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Accueil Forums Forum général Cinéma – Page 21

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  • Ce sujet contient 1,179 réponses, 1 participant et a été mis à jour pour la dernière fois par Malice, le il y a 1 semaine et 4 jours.
Vous lisez 127 fils de discussion
  • Auteur
    Messages
    • #134406 Répondre
      Old Friend
      Invité

      Bonjour
      Plusieurs films de Claude Chabrol sont disponibles sur Arte.
      Avez-vous des conseils ?

    • #134408 Répondre
      Seldoon
      Invité

      Parmi ceux que j’ai vu et qui sont disponibles, à ne pas rater : juste avant la nuit (vu hier), le boucher, quand la bête meure.

      • #134409 Répondre
        Seldoon
        Invité

        En dessous mais vaut vraiment le coup d’œil : les noces rouges.
        Et merci pour la nouvelle page.

        • #134472 Répondre
          Old Friend
          Invité

          Merci à tout le monde et pardon pour la création de la page en double.

    • #134411 Répondre
      Bernard
      Invité

      Euh on parle du Pietro Marcello ??
      Comment peut-on faire un film aussi difficilement regardable après Martin Eden et L’envol ? C’est l’effet Bruni Tedeschi ?

      • #134413 Répondre
        Aurel
        Invité

        Que la projection fût pénible.
        Je remarquerai juste que la figure de Mussolini dans le film est plutôt maline.
        Martin Eden était une pépite, peut-être la pépite du réalisateur.

        • #134421 Répondre
          François Bégaudeau
          Maître des clés

          pas encore vu
          mais je mentirais en disant que je ne suis pas un poil inquiet

        • #134432 Répondre
          Tchitchikov
          Invité

          J’dirais que Bella e perduta était déjà une pépite.

          • #134448 Répondre
            François Bégaudeau
            Maître des clés

            ah oui, très beau (et perdu)
            mais aussi La boca del lupo

          • #134452 Répondre
            Aurel
            Invité

            Merci d’avoir remis de la nuance dans mon jugement. Dans mon souvenir Martin Eden avait un peu éclipsé le beau Bella e perduta alors je vais donc regarder La boca del lupo.

            • #134459 Répondre
              Tchitchikov
              Invité

              Formellement Bella e perduta est dingue. Je ne connais pas non plus La bocca del Lupo. Je vais le regarder, ça a l’air fort. Marrant parce qu’en italien In bocca al lupo signifie bonne chance. L’ambiguïté concernant la signification du titre ici concorde bien avec son sujet.

      • #134451 Répondre
        Charles
        Invité

        L’envol ne présageait rien de bon pour la suite de la carrière de Marcello tant il était dix crans en-dessous de Martin Eden. Je n’ose imaginer celui-ci.
        On a coutume de dire que les cinéastes qui ont fait quelques films originaux et sont repérés par Hollywood font ensuite des daubes américaines standardisées sur lesquelles ils n’ont aucun contrôle. C’est un peu similaire avec la France et les auteurs étrangers. Quand les producteurs français font venir des réalisateurs prestigieux et leurs imposent leur casting de merde, ça donne rarement de bons films.

        • #134453 Répondre
          Tony
          Invité

          Je crois avoir lu quelque part que P Marcello n’a plus aucune possibilité de financement en Italie en raison de la politique culturelle de Meloni.

          • #134454 Répondre
            Charles
            Invité

            Sans doute, même si l’Envol c’était avant Meloni.

      • #134460 Répondre
        Carpentier
        Invité

        Euh on parle du Pietro Marcello ??
        Comment peut-on faire un film aussi difficilement regardable après Martin Eden et L’envol ? C’est l’effet Bruni Tedeschi ?

        tiens tiens, merci
        Dès la b.a., j’avais osé émettre une réserve et on m’a collée direct dans le mur
        Prochaine fois que j’émets un doute sur un film à sortir d’un real apprécié ici, je dirai que c’est Bernard qui m’a dit : )

    • #134433 Répondre
      Adam
      Invité

      que la bête meure et les noces rouges, peut-être mes deux préférés du bonhomme

      • #134435 Répondre
        I.G.Y
        Invité

        Que la bête meure est très bien, je conseille aussi

        • #134438 Répondre
          Tony
          Invité

          La femme infidèle est aussi un des meilleurs, peut-être le plus Hitchcockien dans le nouage du meurtre et de la névrose sexuelle avec en plus ce portrait sociologique de la bourgeoisie tellement bien incarnée par Michel Bouquet.

    • #134700 Répondre
      Charles
      Invité

      Triet a semble-t-il cédé en partie aux sirènes américaines, elle tourne son projet film entièrement en anglais avec des acteurs ricains à la mode (Mia Goth et le pénible Andrew Scott) pour un thriller psychologique (qu’elle a écrit). C’est pas un produit hollywoodien non plus (c’est produit par Canal en partie) mais ça laisse sceptique.

      • #134704 Répondre
        Mathieu
        Invité

        Oh putain Andrew Scott quel enfer

        • #134705 Répondre
          Tony
          Invité

          Triet quel enfer! elle est là où elle doit être.

          • #134706 Répondre
            cinema
            Invité

            C’est Fondamentalement douteux.

            • #134710 Répondre
              Tony
              Invité

              Ce qui est très douteux c’est de vouloir faire un film américain alors que toutes les portes du cinéma français lui sont ouvertes et que Trump est au pouvoir, c’est politiquement décevant a minima.

              • #134713 Répondre
                K. comme mon Code
                Invité

                C’est une production française. Mk2 et Canal.

                • #134715 Répondre
                  Tony
                  Invité

                  Que les capitaux soient français ne changent pas grand chose,le film sera américain et distribué comme tel par un studio.

                  • #134716 Répondre
                    cinema
                    Invité

                    Oui, c’est ce que je dis. Fondamentalement douteux ou l’appât du gain. Mon compagnon dit « L’argent n’a pas d’odeur mais il y contribue » Joli mixe.

              • #134772 Répondre
                Jules
                Invité

                Oui enfin je trouve que l’argument de Trump est assez faible. Faire du cinéma en France, ce serait soutenir Macron et/ou (via canal) Bolloré ?

      • #134708 Répondre
        Seldoon
        Invité

        Tu dis pénible par anticléricalisme primaire.

        (ça ne se voit pas ici mais il est pretre dans cette série)

      • #134726 Répondre
        Antonin
        Invité

        Attention les loubards,
        Le casting est essentiellement composés d’acteurices britannique et non américain…

        • #134731 Répondre
          Charles
          Invité

          Tu as raison mais ce sont des acteurs britanniques qui jouent dans des films américains, comme tant de leurs compatriotes.

          • #134739 Répondre
            Billy
            Invité

            Je vous trouve d’une rigueur politique qui vous honore. Elle aurait du refuser l’appel du cinéma en langue anglaise pour lutter contre le modèle américain et défendre le libéralisme à la française ?
            Quant à Andrew Scott, je suis secrétaire de son fan club pour des raisons pas du tout cinématographique.
            Avec sa tête de chaton et sa voix qui peut aller dans les aigus, il s’inscrira très bien dans les personnages masculins de Triet, appelons ça pour aller vite le « mâle faible toxique », comme Macaigne dans La Bataille de Solferino ou le mari dans Anatomie d’une chute.

            • #134742 Répondre
              I.G.Y
              Invité

              « le « mâle faible toxique », comme Macaigne dans La Bataille de Solferino » : j’adore cette catégorie

            • #134743 Répondre
              Charles
              Invité

              Pour ma part, ce n’ est pas du tout pour des raisons politiques mais bien esthétiques. Je ne vois pas bien ce que le cinéma Triet gagnera à passer en langue anglaise, dans le genre du thriller psychologique à huis clos. Ça sent le film mental parce que Triet ne veut probablement pas frayer avec une réalité trop éloignée d’elle.
              Et l’expérience a démontré que les cinéastes français faisaient rarement des bons films quand ils tentaient cela. Quant à Scott, ce n’est pas vraiment un acteur subtil (dans la surexpressivité anglo-saxonne bien connue) pas insupportable mais assez fade, paradoxalement.

              • #134745 Répondre
                Billy
                Invité

                La subtilité c’est surévalué

            • #134744 Répondre
              Tony
              Invité

              On se souvient de son émouvant discours à Cannes où elle défendait le modèle de financement du cinéma français et le statut des intermittents avec un petit mot sur les retraites,que c’était magnifique!
              Les puritains adorent les relations toxiques et le féminisme libéral, comment ne pas céder à leur appel?

              • #134746 Répondre
                Billy
                Invité

                Son discours était beau, mais elle fait partie du marché. Si elle veut faire des films vus par des spectateurs et en vivre, elle n’a pas le choix. Chaque fois qu’elle réalise un film, elle doit en négocier le budget, renoncer à tel décor pour avoir tel acteur. Négocier de garder telle scène en en supprimant deux autres. Changer la fin pour avoir tel financement.
                Elle doit aussi négocier son salaire, qui sera bien meilleur que celui de toutes les personnes sur le plateau sauf l’acteur principal. Bref, elle doit déjà composer avec la loi du marché.
                Et dans ce marché, tu saurais comment rester pur ? où mettre la limite ?
                C’est pas une question rhétorique. C’est une question que je me pose vraiment.

                Je te trouve expéditive dans « Les puritains adorent les relations toxiques et le féminisme libéral, comment ne pas céder à leur appel? »
                Tous ses films mettent en scène des femmes puissantes, parfois on y voit du féminisme libéral (Victoria) et des relations toxiques, mais aucun film n’est réductible à ces étiquettes à la mode.

                • #134751 Répondre
                  Tony
                  Invité

                  Je crois qu’aujourd’hui Triet est la cinéaste la plus puissante du cinéma français,tous les producteurs veulent travailler avec elle,les acteurs et actrices en rêvent, d’ailleurs même son mari, Arthur Harari,en récolte les fruits,il vient de finir un film doté d’un des plus gros budgets de l’année avec Léa Seydoux alors que tous ses précédents films ont été des bides.

                • #134752 Répondre
                  Charles
                  Invité

                  Elle fait partie du marché mais rien ne l’oblige à faire des films avec des budgets de plus en plus importants, avec un casting international etc. Je suis d’accord avec Tony sur le fait qu’elle doit très certainement être la réalisatrice la plus en vue du moment.

                  • #134762 Répondre
                    Billy
                    Invité

                    Je me fais l’avocat du diable, contre le cliché du « réal qui se perd aux States ».
                    Je sais que ce cliché a sa part de justesse, mais n’imaginons pas que la prod en France est faite pour que le cinéaste se trouve.
                    Je vois bien les risques esthétiques à tourner à l’international : perdre la justesse de la langue maternelle, être dépassé par le budget trop gros, être prisonnier des studios…
                    Quel serait le dernier exemple d’un réal français qui se serait perdu aux Etats-Unis ?
                    J’en ai aucun (ou seulement des cinéastes que je trouve déjà mauvais en France : Jeunet, Kassovitz, Audiard)
                    Et en réal européen ? Ostlund ? J’aime Sans filtre, copro américano-franco-britannico-etc.
                    Triet vise peut-être ce genre de modèle économique, de type cinéaste cannois.
                    .
                    Triet a déjà tourné avec Virginie Efira et Adèle Exarchopoulos à la meilleure époque, je comprends qu’elle aille voir ailleurs. Le travail sur la langue l’intéresse, elle est allée chercher Sandra Hüller probablement pour la visibilité internationale, et aussi pour ce jeu sur la langue.

                    Et je vois la continuité esthétique. Elle tourne depuis longtemps déjà les films psychologiques dans des lieux qui sont réalistes mais aussi des espaces mentaux : l’appart dans la tour de Victoria, l’appart/cabinet de Sibyl, la maison dans la neige d’Anatomie d’une chute.
                    .
                    Et quand Tony demande « comment ne pas céder à leur appel? » vraiment je maintiens ma question éthique : tu saurais comment rester pur ? où mettre la limite ?
                    Quel est l’endroit où l’on peut créer ? où la création est juste politiquement et féconde esthétiquement ?
                    A part l’autoproduction à la RAZ, je vois pas.
                    .
                    Justine Triet a commencé avec une petite prod pour son court-métrage et son premier long. Les films sont magnifiques, ont une super presse, ne sortent que dans des salles art et essai.
                    Pour Victoria, elle change de prod, de casting (Efira/ Lacoste) et sort dans des grosses salles privées, des salles de circuit. Déjà les budgets grossissent et déjà c’est impur.
                    Le marché veut ça, l’accroissement. Je saurai pas où mettre la limite.

                    • #134764 Répondre
                      Malice
                      Invité

                      Je pense à Lanthimos en te lisant, même si sa situation est moins questionnée ( qui irait lui reprocher de quitter un pays en grande détresse économique pour nous livrer des chef-d’oeuvres)

                    • #134766 Répondre
                      Antonin
                      Invité

                      Complètement !

                      Et posez vous la question du réel de Triet aussi.
                      Depuis 3 ans elle parle anglais dans tous les sens pour vendre et défendre un film à l’international.
                      Entre les conférences, les récompenses et les dîner : y’a eu des acteurices qui parlaient anglais et ça a dû la titiller ( on rappel pour celleux du fond que l’inspiration se trouve bien souvent dans ce qui nous entoure) ( sans compter qu’on a vu pas mal de scène an anglais dans Anatomie et on n’a pas eu envie de se rincer la bouche).
                      Après son coup de coeur pour Efira et Hüller, elle va voir Mia Goth. J’y vois un prolongement logique. ça crache sur Andrew Scott mais la combinaison Mia Goth / Triet vaut le coup d’oeil nan ?
                      C’est pas Guillaume Canet qui nous fait Blood Ties pour son 4ème film hein.
                      Et pour les frileux : une partie du tournage va se dérouler à Dax… Pas de panique y’a un boulevard Carnot.

                      • #134767 Répondre
                        Tony
                        Invité

                        Ils parlent anglais à Dax?Je te charrie bien sûr, attendons de voir t’as raison.

                      • #134782 Répondre
                        Charles
                        Invité

                        Bien sûr on verra bien ce que ça donne, je trouve quand même surprenant qu’on ne se dise pas que ça change beaucoup de choses de tourner intégralement dans une autre langue avec des acteurs au style de jeu différent.

                      • #134789 Répondre
                        Toni Erdmann
                        Invité

                        Charles, te souviens-tu quand même que la meilleure scène de son dernier film est en anglais, et qu’elle était très bien écrite, avec un anglais bien ciselé. Le fameux « your generosity conceals something dirtier and meaner ».
                        Si elle voulait vraiment donner dans le star system, je pense qu’elle aurait pu taper bien plus haut.

                      • #134790 Répondre
                        Charles
                        Invité

                        Oui mais de l’anglais traduit du français interprété par une actrice allemande avec qui elle avait déjà tourné.

                  • #134763 Répondre
                    Antonin
                    Invité

                    Franchement vous foutez le cafard…
                    « Elle fait partie du marché mais rien ne l’oblige à faire des films avec des budgets de plus en plus importants, avec un casting international etc. »
                    Rien
                    Mais c’est pareil pour la phrase « rien ne l’oblige à faire des films en France avec des budgets qui respecte le tiroir caisse des films Pelléas ».
                    C’est son 7ème film, pas le 2ème…
                    Posez vous la question de vos attentes d’un.e artiste en général avec en ligne de mire « j’espère que son 8ème film sera en Français, comme les autres »….
                    On paie les musiciens à la fin du bal.
                    À part le facteur cheval, qui a vos faveurs ?

                    • #134768 Répondre
                      Ostros
                      Invité

                      Si le film est bon
                      qu’elle l’ait réalisé aux USA, à Paris ou au Kurdistan
                      qu’importe
                      On a vu des réal se vautrer dans ce type d’évolution, certes
                      Mais c’était des prods américaines
                      qui empêchaient les réal européens
                      Là la prod est française ça change quelque chose
                      Moi je mise sur la bonne surprise
                      C’est Triet quand même
                      Excellente réal

                      • #134769 Répondre
                        Ostros
                        Invité

                        Et on a vu que les budgets importants lui allaient plutôt bien

                      • #134776 Répondre
                        Jules
                        Invité

                        Moi aussi !

    • #134714 Répondre
      K. comme mon Code
      Invité

      J’ai préféré les Franco précédents à Dreams, j’y pense quand même pas mal. Surtout au fait que la passion s’avère souvent être une force creuse.

      • #134803 Répondre
        toni Erdmann
        Invité

        J’en sors et, pour moi, c’est un grand cru.
        Ce qui fait sa grandeur, c’est qu’à un moment donné, on y croit à cet amour. On y croit dans le présent : quand ils sont tous les deux, il semble exister entre eux quelque chose de vraiment désintéressé, des gestes francs, des sourires provenant d’une joie sincère. Mais on y croit aussi dans le futur, dans la durée : ils vont se construire une « situation », et le prestige social que Fernando est en train d’acquérir conduira Jennifer à assumer de sortir avec lui.
        Évidemment, tout se trouble peu à peu, et l’on finit par se demander si ce n’est pas précisément l’ascension de Fernando qui (spoiler) pousse Jennifer à le dénoncer. Elle ne supporte pas de le voir prospérer dans son monde à elle, elle le préfère cantonné à sa place de garçon du tiers-monde. La première chose qu’on la voit faire avec lui est de le contempler comme une possession. Or cette possession lui échapperait s’il venait à gravir trop d’échelons.
        En même temps, ma lecture bute sur la fin : Jennifer semble presque consentir à sa propre captivité et, ce faisant, à une véritable inversion des rapports de force.
        J’émettrais enfin un léger bémol sur l’alchimie physique entre les deux acteurs. Les étreintes, les baisers paraissent parfois retenus, alors même que Franco cherche à filmer quelque chose de passionnel, chose qu’on ne lui avait, à ma connaissance, jamais vraiment vue tenter.

        • #134808 Répondre
          K. comme mon Code
          Invité

          (ça spoile)
          Leur lien est uniquement passionnel, oui. C’est ce que je voulais dire par force creuse : il n’existe rien d’autre entre les deux. (Je rejoins ton bémol sur une forme de retenue physique dans ces scènes. Ça ne doit pas être évident de filmer ça.)
          Les scènes sur l’incompréhension de l’espagnol sont très bonnes. L’intérêt de Jennifer pour cet homme est très limité. Il me semble qu’il a, lui, de véritables rêves, une envie de danser et de partager sa vie avec cette femme qui lui plaît – même si j’imagine aussi qu’il perçoit très bien son intérêt à maintenir cette relation – tandis que Jennifer n’a que ce désir qui dérègle à peine sa vie. Est-ce qu’elle assume vraiment de sortir avec lui ? Elle rend sa présence auprès de lui explicable mais au premier rappel à l’ordre…
          Le posséder comme un objet lui convient, mais je crois pas qu’elle jalouse une possible élévation sociale de Fernando, il y a une impossibilité sociale et raciale de le fréquenter, peu importe le futur auquel il aurait pu prétendre sans elle. La dénonciation lui permet surtout de conserver Fernando. Elle accepte temporairement de payer son acte. Quand il s’avère que le pardon n’est plus possible, c’est fini.

          • #134818 Répondre
            François Bégaudeau
            Maître des clés

            comme Memory ce Franco gagne en vertige à mesure qu’on y repense, et surtout si on le revoit

            • #134909 Répondre
              Un Passant
              Invité

              Oui, il y a tellement à dire sur ce film.
              Ce qui m’a surtout marqué, c’est le moment (début/milieu du film) où il la quitte, elle le harcèle, il finit par céder. Pourquoi cède-t-il ? Pourquoi à ce moment là ? Ce qui revient à se demander pourquoi il l’a quittée. C’est lorsqu’il commence à être reconnu comme danseur, donc qu’il a le sentiment de s’élever socialement, qu’il retourne vers elle. Comme s’il était à pied d’égalité, que son désir à lui devenait légitime.
              Mais il ne sera jamais son égal social (même le chorégraphe qui le repère – quand il croit pouvoir s’affirmer indépendamment d’elle – est une connaissance de Jennifer et elle le lui fait bien remarquer). C’est une illusion, comme l’indique le titre polysémique.

              Un film plus classique aurait montré son ascension, avec comme horizon une représentation sur une scène prestigieuse. Mais juste avant le spectacle, les autorités repèrent sa clandestinité, tout est sur le point de s’écrouler, et finalement, heureusement, par l’intervention du père de Jennifer convaincu par sa fille, il obtient un sursis. Et Fernando peut danser une dernière fois sous les yeux humides de Jennifer (vous avez tous vu ce film, c’est le mélo réclamé par Charlotte Garson). Sauf que les contes n’intéressent pas Franco. Évacuez le réel et il revient avec encore plus de violence.

              Plus généralement d’ailleurs, le film est implacable sur l’exploitation du corps de Fernando : un corps marchandise (payer un passeur pour être transporté comme une marchandise), un corps sexuel (le gigolo d’une riche femme),  un corps au travail (employé de ménage dans un motel), un corps artistique (c’est un danseur qu’on « intègre » dans une troupe – car danser dans la rue c’est mendier – pour mieux le mettre conformément en spectacle).

              • #134919 Répondre
                Toni Erdmann
                Invité

                Oui, son corps est essoré, on en perdra pas une goutte … de sueur.

    • #134717 Répondre
      stephanie
      Invité

      Dans un autre staïle :
      Le retour du projectionniste.
      Tourné dans un village perdu des montagnes Talyches , entre l’Iran et l’Azerbaïdjan (j’apprends qu’il y a eu des tentatives d’autonomie du peuple talyche, vite réprimées ) un vieux projectionniste, réparateur de tv veut réunir son village pour projeter des films. Aidé par un jeune étudiant, passionné de cinéma et de technique , les deux cinéphiles vont tout faire pour réussir.
      Un film qu’on pourrait presque voir comme un documentaire. On y célèbre le cinéma, aussi la transmission, le passé et l’avenir.
      J’en dis pas plus pour ceux et celles qui iront le voir.
      Pour donner envie, on apprend que le réalisateur admire Abbas Kiarostami.

    • #134771 Répondre
      Tchitchikov
      Invité

      Quelqu’un a vu le dernier Reichardt ici ? Alors ?

      • #134787 Répondre
        K. comme mon Code
        Invité

        On en a pas mal discuté Page 20. Je l’ai revu sur grand écran et je confirme que j’aime beaucoup ce film.

        • #134802 Répondre
          Tchitchikov
          Invité

          Merci. J’ai hâte, Franco, Reichardt, c’est une folle semaine.

          • #134926 Répondre
            François Bégaudeau
            Maître des clés

            J’aime aussi la dernière livraison de Queen Kelly
            on en parle sans doute dans le TVB suivant celui sur Franco

    • #134775 Répondre
      Un passant
      Invité

      Aux midis de Culture, Charlotte Garson a qualifié le dernier Franco de moralement dégueulasse. Elle a même comparé la situation dans laquelle il mettait les spectateurs à celle des migrants dans le camion dans le 2e plan du film : pris au piège (ça m’a rappelé ce trope qu’on entend à chaque grève : « ils nous prennent en otage »). Et évidemment elle n’a pas tardé à atteindre le point Godwin des honnêtes critiques : comparaison avec Haneke.
      Tout cela est très bon signe.

      • #134801 Répondre
        Aurel
        Invité

        Il n’y a rien de dégueulasse dans le dernier Franco. Juste l’examen minutieux des rapports de domination entre pays, dans le couple, entre les classes et entre les sexes. Une direction d’acteurs toujours au top. C’est plus radical que Memory ce qui pourrait donner l’impression que Franco revient un peu à ses films précédents mais je trouve que son style continue de se modeler, c’est de plus en plus affirmé et précis.

        • #134805 Répondre
          Un passant
          Invité

          Je suis d’accord. S’il y a quelque chose de dégueulasse, c’est sa critique. Elle dit qu’elle aurait préféré une vraie histoire d’amour, façon mélodrame. Un idéalisme que démonte précisément le film.

          • #134819 Répondre
            François Bégaudeau
            Maître des clés

            critique au diapason de la notule ridicule des Cahiers
            sans surprise
            les trois premiers plans condensent la vulnérabilité absolue des migrants mexicains
            c’est du très très grand art et il es bien triste qu’une rédactrice des Cahiers, aveuglé par ses paradigmes moraux frelatés, ne sache le voir

            • #134834 Répondre
              Un passant
              Invité

              Effectivement j’avais pas vu leur notule. Encore Haneke cité comme vilaine boussole morale (c’était pile ou face. Pile Haneke, face Östlund).
              Notule d’autant plus crispante quand on referme les Cahiers et qu’on est toisé par le visage choisi en couverture. Brrr…

              • #134837 Répondre
                François Bégaudeau
                Maître des clés

                ….et que la même rédactrice consacre 4 grosse pages au premier Trueba
                résumer la ligne actuelle des cahiers? le gentillisme
                et si un plan sur des migrants enfermés dans un camion est jugé dégueulasse, que diras-tu Charlotte, de la chose meme : des migrants enfermés dans un camion?
                quel mot plus fort que dégueulasse sera à ta disposition pour dire la chose même?

                • #134918 Répondre
                  Malice
                  Invité

                  C’est bizarre que Garson veuille que Franco fasse du mélodrame, c’est comme vouloir qu’Haneke réalise une comédie romantique; ça m’amène à une question très sérieuse : quels sont les bons mélodrames?
                  Les films qui s’en rapprochent et que j’aime, quand j’y réfléchis, finissent par ne plus me paraître correspondre au genre :  » Nuages épars » de Naruse est trop ironique, « Thé et sympathie » de Minelli me semble trop calme – pas de scènes de grandes eaux.

                • #134925 Répondre
                  ..Graindorge
                  Invité

                  le gentillisme
                  et si un plan sur des migrants enfermés dans un camion est jugé dégueulasse, que diras-tu Charlotte, de la chose meme : des migrants enfermés dans un camion?
                  quel mot plus fort que dégueulasse sera à ta disposition pour dire la chose même?

                  • #134984 Répondre
                    Charles
                    Invité

                    Garson est, il me semble, du côté de Stanley Cavell qui voit le cinéma comme un outil de perfectionnisme moral. Le cinéma doit permettre de mieux comprendre ce que nous voulons véritablement et in fine de nous élever. Garson voudrait que Franco croit plus en l’amour sans s’apercevoir que l’amour peut prendre cette forme qu’on voit dans le film car il n’y a pas d’amour pur, de concept de l’amour mais simplement des phénomènes de celui-ci. En voici un, passionnant car d’une âpreté, d’une violence, d’une complexité comme on en voit rarement. Chastain n’est pas une méchante, c’est simplement qu’elle n’arrive pas aimer autrement. Je n’achète pas totalement la théorie selon laquelle elle le fait expulser car elle ne supporte pas son ascension dans son monde. Je pense plutôt qu’elle n’arrive pas à faire cohabiter ces deux mondes, celui de son amant et de sa vie d’héritière, ça représente un coût psychique trop élevé. Plutôt que d’explorer comme le fait remarquablement Franco, Garson voudrait que l’amour soit ce refuge, cette utopie contre les méchants fascistes américains. Et comme Franco nous renvoie plutôt dans la gueule nos contradictions et nos empêchements au sein même de l’amour, ça lui devient insupportable. Dernière chose, je trouve ça assez hallucinant de prétendre que le film serait du côté de Chastain, de son point de vue alors même qu’on commence avec son amant et que c’est son arrivée à elle dans la maison, la première fois qu’on la voit, qui nous apparaît comme une intrusion. Franco n’abandonne jamais ses personnages, quoi qu’ils fassent, c’est son talent et la seule morale de cinéaste qui compte a mes yeux.

                    • #135048 Répondre
                      François Bégaudeau
                      Maître des clés

                      A vrai dire je connais mal Cavell, et de loin je me suis toujours un peu méfié du cavellisme. Disons que cette affaire de comédie de remariage, par exemple, me paraissait un parfait équivalent, progressiste-conservateur, du « tout changer pour ne rien changer » (en gros).
                      Cet axe critique là – l’édification morale des personnages- me parait en tout cas de nature à faire totalement rater l’art, rater les oeuvres, rater les films. La preuve. Les bégaiement de Garson (qui ne dit pas que le plan de camion est dégueulasse, comme il a été rapporté ici) sont ici les bégaiements obligés de quelqu’un qui pédale dans la semoule, qui brasse du rien, qui a décidé de faire la critique d’un film dans l’oubli total de sa matière.

                      • #135052 Répondre
                        Alexandre
                        Invité

                        L' »oubli total de la matière » (j’aime bien la formulation) est décidemment une manière de péché mignon de la critique, plus ou moins saillant, plus ou moins inscrit dans le temps (j’ai l’impression d’avoir déjà remarqué ça dans les années 90). Dans un coin de ma tête, j’ai toujours défini cela comme un défaut de sensualité, partant du principe que les films ont beau être projetés, ils n’en sont pas moins tangibles.

                      • #135053 Répondre
                        Alexandre
                        Invité

                        ….même paradoxalement.

                      • #135057 Répondre
                        Charles
                        Invité

                        Oui parce que Garson refuse cette matière-là. Elle voudrait plus de scènes de danse, moins de violence. Je ne suis pas sûre qu’elle soit très honnête sur son propos. Car, comme Delorme, elle semble s’opposer à tout cinéma qui montrerait la saloperie du monde, comme elle dit, sans échappatoire car ce faisant cela nous en rendrait complice. Ce serait presque une critique politique et elle parait aller dans ce sens en regrettant qu’on ne montre pas de collectif, qu’on se focalise sur l’individu (en oubliant toutes les scènes où notre danseur est aidé ou discute avec ses compatriotes, montrant ainsi une forme de solidarité douce et discrète), pour finir par donner le coup de grâce en soutenant que le film serait du côté de Chastain, de son point de vue. C’est mon sens se donner bonne conscience à peu de frais alors Garson commence par regretter l’absence de mélo pour traiter (et dépasser?) ce conflit de race et de classe, ce qui me semble la situe autrement, politiquement.

                      • #135079 Répondre
                        François Bégaudeau
                        Maître des clés

                        bouillie totale
                        notamment ce moment sur collectif blabla
                        ignorant que 90 % des films politiques, en tant qu’oeuvres, prennent la politique par les individus
                        pourquoi ces gens s’obstinent à parler de politique alors qu’ils sont des nains dans ce domaine? – au mieux des béotiens bourgeois et patauds
                        car c’est bien le problème des politimanes : non seulement leur politimanie les rend nuls en art, mais en plus ils sont nuls en politique

                      • #135068 Répondre
                        Un passant
                        Invité

                        Personne n’a rapporté ici qu’elle qualifiait le plan sur le camion de dégueulasse. Si c’est en référence mon premier post, je faisais référence à sa manière de qualifier le film. Pour être précis, elle part d’une scène pour dire exactement : « ça relève de la saloperie morale que j’ai vue à l’œuvre assez souvent dans le film de Michel Franco » (je reconnais que j’ai été imprécis en confondant saloperie et dégueulasserie, mais je ne pense pas avoir trahi sa pensée).
                        Et concernant les migrants agonisant dans le 2e plan du film, elle y fait référence pour dire précisément (retranscrit sans bégaiement) : « Ce début avec un camion plein de migrants clandestins qui sont en train de mourir parce qu’ils n’ont plus d’air, au fond, moi, ça me dégoûte, dans le sens où c’est son idée de la mise en scène. La mise en scène c’est un piège. Et on est là pour sadiser. Sadiser, pas les personnages, mais le spectateur. Ça fait penser à Michael Haneke ».
                        Ça rejoint ce que j’écrivais dans mon post, qui relatait de mémoire ce que j’avais entendu : « Elle a même comparé la situation dans laquelle il mettait les spectateurs à celle des migrants dans le camion dans le 2e plan du film : pris au piège ». Si ça prêtait à confusion avec le dégueulasse de la phrase précédente, je m’en excuse (en repentance, je me suis fadé une deuxième fois sa critique…)

                      • #135078 Répondre
                        François Bégaudeau
                        Maître des clés

                        oui, en effet, à la relecture tu as été très précis

                      • #135090 Répondre
                        Aurel
                        Invité

                        C’est surtout sa critique que je trouve imprécise. Honnêtement j’ai du mal à comprendre ce qu’elle essaie d’exprimer. Elle semble avoir beaucoup de limite dans sa façon de voir une simple scène où effectivement nous sommes avec les migrants en train de mourir au fond d’un camion. Il n’y a que la fiction qui puisse nous permettre ce point de vue.

                      • #135093 Répondre
                        K. comme mon Code
                        Invité

                        Comme les reproches de « mépris de classe », il faut comprendre que c’est une réalité qui les gêne. L’art devrait la corriger. Il est décent de détourner le regard et souhaiter que tout le monde soit propriétaire avec un CDI dans un pays occidental. On prend l’avion – un aller/retour par an minimum –, on ne s’entasse pas à quarante dans un camion, voyons. Quelle idée de ne pas émigrer en paix pour encourager un avenir meilleur.

                      • #135094 Répondre
                        K. comme mon Code
                        Invité

                        *maximum, évidemment, pas minimum, nous pensons à la planète, nous l’aimons

                      • #135101 Répondre
                        François Bégaudeau
                        Maître des clés

                        et si vous avez déjà la décence de ne pas vivre ce réel aussi prosaique qu’ hispanique, ayez aussi la décence de ne pas le filmer

                      • #135102 Répondre
                        Un passant
                        Invité

                        Je te rejoins complètement Aurel sur « une simple scène ». Les trois premiers plans et, surtout, les deux ellipses qu’ils suscitent, sont d’une simplicité et d’une force saisissantes pour essayer de rendre sensible une réalité (pour ne pas dire une saloperie).

                      • #135117 Répondre
                        I.G.Y
                        Invité

                        Au-delà de ce que vous avez dit, C. Garson semble faire exactement dans cette chronique ce qu’elle reproche à Franco : ne pas croire en l’amour. Balayer d’un revers de main tout ce que le personnage de Jennifer produit d’autre envers Fernando que du pur désir sexuel, faut le faire. Instructif.

                        Quitte à continuer dans le « problématique », même le critique qui dit avoir aimé le film : J. Chastain représenterait l’Amérique « vieillie et rabougrie » en « parallèle » de la force vive mexicaine? Ah oui, le « corps infertile » de J. Chastain. Amérique vieillie, rabougrie, infertile : Chastain. OK.

                      • #135124 Répondre
                        K. comme mon Code
                        Invité

                        Je sais pas. Je vois que la passion de Jennifer ne produit quasiment rien pour elle ou Fernando. Ça l’agite. Ça la fait jouir. Ça s’arrête là. Il s’agit toujours de le garder plus ou moins en cage quelque part pour la satisfaire. C’est la nuance passion/amour – les deux peuvent coexister, oui, mais je trouve Jennifer tout à fait incapable de l’aimer. Sa présence est un problème pratique à résoudre. Elle est tout à fait en accord avec le patriarche. Le twist final rend tout ça très évident : on croit que le collègue de Fernando l’a dénoncé par jalousie professionnelle, mais non. C’était l’amoureuse.

                      • #135125 Répondre
                        Charles
                        Invité

                        Oui mais ça d’accompagne de gestes d’une réelle tendresse, peut-être qu’elle le voit comme sa chose mais elle aime prendre soin de lui, jusqu’à une certaine mesure. Et c’est précisément pour ça qu’arrive un moment où on se dit que ça va peut-être être marcher.

                      • #135129 Répondre
                        I.G.Y
                        Invité

                        Si l’on souscrivait à la thèse de la pure chosification, les (trois?) plans un peu longs de Jessica seule face à son téléphone ou à son ordinateur regardant des photos/vidéos de Fernando l’auraient montré fantasmant sur des photos simili-érotiques, et auraient même pu aller jusqu’à montrer Jessica se masturbant. Or les photos et les vidéos qu’elle regarde sont tout le contraire : j’ai même souvenir d’une vidéo où ils fêtent leurs six mois avec un gâteau d’anniversaire et des bougies? Le type de vidéo que l’on peut faire quand on fête les six ans. Je pense aussi au plan-scène de massage-mutuel (terrible au vu de la fin : le pied).

                        Qu’ils soient incapables de s’aimer de façon sereine, ça c’est clair. Il y aurait beaucoup à dire là-dessus, le film pourrait paraître peu original sur ce point (l’intensification dramatique de la passion toxique) et pourtant il me travaille quand même.

                      • #135138 Répondre
                        K. comme mon Code
                        Invité

                        Oui, différencier radicalement amour/passion balaie toutes les nuances et circulations possibles et d’ailleurs Franco dit dans une interview qu’ils s’aiment. Il n’empêche que c’est en grande partie l’angoisse de perdre (le corps de) Fernando qui lui fait regretter ces images d’une vie commune qui n’a jamais vraiment existé. Je crois me souvenir qu’au début du film Jessica lui demande pourquoi il est venu. Ça l’embête. Elle n’a donc pas le désir de vivre ce qu’elle joue à regretter. Cet amour est fortement conditionné à une forme de contrôle. L’autre rend service même dans la comédie de l’amour. Le twist final m’a quand même surpris parce que je ne la pensais pas capable de le dénoncer. Mais c’est logique, ce scénario lui convient très bien. Elle a besoin qu’on lui soulage la conscience, sauf que, cette fois-ci, il ne lui rend pas ce service. Tout du long, je ne crois pas le Fernando très dupe bien que son affection soit réel également. Ils se racontent des histoires.

                      • #135173 Répondre
                        I.G.Y
                        Invité

                        « Cet amour est fortement conditionné à une forme de contrôle » : ah ça oui. Ce que je défends est que c’est bien autour de l’intrication entre amour et désir sexuel que se noue la chosification, et pas seulement autour d’un désir d’appropriation et de pouvoir.

