendrai d’eux, j’en suis à peu près sûr.
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[SPOIL] Il y aurait beaucoup de choses à déplier « politiquemment » par rapport au traitement de la question de l’émancipation. Je retiens parmi les moments forts cette exultation finale du patient qui voit l’indien s’échapper à travers la fenêtre défoncée, déchaînement de joie à l’idée non pas de sa propre émancipation (car seul l’Indien sort), mais de l’émancipation d’autrui — et ces deux plans sur la fenêtre défoncée, un de l’intérieur et un de l’extérieur, superbes. Même s’il est en réalité faux de dire que seul l’Indien s’émancipe. Seul l’Indien s’échappe en effet, mais le film tout entier ne fait que montrer le processus concret par lequel les patients ont, irréversiblement, arpenté les sentiers heurtés de l’émancipation — avec parfois, au bout du chemin, la mort.-
le roi de la bagnole
InvitéTu sors tout juste du ventre de ta mère pour découvrir seulement maintenant ce film ?
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I.G.Y
InvitéSorti récemment, histoire de, et je songe à y retourner — en prévision de 2027.
(d’ailleurs je me suis trompé car j’ai aussi vu Amadeus, mais il y a presque 20 ans).
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Malice
Invité@Igy tu me donnes envie de découvrir le film dont je me méfiais pour les mêmes raisons que celles que tu évoques plus haut. Jack n’est pas en roue libre alors?
Question aux connaisseurs: quels sont les films de Milos Forman que vous préférez? J’ai vu Man on the moon, Ragtime ( souvenir d’une seule scène de celui-là, je l’ai vu trop jeune), Les fantômes de Goya, Hair, Amadeus mais j’ai surtout un grand souvenir du dernier.-
Ema
InvitéEn dehors de Vol au dessus… je garde un bon souvenir de Valmont et Amadeus. Mais il faudrait que je les revoies.
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Tony
InvitéMoi j’ai gardé un très bon souvenir de Hair que je voyais régulièrement dans ma vingtaine,je fumais pas mal d’herbe et de shit à l’époque,je l’ai jamais vu sans être enfumé.
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Malice
InvitéSi j’en crois le casting de Valmont, Forman a été plus fidèle à la Marquise de Laclos que Stephen Frears ( une Merteuil telle que je me l’imaginais en lisant, plus jeune et moins effrayante que Glenn Close)
Je vais voir ça
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Ema
InvitéMan on the Moon mauvais souvenir en revanche, la faute au Jim Carrey en mode performance à oscar qui me donne de l’urticaire.
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Alexandre
InvitéJe ne saurais que t’encourager à le retenter car je pense que Man on the Moon est le meilleur Forman dernière ligne droite avant extinction des feux (et accessoirement le meilleur film de Jim Carrey).
Splendide scénario fondé sur sur l’illusion actorale, les chausses trappe de la duplicité comme esthétique vertigineuse d’un artiste de stand up dont la folie et l’étrangeté ne ressemble à rien de ce que l’on connaît non seulement de part et d’autre de l’Atlantique mais également de part et d’autre de l’écran puisque le film que nous avons sous les yeux est aussi imprévisible que son protagoniste.
Et comme toujours avec Forman, tout cela est grand public, populaire, lisible, divertissant, porté par un montage et une mise en scène au cordeau. Mais toujours au diapason d’un personnage inconfortable autant pour ses spectateurs dans le film que pour ceux qui sont devant.
Pas de performance à Oscar pour Carrey qui, paradoxalement, est maintenu par Forman en périphérie du vedettariat, toujours encadré par la mise en scène, véritable star.-
Alexandre
InvitéMais j’aime tout ses films.
Forman ou le grand cinéaste de la pulsion de vie. -
Schnoups
InvitéJe vais le regarder tiens. Je l’avais zappé dans mon grand enchaînement Jim Carrey.
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Alexandre
InvitéEn outre, le générique de fin nous gratifie de deux chansons de REM dont l’excellent single que voici:
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Samuel_Belkekett
InvitéDire de the man on the moon qu’il est :
« tout cela est grand public, populaire, lisible »
Est un peu s’avancer. Le film est d’une telle subtilité qu’il n’est pas si facile d’accès justement. À t’il eu un succès public ? Je ne crois pas.-
Ostros
InvitéEt sinon tu veux pas nous parler un peu de ton job dans l’informatique et tes études de psycho qui n’ont mené nulle part ?
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Samuel_Belkekett
InvitéJe ne sais qui se cache derrière ce pseudo, vraie ou fausse Ostros, mais en tous cas, c’est très intéressant et bien au-delà de tes espérances.
Je suis bien certain que tu ne te rends absolument pas compte de ce qu’il ressort de ce seul post. Que je retranscris dans son entièreté tellement il est intéressant :
« Et sinon tu veux pas nous parler un peu de ton job dans l’informatique et tes études de psycho qui n’ont mené nulle part ? »
Comme dit Freud, l’humour n’existe pas, sous entendu, il y a toujours une signification cachée. Là elle est vraiment, mais vraiment flagrante.
L’importance cruciale pour toi de la réussite.
Quelle réussite ? « Les études de psycho qui n’ont mené nulle part ? » Les études ne suffisent donc pas pour toi, non, il faut qu’elles mènent quelque part.
Donc c’est la réussite sociale qui t’intéresse et non la réussite individuelle pour laquelle les études n’auraient nul besoin de mener « quelque part ».
Nul doute que ce post traduit une insécurité. Cette insécurité signifie : moi au moins je vais et je me trouve, socialement « quelque part ».
Et là nous avons, François Bégaudeau, dans toute sa fragilité. Celle de ne pouvoir se concevoir hors d’une « représentation sociale » réussie. car c’est bien toi derrière ce pseudo. Car pour François Bégaudeau, vivre pour vivre, ne peut que mener « quelque part » dans une « représentation sociale ». En cela je lui donne le point, car en appliquant son implacable logique, moi, je ne suis… qu’un raté. Un pauvre et malheureux raté.
Quand bien même j’aurais une redoutable intelligence, hors de toute « représentation sociale », je resterai à jamais… un raté.-
Samuel_Belkekett
InvitéAvec ce post, je cours les grandes inimitiés. Dommage…
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François Bégaudeau
Maître des clésJe dois redire ici qu’il serait profitable à tout le monde de ne pas entrer en interlocution, de quelque manière, avec Samuel Belkekett, ou avec un de ses 45 pseudos, facilement identifiables (des posts sur tout, souvent bavards et ineptes), et bénéficiant d’un soutien artificiel patent
Merci de faire ce petit effort. Comme pour les toilettes sèches. -
Samuel_Belkekett
InvitéCe n’est pas grave tu sais si désertion n’est pas un bon livre.
De toute façon il n’en reste déjà plus rien. Tout le monde l’a oublié. Comme ça c’est réglé.
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Ema
InvitéOui c’est je crois un très beau film, je garde notamment un souvenir assez puissant de la scène dans laquelle Nicholson comprend, et moi avec car très jeune à l’époque, que les gars sont là de leur plein gré, et la jubilation de l’infirmière à ce moment là. Film peut-être un peu misogyne en revanche.
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I.G.Y
Invité« Film peut-être un peu misogyne en revanche » : je me suis sérieusement posé cette question, en effet. Je ne pense pas qu’il soit outré de la poser.
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Ema
InvitéOui. La mal baisée contre le bon vivant est l’imaginaire qui me vient, surtout si on considère que les pauvres âmes faisant ici les frais de cette figure glaciale de l’institution sont également… des hommes. La vitalité est clairement du côté du masculin dans cette affaire. Le film aurait peut-être gagné à plus d’équité et de dialectique dans le traitement de ce personnage féminin, puisque c’est le seul ou presque.
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Alexandre
InvitéC’est fou (si je puis dire) que vous en parliez : je l’ai revu en salle il y a deux soirs!
« La vitalité est clairement du côté du masculin dans cette affaire. »
Le seul éventuel problème avec ce chef d’oeuvre, incapable d’être autre chose qu’un chef d’oeuvre alors qu’il a tout comme dit I.G.Y. pour qu’on se le paye des décennies après (comme Amadeus du reste), est que le personnage de Nicholson est fondamentalement peu sympathique.
« On » voudrait nous le faire passer pour un roublard au coeur tendre mais factuellement, son background est glauque : le gars a quand même possiblement violé une gamine de 15 ans, quelque chose comme ça, pour subir son emprisonnement. Il est de plus assez manipulateur et profite allègrement des fous de son pavillon en se servant de son charisme pour les baiser aux cartes (et se faire un petit pécule en passant) et les mettre dans sa poche. On passe un peu sur tout ça parce qu’on est dans les années 70 (précisons tout de même que l’action du film se situe en 63) et qu’on était moins regardant qu’aujourd’hui dès lors que ça servait la ruée dans les brancards. Voilà, je trouve que quelque chose de cet ordre plane sur le film et le menace à tout instant de roublardise calculatrice sous couvert d’efficacité.
On pourrait aussi retourner ce que je dis sous l’angle de l’audace iconoclaste et considérer que la démonstration est d’autant plus forte que le héros est discutable.
Je crois surtout que le film n’est pas une démonstration et nous en sommes forte aise. C’est là sa force parce qu’il nous rappelle séquences après séquences à quel point Forman était un sensationnel artisan capable, d’un matériau dont il n’était pas le géniteur, d’en tirer le suc vitaliste qui le prémunira pour l’éternité de tout risque d’académisme.
Je crois donc que la misogynie n’a pas plus quoique ce soit à voir là dedans que dans n’importe quel autre film de son auteur. Tout au plus, puisqu’il s’agit d’orchestrer une confrontation plus que tellurique entre Miss Ratched et McMurphy, le contraste entre les deux personnages est à couper au couteau. Bien sûr que Miss Ratched est une mal baisée. Elle en a les contours. Mais il m’apparaît que cela n’est pas ce qu’elle présente de plus saillant. Elle est avant tout une figure de la banalité du mal, une sorte de SS sous des manières policées dont le sadisme est doucereux, jamais irrationnel.
Louons donc l’incroyable direction d’acteur de Forman qui rend TOUT les interprètes superbes. Nicholson y invente le Nicholson cabotin qu’il ne cessera jamais d’être par la suite il est vrai. L’explosion fera des dégâts mais elle est belle à regarder, vraisemblable, truffée de nuances faisant alterner gravité et truculence.
Face à lui, Louise Fletcher est l’immense révélation du film : froide et sincère par endroits dans son maternalisme, implacable et cruelle maîtresse d’école pour coucous. Elle n’aura finalement été que l’actrice d’un rôle tant sa postérité n’aura rien laissé d’autre de mémorable par la suite.Pour autant, oui
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Alexandre
InvitéAh j’ai commencé et ne l’ai pas finie. Je ne sais plus ce que je voulais dire.
Pour répondre à Malice, il faut tout voir de Forman, ce qui est vite vu car assez peu de films au compteur finalement. Ils sont tous remarquable avec parfois quelques défauts. Surtout Les Fantômes de Goya qui contient pourtant une des plus belles scènes de toute la filmographie.-
Malice
InvitéJe me souviens d’une scène qui concerne Alicia la fille de la martyre de l’inquisiteur, une scène de fuite heureuse je crois ou de provocation envers des agresseurs mais ça reste flou
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Alexandre
Invitéspoilers
Je parle de ce moment où les parents de Nathalie Portman invitent à diner l’inquisiteur (Javier Bardem) qui a pourtant torturé leur fille. L’ordure pense tellement avoir oeuvré dans la légitimité qu’il se laisse tranquillement inviter par ces gens de haute extraction.
Le diner se passe fort courtoisement jusqu’au moment où les choses basculent et que, avec l’aide des domestiques, ils le torturent pour lui faire avouer qu’il est un singe et non un homme, sa signature faisant foi. Prouvant par ce biais l’inanité de l’extorsion d’aveux.
Scène magnifique. Et exaltante d’être magnifique.
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Ema
InvitéQuant à moi je ne trouve pas « problématique » le côté glauque du perso de Nicholson, je trouve justement puissant que l’émancipation advienne par une personnalité moralement répréhensible et aux intentions ambivalentes. Car in fine ce n’est pas son sens de la justice ou sa morale qui va dynamiter tout çà mais bien sa puissance vitale, c’est un film assez nietzschéen de ce point de vue là.
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Malice
InvitéEnfin vu le film et tout à fait d’accord avec toi au sujet de la puissance vitale de McMurphy. Très contente d’avoir vu Nicholson dans un rôle parfait pour lui, j’avais abandonné le dossier à la suite d’un revisionnage de Shining.
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Ema
InvitéOui moi même pas fan de Nicholson mais il est vrai que dans ce film sa performance antipathique est justement ce qui permet ou du moins amplifie ce que je souligne plus haut. Et puis cela crée un contrepoint intéressant avec Miss Ratched, plus interessant que s’il n’avait été qu’un bienveillant sauveur, sa méchanceté à lui relativise un peu la sienne à elle d’une certaine manière.
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Malice
InvitéJe ne sais pas si c’est parce-que j’ai vu l’adaptation des Liaisons dangereuses juste avant mais pour moi McMurphy est un Valmont. J’ai le même regard sur lui.
Je plaque peut-être mes fantasmes sur le film mais la façon dont Ratched insiste pour que McMurphy reste à l’hôpital au lieu d’être rapatrié en taule me paraît un peu trouble, comme si elle voulait le maîtriser mais aussi le posséder, d’une certaine façon.-
Ema
InvitéOui, moi j’y voyais le plaisir duplice du dominant à gracier son supplicié, un truc du genre. Je fais la pluie je fais aussi le beau temps, ça ne tient qu à moi (d’où le fait de s’opposer à une décision collégiale le concernant). Du coup tu as raison je pense sur le côté possession.
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Ema
InvitéAprès réflexion oui elle cherche surtout à le garder sous son autorité, le mystère étant est-ce par ce qu’il lui résiste et au fond celà la vivifie ou espère-t-elle le briser ?
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Malice
InvitéJe me disais que Ratched avait beau jouir de son pouvoir, un part d’elle s’ennuie probablement dans le ronron des rituels de l’intitut. Donc, éprouve une certaine jouissance à avoir dans sa cage un singe plus remuant, sexy et drôle que les autres.
Le jeu de l’actrice, très retenu, permet de se faire plein de films à ce sujet. -
Alexandre
InvitéNe nous emballons pas (mdr)
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Malice
InvitéVois ce regard humide d’amour, ça va se retrouver dans ma fanfiction
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Samuel_Belkekett
Invité1 Nicholson n’est jamais en roue libre à l’exception de ce western nanar qu’il a lui-même réalisé. Sinon la folie de vol au-dessus…, celle dans 5 easy peaces ou Shining et sûrement d’autres est toujours subtilement composée, toujours très différente d’un film à l’autre, contrairement à cette vision simpliste du cabotineur. Brad Pitt est cabotin pas Nicholson.
2 « La mal baisée contre le bon vivant » est un enjeu de l’époque, tout comme l’inverse le mal baisé et la bonne vivante, qu’on trouve dans le film. Les filles qu’introduit dans l’hosto J Nich a la fin du film, dont celle qui va coucher avec le mal baisé de l’équipe des patients, celui qui se suicidera, ces filles ne sont pas des clichés, ce sont plutôt des stéréotypes de l’époque, des filles simples, cool et libérées. Bref, Foreman a su tirer parti de l’époque. Grand film sur l’anti psychiatrie alors en vogue.-
Malice
InvitéSubtilement composée dans Shining, ce n’est pas ce que j’ai vécu la dernière fois que je l’ai vu. J’ai eu l’impression de voir ça:
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Alexandre
InvitéCe que je dis de Nicholson manque de nuances mais je veux avant tout dire qu’il y a un avant et un après Cuckoos pour lui. Le Jack Torrance de Shining sait ce qu’il doit à Randall Patrick McMurphy, pour le meilleur et pour le pire (tiens, le titre d’un autre film avec Nicholson). Alors qu’avant ça, le jeu de Nicholson est beaucoup introverti.
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Alexandre
Invitébeaucoup plus
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Samuel_Belkekett
InvitéOui et non, c’est vrai pour certains films, mais dès easy riders il cultive ce jeu très extraverti. Five easy peaces qui est à mon sens un de ses meilleurs film, il montre ses 2 savoirs faire. Première partie du film extraverti seconde sobre. Et c’est avant cuckoos nest.
Sa carrière passant et voulant se la jouer un peu j’m’en foutiste à la Brando, peu après Shining il choisira la facilité et s’enfermera dans cette image, dommage.
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Ema
InvitéIl faut comprendre que lorsque je taxe le film de misogyne, ce n’est pas tant un procès de l’auteur, dont je ne peux pas spéculer sur les motivations/intentions, mais plutôt sur ce que produit concrètement le film sur un plan esthétique/symbolique. Oui le personnage de Nicholson n’est pas un enfant de choeur, c’est acté dès le debut, et par ailleurs son bras de fer avec Miss Ratched relève au debut bien plus du règlement de compte personnel que de la révolte politique. Mais de fait c’est par lui que la libération advient, il fallait donc qu’un baiseur viril et indomptable débarque parmis ce bétail domestiqué par une féminité castratrice pour renverser le rapport de force. C’est une lecture certes un peu symbolique mais qui traduit aussi un ressenti de spectateur je trouve assez tangible quand je revois le film.
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Alexandre
Invité« C’est une lecture certes un peu symbolique mais qui traduit aussi un ressenti de spectateur je trouve assez tangible quand je revois le film. «
D’accord.
Cela participe de ce qui pourrait faire obstacle au titre de chef d’oeuvre.