                        Qu’ils se racontent des histoires est bien possible (voire plus que ça : le titre du film!). Il n’empêche que leurs histoires ont quelque chose de bien concret. Peut-être que Jessica se raconte qu’elle pourra in fine échapper sans trop d’encombre au poids de ses lourds déterminants familiaux, qu’elle pourra concilier les deux (elle sonde : cf. la scène où elle laisse son frère rentrer alors que Fernando ; au passage : cet « adioooss » est incroyable).
                        .
                        Je suis aussi frappé par la radicalité que prend ici le banal problème de la « communication » dans une relation. Le twist, ce fait d’apprendre qu’elle l’a dénoncé aux services de l’immigration pour le forcer à partir et pour se forcer à le rejoindre et à démarrer une nouvelle vie (du moins se le raconte-t-elle), révèle de façon sidérante son incapacité, leur incapacité, à « trouver des moments pour en parler ». L’incapacité au « we need to talk » (et quand ce moment arrive, c’est déjà trop tard). Le fait qu’elle n’ait pas tenté de lui proposer plus tôt de discuter de l’avenir est complètement aberrant, mais pas si incohérent du fait de la dynamique de leur relation. Elle se raconte qu’elle peut vivre une relation fusionnelle « en couple », mais le couple fusionnel sans « moments pour en parler » est une contradiction dans les termes.

                      • #135260 Répondre
                        Tony
                        Invité

                        Je trouve l’entame du film vraiment remarquable,on a ce plan qui dure sur ce camion qui semble avoir été abandonné par son chauffeur et cette durée inhabituelle créé un état de concentration qui ne nous quitte pas jusqu’à la fin, c’est très intéressant et très fécond de ressentir cet effet avec un simple plan d’ouverture .
                        Ce qui m’étonne c’est qu’on puisse voir de l’amour dans leur relation,je ne vois qu’un désir de possession,elle s’approprie son corps pour en faire son esclave sexuel,elle est si blanche qu’il en paraît presque noir,et on sent chez lui aussi qu’il n’est pas tout à fait dupe de cette appropriation,il se laisse posséder pour en tirer un bénéfice tout en croyant peut-être en la possibilité de l’amour,il est encore à un âge où on peut y croire,un âge où les rêves de réussite peuvent se réaliser,le fameux rêve américain.
                        Ce qui est tout à fait singulier dans cette affaire c’est de nous montrer une femme comme on en voit rarement,une bourgeoise blanche qui jouit de sa blanchité et de sa domination, très fort.

                      • #135279 Répondre
                        François Bégaudeau
                        Maître des clés

                        Je vois que les appréciations du degré d’amour entre eux sont variables, ce qui est à l’honneur du film, qui, comme il se doit, soufre beaucoup de lectures.
                        De mon coté l’amour de J m’est apparu plus « colonial » à la deuxième vision. mais la troisième remettra sans doute de l’amour là-dedans.
                        Je crois qu’il ne faut pas négliger la situation de J : grande héritière, mais pas que.

      • #135002 Répondre
        I.G.Y
        Invité

        Je suis bien obligé de rejoindre votre enthousiasme à propos de Dreams. Je n’avais pas autant apprécié Memory.

        Mon impression première est que le film m’a tenu, et ce bien avant que tout s’emballe. La manière dont Franco arrive à poser la situation par cette succession de plans, de courtes scènes voire de plans-scènes est assez remarquable. Grande densité d’information dans le plan tout en restant très économe et gardant un naturel complet : ça explique sans doute pour quoi le bonhomme cadre aussi large. Cadrer plus serré aurait impliqué soit des plans sur-signifiants soit des dialogues plus explicatifs (« excusez-moi, c’est encore loin San Francisco? 500m à droite? super merci! »).

        Admirable casting et direction d’acteur : les dialogues sont ni trop présents ni trop rares, ils captent bien le fait que tous ces gens se connaissent de longue date — c’est-à-dire depuis bien avant… le film.

        Je ne vois pas de dégueulasserie morale. A vrai dire le film est même tout à fait dans les clous, puisqu’après cette terrible scène de viol on sait bien que Fernando va morfler. Du moins on s’y attend — j’irais jusqu’à dire : je l’espérais. Ne reste plus qu’à savoir le « comment ».

        Pour ma part je ne pense pas du tout que Fernando est le jouet ou le gigolo de Jennifer. C’est un véritable amour-passion, modalité amoureuse sur laquelle le film est à la fois d’une grande beauté et d’une grande cruauté (je ne pense pas que cette « conclusion » soit originale — combien de films, ou de faits réel, finissent même par le meurtre de l’un ou de l’autre, assez souvent bien sûr de la femme par l’homme? —, c’est plutôt la « manière » qui est forte). M’a frappé la vaste palette des intensités sexuelles qui nous est montrée : je ne pense pas qu’une telle palette existe dans une relation de pure « consommation ». Le premier plan nu est doux et beau, assez froid mais très beau.

        Il y a vers la moitié du film une sorte de scène de « retrouvailles » particulièrement sauvage dans l’escalier. Plus tard une autre scène de retrouvailles a lieu, une fois au Mexique, après l’expulsion de Fernando. On a d’abord l’impression, ayant la scène précédente en tête et voyant les embrassades débuter, qu’ils vont non pas remettre le couvert mais que c’est possiblement le désir sexuel qui prime. Or ça n’est pas ce que l’on voit. L’étreinte n’est absolument pas de même nature. J’ai trouvé cette brisure de symétrie très belle.

        • #135047 Répondre
          ..Graindorge
          Invité

          Chouettes partages! Des hispanophones, des gens qui vraisemblablement n’y connaissent rien en cinéma, en art, en Franco, des très bas de plafond sont entrain d’essayer de le démolir: protrump , antimigrants,  » clasiste » ( ?) démontrant que le danseur cherche à se hisser socialement et que Franco souligne  » chassez la nature, blablabla. » pour le résumer à violeur, agressif. Rien sur le jeu d’acteurs, les caméras, les subtilités, rien sur le cinéma, rien sur Franco. J’avais partagé dans un autre fil cinéma un élogieux article en espagnol d’un espagnol mais là désolé celui-là je l’ai perdu, la souris a glissé, elle est tombée et voilà

          • #135050 Répondre
            François Bégaudeau
            Maître des clés

            tu parles encore de quelque chose que tu n’as pas vu, c’est ta manière
            si tu avais vu, tu saurais que le film est absolument sans concession (pour le coup) sur la violence faite aux migrants

            • #135051 Répondre
              ..Graindorge
              Invité

              Je parle de quelque chose que tu as mal lu : je parle de l’article lu hier d’un journaliste qui a vu le film et qui le commente comme dit.
               » c’est ta manière » est de trop. De fait, je constate que des journalistes ne s’embarrassent pas de scrupules pour dire n’importe quoi dans le but de casser

              • #135054 Répondre
                François Bégaudeau
                Maître des clés

                N’ayant pas vu le film, tu n’as aucune matière à disposition pour juger de la pertinence de tel ou tel propos dessus Tu commets donc la même erreur qu’eux : ils parlent en aveugle, tu parles sans avoir vu

              • #135055 Répondre
                ..Graindorge
                Invité

                Connaissant l’homme Franco, bien que bien évidemment j’irai voir Dreams, je crois sur parole
                « le film est absolument sans concession (pour le coup) sur la violence faite aux migrants »
                J’ai été étonnée qu’on cherche à le descendre avec des arguments aussi aberrants. Non, non, ne t’excuse pas

                • #135058 Répondre
                  ..Graindorge
                  Invité

                  Juste on venait de me téléphoner
                  Oublié de te faire 2 grosses bises Non, 4!! + front + nez
                  Allez, la note haute Amore! Les nouvelles sont bonnes!

    • #134777 Répondre
      Jules
      Invité

      Vu hier Imago, j’ai beaucoup aimé ! Le docu m’a fait penser, à certains égards, à La Petite dernière

    • #135067 Répondre
      Antonin
      Invité

      Vu « histoire de la bonne vallée » : magnifique duo ( entre beaucoup d’autre ) que celui de la brésilienne qui parle italien et l’homme qui perd la mémoire .
      Magnifique évolution où on rit franchement de ses interventions saccadé au milieu du discours de sa femme pour découvrir petit à petit que c’est ce qui lui permet de tenir la rampe et de ne pas sombrer dans le mutisme. Le dernier plan au piano m’a serré la gorge.
      Joli parallèle avec l’effacement progressif de ce quartier.

    • #135069 Répondre
      Antonin
      Invité

      Vu la sentinelle de Desplechin : me reste en tête la fin du personnage de Valérie Dréville qui, rentrant chez elle, se retrouve nez à nez avec un tueur qui venait fouiller chez elle. Le hors-champ du crime et son corps qui gît sur l’escalier – tout ça en silence et dans un même plan séquence – : j’ai trouvé ça particulièrement délicat.
      J’vais tenter une analyse sensorielle flou : on aurait dit du Echenoz ce moment-là.
      J’sais pas comment l’expliquer mais ça m’a semblait aussi fluide que l’écriture de l’écrivain.

      • #135070 Répondre
        Antonin
        Invité

        « l’écriture de l’écrivain » : pas très fluide, par exemple.

        • #135077 Répondre
          François Bégaudeau
          Maître des clés

          rire
          je n’ai plus en tete ce moment
          mais La sentinelle est le meilleur Desplechin, on ne le dira jamais assez

    • #135120 Répondre
      Younès
      Invité

      Loin de l’actualité, je suis en train de découvrir les films de Leo McCarey (dont j’ai entendu parler grâce à Serge Daney).
      Vu pour l’instant : La Soupe aux canards (1933), Place aux jeunes (1937), Cette affreuse vérité (1937), Elle et lui (1939) (je verrais la version de 1957 ce soir). Avez-vous un avis sur ce cinéaste ?
      Je n’arrive pas à bien trouver l’aspect novateur de son cinéma ; il y certes un sens certain des durées de scènes (avec un bon rythme de l’avènement du comique) mais je trouve sa mise en scène extrêmement consensuelle, sans grande novation.

      • #135126 Répondre
        Alexandre
        Invité

        J’ai du mal à comprendre ce que tu entends par « novateur ».
        Je dirais que McCarey fait partie de ces réalisateurs américains qui ont été grands par leur énorme métier, qui fait œuvre, comme on dirait faire sens, par sa seule factualité, plus que par une conjonction de thèmes, de figures de style, de récurrences formelles.
        Ce savoir faire, qui se décline sur toute la filmographie avec tous les ratés, les scories, les inégalités qu’on peut imaginer, éblouit dans une partie des titres que tu cites mais comme celui de Frank Capra, il cartonne dès l’époque muette avec les meilleurs Laurel & Hardy (comme Capra réalisait les meilleurs Harry Langdon).
        Ce qui caractérise le style McCarey est une souplesse (pour le coup très moderne) pour passer du comique à l’émotion la plus intense à sa convenance, en deux coups de cuillère à pot, d’une scène à l’autre.
        C’est très vrai pour Elle et Lui, dont je confesse préférer la version 1939, plus subtile que celle de 1957, pourtant géniale par endroit. Et c’est vrai aussi de Place aux jeunes, ce chef d’œuvre qui bouleversera particulièrement quiconque a des parents très âgés qui vivent encore en couple.
        Ce qui est novateur serait alors ce frémissement, cette sensibilité qu’apporta McCarey à l’art de la comédie.

        • #135130 Répondre
          Malice
          Invité

          Si ça peut t’éclairer Younès Murielle a donné une conférence sur McCarey ici: https://www.cinematheque.fr/video/1294.html

          • #135134 Répondre
            Younès
            Invité

            Merci Malice, j’écouterais attentivement cette intervention.

            • #135139 Répondre
              Alexandre
              Invité

              Génie du classicisme à la 29ème minute (extrait d’Elle et lui, version 57, montré par Murielle J.) : rien que de voir la scène, les larmes sont de nouveau montées. Elle et lui, c’est redoutable.

              • #135145 Répondre
                Younès
                Invité

                Je viens de sortir de « Elle et lui » (version 1957). Grand enthousiasme. Contrairement à toi, je la préfère largement à la version de 1939.
                Tout en gardant l’étau serré sur les deux protagonistes, McCarey, a la faveur de quelques plans furtifs et de dialogues toujours aussi biens frappés, nous donne à voir un certain amour ancré dans une réalité sociale.
                Tout est tissé de manière plus fine sans perdre de sa fluidité (je suis heureux qu’il se soit débarrassé des plans de détail sur le calendrier qui défile).
                Il apporte une profonde réflexion sur les images que Nicolo et Terry voient d’eux : que ce soit quand le photographe du bateau les prend en photo (grande justesse d’avoir rajouté le succès de cette prise sur le vif) ou quand Nicolo fait une déclaration en direct à la télévision (très beau contre-champ montrant Terry et Kenneth). Ces deux incursions de régimes d’images différents opèrent comme déclic pour pousser encore plus loin la transgression.
                Et puis que ce soit dans l’une ou l’autre version, la scène de la chapelle m’aura toujours. Une des plus belles que j’ai pu voir.

                • #135147 Répondre
                  Alexandre
                  Invité

                  Je comprends ta préférence. En ce qui me concerne, j’ai peut-être voulu un peu contrebalancer vu le règne sans partage, pendant des décennies, de la deuxième version que je connais depuis la seconde moitié des 80′ alors que j’ai enfin découvert la version 39 il y a à peine 3 ans à la faveur d’un blu ray qui vengeait de la vilaine copie qu’on trouvait sur le câble, qui me dissuadait d’aller au delà des dix premières minutes.
                  Je pense que la version 1957 est indéniablement plus puissante (ne serait-ce que la chanson) mais la version 1939 me paraît plus cristalline, plus finement élégante et je crois que si Charles Boyer ne rivalise pas avec Cary Grant, malgré sa classe naturelle, j’avoue ma préférence pour Irene Dunne sur Deborah Kerr, sensible que je suis à l’extrême finesse physique de bons nombres d’actrices, dont elle, des années 30.
                  D’autre part, j’ai toujours eu un petit problème avec l’esthétique des films en couleurs de la Fox des années 50, que je trouve acrylique, froide, un peu industrielle et Elle et Lui en porte la trace.
                  Ensuite, Murielle Joudet a beau rappeler l’appétence thématique et concrète de McCarey pour les enfants qu’il filme « de manière documentaire » (remarque intéressante), je trouve qu’il y en a trop dans le film, et je suis régulièrement et systématiquement crispé par la scène de la chorale.
                  Je ne peux me plaindre de rien d’approchant tout cela dans la version 39.
                  Mais on va pas se battre là-dessus!

                  • #135166 Répondre
                    Malice
                    Invité

                    ça m’intéresse, la version avec Irene Dunne, car j’ai revu « Thé et sympathie » récemment, où le jeu de Deborah Kerr me faisait parfois grimacer. A part ça; j’ai un très bon souvenir de « Elle et lui » ( 2e version donc)

                    • #135170 Répondre
                      Alexandre
                      Invité

                      Pour faire le plus court possible, je dirais que la version 1957 présente, ici ou là, quelques raideurs (y compris chez Grant) dont la version 1939 est complètement dépourvue.

                      • #135171 Répondre
                        Malice
                        Invité

                        Charles Boyer est peut-être plus malicieux que Cary Grant – j’imagine

                      • #135176 Répondre
                        Alexandre
                        Invité

                        Oui, et évidemment plus crédible en tant que personnage (je ne parle pas du physique de séducteur plus évident chez Grant)

                      • #135172 Répondre
                        Malice
                        Invité

                        Je me souviens de lui dans  » Cluny Brown » de Lubitsch où il est très drôle

        • #135133 Répondre
          Younès
          Invité

          J’entends « novateur » dans le sens de la mise en scène, des inventions formelles, même s’il y a de belles choses. Par exemple, l’occupation du corps de la grand-mère (Lucy) dans Place aux jeunes (1937) est à la fois comique et tragique dans la scène d’après.
          Ceci dit, grâce à toi, je prends conscience de cette facilité qu’il a pour passer d’un registre d’émotion à un autre (tellement fluide que je ne l’avais pas conscientiser). Peut-être suis-je tout simplement moins sensible à cette qualité.

          • #135135 Répondre
            Younès
            Invité

            (C’était une réponse à Alexandre).

            • #135151 Répondre
              François Bégaudeau
              Maître des clés

              comme je l’ai suggéré dans le ciné club sur Hitchcock, l’age classique ne brillait pas par ses inventions formelles – d’où le caractère exceptionnel de ce que bidouillent des Hitchcock et des Welles
              après l’inventivité débridée et obligée du muet, les années 30-50 sont comme un moment de stabilisation formelle du cinéma, contre quoi la modernité va s’élever
              l’intéret du classiscisme est donc ailleurs : ce sont des films qui demandent d’autres lunettes que celles qu’on chausse pour regarder et jouir de films « modernes » (post 60)
              mais c’est toujours sain de rappeler leurs limites – le mot est le bon car précisément ce cinéma là, de studio et sous tutelle des studios, évoluait dans un périmètre LIMITÉ

              • #135158 Répondre
                Alexandre
                Invité

                Il est sain de rappeler la limite des films « périmètrés  » par la tutelle des studio.
                Pour autant, il est tout aussi sain de délimiter ce qui sépare classicisme et académisme à l’intérieur de ce même périmètre. Et c’est là que des lunettes adaptées sont requises.
                On parlera alors moins d’innovations formelles, au sens de trouvailles, d’inventions jaillissantes, d’idées à chaque plan, et plus d’ellipses, d’économie de moyens, de sobriété. En un mot comme en cent, d’écriture cinématographique.
                Il ne viendrait à personne l’idée d’user du terme « inventif » à l’adresse de Mizoguchi. Dans le même temps, il ne viendrait à personne l’idée de dire qu’il ne l’était pas.

    • #135165 Répondre
      Malice
      Invité

      Samir interview Olivier Père au sujet de l’ami Michel Piccoli

    • #135322 Répondre
      Schnoups
      Invité

      Alors, je ne l’ai vu qu’une fois pour l’instant, mais je suis persuadée que notre petit Franco parle aussi de l’amour tout court. Peut être que les amoureux se racontent tous des histoires.
      Ce couple est évidemment très singulier, il y a ce rêve d’émancipation des deux côtés et un rêve d’amour, les deux sont liés dans le film. Très beau passage où elle lui offre une place pour un ballet, elle le regarde de loin, lui téléphone de loin, je suis là, je te laisse de l’espace, je te laisse t’envoler brillant danseur, je t’aime. Bingo, ça le ramène direct au bercail, dans le nid douillet qui quand même lui avait bien manqué. Comme Franco travaille beaucoup les extrêmes dans ce film c’est comme si ce geste d’amour était naturellement prolongé par son contraire : le premier coup dans le tibia, la dénonciation à la police de l’immigration. Elle se dit que de toute manière elle n’a fait que précipiter ce qui devait arriver, elle l’aime et le protège, et pour ça il faut cloisonner le regard, cacher le précieux pauvre, délimiter ses mouvements, elle a les moyens de l’organiser, elle le fait. Ce qui a permis leur rencontre et leur amour est ce qui précisément commence à tout faire foirer.
      Les extrêmes travaillés par Franco commencent dès le début avec ce jeune Mexicain qui s’extirpe de l’asphyxie d’un camion de migrants, traverse assoiffé une forme de désert, se jette sur une carafe d’eau, sur une assiette de nourriture puis, passant par un balcon, de manière détournée donc, trouve des clés, pénètre un logement luxueux, intérieur épuré, vue sur la vallée, frigo plein. Une femme blanche, vêtue de blanc, impeccable et magnifique le rejoint.
      Quand ils sont en voiture pour la première fois, dans un plan typique de Franco, il utilise une musique extra diégétique, très rare, voire inexistant chez lui normalement. Du piano, du classique, quand on le connait bien on se demande pourquoi de l’extra diégétique tout d’un coup, ce piano les enveloppe par un montage de scènes de couple idéales. On verra plus loin qu’elle finance des écoles de danse au Mexique et qu’il est un danseur classique, ce piano on le retrouve dans une salle de danse, c’est le piano classique qui accompagne les danseurs. Il est pauvre mais son corps c’est de l’or.
      Je regarde tous les films avec de la danse histoire de, toujours déçue, films souvent chiants (sauf Flashdance, faut pas déconner). Le danseur est toujours moyennement bon danseur quand il est pas trop mauvais acteur ou toujours piètre acteur quand il est très bon danseur ou c’est une très bonne actrice qui danse un peu mais qui est clairement et trop visiblement doublée et ça fait tâche. Ici, merci Franco, on a un danseur brillant et très bon acteur, très bien dirigé, certes, en tout cas c’est parfait. Et donc on a ce corps élancé, souple, fort, gracieux, une forme de supériorité bien ancrée dans sa sobriété, comment résister ? Est marquant de la voir elle, retirer ses bijoux en or au début du film, elle sait apprécier les belles choses la dame, elle ne fait que ça d’ailleurs. Jennifer est magnifique, toujours impeccablement vêtue, toujours bien coiffée, très classe, c’est trop, c’est une overdose de perfection, parfaite au lit, en peignoir, en tailleur, en tenue légère avec ce sein parfait qui pointe vers lui pendant la joute érotique. ça devient moche. On a très envie de retirer le papier glacé, de l’arracher, de l’abimer, de la salir un peu, pour son bien, bien entendu.
      Lorsqu’elle est à son tour limitée dans ses mouvements, c’est lorsqu’il est lui à son tour abimé. Ce corps jusque là objet de jouissance et de contemplation devient mauvais, violent, assombri par le travail de la lumière, il utilise à son tour ce qu’il a, une force physique supérieure à elle et donc il la séquestre, la viole, la prive de son confort élémentaire. On sait malheureusement pour lui que ça ne va pas durer, même femme, elle a la richesse, elle aura forcément le dessus (moi je ne l’espérais pas IGY, je suis certainement très très vilaine). Elle n’aura aucun scrupule, aucune hésitation à demander à son frère qui n’attendait que ça de lui éclater la jambe, séquence finale d’une grande violence avec également ce plan en bagnole, d’une Jennifer sauvée, apaisée, soulagée, appréciant la petite brise du soir qui lui caresse le visage.
      Je l’ai vu en version originale avec seulement les sous titres anglais quand il y a de l’espagnol et c’est passé super crème, donc très peu de dialogues, juste ce qu’il faut comme il faut. ça se passe essentiellement dans le plan et ce montage qui nous perd lorsqu’elle retourne à Mexico, c’est peut être moi mais un moment donné j’étais perdue, San Francisco ? Mexico ? C’est comme ci le montage nous disait que cet amour n’est réalisable nulle part, irréalisable dès le début et donc voué à sa perte, il nous dit aussi que la mondialisation est telle qu’au Mexique les blancs et les Américains sont chez eux et dominent autant que sur leur sol.
      A la fin je me suis dit encore un chef d’œuvre putain, Franco brillant scénariste, génie du récit, du cadrage, de la direction d’acteur, il est pas humain le gars, il a été envoyé par Emma Stone dans Bugonia pour nous en mettre plein la gueule. Belle mission, il s’y est accroché comme une petite moule tenace sur son rocher.

      • #135326 Répondre
        Tony
        Invité

        Moi j’aime bien la scène où elle le retrouve au Mexique,ils sortent dans la rue et là, pour la première fois,elle lui prend la main en public, comme un trophée dont elle serait fière alors qu’elle en avait honte à San Francisco,autre scène assez marquante quand ils sont dans un café, le serveur se met à discuter avec Fernando et on se rend compte alors que leur histoire n’est pas possible, qu’aucun des deux ne pourra changer de classe sociale et dans cette façon que le serveur a d’ignorer Jennifer on voit aussi un sexisme qui semble plus fort que la classe sociale,c’est vraiment très intéressant.

        • #135330 Répondre
          Schnoups
          Invité

          Une autre femme dans la scène du bar à côté de Fernando n’aurait pas du tout réagi de la même manière. Une autre aurait pu sourire même sans comprendre le dialogue, apprécier le plaisir complice des deux hommes, la sonorité de la langue espagnole et donc tu n’y aurais pas vu une exclusion de la femme ou même une once de sexisme de la part du serveur. Dans cette scène on voit l’incapacité de Jennifer à voir l’ensemble du tableau, je dirais.

          • #135331 Répondre
            Tony
            Invité

            Mais moi je crois que Jennifer voit très bien, elle est dans la classe dominante et qu’un serveur l’ignore en parlant avec son boyfriend en qui il voit un semblable la rabaisse et la ramène au rang de simple femme, c’est impossible à accepter pour elle.

            • #135332 Répondre
              Schnoups
              Invité

              Certes, je n’ai jamais dit le contraire. Ce que je dis justement c’est qu’il n’y a que ça que ELLE elle voit dans cette complicité entre eux.
              Et donc il n’y a pas de sexisme de la part du serveur.
              Il n’y a que cette femme riche préoccupée par ce garçon qui lui échappe.

              • #135333 Répondre
                Tony
                Invité

                Le serveur n’a aucun égard pour elle,il ne s’y intéresse pas, pourquoi?

                • #135335 Répondre
                  Schnoups
                  Invité

                  Pourquoi pas ? Il reconnaît un compatriote, pourquoi se détourner de lui et faire preuve d’héroïsme inclusif pour faire plaisir à Tony ? Pourquoi parler à celle qui ne lui inspire aucune complicité ? Encore une fois imagine toi la scène avec une autre femme. Ça t’es jamais arrivé qu’un serveur breton discute avec un ami breton à ta table en « t’ignorant » ? Parce qu’on pourrait même éviter d’utiliser ce mot. Après je crois qu’on tourne en rond Tony, ça devient chiant comme discussion. Non ?

                  • #135336 Répondre
                    Tony
                    Invité

                    Oui c’est vrai, c’est peut-être indécidable

                    • #135337 Répondre
                      Schnoups
                      Invité

                      En gros elle réagit en princesse parce qu’elle est une. Toi à côté de Fernando tu n’aurais pas boudé et encore moi exigé qu’il dégage.

            • #135342 Répondre
              I.G.Y
              Invité

              « moi je ne l’espérais pas IGY, je suis certainement très très vilaine » : rire. Je ne voudrais pas laisser croire que je souhaitais que Jennifer aie le dessus tout court. Je « souhaitais » spécifiquement que cette atroce scène de viol retombe sur Fernando d’une manière ou d’une autre. La difficulté qui vient immédiatement est que c’est « ligne rouge contre ligne rouge » : Jennifer a aussi franchi la ligne rouge (faire déporter quelqu’un, même « par amour »… c’est carton rouge). En fait, le film me paraît radicaliser l’enfer de l’insinuation d’enjeux de pouvoir dans l’amour, en me plaçant dans une situation de petit spectateur punitiviste : puisque le film fonctionne beaucoup sur l’œil pour œil dent pour dent (il y a plusieurs effets de symétrie comme ça : deux discussions interrompues où l’un se sent délaissé, un coup c’est Fernando et la fois d’après c’est Jennifer au restaurant, etc…), on voit l’œil et on attend la dent. Cette forme d’escalade ou de cycle punitiviste au sein d’un couple, qu’on connaît bien et qui est si malsaine, est rendu si clairement par Franco que le spectateur que je suis l’éprouve spécialement ici. Disons que j’ai dû voir beaucoup de films avec des embrouilles de couple et je n’avais jamais, sinon rarement, ressenti cela autant qu’ici. Mais peut-être n’étais-je pas assez attentif auparavant, je ne sais pas.

              PS : pour le retour à Mexico où tu étais perdue, j’ai été moi aussi un peu déstabilisé mais l’indice est dans le cadre (large) : la porte du centre a une allure assez reconnaissable, immense, avec des motifs particuliers, c’est à ça que j’ai reconnu Mexico.

              PS2, sur l’overdose de perfection : c’est un moyen d’introduire une critique que l’on pourrait faire au film (et qui est le contraire de celle que faisait le chroniqueur France Culture sur Chastain). On pourrait dire : on filme ici exclusivement des belles personnes, des forts. Fernando est certes un dominé et un migrant, mais un migrant tout à fait particulier, bien précis.
              .
              Tony : je ne vois pas ça. Je vois tout simplement une femme en perte de maîtrise sur les évènements. Elle ne comprend pas ce qui se dit, quelque chose de Fernando lui échappe : on retrouve le nouage entre amour et possession. Elle est obnubilée par Fernando, le film ne nous montre que ça et passe son temps à se concentrer sur eux deux, je pense que la seule chose qui l’importe est la réaction de Fernando et elle n’a strictement rien à faire du serveur (les seules choses qui lui importent sont : l’avis de sa famille, et Fernando). Cela se double sans doute de quelque chose de trouble, en effet, sur un certain embarras qu’elle éprouve à voir Fernando se démerder comme un grand et à devenir véritablement son égal.

              C’est peut-être une autre manière de dire ce qu’a répondu Schnoups.

              • #135343 Répondre
                Ostros
                Invité

                Cette scène du restaurant fait écho avec celle où Jen interrompt Fernando pour parler avec une connaissance . C’est un miroir inversé, elle est interrompue pas une égale socialement et lui va converser / être à l’aise avec un serveur (Fernando étant aussi serveur dans un bar). On voit dans ces 2 scènes où se situent les affinités / les élections de liens. Fernando lorsqu’il est interrompu ne fait pas de scène mais fait bien la gueule. Je me suis demandé s’il ne faisait pas exprès au restaurant de prendre le temps de parler avec un compatriote. Pour lui rendre bassement les coups.
                Je trouve très intéressant jusqu’où va Franco avec le viol punitif de Jen. Elle sort de la chambre et lui demande si maintenant qu’il l’a violentée les comptes sont bons entre eux et la relation peut repartir. Mais elle admet une autre trahison concernant la demande qu’elle s’était engagée à faire de sa carte verte et c’est reparti de plus belle jusqu’à la libération par son frère et sa vengeance de détruire son corps, sa belle jambe de danseur. La danse étant sa passion son seul véritable amour (j’adore toutes ses scènes de danse dans la rue ou en studio, son sourire, sa gaieté) et là où se situe sa puissance, sa réussite. Elle cible bien la chose. Elle le brise là où il était brillant.
                La famille son emprise et soutien a double tranchant gros sujet chez Franco. Le couple, l’amour qui tente de se lier dans ce tissage malsain aussi. Je n’ai vu que Memory et sundown et dreams et chaque fois la famille empêche l’amour et participe à l’élaboration de tactiques d’évitement, aux dénis, à la tentative de fuite, à la violence intra couple. Couple dans ces 3 films déséquilibré avec un dominant économique ou intellectuel et un dominé (immigré, handicapé ou locale extrêmement précaire). A creuser car dans chaque film, les situations sont particulièrement travaillées et nouées ce qui rend l’histoire psychologiquement passionnante. En plus d’un travail de cadre impeccable

                • #135344 Répondre
                  Ostros
                  Invité

                  Et puis on retrouve souvent ce lien inscetuel entre frere et sœur
                  Sundown où on croit pendant les premières minutes du film que c’est un couple avec enfant. On apprend tard qu’ils sont frere et sœur et le film joue avec cette ambiguïté.
                  Dans dreams le frere a la clé de chez sa sœur
                  C’est hyper instrusif. N’utilise pas ta clé je t’ouvre lui dit-elle à l’interphone
                  A croire que ce n’est pas son logement
                  Peut-être le logement du frere qu’il lui prête
                  Peut-être qu’il appartient au père et qu’il est à la friterie
                  En tout cas elle est certes riche mais elle a moins de pouvoir et de liberté que son frère
                  C’est un femme. Diminuée aux yeux des 2 hommes car sans enfants. Seule donc moins forte. Et elle n’a même pas la possibilité d’avoir son intimité pour elle. Le frere entre dans le logement car il veut l’inviter voir yn match
                  A ce moment là les deux amants sont coincés
                  Et peut-être qu’elle profite de cette intrusion pour introduire son couple officiellement
                  Tenter en tout cas.
                  Elle me fait ressentir beaucoup de pitié
                  Elle est pas libre du tout.
                  On comprend pourquoi etre au Mexique sera une bouffée d’oxygène pour elle
                  Et en même temps elle calcule bien
                  Elle lui dit je viendrait très souvent, c’est comme ci je vivait ici avec toi
                  Le Almost qui est un coup de couteau
                  On comprend qu’elle ne projette pas de s’y installer
                  Qu’elle veut placer son mec ici pour vivre son amour dans une bulle protégée de sa famille
                  Et que tout le reste ne bouge pas, sa vie, sa famille, ses affaires. Tout ça bien conservé.
                  Elle veut un amour à disposition et n’a pas le pouvoir de contraindre ce corps qui désire aller à San Francisco et danser.
                  Elle veut contrôler / materner Fernando (tu as bu sans manger ? Mange quelque chose). Le fait qu’elle n’ait pas d’enfant et que Fernando soit un jeune est très intéressant aussi.
                  Ces personnages sont à la fois mus par leurs désirs profesionnels et sentimentaux propres. Desirs qui s’opposent, se frictionnent, s’attirent se rejetent, et à la fois dans une beance de leurs affects qui les faits faire de trucs qu’ils ne contrôlent pas et se laisse faire des choses entre eux.

                  • #135345 Répondre
                    Ostros
                    Invité

                    Avec l’appartement dont le frere a la clé je voulais dire qu’elle était visiblement dépendante de sa famille
                    Et son histoire d’amour avec Fernando est sans doute une réaction à cette contrainte.

                    • #135348 Répondre
                      Ostros
                      Invité

                      Jen maternant Fernando « je t’ai laissé de l’argent et je t’ai pris des vêtements ; reste au lit prend le temps de prendre ton petit déjeuner ».
                      Intéressant que son contrôle en amour soit très baigné de réflexe de maternité toxique, elle qui baigne dans une famille contrôlante.
                      C’est très fin de la part de Franco. Cette victime de sa famille peut elle aimer autrement que dans un rapport de contraintes ? Ne la voit-on pas alors comme encore plus victime (car aliénée) du lien familial ?
                      Empêchée. Maudite.

                      • #135352 Répondre
                        Ostros
                        Invité

                        Il faudrait parler de l’immaturité de Jen aussi
                        C’est elle qui avoue à Fernando qu’elle l’a dénoncé.
                        Pensée magique ? Faute avouée à moitié pardonnée.
                        Mais c’est plus qu’une faute ici
                        Comment peut-elle se dire que ça ne va pas générer une tempête et en même temps elle y va
                        Naïve ou mauvaise ?
                        Une démarche qui vise à se faire élire de lui
                        Par dessus son desir de partir
                        M’aimes tu plus que ton projet est ce qui se joue ici
                        Et c’est la que la puissante colère de Fernando éclate
                        Que tout ce qu’il a traversé d’épuisement et de perte doit trouver objet de décompensation
                        Immaturité de Fernando
                        (Immaturité de tous les personnages principaux chez Franco ?)
                        Désolée pour la réflexion morcelée..

                      • #135354 Répondre
                        Tony
                        Invité

                        C’est vrai qu’on peut se demander pourquoi elle lui fait cet aveu mais elle n’a plus vraiment le choix si elle veut continuer à en jouir, à San Francisco c’est un boulet alors qu’ici elle n’a pas besoin de se cacher pour en profiter,elle fait donc le pari qu’il sera compréhensif sans se rendre compte de la violence de son aveu.

    • #135357 Répondre
      cinema
      Invité

      Quelqu’un pourrait dire quelques mots sur la scène du viol ?
      Je vois le film et tout est bien aligné, puis arrive cette scène et je n’arrive pas comprendre son intérêt. La séquestration n’était pas suffisante ? Franco veut montrer la prédation des hommes ? Ou est-ce une réponse de vengeance à la hauteur du passage à l’acte de Jen ?

      • #135358 Répondre
        Tony
        Invité

        Cette scène je la comprends comme une façon pour lui de lui rendre la monnaie de sa pièce,tu m’as pris pour un objet sexuel en me faisant croire que tu m’aimais,je vais à mon tour te prendre pour un objet et t’humilier pour que tu comprennes le mal que tu m’as fait.

        • #135360 Répondre
          cinema
          Invité

          Oui, sûrement. Tout simplement

      • #135361 Répondre
        Ostros
        Invité

        Ce qui se joue ici c’est de pousser à l’extrême la demande de Jen
        Jen le veut rien que pour elle
        Elle veut qu’ils restent ensemble
        Selon ces principes
        La passion dans l’acte sexuel qui est la seule chose par quoi le couple s’unit harmonieusement et qui est visible dès les premières scènes et vient tisser le récit est prise alors par son pan noir, la haine. La vengeance.
        Le viol ici contient tellement de choses. Mais est ce vers quoi tend généralement toute passion. Du desir brut à la violence brute. Deux face d’un même affect. L’un contenant l’autre
        Et aussi ce qui importe le plus à Jen, c’est le sex avec lui
        C’est ainsi qu’elle l’invoque en fantasme lorsqu’elle le cherche au Mexique. Et uniquement ainsi.
        Il se venge en la violentant par là où elle l’aime et desir.
        Et elle ensuite se venge par le violentant par là où il aime et desir (la danse)
        C’est un mec très intelligent franco. Il nous montre comment au fond de nous, nous percevons instinctivement si bien les autres avec qui nous nous nouons. Et que cette connaissance de l’autre, animale, triviale, apparaît dans nos moment de haine
        Ex : le pianiste détesté à qui on brise les doigt lors d’une effusion de violence
        Ex : le poster de l’artiste préféré du frère qu’on déchire de rage dans une dispute sur un autre motif
        L’action violente lorsqu’elle est si ciblee est toujours l’expression d’une idée qui a fait son chemin en sous terrain et dont la colère devient la force nécessaire à sa propulsion dans le réel
        Depuis combien de temps Fernando est pris d’une envie de violer Jen ?
        Lorsqu’il la rejoint la 2e fois et qu’il l’attrape dans les escaliers n’y a t il pas une once de cela mêlée à beaucoup d’autres choses ?
        Ne la déteste t il pas un peu de lui céder, de revenir alors qu’il commençait à devenir autonome ?