Mais il y accède quand même je pense, grâce à ce mélange insurpassable de vitalité, de nervosité punchy et d’intensité émotionnelle. Et surtout ce sens impressionnant de la justesse du ton qui est probablement la grande marque stylistique des films de Forman. -
I.G.Y
InvitéJe réponds @tous ici. (Déjà, Alexandre : nous étions possiblement dans la même salle)
Je pense en effet que, dans son traitement de « l’élément féminin », ce film par ailleurs si fort dans l’ensemble perd quelque peu en puissance, ou du moins s’empêche, sans que ce soit nécessairement prémédité ou conscient, d’en gagner davantage. Je rejoins Ema sur le type d’imaginaire fémino-castrateur qui plane sur lui. S’il ne s’agissait que du contraste Mc Murhpy / Ratched que tu soulignes Alexandre, l’hypothèse de la « misogynie » (ou quelque chose approchant) ne me serait pas venue. Le personnage de Ratched a d’ailleurs quelque chose de puissant et n’est pas simpliste. Pour ma part je n’ai pas tout de suite saisi pleinement son vrai fond autoritaire, par-delà l’autoritarisme induit par son poste. Son stoïcisme est dur à déchiffrer, son regard est quasi identique lorsqu’elle se pare d’une froide autorité et lorsqu’elle semble dépassée par les évènements (cf. le regard qu’on pourrait qualifier de complice (?) qu’elle jette à Nicholson à la fin de la toute première discussion de groupe, vers 21min — minutage récupéré par un site de streaming, au cas où certains voudraient revoir). Il y a aussi cette (courte) discussion où elle intervient lors du conciliabule des médecins, ambivalente mais qu’on pourrait dire « positive » à son égard.
Les limites qui lestent le film quant à la féminité n’apparaissent qu’avec un prisme plus large. On peut dire qu’un nombre significatif de personnages féminins, jusqu’à ceux qui n’apparaissent même pas à l’écran (je pense à la mère de Billy, citée deux fois et dont le rôle indirect est déterminant) sont des figures d’autorité froides et représentent la véritable part carcérale de l’établissement. Raccourci : l’élément féminin est l’élément carcéral. Même les gardiens (hommes), qui par moments doivent utiliser la force physique, ont plusieurs fois leurs moments comiques, détendus, cool. Il y a en effet, outre Ratched et la mère de Billy, une courte apparition d’une gardienne de nuit qui représente à nouveau la marâtre et ne sert qu’à cela. Il y a un autre non-personnage, à nouveau féminin : l’assistante de Ratched, réduite au rôle néanmoins récurrent de très joli pot de fleur (impressionnant air de famille avec Rami Malek, au passage). La chose va en fait plus loin puisque l’un de ses seuls moments d’acting, subtil, se situe vers 1h29 lors d’une discussion de groupe où Nicholson fait son numéro en expliquant qu’il est en gros une bête de sexe : ça me semble clair — mais c’est finement incarné, et sans zoom insistant ni surcadrage — que la présence dans le plan de l’assistante a pour seul effet de nous donner à voir que les paroles de Nicholson l’excitent. Ça m’a frappé en séance et revoir le moment en streaming me donne la même impression. Les « personnages » féminins qui ne sont pas carcéraux sont la « copine » brune de McMurphy (qui, ça n’est pas dit mais je ne pense pas me planter, est une prostituée) et sa copine blonde. Les deux existent à peine à l’écran (la blonde est carrément réduite à un pur objet de distraction). En somme : il y a une certaine accumulation d’éléments, ça n’est pas une vague impression, je crois.
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Je ne saurais pas dire s’il s’agit pleinement de « misogynie » mais on tourne autour. Je ne saurais par exemple pas comment qualifier un auteur de dialogue qui aurait une « incapacité » à doter d’humour ses personnages féminins — n’ayant vu que très peu de Forman, je ne peux lui coller cette étiquette, mais ça m’y fait penser : dans ce film traversé par la comédie, aucun personnage féminin n’est drôle (on pourrait me répondre que si je ne les trouve pas drôle c’est que j’ai précisément un biais sexiste, mais ça me paraîtrait de très mauvaise foi ici). Une telle impuissance peut bien sûr trouver l’une de ses sources dans la misogynie. [moment où je m’étais le plus fait cette réflexion : lorsque j’ai revu il y a 5-6 ans cette série qui néanmoins me fait rire, Eric/Ramzy/Jamel des grands jours oblige : H].-
Ema
InvitéMerci pour cette synthèse mesurée IGY, on sent que le souvenir est frais chez toi, ce qu’il n’est pas il est vrai me concernant. Pour No other choice je ne parviens pas à retrouver tes remarques, pourrais tu réitérer tes reserves ici?
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Ema
InvitéAh et oui H me fait le même effet, et j’ai toujours peiné a faire entendre cette micro reserve dans mon entourage, unanimement fan.
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I.G.Y
InvitéC’était à cet endroit. Comme j’ai fini par être lâché par le film — une sorte d’overdose, trop de dispersion dans les arcs comiques et les effets formels —, j’aurais du mal (et j’ai eu du mal) à en dire des choses précises. J’ai largement préféré ses autres films (surtout Decision to Leave, JSA et Old Boy, que j’ai revu trois jours après No Other Choice pour m’assurer que je le trouvais mieux). Il faudra que je revoie No Other Choice plus tard, à distance.
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Malice
InvitéQue pensez-vous de son premier film de vengeance? » Sympathy for mr Vengeance » m’a frappée par ses points communs thématiques avec » No other choice » : scènes d’usine, sacrifices d’employés, dureté des rapports sociaux, quête de revanche mais aussi possibilités de tendresse entre ennemis de classe.
C’est aussi le film où Park commence à sérieusement maîtriser son style, c’est assez éblouissant de le voir après avoir vu ses deux premiers essais, The moon is the sun’s dream et Trio-
I.G.Y.
InvitéPour ma part, malheureusement pas vu
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Samuel_Belkekett
InvitéMon dieu !!!!
Les personnage féminins ne sont pas drôles.
Quelle analyse brillante !!!
Tu te prépares à une longue carrière mon pote.
C’est d’une prétention et d’une immaturité, tu devrais avoir honte de te masturber en public comme ça.
CONCLUSION quand on balance la gauche molle et hyper morale par la fenêtre, elle revient encore plus molle et encore plus moralisante par la grande porte.-
Samuel_Belkekett
InvitéLe message ci-dessus s’adresse à @I.G.Y
Une autorité de pensée sur ce forum.
Un titan de la pensée profonde.
Du moins se conçoit il ainsi.
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Samuel_Belkekett
InvitéJe vois bien ce que tu veux dire. Mais ton regard est quand même très rétrospectif.
C’est un film de 75. Or la cheffe castratrice du point de vue symbolique incarne bien davantage une perception œdipienne de la mère. Vu par l’anti psychiatrie alors en vogue. D’ailleurs elle renvoie le petit jeune à sa mère, ce qui générera le suicide du petit jeune.
La cheffe castratrice incarne un ordre symbolique répressif, tandis que celui que tu vois comme un baiseur viril, il incarne la liberté des 70’s, alors encore puritain.
Il faut un regard historiographique sinon tu rates des trucs.-
Tony
InvitéOn a encore gagné le gros lot,on est vraiment veinard.
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Ema
InvitéTu dis exactement la même chose sur moi, simplement tu refuses le terme « misogyne », comme un anachronisme, au nom du regard historiographique, alors qu’en ce qui me concerne cela le renforce. Car si effectivement comme tu le dis le film applique une symbolique psychanalytique 70’s dans laquelle femme d’autorité = castration alors il s’agit bien d’un imaginaire objectivement et intemporellement misogyne, que le film reconduit peut-être incidemment (ou pas).
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Ema
Invité@ Samuel
*la même chose que moi-
Samuel_Belkekett
InvitéMais non, l’anti psychiatrie n’est pas du tout une vision psychanalytique.
Au contraire, voire David Cooper « mort de la famille » ou autres ouvrages. C’est une pensée libertaire. En revanche elle est datée. Mais conteste l’œdipe comme Deleuze l’a fait plus tard. Je ne vois rien de mysogine dans ce film, si dès qu’on prend l’image d’une femme pour en incarner un pouvoir répressif, on l’interprète comme mysogine alors c’est que c’est cette interprétation là qui a un gros problème de susceptibilité.-
Samuel_Belkekett
InvitéAnti psychiatrie = critique de l’œdipe, de l’amour maternelle œdipien. Comme Deleuze le fera plus tard et comme Foreman le fait dans ce film.
@Tony
« On a encore gagné le gros lot,on est vraiment veinard. »
Pas clair faudrait développer. Mais contre toute attente, je t’offre un grand et beau miroir dans lequel tu te contempleras, t’écouteras parler et te regarderas penser.
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Ema
InvitéSinon quelqu’un d’autre a adoré le dernier Park Chan Wook? Burlesque et cruel à souhait.
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Malice
Invité@Ema oui on en a parlé quelque part dans la page 21
J’ai aimé le film, Igy a osé émettre des réserves ce qui lui a valu quelques jours d’exil en Corée du Nord-
I.G.Y
InvitéC’est beaucoup mieux que ce qu’en disent JSA et les merdias. Et à compter de mardi le ciel se dégage.