    • #135372 Répondre
      Schnoups
      Invité

      IGY je te réponds ici.
      « PS2, sur l’overdose de perfection : c’est un moyen d’introduire une critique que l’on pourrait faire au film (et qui est le contraire de celle que faisait le chroniqueur France Culture sur Chastain). On pourrait dire : on filme ici exclusivement des belles personnes, des forts. Fernando est certes un dominé et un migrant, mais un migrant tout à fait particulier, bien précis. »
      Cette overdose de perfection est orchestrée par Franco, donc non, on ne filme pas ici exclusivement des belles personnes. Elle est parfaite à en donner la nausée, et elle agit dès le début du film avec la scène de l’hôtel d’une manière qui entache cette beauté. Il est beau et talentueux mais n’hésitera pas à violer. Il est très intelligent de la part de Franco d’avoir fait de son personnage un danseur classique, puisque, comme je le disais, c’est ce qui permet la rencontre, c’est ce qui permet la naissance du rêve. C’est une forme de caution qui la maintient et un alibi pratique lorsqu’on les croise ensemble au restaurant. Les pauvres on les aime brillants surtout s’ils nous divertissent, mais s’ils le sont, on aime bien quand même quand ils restent à leur place, cette remise en place se fait de manière d’autant plus violente à la fin. C’est d’autant plus violent lorsque le prodige est brisé.
      Et choisir la danse classique c’est choisir une danse faite d’une force prodigieuse qui ne se voit pas, d’une technique et d’un effort qui ne doit pas se ressentir, le classique se doit d’être aérien, léger, gracieux, souple. ça aussi c’est intéressant de le voir et de voir l’intérêt que ça apporte au film, au personnage. Intéressant de voir ce que ce même corps fera par ailleurs, comment change notre regard sur lui. Contrairement à ce qu’aimerait Charlotte Garson, le classique n’est pas juste là pour placer de la belle chorégraphie pour satisfaire le critique bourgeois. Je ne vois absolument pas le problème et au contraire, j’y vois la grande force d’intelligence de Franco qui écrase 20 sangliers à distance d’un mouvement d’épaule.
       » pour le retour à Mexico où tu étais perdue, j’ai été moi aussi un peu déstabilisé mais l’indice est dans le cadre (large) : la porte du centre a une allure assez reconnaissable, immense, avec des motifs particuliers, c’est à ça que j’ai reconnu Mexico. »
      Je pense que Franco souhaite que nous soyions perdus, ça produit quelque chose d’intéressant, ce que j’ai relevé dans mon post notamment.
      « Je « souhaitais » spécifiquement que cette atroce scène de viol retombe sur Fernando d’une manière ou d’une autre. »
      Je vais peut-être passer pour une psychopathe mais je vais argumenter. D’abord Franco cadre et organise ses scènes de manière à ce que nous gardions plus ou moins notre sang froid, même face à des scènes compliquées (voir son premier long pour ça aussi, exemplairement). Ce n’est pas pour autant évident. Cependant, je maintiens qu’il nous garde au froid comme dirait François. Les scènes de sexe notamment ne sont pas érotiques, on est clairement pas chez Lynch, on regarde comment ça fonctionne entre eux. La scène de viol ne commence pas comme un viol, il lui attrape rapidement la gorge par contre et elle n’aura pas le sexe qu’elle désire. Il ne le lui donne plus, il lui donne un autre versant. Rapidement ça devient atroce oui, et il coupe assez vite. On est évidemment soulagé quand ça s’arrête. Le fait est que malgré qu’elle subisse clairement viol et humiliation elle l’encaisse, autre mouvement de force de Jennifer et puis c’est certainement lié à leur fonctionnement, sorte de dérivé négatif de leurs pratiques précédentes. D’ailleurs elle revient voir si c’est bon, si maintenant on peut passer à autre chose.
      Elle sera quand même, notons le, bien moins indulgente que lui dans sa sentence finale.

      • #135375 Répondre
        Tony
        Invité

        Sur la danse et le danseur je crois aussi que c’est intéressant de le situer à cet endroit,le lieu de la danse classique c’est l’entre soi bourgeois++,des bourgeois qui se réunissent dans un lieu qui n’est fréquenté que par eux et d’ailleurs il y a aussi une scène intéressante quand Fernando a été nommé danseur principal et cette nomination passe très mal chez les petits blancs de la troupe,on doit presque l’exfiltrer avant que ça dégénère, scène très forte là aussi.

        • #135381 Répondre
          Ostros
          Invité

          Oui les réactions des jeunes hommes recalés au poste de 1er danseur alors qu’ils bossent dur pour avoir le statut c’est très bien géré par Franco, dans ce plan large, notre regard se balade et on chope les filles qui applaudissent et les mecs qui accusent le coup. Puis déclenchement du racisme élémentaire.
          Puis discours du collègue qui dit ce qui a été mis en avant dans les retours : tant que tu es a ta place de pauvre ils t’aiment bien et si tu leur pique un boulot ils te haïssent.
          .
          Pour aussi discuter un petit point de rien, mais preuve que les moindre détails donnent à réflexion chez franco : je pense que Jennifer invite Fernando et laisse la place vide pour le piéger, voir sa réaction, plus que pour lui dire « je te laisse vivre » étant donné qu’elle ne cesse de le poursuivre pour justement ne pas le laisser vivre / sans elle. Et surtout que lui sa demande principale est justement qu’elle soit avec lui et qu’ils s’exposent en public.
          .
          M’est revenu en tête que le père oublie que Jen ne peut pas avoir d’enfant. Il argumente pour la faire lâcher la relation avec l’immigré en lui parlant de ce qu’il projette pour elle (fonder une famille). Elle lui rappelle donc qu’elle ne peut pas avoir d’enfant mais c’est comme si dans ce rappel elle argumenterait en faveur de son couple avec Fernando. Comme si le sous texte était « puisque je ne peux pas construire l’image attendu car je ne donnerait pas d’enfant alors j’ai le droit de m’autoriser à sortir des injonctions racistes du père et du frère »…

          • #135385 Répondre
            Tony
            Invité

            Oui la réflexion du père est très claire,il fait peut-être semblant de se tromper sur une possible grossesse pour quand-même lui faire passer le message que cette relation ne peut pas avoir d’avenir dans sa famille,que ça ne pourrait pas être sans conséquence.
            Sur l’invitation de Fernando et l’argent qu’elle lui laisse en partant on pense un peu à un rapport de prostitution je trouve.

            • #135386 Répondre
              Ostros
              Invité

              Rien n’est évident en effet.
              L’art de franco est bien aussi de rendre des situations en actes et en dialogues sans jamais jamais jamais faire discours. Ça nous laisse attentifs et peu sûrs au fond de ce qu’on observe. Obligés de creuser tout. L’énigme d’humains si bien restituée.

      • #135378 Répondre
        Ostros
        Invité

        Je m’incruste : je me dis aussi que Franco nous garde au froid pour nous permettre de bien tout voir, tout entendre de ce qui se passe. Comme ses scénarios sont tissés de complexités, une mise en scène calme nous permet d’en saisir la moindre goutte. Si le cadre était moins calme on verrait tout moins bien.
        Un froid qui épure. Qui découpe net et précis dans la matière.

        • #135380 Répondre
          Schnoups
          Invité

          Oui, alors c’est dit et redit par François, on invente pas l’eau chaude mais je voulais surtout le préciser notamment pour les scènes de sexe et les scènes compliquées on va dire pour introduire sur le viol. Sujet épineux hein.

          • #135383 Répondre
            Ostros
            Invité

            Y a quelque chose d’Haneke dans ces scènes
            (En espérant ne pas redire qqch d’évident qui aurair été dit / j’ai pas tout lu deso)
            La scene des escaliers étant un petit cran plus brutale que les autres.
            Après je pense que c’est un mode pour tout.
            Je repense à la scene de présentation des personnages du père et du frere. Plan fixe, calme, quelques mots échangés et tout est là.
            Toutes les relations valent ce traitement selon moi, pour franco. Le choix de l’axe de la caméra. La découpe. Les déplacements. J’adore par exemple le plan où ils sont en soirée, elle mange un truc à la cuisine et il quitte le groupe pour la rejoindre. C’est parfait. Là aussi d’ailleurs elle est exclue naturellement par le groupe. Juste avant c’est la seule qui râle quand il faut encore trinquer alors que tout le monde est festif. Je tisse des réflexions avec des choses lues plus haut, je divague toute seule ^^

            • #135400 Répondre
              Schnoups
              Invité

              Oui, ça vaut pour tous ses plans. Je re contextualisais du bien connu et déjà développé mais pour introduire l’argumentaire sur le viol. J’étais en mode flipette paranoïa si tu préfères.

      • #135382 Répondre
        I.G.Y
        Invité

        « Cette overdose de perfection est orchestrée par Franco, donc non, on ne filme pas ici exclusivement des belles personnes » : en effet, j’entends, ce que tu dis était d’une certaine façon contenu dans ton post précédent donc c’est une objection recevable que j’ai en tête. Mais tout de même (j’en resterai ici à ce puissant argument).

        Très d’accord sur les scènes de sexe, aucun rapport avec Lynch ou celle du Rire et le Couteau. Et tu dis presque mot pour mot ce que j’avais envie de répondre à cinema plus haut sur la force de la scène de viol : quelque chose de terrible se joue dans la zone grise, puisqu’en effet la scène est démarre à nouveau une sorte de miroir/symétrie/répétition d’une des scènes de sexe précédentes : elle ne commence pas exactement « comme un viol » du fait de ce que l’on sait de leurs pratiques sexuelles/fantasmes. On sent presque immédiatement que quelque chose ne va pas mais on ne sait pas exactement à quel moment démarre la catastrophe véritable, ni jusqu’où elle va aller.

        « Le fait est que malgré qu’elle subisse clairement viol et humiliation elle l’encaisse » : plutôt qu’un encaissement, j’ai vu ça comme une pause tactique, et un mûrissement de la vengeance. D’ailleurs elle se bat à nouveau avec lui peu de temps après, le soir (et il va l’enfermer). C’est là que j’ai eu la certitude que la page n’était absolument pas tournée, qu’elle estimait qu’une ligne rouge sacrée et existentielle avait été franchie, et qu’elle le lui ferait payer.

        • #135389 Répondre
          Schnoups
          Invité

          On peut le voir où ce fameux Rire et le couteau ?
          C’est pas du tout pour le sexe que je demande, je le jure !

          • #135393 Répondre
            Ostros
            Invité

            Tu l’as en VOD sur Universciné et Arte

            • #135399 Répondre
              Schnoups
              Invité

              Ok, très simple donc. Merci Ostros. Tant que je te tiens, petit feu d’artifices de renseignements que tu es, le TVB sur Franco c’est pour quand? pour une fois que j’aie vu le film avant

              • #135405 Répondre
                Ostros
                Invité

                Si mes calculs sont bons Vers le 13 février par là

                • #135408 Répondre
                  graindorge
                  Invité

                  Comme je ne veux pas le voir avec l’horrible doublage, patience, j’attends le dvd
                  Merci pour la date du TVB

                  • #135416 Répondre
                    communityuc
                    Invité

                    Dit graindorge et non ..graindorge.

                • #135412 Répondre
                  Schnoups
                  Invité

                  Ok merci, un vendredi 13 c’est parfait pour Franco. Et on le temps de le revoir trois fois.

                  • #135438 Répondre
                    François Bégaudeau
                    Maître des clés

                    en ligne le 9

                    • #135451 Répondre
                      lassou
                      Invité

                      Cool. Ce sera quoi le deuxieme film stp ?

                      • #135454 Répondre
                        Carpentier
                        Invité

                        j’adorerais que ce fusse le dernier de Sorrentino 🤞

                      • #135463 Répondre
                        Ostros
                        Invité

                        Episode dédié à Dreams

                      • #135465 Répondre
                        Schnoups
                        Invité

                        Ben oui, le film mérite un TVB totalement dédié. C’est parfait.

                      • #135469 Répondre
                        Carpentier
                        Invité

                        dommage,
                        je m’organise vite pour voir le dernier film de Franco donc

                      • #135644 Répondre
                        François Bégaudeau
                        Maître des clés

                        sorrentino peut etre évoqué dans l’épisode suivant
                        pas encore vu

                  • #135457 Répondre
                    ..Graindorge
                    Invité

                    Oui Schnoups et même d’aller sur la page Michel Franco du forum voir, revoir quelques-uns de ses courts-métrages ainsi que des entretiens dont un traduit par écrit gracieusement par l’Amie Maude et Graindorge

                    • #135467 Répondre
                      Schnoups
                      Invité

                      Oui, il me semble que c’est là que j’ai pu voir un très bon entretien de Franco à la Sorbonne.

                      • #135586 Répondre
                        K. comme mon Code
                        Invité

                        Il est très bon en interview, Franco. Je conseille aussi celle-ci en anglais post Dreams (avec spoilers). D’ailleurs, les journalistes français n’ont pas l’opportunité de faire d’entretien avec lui au lieu de lui donner la réputation d’un sadique assoiffé de sang ?

                      • #135622 Répondre
                        Schnoups
                        Invité

                        Merci, je vais regarder.
                        Oui, c’est un réalisateur passionnant à écouter, qui parle très bien du cinéma et de son cinéma.
                        Il est sympa en plus. Voyez cette petite gueule d’ange.

                      • #135716 Répondre
                        I.G.Y
                        Invité

                        Première question, le mec spoile direct la fin de Dreams, excellent. Est-il possible de regarder le reste de cette interview qui a l’air de bien démarrer tout en se préservant un minimum le visionnage des autres Franco (hors Memory que j’ai déjà vu)?

                      • #135718 Répondre
                        K. comme mon Code
                        Invité

                        J’ai précisé que ça spoilait. Je ne me souviens pas de spoilers sur d’autres Franco ; c’était après une projection de Dreams donc les questions se focalisaient là-dessus.

                      • #135761 Répondre
                        Schnoups
                        Invité

                        Pour l’instant j’ai regardé une 30aine de minutes et ça ne parlait que de Dreams. Je pense que tu peux tout regarder, c’est très intéressant. Voir que Chastain ne voulait pas la scène de viol mais qu’il l’a gardé quand même. Très intéressant de le voir répondre aussi très tranquillement à la femme énervée par la discussion précédente sur le viol, choquée par ce viol. Intéressant de voir que la première question d’un homme est encore orientée vers la défense de Jennifer, c’est son frère qui a décidé qu’on lui casse la jambe non ? C’est pas elle. Beaucoup désirent la sauver. C’est beau. J’aime la réponse un brin irritée de Franco. Je me régale.

                      • #135762 Répondre
                        Charles
                        Invité

                        D’ailleurs on n’en pense quoi de cette scène de viol ? Est-ce qu’elle n’est pas trop attendue à ce moment-là du récit, je veux dire en tant que modalité de vengeance, de violence retournée contre Chastain, avec sa charge si symbolique? C’est le seul moment qui m’a fait un peu tiquer dans le film, j’y ai vu une facilité.

                      • #135763 Répondre
                        Charles
                        Invité

                        On en pense*

                      • #135784 Répondre
                        François Bégaudeau
                        Maître des clés

                        cette scène de « viol » est intéressante en tant qu’elle ne dissemble pas radicalement des précédentes scènes de sexe
                        (je crois que ça a été dit plus haut, peut etre par Schnoups)

                      • #135801 Répondre
                        Schnoups
                        Invité

                        Oui, c’est moi monsieur, et ça me semble très bien répondre à ta question Charles.

                      • #135807 Répondre
                        Charles
                        Invité

                        Elle diffère en ce qu’elle est plus courte et que la dimension de jeu consenti a disparu.
                        Elle m’intéresse dans l’effet qu’elle produit sur le spectateur : on est pendant tout le film du côté du danseur, notre sympathie se porte vers lui, Chastain lui porte un coup presque fatal en le dénonçant à la police de l’immigration, on devrait d’autant plus prendre partie pour lui et ce viol nous empêche, il nous retient, beaucoup plus que la séquestration.

                      • #135811 Répondre
                        Schnoups
                        Invité

                        « et ce viol nous empêche, il nous retient, beaucoup plus que la séquestration. »
                        Ce viol suit une logique tout en ayant sa singularité propre et tout le travail de Franco sur les extrêmes est dans cette balance beauté/mocheté, c’est pour ça que je disais à IGY que nous n’avons pas affaire à un film « rempli de belles personnes », c’est faux, tout le travail de Franco est de faire jaillir des contraires de ses personnages. On peut rétorquer que c’est simpliste, moi je trouve que c’est très finement construit.

                      • #135820 Répondre
                        I.G.Y
                        Invité

                        Je ne parlais pas de « belle personne » avec cette connotation, bien sûr.

                      • #135821 Répondre
                        I.G.Y
                        Invité

                        Je ne parlais pas de « belles personnes » avec cette connotation, ça va sans dire.

                      • #135767 Répondre
                        Schnoups
                        Invité

                        Ben j’en ai bien parlé dans mon post réponse à IGY plus haut. Remonte un peu, c’est un peu le bordel mais tu peux le faire.

                      • #135773 Répondre
                        Charles
                        Invité

                        J’ai lu mais ça ne répond pas trop à ma question.

                      • #135785 Répondre
                        toni Erdmann
                        Invité

                        Je m’aventure à des interprétations un peu tâtonnantes :
                        Ce qui me choque dans cette captivité c’est que Jennifer semble y consentir un peu. Elle ne se rebelle pas tant que ça : elle n’essaye jamais de s’échapper furtivement, ou par la force. Lorsqu’ils déjeunent et qu’elle jette son assiette, elle retourne par elle-même dans dans sa zone de captivité. Lorsqu’il détruit son ordi/téléphone, elle ne s’insurge pas. Elle prend tout ça calmement.
                        Hypothèse 1 : Elle rêvait de cette captivité. Ne pouvant pas rompre avec son milieu de son propre gré, elle voulait y être forcée. Elle voulait se déresponsabiliser de sa déchéance sociale.
                        Hypothèse 2 : Elle le laisse faire cette erreur car il se condamne lui même et elle n’aura pas besoin de prendre la décision de rompre avec lui. Dans l’hypothèse 2, le viol est donc juste une aggravation de son cas. Il s’est définitivement condamné, et cela bénéficie ironiquement à Jennifer qui aura toutes les justifications du monde pour ne plus le voir.

                        En d’autres termes, je pense que le propre de la psyché de Jennifer, c’est son incapacité à prendre une décision par elle-même — que ce soit rompre avec son milieu ou avec lui. Elle ne peut pas trancher activement. Elle a donc besoin qu’une situation extérieure, objective, se mette en place, une configuration des faits où la décision s’impose d’elle-même, sans qu’elle ait à l’assumer consciemment.

                      • #135793 Répondre
                        Charles
                        Invité

                        J’aime bien ton hypothèse 2.
                        Mais je pense aussi que si Chastain ne se rebelle pas tant que ça c’est qu’elle a du mal à croire/accepter dans un premier temps que la situation soit devenue sans retour et aussi parce qu’elle est prise par surprise par cette violence à laquelle elle n’a jamais été confrontée.

                      • #135796 Répondre
                        Tony
                        Invité

                        Son consentement en est-il vraiment un? S’échapper dans la rue,en petite culotte et sans papiers, c’est une humiliation sociale inconcevable pour elle,moi je crois qu’elle sait que sa famille s’inquiétera et qu’il lui suffit de patienter.

                      • #135798 Répondre
                        Ostros
                        Invité

                        Je pense que jusqu’à un point de non retour elle pense apaiser sa colère en le laissant se défouler sur elle.
                        Elle veut rester avec lui et tente de se faire pardonner et justifier son acte, qu’il comprenne son amour.
                        Puis elle n’est plus consentante, et essaie d’appeler sa femme de ménage lorsqu’elle passe et est renvoyée par Fernando. Et oui elle semble totalement dépendante de lui. Elle pourrait passer à travers la haie ou grimper pour se barrer, se battre. Elle semble bouder. Rester dans la relation, la maintenir. Mais psychologiquement, est-ce qie c’est pas le trouble de toute victime de séquestration ?

                      • #135799 Répondre
                        Charles
                        Invité

                        Oui, dans le prolongement de ce que je disais : elle n’est tout simplement pas armée pour ça.

                      • #135800 Répondre
                        Charles
                        Invité

                        En réponse à Tony.

                      • #135802 Répondre
                        François Bégaudeau
                        Maître des clés

                        L’absence de révolte de J tient aussi à la manière de Franco
                        Pas le genre à redoubler une situation objectivement violente par l’expression expressive de celle qui la but.

                      • #135803 Répondre
                        François Bégaudeau
                        Maître des clés

                        qui la subit

                      • #135843 Répondre
                        unehistoiredhomme
                        Invité

                        Ces hypothèses sont un peu plus grotesques. Seraient-elles pensées par un homme ? En tout cas cela montre bien que c’est mal connaître l’histoire du viol.

                      • #135788 Répondre
                        Ostros
                        Invité

                        Charles, j’ai répondu aussi à cette question qui a été posée plus haut par « Cinéma » je crois.
                        Le viol, c’est la passion amoureuse retournée en haine. On les a vu baiser tout le film, plus ou moins agressivement, dans des rapports plus ou moins de domination par le sex (sous forme de jeux etc) et là c’est le point de bascule ou le sex est utiliser pour se venger. Avec la part psychologique d’admission de Jen qui lui demande si c’est suffisant pour quils soient quittes et ça repart plus gravement. C’est une situation de huis clos très intéressante, la circulation des corps, ce que lui fait à elle, ses réactions à ces agressions etc.
                        Je pense au contraire que vu leur lien ça ne pouvait pas ne pas passer par le sexe à ce moment-là

                      • #135791 Répondre
                        Charles
                        Invité

                        Oui mais tout ça (la passion amoureuse retournée en haine) est un peu trop évident et simple pour le coup.

                      • #135795 Répondre
                        Ostros
                        Invité

                        Même si c’est leur mode d’union et donc le motif récurrent qui fige leur relation ?

                      • #135797 Répondre
                        Ostros
                        Invité

                        Je pense que c’est simple comme l’emprise dans le couple et dans toute relation
                        C’est extrêmement bas
                        J’ai donné des exemples dans mon copié collé de post juste en dessous
                        Mais c’est vraiment ça le retournement en haine de la passion
                        Si tu regardes les faits divers c’est tt le temps ça
                        Untel à violé son ex avant de la tuer pour se venger de…. (complétez)
                        Certains violent même après le meurtre
                        Le viole c’est vraiment primaire, millénaire. Franco est dans la vérité

                      • #135910 Répondre
                        François Bégaudeau
                        Maître des clés

                        je ne pense pas qu’il y ait de « retourner en », et c’est ça qui es fort
                        peut etre que la haine est déjà là DANS L’AMOUR LUI MÊME

                      • #135794 Répondre
                        Ostros
                        Invité

                        Tiens je suis allée te le chercher
                        Et ma question finale demeure, car on sait que le désir est un entrelacs d’affects non purs : depuis combien de temps Fernando désire-t-il violer Jen ? La brutaliser par le sex.
                        (Et elle, lui péter la jambe pour qu’il ne désire plus danser et partir et ne reste qu’avec elle)
                        .
                        J’avais écrit ça :
                        Ce qui se joue ici c’est de pousser à l’extrême la demande de Jen
                        Jen le veut rien que pour elle
                        Elle veut qu’ils restent ensemble
                        Selon ces principes
                        La passion dans l’acte sexuel qui est la seule chose par quoi le couple s’unit harmonieusement et qui est visible dès les premières scènes et vient tisser le récit est prise alors par son pan noir, la haine. La vengeance.
                        Le viol ici contient tellement de choses. Mais est ce vers quoi tend généralement toute passion. Du desir brut à la violence brute. Deux face d’un même affect. L’un contenant l’autre
                        Et aussi ce qui importe le plus à Jen, c’est le sex avec lui
                        C’est ainsi qu’elle l’invoque en fantasme lorsqu’elle le cherche au Mexique. Et uniquement ainsi.
                        Il se venge en la violentant par là où elle l’aime et desir.
                        Et elle ensuite se venge par le violentant par là où il aime et desir (la danse)
                        C’est un mec très intelligent franco. Il nous montre comment au fond de nous, nous percevons instinctivement si bien les autres avec qui nous nous nouons. Et que cette connaissance de l’autre, animale, triviale, apparaît dans nos moment de haine
                        Ex : le pianiste détesté à qui on brise les doigt lors d’une effusion de violence
                        Ex : le poster de l’artiste préféré du frère qu’on déchire de rage dans une dispute sur un autre motif
                        L’action violente lorsqu’elle est si ciblee est toujours l’expression d’une idée qui a fait son chemin en sous terrain et dont la colère devient la force nécessaire à sa propulsion dans le réel
                        Depuis combien de temps Fernando est pris d’une envie de violer Jen ?
                        Lorsqu’il la rejoint la 2e fois et qu’il l’attrape dans les escaliers n’y a t il pas une once de cela mêlée à beaucoup d’autres choses ?
                        Ne la déteste t il pas un peu de lui céder, de revenir alors qu’il commençait à devenir autonome ?

                      • #135764 Répondre
                        I.G.Y
                        Invité

                        Interview très intéressante. Et en effet, quel « couteau entre les dents » ce Franco.

                        Amusant ce rapport à Tarkovski, cité deux fois.

                      • #135836 Répondre
                        K. comme mon Code
                        Invité

                        @ Schnoups Je précise : c’est l’acteur qui joue Fernando qui ne voulait pas de la scène de viol, craignant que ça renforce des stereotypes et n’étant pas à l’aise à l’idée de jouer ça. Franco dit seulement à propos de Chastain n’avait aucun problème avec la décision finale de Jessica.

                      • #135837 Répondre
                        Schnoups
                        Invité

                        Alors il parle du danseur qui craignait cette scène et avant ça il parle aussi de Chastain qui au début n’en voulait pas non plus lorsqu’elle a lu le scénario. Par la suite elle a compris. Elle était aussi très d’accord sur le passage du Texas à San Francisco et la scène finale oui.

                        À valider par ceux qui regarderont des le début.

                      • #135839 Répondre
                        K. comme mon Code
                        Invité

                        Il s’agit peut-être de Chastain qui n’était pas emballée par les premières pages du scénario de Memory, pensant qu’il s’agirait d’un simple scénario de vengeance. Ce qui était l’idée originale avant que la sœur de Franco lui dise de réfléchir à autre chose, donc Chastain n’avait pas totalement tort de sentir cette piste-là.

                      • #135840 Répondre
                        Schnoups
                        Invité

                        Désolée K, je n’ai pas du tout entendu ça. Je n’ai pas du tout le souvenir qu’il parle de Memory dans cet entretien d’ailleurs, en tout cas pas dans les 25 premières minutes.

                      • #135841 Répondre
                        Schnoups
                        Invité

                        Peut être je perds la boule.

                      • #135845 Répondre
                        Dr Xavier
                        Invité

                        « la première question d’un homme est encore orientée vers la défense de Jennifer, c’est son frère qui a décidé qu’on lui casse la jambe non ? C’est pas elle. Beaucoup désirent la sauver. » Je ne pense pas vouloir la sauver, mais j’aime l’idée que c’est lui qui demande, puis qui transmet.
                        Comme j’aime aussi jouer avec l’idée qu’elle affirme l’avoir dénoncé, mais on n’en sait rien.

                      • #135864 Répondre
                        Schnoups
                        Invité

                        « Je ne pense pas vouloir la sauver, mais j’aime l’idée que c’est lui qui demande, puis qui transmet. »
                        Pourquoi est-ce que tu aimes cette idée ?
                        « Comme j’aime aussi jouer avec l’idée qu’elle affirme l’avoir dénoncé, mais on n’en sait rien. »
                        Même question.
                        Pourquoi à chaque mouvement de violence de Jennifer tu cherches à y voir éventuellement autre chose, une possible influence, une certaine passivité, un éventuel mensonge?
                        C’est sous estimer Franco que de penser ça, et c’est par la même occasion grandement affaiblir la force du film.

                      • #135865 Répondre
                        cinema
                        Invité

                        « la première question d’un homme est encore orientée vers la défense de Jennifer, c’est son frère qui a décidé qu’on lui casse la jambe non ? C’est pas elle.  » Je rejoins cette possible situation, car dans la scène de la voiture, le frère s’adresse à Jen en premier et elle approuve en ne disant qu’un mot ou deux. Bien sûr on entend pas ce qu’ils se disent, mais la scène se déroule ainsi.

                      • #135866 Répondre
                        K. comme mon Code
                        Invité

                        Le frère demande seulement ce qu’elle veut.

                      • #135869 Répondre
                        cinema
                        Invité

                        Je viens de revoir la scène, c’est juste. Et elle prononce 2 mots qu’on entend pas.

                      • #135907 Répondre
                        Schnoups
                        Invité

                        Bigre. Merci pour ton honnêteté cinéma.
                        Et soyons fous, elle prononce même peut être 3 mots.

          • #135433 Répondre
            Aurel
            Invité

            Su tu es a Paris.
            Il y a une projection de la version intégrale le 14 février

            https://maxlinder.com/evenements/le-rire-et-le-couteau-de-pedro-pinho-version-integrale-720

    • #135445 Répondre
      Carpentier
      Invité

      Qui a vu La Grazia ici (à part moi)?

      • #136328 Répondre
        nicodeme
        Invité

        J’en sors
        Pas tout à fait convaincant, mais pas totalement déplaisant non plus. J’ai globalement le même sentiment que pour ses derniers films, depuis La main de Dieu disons. Le premier mot qui me vient à l’esprit pour les derniers films de Sorrentino, dont La Grazia, ce serait peut-être métaphysique (à défaut d’en trouver un meilleur pour le moment ?). C’est un cinéma centré sur le personnage principal du film, qui tourne autour de lui (ou elle pour Parthenope). Un personnage plongé dans une réflexion qui l’immobilise, mais ce personnage est tout de même sûr de lui, sûr de ses doutes. Je pense que ce qui plaît à Sorrentino c’est de filmer l’idée, mais pas tout à fait de façon abstraite. Le président, dans le film, s’incarne aussi par ses goûts artistiques, ses obsessions humaines. En cela il n’est pas du tout un être hermétique, même si cela lui fait peur par moment. Seulement voilà, je ne peux m’empêcher de trouver ce film un peu transparent, il manque d’épaisseur. Son monde est très fermé, et les quelques sorties (de route) sont lestées de dialogues un peu trop verbeux. En cela je ne pense pas me tromper si je dis qu’aucune longue scène de ce film n’a l’air de se dérouler, de se construire devant nous, mais c’est comme si elles suivaient toutes un schéma de réflexion.
        Attention, il existe bien des moments, des situations, des gestes et des regards qui sont drôles, qui donnent un caractère à certaines scènes. Mais j’ai l’impression que le réalisateur est toujours tenté de s’évader dans le monde des idées. Je me suis un peu ennuyé.

    • #135527 Répondre
      Dr Xavier
      Invité

      Passage rapide, tant de choses ont déjà été dites sur Dreams, j’ajoute que je suis gré au film de filmer une histoire d’amour/passion (?) sans cris, pleurs, larmes (légère exception du tout dernier plan, et encore), gifles, et autres verres d’eau dans la figure.
      Et je me demande si on ne manque pas de mots en français autour de l’amour : on a donc amour, passion, éventuellement amour obsessionnel, parfois flirt. En anglais, au-delà du love et passion, il y a toute une gamme qui est mal traduite, dont « human bonding » (attachement ? à ne pas confondre avec la pratique), « compassionate love » (amour de son prochain ?), « unrequited love » (sorte d’amour unidirectionnel, non partagé) « limerence » (sorte d’amour obsessionnel où l’on s’illusionne totalement sur les désirs de l’autre) – avec sa variante, ma préférée, « infatuation » (qu’on pourrait traduire par entichement, qui caractérise les premiers émois admiratifs au début d’une relation amoureuse, entendue au sens large : ‘vraie’ relation amoureuse, amicale, de group – on retrouverait l’expression auto-érotisme de la bande).
      Ce ne sont pas que des mots théoriques, on trouve pléthores de pages Reddit avec moults conseils sur la limerenceet l’infatuation.
      Jessica serait donc en pleine limerence (elle va quand même harceler Fernando sur ses lieux de travail et vraiment contre son gré), et craint de perdre sa place privilégiée de mécène aidante – sans compter que l’âge joue contre elle, cruelle scène où elle se tartine le visage d’huile essentielle. Pour Fernando ça m’est plus opaque. Dans le film je voyais surtout et évidemment le rapport de classe, et par extension de race. À froid j’y vois finalement plus le rapport d’âge (y compris avec son frère et son père). Je pense à May December (que je n’avais pas aimé).
      (En fait pas sûr d’avoir éclairci le sujet en la ramenant sur ces mots anglais, mais ce mot d’infatuation me plaît trop)
      (Spoil) un mot aussi sur la vengeance, sauf erreur je note que ce n’est pas Jessica qui demande d’elle-même, c’est son frère qui la pousse, il l’autorise ici, comme il n’autorisait pas là, que c’est tordu.

    • #135580 Répondre
      Dwl
      Invité

      François as-tu écris sur Play d’Ostlund ? Et dans le cas contraire, existe-il un enregistrement du cinéclub qui lui était consacré ?
      J’en sors. Je suis… curieux.

      • #135712 Répondre
        François Bégaudeau
        Maître des clés

        pas écrit non
        et pas de trace du ciné-club je crois
        tu en penses quoi de ce film?

        • #135945 Répondre
          Dwl
          Invité

          Ce qui est cool avec Ostlund, c’est qu’il voit les petits affects racistes qui traversent les blancs, apparemment ça peut arriver devant la compo de Didier Deschamps… bon voilà… quand même ça fait un peu beaucoup là… mais heureusement Östlund est là pour les rassurer avec tout simplement un super film un ra-ssem-bleur. Merci Ruben, c’est de ça qu’on avait besoin.

          Bon alors…. Quoi en dire… finalement pas mal de choses quand meme. Je trouve le film fort dans sa manière d’étirer, à n’en plus finir, provoquant une angoisse croissante, les déambulations dans différents espaces, à se demander mais que vont-ils bien finir par leur faire, est-ce juste pour faire passer le temps pour eux en fait? et pourquoi ont-ils besoin d’aller dans… un… bois ? Seules ? plus un bruit, plus de tram, plus personne d’autre ni au second ni au premier plan ?

          Si Ostlund est un cinéaste de la situation, la situation de fin me paraît particulièrement intéressante tant elle caractérise son cinéma. Un homme blanc, la quarantaine, dont l’apparence peut traduire des choses politiquement… socialement… voit en public le racketteur noir de son fils. Des gens autour. Caméra à distance, ça tourne, un plan, regardons ce que ça fait. Une sorte de confrontation du temps long, sociologique, au temps court, d’une situation à peu près inextricable pour le blanc qui promeut le vivre ensemble. J’aime comment il maintient la situation ouverte, il se fait gifler ? Bon effectivement, il attrape un enfant… noir et déclassé… mais quand même on vient de voir pendant 1h30 des scènes d’agressions sur des blancs… (Ostlund est là assez pervers dans la structure du film) en plus c’est son fils, y a de l’affect… Et Ostlund capture un peu tout ça, l’embarras dans leur voix, le ton, la gêne face à la confontation, ça en une scène, et nous laisse voir ce qu’on veut, même si je trouve que c’est plus ambigu que ça.

          Dans le tram, les noirs provoquent un blanc avec des dreads locks qui écoute du reggae (intéressant aussi comment Östlund montre cette obéissance, on veut à tout prix éviter le conflit, perte de vitalité ? ou juste plus civilisé ?). À la fin, une fille blanche danse sur de la musique africaine… mmmh Ok, on met en relation avec ce qu’on vient de voir. Moi ça m’évoque le multiculturalisme, ou une certaine réappropriation de la culture noire mais derrière, est-ce qu’on cohabite si bien ? Mais aussi est-ce qu’en fait le film se fout pas de leur gueule à ces ptits blancs ?

          Intéressant aussi comment ils montrent les dynamiques de groupe : lorsque un des noirs veut partir, lui aussi se fait agresser et beaucoup plus violemment que les blancs finalement, en tout cas physiquement. Mmmmh okok la violence est aussi interne au groupe. Lorsqu’ils sont plus que deux, l’un dit à l’autre d’appeler sa mère. Bon..OK.

          Intéressant qu’à la fois les enfants noirent caricaturent leur position : “j’ai 7 frères et nous n’avons pas à manger le soir”, “prête-moi ton casque, je n’ai pas l’argent pour me le payer”, il joue sur ce que le blanc bourgeois de gauche pense ou veut penser. Mais que quand leur pizza arrive, c’est un silence religieux qui gagne la scène comme s’il n’avait pas mangé depuis un bail.

          Et le berceau, pareil, ça reste ouvert. Le conducteur n’a-t-il pas fait assez d’effort pour éviter cette gêne ? Le propriétaire a-t-il en fait compris mais s’en fout ?

          Beaucoup de choses passionnantes. Euh cela dit.

          Après avoir dit tout ça, dans un contexte déjà largement raciste, la balance penche déjà avant la vision. Et donc adopter un point de vue de spectateur qui regarde de loin ces situations n’est pas être au centre de la balance et nous laisser voir. C’est en réalité faire pencher la balance. Cette posture de joueur, de provocateur de la bourgeoisie blanche multiculturel est intéressante, oui, pour pointer d’une certaine manière leur contradiction, “ce qu’ils ne veulent pas voir du réel” (selon lui), montrer comment ils ne savent pas reagir bon… mais en faisant un peu semblant que non, mon film est OUVERT à interprétation. Oui c’est vrai, ouvert il l’est, maiiiiis peut-être un peu trop ? Il veut garder le jus des situations, profiter de la tension raciale, mais sans tellement assumer derrière : ça dépasse un peu le jeu et la posture subversive de centrer cette histoire du point de vue des petits blancs.

        • #136075 Répondre
          Dwl
          Invité

          Le film a maturé dans mon esprit, et voilà ce que j’en retiens, c’est pas si différent mais c’est plus clair. Ostlund semble en fait jouer sur deux tableaux dans Play. D’un côté, il construit des scènes très efficaces autour de dynamiques de groupe : domination, humiliation, rapports de force, théâtre social. La tension vient du fait que quelque chose devrait arriver, mais n’arrive jamais vraiment. Le film étire les situations, retarde le moment de la violence ou de la rupture, et installe une angoisse latente très réussie.

          Mais en parallèle, il fait aussi monter son récit vers une certaine vision de la société. D’abord par le dispositif : les plans larges, distants, évoquent parfois une caméra de surveillance dans l’espace public. Le cadre inclut souvent d’autres personnes, des passants, des témoins, qui voient les situations sans jamais intervenir. Cela suggère quelque chose de l’ordre de l’absence de vision (son film nous force à regarder du coup) ou l’absence de réaction collective.

          Ensuite, le film est ponctué de scènes plus mystérieuses ou symboliques : des Indiens qui chantent dans la rue, un berceau oublié/une histoire de langue, puis cette fille qui danse sur une musique africaine à la fin. Tout cela semble élargir le propos, faire glisser le film du fait divers vers une réflexion plus générale sur le multiculturalisme.

          La scène presque finale, où un père excédé par le racket de son fils se confronte à une femme qui tient un discours plus posé et sociologique, cristallise tout cela. Mais c’est justement là que la structure du film pose problème.

          Car même si la mise en scène est distante, le film construit en réalité un point de vue perceptif dominant. On commence avec les enfants blancs qui jouent de la guitare. Dans le tram, la caméra reste sur eux pendant qu’ils stressent, les agresseurs étant hors champ. Quand ils entrent dans un café, c’est encore eux que l’on suit. L’inverse n’existe pas. Le film adopte progressivement leur perspective, dans une logique de proie et d’agresseur, même si le style reste froid et objectif.

          Pendant une heure et demie, on voit presque exclusivement des enfants blancs humiliés par des enfants noirs. Et Ostlund ajoute encore une scène où, sur le trajet du retour, les enfants blancs se font contrôler et sermonner par les contrôleurs. Cette répétition produit un effet émotionnel précis : une fatigue morale. Le spectateur accumule les humiliations, attend une réaction, une rupture, une forme de justice.

          C’est là que le film devient vraiment ambigu. Sous couvert d’observation neutre, il fabrique en réalité un état affectif chez le spectateur, qui influence fortement la perception de la scène avec le père. Son geste peut alors apparaître comme légitime, tandis que le discours de la femme peut sembler décalé, voire naïf ou idéologique. Ce qui dans la scène en elle même n’est pas inintéressant.

          Mais le film ne se limite pas à un simple fait divers qui aboutirait sur cette scène en elle même. Certaines scènes, comme celle du berceau, n’étaient pas dans l’histoire d’origine. Elles servent à élargir le propos, à aller vers quelque chose de l’odre de l’observation social. Mais dans ce cas, on ne peut plus se réfugier derrière l’idée d’une simple observation neutre. Le film produit une vision de la société, et cette vision repose sur un déséquilibre très marqué.

          Le résultat, c’est que Play crée des situations passionnantes, moralement complexes, mais à partir d’une structure qui oriente fortement le regard du spectateur et qui je trouve fait un peu l’innocent par rapport à ça. L’ambiguïté d’Östlund est intéressante, mais elle s’appuie sur un dispositif qui n’est pas aussi ouvert ou équilibré qu’il le prétend. C’est là que son cinéma peut paraître joueur, voire un peu pervers.

          • #136095 Répondre
            François Bégaudeau
            Maître des clés

            tu zigzagues beaucoup et ce zigzag est in fine à la gloire du film

            • #136096 Répondre
              Dwl
              Invité

              éclaire moi

              • #136335 Répondre
                François Bégaudeau
                Maître des clés

                non, pas besoin
                ton zigzag est juste
                le film déstabilise, et c’est sa grande vertu
                nous ne savons plus sur quel pied danser

                • #136412 Répondre
                  Dwl
                  Invité

                  J’ai fini The Square, scène entre Christian et la journaliste avec qui il a couché précédemment. Je vois qu’Ostlund fait encore une fois un peu le même procédé que dans Play.

                  Elle vient le voir et l’accuse de profiter de sa position de pouvoir pour accumuler les conquêtes. Et là encore, Ostlund construit le regard pour rendre ce discours ridicule ou déplacé.

                  Dans la scène précédente, on voit bien que ce n’est pas lui qui l’a draguée, mais l’inverse. À aucun moment, la mise en scène ne montre que sa position lui a permis de coucher avec elle. Dans la scène de confrontation, le dialogue et la direction d’acteur font en sorte qu’elle paraisse être dans une réaction sentimentale un peu excessive. En gros, tout est fait pour que Christian paraisse à peu près irréprochable. Elle amène la question de la prédation un peu comme un cheveu sur la soupe, donc elle paraît un peu délirante pour le spectateur, qui se dit : “bah… vous avez juste couché ensemble, en fait”.

                  Et en plus, Christian dit : “pourquoi vous ne voulez pas avouer que le pouvoir est attirant ?”, une réplique qui sonne quand même un peu comme adressée au spectateur. Dans cette situation, le regard et les dialogues sont construits pour rendre le point de vue de Christian beaucoup plus cohérent que celui de la journaliste.

                  Passons sur la morale ou la politique, même s’il y aurait des choses à dire (surtout quand on voit qu’il y a un peu cette mécanique de ridiculisation, je parle vite, des discours “progressistes” dans ses films. Après, des grands artistes un peu réac, il y en a eu beaucoup, ce n’est pas nouveau).
                  Moi, je vois une limite esthétique : en réalité, les deux coexistent. Le pouvoir peut être attirant, oui bien sûr, et certaines femmes veulent coucher avec Mbappé parce que c’est une star. Mais dans le même temps, Mbappé pourrait (désolé Kylian, c’est pour l’exemple) aussi user de son pouvoir sur d’autres femmes.

                  Et ça, c’est intéressant : il y a de l’ambiguïté, de la tension, du cinéma possible là-dedans. Il pourrait faire une scène avec un Christian séducteur, pas forcément dans quelque chose de très méchant. Juste une situation où on voit que son statut peut l’aider à séduire. Pas dans une logique de prédation agressive ou quoi, mais simplement un date : il l’emmène au musée dans sa belle voiture, à l’ouverture d’une grande expo, il lui montre un peu les coulisses de son monde… et peut-être qu’après ça, il ne lui reparle plus, un truc du genre.

                  Mais Ostlund ne montre généralement qu’une seule face de la pièce : celle du mec, généralement blanc bourgeois, pris dans une situation qui rend les discours progressistes à côté de la plaque. Et c’est un peu dommage.

                  Très bon cinéaste, mais…

                  • #136414 Répondre
                    K. comme mon Code
                    Invité

                    Dans mon souvenir, Christian dispose tout de même quand même un peu d’elle. Il n’y a pas un moment où il est incapable de se souvenir de son prénom ?

                    • #136464 Répondre
                      Dwl
                      Invité

                      Il a effectivement un moment d’hésitation, un peu long, avant de retrouver son prénom. Mais dire, à partir de cette hésitation, qu’il « dispose d’elle », je trouve que c’est aller vite. En tout cas, de ce qu’on a vu précédemment. Et dire qu’il a utilisé son pouvoir, comme le dit la journaliste (et c’est là le point important, le pouvoir), pour profiter d’elle, c’est encore plus abusé.

                      Par contre, si je veux quand même contrebalancer, c’est que, avant la scène où ils couchent ensemble, Christian est à une fête, joue du piano avec une femme sur ses genoux. Une autre est à gauche, sur son téléphone. Quelqu’un appelle celle qui est sur lui. Elle part et Christian, un peu contrarié, commence à regarder autour de lui, puis engage la discussion avec celle à sa gauche. Ça montre quoi ? Bon, que Christian, dans un contexte festif, père célibataire, n’a effectivement pas envie de rentrer seul (il n’y a pas de grande différence avec un mec en boîte qui se ferait recaler mais qui se « rabattrait » sur une autre fille). La dimension de domination, donc d’user de son pouvoir, spécifique à la position qu’occupe Christian, n’est pas si présente que ça. Et c’est ça qui aurait peut-être été intéressant de montrer.

                      Ensuite, il croise la journaliste en allant aux toilettes, elle le regarde avec insistance. Elle entame la discussion avec une blague. Il entre aux toilettes, se regarde dans le miroir et dit : « Je ne vais pas coucher avec elle. » Cut, chez elle, petit effet comique. Dans ce qu’on nous a montré, c’était plus elle qui avait envie ; c’était probablement un dernier choix, et c’est surtout elle qui voulait de lui. Donc, forcément, quand elle vient dire, quelques jours plus tard : « Tu as utilisé ta position de pouvoir », ça paraît à côté. Et là phrase de Christian « pourquoi c’est si dur d’admettre que le pouvoir que le pouvoir est un turn on » beaucoup plus juste ici.

                  • #136415 Répondre
                    Ema
                    Invité

                    Je ne crois pas que Ostlund soit reac, où en tout cas s’il l’est c’est par là où il aime mettre à mal le progressisme moral, et non le progrès je pense. En montrant des situations où les rapports de domination sont toujours présents, mais les personnages « bien intentionnées », et relativement passifs dans l’exercice de leur domination, on voit que les intentions précisément importent peu et compte prioritairement la position, qui opère en quelque sorte toute seule. Dans Sans Filtre il charge un peu plus en revanche et va jusqu’à illustrer que le pouvoir corrompt jusqu’aux intentions.
                    Cineaste passionnant en tout cas.

                    • #136477 Répondre
                      Dwl
                      Invité

                      J’ai l’impression qu’Ostlund ne s’attaque pas seulement au progressisme moral, mais aussi à des discours politiques ou militants très présents dans l’espace public. Dans The Square, par exemple, la question de l’homme de pouvoir qui profiterait de sa position pour séduire (voire beaucoup plus grave) n’est pas qu’un enjeu moral : c’est un sujet politique concret, surtout dans le contexte actuel (à la sortie du film et encore plus maintenant, vu l’actu). Or, dans la scène, ce qu’on voit, c’est plutôt une situation banale, voire l’inverse de ce que la journaliste lui reproche. Du coup, le discours sur l’abus de pouvoir paraît un peu plaqué sur ce qu’on a vu. La mise en scène le ridiculise un peu.

                      Et en fait, si c’était dans un seul film… mais dans presque tous, à un moment ou à un autre, il y a quelque chose du genre. Dans Sans filtre, puisque tu le cites, Ostlund est parti d’une expérience personnelle : à Cannes, il sortait avec une femme, l’emmenait dans des restaurants chers, et sentait qu’en tant qu’homme, il devait payer, même s’il n’en avait pas envie. Il a transformé cette situation en scène de dispute entre Yaya et Carl.

                      Mais dans le film, la manière dont Yaya est écrite (son cynisme, son rapport calculateur à l’argent, son aisance sociale, son manque d’empathie) et le fait qu’on épouse d’abord le regard de Carl, qui est plus naïf et sincère, orientent clairement la perception. On finit par entendre son discours : vous voulez l’égalité, mais pas quand ça vous désavantage.

                      Déjà, cet angle n’a rien de très original. C’est un argument qu’on entend partout, notamment dans des discours masculinistes assez basiques. Ce n’est pas une situation inintéressante en soi, mais Ostlund semble toujours choisir ce type d’exemple, sans jamais montrer l’autre versant : des situations où les rapports de domination jouent réellement contre les femmes, ou où l’homme bénéficie clairement de sa position en tant qu’homme. On ne verra pas dans le film Yaya dominée en tant que femme, et on ne verra jamais Carl dominer en tant qu’homme (par contre, on le verra dominer en tant que bourgeois en faisant virer le mec). Et là, il y aurait de l’ambiguïté.

                      Du coup, on a l’impression qu’il isole un point plus ou moins discutable du discours féministe (mais politique du coup), mais qu’il ne le replace jamais dans un ensemble plus large (comme dans l’exemple de The Square, où il ne montre pas Christian user de son pouvoir pour séduire, ou dans Play, où on ne verra pas les Blancs dominer ou les Noirs dominés). Il ne montre pas que ce point est une contradiction parmi d’autres réalités. il donne à voir un angle précis, orienté de manière à montrer les limites d’une certaine posture morale ou politique progressiste dans le réel, sans vraiment le contrebalancer ni montrer la réalité dans laquelle ce discours s’inscrit.

    • #135593 Répondre
      Ostros
      Invité

      Est-ce que les cahiers de janvier ont annoncé la date de sortie du prochain RAZ, svp les abonné.e.s ?

    • #135641 Répondre
      toni Erdmann
      Invité

      Les cinéastes qu’on aime ne s’aiment pas entre eux. Voici ce qu’Albert Serra pense de PTA :

      Quand vous y prêtez attention, beaucoup de films sont interchangeables. Disons, un film de Paul Thomas Anderson peut être fait par n’importe quel réalisateur. Peut-être pas n’importe lequel, mais sept, huit ou quinze personnes dans le monde peuvent faire du Paul Thomas Anderson et on ne verrait pas la différence. Pour un de mes films, c’est impossible.

      Entretien complet disponible ici : https://www.rayonvertcinema.org/albert-serra-interview/

      • #135646 Répondre
        Ostros
        Invité

        Non mais ça c’est le tempérament haut en couleur d’Albert
        C’est plus pour mettre en avant son talent, sa patte unique il est vrai.
        Je ne pense pas que ce soit une généralité. Ni qu’il n’aime pas PTA.
        Ou alors : concurrence ?

      • #135651 Répondre
        Charles
        Invité

        Rires. Serra est un cinéaste mégalo comme tant d’autres. On lui pardonne parce que son talent est presque à la hauteur de sa très haute opinion de lui-même et que Serra ne se cache pas derrière une fausse humilité.

      • #135689 Répondre
        K. comme mon Code
        Invité

        Alors qu’il suffirait de laisser Kechiche trois semaines dans un château en Espagne pour qu’il devienne Super Serra.

    • #135656 Répondre
      Dmitri
      Invité

      Les camarades de Tsounami viennent de partager leur top 100 des films du XXIe siècle.
      Ça donne des idées pour quelques soirées de rattrapage : https://tsounami.fr/les-100-du-xxie-siecle/

      • #135679 Répondre
        Alexandre
        Invité

        Je ne connais pas tout, loin s’en faut mais cette liste a une certaine gueule!
        Je jetterais juste le Spring Breakers, d’Harmony Korine, que je trouve agressivement moche.
        Très content pour la saison 3 de Twin Peaks dont l’idée qu’elle mérite sa place dans un top ciné m’a presqu’immédiatement séduit.
        Et content de trouver un film d’Otar Iosseliani, dont il ne faut pas oublier quel grand cinéaste il a été.

        • #135680 Répondre
          Ostros
          Invité

          Oui on retrouve nos real chouchous dans ce top (serra, frammartino, Schaublin, letourneur, de oliveira, RAZ, Dumont, etc)
          Petite déception mêlée d’effroi de trouver France comme étant selon eux le meilleur Dumont
          Plein de real jamais vus à découvrir.

    • #135685 Répondre
      Mathieu
      Invité

      Punaise je viens de voir que pour l’adaptation d’A Pied d’oeuvre de Franck Courtès qui sort demain, c’est Bastien Bouillon qui incarne le personnage principal, double de l’auteur. Sauf que Courtès a 22 ans de plus que Bouillon et que précisément, c’est son âge et sa forme physique déclinante qui rendent les tâches de travail alimentaire particulièrement difficiles dans le livre pour l’auteur-narrateur: déménagement, jardinage, débarras de gravas, montage de meubles.
      Je comprends la nécessité de prendre un mec un peu visible et bankable pour faire des entrées, mais il doit bien y avoir des quinquas un peu connus qui auraient pu tenir le rôle. Un mec comme Mathieu Demy par exemple.
      Ce constant suivisme en terme de distribution me rend chèvre: Bastien Bouillon est absolument partout depuis au moins 3 ans, avec notamment 6 films en 2025; et donc maintenant des rôles hors de sa catégorie d’âge. Bénéfice net: je finis par être agacé par cet acteur qu’au début j’aimais bien, et que je continuerais sans doute d’aimer s’il se faisait plus rare.

      • #135702 Répondre
        ventoline
        Invité

        Vu le film en avant-première, c’est du grand n’importe quoi.
        Alors autant le producteur a justifié ce rajeunissement pour ne pas orienter le spectateur vers une piste plus « retraite » et rester rivé sur ce que le travail fait au corps. Il reste quand même que le personnage (et l’homme dont le livre a été adapté) choisit la pire application possible (est-ce même légal de faire des enchères à la baisse pour finir par travailler 4h pour 20€ ?), et choisit VOLONTAIREMENT de ne pas faire une activité intellectuelle autre que la photographie (enseigner par exemple) ou de choisir un travail laissant des heures disponibles en journée (travailler dans un café, un musée, un cinéma, que sais-je). Il y a donc cet espèce de fétiche du travail prolo-viril (casser un mur, faire des trucs qui demandent des muscles) qui est jamais questionné par le film, et peut-être par le livre (je ne l’ai pas lu, je ne sais pas). Et pour aller plus loin, ça aurait même été passionnant de questionner comment ce personnage finit par monétiser son expérience en milieu prolo, parce que ça lui a forcément traversé la tête d’un jour en faire un livre, et c’est pas rien ça… mais la cinéaste reste rivée sur des fixettes beaucoup plus neuneu.
        Au final, il reste un autre film pas inintéressant mais aussi trop peu traité dans ce À pied d’œuvre : celui de la blanchité de cet homme. Il est entouré de racisés, et lui est le seul à choisir de « descendre » socialement (pour mieux remonter), il fait particulièrement l’expérience de cette couleur de peau… mais ça reste beaucoup trop effleuré pour être intéressant.
        Bref perdez pas votre temps, c’est vraiment R-A-T-É

    • #135691 Répondre
      bmh
      Invité

      Vu hier La Reconquista à l’occasion de son retour en salle. J’aimerais avoir vos avis

      • #136016 Répondre
        ledog
        Invité

        Voici ce que j’ai écrit à propos du film :

        « L’amour de la répétition est en vérité le seul heureux car il ne présente pas l’inquiétude de l’espoir ni l’angoisse de l’aventure et de la découverte, pas plus que la mélancolie du ressouvenir ; il a la sainte assurance de l’instant présent. » – Søren Kierkegaard

        Le cinéma de Jonás Trueba est traversé depuis ses débuts par un même problème : comment penser l’amour non pas comme un événement, mais comme un processus fragile, fait de continuité et de répétition. Ce questionnement, qui se matérialise dans son dernier film (Septembre sans attendre) par une citation de Kierkegaard sur « l’amour de la répétition », n’a pourtant rien de nouveau dans son œuvre. La Reconquista en offrait déjà une expression moins frontale, mais peut-être plus troublante.

        La Reconquista est souvent lue comme le récit d’une possible réactivation du passé. Un homme retrouve son premier amour, la nuit madrilène s’ouvre comme une parenthèse, les corps se rapprochent, les mots d’autrefois ressurgissent, matérialisés par cette lettre dont le contenu a paradoxalement été oublié. Tout semble orienter le film vers la reconquête de Manuela, son premier amour. Or c’est précisément cette attente que Trueba déplace. Le rendez-vous avec Manuela tient davantage du ressouvenir que d’un véritable recommencement. C’est un retour vers ce qui a été, saturé de signes et de musiques déjà vues. Ces signes sont matériels. La lettre, lue par Olmo dans un plan fixe, en silence, sans que le film n’en dévoile le contenu, ne déclenche aucun élan, aucune effusion. Trueba déjoue ainsi l’attente la plus évidente, la lettre n’est ni lue à voix haute ni chargée d’un pouvoir de révélation immédiat. Elle reste là, opaque, presque inopérante. À cela s’ajoute la musique du père de Manuela, interprétée par Rafael Berrio, écoutée dans un plan fixe qui compte parmi les plus beaux du film. Le temps semble suspendu, jusqu’à ce que la caméra se détourne lentement vers un sac de châtaignes, plan que Trueba lui-même qualifie de bressonien. Cependant, le rendez-vous nocturne entre Olmo et Manuela n’ouvre pas vers un avenir possible ; il confronte Olmo à ce qu’il éprouve encore. C’est une épreuve. C’est sur cette épreuve que se construit la structure même du film, une structure qui permettra de comprendre où se joue la reconquête.

        Le film se divise en trois parties : une première, exaltante, qui ouvre une possibilité ; une troisième, poussive et partiellement ratée, qui en rejoue la mémoire ; et, entre les deux, une seconde partie magnifique, qui constitue le véritable cœur du film. Le retour d’Olmo chez lui, la discussion autour d’un café sans éclat avec Clara, sa femme, c’est ici que se joue la reconquête ; mais une reconquête sans spectacle. Non pas reconquérir une femme, mais reconquérir un choix. Le choix d’une vie commune, celui du couple présent, repris après l’épreuve du passé. En donnant à cette seconde partie une place centrale, Jonás Trueba fait lui aussi un choix. Il reprend à son compte, par la mise en scène et par la structure même du film, une conception de l’amour très proche de celle de Kierkegaard : un amour qui ne se fonde ni sur l’intensité ni sur la promesse, mais sur la reprise consciente d’un engagement quotidien. Pour lui, aimer, ce n’est pas ressentir toujours la même chose, mais vouloir le bien de l’autre dans des jours ordinaires. Il sait que certains jours aimer est facile, et que d’autres jours aimer est pénible, qu’il arrive même qu’on n’ait plus rien à offrir émotionnellement. En rentrant chez lui, Olmo ne subit pas sa vie de couple, il la re-choisit, après avoir vu qu’une autre possibilité existait. Son amour n’est pas automatique, il est reconquis. L’amour de la répétition est peut-être moins intense que la passion, mais il est plus vrai selon Kierkegaard. Aimer sur la durée implique toujours une perte, un renoncement, et la reprise patiente d’un engagement.

        Là où le film devient troublant, c’est dans la culpabilité d’Olmo, magnifiquement perceptible dans ce « non » appuyé quand Clara lui demande s’il ne s’est passé quelque chose avec Manuela. Sa culpabilité ne vient pas d’un acte commis, mais d’une possibilité éprouvée. Il n’a pas embrassé Manuela, il n’a pas franchi la ligne (certain.es pensent que oui cependant) et pourtant quelque chose a vacillé. Cette culpabilité tient à ce qu’il a vu une autre vie possible, qu’il a senti qu’il aurait pu basculer. Le film ne cherche pas à résoudre cette tension, rien ne dit qu’Olmo ne reverra pas Manuela, rien ne garantit que la répétition sera définitive. Et c’est précisément là que La Reconquista rejoint la pensée de Kierkegaard. L’amour de la répétition n’offre aucune certitude, aucune paix acquise une fois pour toutes. Il ne supprime ni le désir ni l’inquiétude ; il demande seulement de choisir au présent. La culpabilité est le signe que l’amour n’est jamais automatique, qu’il doit toujours être repris, au risque de ne pas l’être.

        J’aimerais finir ce texte en parlant de la répétition chez Jonás Trueba. Plus qu’un motif ou qu’un thème, il me semble qu’elle constitue sa forme privilégiée. Les lieux, les situations, les gestes, les musiques reviennent à plusieurs reprises, parfois même d’un film à l’autre, mais jamais de la même manière. Les escaliers du viaduc de Ségovie réapparaissent, mais ils ne sont pas vécus de la même façon. Au début, ils sont montés ensemble ; à la fin, ils sont redescendus en silence, chacun de son côté. La musique revient elle aussi, mais elle n’accompagne pas les mêmes états. Les corps se déplacent dans des espaces identiques, sans y être incarnés de la même manière. Ce que Trueba montre ainsi, ce n’est pas la répétition à l’identique, mais la manière dont une situation peut sembler identique tout en étant toujours autre. Son cinéma fait sentir que rien ne se rejoue à l’identique, que chaque reprise modifie ce qu’elle répète. Il n’est donc pas surprenant que l’amour y soit pensé selon cette logique : aimer, chez lui, comme chez Kierkegaard, ne consiste pas à revivre, mais à reprendre, autrement, ce qui a déjà été.

    • #135692 Répondre
      Charles
      Invité

      Après Théo Ribeton qui décrivait the Mastermind comme un « éloge de la lose », voici Camille Nevers qui estime que « la cinéaste fait l’éloge d’un voleur d’art qui échoue dans tout ce qu’il entreprend ». La belle gueule de Josh O’Connor en égare décidément plus d’un.

      https://www.liberation.fr/culture/cinema/the-mastermind-de-kelly-reichardt-la-seduisante-errance-dun-dernier-de-la-casse-20260203_JPRWO6S7WJDLJEVWL6UEQMLV64/

    • #135713 Répondre
      kenny
      Invité

      pas sûre d’un truc dans le franco, j’ai eu une absence: quand la collègue de fernando le réconforte en lui apportant un verre de vin c’est parce qu’il vient de se faire recaler à la danse?
      donc on doit en déduire que s’il se retrouve ensuite premier danseur en passant devant les autres mecs c’est qu’il s’est fait pistonner par chastain après avoir renoué avec elle?
      (ce qui apporterait un peu de grisaille au tableau)

      • #135719 Répondre
        Ostros
        Invité

        Je me suis demandé la même chose
        Il aurait raté son audition surprise pour le premier rôle du lac des cygnes ?
        Mais après je me suis demandé si ce n’était pas en lien avec l’arrestation se leur collègue dans le motel
        Elle lui dit « n’y pense plus »
        Et puis on dirait bien qu’il est son mec à ce moment-là non ?
        En tout cas, scène comme hétérogène. J’y ai repensé après le film, à me demander qu’est ce qui se passe là dedans. C’est comme si c’était une scène d’un autre moment qu’il avait monté là. Elle est dissonante

        • #135720 Répondre
          Ostros
          Invité

          Et il me semble que c’est trop tôt par rapport à ses retrouvailles avec Jen.
          De plus, l’objectif de Jen est de le faire repartir, elle ne va donc pas faire jouer ses relations pour le promouvoir
          De plus again, on remarque bien qu’elle prend bien soin de ne pas l’incorporer à son association, à ce moment-là où il est retenu par le directeur de l’école de danse.
          Il devient prof dans son asso après sa promotion non ?
          Un doute me vient : elle lui attribue le poste de prof aux USA ou au Mexique ?

          • #135723 Répondre
            Ostros
            Invité

            Le site m’empêche de poster

            • #135726 Répondre
              Ostros
              Invité

              Que tu me remettes dans cette scène si singulière m’a fait réfléchir et tu as sans doute bien vu pour la promotion
              En écrivant le parcours que voit-on :
              qu’elle est vraiment paumée et tâtonne dans la gestion de sa relation.

              • #135728 Répondre
                Ostros
                Invité

                Elle ne s’affiche pas avec lui, ne le prends pas dans son association à son arrivée. N’assume pas. Ou n’ose pas de peur des conséquences.
                C’est une connaissance de son milieu qui le repère, et que fait elle, elle prend rdv avec lui et s’intéresse à ce jeune danseur Fernando.
                Il passe 1er danseur, est reconnu et a enfin une valeur socassociation. Enfin elle PEUT lui trouver un job de prof dans son asso.

                • #135730 Répondre
                  Ostros
                  Invité

                  Enfin elle PEUT sortir publiquement avec lui, s’afficher.
                  Jusqu’à la visite du frère, puis remontrances du père et bascule : elle le dénonce sans doute bien consciente qu’elle ne pourra pas être avec lui sous le nez de son père. Père qui pourrait tout à fait lui couper les vivres, l’appartement, l’association.

                  • #135733 Répondre
                    Ostros
                    Invité

                    Donc oui c’est tout à fait possible. Ça éclaire bien l’emprise que subit Jen et ses maigres possibilités.

                    • #135735 Répondre
                      Ostros
                      Invité

                      La réaction qu’on a à l’annonce de sa nomination comme premier danseur c’est la surprise. Du fait de cette scène qu’on met en lien avec l’audition pour le lac des cygnes. Et Franco sait ce qu’il fait.

                      • #135737 Répondre
                        Ostros
                        Invité

                        Comment la destruction du couple par ses agents est ineluctable

                      • #135739 Répondre
                        Ostros
                        Invité

                        Comme une réaction chimique

                      • #135741 Répondre
                        Ostros
                        Invité

                        Obligée de tout micro découper sinon le forum ne prenait pas le texte.
                        Avant de partir j’ajoute juste une chose : c’est tout à fait possible que Fernando soit premier danseur, car on voit qu’il est très très doué et félicité en permanence par le directeur et on assiste à son génie de la danse, il se démarque clairement. Il est léger et virtuose.
                        Et mon cerveau d’ajouter : a-t-on déjà vu un immigré mexicain devenir premier danseur dans une société WASP ? Quand bien même il était parfaitement doué, la danse classique aux mains d’une classe de dominants permet-elle cette valorisation sans piston ?
                        Voilà de quoi se casser encore un peu la tête.

                      • #135746 Répondre
                        kenny
                        Invité

                        oui c’est vrai qu’il y a eu la descente de flics avant, et peut-être une scène d’arrestation coupée au montage
                        l’hypothèse de la promotion-canapé (la promotion-escalier) colle chronologiquement et permet d’expliquer qu’il soit propulsé 1er danseur à peine débarqué, d’un autre côté il semble improbable que
                        jen ait fait pression sur le directeur tout en cherchant à cacher sa relation
                        franco ait préféré laisser dans l’implicite un fait aussi majeur

                      • #135750 Répondre
                        François Bégaudeau
                        Maître des clés

                        il me semble que la scène veut témoigner de la peur permanente qui est celle du clandestin
                        les flics rodent dans les parages, c’est chaud pour lui, il va etre obligé de quitter le motel et de trouver un autre boulot
                        on le retrouve serveur après

                      • #135790 Répondre
                        Ostros
                        Invité

                        Je m’y perds dans la chronologie des faits
                        Donc serveur après, ok
                        Et ensuite promotion premier danseur et prof de danse
                        En tt cas scène qui déstabilise par son emplacement, sa brièveté, son changement radical de décor et sa dose d’informations
                        Sans doute pour donner à sentir le grand écart mental que doit faire Fernando entre vie d’artiste émergent dans une riche école de danse et prolétaire en danger d’expulsion…

                  • #135920 Répondre
                    Cedric
                    Invité

                    J’aime bien d’ailleurs comment Franco nous montre la domination patriarcale à chaque événement mondain. Ce père mis à l’honneur ne manque pas de flatter et de remercier ses enfants pour leur travail, cet air de dire « je ne suis rien » et en même temps « tout ça y compris votre vie mes enfants c’est grâce à ma thune ».

                    • #135922 Répondre
                      François Bégaudeau
                      Maître des clés

                      excellente saisie de l’ethos du dominant
                      la modestie permise à des gens si sûrs de leur supériorité

    • #135810 Répondre
      Tony
      Invité

      Sur la réception du dernier Franco,et ça vaut aussi pour les précédents,je me demande un peu ce que ça dit de l’état de la critique de cinéma actuelle,je me demande comment serait accueilli aujourd’hui un cinéaste comme Bergman,qui était tout aussi dérangeant, serait-il lui aussi ignoré s’il était notre contemporain? Pour l’anecdote j’ai posé la question à Burdeau sur le dernier Franco dont il n’a pas encore rendu compte alors qu’il s’est empressé d’écrire un texte très positif,le jour de sa sortie,sur Gourou,qui commence par ces lignes:
      « La presse sérieuse n’aime pas tellement le nouveau – et troisième – film du tandem Yann Gozlan / Pierre Niney. La presse sérieuse a-t-elle tort ?
      Peut-être. Qui sait. Ce serait déjà vu. Ce ne serait pas la première fois. C’est une hypothèse qu’il n’est pas indécent de prendre en compte. On peut l’envisager. On peut en faire, à titre expérimental, la supputation. May be. Vielleicht. »
      Burdeau ne m’a pas répondu,sur Lanthimos il m’avait répondu qu’il allait le rattraper mais rien n’est venu non plus,bizarre,bizarre.

      • #135871 Répondre
        Charles
        Invité

        test

      • #136101 Répondre
        ventoline
        Invité

        La citation choisie me semble résumer toute l’œuvre critique de Burdeau : la peur absolue de passer à côté du truc, du concept, du bon mot, de l’interprétation plus fine que les autres pour un film qui vient de sortir. Ça finit d’ailleurs par l’omnibuler au point de perdre de vue l’objet de départ, et finalement de très peu traiter les choses dans leur profondeur au final.

    • #135844 Répondre
      Charles
      Invité

      Excellent entretien de Reichardt dans les Cahiers de ce mois-ci qui revient sur le sexisme de son personnage principal qui cherche à se rebeller contre ses privilèges sans y arriver tant ils sont ancrés en lui, à commencer par celui d’être un homme.
      « Il peut bien tout plaquer, renoncer à son confort, il y aura toujours quelqu’un pour réparer les dégâts à sa place ».
      Elle fait aussi montrer d’une certaine lucidité politique sur l’époque car elle ne cherche pas à accabler particulièrement les années 70 (piste de l’intervieweur) dont l’opportunisme, le brouillard et l’immaturité ne lui sont pas spécifiques : « Depuis le Vietnam j’ai l’impression d’avoir toujours connu mon pays en guerre. Quand est-ce que la violence politique n’a pas été un archétype américain? C’est peut-être plus dégueulasse et plus flamboyant aujourd’hui, mais est-ce que Trump a tué plus de gens que Bush et Cheney? »
      Elle explique aussi que si elle a situé le film en 70 c’est parce que les larcins de son antihéros ne seraient plus possibles aujourd’hui avec la surveillance moderne. Elle rejoint en cela d’autres cinéastes américains, notamment PTA qui ne se voyait pas filmer une histoire d’amour avec des portables quand il a fait Licorice Pizza.

      • #135889 Répondre
        François Bégaudeau
        Maître des clés

        j’aime le film, et on en parlera bientot
        mais ce truc des années 70 me gene
        j’aurais aimé que ça se passe dans l’aujourd’hui – grand défi mais grand bénéfice
        ici les années 70 font écran
        (assez exactement comme dans le PTA, en effet)
        aujourd’hui à milieu égal le héros-patriarche en serait encore un, mais il serait patriarche autrement

        • #135893 Répondre
          Charles
          Invité

          C’est marrant parce que dans le même numéro des Cahiers, Nichols est interviewé et revient sur cette mode des cinéastes américains vieillissants (il s’inclut dedans malgré ses 47 ans) de faire des films situés dans ce passé relativement récent. Pour lui c’est une façon de montrer que l’Histoire est faite de cycles qui se répètent avec des invariants, ce que disait un peu connement PTA à propos OBAA (mais il ne faut pas le croire en interview).
          Pour en revenir à Reichardt, c’est effectivement aspect le moins original du film, le plus confortable quelque part.

          • #135926 Répondre
            MA
            Invité

            Dans le meme numero, un entretien avec Norman Ajari

          • #135929 Répondre
            K. comme mon Code
            Invité

            Je ne comparerais pas les 70s de The Mastermind à d’autres réalisateurs américains qui se réfugient dans le passé. The Mastermind à l’époque contemporaine ne peut pas exister, ou alors il faudrait trouver l’équivalent d’un vol d’œuvre d’art qui lancerait le personnage dans une fugue improvisée, ce qui l’aurait éloignée de sa volonté principale : filmer un braquage dans un musée. Je ne trouve pas non plus qu’elle affiche un affect particulier pour cette période dans le film. Showing Up et Certain Women sont des films contemporains et sont « récents » dans sa filmographie. Les films « historiques » sont plutôt en minorité.

            • #135932 Répondre
              Charles
              Invité

              Je ne dirais pas que sa volonté principale est de filmer un braquage dans un musée puisque celui-ci n’est en réalité que le point de départ du film, elle se débarrasse presque de cette scène (sans doute la moins mémorable du film). Ce qui l’intéresse c’est comment ce personnage fuit et s’adapte par la suite à l’échec de son braquage.
              Même si PTA et Reichardt ont un statut de cinéaste assez différent, me frappe quand même la similarité de la justification. On pourrait même aller plus loin pour Reichardt en disant que le contemporain rend presque caduque son esthétique lo-fi, minimaliste, sa lenteur, dans le sens où elle parait dépassée.
              Les autres cinéastes américains font des films d’époque pour d’autres raisons, notamment peut être parce que quand on est un cinéaste très reconnu et vivant au sein de l’industrie depuis des années, son contact avec le contemporain s’émousse. C’est ce qu’on voit bien avec Scorsese, Tarantino, peut être un peu PTA (même s’il a fait très tôt des films non contemporains) et maintenant Safdie. Ajouté à cela que plus on est reconnu plus on a du budget ce qui permet de faire des films d’époque qu’on ne pouvait pas faire en début de carrière pour cette raison.

              • #135937 Répondre
                kenny
                Invité

                je ne dirais pas qu’elle ne s’intéresse pas au braquage (le coup du coffre et la voiture qui vient de garer devant), mais disons que le filmage est elliptique
                on ne voit pas non plus le gros coup de pression qu’il a dû se prendre par les gangsters

                • #135939 Répondre
                  Tony
                  Invité

                  Un peu de Chaplin dans le final de Mastermind

                  • #135942 Répondre
                    Schnoups
                    Invité

                    Oui, très bon passage furtif en fin de film, surprenant et drôle du coup.
                    J’ai revu plusieurs Hitchcock récemment dont To catch a Thief/La main au collet. Rapidement, c’est l’histoire d’un ancien voleur (Cary Grant) poursuivi et suivi par la police Française alors que des vols reprenant sa vieille méthode et son style surviennent à Monaco. Alors que Grace Kelly et Cary Grant quittent une villa en voiture, on voit à l’arrière plan la voiture s’éloigner et au premier plan on a les deux flics chargés de la filature qui jouent au foot avec un caillou en les attendant, la grosse banane, gros sourires, les mecs s’éclatent. C’est surprenant et très drôle. ça dure 4 secondes montre en main et on se demande si on a vraiment vu ce qu’on vient de voir quoi. Et ça m’a immédiatement fait penser à la fin du Reichardt. Ce n’est peut être qu’une coïncidence mais c’est une coïncidence plutôt heureuse puisqu’il s’agit de voleurs dans les deux films.