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Malice
InvitéOn ne t’a pas forcé à te nourrir de bébé golden retriever comme il est sous entendu dans la plus traumatisante scène de JSA?
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I.G.Y
InvitéRire, j’avais totalement oublié cette scène.
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Malice
InvitéMerci pour la reco de Valmont de Milos Forman, je trouve sa version des liaisons excellente. Les scènes de pur amusement, l’humour, la place accordée aux adolescents, m’ont rappelé Amadeus. Le fait que Tourvel ne soit pas jouée par une star au physique sublime la rend encore plus touchante. Beaucoup aimé que Valmont et Merteuil ne soient pas résumés à leur fausseté et leur travail de prédation.
J’aurais aimé voir cette adaptation plus tôt
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Ema
InvitéOui Valmont me plait davantage que l’adaptation de Stephen Frears, meilleur casting/caractérisation notamment (chez Frears Valmont et Merteuil ne laissant aucune possibilité de sympathie ou complicité ludique avec leurs personnages)
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Charles
InvitéEt plus érotique, moins froid.
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Malice
InvitéOui, Valmont et Merteuil sont impossibles à aimer dans le film de Frears; on ne peut pas épouser le point de vue de Tourvel amoureuse et comblée. Chez Forman on a droit à des plans sur son visage heureux et on se réjouit pour elle.
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Alexandre
InvitéI.G.Y., je sais que le monde est petit mais pour qu’il y ait une chance qu’on ait été dans la même salle, il eût fallu que tu sois belfortain. L’es-tu? (si tu me dis oui, je t’offre une mousse). J’ajoute pour l’anecdote qu’on était 6 personnes.
Sinon, quelques points de ton dernier commentaire stimulant sur lesquels je reviens.
Avant tout ceci:
« …Nicholson fait son numéro en expliquant qu’il est en gros une bête de sexe : ça me semble clair — mais c’est finement incarné, et sans zoom « insistant ni surcadrage — que la présence dans le plan de l’assistante a pour seul effet de nous donner à voir que les paroles de Nicholson l’excitent. »
Très bien vu! J’ai beau avoir revu le film environ 156 fois (mais que deux fois en salle), cette dernière séance fut celle où je remarquais seulement ce sourire de l’assistante, Miss Pilbow!
Ton interprétation est tout à fait séduisante. Voici comme moi je l’ai ressenti. Je pense que les conditions de tournage du film, devant faire large part à l’improvisation, aux propositions spontanées des comédiens, l’actrice (qui a un nom à consonance arménienne et qui ressemble en effet à Rami Malek) est possiblement amusée par l’histrionisme, hors champ, de Nicholson. On connaît ça chez Rohmer par exemple mais aussi dans Dr Folamour où un contrechamp nous révèle les efforts d’un comédien pour réprimer son fou rire devant les pitreries de Peter Sellers. Je crois savoir que l’ambiance du tournage du film de Forman était d’un fixe radieux, chacun super impliqué, sachant pertinemment qu’il participait à quelque chose de fort, d’important. Je crois aussi savoir que Louise Fletcher par moment dépitée d’incarner un tel glaçon, faisait la conne entre les prises, jouant les sensuelles, dansant le french cancan à moitié dévêtue sur une table, pour compenser son isolement actoral.
Cette anecdote hors prises ainsi que ce que tu as noté chez l’assistante est, je trouve, révélatrice de ce qui sous-tend la plupart des films de Forman : l’attention, ici par défaut, apportée à la sensualité féminine. Dans Vol au dessus d’un nid de coucou, elle circule en contrebande et curieusement se laisse devinée de loin même chez la cheffe qui n’est pas physiquement rébarbative. A un ou deux moments, elle esquisse même un sourire agréable à regarder. Je veux dire que Forman ne l’enlaidit pas outre mesure.
On peut s’estimer heureux qu’une fiction d’obédience carcérale contienne autant de femmes. Les films de prison (qui ne sont certes pas des films d’hôpital psychiatrique) n’ont généralement pas ce genre de générosité.
« Je ne saurais par exemple pas comment qualifier un auteur de dialogue qui aurait une « incapacité » à doter d’humour ses personnages féminins »
Les deux nénettes que trimballent Nicholson apportent pourtant une vitalité contrapunctique et un humour qui me semble contredire cela. Elles sont assez marrantes, y compris la blonde toute esbaudie lorsqu’elle tombe nez à nez avec l’Indien. J’adore ce moment où la brune, assez jolie et sexy, se tourne vers la folle équipe dans le bus et demande s’ils sont tous dingos. Ce à quoi les intéressés répondent par l’affirmative (on notera leur côté « 7 Nains » de Blanche -Neige : le timide, le grincheux, etc..).
En réalité, seuls deux personnages de femmes sont ici montrées comme dépositaire de l’autorité, gardiennes de l’establishment, Miss Ratched avant tout, mais aussi la surveillante de nuit qui ne fait que passer. Cette dernière me rappelle une horrible prof de maths que j’ai eu qui avait un peu la tête du nazi à lunettes des Aventuriers de l’Arche perdue mais avec une queue de cheval blonde. Et Miss Ratched me rappelle aussi d’autres profs, pas vilaines mais du genre à lancer froidement l’injonction de « prendre une feuille » en vue d’une interro surprise.
Nous connaissons ces figures. Elles sont universelles et le film prend acte de ces résonnances.
« Même les gardiens (hommes), qui par moments doivent utiliser la force physique, ont plusieurs fois leurs moments comiques, détendus, cool »
Pas tant que ça. Souvent ils rient sous cape pour se foutre de la gueule de Miss Ratched, que très certainement, ils ne peuvent pas blairer. On notera aussi qu’ils sont noirs, tout comme dans le roman de Ken Kesey. Fait que ce dernier nimbait d’explicitations sociologiques que Forman ne perd pas de temps à nous asséner. Je les trouve moi plutôt durs et tendus et pour l’un d’entre eux, le principal, au centre de tous les climax dramatiques.
Voilà en gros toutes les raisons qui m’incitent à résister à la thèse de la misogynie que toi et Ema avez pourtant fort bien nuancée.-
Alexandre
InvitéJ’ajouterais que le seul personnage qui sacrifie à un cliché un tant soit peu hollywoodien est le concierge noir, que joue Scatman Crothers, à nouveau partenaire de Nicholson dans Shining dans le rôle du cuistot doué d’extralucidité. Personnage un peu goguenard et puéril, légué par une convention quelque peu « oncletomiste », sans que ce soit accablant.
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Malice
InvitéSortant de Valmont je suis tentée de penser que Milos Forman est un ami des femmes. Je n’avais pas encore vu d’adaptation des Liaisons dangereuses où le metteur en scène ne se défoule pas sur Cécile de Volanges. Forman la place au centre, lui réserve des séquences magnifiques ( par exemple le rendez-vous secret avec Danceny concocté par Merteuil, avec autant de machiavélisme que de tendresse au fond). Là où Frears fait le portrait d’ une godiche, Milos fait éclater la vitalité d’une adolescente. Sa complicité – trouble et non exempte d’une part de manipulation- avec Valmont est tellement plus riche que le programme déroulé par « Les liaisons dangereuses » de F où un prédateur rencontre sa proie sans que le rapport de force ne subisse la moindre variation.
Le destin de la Tourvel de Forman me paraît éclairer son amitié pour les femmes mais je ne veux pas spoiler ceux que notre conversation rendra curieux du film.
Très très heureuse de m’être penchée sur Milos ce week end grâce aux forumistes.-
Malice
Invitéceux que notre conversation rendront pardon
mon enthousiasme me fait perdre ma conjugaison-
Samuel_Belkekett
InvitéUn ami des femmes, un ennemi des femmes, on va où là !?
Son amitié pour les femmes…
Ridiculement vôtre.
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Alexandre
InvitéTu a reconnu le héros de E.T. dans le rôle de Danceny?
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Malice
InvitéOui, bien sûr! Super idée de donner au chevalier un visage aussi poupin que Cécile, ça rend le personnage très émouvant. J’ai aimé la scène des billets dans la harpe, où il perd contenance puis se fâche puis galère à porter tout son barda pour enfin, ne pas pouvoir quitter la pièce dignement.
Forman et Carrière ont très bien compris l’importance de l’enfance. Tout le monde ou presque rit dans ce film, la quête de jeu et de plaisir l’anime plus que la rapacité du désir, la soif de pouvoir. Les ados sont des adultes et les adultes sont des ados.-
Alexandre
InvitéMais globalement, les personnages sont très jeunes, ce qui me semble parfaitement réaliste.
Et tu as raison que les séquences où les deux « enfants » se retrouvent seuls à seuls sont délicieuses.
Le film a pâti d’être sorti la même année que le Stephen Frears que tout le monde à l’époque préférait au Forman, qui n’a pas tellement marché je crois.
Ce dernier était pourtant plus profond dans sa légèreté.-
Malice
InvitéOui, profond dans sa légèreté, c’est exactement ça, comme l’amour qui arrive à Valmont.