                    • #135943 Répondre
                      Schnoups
                      Invité

                      J’ai trouvé l’extrait, c’est évidemment à la fin qu’on les voit faire joujou.

                      • #135944 Répondre
                        Schnoups
                        Invité

                        Je retente…

                  • #135966 Répondre
                    Alexandre
                    Invité

                    « Un peu de Chaplin dans le final de Mastermind »
                    Et, je n’ai pas pu m’empêcher d’y penser, quelque chose de Mr Klein.

                    • #135967 Répondre
                      Tony
                      Invité

                      Oui bien vu, elle en parle d’ailleurs dans son entretien aux Cahiers.

        • #135895 Répondre
          Alexandre
          Invité

          Oui, et la justification du choix de l’époque par le fait que le cambriolage ne serait plus possible aujourd’hui me paraît un peu court. Et puis personne n’a pensé aux mecs du Louvre récemment?

          • #135896 Répondre
            Charles
            Invité

            Oui mais elle vise aussi une certaine lenteur, elle en parle aussi dans l’entretien en expliquant qu’à l’époque, sans smartphone, tout allait moins vite et qu’on pouvait déambuler avec ses potes sans la pression constante de la technologie.
            Mettons les pieds dans le plat : pour ces cinéastes ce passé-là, qui est bien évidemment celui de leur jeunesse, est un refuge esthétique leur permettant de s’extraire du présent. Elle raconte aussi dans l’entretien à quel point elle s’isolait et travaillait nuit et jour pour le montage, ce qui lui permettait d’échapper à l’actualité.

            • #135900 Répondre
              Ostros
              Invité

              L’absence de technologie et surtout de téléphone portable est je pense importante dans cette affaire de film de braquage désamorcé. Je n’ai vu que First Cow avant celui-là et je me suis dit
              D’une part que j’apprécie beaucoup que la real travaille l’histoire américaine comme ça et nous donne à voir des gens, des campagnes et des villes sous un prisme mineur et donc jamais vu auparavan.
              D’autre pas j’ai pensé : bénédiction de l’absence de technologie pour tout ce que sait faire Reichardt.
              Le travail sonore exemplairement.
              Crépitement de l’œuf qu’on cuit à la poêle. Un des meilleur moment du film.
              L’absence de technologie permet ce travail sonore si particulier dans le film
              Et allège l’histoire du braquage et ses conséquences
              C’est un outil du minimalisme

              • #135901 Répondre
                Ostros
                Invité

                Ah bah le temps que je poste est apparu le message de Charles
                Même intuition donc sans avoir lu litw

            • #135902 Répondre
              Alexandre
              Invité

              Voilà, peut-être.
              Ce qui rend ce film intéressant est qu’il y a quelque chose d’inconfortable dans ce confort. Comme si Reichardt inoculait au sein d’un certain passé un mal très contemporain. Le décor contextuel du film n’est pas très original mais l’est déjà plus la façon dont elle en extirpe toute séduction nostalgique. Ce manque, cette ablation provoque un je-ne-sais-quoi de stimulant.

              • #135904 Répondre
                Alexandre
                Invité

                Je souscris à ce que dit Ostros, qui je n’avais pas encore lu(e) avant de poster.
                Le film est à l’affiche chez moi. Je le revois cette semaine.

                • #135952 Répondre
                  Ostros
                  Invité

                  Sur le Reichardt, j’avais noté pour ma part le déclassement du fils de juge par sa maison sans étage
                  Signe distinctif de premier plan.
                  On remarque d’ailleurs que monsieur le juge a une grande et belle maison. De pierre. Avec étages.
                  Il semble jaloux de son frère, de l’intérêt de leur père pour ce frangin alors qu’il le vanne sur son chômage (« c’est pas toi qui va te fouler quelque chose » un truc comme ça).
                  Il est à la fois le gosse de riche mais inabouti.
                  C’est celui de la famille qui a voulu être artiste. Et est brimé parce qu’il refuse de se conformer au modèle professionnel qu’on attend de lui. On voit parfois ce cas de figure avec un fils qui veut être acteur quand toute la fratrie s’est lancée naturellement dans les écoles de commerce.
                  Je vois ce vol de tableau comme contenant plein de causes emmêlées.
                  Et pour moi il y a clairement un rapport au père
                  La réplique du père au sujet de l’affaire qu’il va se répéter dans la voiture en ce marrant
                  L’expression de joie de l’ami qui lui dit que le juge a dû faire la gueule en découvrant que c’était son fils le voleur.
                  Par le vol il tente de dépasser / impressionner son père.
                  Se démarquer et aussi qu’on parle de lui. Attirer l’attention.
                  Et peut-être aussi comme une petite vengeance envers son papa (pour le faire chier en gros / et en le faisant chier se faire voir de lui)
                  Comme un gosse, oui.
                  Plein de frustrations et d’ego mal dégourdi.

    • #135918 Répondre
      adamou
      Invité

      A propos du Franco et en parlant du grand écart de Fernando mentionné par Ostros, qu’est-ce que le film est bon pour faire glisser Fernando d’une micro situation sociale à une autre! Je pense notamment à trois scènes de restaurant. Il est d’abord le clandestin illégal tel qu’on les voit dans les faits divers sordides de chaines d’infos, il est alors chassé d’un resto comme un animal. On le revoit plus tard travailler au bar et ensuite commander avec Jen dans un restau chic. Même si son statut de prolétaire clandestin lui sera constament rappelé par les évenements, le film est interessant en ce qu’il montre le couple transclasse est une sorte de raccourci de l’ascension sociale (il passe en quelques plans du camion de clandestin à l’appart luxueux de SF) et par la même nous donne une mise en scène au carré de ce que peut être la précarité : qu’importe son niveau de vie un temps, il est toujours menacé de retomber au plus bas (même si la dedans franco continue de distiller des micro distinctions comme lorsqu’il est reconduit à la frontière et que les autres nationalités sont mises en prison). Le film m’a particulièrement marqué par cette diversité de micro configurations de domination qu’il parcourt, il serait intéressant de les énumérer…

    • #136057 Répondre
      Charles
      Invité

      Dans une interview donnée au Monde, Reichardt enfonce le clou sur les années 70 comme refuge ou retrait :
      « Je voulais fuir notre époque. Me revenait ce parfum d’un temps où la vie était différente : se retrouver dans une pièce sans téléphone portable, ne pas avoir accès à Internet, le temps que prenaient certaines choses, celui que l’on pouvait consacrer à des petites tâches. »

      (…)

      « Nous avons tout de même recouru aux effets pour effacer les traces de modernité.
      Les voitures d’époque, elle, venaient de tout le pays. Certaines sentaient encore la moisissure. C’était une sorte de fantasme. Les voitures modernes sont si moches et leurs intérieurs ne sont plus adaptés aux tournages. Là, j’avais de grandes fenêtres et de beaux angles. »

      • #136059 Répondre
        Seldoon
        Invité

        Ce n’est pas son intervention la plus brillante.

        • #136060 Répondre
          Charles
          Invité

          A la limite du trolling.

          • #136062 Répondre
            Seldoon
            Invité

            Je préshote : dans le prochain Reichardt, elle filmera des DS, parce que quand même, toute une époque.

      • #136064 Répondre
        K. comme mon Code
        Invité

        Bon, j’avais tort. Mais pour sa défense, Reichardt doit être fatiguée après sa très longue tournée parisienne. Il est temps de rentrer aux États-Unis.

        • #136066 Répondre
          Seldoon
          Invité

          C’est Burdeau qui l’a épuisée. Il a monopolisé sa semaine française.

          • #136102 Répondre
            Dmitri
            Invité

            Un ami m’a dit qu’il était cité dans les remerciements du générique de The Mastermind..?

    • #136068 Répondre
      Lassou
      Invité

      Salut,

      Vous pensez quoi de Kore-Eda ici svp ? Notamment de nobody knows.

      A chaque fois que je regarde un de ces films j’ai une impression, sûrement bête, de voir un truc un peu calibre (le cinéma austère commerciale) et j’arrive pas a voir d’où ça vient. Est ce parce que c’est trop court ? La scène ou le vendeur interrogé le gamin par exemple, elle n’est pas assez longue pour qu’on commence à s’inquiéter, les scènes de vie ne dirent jamais bien longtemps.

      Une question (très) bete sûrement mais quelle est la différence entre un Franck et un Kore-Eda, les deux faisant le jeu de filmer calmement des trucs terribles.

      • #136105 Répondre
        François Bégaudeau
        Maître des clés

        beaucoup, beaucoup, beaucoup de différences entre Kore-Eda et Franco

        • #136166 Répondre
          lassou
          Invité

          Oui, mais ça tient à quoi ? Scènes plus courtes, une seule idée par scène ?

    • #136113 Répondre
      Ostros
      Invité

      Dreams c’est vraiment un film sur les limites de la « générosité » des dominants
      Les limites du caritatif
      Fernando est au départ professeur de danse au Mexique grâce à l’association crée par une fille de riche entrepreneur
      Il rencontre Jen par le biais de cette asso
      Mais alors qu’il est doué et pourrait tout à fait prétendre à une carrière aux états unis, les hommes entrepreneurs de la famille ne vont pas accepter cette sortie de route du plan initial.
      On aide les étrangers / les pauvres et il nous arrange qu’ils le soient et le restent
      Mais qu’ils n’aillent surtout pas tenter d’évoluer sur notre fréquence, se mêler à notre réseau et pire à notre sang.
      .
      Jen c’est terrible on la vois à la fois victime de sa classe, empêchée de mener sa vie comme elle l’entend, aux USA.
      Et lorsque ses désirs son frustrés par Fernando capable des pires actes.
      Notons qu’en comparaison elle n’actionne aucun levier pour contrecarrer les décisions de son père ou de son frère. C’est elle la faible au sein de cette famille. Ce qui la rend touchante dans ces moments.
      Dominante au sein du couple avec Fernando elle ne contiendra aucun (sale) coup. De la filature, à la fracture de sa jambre, en passant par les places pour le ballet pour l’attirer et l’observer, l’enquête chez ses parents, etc. Rien n’arrête son désir. Aucune limite de respect élémentaire ou de loi ne l’arrête car elle sait qu’elle a le pouvoir sur ces étrangers.
      Est-ce possible que ce soit elle qui ait appelé les flics pour le motel ?
      Elle est comme une enfant avec un poivoir de vie et de mort sur les plus vulnérables qui sont l’objet de ses désirs et caprices.
      La libération de son pouvoir est absolument effrayant
      Dénoncer Fernando à l’immigration
      Et le faire sortir aussitôt de prison pour le ramener au Mexique
      Elle a le pouvoir sur la vie, le destin, l’accomplissement ou non des rêves d’un homme.
      C’est un des personnages (de femme) les plus intéressants et complexe vu au cinéma ces dernières années

      • #136115 Répondre
        Tony
        Invité

        En complément du film de Franco je te conseille de regarder les conférences décoloniales sur le féminisme libéral, très intéressant

        • #136117 Répondre
          Ostros
          Invité

          En effet, merci !

          • #136157 Répondre
            Ostros
            Invité

            Je voulais le visionner ce soir et c’est plus disponible.
            Ou il faut chercher ailleurs ?

      • #136119 Répondre
        I.G.Y
        Invité

        « en passant par les places pour le ballet pour l’attirer et l’observer » : je pense qu’il y a quelque chose de plus qui se joue là dedans. Il faut se concentrer sur le ballet tel qu’il nous est montré avec insistance — et montré à Fernando (champ contre-champ), montré par Jen. D’abord c’est une danse de couple. Ensuite, elle est hyper sexualisée (les habits de la danseuse sont quasi transparents, je passe sur les postures, etc…), et enfin, presque avant tout, il est très singulier que la danseuse soit… rousse au cheveux longs. Comme Jen, bien sûr. C’est tellement singulier que j’ai du mal à plaider la coïncidence : je pense que tout cela mêlé, il s’agit purement et simplement d’une volonté de Jen de faire remonter le désir de Fernando pour elle. Très habile, je dois dire.

        • #136120 Répondre
          Ostros
          Invité

          J’avais pas capté tout ça
          Tu as l’œil !
          Dans cette organisation de la soirée, elle mène la danse dans le moindre détail

          • #136122 Répondre
            I.G.Y
            Invité

            De mon côté je n’avais pas du tout capté le fait que le frère avait les clés de chez Jen, dont tu as parlé plus haut.

            • #136123 Répondre
              cinema
              Invité

              Et elle s’appelle Ana.

        • #136125 Répondre
          Schnoups
          Invité

          C’est marrant parce que si y’a bien un truc que je supprimerais dans le film c’est bien ce pas de deux. Je le trouve en soi mauvais, les danseurs semblent porter de biens vilaines perruques et l’érotisme lourdement suggéré est très précisément ici trop évident, trop visible, ça me parait trop explicatif sur les intentions de Jen et sur ce désir qu’elle souhaite raviver. Me parait beaucoup plus subtile par contre la séquence en elle même qui lie très joliment émancipation et amour, c’est très beau qu’elle semble respecter son besoin d’indépendance, d’émancipation, qu’elle le regarde de loin, manifeste son plaisir de le voir profiter du spectacle de sa passion (la danse), passion qu’elle lie de manière amoureuse et stratégique à sa passion pour lui et à sa passion de lui pour elle. Qu’in fine Franco fasse de ce geste un geste d’amour qui contient son pendant négatif qui survient plus tard : l’enfermement, l’empêchement de cette émancipation avec ce premier coup dans le tibia (dénonciation à la police de l’immigration), je te regarde t’émanciper amoureusement et je t’empêche de t’émanciper amoureusement. ça c’est très fort.

          • #136127 Répondre
            I.G.Y
            Invité

            Très habile de la part de Jen (plus que de la part de Franco).

            • #136129 Répondre
              Schnoups
              Invité

              Ça sent la la chorégraphie spécialement conçue pour le film. J’espère que Franco s’est pas ruiné pour payer le chorégraphe qui a fait ça.

              • #136134 Répondre
                Ostros
                Invité

                Je dois avoir un esprit bizarre
                Car je trouve cette place vide très étrange
                Et pas du tout colorée comme tu le dis
                Si tu veux laisser l’homme que tu aimes profiter d’un spectacle qui lui fera plaisir
                Tu lui offres sa place et c’est tout
                Tu le laisses regarder son spectacle et tu lui demanderas plus tard si c’était bien ou pas
                Ou tu lui offres 2 places et il y va avec qui il veut.
                .
                Elle, elle va prendre 3 places
                Deux devant, une au balcon
                Une pour lui l’autre à côté laissée vide
                Et elle en hauteur qui l’observe
                Y a quelque chose de la manipulation dans cette mise en scène
                Y a quelque chose de pas net
                De malsain
                C’est cringe
                Sans doute dans sa tête à elle elle se dit que c’est une manière de lui faire comprendre que….
                Mais dans les faits, vus avec notre distance de spectateurs, on voit bien une femme qui a les moyens, qui exerce un contrôle ici sur un pauvre mec.
                Moi je distingue l’intention de Jen (montrer à Fernando que…) et les actes qu’elle fait pour donner corps à cette attention.
                Et elle me fait peur.
                Faire venir un mec que tu vas mater durant 1h30 c’est chelou
                Sous couvert d’amour ou non
                (L’enfer est pavé de bonnes intentions)
                Déjà est posé ici la main mise qu’elle a sur lui, sur son corps.
                C’est elle qui l’a invité
                Fait se rendre au ballet
                Fait se demander pourquoi le siège est vide à côté
                N’est pas capable de le laisser vivre un spectacle sans y etre
                N’est pas capable de ne pas le surprendre à la sortie et lui indiquer qu’elle était là aussi.
                Une obsédée ferait pas mieux
                Moi j’aimerais pas du tout vivre un truc comme ça

                • #136135 Répondre
                  Ostros
                  Invité

                  A cette INTENTION

                  • #136140 Répondre
                    Tony
                    Invité

                    C’est vrai que Shnoups est peut-être un peu romantique,on peut aussi y voir un dispositif pervers où elle peut voir sans être vue et jouir de sa fascination sexuelle tout en conservant sa position de domination dans l’espace social matérialisé par la place de Fernando dans l’orchestre et la sienne au balcon.

                    • #136141 Répondre
                      Tony
                      Invité

                      Schnoups

                      • #136143 Répondre
                        Schnoups
                        Invité

                        « C’est vrai que Shnoups est peut-être un peu romantique »
                        Gros éclat de rire
                        On se comprend vraiment pas les gars, au secours!!, que ceux qui comprennent ce que je dis se manifestent.

                • #136142 Répondre
                  Schnoups
                  Invité

                  « Moi j’aimerais pas du tout vivre un truc comme ça »
                  Si tu te concentres sur le film, tu constateras que lui il a apprécié, et c’est ça moi qui m’intéresse.
                  « Car je trouve cette place vide très étrange
                  Et pas du tout colorée comme tu le dis »
                  Alors je ne parlais pas spécifiquement de cette place vide. Si tu relis mon post calmement, peut-être que tu comprendras mieux ce que je veux dire.
                  Mais parlons en de cette place vide. Elle n’est pas étrange cette place vide, elle est très très intéressante. Jen fait de ce vide une présence/absence, c’est la place de Jen sans Jen, il va la chercher lorsqu’il s’assoit, il se demande si elle va venir, ça fait monter ce fameux désir de la voir et de l’avoir à ses côtés. Et c’est bien ce qui blesse entre eux puisqu’elle le cache, camoufle sans cesse leur relation. Elle arrive à retourner ce manquement en faisant passer cet espace entre eux comme une manifestation d’amour pour lui. Elle est là sans être là, il le saura plus tard, contrairement à toi, il sourit lorsqu’il la voit, il aime ce moment de téléphone. Avec le coup de téléphone elle lui manifeste plus clairement sa présence, lointaine, comme si elle lui laissait l’espace dont il avait besoin, l’espace qu’il réclame, tout en faisant celle qui souhaite s’afficher avec lui – elle lui dit « la prochaine fois on fera ça ensemble », elle semble dire : cette place vide je la comblerai de ma présence. Il y croit, ça l’enflamme passionnément puisque le lendemain il la retrouve et suivra la scène de sexe dans les escaliers. Cette place vide est très intéressante, car elle ne la comblera jamais à San Francisco, à Mexico c’est serait mieux, ce serait faisable. C’est pour ça qu’elle va faire en sorte de le déplacer, de le déporter, en se persuadant que c’est pour le protéger et que c’est un geste d’amour.
                  Donc ce qui lui plait à lui, puisque c’est ça qui devrait nous intéresser, c’est cette manifestation d’amour, qui a en fait une toute autre lecture qui apparait plus clairement lorsqu’elle le dénonce à la police de l’immigration.

                  • #136144 Répondre
                    Ostros
                    Invité

                    C’est vrai que je ne lis que sous coke ce qui n’aide pas à lire « calmement »
                    Je vais de ce pas me remettre sous verveine menth
                    Je pense comme toi pour l’intérêt de la place vide
                    Y a pas plus efficace pour signifier une présence que de laisser une place vide
                    (Marquer l’absence)
                    Je disais étrange car weird, contre le « joli » que tu y vois
                    Car si Fernando sourit
                    Moi je vois déjà là l’emprise
                    Et cette place vide exprime pour elle son affection etc
                    Et lui sourit etc
                    Mais pour nous qui assistons à cela
                    Que voit-on concrètement ?
                    C’est étrange, oui
                    Et c’est pas l’étrange de Phantom Thread où le couple a ses facons de s’aimer, qui sont hors de la norme
                    C’est étrange car le jeune Fernando et Jennifer sont piégés.
                    Je trouve que tu interprète beaucoup beaucoup cette séquence, les intentions des uns et des autres
                    Dès le debut on voit que ce couple est foutu d’avance
                    Et cette scène fait partie des quelques unes qui marquent bien la chose
                    Mais je ne dirais pas qu’elle contient que ca
                    Chaque situation est composé de faits et dires qui se contre disent en permanence
                    Mais c’est sûr que ce n’est pas une « jolie » séquence entre les deux
                    En vivent ils ?

                    • #136148 Répondre
                      Schnoups
                      Invité

                      Bon, dernier post et je vais arrêter là parce que tu me prêtes des propos que je n’ai absolument pas tenu sur le film. Je n’ai jamais dit que cette place vide c’était « joli » tout court, je n’ai absolument pas dit que c’était « une jolie séquence entre les deux » et point. Tous mes post, depuis le début, tendent à montrer comment se manifeste concrètement dans le film le travail de Franco qui est de travailler les extrêmes à partir d’une situation extrême. Il ne suffit pas de dire que amour et haine sont contenus dans un même geste il faut aussi le voir ça, voir comment ça se manifeste dans le film. Et c’est ce que je fais dans mon premier post sur Franco et dans ceux ci-dessus sur cette séquence et sur cette place vide.
                      Pour rappel, voilà ce que je disais dans mon premier post sur le film :
                      « Ce couple est évidemment très singulier, il y a ce rêve d’émancipation des deux côtés et un rêve d’amour, les deux sont liés dans le film. Très beau passage où elle lui offre une place pour un ballet, elle le regarde de loin, lui téléphone de loin, je suis là, je te laisse de l’espace, je te laisse t’envoler brillant danseur, je t’aime. Bingo, ça le ramène direct au bercail, dans le nid douillet qui quand même lui avait bien manqué. Comme Franco travaille beaucoup les extrêmes dans ce film c’est comme si ce geste d’amour était naturellement prolongé par son contraire : le premier coup dans le tibia, la dénonciation à la police de l’immigration. Elle se dit que de toute manière elle n’a fait que précipiter ce qui devait arriver, elle l’aime et le protège, et pour ça il faut cloisonner le regard, cacher le précieux pauvre, délimiter ses mouvements, elle a les moyens de l’organiser, elle le fait. »
                      En fait ce que je n’avais pas encore vu là, c’est que la séquence elle-même contient déjà son contraire, c’est à dire que là, garder la distance et lui laisser la place qu’il réclame c’est aussi un geste qui montre l’incapacité de Jen à être à ses côtés. C’est une attitude qui ne fait que confirmer celle plus clairement moche qui a lieu quand ils sont à l’hôtel et qu’elle lui demande de faire ses bagages. Et c’est bien ce que je détaille plus dans le post sur cette place vide : « Elle arrive à retourner ce manquement en faisant passer cet espace entre eux comme une manifestation d’amour pour lui. » Alors qu’elle est dans l’incapacité de combler cette place. Elle veut bien le faire mais à Mexico, de façon cachée et donc elle le déplace, elle le déporte.
                      .
                      Ce que je trouve intéressant dans ces échanges avec toi et les précédents avec DrXavier et cinéma c’est qu’il y a d’un côté ceux qui ne voient pas/ne veulent pas voir la violence de Jennifer et ceux qui ne voient que ça, et qui ne veulent pas voir l’amour qui il y a dans ces mêmes gestes. Pourtant tout le travail de Franco est là, passer à côté de ça c’est rater le film, c’est rater ce qu’il y a de génial dans le film.

                      • #136150 Répondre
                        cinema
                        Invité

                        Autant je pense que Jen a répondu 2 mots à son frère, autant j’en ai dit 3 sur le film.
                        Après avoir clarifier cela, bigre ! Je te rejoins assez sur ton analyse.

                      • #136153 Répondre
                        Dr Xavier
                        Invité

                        Heureusement que Schnoups est là, qui sait voir.
                        Je redis ce que tout le monde a vu, le frère demande ce qu’elle veut, elle répond, nous sommes en dehors de la voiture, il transmet. La chorégraphie de la vengeance.
                        Comme je dis « aimer jouer avec l’idée avec l’idée qu’elle affirme l’avoir dénoncé, mais on n’en sait rien. » C’est très hautement improbable, mais pas totalement impossible. J’aime que le film laisse infimement ouverte cette porte. Mais c’est affaiblir le film que de penser que des portes soit infimement ouvertes.
                        De ces quatre lignes Schnoups infèrera qu’à chaque mouvement de violence de Jennifer je cherche à y voir éventuellement autre chose, une possible influence, une certaine passivité, un éventuel mensonge. Je sui démasqué, Jennifer est une sainte, marry me Jennifer, je me mets au ballet demain.

                      • #136154 Répondre
                        cinema
                        Invité

                        Je te rejoins également.
                        NB : Mes origines suisses me jouent des tours.

                      • #136155 Répondre
                        Ostros
                        Invité

                        Pour ma part j’ai suffisamment exploré la personnalité de Jennifer, pour pas qu’on dise de mes retours que je ne vois que sa violence….

                      • #136156 Répondre
                        Schnoups
                        Invité

                        on s’échauffe, on s’échauffe, c’est à la gloire du film. Tentons de redescendre un poil.
                        Dr Xavier, tu dis à la fin de ton premier post : « je note que ce n’est pas Jessica qui demande d’elle même, c’est son frère qui la pousse, il l’autorise ici, comme il n’autoriserait pas là, que c’est tordu ». Du coup ce « c’est son frère qui la pousse » explique que je dise que tu y voies une sorte d’influence. Et donc tu aimes qu’il soit lui très agissant dans la violence finale. Et comme tu aimes aussi « jouer avec l’idée qu’elle affirme l’avoir dénoncé mais on n’en sait rien » je me dis que c’est un mouvement de plus vers un geste de pensée qui amenuise la violence de Jennifer, et que donc « si on n’en sait rien »c’est que peut-être elle a menti. D’où que je dise qu’à ce mouvement de violence de Jen tu y voies un éventuel mensonge. C’est pas faux quand même Dr Xavier, non ? Après ce que je dis moi ce n’est que mon avis, pas besoin de se mettre la rate au court bouillon.
                        Quand j’ai écouté l’entretien de Franco il y a ce journaliste qui le premier prend la parole, et qui dit lui, clairement « c’est pas elle qui veut, c’est son frère » et là je me suis dit, tiens donc, et j’ai fait le lien avec ce que toi tu disais dans ton post. Le « encore un qui veut la sauver » est un brin provocateur, certes, mais ça englobe le fait que visiblement, nombreux doivent penser ça. Et j’espère que Franco, qui a répondu irrité à cette question, ne deviendra pas par la suite trop explicite dans ses films pour éviter qu’on ne le comprenne pas complètement. Puisque, et je comprendrais totalement qu’on n’en tienne pas compte, pour lui il est clair qu’elle veut la sentence, tout comme il doit être clair pour lui, qu’elle le dénonce, puisque c’est son travail dans le film, réunir dans un même geste amour et haine. C’est en cela que la confusion ne fait pas sens pour moi au-delà de ce que sont les intentions de Franco. La réunion des extrêmes n’est pas vraiment sensible si on se dit que c’est quand même son frère qui la pousse un peu et que peut être qu’en fait elle l’a même pas dénoncé. Le travail sur les extrêmes est moins fort, moins palpable, moins puissant si on amenuise la violence de Jennifer.
                        Et oui, j’y vois un désir d’amoindrir la violence de ce personnage, violence qui selon moi, et ce n’est que mon pauvre avis, se trouve être justement un élément de la force du film.

    • #136161 Répondre
      Claire N
      Invité

      En tout cas merci , vous donnez d’autant plus envie de voir ce film à la lumière oui de ces points
      Précis sur l’aspect indécidable de ce qui est amour
      Et emprise

      • #136163 Répondre
        Claire N
        Invité

        L’intuition amorale que votre analyse me donne
        Est que le désir passera bien en force dans cette scène, par là oú les structures de domination existent déjà – un formidable révélateur

    • #136168 Répondre
      Ostros
      Invité

      Le TVB 8 dispo à 21h

      • #136348 Répondre
        Saes
        Invité

        Je suis bien d’accord sur le mot “cynisme”. Chaque fois que quelqu’un utilise ce mot dans ses sens modernes flous, je ne sais jamais vraiment ce qu’il recouvre ni quel contenu lui est attribué. Parfois, le mot a une connotation positive, parfois négative

        • #136352 Répondre
          MA
          Invité

          Lumineux surtout sur le rapport pas de deux, couple en danse et couple formé par Fernando/Jenifer.

          • #136353 Répondre
            Tony
            Invité

            C’est vrai que,en y repensant,l’harmonie du couple de danseurs est aussi la représentation bourgeoise de l’amour,un enlacement aérien de corps qui se détache de la matière, c’est très bien vu en effet.

            • #136355 Répondre
              Tony
              Invité

              Petite remarque aussi sur l’appartenance classe moyenne du migrant,en fait je ne sais pas si c’est si minoritaire que ça,le coût du voyage n’est pas à la portée des plus pauvres, j’ai souvent eu vent de témoignages et j’ai souvent entendu que des situations plutôt correctes pour le contexte avaient été abandonnées pour rejoindre la France,en fait je comprenais que la diaspora était envié car l’argent qu’elle envoyait au pays servait à acheter des terrains et construire des logements ce qui créait une sorte d’inflation qui écartait ceux restés sur place de l’accession à la propriété.

              • #136356 Répondre
                François Bégaudeau
                Maître des clés

                oui, et c’est d’ailleurs vrai de toutes les migrations (on l’a notamment observé avec les immigrés syriens récents)
                disons alors ce qui fait vraiment exception chez F, c’est son capital-danseur

    • #136170 Répondre
      Le mec là
      Invité

      Liste des réalisateurs DITS « misanthrope » qui crispe la critique? Ostlund, Franco, Lanthimos, Glazer,…Qui d’autre?

      • #136175 Répondre
        Ostros
        Invité

        Haneke évidemment

        • #136177 Répondre
          Le mec là
          Invité

          Of course!

          • #136181 Répondre
            Malice
            Invité

            Lars von Trier, Jessica Hausner

            • #136182 Répondre
              Malice
              Invité

              Et Altman aussi non?

      • #136176 Répondre
        Charles
        Invité

        Une partie de la critique, le dernier Franco a quand même été défendu par Libé, Telerama, le Monde. Je trouve que ça bouge un peu.
        On peut aussi rajouter Haneke dans la liste, le patron.

      • #136178 Répondre
        toni Erdmann
        Invité

        Seidl également.

        • #136183 Répondre
          Ostros
          Invité

          Oui j’y pensais

          • #136184 Répondre
            Ostros
            Invité

            Est-ce que Hitchcock en son temps n’a pas essuyé lui aussi ce type de critique ? (A ses débuts ?)

            • #136185 Répondre
              Charles
              Invité

              Pas à ma connaissance. Hitch a surtout pâti d’une réputation de faiseur hollywoodien superficiel, pour sa période américaine.

              • #136186 Répondre
                Charles
                Invité

                Je crois d’ailleurs me rappeler d’un débat au Cercle entre François et Lalanne sur le Ruban blanc où le premier soulignait qu’en termes de manipulation du spectateur Hitch n’était pas en reste et que ce n’était pas un argument valable contre Haneke. Lalanne répondait un truc pas inintéressant, en tout cas plus intéressant que ce qu’on entend habituellement contre le cinéma misanthrope : chez Hitch on se prive pas de la jouissance. Chez Hitch, on ne manipule pas le spectateur pour lui administrer une leçon avec toute la raideur protestante de notre Autrichien en s’exonérant soi-même de ce plaisir manipulatoire.

                • #136187 Répondre
                  Seldoon
                  Invité

                  Il y a chez les deux un talent et une recherche permanente de direction de spectateur. Mais le geste fondamental, obsessionnel d’Alfred est de tout faire pour impliquer le spectateur au tout premier degré (d’où son succès public). Il est donc exclu de la grande famille des froids et par la même occasion esquive les accusations de misanthropie. Comme le rappelle Charles pour ses détracteurs il était mis dans un autre wagon.

                  • #136188 Répondre
                    Seldoon
                    Invité

                    Alfred travaille donc sans cesse à base d’identification du spectateur. Identification non superficielle « parce que le personnage me fait penser à moi » mais identification par l’empathie. Je souffre avec le méchant quand il tente d’attraper les clefs à travers la grille. D’où la forte présence d’exemples hitchcockiens dans les manuels de scénario. À ce sujet, excellente analyse du nettoyage post douche de Psychose dans La Dramaturgie, de Lavandier.

                    • #136191 Répondre
                      Charles
                      Invité

                      Exactement. Chez Hitch on est littéralement dans la peau des personnages. Chez Haneke on les regarde derrière une vitre sans tain.

                      • #136192 Répondre
                        Malice
                        Invité

                        Chez Haneke on en bave généralement plus que chez Hitchcock – est-ce que c’est pour ça que je souffre plus pour ses personnages ou est-ce que regarder derrière la vitre sans tain permet de mieux observer et ressentir d’émotions? Ou les deux?
                        Dans « Caché », le plan séquence sur le garçon qui est renvoyé de la maison, filmée de loin, m’a fait mal, autant voire plus que les coups de couteau de Psychose.

                      • #136194 Répondre
                        Seldoon
                        Invité

                        Je dirais que la question est double.
                        – Le premier degré (je vais vite) de Hitchcock pendant ses moments de bravour contre le décollement de Haneke. La souffrance immédiate avec le personnage contre l’objectivité cruelle de la situation.
                        – Indépendamment de ce choix, Haneke se permet d’aller beaucoup plus loin quand il faut que toute reste digeste chez Aldred. Pas la même économie. D’ailleurs Tarantino le reproche à Hitchcock, il trouve que ce dernier aurait pu/du aller plus loin et qu’il l’aurait fait s’il avait pu déjouer la censure Hollywoodienne (celle des financiers et celle du Hays Code). On s’en rend compte dans ses films tardifs, avec l’exemplaire scène du meurtre laborieux dans le rideau déchiré. Scène dans laquelle la sobriété de la mise en scène, par contraste au moins avec le baroque des morceaux de bravour de sa période de gloire, a quelque chose d’une froideur Hanekienne.

                      • #136195 Répondre
                        Seldoon
                        Invité

                        bravourE.
                        Deux fois.

                      • #136210 Répondre
                        Malice
                        Invité

                        « La souffrance immédiate avec le personnage contre l’objectivité cruelle de la situation. »
                        Tu ne dirais pas que dans Funny Games, par exemple, on reçoit tout en même temps? A la fois la distance comique permise par les deux clowns cruels et la souffrance immédiate de la famille?
                        J’ai extrêmement mal à chaque fois que je revois la scène où le père se prend le coup de club de golf; dans le même temps, je trouve drôle la façon exaspérante qu’ont les agresseurs de se comporter en passifs-agressifs, offrant leur aide et cherchant à faire reconnaître au père qu’au fond tout ça est de sa faute.
                        Je ne ressens pas la présence d’un filtre qui m’empêche de tout de suite compatir aux martyrs des films d’Haneke : femme agonisante dans Amour, famille sadisée dansa FG, le cochon de Benny’s vidéo etc.
                        Chez Hitchcock je retrouve cet embrassement du comique et du tragique dans « L’ombre d’un doute » : la nièce qui sait que son oncle est un assassin entend son père et son ami inventer des scénarii de crime parfait : c’est drôle et pas drôle, on est dans la détresse de la jeune fille, le tragique de sa situation, et dans le comique du décalage entre l’insouciance des darons et le secret abominable.

    • #136209 Répondre
      Julien Barthe
      Invité

      Seldoon,
      Je ne sais pas ce qui de la répétition ou de l’oubli du E est le plus pénible.
      Je pense à l’abattage de la jeune fille dans Benny’s vidéo. Pourquoi est-il traité hors champ selon toi ?
      – pour conserver la froideur qui serait abolie par le basculement dans l’horreur ou même en deçà en autorisant un degré d’identification supérieur à la victime?
      – pour des raisons de décence et de censure ?
      Je crois que c’est la répétition de l’oubli qui m’agace autant.

      • #136211 Répondre
        toni Erdmann
        Invité

        Dans Benny’s Video, cela tient sans doute au fait que le meurtre est enregistré en plan fixe par une caméra intra-diégétique. Or, comme l’acte se produit de manière presque insidieuse (progressivement, à l’aide de ce petit pistolet) il était destiné à glisser hors champ. Le voir se dérouler précisément dans le cadre serait presque de l’ordre d’un hasard trop « commode » pour être crédible.

        • #136215 Répondre
          Malice
          Invité

          Dans le ciné-club de François sur Benny, il est dit qu’Haneke ne veut pas filmer frontalement les actes violents, si je me souviens bien, par refus de l’obscénité qu’il y aurait à filmer un corps se faire supplicier. A part le cochon de Benny je ne vois pas de meurtre filmé de près dans ses films, dans Funny games même le genou pété au club de golf n’est pas montré directement ( on ne voit pas le club heurter en insert le corps du père).

          • #136216 Répondre
            Seldoon
            Invité

            Au delà des meurtres il y a des actes de violence filmés, comme le suicide dont je parle ci-dessous.
            Funny Games c’est vraiment spécial dans sa filmographie et c’est je crois la seule fois qu’il joue pleinement (avec des diagonales) le jeu du genre. Je ne suis pas sûr qu’on puisse en tirer trop de généralités sur sa façon de faire.
            J’ai bien conscience d’éviter de répondre au cœur de ton message, j’y reviendrai plus sérieusement.

          • #136218 Répondre
            Antonin
            Invité

            « A part le cochon de Benny je ne vois pas de meurtre filmé de près dans ses films »
            Dans Amour, il me semble que l’on voit plutôt bien le meurtre par étouffement de Trintignant sur Emmanuelle Riva.
            Ma mémoire me joue des tours ?

            • #136225 Répondre
              Ostros
              Invité

              Y a pas une poule à laquelle on coupe la tête dans caché ?

              • #136227 Répondre
                Malice
                Invité

                Oui la poule, je l’avais refoulée
                en fait Haneke ne filme frontalement que des morts de bêtes; est-ce qu’il y a un sens à chercher du côté de la banalité de la mise à mort des animaux ( à l’opposé de la mort que les humains s’infligent entre eux, qui est du côté de la perversion car à moins d’être antropophage, pas de nécessité vitale à tuer son prochain – même si les végétariens me diraient que c’est un argument limite)
                Si des gens ont des pistes de réflexion à ce sujet je suis toute ouïe

                • #136240 Répondre
                  Seldoon
                  Invité

                  Et donc non, le suicide dans Caché.