Annette Bening correspond tout à fait à la Merteuil que j’imaginais en lisant le livre ( en le refermant je me disais : quelle erreur de casting, Glenn Close)-
Alexandre
InvitéJe viens de le revoir et l’ai trouvé splendide d’un bout à l’autre. Je ne vois rien à lui reprocher. C’est beau et formidable. Revoyure en BR délectable, comme si les années finissaient de lui rendre justice.
Prochaine étape : Ragtime-
Malice
InvitéHello Alexandre, aurais-tu un lien pour « Ragtime »? Je n’arrive pas à le choper sur mon site habituel et je trépigne pas mal à l’idée de voir
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Alexandre
InvitéNon, je n’y connais rien en lien.
Je carbure au matérialisé, sonnant et trébuchant sur l’étagère. Tel est mon destin. -
Alexandre
InvitéJe vais d’ailleurs le voir pour la première fois en BR. Je le connais bien ce film et l’aime beaucoup même si il se disperse un peu entre plusieurs sujets, plusieurs lignes narratives. Ce qui donne une impression de survol.
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Malice
InvitéTu as peut-être déjà écouté cette conférence sur Valmont étant un formanien convaincu
mais au cas où, je partage :
https://www.cinematheque.fr/video/1101.html -
Alexandre
InvitéAh non je connais pas mais je vais écouter cela de suite et te remercie.
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Samuel_Belkekett
InvitéUne journée à la garderie :
– Ho dis t’as reconnu l’acteur? C’est le héros qui jouait dans ET. Mais oui, il était enfant à l’époque.
– Bien sûr, Forman et Carrière ont très bien compris l’importance de l’enfance.
– Moi je l’aimais déjà beaucoup dans ET
– Oui, bien sûr! Super idée de donner au chevalier un visage aussi poupin que Cécile.
– Tu sais que j’ai été fasciné par cet acteur. Mais c’est sûr tu l’as reconnu ?
– J’ai surtout compris ce que Foreman veut dire que les ados sont des adultes et les adultes sont des ados.
– Tu as raison en tous points.
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I.G.Y
InvitéAlexandre : eh bien cela restera donc une amusante coïncidence car non, je ne suis pas à Belfort. Je suis sûr que les cinq autres spectateurs de ta salle étaient quant à eux entièrement acquis aux interprétations d’Ema et aux miennes.
Ce que tu dis sur le tournage m’intéresse car c’est aussi l’impression que j’ai eue dès l’une des premières scènes, (déjà) étonnante, à savoir la discussion entre McMurphy et le médecin chef. Médecin beaucoup plus apte à la rigolade que Ratched — et vas-y qu’on parle pêche à la ligne, qu’on fume un coup —, médecin qui manque plusieurs fois de se marrer à tel point qu’on se demande si ça n’est pas Nicholson qui le pousse dans ses retranchements. (dans le thème de notre discussion, il y a aussi cet étonnant sourire en coin avec un « hmm hmm » que fait le médecin lorsque McMurphy lui dit que la gamine de 15 ans en faisait 35 et qu’elle était consentante, difficilement interprétable, à la frontière entre « camaraderie » masculine et incrédulité totale quant au cirque de McMurphy).
Concernant les deux « amies » de McMurphy, je suis d’accord sur la vitalité, sur l’humour moins : au fond ce qui est drôle dans la réplique du bus (« You’re all crazy? ») c’est surtout le contre-champ avec la réponse. Et à propos des gardiens hommes, précisément ils filoutent un peu, ils se marrent de temps en temps, parfois ils jouent au basket, lorsque l’un d’eux découvre Billy et la femme ensemble dans le lit il pouffe comme un gosse et s’en va tandis que Ratched, effectuant la même action, apparaît furax. Disons que leur autoritarisme est significativement moins pur.
« A un ou deux moments, elle esquisse même un sourire agréable à regarder. Je veux dire que Forman ne l’enlaidit pas outre mesure. » : c’est très vrai, ça participe de l’ambivalence du personnage. De même que Nicholson restera toujours sacrément ambivalent jusqu’au bout, incapable qu’il est par exemple de se dénoncer face à tout le groupe, alors même que Billy cherche son regard, lorsqu’il s’agit de dire qui a introduit dans l’établissement la femme avec laquelle ce dernier s’est retrouvée au lit. Scène par ailleurs exemplaire de la maîtrise par Forman des grandes variations de tonalité au sein d’une même scène, le tout de façon très naturelle — au début, ce « je peux tout expliquer » très drôle de Billy (phrase typique du gosse qui s’est fait choper en train de regarder un porno), puis scène qui dévie et finit en drame total, sans que cela ne semble forcé. Car la scène prend son temps.
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Je suis certain qu’un 157è visionnage du film te ralliera intégralement à notre cause. Et nous trinquerons.-
Malice
InvitéJe m’incruste sur le planage au-dessus des piafs, que je viens de voir;
est-ce que l’un de vous a lu le roman dont il est tiré? J’ai entendu dire dans un podcast france cul que Chef – qui est fascinant, le personnage comme l’acteur – était le narrateur du livre et ça m’intrigue beaucoup.-
Alexandre
InvitéLu il y a plus de 40 ans à l’époque où , justement, je regardais beaucoup ce film en vhs (et en VF).
J’ai le souvenir d’un livre dur, parfois un peu sordide. Une sorte de roman noir beatnik.
C’est sûr que Forman l’édulcore et son film serait presque plus l’adaptation de la pièce qui avait été tirée du livre et qu’avait jouée Kirk Douglas à Broadway.-
Malice
InvitéJ’étais surtout curieuse des pensées de Chef car je n’étais pas au courant du twist qui le concerne, où ( spoiler) on découvre qu’il n’est pas muré dans le silence et l’inaction.
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I.G.Y
InvitéMarre de ces usurpations de pseudos.
Ça finit par ne plus me faire rire.-
I.G.Y
InvitéÇa n’a même jamais commencé
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Samuel_Belkekett
InvitéJamais commencé… à penser.
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Théorème
InvitéVous avez vu Projet dernière chance ?
Intéressant comme ce film insignifiant soit aussi adulé par le public, le podcast Drapeau Rouge en parle très bien de leur dernier épisode d’ailleurs.-
Mathieu
InvitéOui j’ai trouvé ça nullissime: interminable, incompréhensible dans c=ses phases techniques, inintéressant dans sa facture générale (histoire, personnages, enjeux dramatiques, filmage), jamais émouvant, très peu drôle. J’ai du mal à comprendre l’enthousiasme général face à ce gloubiboulga, considéré actuellement comme le renouveau du cinéma de divertissement américain. Alors qu’on est totalement dans la lignée de Marvel, au sens où François appelle ces films « cinéma post-humain », et que finalement, c’est beaucoup plus chiant que bien des Marvels.
Le dernier bon film de Gosling date de 2016 avec The Nice Guys, pour le coup une très bonne comédie d’action US: il y avait une patte, un ton, le duo avec Crowe marchait très bien, lui révélait une vis-comica insoupçonnée (la scène des chiottes, de l’ascenseur, de la piscine) Depuis les années 2020, j’ai l’impression qu’il essaie de refaire le coup, en persistant dans le même style, mais à chaque fois c’est nul, et lui-même devient lassant au milieu de ce rien.-
Mathieu
InvitéJe m’en vais écouter le podcast dont tu parles
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Alexandre
InvitéEt j’ai presque envie de dire qu’un film avec une affiche aussi moche ne peut être tout à fait bon.
Pas une science exacte bien sûr mais on peut ll’étendre aux pochettes de disques, encore que l’exercice soit tortueux.-
Alexandre
InvitéJ’ajoute que pour avoir vu la bande annonce, l’ alien ressemble à un étron . Vous me dites si j’ai tort.
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Mathieu
InvitéNon l’alien ça va franchement, c’est un tas de cailloux presque mignon
Ha très bon jeu: moi j’aime beaucoup Bienvenue à Gattaca dont l’affiche est hideuse, mais j’ai pas d’autres exemples en cinéma. En album, le dernier Strokes est bien moche aussi mais le disque est pas mal dans mon souvenir, le meilleur depuis leurs trois premiers incroyables.
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Ema
InvitéJe crois que pour les blockbuster d’action la barre est au plus bas actuellement, il suffit qu’un surnage un peu pour être encensé (je remarque çà chez moi aussi, donc je ne blâme pas « le public »)
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toni Erdmann
InvitéDeux semaines après sa sortie, Le Rayon et les Ombres a encore le droit à deux textes critiques dans Le Monde. Comme le disait Charles, on a rarement vu un film qui fait autant parler de lui dans la presse écrite mainstream. Vivement le TVB pour sortir, j’espère, du seul angle de la véracité historique.
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Charles
InvitéTribune intéressante, et plutôt drôle, d’une historienne sur les falsifications du film de Gianolli (on peut aussi lire une version moins polémique et plus nuancé dans un entretien accordé à Mediapart par un autre historien :
https://www.lemonde.fr/idees/article/2026/04/01/les-rayons-et-les-ombres-la-banalite-consistant-a-dire-qu-un-personnage-n-est-jamais-tout-blanc-ou-tout-noir-ne-justifie-pas-la-main-forcee-a-la-compassion_6675859_3232.html-
Charles
InvitéLes beaux esprits se rencontrent, cher Toni E.
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François Bégaudeau
Maître des cléseffectivement la véracité historique ne sera pas l’angle d’attaque de TVB
mais m’intéresse quand même – Laurent Joly a plutot bien fait le boulot à C ce soir
tu copierais l’article ici, Charles,-
Charles
InvitéLes arrangements avec la vérité du film de Xavier Giannoli finissent par faire de son héros, Jean Luchaire, un pacifiste fourvoyé alors qu’il fut un collaborateur jusqu’au-boutiste, explique l’historienne Bénédicte Vergez-Chaignon dans une tribune au « Monde ».
Les Rayons et les ombres, de Xavier Giannoli, est consacré au parcours de Jean Luchaire, puissant patron de presse et figure de la collaboration sous l’Occupation. Avant de voir ce film, je confesse que je trouvais Jean Dujardin un peu âgé pour le rôle (Luchaire est présenté entre 25 et 45 ans) et un peu trop en forme (Luchaire était tuberculeux). J’avais tort, Jean Dujardin est un très bon acteur : il meurt, d’ailleurs, très bien. Contrairement au respect de la chronologie qui, lui, agonise dans d’atroces souffrances tout au long des trois heures quinze que dure le film.
Ce serait de la pure cuistrerie de relever toutes les distorsions que subissent le temps et les événements. Ainsi, au début du film – nous sommes censés être en 1948 –, un personnage raconte un détail du procès de l’ancien ambassadeur d’Allemagne en France pendant la guerre. Au générique final, un carton nous indique que le procès en question se tint en 1952…
Il y a pire puisque les « aménagements » subis par la chronologie produisent aussi des effets mensongers. Le spectateur assiste aux états d’âme de Luchaire au moment de commenter le statut des juifs dans le quotidien qu’il dirige. Un quotidien qui n’existe pas encore au moment où ce statut fut promulgué par le gouvernement de Vichy… S’il a eu des états d’âme, ce qui reste à prouver, il n’aurait donc pas pu en faire état dans son journal.
La liste des « arrangements » avec la vérité des faits, qui peuvent être très gros, n’en finit pas. Il y a d’abord tout ce qui a existé et est absent du film : les trois autres enfants de Luchaire, dont l’absence doit créer l’impression d’une relation exclusive avec sa fille Corinne ; ses liens avec la bande de gestapistes français de Bonny et Lafont, synonyme d’abjection, sont passés sous silence ; les chefs des partis collaborationnistes ou les autorités militaires allemandes d’occupation sont des silhouettes, or ils ne comptèrent pas peu dans l’histoire de ces années ; les fonctions de « ministre de l’information » dans la commission gouvernementale de Sigmaringen [le gouvernement de Vichy en exil] de Luchaire ne sont pas mentionnées alors qu’elles montrent qu’il fut un jusqu’au-boutiste de la collaboration…
Il y a des inventions, comme l’esclandre de Céline lors de la réception qui suivit le retour des cendres de l’Aiglon [surnom de Napoléon II, 1811-1832, fils de Napoléon Ier], ou la mise à sac des Nouveaux Temps, l’un des journaux de Luchaire. On nous montre l’exécution par les Allemands du gendre de Luchaire, sans doute pour nous démontrer les risques encourus à s’acoquiner avec eux. Mais ce gendre ne fut nullement tué pendant la guerre. Il mourut quinze ans plus tard. Encore plus imaginaire est l’arrestation de Luchaire par des FFI (Forces françaises de l’intérieur) répugnants, dans le plus pur style épuration sauvage, alors qu’il fut arrêté par des militaires américains en Italie. La Résistance se retrouve ainsi dépeinte sous son pire jour.
Il s’agit toujours de susciter la compassion du spectateur, non seulement pour Jean Luchaire – présenté comme un pacifiste fourvoyé, un homme que les doutes finissent par broyer –, mais pour sa fille Corinne (qui avait été, avant la guerre, ; une jeune actrice à succès), innocente victime collatérale. Car c’est là l’une des autres questions que pose le film. Quel est le sujet des Rayons et les ombres ? Je croyais être venue pour un biopic de Jean Luchaire. Je suis sortie de la salle en pensant avoir vu un biopic de Corinne Luchaire.
Une des personnes qui m’accompagnait affirmait qu’il s’agissait d’un film sur la tuberculose, les états pathologiques du père et de la fille étant abondamment détaillés. Notre troisième compagnon parlait d’un film qui, ayant voulu tout traiter, sombrait dans la complaisance et le didactisme. Il faut reconnaître que l’exposé sur les bureaux d’achat du marché noir ou la scène de la première conférence de rédaction des Nouveaux Temps ressemblent à des fiches Wikipédia illustrées – pas très subtilement.
Des Allemands très « corrects »
Au cas, d’ailleurs, où le spectateur n’aurait pas encore assez bien compris, la voix off de Corinne Luchaire – que l’on n’aurait pas devinée, à la lecture de ses Mémoires, aussi fine analyste politique, aussi philosophe et dotée de tant d’ironie – met lourdement les points sur les « i ». Avec le renfort d’un poème de Victor Hugo, convoqué in extremis pour nous rappeler que « Blâmer tout, c’est ne comprendre rien. Les âmes des humains d’or et de plomb sont faites », et pour attester qu’il y avait des Allemands très « corrects ». Lourdement et longuement car, à force de faire plusieurs films et d’y vouloir tout mettre, celui-ci est long comme un mois sans tickets de rationnement.Il est vrai qu’un film devient prévisible si l’on n’y met que des scènes utiles. Mais cela ne justifie pas ce déploiement de scènes inutiles et étirées : comment faire un pneumothorax ; la découverte d’un journal clandestin de la Résistance par Luchaire (qui ferme noblement les yeux) ; les bouts répétés d’essais cinématographiques de Corinne Luchaire, ou la grande scène où elle refuse qu’on l’aime.
Quant au topos de l’orgie nazie, il évoque irrésistiblement les officiers de La Grande Vadrouille jouant aux chaises musicales, au lieu de former un climax dramatique comme Vincente Minnelli ou Luchino Visconti ont su le mettre en scène. C’est qu’il intervient après une répétition de scènes de cabaret et autres déclinaisons de « Paris, kognak et petites madames ». Le budget champagne (ou mousseux) du film n’a dû être égalé que par celui des cigarettes, qui tiennent, à la réflexion, le rôle principal.
« Je ne te juge pas », ne cessent de se dire entre eux les protagonistes présentés comme sympathiques. Mais les circonstances atténuantes ou les acquittements sont aussi des verdicts. Il faut avoir le courage de les endosser, au lieu de croire que le réquisitoire prononcé lors du procès de Luchaire à la fin du film permettrait de se dédouaner. La banalité consistant à dire qu’un personnage n’est jamais tout blanc ou tout noir ne justifie pas la main forcée à la compassion.
« Heureusement, il reste le cinéma » est une des dernières répliques du film. C’est très vrai, et la création est libre. Mais heureusement il y a aussi l’histoire, qui, elle, est très têtue.
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François Bégaudeau
Maître des clésmerci
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K. comme mon Code
InvitéOn veut savoir si Seldoon a survécu à la voix off des Rayons et des ombres et pardonne ses maigres péchés à Michel Franco.
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martin
InvitéL’émission sortira quand ?
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Microciné
InvitéCertainement le 17 avril
PS : bonjour-
Charles
InvitéBonjour,
Que sur le Gianolli ou aussi sur le Lucrecia Martel?-
François Bégaudeau
Maître des clésseulement le Gianolli
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Charles
InvitéOn notera par ailleurs que contrairement à ce qui est dit un peu partout le film n’est qu’un succès public relatif, surtout au regard du tapage médiatique autour, entre les quelques affrontements critiques, tribunes d’historiens et la promo assez importante. Le film atteindra péniblement le million d’entrées et on sera ainsi très loin des films de Malle sur le sujet, certes moins longs (donc plus de séances mais aussi dans une France moins peuplée) mais sans star pour porter les films – Lacombe Lucien finissait à 1,7 million d’entrées tandis qu’Au revoir les enfants terminait à 3,5 millions d’entrées.