                  • #136273 Répondre
                    Malice
                    Invité

                    je vais tâcher de m’en sortir en disant que le fait que ce soit un suicide permet l’exception, on va voir si ça passe

                    • #136277 Répondre
                      Malice
                      Invité

                      au passage, j’adore cette scène et quand je l’ai découverte, le choc a été puissant
                      à la revoyure, je ne la trouve pas gore comme elle aurait pu l’être entre les mains d’un réalisateur plus adepte du torture porn. Le mec tranche, jet de sang, il tombe, c’est très rapide et le mec semble ne pas avoir eu le temps de souffrir – ce n’est pas forcément réaliste mais justement, c’est peut-être un moyen de ne pas s’attarder sur l’agonie tout en stupéfiant et choquant le spectateur.

                      • #136357 Répondre
                        Seldoon
                        Invité

                        La scène est frontale. Sa grande force vient du fait que la caméra ne semble pas avoir été déplacée pour filmer la violence : quand un découpage classique demanderait un cadre spécial pour le moment de la mise à mort, on a ici dans le même cadre, fixe, le dialogue qui précède, la mort, l’après. C’est ça qui est si glaçant : on a l’impression de voir cette mort sans médiation. Même régime d’image et donc même réalité que tout le reste. Le contraste peut alors opérer, or, finalement, la mort n’existe jamais que par contraste.
                        Je remarque que Haneke ou pas ce type de mise en scène est relativement courant pour filmer des suicides « rapides ». Ainsi, et pardon pour le spoiler, dans Ida (Pawlikowski) :

                        Dans Caché, on a un élément que je n’avais jamais vu ailleurs : on a le suicidé et le témoin dans le cadre. Il faudrait voir à quel point la sidération d’Auteuil participe de la sidération du spectateur. Je réfléchis à voix haute, or toute bonne reflexion esthétique commence en 1964 : Sergio Leone se vantait d’avoir été le premier à placer dans le cadre le tireur et sa victime, dans ses westerns (le fameux plan du révolver en amorce). Comme d’habitude cet italien exagerait comme un marseillais, mais disons qu’il a systématisé, surtout dans son premier western, ce cadre qui était jusque là très rare. Le résultat est une plus grande violence perçue qu’un découpage tireur puis tué. Est-ce que cette coexistence tueur/victime dans un même cadre donne la même chose que témoin/victime ? J’arrive enfin à ton « le fait que ce soit un suicide permet l’exception », et puisque tu me laisses le sale boulot, je tente de répondre oui et non. On y gagne la même intensité de violence, mais je crois sans trop pouvoir le justifier (j’ai une vague piste que je laisse de côté, je garde juste mon impression de spectateur) que le rapport du spectateur au plan n’est pas le même. Il me semble qu’avec tueur/victime dans le même cadre on a tendance à partir sur une forme d’immersion. Et pour le suicidé/témoin, une forme d’objectivité. Evidemment tout ça dépend du cadre, on pourrait cadrer les deux scènes d’une façon qui irait contre la tendance, mais je crois que la tendance est là. Si tu filmes un meurtre en plan fixe, tu dois te battre contre l’action pour éviter l’immersion. Et par exemple, il faudrait placer le tueur aussi petit que possible dans le cadre, et avoir soin de ne surtout pas le mettre ne valeur par la composition. S’il est au loin en arrière plan mais qu’il est en contrejour ou que les lignes directrices mènent le regard à lui, c’est foutu, tu l’as remis en valeur. Il y a quelques grandes réussites de ce côté la dans l’immense collection de meurtres (autoreflexifs, car oui Marty fait enfin le boulot) de Killers of the Flower Moon. Notamment un meurtre presque kitsch, à l’ancienne, d’une mère avec son landeau. Le pistolet sort d’une fenêtre à l’arrière plan, tire, elle tombe. Banalité de tout ça, aucune dramatisation, et donc effet d’autant plus dramatique sur le spectateur. Ici la caméra bouge – mais ne coupe pas – juste après la mort pour panoter vers le tueur qui sort de la maison. Tandis que chez Leone dans le découpage qui est alors devenu classique voire académique on a soit le pistolet au premier plan (effet jeu vidéo avant l’heure), soit le mort qui tombe au premier plan et le tueur « iconisé » dans sa fumée de poudre noir à l’arrière plan.
                        Je continue de te répondre de biais, mais au fond ce n’est pas tant l’éthique du filmage de la mise à mort chez Haneke qui m’interesse que ce que ça produit.

                      • #136407 Répondre
                        Malice
                        Invité

                        Le suicidé de Caché commet à la fois un geste d’auto-destruction et d’agression envers Auteuil, je crois que c’est une des raisons qui me font aimer cette scène. Auteuil est saisi, comme nous il se prend la violence en pleine face…Face à l’homme qui semble lui dire qu’il est le poulet décapité qu’on a vu ailleurs dans le film.
                        Haneke en quelque sorte équilibre les forces en présence et donc se permet de filmer frontalement cette mort?
                        Je n’ai pas vu Ida mais le saut de la femme me fait énormément penser à la chute dans l’eau de Funny Games de Haneke et aussi à la fin de Despues de Lucia. Tu recommandes le film ( Ida)?

                      • #136422 Répondre
                        Seldoon
                        Invité

                        Je ne me souviens plus de Ida à part cette scène à laquelle je repense régulièrement, donc je ne saurais dire.
                        Très bien dit pour le suicide agression.

            • #136226 Répondre
              Malice
              Invité

              Oui la caméra est assez proche mais Trintignant se couche sur elle, la faisant disparaître; ensuite elle est sous l’oreiller, c’est presque comme si le mari l’avait fait disparaître par un tour de passe passe. La femme étant à moitié dans le coma, on ne subit pas les mouvements de défense et les bruits de son agonie

      • #136212 Répondre
        Seldoon
        Invité

        Tout ce meurtre est un jeu entre ce qu’on montre et ce qu’on ne montre pas. Hitchcock joue souvent avec ces choses là mais chez lui c’est subit. Il redouble d’inventivité afin de pouvoir rendre sensible sans montrer. Haneke pourrait tout montrer, il s’épanouit activement dans ce travail de champ/hors champ (en prenant bien soin du bord cadre qui fait exister intensément le hors champ, fait craindre en permanence son entrée de champ), temps réel/ellipse, montrer/entendre. Avec tout ça il est timbale le spectateur pile là où il le désire, quelque part entre l’insoutenable et le plaisir du sulfureux. Là où ça se complique : le meurtre en question serait il plus insoutenable s’il était montré frontalement en plan large comme le suicide de Caché ?
        (Hitchcock et Haneke se rejoignent aussi sur le travail sur les attentes du spectateur, ils aiment faire désirer et craindre en même temps l’arrivée de la violence.)

        • #136214 Répondre
          Seldoon
          Invité

          Il trimbale. Il n’est pas timbale.

    • #136220 Répondre
      Dwl
      Invité

      Les scènes de danse dans le dernier Franco m’ont assez surpris, si je me trompe pas c’est la première fois qu’il filme un moment long comme ça, dans sa présence, presque en dehors du scénario. Naturellement, j’essayais d’y voir autre chose dans les corps ou autres, ce qui ça pouvait montrer, et y’a de ça, mais je crois que fondamentalement il filme premier degré une belle scène de danse (aussi montrer cette beauté, s’attarder dessus, décuple la cruauté du geste finale)

      • #136223 Répondre
        Ostros
        Invité

        Oui, toutes les scènes de danse de Fernando me restent en mémoire
        Sa joie communicative
        Après c’est aussi du scénario
        Des situations
        Qui ont des conséquences : rencontre avec le directeur du studio dans la rue
        Lui étranger immigré qui danse parmi les blancs riches dans le studio
        Magnifique duo avec une danseuse blanche où on voit qu’ils sont au même niveau de connaissance des mouvements de ce ballet culte, malgré les kilomètres qui séparent leur lieu de formation respectif
        On découvre Fernando autrement, dans l’expression de sa passion. Plus comme un immigré qui galère.
        Sa promotion et la réaction des danseurs puis les conséquences
        Les ruptures entre ces scènes de danse et sa vie quotidienne, ses jobs etc
        Ces deux « mondes » qui ne se côtoient pas, il passe de l’un à l’autre. Par les changements de lieux on ressent les changements de niveaux de vie (studio de danse / bar)

        • #136224 Répondre
          Ostros
          Invité

          Et oui, on est meurtris pour lui à la fin
          Après l’avoir vu si virtuose

          • #136361 Répondre
            François Bégaudeau
            Maître des clés

            Assez d’accord pour observer que les scènes de danse sont littérales, et premier degré, et ma foi remarquables dans le genre (Franco sait tout faire). Mais cela n’empêche pas leur résonance amère dans le contexte du ballet écorché qu’exécutent les amants.

    • #136235 Répondre
      Larivière Sanretour
      Invité

      Bonjour,
      Je suis un étudiant en double licence Histoire-Lettres, à côté de mes études en ce moment je regarde beaucoup de films de Ford et du nouvel Hollywood (je suis guidé dans mes disgressions par les merveilleuses conf de Jean-Baptiste Thoret). Je m’aperçois que le cinéma est vraiment quelque chose qui m’habite depuis que j’ai laissé tombé mes études de ciné à P8 : j’ai envie d’écrire des scénar et de lire plus sur le cinéma.
      Quelqu’un aurait des idée de trucs à lire ou même à faire ? Je sais que c’est un peu vague comme question, mais qui ne tente rien n’a rien.

      • #136236 Répondre
        Larivière Sanretour
        Invité

        tomber* l’abominable faute
        que ça ne vous empêche pas de répondre

        • #136238 Répondre
          Charles
          Invité

          Je ne lis que trois types de livres sur le cinéma : recueils de critiques, monographies et mémoires/livres journalistiques.
          Je viens de terminer les mémoires de Robert Evans, producteur légendaire du Nouvel Hollywood (Chinatown, le Parrain, Harold et Maud, Rosemary’s baby, c’est lui) qui se lisent très bien et sont intéressantes sur la faune hollywoodienne, le fonctionnement de l’industrie et l’époque. Il y a aussi les livres du journaliste de Variety sur la période, Peter Biskind, qui sont des page-turner rigolos mettant à fond l’accent sur les figures haut en couleur du milieu.
          Dans les recueils de critiques, ceux de Serge Daney sont bien (même si certains sur la télévision ou la mort du cinéma ont mal vieilli), ceux de Truffaut aussi (meilleur critique que cinéaste) de même que ceux de Pauline Kael dans une tradition littéralement inverse.
          Et dans les quelques monographies que j’ai lues, il n’y en a qu’une seule qui m’ait plu, celle sur Kubrick par Michel Chion. J’aime bien aussi le livre d’André Bazin sur Orson Welles mais c’est un recueil d’articles plus qu’une mono il me semble.

        • #136241 Répondre
          martin
          Invité

          Si tu aimes bien le nouvel Hollywood, tu as aussi comme référence les livres de Peter Biskind ou si tu t’intéresses au cinéma hollywood un des grands spécialistes c’est Pierre Berthomieu (mais après financièrement c’est pas donné haha). Vu que tu es en histoire, j’imagine que la pensée de Marc Ferro peut t’intéresser. Sinon je te renverrais aux livres qui figurent généralement dans les listes sens critique des livres les plus importants sur le cinéma comme Qu’est ce que le cinéma d’André Bazin, Hitchcock/Truffaut, Notes sur le cinématographe

          • #136360 Répondre
            François Bégaudeau
            Maître des clés

            Non, non, je ne ferai pas de commentaires bassement acerbes sur les « merveilleuses confs de Jean-Baptiste Thoret »
            Pas mon genre.

            • #136362 Répondre
              Charles
              Invité

              On en est tous passé par là.

            • #136397 Répondre
              Larivière Sanretour
              Invité

              C’était très niais de ma part j’en conviens. J’aime bien Jean Baptiste Thoret. C’est vrai qu’il va souvent vite sur les choses comme s’il en disait déjà beaucoup, mais il raconte aussi des choses intéressantes. J’ai un bon souvenir de la présentation de The parallax view par exemple. Tu as des choses à lui reprocher en particulier ?

              • #136401 Répondre
                Charles
                Invité

                Je te la fais courte : Thoret est un historien du cinéma davantage qu’un critique, théoricien fumeux du Nouvel Hollywood qui disserte à n’en plus finir sur des concepts vaseux dont la fumeuse influence de l’assassinat de JFK sur le cinéma ricain.

                • #136404 Répondre
                  Larivière Sanretour
                  Invité

                  Influence pourtant assez difficile à réfuter il me semble. Du moins en ce qui concerne certains films. C’est pas le plus vaseux. Je dirais plutôt les choses comme ça : est-ce que c’est la meilleure façon de parler de ces films ? A-t-on dit grand chose une fois qu’on l’a dit ? Je te rejoins plutôt sur la partie « historien du ciné plutôt que critique »

    • #136242 Répondre
      martin
      Invité

      Et si tu t’intéresses à la pensée théorique, analytique, universitaire sur le cinéma il y a pas mal de conférences en accès libre du Forum des images (Dailymotion malheureusement) et de la Cinémathèque (youtube))

    • #136243 Répondre
      martin
      Invité

      J’avais oublié dans les livres incontournables sur le ciné, le livre En un clin d’oeil de Water Much, grand monteur américain sur l’art du montage

      • #136248 Répondre
        Ostros
        Invité

        Les livres qui ont accompagné mes études sont :
        Le nouvel hollywood de Biskind
        Qu’est ce que le cinéma de Bazin
        Why not ? Sur le cinéma américain
        Hitchcock/Truffaut
        Orson Welles Une caméra invisible de Ishaghpour
        Notes sur le cinématographe Bresson
        Guide pratique de l’éclairage de Bouillot
        Guide pratique de la musique de film de Villani
        Éric Rohmer de De Baecque et Herpe
        Pour comprendre les médias de Mc Luhan
        L’écriture de scénario de JM Roth
        Story de McKee
        La dramaturgie de Lavandier
        L’anatomie du scénario de Truby
        Le héros aux mille et un visages de Campbell
        Technique du scénario de Pierre Jenn
        Les profs orientent aussi sur la morphologie du conte de Propp
        Lire les mythologies
        Lire les contes du monde
        Lire des pièces de théâtre classiques et modernes
        .
        Avec ça tu auras les mêmes bases de livres que n’importe quel étudiant en cinéma, avec largement de quoi travailler des scénarios conventionnels et quelques idées de base pour la lumière.

    • #136358 Répondre
      Larivière Sanretour
      Invité

      Merci beaucoup pour ces recommandations ! J’allais oublier, mais j’aimerais savoir s’il existe des bonnes alternatives pour regarder des films pour vraiment pas cher voire gratuitement. Je suis fauché de chez fauché et avec les quelques livres que je me dois d’acheter pour mes études et pour mon bon plaisir aller en salle même pour 5 balles représente une dépense conséquente. Comment vous faites vous pour voir des films dans des bonnes conditions ?

      • #136363 Répondre
        Ostros
        Invité

        La cinémathèque est ta meilleure amie
        Tu as aussi la VOD :
        La Cinetek
        Universciné
        MUBI
        Et les super site type le forum Kebekmac
        Ou des sites de streaming
        Ou le p2p
        Y a Kenny et d’autres qui ont partagé des drives avec plein de classiques aussi
        Et un site d’archives dont j’ai oublié le nom où tu as bcp de vieux films

        • #136364 Répondre
          I.G.Y
          Invité

          Pour le gratuit en cas de besoin, la bible : https://fmhy.net/video.

          (ne jamais oublier les replay Arte voire FranceTV pour le gratuit). Il y a aussi plus de films qu’on ne pense sur Youtube (beaucoup de films russes entiers sur la chaîne Mosfilm etc…).

        • #136366 Répondre
          Ostros
          Invité

          Et mk2 curiosity !

      • #136365 Répondre
        Cynthia Lennon
        Invité

        essaie de t’inscrire à une médiathèque près de chez toi en demandant à quelle plateforme de films tu as droit (les yeux doc pour les documentaires, la médiathèque numérique arte, en général), ce sera limité (1 par semaine je pense) mais pratique, et ils ont aussi des dvd si tu as un lecteur.

        • #136367 Répondre
          Cynthia Lennon
          Invité

          et des projo sont parfois organisées

      • #136429 Répondre
        martin
        Invité

        Et sinon en tant qu’étudiant, vois si ta fac ne propose dans les services en ligne la médiathèque numérique, tu peux voir 5 films gratos par mois normalement. Il y a des films récents comme des films de patrimoine.

        • #136485 Répondre
          martin
          Invité

          Tu es à l’université de Paris ? Je serais curieux d’avoir ton avis sur la licence. Tu sais ce que tu veux faire plus tard ?

    • #136385 Répondre
      stephanie
      Invité

      Je sors de Dreams , pas encore écouté TVB mais lu la plupart des vos commentaires.
      J’ai retrouvé tout ce que j ‘aime chez Franco , la cruauté et l’extreme douceur qui se dégagent des personnages, la complexité des sentiments
      la domination et l’arrogance des US jusque dans les rapports humains.
      Un petit bémol sur un passage moins réussi et prévisible, le jeune danseur wasp qui tacle et rabaisse Fernando à la sortie du cours de danse.
      Dreams c’est un pied de nez au le rêve américain ?
      Je m’empresse d’écouter TVB.

      • #136398 Répondre
        K. comme mon Code
        Invité

        « Un petit bémol sur un passage moins réussi et prévisible, le jeune danseur wasp qui tacle et rabaisse Fernando à la sortie du cours de danse. »
        Le fait que ce soit prévisible ne rend pas le moment moins juste, et il faut préciser qu’il le rabaisse à ce moment-là parce que Fernando est l’intrus qui a pris son rôle – la générosité a des limites. Le rabaisse-t-il ou le menace-t-il ? Sans parler du fait que cette scène nous permet d’imaginer par la suite que c’est le danseur qui a dénoncé Fernando et donc d’être doublement surpris quand Jennifer révèle la vérité.

        • #136416 Répondre
          Stéphanie
          Invité

          Le fait que ce soit prévisible ne rend pas le moment moins juste.
          Ceci n’empêche pas cela. On la voyait venir cette réplique je trouve, mille fois vu ailleurs ( confrontation wasp racisé).
          Ok pour la menace plutôt que rabaisser .

          • #136435 Répondre
            Schnoups
            Invité

            Oui, séquence classique dans ce milieu où la forte concurrence est bien connue et bien réelle. Comme le dit K. ça nous prend de cours lors de la révélation de Jen, ça apporte même une forme de crédit à son argumentation, ça serait arrivé de toute façon. Et ça souligne aussi sensiblement une forme d’urgence pour lui. Urgence du corps qui vieillit, du danseur classique qui doit aller le plus loin possible le plus jeune possible (d’où l’intense concurrence). Urgence pour San Francisco donc, d’où le poids de la discussion à Mexico où elle lui dit qu’il aura un ballet ici aussi, il dit ça va prendre du temps, elle répond qu’il a le temps. Sauf que pour lui le temps presse.
            J’ai pas encore écouté le TVB, je dois terminer ma semaine de crochet.

        • #136461 Répondre
          Seldoon
          Invité

          « Le fait que ce soit prévisible ne rend pas le moment moins juste » mais le fait que ce soit juste n’en fait pas une bonne scène, l’eau ça mouille mais une scène qui le montre aussi justement que platement n’a aucun intérêt.
          Je vois bien ce que la scène apporte au film par ses fausses pistes et la menace sourde, ça ne sauve pas la scène telle qu’on la voit. Ce n’est pas le seul raté du film. Dans le TVA que je n’ai pas encore fini François parle de celle qui vient justement commenter ça, expliciter « la générosité a des limites » par une diatribe explicite au bar. Je retiens aussi contre le film toutes les scènes d’opposition frontale avec la famille de Jen. Exemplairement, quand on découvre le père et le frère : dans un bureau avec Jen. Le frère n’aime pas les activités humanitaires de Jen alors que son père et sa soeur le savent depuis 20 ans. Jen signale que c’est défiscalisé alors que tous trois savent bien que c’est l’unique raison pour laquelle il est meme question d’envisager ces activités. le père fait comprendre que tel le capitalisme il a besoin de sa main droite et de sa main gauche. Tout cela n’est pas une scène, c’est un enchaînement de de répliques d’exposition uniquement destinées au spectateur. De même, le père qui viendra frontalement emmerder Jen pour lui refuser le droit d’avoir « une danseuse » (le terme n’est pas dans le film et ne vient pas de moi mais c’est bien ça) parce qu’une fois on les a vus ensemble, on n’y croit pas. Ce serait beaucoup plus insidieux, un travail de sape. Il y a toujours eu des personnages plus faibles chez Franco, son orphevrerie scénaristique et psychologique (au moins pour les personnages principaux) peut nécessiter quelques verrues. Ces faibles passent mieux quand ils sont passifs (le petit ami dans les filles d’Avril) qu’actifs comme ici.
          C’est d’autant plus étonnant que dans les scènes de représentation publique, le père et le frère sont parfaits, comme ça a été signalé plus haut. J’adore l’arrivée à la fondation. Discours en leur honneur, c’est grâce à leur générosité qu’ils sont là. Ils peuvent aller serrer des mains en souriant, et à Fernando qui remercie le frère, ce dernier répond que c’est tout naturel (« don’t mention it » ? Quelque chose dans ce goût là). Il peut avoir le rôle du modeste puisqu’il a délégué à la structure celui de hérault en livrée qui chante ses exploits (il aurait pu dire « don’t mention, we just sang it »).
          Je m’empresse de dire que le film est très fort, transpire de talent. Mais il y a des ratés qui rendent plus visible que dans la majorité de la filmographie de Franco l’artificialité de l’édifice.

          • #136462 Répondre
            Seldoon
            Invité

            TVB. TVA, c’est l’autre truc.

            • #136479 Répondre
              Seldoon
              Invité

              Très bon TVB, effectivement. Le rapport à la danse est particulièrement bien vu. J’ai pensé immédiatement à la scène du bar (où elle boit le verre du biker). D’ailleurs chez Franco les entrées de champ sont travaillées justement comme dans un ballet. Ca vient en général du fond du cadre. Donc : travail du corps, du corps dans l’espace. Et costumes, toujours comme au ballet. Dans cette scène Jen est tout de blanc vêtue avec une sorte de cape. La tenue et son port font tout le boulot pour elle. C’est pourquoi les bikers n’osent même pas lui adresser la parole. C’est pourquoi aussi on ne voit qu’elle dans ce bar. Je reste sur les vêtements car j’y ai beaucoup pensé pendant la vision : ils participent de et incarnent le statut social. Dans le bar, ils assoient sa position de dominante dont elle profite alors. En revanche dès qu’elle qu’elle se trouve avec son père, ses robes de soirée l’engoncent, ses talons hauts de trois étages l’empêchent. Soirée à l’opéra, elle veut échapper à son frère pour retrouver Fernando, elle ne peut accelerer, ses jambes sont prises dans la robe serrée. Elle n’est pas à l’aise. Ses vêtements comme son statut de dominante la favorisent et l’empêchent.

              • #136484 Répondre
                Schnoups
                Invité

                Je n’ai pas encore écouté le TVB mais cette scène du bar dont tu parles rappelle immédiatement ce qu’il a fait dans Sundown. Effet d’apparition, Jen dans le bar dénote complément avec le lieu et sa population. Comme Gainsbourg habillée de noir sur la plage d’Acapulco. Autre effet d’apparition qui devient donc typique de Franco, lors de son retour au Mexique, elle prend un fruit et la Jen en chemise de nuit bleu du passé fait le tour de la table et hop, Fernando apparaît (avant la joute érotique).
                Franco n’a pas attendu le ballet et ce film pour travailler les corps dans le cadre. Par contre on comprend pourquoi ça lui a plu. Et dans le ballet les entrées et sorties se font aussi beaucoup par les côtés, et ça ne passe pas forcément si souvent par le fond du cadre dans ce film.
                Dans cette scène de bar il y a une ligne au milieu du cadre par contre, oui, qui va de l’entrée du bar jusqu’à la caméra. D’un côté là où Jen s’assoie et de l’autre là où se trouve Fernando. Et notre oeil a tendance malgré l’entrée de Jen à ne pas forcément la suivre parce que la lumière et le vide nous guide vers le milieu, c’est pour nous perdre. Et effectivement on cherche et on voit Fernando très tardivement, c’est voulu, c’est très bien fait, il est fondu dans ce décors alors qu’elle, elle ne fait que passer et circule de façon assez hallucinatoire.
                Pour le reste, la discussion avec son père (qui lui dit qu’aider les.migrants c’est bien m’enfin, pas plus quand même) est intéressante parce qu’on a là furtivement, rapidement, et avec économie la mention d’une Jen qui n’a pas d’enfant, on a la brèche du perso et une forme de marginalité apparaît.

          • #136480 Répondre
            K. comme mon Code
            Invité

            Je trouve qu’il y a une baisse de régime de Franco dans ce film, mais cette scène avec le danseur me plaît. Dans la disposition, le danseur déçu s’adresse autant à Fernando qu’aux autres danseurs – eux, tous gênés par ce spectacle – et il s’amuse a provoquer en public tout comme il prend du plaisir à rabaisser celui qui prend sa place, ou plutôt à lui rappeler sa place. Je ne vois pas ce qui serait raté là-dedans.
            Je te rejoins sur la famille de Jennifer. Globalement, j’ai trouvé qu’on passait trop peu de temps avec eux et que Franco se contentait du strict minimum. Surtout quand on sort de Memory. On revient à l’histoire d’amour ; c’est très centré sur eux, mais Fernando rêve davantage de danse aux États Unis que Jennifer et Jennifer rêve davantage d’un échappatoire à sa vie américaine avec son amant mexicain, et donc j’aime surtout dans Dreams voir l’un sans l’autre.

            • #136481 Répondre
              Seldoon
              Invité

              Trop univoque, trop déjà vu, et par ailleurs, pas si juste. Bill Burr le dit assez bien ici (le passage qui commence par « Get out of the pool! ») https://www.youtube.com/watch?v=xA1ZU8LDpVE
              Je ne crois pas que chez les danseurs de ballet on se permette ce genre d’attaque ouvertement raciste et anti pauvre (il le traite de mendiant). On te le fait subir à coups de sous-entendus (violence symbolique) et de violence cachée (de type la dénonciation à ICE). Ce qui se joue dans la scène précédente n’est pas non plus brillant mais au moins plus fin : la déception de de « méchant » est en plan large, décentrée, pendant que d’autres hommes, pourtant tout aussi déçu, félicitent Fernando. C’est un détail du plan, ça me va.
              C’est vrai qu’il y a ce vice de départ dans leur relation, ils sont l’un pour l’autre des échappatoires incompatibles.
              Un autre point que j’aime beaucoup dans le film, c’est que je me suis rendu compte quand Fernando devient brutal qu’on ne sait rien de lui. On l’a vu dominé tout le long, faisant bonne figure face aux violences et oppressions. Et sous le coup d’une colère bien compréhensible, il se rend compte qu’ici au moins il domine physiquement, et sa brutalité surprend. Coup classique, mais c’est fort, ou en tout cas sur moi ça a bien marché. Effroi.
              Je note d’ailleurs que quand il se fait virer du premier ballet, il conserve le même sourire poli et chaleureux que le reste du temps, ne montre aucune aigreur. Ce qui jette le doute sur ses autres sourires, y compris à Jen.

              • #136482 Répondre
                Seldoon
                Invité

                Danseurs de ballet à San Francisco, je précise.

              • #136487 Répondre
                K. comme mon Code
                Invité

                Le truc, c’est que ce n’est pas totalement faux, Fernando qui danse devant la salle en cherchant l’attention d’un riche mécène mendie un peu. La vacherie du danseur déçu passe par là. J’aurais moins aimé que le film se contente du plan précédent sur le visage du danseur. Ça aurait été purement informatif. Je pense qu’il s’en fiche que Fernando n’ait pas de papier, il n’est pas ouvertement raciste, il y a une entorse à la politesse remarquée par les autres danseurs. Il veut surtout afficher son mépris par ce faux éloge de l’American Dream « … pas mal hein pour quelqu’un qui mendiait la rue ».
                Le TVB évoque la possibilité d’un Fernando « arriviste », je pense que ça n’est pas tout à fait juste, mais il sait très bien où sont ses intérêts. C’est avec l’argent de Jessica qu’il vient au début du film – argent qui n’était pas destiné à ce voyage. Une fois qu’il voit que Jessica est gêné par sa présence, il part mendier… pardon… performer devant les riches patrons des arts. J’emploie un ton moqueur mais il est bien obligé de faire ça. En tout cas, si on continue notre jeu amour-pas amour, Jessica est bien plus préoccupée par Fernando que Fernando n’est préoccupé par Jessica.

                • #136489 Répondre
                  K. comme mon Code
                  Invité

                  (Oui, je milite pour qu’on appelle Jennifer Jessica. Je voulais aussi rajouter entre parenthèse qu’on a avec Dreams une version de Memory où Jessica n’aurait pas fait sécession avec sa famille, et que donc ça rend forcément les membres de ladite famille plus actifs, alors que la Jessica de Dreams est évidemment captive et un non-sujet pour le père et le frère.)

                  • #136492 Répondre
                    Charles
                    Invité

                    Ca chipote un peu je trouve. Je suis d’accord que la discussion dans le bureau entre Chastain, son frère et son père autour de l’investissement dans un nouveau projet de celle-ci et qui se conclut par la mention de la défiscalisation peut passer pour peu subtile. De là à dire que ça ne fait pas une scène je ne suis pas tout à fait d’accord. On a quand même une présentation de ces personnages qui ne passent pas que par des répliques mais aussi par des façons de se tenir : le père est débout – je crois-, le frère est à moitié avachi tandis que Chastain est assise et plus droite. On a déjà des indications des rapports de pouvoir dans leur façon de se mouvoir, de se tenir au-delà des répliques. La phrase sur la défiscalisation peut paraitre en trop car trop bourrine, trop évidente pour eux mais c’est une façon pour Franco d’aller à l’essentiel, de viser le plus efficace pour bien faire comprendre au spectateur où on est.
                    Sur la confrontation entre Chastain et son père, oui c’est très frontal et peut-être que ça pourrait être plus insidieux mais il arrive que les bourgeois soient très directs surtout quand il s’agit de la protection de leurs intérêts et dans l’économie du récit je pense qu’à ce stade Franco veut accélérer voire précipiter les choses, justifiant que ce soit pas un travail de sape en plusieurs temps mais quelques répliques.

                    • #136494 Répondre
                      Seldoon
                      Invité

                      Je veux bien vous laisser apprécier innocemment, K et toi, les scènes de confrontation bourine. Elle me sembles fausses, mais allons y. Par contre je ne laisserai pas passer cette première scène du père et du frère, qui m’a mis en colère. C’est un grand classique du cinéma de rater les scènes de bureau en plaçant ce genre de dialogue d’exposition. « bonjour je travaille et toi » « je travaille aussi, alala c’est pas facile avec les chinois » « heureusement les taxes » « ah oui les taxes ». Non, ces gens ne parlent pas comme ça, ne se redisent pas ces évidences là. Ca ne me semble pas faux, c’est n’importe quoi. Un mélange de dialogues baclés et de méconnaissance ininteressée de cet univers par Michel. Très bien mais alors pourquoi le filmer ? Et une fois l’echec commis : pourquoi ne pas couper la scène au montage ? Qu’est ce que vous en gardez ?

                      • #136495 Répondre
                        Seldoon
                        Invité

                        Une proposition pour garder la scène, les rapports, mais virer le ridicule : la même scène, mais à travers une porte vitrée. On garde ainsi les posture, on n’entendrait pas les dialogues.

                      • #136496 Répondre
                        Charles
                        Invité

                        Tu l’as dit toi-même, c’est une scène d’exposition.

                      • #136497 Répondre
                        Seldoon
                        Invité

                        Oui enfin, je peux regarder le film sans qu’on m’expose « la fondation est défiscalisée ». Je fais pareil avec ma fondation « Mémoire, Justice et Réparation du Génocide Arménien ».

                      • #136498 Répondre
                        MA
                        Invité

                        En parlant de genocide armenien, cet article du diplo est a lire https://www.monde-diplomatique.fr/2026/02/KEUCHEYAN/69277

                      • #136523 Répondre
                        Charles
                        Invité

                        Rires, tout le monde ne connait pas aussi bien que toi les magouilles de défiscalisation. Mais je t’accorde que ce n’est pas une grande scène et que le cinéma est aussi nul pour montrer des grands bourgeois que des prolos au travail.

      • #136446 Répondre
        ..Graindorge
        Invité

        Salut Stéphanie
        Tu as vu le film à Nice? en VOS? À quel cinéma?
        J’y serai le 18 et j’aimerais le voir le 19. Sinon je dois poiroter jusqu’au DVD

        • #136488 Répondre
          stephanie
          Invité

          Salut Graindorge,
          je l’ai vu à Nice oui, au seul cinéma a l’avoir projeté est le pâté (Masséna)
          Il ne joue plus qu’à Vence le 13,16, 17.

          • #136525 Répondre
            ..Graindorge
            Invité

            Merci Stéphanie!

    • #136400 Répondre
      Charles
      Invité

      Très bon épisode de TVB, très dense et précis, d’accord avec presque tout (sauf sur la scène de viol, pour les raisons déjà évoquées ici). Samir était plus en retrait mais je pense que c’était dû au fait qu’il ne connait pas bien l’oeuvre de Franco et qu’il l’a découverte assez récemment, lui qui aime bien évoquer son compagnonnage avec des réalisateurs/rices sur le temps long.
      Curieux de savoir le programme du prochain TVB, j’imagine qu’il y aura The mastermind. Peut-être aussi le Safdie? Ca pourrait être intéressant tant celui-ci semble être l’antithèse de celui-là.

      • #136402 Répondre
        K. comme mon Code
        Invité

        Une opposition de style entre Mastermind et Marty, ça peut être très bien, oui. La manière dont est traité l’homme-enfant qui rêve de grandeur est radicalement différente.

        • #136411 Répondre
          Ostros
          Invité

          Oui excellent TVB, merci c’était un plaisir à écouter.
          En effet j’avais moi aussi supposé que Fernando se servait de Jennifer comme point de chute aux USA.
          Et Fernando dans la scène du bar quand Jen se pointe moi j’ai mis des plombes à capter qu’il était là. Je ne l’ai vu que lorsqu’elle s’approche du bar, elle capte toute l’attention.
          Mais oui on pourrait analyser chaque séquence tellement c’est dense. Ce réalisateur est passionnant.
          J’apprécie beaucoup ce point de vue d’un franco chorégraphe en cela que les scènes sont faites par les corps, leurs interactions, leurs déplacements, leur tenue et très peu de mots.
          J’ajoute une dernière chose c’est que lorsque Fernando danse avec la jeune danseuse, j’ai ressenti qu’ils pourraient être ensemble tous les deux. Elle semblait plus lui sied, tous les deux danseurs et surtout même âge. Ça participe à rendre la scène encore plus belle. Comme une rencontre qui passerait par la danse.
          Et quand il se fait arrêter j’ai aussi pensé c’est dommage pour cette potentielle histoire, ça aurait peut-être pu…

          • #136421 Répondre
            François Bégaudeau
            Maître des clés

            Pour le prochain TVB, Mastermind oui. En revanche le Safdie fera l’objet d’un échange avec Nicolas (Tsounami), spécialiste mondial des Safdie, dans un Microciné antérieur. Donc on va chercher un autre deuxième film.

            • #136426 Répondre
              Charles
              Invité

              Le Park Chan Wook ou le Bradley Cooper?

              • #136430 Répondre
                I.G.Y
                Invité

                Curieux d’entendre le TVB sur Mastermind, qui m’a vraiment déçu et ennuyé (au moins dans toute sa deuxième partie). Je lui ai largement préféré Certain Women, rattrapé la veille. Mais il va falloir que je lise tout ce qui a été posté sur le film ici plus haut.

                • #136431 Répondre
                  Charles
                  Invité

                  Un peu l’inverse pour moi, le film décolle vraiment après le braquage. Je pense qu’il y a un consensus critique sur le fait qu’il s’agit d’un bon Reichardt mais pas d’un grand (donc en-dessous de la dernière piste, Certain women et First cow, ses meilleurs).

                  • #136433 Répondre
                    I.G.Y
                    Invité

                    Oui je précise un peu, ce que j’appelle deuxième partie (je n’ai pas regardé le minutage, c’est très subjectif)
                    est en gros à partir du moment où les tableaux ont été récupérés par les types à la ferme.

                    • #136436 Répondre
                      Schnoups
                      Invité

                      Pareil.
                      Je le reverrai quand même, sait-on jamais ce que ça donne, avant le TVB.

              • #136441 Répondre
                François Bégaudeau
                Maître des clés

                le Bradley cooper, surement pas, je me suis déjà tapé le précédent
                oui le Park j’y ai pensé, mais ça ferait deux gros morceaux

                • #136443 Répondre
                  Charles
                  Invité

                  Y a pas grand-chose d’autre, si ce n’ est un Raoul Peck et un Roustaee.

                  • #136534 Répondre
                    François Bégaudeau
                    Maître des clés

                    j’ai une petite idée surprise
                    de celles dont j’ai le secret

                    • #136535 Répondre
                      Alexandre
                      Invité

                      Marsupilami.
                      Je crois les doigts

                    • #136548 Répondre
                      Malice
                      Invité

                      Je parie que c’est Hurlevent
                      et que FB est fan de Charli XCX

                • #136444 Répondre
                  Malice
                  Invité

                  S’il y a moyen de soudoyer les deux microcineurs de TVB pour que le Park chan Wook soit sélectionné, donnez-moi votre prix; je n’ai jamais entendu François sur Park ( hormis la recommandation d’aller voir Decision to leave à l’époque de sa sortie)

                  • #136449 Répondre
                    Ostros
                    Invité

                    Pourquoi pas le film couture ?
                    Avec Angelina jolie et Vincent lindon
                    Entre autres

                    • #136450 Répondre
                      Tony
                      Invité

                      Et pourquoi pas Le Marsupilami tant qu’on y est?
                      Plus sérieusement le nouveau film de Sam Raimi a l’air excellent.

                      • #136454 Répondre
                        Ostros
                        Invité

                        Ahaha
                        On cherche un film moins épais qu’un Park chan Wook
                        donc pourquoi pas une comédie de Lachau pas si déconnant ^^
                        D’autant qu’il plaît vachement ce réal depuis babysitting.
                        Analyser une comédie grand public ça peut être intéressant et plus court, de quoi laisser la place au Reichardt.

                      • #136455 Répondre
                        lassou
                        Invité

                        Ha oui excellent carrément ? J’aimerais bien le Raimi aussi, pas encore vu, j’espère qu’il est cool, mais je suis tombé seulement sur des retours tièdes pour l’instant, si t’en as à partager, je suis preneur.

                      • #136457 Répondre
                        Tony
                        Invité

                        J’ai lu sur un réseau social que pour vraiment apprécier ce film il faut le voir sans rien savoir,je n’ai même pas vu la BA ni rien lu pour justement avoir le plaisir d’être surpris,j’irai peut-être aujourd’hui.

                      • #136463 Répondre
                        Malice
                        Invité

                        @Tony j’espère tes retours sur le Raimi, j’ai toujours en moi l’espoir qu’il nous revienne ( j’ai la nostalgie de films comme Evil dead et Jusqu’en enfer)

                        Je signale que Lucille Commeaux a encore trouvé le moyen de dauber sur Ostlund et Lanthimos dans les regards culturels sur le Park chan Wook et Hurlevent, faudrait établir un quota de tacles à ne pas dépasser

                      • #136503 Répondre
                        Tony
                        Invité

                        Salut Malice,je te confirme que le sale gosse est revenu,je me suis vraiment bien marré, c’est crade comme il faut,d’une dinguerie radicale et immorale, un très bon cru.

                      • #136512 Répondre
                        Malice
                        Invité

                        Ah super
                        ça va me laver les yeux de son dr strange et de son magicien d’oz

    • #136432 Répondre
      Tony
      Invité

      Enfin un texte qui déconstruit Le rire et le couteau,que j’avais trouvé douteux sans savoir exactement pourquoi, très intéressant

      https://lundi.am/Le-rire-et-le-couteau-de-Pedro-Pinho

      • #136447 Répondre
        MA
        Invité

        Merci pour cet article. Pas vu le film mais cela me fait penser aux travaux de Pascal Blanchard.

        • #136448 Répondre
          Tony
          Invité

          Murielle Joudet avait été la seule à relever ce qui est analysé dans ce texte,la bien pensance de gauche s’est encore une fois aveuglée.

          • #136452 Répondre
            MA
            Invité

            Bien aimé la référence à Edward Said.

            • #136456 Répondre
              MA
              Invité

              Où MJ s’est-elle exprimée sur le film?

              • #136458 Répondre
                Tony
                Invité

                Sortie de secours,elle est un peu vénère et au fond assez juste.

                • #136459 Répondre
                  MA
                  Invité

                  Merci, je vais l’écouter.

                  • #136536 Répondre
                    François Bégaudeau
                    Maître des clés

                    Merci pour ce texte, Tony, une démonstration parfaite, parce que talentueuse, de politimanie aigue
                    Le texte ne cesse de dire ce que le film aurait du etre s’il avait été le film que Sylvain George, gauchiste éminent et incorruptible, eut voulu qu’il fût
                    Il ne cesse de plaquer sur le film une grille que le film a précisément l’immense talent de déjouer. Oui le film est ailleurs, et SG aurait voulu qu’il soit ici. Le film invente à mesure sa trajectoire diagonale, erratique. Peu à peu il se dissémine, c’est sa beauté.
                    Logique, alors, que Joudet, gauchiste tardive et donc zélée et donc confuse, ait rendu de semblables échos.

      • #136490 Répondre
        stephanie
        Invité

        De Sylvain George, Trilogie Nuits obscures ( déjà parlé ici)

      • #136515 Répondre
        I.G.Y
        Invité

        Ce long pavé sur Le Rire et le Couteau a produit chez moi un effet amusant : j’ai commencé à m’imaginer ce que pourrait se figurer un lecteur qui n’aurait pas vu le film, et c’est souvent vertigineux. Le texte s’annonçait très bien puis dégringole très vite — je n’ai pas pu aller au-delà de la partie 3, tant il y aurait déjà un roman à écrire dessus.
        .
        A vrai dire la seule hypothèse qui m’a paru intéressante — et qui pour le coup traite de forme, comme l’auteur s’y était engagé — est la première : elle concerne la durée du trajet initial comme « épreuve » voire « rite de passage » qui pourrait légitimer tant narrativement que formellement le regard ultérieur de Sergio sur le Sud (« [La séquence] produit un récit de passage, une scène d’endurance, au terme de laquelle le personnage se trouve doté d’un capital moral implicite. » Elle agit comme « condition préalable de légitimité » pour la suite). Le problème est double : l’auteur reconnaît lui-même que peu de choses — autre que le constat : Sergio met du temps à arriver, il a des difficultés sur la route, et la séquence dure — permettent d’accréditer fermement cette thèse alors même qu’il la pose explicitement comme cardinale pour la suite de l’interprétation. Car on aurait attendu un peu plus que « Ce crédit [moral] est d’autant plus efficace qu’il ne se présente jamais comme tel. […] Il agit en sourdine, à la manière d’une évidence incorporée. » (en gros : « c’est tellement clair qu’on ne le voit pas »). Tout cela devient très réversible : je pourrais tout aussi bien dire que notre auteur/spectateur doit avoir sacrément « incorporé » l’idéologie méritocratique pour qu’une simple traversée qui plus est assez calme, très peu dramatique, non-dramatisée, dans un pays factuellement moins doté de métros climatisés et de Norauto qu’en France puisse constituer selon lui une intense légitimation morale qui « autorise » le « regard occidental » (je cite) de Sergio, et de nous autres occidentaux, pour toute la suite du film. La durée de la séquence devient aux yeux de l’auteur la légitimation d’une « asymétrie durable entre celui qui traverse et ceux qui sont traversés, entre celui qui endure provisoirement et ceux pour qui la précarité n’est pas une parenthèse mais une condition structurelle ». Etc…
        .
        Le reste du texte mériterait des réfutations bien plus fortes ne serait-ce que sur un plan factuel. Je prendrai deux exemples sur dix, qui traitent notamment des questions de « conflit ».

        On décrit la scène où Sergio embrasse Guilherme le premier comme une simple scène de fête : « La scène [où ils s’embrassent] est filmée sans réelle préparation, sans résistance, sans hésitation visible, comme un geste spontané, signe d’ouverture, de disponibilité, de modernité. […] Sergio est ouvert. Sergio est fluide. Sergio est du bon côté. » L’intensité conflictuelle (d’abord sourde mais qui finit par devenir explicite) de la teneur concrète de leur conversation est entièrement mise de côté, c’en est quasi comique. Conflit qui sera redoublé de mémoire dans une autre scène (je crois aussi en boîte : j’ai souvenir d’un « c’est peut-être une affaire de race » très violent qui est lancé, il me semble cette fois par Sergio). Toutes choses qui sont rendues ainsi par l’auteur : « cette transformation [du désir de Sergio] ne passe jamais par un conflit, une résistance ou une perte. Elle est toujours fluide, euphorique, esthétisée ». Sans commentaire. Sauf peut-être encore avec le second exemple qui suit.

        On décrit la scène avec la prostituée noire comme pure validation des scrupules moraux de Sergio, validation autorisée par la prostituée bienveillante (« cette hésitation est brève, mécanique, et surtout immédiatement neutralisée par la parole même de la prostituée. C’est elle qui vient rassurer Sergio. » puis il « bande » et peut enfin « laisser libre cours à son désir »), alors que la scène réelle montre un conflit intense et qui dure — conflit à sens unique puisque Sergio ne répond rien au sermon de la prostituée, abasourdi, honteux et bourré. Je cite la conclusion de la prostituée : « Ce qui me dégoûte le plus, c’est les hommes biens. Comme toi ». Quand il lui fait valoir un peu avant qu’elle ne connaît pas sa vie, elle répond : « I don’t pretend to care » (ça le fait mieux en VO). Voilà pour la prostituée qui « neutralise ». « Allez Sergio, je comprends, c’est dur pour toi ici, après tout tu n’es pas responsable de ce que tous les Blancs ont fait de nous ! Sergio, viens par là, tu iras bien mieux si tu me prends en levrette » (ça c’est le dialogue du film tel que vu par l’auteur).

        Je passe sur « La route n’est jamais pensée comme infrastructure politique, comme dispositif de transformation du territoire », etc…
        .
        Je mets quand même l’une des meilleures pour la fin, quand le texte décrit l’arrivée dans le film de Diara : « La jeune femme apparaît comme figure de l’excès, de la ruse, de la liberté corporelle et morale. Elle n’est pas située socialement [c’est moi qui souligne]. Elle n’est pas inscrite dans un réseau de contraintes, de rapports économiques ou de conflits. »

        Franchement, je ne sais pas quoi dire.

        • #136518 Répondre
          Aurel
          Invité

          Pour moi j’ai l’impression, et du souvenir que j’en ai que par moment le film se présente comme Sergio. Il a conscience des limites de son propre décolonialisme. Après à chacun d’y voir une neutralisation ou une certaine lucidité.

        • #136521 Répondre
          Tony
          Invité

          L’ayant vu cet été et faute d’en avoir gardé un souvenir précis je ne peux que me fier à ce qu’il m’en reste,en fait le début du film m’a paru à moi aussi assez calamiteux,je me souviens en particulier de cette scène assez grotesque où Sergio présente ses papiers à un indigène et n’a rien d’autre à lui donner qu’un livre qu’il va chercher dans son coffre tout en lui demandant s’il aime la poésie, déjà ça nous renseigne sur ce Sergio,il n’est pas là pour faire des affaires, c’est un intellectuel doté d’un capital symbolique qu’il va peut-être monneyer ou échanger comme ici,qu’il tombe en plein désert sur quelqu’un qui apprécie ce genre de nourritures, pourquoi pas même si ça paraît un peu bizarre,en fait l’altérité que l’on imagine n’est pas si nette,ensuite on le voit redémarrer et on pressent lorsqu’il repart,sans aucun véhicule à l’horizon,que la panne va arriver et, comme attendu,elle arrive,ensuite le vent se lève,mini tempête,il ne peut sortir du véhicule,tout ce qui est imaginable peut lui tomber sur la tête mais il reste très calme,pas vraiment inquiet et nous non plus d’ailleurs puisqu’on en est qu’au début et le film dure 3h30,que peut-il lui arriver?Et en effet il trouve une gargotte où il va pouvoir manger et récupérer en attendant un mécano…
          On est un peu déçu de se retrouver sur ces rails scénaristiques dans un tel environnement et on voit bien que l’idée est de rendre ce voyage éprouvant.
          Je me souviens aussi de l’irruption de Diara dans le récit,on la voit de loin avec sa perruque blonde,il la remarque puis on la voit marchander sur un étal et partir sans payer,elle se fait poursuivre,le croise,lui donne son sac et le rejoint dans son taxi, là aussi c’est tellement cinoche qu’on est un peu consterné.

          • #136537 Répondre
            François Bégaudeau
            Maître des clés

             » rails scénaristiques » : aucune expression n’est aussi inapproprié à ce film, qui précisément n’emprunte aucun rail – et c’est bien ce qui désarme le surarmé SG
            Tony : tu as ici parlé de 12 minutes sur un film de 3H30
            accord total avec IGY
            quant au périple augural, le plus simple et juste à dire sur ce truc anormalement long et inutile, c’est précisément que ce périple est aberrant ; personne ne se rendrait en Guinée comme ça, en voiture
            s’ouvre alors un film aux trajectoires sans cesse aberrantes, c’est a dire erratiques, c’est à dire hors des clous, et vraiment, vraiment, vraiment, hors des rails
            comme L’usine de rien peu à peu déraillait
            dans la grande lignée des fictions montées comme des documentaires

    • #136453 Répondre
      lassou
      Invité

      Le TVB était très cool oui, beaucoup de « banalités » (la caissière qui le prend) qui détaillés permettent de bien voir la force du film puis surtout le passage sur Jennifer héroïne tragique m’a vraiment ouvert le film.

    • #136549 Répondre
      Younès
      Invité

      Salut tout le monde !
      Je viens de revoir « Dernier Maquis » de notre cher RAZ. Chef d’oeuvre absolu, bien sûr.
      Je me demandais, sortant d’une lecture de Rancière, s’il y avait des ponts à faire entre le cinéma de RAZ et la pensée du dissensus (en tant qu’opérations de reconfiguration de l’espace commun du sensible).
      Par exemple, dans ce film, les mécaniciens essaient d’habiter différemment l’usine de palettes en opposition à la visée capitaliste de Mao qui a construit une mosquée afin de rendre serviables les ouvriers. La scène de prière entre les murs de palettes rouges est magnifique pour ça. Idem pour la scène où, parmi les ouvriers reconnaissants envers Mao et suivant l’imam, un d’eux décide de grimper sur les palettes afin de l’utiliser comme minaret et appeler à la prière (scène sublime où un avion, symbole de l’environnement marchand, empêche la fin de cet appel d’être entendu).
      Au-delà de ça, je trouve que le film montre très intelligemment la différence entre le travail (encouragé par Marx et par le Coran) et le travail salarié ; différence poreuse dans laquelle l’imam lui-même se perd.
      Sur le dissensus, je pense que « Les Chants de Mandrin » pourrait aussi incarner très justement la définition que Rancière fait de son concept.

    • #136629 Répondre
      Tony
      Invité

      Sans demander l’autorisation de E Burdeau,qu’il me pardonne,je vous partage ce très beau texte écrit sur son Substrack par un ancien critique des Cahiers,David Vasse, c’est vraiment remarquable

      Michel Franco pose problème à plein de gens. Rares sont les cinéastes aussi honnis que lui. Son nom même fait horreur au point d’être tenu pour infréquentable. Pas grand-monde pour se plaindre de le voir aussi peu cité parmi les cinéastes qui comptent. Depuis le début lui sont affublés des qualificatifs dont il est en général difficile de se relever : sadique, misanthrope, manipulateur, insensible, « moraliste tortionnaire » (lu dans Libé sous la plume de Sandra Onana à la sortie de Sundown), le plus récurrent étant celui de pervers assénant ses thèses nihilistes sur le dos de ses personnages. D’aucuns, pour le situer, aiment à le comparer à Haneke en évitant d’en faire un éloge. Pas aimable, son cinéma n’aurait que ce qu’il mérite : l’indifférence ou l’hostilité. Tendre des films pour se faire battre est souvent ce qu’on lui reproche. Si bien que, quoi qu’il fasse (exception faite de Memory, légèrement épargné), se dresse devant lui une réception critique qu’on pourrait dire de défense, avec pour arme fatale une grille morale appliquée à ses films sans que peine soit prise de les regarder dans leur stricte matérialité.
      N’aimant pas Haneke, pourquoi suis-je si intrigué par les films de Franco ? Qu’a-t-il que l’Autrichien n’a pas ? D’abord une opacité qui résiste à tout didactisme, une frontalité dans la mise en scène du moindre fait qui, sans lui ôter sa force connotative, le maintient dans une sorte de vacance obtuse, une butée du sens que même la conclusion, supposée sentencieuse, creuse et laisse muette. Aux détracteurs, s’ils le souhaitent, de s’occuper de conclure eux-mêmes par un jugement destiné le plus souvent à inculper le lascar pour abjection ou obscénité. En pareil cas, aimer Franco n’est pas chose aisée. Cela demande de se justifier. Perçu comme douteux, l’aveu de l’intérêt qu’on y prend mérite pour le moins qu’on calme le jeu, en s’attachant à ce qui fait la valeur de ce cinéma, partant celle des plans et de leur secrète concaténation.
      Trois remarques générales pour expliquer l’attention que retiennent chez moi les films de Michel Franco. D’abord la rigueur de l’observation de faits et de gestes dont l’ambivalence se tient entre leur inscription au sein d’un agencement séquentiel parfaitement étudié et leur gravité interne suffisamment tendue et indécidable pour donner le sentiment de se soustraire à un ordre scénaristique global, intelligible, fusse-t-il implacable. Plus d’une fois devant les personnages on est enclin à se dire, hors de toute notion de causalité, « que font-ils ? », « à quoi pensent-ils ? », interrogations d’essence moderne qu’un cinéaste comme Bresson, auquel de toute évidence Franco se réfère, a comme nul autre portées très haut. Dans Sundown (2021), la sœur de Neil (Tim Roth) ne cesse de lui demander : « Qu’est-ce que tu as ? qu’est-ce que tu fais ? ». Au premier degré et à propos de tous les personnages de Franco ces questions doivent être prises. Aussi bien que doit être entendue l’absence de réponse claire comme la clé d’un cinéma si hâtivement qualifié de carcéral : la diffusion du trouble et de la stupeur, de l’hésitation et du retrait, à l’intérieur d’une forme au contraire imposante de netteté.
      Chez Franco, l’attraction des plans et des corps s’emploie à figurer l’insondable. La transition elliptique des actions laisse entier le caractère intransitif des comportements pris dans l’unité de chaque scène. Toujours dans Sundown, lorsque Neil répète « je suis désolé », il ne fait qu’exprimer un état premier de désolation. Il n’est pas désolé pour les autres, il est désolé tout court. Littéralité de la présence et impénétrabilité de l’intériorité. Précision du cadre et lacune de l’information. C’est dans le jeu entre le concret des situations et la variabilité des hypothèses quant aux motivations des personnages que sinue la perception au travail des films de Franco.
      Deuxième remarque ayant trait à un sujet que la connaissance des huit films réalisés à ce jour permet de repérer : la découverte d’un milieu par un individu qui imprudemment tente d’y occuper une place désirable avant d’en être violemment rejeté ou bien de s’y effacer de lui-même par sacrifice ou renoncement. La rudesse impitoyable de la réalité frappe comme un rappel à l’ordre ceux qui, par distraction ou ambition, l’avaient complètement écartée ou assimilée à leurs propres intérêts. Dur, le cinéma de Franco ? Oui, à l’image des risques qu’un tel déplacement fait courir aux aspirants à une vie moins pénible.
      Troisième remarque inspirée du titre du deuxième film de Franco, sans doute le plus canonique, Despuès de Lucia (2012). Après ou – mieux – depuis Lucia, tuée dans un accident de voiture et dont le mari, chef cuisinier, tente avec sa fille de se reconstruire dans une autre ville. Comment continuer à vivre après un drame, un trauma, une béance ? La réponse n’est surtout pas dans un scénario de la résilience achevée, dans l’idée qu’après le pire le meilleur est à portée d’espoir et qu’il suffit de s’en donner les moyens. Pour Franco, le malheur originel est irréparable. Il n’est pas donné comme un événement supérieur chargé de réorienter le destin de ceux qui en sont victimes mais comme l’effraction d’un ordre quotidien retourné sur lui-même, dérangé sur ses bases, oblitéré de partout. Un malheur ne change rien, il ajoute seulement celui d’une distance éteinte, inquiète, avec un environnement devenu insituable. Il est la version noire d’une condition interdite au répit. Dans Despuès de Lucia, le deuil n’est pas une épreuve à surmonter en vue d’accéder à la promesse d’une nouvelle vie. Franco l’insinue dans l’impossibilité de l’oubli jusqu’à faire de celle-ci l’autre nom de l’inéluctable.
      D’où la dimension sourdement tragique de ses films. D’où le cliché critique sur leur indécrottable pessimisme proche de la complaisance. Le tragique s’exonère de toute résolution, de toute croyance en la vertu d’un dénouement. On voudrait sortir du malheur mais on n’en sort pas. On y revient au contraire par un chemin qui est tout sauf drôle. Pour preuve l’irréversibilité de l’assignation à la fatalité qui se reflète dans le mouvement réversible de la fin et du début, comme en témoigne l’art de Franco de raccorder en une puissance d’évocation analogique le premier et le dernier plan de ses films, plans entre lesquels se seront irisés les fragments d’un lent phénomène d’entropie individuelle. À cet endroit aussi les critiques ne manquent pas de pleuvoir, ciblant la maitrise verrouillée d’un laborantin froid et cruel, habile à mener ses pauvres créatures au point extrême de leur détresse et ses spectateurs à celui de leur résistance. Faux procès lorsqu’on voit combien est à l’œuvre la mobilité des trajectoires et de leur lecture dans les interstices d’un montage tout en correspondances suggestives.
      Un film de Franco ayant Dreams pour titre possède à première vue quelque chose d’ironique, tant ce cinéma accorde peu de places aux rêves. Ou alors dans le sens d’une extraction sociale enfin réalisée au bout de l’effort. Le rêve n’est pas le contraire de la réalité ni un arrangement avec ses décrets. Il est très clairement ce que d’autorité elle refuse et détruit. Dans ce dernier film, le rêve se partage en deux vœux de réussite explicites dont Franco problématise la compatibilité sans faire mystère de leur contradiction factuelle. Fernando, un immigré mexicain, cherche à rejoindre clandestinement San Francisco dans l’espoir d’intégrer une compagnie de danse réputée. Jennifer, riche héritière philanthrope à la tête d’une fondation dédiée aux arts, souhaiterait pouvoir s’affranchir du déterminisme familial et patrimonial afin de vivre à l’abri des regards de sa classe son amour pour le jeune homme. Ces deux-là se connaissent depuis des mois lorsque le film commence. On est à nouveau dans l’après de leur rencontre. La nature de leur liaison, le film s’emploie avec minutie à la rendre plurivoque. Amour ou désir ? sincère ou intéressée ? romantique ou coloniale ? C’est souvent l’affaire de plus d’un plan que d’organiser l’oscillation de l’une à l’autre de ces hypothèses, invalidant au passage l’accusation d’un cinéma figé et irrespirable.
      Il est certes facile de ressentir à travers le couple la menace du schématisme. La bourgeoise et le migrant, la riche et le pauvre, la dominante et le dominé, l’argent et le sexe, autant de binômes avec lesquels on tombe si rapidement dans le discours et la caricature. Franco y échappe souverainement car son projet est ailleurs. Non dans la psychologisation des antagonismes sociaux mais dans leur traitement en termes d’espaces à investir (dans les deux sens pour Jennifer) et de déplacements à effectuer d’une scène à l’autre, comme d’un pays à l’autre, sous un régime d’interaction spéculaire que favorise en particulier la rime des deux villes principales du film, Mexico et San Francisco.
      Après avoir appris que sa fille vivait une histoire avec un immigré sans papiers, le père lui explique avec un cynisme cauteleux qu’il est bien qu’elle s’occupe d’eux mais qu’il y a « des limites ». Limites à ne pas franchir au même titre que la frontière que Fernando et Jennifer au contraire traversent en alternance et dans les deux sens. Du respect des frontières (géographiques, morales) édicté par le pouvoir à leur transgression clandestine par la loi du désir s’élabore une scénographie fluctuante où se joue la lutte des vaines apparences et des corps à l’épreuve. Chaque scène invite à se concentrer sur le comportement des personnages afin d’y déceler, l’espace d’un regard, d’un silence ou d’un geste, le détail susceptible de trahir leur ambiguïté. Sans perdre de temps à commenter ce qu’ils font, ils ont uniquement la scène pour introduire sur le champ l’indice d’une faille exposée aux dangers de la compromission.
      Pour la préparation de Dreams, Franco a revu Tous les autres s’appellent Ali. À noter également que la domestique de Fernando se prénomme Martha. Fassbinder est immanquable à la vision du film. Bien que d’un style opposé, Franco configure à son tour la précarité d’une relation amoureuse asymétrique sous la pression de l’argent et du mépris de classe. Les rapports de domination, qu’ils soient de l’ordre du calcul ou de la jouissance, permutés selon le constat qu’aucune illusion ne résiste à la profondeur des inégalités, prennent la forme d’un jeu à trois bandes où il y a tout à perdre. Fernando perdra violemment tout espoir de faire carrière dans la danse, Jennifer perdra celui de rompre avec un conservatisme prospère qu’elle se sait condamnée à perpétuer.
      Revoyant Martha récemment, je me suis demandé si les contempteurs de Franco étaient tout aussi disposés à infliger au film de Fassbinder les mêmes griefs : acharnement du malheur, surdosage de l’affliction, insistance de la douleur, empire du pire. La question ne me semble pas déplacée.
      Comme il se doit, Dreams s’achève comme il a commencé, sur l’angoisse de l’enfermement et de l’étouffement. Au « laissez-nous sortir » des migrants retenus dans le camion répond le « laisse-moi partir » de Jennifer à Fernando devenu son geôlier. Est-ce à dire que pour Franco l’expérience de la séquestration est équivalente des deux côtés ? Pas le moins du monde bien entendu. La fin reconduit simplement le principe d’inversion cher au cinéaste par lequel il replie bord à bord les modalités d’une souffrance sans dépositaire attitré, sinon celui ou celle prêt.e à tout pour échapper à la contrainte de son sort et qui finit immobilisé.e dans l’effroi de son anéantissement. Cri de douleur de Fernando ou silence meurtri de Jennifer, l’un et l’autre ne bougent plus, terrassés par la certitude qu’aucun rêve cette fois ne bougera plus non plus. Franco, cinéaste naturaliste ? Oui, mais un vrai.

      • #136643 Répondre
        François Bégaudeau
        Maître des clés

        beau texte, accord total
        (et une nouvelle preuve qu’on bosse à peu près pour rien)

      • #136644 Répondre
        Schnoups
        Invité

        Oui, très intéressant, merci Tony.

      • #136697 Répondre
        ..Graindorge
        Invité

        Merci Tony

    • #136633 Répondre
      Tony
      Invité

      La vache ils se sont déchaînés sur le Franco,

      • #136634 Répondre
        I.G.Y
        Invité

        C’est du brutal. Au moins la critique de Libé (dont la voix ressemble étonnamment à celle de Joudet) a le mérite d’être un peu plus concrète (même si elle n’aime pas du tout le film). Manifestement le début de Mastermind est très mystérieux, mais pas du tout celui de Dreams. Bon.

        • #136635 Répondre
          Tony
          Invité

          Rire oui là c’est du brutal.

        • #136637 Répondre
          K. comme mon Code
          Invité

          La réception critique française de Dreams a été plutôt positive alors que le film est moins tendre que Memory. Franco gagne en popularité. Ces gens recevront le mémo.

          • #136639 Répondre
            Charles
            Invité

            Je pense que cette émission est précisément faite en réaction à ce léger renversement de tendance.

        • #136638 Répondre
          Toni Erdmann
          Invité

          La critique de Libé est à deux doigts de faire partie des nôtres quand elle décrit très bien la première scène où Jennifer contemple Fernando. Oui il y a une ambivalence propriétaire/amoureuse. Sauf que celle-ci demeure tout le film contrairement à ce qu’elle raconte.
          Vas-y Laura Tuillier, t’y es bientôt, juste un effort de plus !

        • #136642 Répondre
          François Bégaudeau
          Maître des clés

          alors qu’à revoir Matsermind, m’a frappé le même art de la fausse piste – tout le début de Matsermind est très franquien, de ce point de vue, notamment sur l’incertitude des rapports qui unissent les personnages
          des fausses pistes vraies

          • #136645 Répondre
            Charles
            Invité

            Comment ça? Tu ne trouves pas que les relations au sein du noyau familial sont clairement établies?

            • #136660 Répondre
              François Bégaudeau
              Maître des clés

              non pas du tout sur les premières scènes
              par exemple j’ai cru, et tout est fait pour, que James était le frère des deux petits
              (pas pour rien que le premier repas de famille, et le seul, soit chez les parents)

              • #136661 Répondre
                François Bégaudeau
                Maître des clés

                Sur le Sortie de secours :
                Soit un critique X. Il dit aimer Memory et détester Dreams. Or Dreams et Memory sont facturées de la même façon : scènes courts, peu dialoguées, sèches. Construction scénaristique semblable.
                On en déduit que X se fout de la forme. X est un drole de critique, dès lors.

                • #136662 Répondre
                  François Bégaudeau
                  Maître des clés

                  et le personnage à qui le film ne laisse aucune chance n’est pas dans Dreams, mais dans Mastermind

                  • #136665 Répondre
                    Charles
                    Invité

                    Tout à fait, il est d’ailleurs risible de prétendre que le film ne condamne pas l’antiheros de Mastermind alors que presque tous ses actes sont ramenés à son inconséquence.
                    2 hypothèses à cet aveuglement critique : Mastermind a une parure plus aimable (la bande-annonce jazzy, les années 70, la belle gueule de l’acteur principal filmée de beaucoup lus près que notre danseur) ; Dreams a une fin trop brutale et ces critiques commettent de rabattre tout le film sur cette fin parce qu’ils sont obnubilés par le sens (dans toutes les acceptions du terme : contenu et direction).
                    NB : si quelqu’un pouvait dire à Orignac de fermer un peu sa gueule et de laisser parler les autres, au hasard les femmes qui régulièrement ne peuvent en placer une.

                    • #136666 Répondre
                      Charles
                      Invité

                      Commettent l’erreur*

                      • #136696 Répondre
                        I.G.Y
                        Invité

                        Me frappe beaucoup à quel point Orignac (mais ça serait vrai de Momci) peut , une fois passé le très court moment de commentaire des premiers plans ( où Franco « jouit » de la souffrance des migrants), parler pendant 5h30 du film sans détailler une scène, un plan ou un dialogue : réécoutez son premier tunnel, ça vaut le coup. C’est dommage car il m’est arrivé plusieurs fois de penser qu’il était le meilleur de la bande, ça me fait de la peine.

                      • #136714 Répondre
                        François Bégaudeau
                        Maître des clés

                        ce  » Franco « jouit » de la souffrance des migrants » est une aberration critique
                        comment savoir si quelqu’un jouit de ce qu’il filme? où est le jouissomètre?
                        exemple type de décret moral arbitraire – et in fine dégueulasse

                      • #136751 Répondre
                        I.G.Y
                        Invité

                        Aberration qui l’est avant tout de n’être aucunement argumentée. Car s’il était taquin, il aurait pu répondre le fameux « on jouit toujours un peu de ce que l’on filme ». On sait bien qu’appliquée bêtement, cette formule — on pourrait dire comme toute formule — produit des bêtises. Il me semble que tu n’en faisais pas du tout un usage arbitraire lorsque tu mobilisais cet angle.

                        La composition de ces plans et leur place dans l’économie générale du film ne me paraît pas du tout aller dans le sens d’une jouissance de Franco de la terreur des migrants. Le cinéaste comme le spectateur auraient d’autant moins de possibilité de « jouir » du « spectacle » de cette souffrance que lorsque des humains sont dans le plan Franco retire la lumière, on ne voit aucun visage. Dans deux plans sur les trois, il n’y a même pas une forme humaine à l’écran (encore moins de visages, encore moins de visage tordu par l’effroi filmé en entomologiste). Et dans un second temps, relire ces plans à l’aune du reste du film (voire de ses propres commentaires sur son film) et en déduire que Franco « jouit », ça se passerait carrément de commentaire.

                      • #136754 Répondre
                        Claire N
                        Invité

                        Oui si il etait taquin
                        Il pourrait également arguer qu’on a bien l’habitude de voir des réflexes moraux d’inquisition en jouissance se dresser pour masquer justement
                        des jouissance bien plus troubles à nos propres yeux
                        Mais je ne pense pas que Franco s’adonne à la «  question «  lui

                      • #136755 Répondre
                        Claire N
                        Invité

                        Autrement dit puisque chacun est détenteur de l’intimité de son propre jouissometre : qu’elle est donc cette gêne qui contrarie la tienne ? Serait l’intrusive question

                      • #136771 Répondre
                        François Bégaudeau
                        Maître des clés

                        ce dont je suis sur, c’est que Franco jouit de ce plan, et jouit de tourner ce plan et jouit de le monter, et de le livrer au spectateur – comme je jouis d’écrire les pages les plus horribles en Syrie
                        ce qui ne veut en aucun cas dire qu’il jouit du sort des migrants en tant que tel – et que je jouisse de l’horreur syrienne en tant que telle
                        la jouissance porte sur l’ensemble inextricable plan-migrants ou phrase-horreur
                        ce qui appelle des évaluations morales qui ne peuvent pas emprunter es coordonnées morales courantes
                        Orignac, qui pourtant m’avait dit avoir beaucoup aimé les pages art de Comme une mule, n’en a pas retenu le point central
                        mais n’oublions pas ceci, qui est dans CUM : l’argument moral, en art, vient toujours à la bouche de celui qui peine à se mettre au clair avec son évaluation esthétique
                        O. n’aime pas Franco, mais n’arrive pas à comprendre pourquoi, alors il utilise le glossaire moral à disposition

                      • #136772 Répondre
                        I.G.Y
                        Invité

                        Pas impossible qu’en réalité sa langue ait « fourché » et qu’il ait voulu dire : « Franco jouit de provoquer la gêne du spectateur avec ces images ». C’est déjà moins aberrant mais ce serait reconnaître qu’il y a gêne. Donc autant charger Franco seul, c’est plus simple.

                        Néanmoins je n’ai pas de fourchomètre

                      • #136773 Répondre
                        I.G.Y
                        Invité

                        (ah j’ai écrit pile en même temps que François)

                      • #136774 Répondre
                        Alexandre
                        Invité

                        2 femmes et 2 mecs pour commenter le film au Masque et la Plume. Les deux hommes n’ont pas aimé (misanthropie), les deux femmes si. Quant à en tirer des conclusions, c’est un pas que je franchirais d’autant moins que je n’ai pas vu le film.
                        Je note que Marie Sauvion aime les croisements génétiques : sur Dreams, c’est prévisiblement Fassbinder et Haneke.
                        Sur The Mastermind, moins prévisiblement, c’est la rencontre entre Jean-Pierre Melville et Jacques Tati;
                        Il fallait oser.

                      • #136775 Répondre
                        Alexandre
                        Invité

                        Je pense qu’elle se plante sur les deux noms.

                      • #136810 Répondre
                        Claire N
                        Invité

                        Rires – je niairai en bloc toute possession de fourchometre – comme toi

                      • #136777 Répondre
                        Un passant
                        Invité

                        Quand Laura Tuillier essaie au moins de sauver les premiers plans de Dreams, Orignac nous sort quand même : « Ce début serait intéressant dans la Zone d’intérêt. Mais c’est pas la Zone d’intérêt ce film, c’est ça le problème… »
                        Dommage qu’il ne développe pas plus sa bouillie, j’aurais aimé comprendre pourquoi, selon l’horreur filmée sous une même forme, il y a ou pas jouissance.

                      • #136779 Répondre
                        Ostros
                        Invité

                        Sans doute parce qu’il juge que la zone d’intérêt c’est pour montrer / dénoncer l’horreur que fut la banalité du quotidien des agents du mal durant cette période sombre de l’histoire où tout le monde est d’accord dire que c’était vraiment horrible.
                        Ou alors c’est la distance historique : trop actuel les migrants.
                        donc faut marquer par des signes qu’on est vraiment contre
                        Tandis que la shoah, on est tous d’accord.

                      • #136795 Répondre
                        François Bégaudeau
                        Maître des clés

                        parce qu’on soupçonnerait Franco de ne pas dénoncer le sort fait aux migrants mexicains, lui le mexicain si habile à saisir la domination coloniale?
                        tout cela n’est pas sérieux
                        tout cela est de la bouillie
                        et un passant le voit bien  » j’aurais aimé comprendre pourquoi, selon l’horreur filmée sous une même forme, il y a ou pas jouissance. »
                        je crois que tu peux attendre longtemps que ces confus clarifient, un passant
                        le confus par définition ne clarifie pas

    • #136694 Répondre
      Tony
      Invité

      Trop marrante cette bande annonce, quel délire

      • #136695 Répondre
        cinema
        Invité

        En effet, marrant. Je le vois pas sorti encore

    • #136790 Répondre
      I.G.Y
      Invité

      Est-ce que quelqu’un ici connaît le réalisateur allemand Thomas Arslan? Il semble très peu connu/distribué en France mais je me suis retrouvé, sur conseil, devant Terre Brûlée qui est dispo sur Arte. Que valent ses autres productions?

      C’est un film très simple dans le sens où il est orienté par une narration qui plus est totalement linéaire : pour le dire vite, ça tourne autour d’un casse et de ses suites. Il n’échappe pas à deux-trois dialogues assez convenus mais réduits à leur strict minimum (je pense en particulier à un mauvais dialogue entre un type et sa femme dans leur restaurant, néanmoins très court). Le film m’a paru valoir avant tout pour son cadrage, son traitement lumineux et sonore, ainsi que par un certain sens du rythme. Je trouve aussi l’épure des scènes de poursuite en bagnole vraiment réussie.

      Je me suis d’abord dit qu’il abusait des plans d' »arrivée en bagnole » — à tel point qu’on flaire la participation commerciale. Après coup, j’ai réalisé que cette systématicité avait sa cohérence. Le film suit des personnages dont la vie même est le trafic, et qui matérialisent la jonction parfaite des deux sens du mot. Délaissant les transports en commun — partie trop visible du trafic — on arpente routes, rues, tous types de parkings, hôtels, entrepôts et autres lieux les plus anonymes, toujours en voiture. Des lieux dédiés au transit auxquels la nuit donne une allure d’espaces liminaux, qui font la matière du film et de ses silences. La manière qu’ont les acteurs d’évoluer dans l’ombre au sein du réseau est littéralisée par un superbe plan nocturne de gyrophare policier (ceux qui verront sauront duquel je parle), de même que le très beau dernier plan condense bien un certain rapport à la ville et à son tissu. Tout cela m’a fait revenir à l’esprit The Killer de Fincher, dont je me demande s’il ne faudrait pas que je le revoie pour comparer leurs manières respectives de traiter l’usage clandestin ville moderne de leurs personnages principaux. De traiter le son et la lumière, etc… The Killer est de mémoire plus « nerveux ».