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adamou
InvitéNe voyant pas encore de discussion sur Nuestra tierra, je me lance. A un moment du film, un homme qui travaille dans la construction dit qu’il s’est un jour rendu dans la communauté pour faire quelques travaux et qu’il y avait trouvé une forme d’appartenance sans bien savoir pourquoi, ce qui l’avait fait rester. Et cette idée traverse tout le film, que des gens se reconnaissent comme une même communauté mais sans savoir exactement ce qui la définit. Ca dialectise puissamment la question coloniale en ce qu’on leur rappelle tout le temps qu’il sont différents des colons là où tout a été fait par ailleurs pour lisser leurs différences et effacer leur culture. Il ne leur reste plus rien de matériel à transmettre sinon ce sentiment d’appartenance. C’est flagrant quand juges et avocats demandent comment l’on adhère à la communauté et que l’homme en face ne fait que répéter que lui n’est pas chuchagasta. Ce qu’ils sont ne restera qu’un évidence indémontrable, une idée. Evidemment, on pourrait dire que la seul élément tangible qui les lie c’est la terre. Mais même celle-ci a été profondément transformée, falsifié par les titres de propriétés et plans cadastraux puis découpée en parcelles et cultivée comme on le voit dans le plan d’intro qui a des airs de photo de livre de géo sur les disparités territoriales.
On a donc bien un film politique directement dans sa facture puisque celui-ci entreprend le travail de constitution d’une mémoire, d’archives etc
LM dit d’ailleurs qu’elle a mis très longtemps avant de commencer à penser faire un film, et qu’elle était venue d’abord dans le but d’archiver, de scanner des documents etc. La fabrication du film s’est ensuite faite collectivement puisqu’ils disent avoir formé les chuchagasta à l’utilisation de caméras et que plusieurs plans du films ont été filmés par eux.Sur les scènes de procès, il est si rare d’en voir filmés différement des films-de-procès que c’est forcément interessant. J’aime bien qu’elle nous montre la comédie de l’institution judiciaire et qu’on décadre en permanence sur le mec qui se mouche, celui qui apporte les cafés etc. Et puis son jeu sur le son qu’elle a toujours fait trouve ici toute sa pertinence. Les micros saturent, on entend mal, autre geste politique qui dit d’emblée que le tribunal n’est pas le lieu où l’on entend bien, que ce n’est pas ici que sera dite la vérité.
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François Bégaudeau
Maître des cléspas encore vu
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Dr Xavier
InvitéMerci pour lancer la discussion, quelques réflexions en vrac.
J’en suis sorti un peu épuisé, dans le bon sens du terme, il y a énormément de choses qui se passent et d’infos à attraper au vol, on n’est pas tenu par la main avec une voix-off surplombante et didactique. En plus suis d’accord avec toi sur le travail sur le son, dans les séquences sur les histoires familiales avec défilé de photos, en plus des voix touchantes des protagonistes qui racontent leurs histoires, le film capture tous les sons arrières (les poules !), ça crée un décalage.
Introduction tout à fait étonnante, et usage passionnant des plans de drones, d’un côté on voit ces terres magnifiques, de l’autre la brutalité du regard du drone active un affect de prédateur foncier ; peuples autochtones, vous pouvez bien faire votre action en justice, tjrs les rapaces tourneront autour de vos terres pour vous spolier. Joie quand parfois la nature se rebiffe (j’en dis pas plus).
Sur ton propos, j’ai aimé la vérité toute simple dite à un moment, la terre appartient à ceux qui la travaillent.
Sur le procès, le passage champ-procès contrechamp-expert-dans-son-bureau m’a passionné. Et le meurtrier qui dirige toute la reconstitution comme un metteur en scène à poigne sur son plateau dé théâtre.-
adamou
InvitéD’accord avec toi sur la densité du film, ce que je trouve d’ailleurs surprenant car LM dit partout en interview qu’elle voulait faire quelque chose de simple pour qu’on puisse le montrer dans les écoles.
Passionnant oui le champ-contrechamp du procès car ça laisse à voir la chaine de falsification des preuves sur laquelle est bâti le pays. On présente l’article de l’historien comme une preuve dans l’enceinte du tribunal, et lui dit ne même pas se souvenir d’avoir écrit ça. Trop tard.En y repensant j’ai aussi été surpris par une forme de délicatesse et sensibilité (donc d’individualité) des indigènes là où la représentation dominante les montre souvent en groupe uniforme et mutique . En vrac je pense au fait qu’ils soient toujours en costume cravate même pour aller chercher la canne à sucre, à celui qui dit claquer tout son salaire dans des séances de cinéma, à toutes les photos qui sont réellement belles et composés
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Astrim
InvitéVous avez déjà eu sur ce forum un débat intéressant à propos des notes dans le cinéma ? ou sinon, vous avez des liens youtube/autre sur des débats constructifs sur ce sujet ? à chaque fois que je regarde un film je met ma petite note sur letterboxd et plus le temps passe moins je trouve ça pertinent
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Télémaque
Invitémoi je trouve que les notes permettent de se faire une bonne idée de la qualité d’un film qu’on voudrait voir, avant de regarder un film je prends toujours la température sur internet via les notes, un film en dessous de 6/10 et c’est assuré que je ne regarde pas car c’est un gros navet
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Jules de Bxl
InvitéMoi aussi je suis sensible aux notes et, en même temps, je m’en méfie. One Battle after another a une note presse de 4.7, tandis que Florida Project a 3.7 alors que ce film est juste objectivement (:D) génial… Dreams de Franco a 3.2.
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Jules de Bxl
InvitéL’ennuyeux « Chambre d’à côté » d’Almodovar a une note de 4.1 ! Plus que Florida Project…………. Hallucinant
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François Bégaudeau
Maître des clésje mets ici tout le poids de ma légitimité de grand sage grec pour vous dire jeunes gens, deux choses :
-ces notes n’ont absolument aucun intéret
-vous vous ferez beaucoup de bien à ne plus du tout les considérer-
Samuel_Belkekett
InvitéJe confirme…
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Jules de Bxl
InvitéCela dit, pour répondre à la question initiale, moi aussi je trouve ça un peu con et arbitraire, mais je note quand même sur letterboxd. Ca me permet de regarder à la fin de l’année les films que j’ai le plus aimés, ceux que j’ai envie éventuellement de revoir, etc. Bref c’est con mais addictif
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stephanie
Invitél’école vous manque ?
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Stéphanie
InvitéLe 1er film de PTA sur arte Hard Eight
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Stéphanie
Invitéhttps://www.arte.tv/fr/videos/129913-036-A/hard-eight-de-paul-thomas-anderson-un-regard-une-minut/
Une mise en scène déjà superbement maîtrisée-
K. comme mon Code
InvitéLe bon lien : https://www.arte.tv/fr/videos/130328-000-A/double-mise/
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Samuel_Belkekett
InvitéJe viens de finir la lecture d’un texte de Sylvain George sur le pas banal film Le rire et le couteau.
J’ai trouvé ce texte franchement déroutant. Pas banal du tout lui non plus.
Je suppose que sur un forum comme celui-ci vous en avez déjà parlé. Mais comme je suis nouveau sur ce forum je ne vous ai point lu sur ce texte qui je suppose n’est pas passé inaperçu, du moins à vos yeux que l’on sait perçants.
Déjà 2 choses sur ce texte.
1) Il est difficile de concevoir l’effet de ce texte sur quelqu’un qui n’a pas vu le film. Aussi, si quelqu’un s’était aventuré à lire ce texte sans avoir vu le film, moi je parie que le texte se tient tout seul. Le descriptif et prescriptif critique de ce texte sont tels qu’ils n’ont même pas besoin d’être précis par rapport au film et qu’ils se suffisent à élaborer une structure extrêmement solide. Structure répétitive dans ses éléments mais solide parce que répétitifs.
Bref, un texte qui aurait absorbé sa référence pour garantir son autonomie.
2) Qu’en est-il de ce texte par rapport au film ? Car c’est cela qui nous importe à nous autres esprits supérieurs de ce forum.
George nous annonce « La question n’est pas de savoir si le film est critique, mais comment il l’est,
depuis où il parle, et à quelles
conditions cette parole demeure
centrale. »ou encore du risque que « la décolonisation,
lorsqu’elle est traitée comme un
contenu à intégrer plutôt que comme
une transformation des formes, des
positions de savoir et des régimes de
désir, risque de se retourner en son contraire. »
Sylvain George va alors se lancer dans un découpage critique du film en prenant un bon nombre de scènes signifiantes pour lui de ce que dit et montre le film et ce qu’il ne dit pas et ne montre pas, en clair, ce que le film rate.
Toutefois, en revenant sur mon point 1) et sur la dernière citation
« la décolonisation, lorsqu’elle est traitée comme un contenu à intégrer… contraire. »
On voit qu’en matière de littérature décoloniale ça en jette. Ça en devient presque de la philosophie décoloniale. Un vrai regard critique de quelqu’un qui a des idées sur le sujet, on dirait un avant garde qui fustige un film conventionnel. Mais encore une fois qu’en est-il par rapport au film de Pinho. PP est-il si conventionnel ? Ce serait on laissé abusé ?
Personnellement je tire plusieurs conclusions de son texte. Déjà par sa longueur l’article cherche à nous enseigner quelque chose. Il est en soi emprunt d’un savoir subjectif, ce qui rejoint mon point 1), quant au point 2) et le rapport au film, je ne dis pas que SG cherche d’emblée à dépasser Pedro Pinho sur sa gauche, mais en définitive c’est inéluctablement ce qu’il en ressort. SG incarnerait une gauche plus authentiquement réfléchie et plus radicale parce que plus réfléchie quant à la forme. Réflexion, représentation, rien de plus flou qu’une guerre de la représentation du moins à ce niveau. SG dit « La question n’est pas de savoir si le film est critique, mais comment il l’est ». Là la question n’est pas de savoir si SG est critique, mais comment il l’est.
L’approche de SG est que la narration n’est qu’une apparence de dépaysement mais qu’en fait le regard occidental n’est jamais décentré, tout reste profondément familier en ceci que le film autorise sans cesse le regard du protagoniste européen à considérer l’altérité sans jamais se mettre lui-même en question, sans jamais lui-même entrer en crise. Que le régime perceptif et narratif permet l’identification à Sergio, le personnage central, qui, dès son arrivée se heurte à des signes qui l’éprouve, l’épuise, le confronte à l’altérité mais sans jamais remettre en question ou en crise sa subjectivité occidentale.
Or c’est là à mon avis la différence entre Sylvain George et Pedro Pinho. PP est bien plus aventurier dans son expérience de la confrontation et du vécu. Rodé en tout terrain culturel il connaît ceux à qui il a affaire. Tandis que SG, plus cérébral, veut approcher l’altérité en ethnologue. PP n’est pas Jean Rouch, PP est un penseur et un viveur, une pensée de la parole et de la vie mais aussi un regard existentiel dont SG ne perçoit pas toujours les subtilités. SG lui voudrait connaître l’altérité comme un ethnologue puis en rendre compte en des formes à hauteur des différences irréductibles entre nous et eux. Mission d’une grande cérébralité.
La scène du bordel avec la prostitué éclaire cette différence. Scène cruciale pour SG qui y voit la fausse conscience de Sergio à l’œuvre dans son hésitation, son dilemme moral à accomplir l’acte sexuel. Ce sera la prostitué elle-même, d’après SG qui réglera le conflit intérieur de Sergio en lui donnant l’autorisation de la pénétrer.
« Cette scène relève d’une « violence symbolique au sens strict », c’est-à-dire d’une domination d’autant plus efficace qu’elle est reconnue et validée par ceux-là mêmes qu’elle assigne ; une violence, qui ne s’impose pas par la contrainte, mais par l’adhésion, par la reconnaissance tacite des rôles et des évidences. »
Il définit cette scène comme « La prostituée comme absolution morale ».
Mais ce que la morale de SG ne voit pas et que PP lui sait bien, c’est que pour Sergio, bander ou penser il faut choisir. L’un excluant l’autre. Devant une telle black magic woman comment résister Si celle-ci l’encourage.
Mais enfin Belkekett, et le désir de la femme t’en fait quoi ducon ? Toi qui ne pense qu’avec ton nom. Mais justement, SG dit
« En neutralisant le scrupule moral de Sergio, elle transforme une relation de domination en échange apparemment lucide et consenti. »
Mais ce que SG ignore, c’est que le désir chez la femme se transmute instantanément en jeu. Et que c’est par résistance à sa condition de pute qu’elle maîtrise le jeu et la règle du jeu. SG va jusque dire que la prostitué autorise Sergio en lui disant que son hésitation confirme que c’est un homme bien. Or ce n’est pas ça qu’elle dit. Je l’ai retenue car cette scène m’a interpellé. Ce que la fille dit précisément c’est « Ce sont les hommes biens comme toi qui me dégoûtent le plus » ce n’est quand même pas la même chose. Que Sergio passe à côté du bordel en ignorant le bordel n’empêche nullement le bordel d’exister. Y aller plein d’une mauvaise conscience ne sert à rien non plus. Jouer un jeu réciproque de séduction, d’humour et de tendresse est pourtant la solution la plus simple et efficace. Du coup c’est elle qui transforme une relation de domination en jeu et ce qui échappe à SG comme à Sergio mais pas à PP, ce que c’est elle la plus émancipée au final.
Ainsi, SG insiste beaucoup sur le fait que Sergio n’est jamais en crise, qu’il traverse la narration et les épreuves sans jamais vraiment être déplacé ou entrer en crise ;
« L’ailleurs devient le lieu où un corps occidental peut se découvrir
autrement, se troubler, se déployer, sans jamais être véritablement mis-
Samuel_Belkekett
Invitéen crise » (merde! J’ai envoyé sans faire exprès quel con !).
Suite de ma critique de la critique de Guy George, heu non de Sylvain George.
Après vient sa critique du triolisme sexuel. Sergio est appelé par la femme qu’il convoite depuis le début du film pour seulement regarder ses ébats avec son amant noir, Sergio ne pouvant résister finira par participer et ce corps à corps finira par l’enculage de Sergio par l’amant de la femme qu’il convoite. Matage et enculage on ne peut plus symbolique on l’aura compris. SG dit ;
« on ne verra
jamais la bite bandante de Sergio, ni
dans cette scène, ni dans les autres –
à peine une couille sortant de son
caleçon lors de la scène de
prostitution. »
C’est faux. Je rassure le public on voit plusieurs fois la bite de Sergio, furtivement c’est vrai, et toujours molle. C’est ça qui est pertinent, c’est qu’elle est molle. A propos de cette scène de sodomie SG dit ;
» La sodomisation de Sergio ne constitue en rien une dépossession effective du corps blanc, mais relève de l’appropriation spectaculaire d’une fantasme colonial ancien, rejoué sous couvert de subversion. Ce renversement apparent ne fait qu’exhiber, sous une forme inversée, les mêmes schèmes de sursignification du corps noir, réduit à l’excès de puissance, à la virilité hyperbolique, à la fonction de choc. En réalité, la scène consolide bien plus qu’elle ne déplace le lieu d’énonciation. »
Cette remarque tient du fait que SG rêve de voir l’autre se transformer en sujet, avec sa langue à lui, sa parole et sa pensée qu’il nous ferait partager. Il dit aussi ceci ;
« Le corps noir, quant à lui, n’existe ni comme sujet, ni comme lieu de pensée, ni comme foyer de conflictualité. Il est requis pour produire un effet sur le protagoniste occidental, afin que celui-ci puisse se dire affecté, éprouvé, transformé, que son parcours de subjectivation occidental demeure intact. Cette scène n’opère aucune déconstruction de la colonialité. Elle en propose une resucée grossière, déplacée sur le terrain sexuel, de la dialectique du maître et de l’esclave telle qu’elle a été lue, simplifiée et spectacularisée par une tradition occidentale de la pensée critique. »
Là encore, le corps noir virilisé et sexualisé tient du mythe autant que du fantasme. Le mythe et le fantsme s’appuient généralement sur du vraisemblable. Nulle caricature chez PP mais de la réversion d’une situation de domination. Spectacularisée dit-il de la scène. Non, elle est juste esthetisée et ironique, c’est cette ironie que SG n’aime pas. Pourtant l’ironie est là en substance dans tout le film. Ainsi, ce n’est pas à PP de faire parler les Guinéens pour eux-mêmes, ce n’est ni son rôle ni sa tâche.
Enfin, l’expérience vécue de PP fait la différence en ceci, quand SG dit à propos du film ;
« L’ailleurs devient le lieu où un corps occidental peut se découvrir autrement, se troubler, se déployer, sans jamais être véritablement mis en crise ».
Or dans le voyage, la découverte des paysages et dans toute expérience de l’altérité, le choc et la remise en question même violente est toujours différé, elle survient toujours plus tard, en un lapse de temps de digestion des choses. Différé, différant, différance dirait Derrida. Et quand à la fin du film Sergio s’écroule, SG ne dit rien sur cette scène, il passe très vite sur Guilherme le travesti qui prend soin de lui.
« Guilherme comme figure du soin et de la clôture affective. »
SG pense encore que c’est une caricature, un cliché mais non, l’ambivalence des sentiments de Guilherme envers Sergio se joue dès leur rencontre. À la fin les sentiments de sympathie et de compassion l’emportent.
En définitive que ce soit ;
« La subversion est jouée, mais le cadre qui la rend intelligible demeure inchangé. »
Ou
« Le corps colonial est pris dans une oscillation permanente entre fascination et répulsion, culpabilité et désir, honte et jouissance. Cette oscillation ne suspend pas la domination. Elle en constitue l’un des moteurs les plus efficaces. »
SG ne démord pas du fait que le film devrait, se doit de, manque de déconstruire la Colonialité. Alors que le film ne prétend pas que le colonial est du passé, mais fait jouer des figures de colonialité et des figures de résistance à cette colonialité. Parfois des figures de réversibilité. C’est pourtant là la subtilité du film. Pareil pour ;
« Le film ne refuse pas la jouissance coloniale. Il la reconfigure, la rend acceptable, sophistiquée, et réflexive. »
Dure accusation. Pour SG le corps noir est un faire valoir et les points de vue auraient dû être multiples incluant les sujets colonisés. La perspective de PP est autre, c’est celui d’un parcours initiatique, celui d’un personnage prédisposé à vivre une métamorphose. Son écroulement final en est l’aboutissement et sa résurrection une renaissance.
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