      .
      [SPOIL : pour un film qui repose tout de même pas mal sur une narration, même minimale, une aberration apparente m’a gêné : la présence nulle de la Police lors de la remise du tableau volé à l’avocate sur le parking, qui ensuite va à l’hôtel et se fait braquer. En réalité, j’ai découvert grâce à ce film que cette absence n’était pas si aberrante : le fait de dérober des œuvres d’art pour rançonner en sous-main les musées est une pratique qui a même un nom que j’ignorais (et une page wiki), l’Artnapping (dérivé de kidnapping), et si des « intermédiaires » pour le « rachat » sont bien mobilisés ça n’est pas nécessairement le cas de la Police — en tout cas pas dans un premier temps. Le film n’est donc pas si à l’ouest dans son rapport au réel. Aussi, j’ai aussi plutôt aimé la sécheresse avec laquelle est traitée le cas du jeune informaticien, vie sans valeur pour l’aristocratie du banditisme — avec ce petit ajout, qui tire son ampleur du fait du peu de mentions « gratuites » ou « annexes » dans les dialogues du film : « tu bouffes mal, mon pote »]

    • #136826 Répondre
      martin
      Invité

      Quelqu’un a lu Bourgeois gaze de Rob Grams ? Ca vaut le coup ?

      • #136829 Répondre
        Charles
        Invité

        Rires, nous sommes connectés, Martin.

    • #136827 Répondre
      Charles
      Invité

      Qui se dévoue pour lire le livre de Rob Grahms sur le bourgeois gaze au cinéma, tiré de son article sur Frustration ?

      • #136830 Répondre
        Tony
        Invité

        J’ai pas le temps de le lire,je ne crois pas y apprendre grand chose et je l’ai entendu dire que l’exemple à suivre pour sortir du bourgeois gaze c’était un film qui s’appelle L’amour c’est surcôté, j’ai lancé ce film il y a quelques jours et j’ai arrêté au bout d’une vingtaine de minutes, c’est complètement nul,à peine mieux qu’un téléfilm de France 2!

        • #136878 Répondre
          François Bégaudeau
          Maître des clés

          Même consternation ricaneuse quand RG a sorti ce nom de film dans l’entretien au Media
          Mon dieu que de médiocrité – et que de retard sur ce sujet. Les statistiques pour seule pensée.
          J’imagine qu’il ne lira pas mon texte pour le diplo et c’est tant pis pour lui

    • #136870 Répondre
      Skilov
      Invité

      Bonjour François, as-tu prévu de te ‘faire’ Trueba prochainement ?

      • #136877 Répondre
        François Bégaudeau
        Maître des clés

        Samir me l’a proposé, et ça pourrait une piste pour le film 2, après le KR.
        Mais peut etre faudrait il plutot attendre son vrai prochain film pour s’attaquer à la branche espagnole de l’internationale sympa

    • #136887 Répondre
      I.G.Y
      Invité

      Suis-je le seul à avoir été très déçu du Park Chan Wook? Il n’en a presque pas été question ici.

      J’avais pourtant aimé Decision to Leave, plutôt aimé Old Boy et trouvé plutôt marrant JSA.

      • #138354 Répondre
        Ourson
        Invité

        Antoine Goya l’a descendu car à la fois trop long et trop clipesque, avec un sous-texte qui se veut politique alors que pas tant.

        Perso j’ai bien aimé, j’ai trouvé que ça s’enquillait bien. J’ai pu somnoler par moment mais je pense que c’est plus à mettre au discrédit de ma dette de sommeil.
        J’avoue avoir trouvé certains éléments du film un peu hors sol, notamment la prémisse et le comportement des personnages sur des scènes parfois à rallonge. Je comprends qu’il y a volonté de faire un truc un peu « barré » mais au final le film est assez propre et logique si on enlève les persos qui crient. Je crois que je l’aurais préféré soit plus terre à terre et « réaliste », soit carrément plus déjanté et chaotique. Peut-être que je l’aurais préféré sur un format plus court aussi

    • #136888 Répondre
      Schnoups
      Invité

      Bon, j’ai enfin écouté le TVB sur Franco. J’ai vachement repoussé parce qu’en lisant les posts de K et Seldoon (je crois) qui disaient juste « je suis d’accord avec le Franco chorégraphe » j’ai eu très très peur de t’entendre, François, dire que c’était le film d’un chorégraphe et gloser dans ce sens là et ça aurait été la grosse gêne, comme dans Psychologies quoi. Donc c’est mal je t’ai sous estimé, flagellation au programme, je ne boirais qu’une seul Bud, promis.
      Bien vu d’ailleurs le rêve porté par les pas de deux dans le film. Effectivement le ballet classique c’est le romantisme au carré, le rêve de l’amour complètement harmonieux.
      Le dernier plan sur Jen est effectivement très opaque, elle n’est pas soulagée cette brave Jen, ça m’est vraiment apparu à la deuxième vision du film, par contre je trouve très bon et très fort le fait de briser le prodige et je pense que c’est notamment ce geste qui à la deuxième vision rend d’autant plus vertigineux le dernier plan sur elle.
      Très beau et décidément très intelligent effectivement que la serveuse qui le vire au début du film soit aussi celle qui le récupère en voiture. T’as eu raison d’en parler même rapidement à la fin, on se dit qu’effectivement même deux heures sur Dreams ne suffisent pas, c’est quand même quelque chose ce Franco.
      Je suis d’accord avec le Fernando qu’on peut voir comme arriviste. Je crois que c’est K qui disait qu’il ne le voyait pas comme ça. Dans l’entretien que tu as posté K, Franco dit que pour lui « Fernando est irréprochable » dans son attitude. Là c’est toujours intéressant de voit que son propre film lui échappe parce qu’il est tout à fait envisageable dans le film que Fernando ait beaucoup d’intérêts à entretenir cette relation avec Jen qui quand même peut, et pourrait lui faciliter la tâche. D’ailleurs, et ça ça n’a pas été évoqué par François mais le fait qu’il la quitte si facilement je l’ai vu comme une stratégie banale de quelqu’un qui force la rétention chez l’autre pour obtenir ce qu’il veut, pour décider l’autre, pour le faire céder – qu’elle s’engage concrètement avec lui, il ne serait plus cet amour clandestin caché mais cet amant brillant sur les scènes de San Francisco.
      Par contre je me demande si je suis la seule à avoir été à la première vision vraiment saisie par la beauté de la séquence d’invitation distante on va dire, au ballet. ça a quelque chose de vraiment beau, même cette vision en plongée, sur la proie comme dit François peut être vue comme quelqu’un d’amoureux qui regarde son amant jouir du spectacle de sa passion. On peut se dire qu’elle aime lui manifester son désir de lui laisser de l’espace (question importante dans le film) et la distance que réclame son émancipation. Même si tout s’arrête au plan de Fernando qui sue au soleil en remontant sa rue pour la rejoindre, puisque là on voit la stratégie de Jennifer pour le ramener au bercail. Changement de vision qui m’est apparu comme d’autant plus fort.
      Et le Fernando classe moyenne m’est apparu aussi à la deuxième vision, j’ai trouvé ça génial aussi comme nuance très intelligente sur le réel des migrants. Ce qui convient bien aussi à un Fernando danseur classique. Il reste son pauvre, son prolétaire mais la nuance est importante.
      Et Samir a bien fait de dire que le montage construisait le récit chez Franco, et quand on sait qu’il filme chronologiquement les séquences de ses films il est clair qu’il a en tête un montage précis sur l’enchaînement de ses plans et la construction de son récit. Et comme Samir Sundown est mon préféré.
      Donc merci pour ce TVB très très riche hein.
      Je me prends une Bud mais après finito.

      • #136889 Répondre
        K. comme mon Code
        Invité

        Je disais que je ne décrirais pas Fernando comme arriviste mais j’allais un peu dans ce sens : Le TVB évoque la possibilité d’un Fernando « arriviste », je pense que ça n’est pas tout à fait juste, mais il sait très bien où sont ses intérêts. C’est avec l’argent de Jessica qu’il vient au début du film – argent qui n’était pas destiné à ce voyage. Une fois qu’il voit que Jessica est gêné par sa présence, il part mendier… pardon… performer devant les riches patrons des arts. J’emploie un ton moqueur mais il est bien obligé de faire ça. En tout cas, si on continue notre jeu amour-pas amour, Jessica est bien plus préoccupée par Fernando que Fernando n’est préoccupé par Jessica.

        • #136890 Répondre
          Schnoups
          Invité

          Oui, c’est surtout elle qu’on voit préoccupée par lui dans le film et moins l’inverse. On peut dire que c’est notamment parce qu’il prend le dessus en la quittant. Et c’est elle qui est donc en manque. Fernando est un personnage très opaque.
          Je me rends compte que dans mon post j’utilise « effectivement » toutes les deux lignes. C’est la Bud.

          • #136895 Répondre
            Seldoon
            Invité

            « Fernando est un personnage très opaque. »
            Je suis un peu lent, je ne me le suis dit pour la première fois que quand il l’enferme. J’ai très exactement pensé : en fait je ne sais rien de lui. Petit vertige.

            • #136897 Répondre
              cinema
              Invité

              Les migrants que se soit Fernando ou d’autres n’ont bien souvent pas d’autre choix que de trouver une piste de survie. Là, Jen est l’issue et en plus il peut avoir une intimité avec elle. Comment s’en priver ? Penser qu’il est arriviste me semble un peu saugrenu. Je ne pense pas que soit non plus un individu opaque, il est dans la survie et se sentant trahi il perd la raison. Le viol est tout de même, l’acte le plus terrible pour humilier, salir une femme. La séquestration, vient monter comment Jen l’a aussi séquestrer économiquement et socialement. Dans cette scène, il me semble que c’est le sentiment d’abandon et la blessure narcissique qui dominent. En somme, il reprend le pouvoir de domination que Jen a exercé sur lui. Ce pouvoir à la fois social, psychique et économique a généré de la frustration chez Fernando. La violence devient le seul biais par lequel il peut transformer sa frustration en violence froide.

              • #136902 Répondre
                Seldoon
                Invité

                A propos d’arriviste : tout le monde dit un peu la même chose, non ? Avec ou sans la nuance de jugement moral, c’est tout. Comme dit K il est conscient de ses intérêts, reste la question ouverte de son degré d’amour pour Jen.
                Je maintiens par contre opaque. Oui on peut décoder ses actes et j’ai pensé à peu près la même chose que toi de cette dernière partie, mais ça reste de la conjecture. Avant de le voir l’enfermer, tu l’en savais capable, tu savais qu’il pouvait violer ? Et après, si personne n’était venu, sais-tu vraiment jusqu’où il aurait pu aller ? Quand il refuse de vivre dans le confort mais caché au début du film : sais-tu si c’est une forme de dignité qu’il défend ? Ou juste sa carrière de danseur et que sans danse il serait resté sagement chez Jen ?
                Je reviens à l’exemple que j’ai donné beaucoup plus haut : quand on le vire de la compagnie parce qu’il n’a pas de papier, il sourit chaleureusement, c’est bien normal, je comprends bien. Bien que je le soutienne dans sa volonté de ne pas insulter l’avenir, de préserver ce qui peut l’etre de cette relation professionnelle, je remarque qu’il joue le rôle à merveille. Aucune rancoeur n’est visible et pourtant il ne peut qu’en être rempli. Et donc pour tous ses autres sourires chaleureux du film : quelle sincérité ? Aucune idée.

                • #136904 Répondre
                  cinema
                  Invité

                  Je ne suis pas à l’aise pour qualifier Fernando d’« arriviste ». Pour moi, il ne l’est pas vraiment. Il essaie surtout de survivre, de gérer ses sentiments et sa carrière, et c’est cette ambiguïté qui le rend à la fois frustré et violent. Ses motivations sont plus complexes : il agit pour survivre, protéger sa carrière de danseur et gérer sa relation avec Jen, parfois par pragmatisme, parfois par émotion.
                  Ses sourires chaleureux après avoir été renvoyé montrent qu’il sait cacher sa colère et sa frustration : il joue un rôle socialement acceptable. C’est la vie d’un migrant qui garde sa dignité et cherche à s’en sortir, à sortir du carcan de l’exclusion.
                  Pour moi, l’acte final fonctionne comme un donnant-donnant : Fernando répond à Jen par la même violence qu’il a subie. Chaque geste violent devient un miroir de ce qu’il a reçu, un moyen de rééquilibrer la relation et de lui faire ressentir ce qu’il a lui-même vécu. L’acte sexuel au début surprend autant que le viol : on ne s’y attend pas, tout comme lui ne s’attendait pas à être trahi par Jen. En somme, Fernando est un personnage complexe, tiraillé entre désir, survie et colère, et c’est ce mélange, accentué par ce donnant-donnant, qui rend son comportement à la fois choquant et violent.

                  • #136905 Répondre
                    Schnoups
                    Invité

                    On parle d’hypothèse. Tu dis toi même « il ne l’est pas vraiment ». Ce qui ne me paraît pas très tranché comme formulation.
                    Quand je dis « opaque », je pense aussi « complexité ».
                    Tu devrais écouter le TVB, ça sera plus clair.

                    • #136907 Répondre
                      Seldoon
                      Invité

                      TVB dit « ouverture ». C’est là tout le prix de Franco.

                      • #136909 Répondre
                        Schnoups
                        Invité

                        Certes. Je sais bien qu’il s’agit d’ouverture, François développe une hypothèse (c’est bien le mot employé)…d’ouverture sur un Fernando arriviste.
                        Je vous préviens les gars je repars pas sur deux semaines moi. On a assez bossé. Next.

                      • #136910 Répondre
                        Seldoon
                        Invité

                        J’appuyais ton propos auprès de cinéma qui est un peu trop secoué par cette histoire d’arrivisme pour ne pas en être coupable lui même.
                        (Je plaisante, Cinéma)

                      • #136911 Répondre
                        Schnoups
                        Invité

                        Gros rire
                        Cinéma est Suisse, il s’en remettra.
                        (Moi je déconne pas par contre)

                      • #136913 Répondre
                        cinema
                        Invité

                        C’est ce que je vois dans ce film, tout est permis pour se creuser une issue. En tout cas Fernando le pense.
                        Et moi aussi.

                      • #136912 Répondre
                        cinema
                        Invité

                        Je vais pas insister Seldoon, mais quand même j’insiste, au risque de te faire encore marrer, mais l’arrivisme c’est quand t’as des bases, là, Fernandito il a pas vraiment de quoi.

                      • #136940 Répondre
                        Seldoon
                        Invité

                        Ah c’est drôle je ne fais pas cette différence. Arriviste chez moi c’est quand tu sacrifies un bout de morale pour arriver.

                      • #136941 Répondre
                        Seldoon
                        Invité

                        Quelle que soit la base de départ.

                      • #136943 Répondre
                        cinema
                        Invité

                        Ok, si tu veux. Mais reconnaissons que dans Fernando, on ne voit pas tout de suite Oprah Winfrey.

                      • #136944 Répondre
                        Seldoon
                        Invité

                        Moi j’y ai vu en sous-texte le biopic non officiel d’Oprah mais c’est perso.

                    • #136908 Répondre
                      cinema
                      Invité

                      Je reviens rectifier mon propos. Fernando ne me parait pas arriviste ou opaque. Il est complexe de part son statut de clandestin. Il est multiple et a des interconnexions comme quand il doit se te dépêtrer de situations difficiles.

                      • #136952 Répondre
                        François Bégaudeau
                        Maître des clés

                        Pour Cinéma il semblerait donc qu’il faille, pour etre arriviste, etre déjà arrivé
                        Sinon, oui, arriviste est trop fort. Disons ambitieux. Et dans le cadre de cette ambition une Jen lui est bien utile
                        Ce qui n’empêche pas l’amour, etc

                      • #136985 Répondre
                        cinema
                        Invité

                        Voilà qui est plus soutenu. On ne peut donc lui reprocher d’être ambitieux, et d’user de l’amour de Jen. Un basique de la vie.

    • #136893 Répondre
      Ourson
      Invité

      Je poursuis ici la discussion que j’avais avec Malice concernant Rohmer : je sors du visionnage de « Rayon Vert ». Je suis un peu décontenancé, je pensais que c’était un film d’alien autour d’un laser de destruction massive interplanétaire.

      Plus sérieusement : j’ai été très agréablement surpris. Je m’attendais à un film alla Mekhtoub au début : du chaos, des personnages joyeux et des discussions légères dans tous les sens.
      Au final le film se recentre assez vite sur cette héroïne un peu mystique, au-dessus (ou plutôt à côté) de la mêlée, avec des commentaires sociaux que je me serais pas attendu à voir dans un film des années 80 (sur le harcèlement et la viande).
      Ma copine m’a dit qu’il y avait un côté un peu Fleabag. Ça paraît bête dit comme ça, mais Fleabag a eu un très fort impact chez les 20/30 ans parce qu’on est nombreux – y compris des garçons – à (vouloir) s’identifier à la protagoniste cool et un peu « neuroatypique » sur les bords. Cette comparaison n’a pas vraiment lieu d’être mais explique assez bien ce qui m’a plu dans ce film.
      Merci à tous pour la découverte, je pense enchaîner avec « Contes d’Été ».

      • #136900 Répondre
        Larivière Sanretour
        Invité

        J’aime beaucoup les films de Rohmer. Une chose qui me surprend beaucoup c’est que ses films sont beaucoup appréciés quand on les montre à des jeunes. En classe par exemple. Y compris à des non cinéphiles qui ne regardent rien qui a plus de 10 ans. J’ai eu l’occasion de constater ça plusieurs fois en L1 cinéma (avec plein de gens pour qui le cinéma n’était vraiment pas une passion. Des victimes de la grande broyeuse Parcoursup) et dans d’autres contextes scolaires. Même si l’idée de regarder un film de Rohmer ne les enchante pas de prime abord, la séance donne souvent lieu à des discussions assez animées. Pourtant j’aurais pas misé sur ce cheval. Il est fort Eric

        • #136935 Répondre
          Ourson
          Invité

          J’arrive assez bien à comprendre en quoi ça peut plaire aux « plus jeunes », en tout cas pour Rayon Vert. Hâte de voir le reste

          • #136947 Répondre
            Malice
            Invité

            Un rapprochement avec « Tu mérites un amour » de Hafsia Herzi me vient en repensant à la quête de vacances et d’amour de Delphine dans « Le rayon vert ». Cette héroïne qui va de lieu en lieu, de groupe en groupe. L’issue du Rayon vert porte un espoir et un bonheur moins ambigus que le film d’Herzi mais je me demande si cette dernière a pensé à ce Rohmer pendant l’élaboration du scénario. Il y a dans les deux cas un suspense qui tient tout le film.

            • #136948 Répondre
              Malice
              Invité

              Et : bienvenue au club des Rohmériens Ourson, je te ferai un carte de membre en forme de carte de tarot

    • #136898 Répondre
      cinema
      Invité

      Film que je trouve troublant Los domingos
      Réalisé par Alauda Ruiz de Azúa

      • #137185 Répondre
        cinema
        Invité

        Bonsoir, Los domingos, ça vous intéresse pas vraiment et pourtant c’est un film fascinant et questionnant sur la foi, la famille. Sujet assez bien traité, sans réponse ce qui est assez rare.
        Avez-vous dit un truc du dernier de Sorrentino ? Je viens de le voir, pas son meilleur, en tout cas pas mon pref.

    • #136923 Répondre
      Larivière Sanretour
      Invité

      J’ai regardé Le Boucher de Chabrol hier soir : qu’est-ce que c’est beau le Périgord

      • #136945 Répondre
        Antonin
        Invité

        Quel Périgord ?
        Attention à la réponse

        • #136946 Répondre
          Seldoon
          Invité

          Amis périgourdins de toutes les couleurs unissez-vous, laissez ces guerres fratricides aux bretons. Il faut enfin tenir ensemble et Beynac et Castelnaud.

          • #136951 Répondre
            Antonin
            Invité

            Tu parles bien
            Sarlat te rejoins

        • #136970 Répondre
          Larivière Sanretour
          Invité

          J’ai une petite préférence pour le Périgord noir mais en réalité j’aime beaucoup le Périgord pour sa diversité justement (ce n’est pas qu’une réponse diplomatique). Le Périgord rouge me fait penser à la Toscane par endroit en moins encaissé mais pas moins beau

    • #136950 Répondre
      Antonin
      Invité

      Frederick Wiseman et Robert Duvall hier, sont morts.
      Je me souviens très bien du second dans le Parrain et son rôle d’avocat qui navigue entre les ego de la famille Corleone. Grande subtilité dans le jeu.
      Il était un peu cantonné au second plan mais j’aurais payé cher pour le voir avec John Cazale dans un autre film de la franchise : où on suit leur pérégrination dans l’Amérique pré-guerre du Vietnam.
      Un parrain 1 1/2.
      Comme une bulle avant le 2.
      Pour Frederick Wiseman : faut que je me lance. Vous me conseillez quel film de 3h ?

      • #136954 Répondre
        Charles
        Invité

        Tous les Wiseman ne durent pas plus de 3h, heureusement. Titicut follies dure 1h24, par exemple. Un court-métrage quoi.

        • #136956 Répondre
          Schnoups
          Invité

          Basic Training et Boxing gym, excellents et moins d’1h30 aussi.

          • #136957 Répondre
            Antonin
            Invité

            C’est noté
            Merci

    • #136960 Répondre
      Sylvain
      Invité

      @ Antonin : sans hésiter, parce que c’est la période de Wiseman que j’aime le plus (les années 80 lui seront moins favorables, cela tient aussi au fait que son format d’image va changer, il va être obligé de tourner en vidéo, en hi8 je crois et alors toute une « grâce » s’évaporera au passage. Cette période 80’s m’a même brièvement fait douter de la réelle puissance de son cinéma… avant de la retrouver bien entière dès les années 90.
      Donc :
      – « Hospital » (1970) : ne serait-ce que pour sa scène de jeune en bad trip et le vomit qui s’en suit et qui dure, qui dure… jusqu’à virer au grotesque.
      – « Welfare » (1975) : cela se passe dans ce qui est un peu l’équivalent d’une CAF chez nous. Là aussi une scène pour te donner envie : un homme apprend qu’il va pouvoir bénéficier d’un hébergement d’urgence. Bonne nouvelle à priori. Mais cet homme a un chien qui lui ne pourra y être admis. S’ensuit une longue scène de négociation, de tergiversation, qui là aussi va durer, durer… et ce temps long est le seul moyen de bien prendre en compte le dilemme qui se pose alors : plus complexe qu’il n’y parait et qui s’apparentera finalement davantage à un « choix impossible ». Je ne te donne pas sa résolution…
      PS : de mémoire, ces deux films ont des durées plutôt standards aux alentours d’1h30.

      • #136964 Répondre
        Antonin
        Invité

        trop bien !
        Merci aussi

        • #136978 Répondre
          Schnoups
          Invité

          Occasion après Dreams de dire que les meilleurs films sur la danse c’est Wiseman qui les a réalisés, à savoir Ballet, et La Danse, le ballet de l’Opéra de Paris.
          Je peux comprendre qu’on soit pas trop porté sur la chose, sache que les docu de plus de trois heures souvent on en redemande, et il y a de grandes chances que tu ne te lasses pas du tout du tout de Domestic Violence 1 et 2 qui à eux deux atteignent 6h30 de film.

        • #136981 Répondre
          Sylvain
          Invité

          La scène de « hospital » en question.

          Je ne retrouve pas celle de « welfare », pourtant tout aussi saisissante

    • #136984 Répondre
      The passenger
      Invité

      Salut tout le monde. Je découvre le forum. Passionnant. Je ne peux m’empêcher de mettre mon grain de sel, et non de sable (nul désir de gripper la machine).
      J’ai vu le TVB Franco et lu de longs passages de vos comms. Je n’ai pas vu Dreams, en revanche j’ai vu Despues de Lucia et Sundown et je parie que des franquiens comme vous les ont vus, et déjà avec ces 2 films il y a tant à dire sur l’esprit Franco. Et aussi sur les critiques si péjoratives à son égard. Sachant que ce n’est pas le mot cynique qui revient dans ces critiques mais « misanthropie », il y a entre les deux termes une légère différence.
      Avec Después on peut dire et même avec facilité que le film est plutôt démonstratif. Le tout du film, l’ensemble. Sachant qu’entre séquences et l’ensemble, chez Franco se joue le partage des moyens et des fins. Si les moyens sont ambiguës, ambivalents, indécidables l’ensemble est inéluctable, déroulant une mécanique implacable.
      Aussi, il est peut être trop simple de le résumer ainsi et c’est négliger la condition sociale et familiale du père (dans después) et par extention de sa fille. Car chez ce cinéaste le Sujet est un sujet absent. Les conditions sociales sont bien plus déterminantes.
      C’est là que ça coince pour beaucoup, je crois, car que devient l’individualité libre, que deviennent ce qu’on appelle les sentiments humains ? sachant que ces derniers, sont bien souvent issus d’une « tricherie moralisatrice ».
      De même dans Sundown, on admire la cooltitude de Roth (Tim pas Philipp) et quand les infos nous parviennent au compte goutte, qu’on commence à savoir que c’est un riche industriel alors on se demande comment il a décidé de tourner la page de sa vie ? Est-ce la sacro-sainte prise de conscience du sujet ? On aimerait qu’il en soit ainsi. Le mec super cool qui prend conscience que son existence est vide. Eh bien non. Franco nous dit qu’il n’y a aucune raison qu’un grand bourgeois, déterminé à être un grand bourgeois, d’un coup ou même sur le temps long ait cette prise de conscience. C’est donc la condamnation par la maladie qui va le déterminer à faire événement.
      Il est assez évident que les déterministes aiment tout particulièrement Franco. Car c’est en ce nœud complexe de l’individualité que certains frémissent à la vue de ses films. Pourquoi ce deuil dans después ? Pour fragiliser les personnages ? Les faire glisser sur la pente du malheur ? Dans dreams l’histoire d’amour étant centrale, il n’est pas étonnant que les dents grincent. Cet espace ténu entre détermination sociale et individualité libre, sentiments humains, quand il s’agit d’amour alors là ça ne rigole plus du tout. Dans le mélodrame (Charlotte Garson) les individus sont plus libres de décider et les contraintes sont explicitement tragiques. Du coup on comprend mieux. Les barrières de classes faut pas exagérer, dans des pays libres comme les nôtres !
      Pourtant Franco n’exagère t-il pas un peu. Si ses personnages ne sont guidés in fine que par leur condition sociale, les déterminations empirico-existentielles ne peuvent-elles pas entrées en conflit avec les déterminations sociales ? Ses personnages sont-ils bêtes ? Idiots ? S’ils n’ont jamais lu Marx au moins ont-ils lu Sartre ? Ou Thoreau ? Sont ils conformistes à ce point là ? Quand un mexicain attend le bon moment pour passer la frontière, ne peut il pas lire un livre en attendant ? En marchant des kms et des kms dans le désert ne peuvent ils pas profiter pour lire un livre ? Sinon au moins réfléchir à leur situation et avoir des pensées révolutionnaires ? Moi je fais ça tous les jours, pourquoi pas eux ? Le père dans después n’a-t-il jamais lu Brecht ? Ne connaît-il pas le sentiment de distantiation ? Bon… Trêve de plaisanterie. Quand je parlais des moyens et des fins, n’est-ce pas au final retrospectivement que nous nous apercevons de la mécanique implacable ? Encore une tricherie moralisatrice de la part de critiques moralocentrés.

      • #136991 Répondre
        Schnoups
        Invité

        Sundown est le bijou de tous les bijoux.
        Je ne pense pas que Franco souhaite nous dire que Neil abandonne son héritage parce qu’il est condamné. C’est forcément une chose possible mais parmi d’autres. Ces cochons qui apparaissent sous la douche lorsqu’il est arrêté semblent le poursuivre, sa conscience le travaille peut être, sa conscience et la mort, le cochon dans les abattoirs c’est aussi un peu lui. Est-il malade de sa richesse?, de ce sur quoi est fondé sa richesse ? En fait en repensant à Sundown on se rend bien compte que Franco a toujours de la tendresse pour ses héros riches héritiers, pour Jennifer et pour Neil. Pour Neil c’est plus clair, Charlotte Gainsbourg a un rôle moins tendre dans le film. Tu poses beaucoup de question dans ton post – je parle pas des blagues même si la forme interrogative est vraiment la posture centrale dans la réception de ses films. La concentration intense sur le cadre, la recherche et le questionnement.
        J’avais écrit ça notamment sur Sundown : « L’opacité globale du récit est nourri d’éclat lumineux où une sensation claire nous traverse – des pensées très claires nous traversent et elles prennent souvent la forme de questions. On oscille entre contemplation et concentration intense sur le cadre. Rarement un film ne nous aura autant amené à questionner un plan, à penser la position des personnages dans le cadre, à identifier un protocole familiale régit par des signatures autour d’une table. Pourquoi Neil est-il toujours à l’écart de sa femme ? Pourquoi ce regard sur la viande en amorce ? Pourquoi est-ce que ce sont les enfants qui entourent la mère dans la voiturette les menant à l’aéroport ? Pourquoi cette simple main sur l’épaule ? Pourquoi un mari devrait autant interférer et prendre des décisions concernant la mort de sa belle-mère ? Lorsqu’il devient un frère on se dit que le couple frère/sœur dans cette famille est comme l’octave supérieur du couple mari/femme. Et ce Richard qu’on pensait père ou beau-père est effectivement une figure paternelle au rôle fondamental : il a le pouvoir de réguler les relations. Il n’y aura pas de réunion de crise sans Richard, il n’y aura pas de rupture sans signature. C’est comme si on avançait toujours plus profondément dans l’opacité du héros tout en ayant des incises de clarté. »
        Et donc revoir ses films c’est toujours très très bon.

        • #137002 Répondre
          François Bégaudeau
          Maître des clés

          « Quand un mexicain attend le bon moment pour passer la frontière, ne peut il pas lire un livre en attendant ? En marchant des kms et des kms dans le désert ne peuvent ils pas profiter pour lire un livre ? »
          Excellent

          • #137004 Répondre
            François Bégaudeau
            Maître des clés

             » C’est comme si on avançait toujours plus profondément dans l’opacité du héros tout en ayant des incises de clarté. » »
            Ca c’est peut etre la définition, en roman comme en film, du grand art

            • #137016 Répondre
              Schnoups
              Invité

              Ouais, d’ailleurs j’ai revu Mastermind et j’ai vachement plus apprécié le film.
              Le début est effectivement très Franquien. On se dit qu’il est tout seul dans le musée, puis que ce ne sont pas ses enfants. Il est d’ailleurs assez enfantin ce personnage. Il a la même posture d’ennui et de lassitude à table au premier repas de famille.

              • #137017 Répondre
                Schnoups
                Invité

                Mêmes postures que ses enfants, voulais-je dire.

    • #136996 Répondre
      The passenger
      Invité

      D’accord mais je ne faisais que dire que c’est à partir de sa finitude par la maladie qu’il devient phobique de son existence. Il aurait pu investir le reste de son temps à créer une autre entreprise ou s’immerger dans la finance, au lieu de ça il décide d’une vie contemplative et de plaisir. Mais à partir de sa finitude et non d’une réflexion personnelle sur son passé. Donc oui les cochons sont sa mauvaise conscience et si Franco a de la tendresse pour son personnage c’est pour celui qu’il est devenu pas pour celui qu’il a été (le riche héritier). Après on peut détailler tous les cadres et les plans que tu veux et entièrement d’accord avec les couples frère/sœur et mari/femme qui se renvoient ainsi que le personnage de Richard, sachant que Neill reconnaît qu’il a toujours suivi sa sœur, qu’il n’a jamais manifesté de volonté propre, donc tu m’étonnes que c’est une figure paternelle le Richard.
      En fait toi tu me parles perception artistique et contemplation des détails quand moi je parlais perception intellectuelle et interprétation. J’essayais de partir du particulier pour arriver au général de l’esprit franquien, dans une interprétation psycho-sociologique. Et oui tout ça à moi tout seul. Allez bonne nuit professeur.

      • #137013 Répondre
        Schnoups
        Invité

        Tu m’as l’air bien nerveux. T’as pas fini de t’énerver ici si tu commences comme ça. Je vais te laisser t’agiter tout seul parce que je ne comprends même pas pourquoi tu t’agites.

        • #137072 Répondre
          The passenger
          Invité

          @Schnoups
          Ne te méprends pas… Si je dis « bonne nuit professeur » c’est que d’une part il est tard et je sais que personne ne répondra plus et « professeur » parce que je sens un peu de condescendance de ta part mais ce n’est nullement un problème puisque je sais que je peux susciter de l’agacement moi-même.
          Pour tout le reste de mon com il est inutile de rajouter du pathos là où il n’y a que réponse spontanée. Sans plus. Quand bien même nous aurions des désaccords ce qui n’est foncièrement pas le cas, je n’aurais aucune raison d’être nerveux ou de m’agiter. D’autant que tu m’as gentiment répondu.
          Sur ce, bonne continuation.

          • #137074 Répondre
            Schnoups
            Invité

            Je n’ai pas rajouté de pathos, je n’ai fait que constater ton irritation découlant donc de ce que tu appelles de la condescendance. C’est ton irritation sans fondement qui amène le pathos.
            Tu dis dans ton premier post que tu as vu Despues de Lucia et Sundown, avec un quelque chose comme « j’imagine que des franquiens comme vous l’ont vu ». J’y ai vu une invitation à en parler. Comme j’ai revu récemment Memory, et souhaite revoir Sundown, j’ai eu envie de reparler de ce film dont je suis très fan. Je trouvais intéressant que tu poses beaucoup de questions sur ce film parce que ça m’a fait penser à ce que j’avais posté sur le forum à l’époque du film. C’est pour ça que j’ai placé un passage dans mon post. Et toi dans tout ça tu vois de la condescendance. Tant pis. Et on peut effectivement se souhaiter à chacun une bonne continuation.

            • #137077 Répondre
              benedicte
              Invité

              Tu es condescendante chère professeur.

              • #137079 Répondre
                Schnoups
                Invité

                Merci bénéclimte

                • #137086 Répondre
                  Seldoon
                  Invité

                  Je propose qu’on avoue qu’on est tous condescendants, et au premier chef ceux qui ne débarquent que pour traiter les autres de condescendants et qu’on s’en fout tous un peu, pour ma part je me fous complètement d’être condescendant et condescendé.
                  Tant qu’on me traite pas d’arriviste comme cet enfoiré de Fernando tout va bien.

                  • #137093 Répondre
                    Schnoups
                    Invité

                    The Passenger et Bénédicte sont là même personne. La transformation trollesque aura été très rapide.

                    • #137094 Répondre
                      François Bégaudeau
                      Maître des clés

                      Schnoups et moi écrirons bientot un manifeste : on est condecendants et on vous emmerde
                      Auquel Du mépris fera un très bon préambule

                      • #137100 Répondre
                        Schnoups
                        Invité

                        Gros rire
                        J’ai failli répondre à Béné, oui et je t’emmerde, et j’ai bifurqué sur une Debouzade.

                      • #137103 Répondre
                        benedicte
                        Invité

                        Schnoups, ton intuition est ravageuse.
                        Begaudeau, toujours dans la stratégie foireuse.

                      • #137105 Répondre
                        Schnoups
                        Invité

                        Autant pour moi.
                        Je ne pensais pas réveiller l’amour d’un troll caché dans l’ombre. Je suis touchée.

                      • #137117 Répondre
                        Dr Xavier
                        Invité

                        @Seldoon – Tu es un bonhomme solide, tu as toujours été fort comme un Turc.

                      • #137120 Répondre
                        Seldoon
                        Invité

                        @Xavier : tes constantes apologies du Génocide te seront rappelées dès le lendemain du Grand Soir.

                      • #137174 Répondre
                        The passenger
                        Invité

                        Rebonjour,
                        Je repassais voir s’il y’a quelque-chose de passionnant et que ne vois-je pas ?
                        Ça sera l’occasion d’éclaircir les choses. Donc…
                        A LA DEMANDE GÉNÉRALE… (je plaisante), j’en remets une couche.
                        Déjà le pseudo « Bénédicte », je suis surpris cher Schnoups que tu n’es pas intuité que je n’étais pas, mais pas du tout le genre à me planquer derrière un pseudo bidon. Ce genre de lâcheté ne me caractérise pas particulièrement. D’ailleurs cette Bénédict pose sa phrase au féminin, drôle d’idée que je ne comprends pas (je n’ai pas les éléments pour le comprendre). Autre chose est « Seldoon » qui dit « ceux qui débarquent pour traiter les autres de condescendants » pourtant si je lis les posts dans l’ordre en commençant par mon post initial on ne peut pas dire que j’ai été agressif à votre égard, bien au contraire. Il est symptomatique que pour des croyants comme vous l’êtes vis à vis de la « réalité », vous la trahissiez systématiquement cette réalité.
                        Maintenant pour la condescendance qui fuse tel un leitmotiv depuis quelques posts, je m’explique… Oui, il y a eu malentendu, il y a eu quiproquo. Ayant élucidé ce quiproquo, franchement, il aurait mieux valu en rester à la condescendance. Allez c’est parti….
                        Après mon post initial, Schnoups m’envoie le sien, concernant Sundown de Franco, dont voici un long extrait :

                         » L’opacité globale du récit est nourri d’éclat lumineux où une sensation claire nous traverse – des pensées très claires nous traversent et elles prennent souvent la forme de questions. On oscille entre contemplation et concentration intense sur le cadre. Rarement un film ne nous aura autant amené à questionner un plan, à penser la position des personnages dans le cadre, à identifier un protocole familiale régit par des signatures autour d’une table. Pourquoi Neil est-il toujours à l’écart de sa femme ? Pourquoi ce regard sur la viande en amorce ? Pourquoi est-ce que ce sont les enfants qui entourent la mère dans la voiturette les menant à l’aéroport ? Pourquoi cette simple main sur l’épaule ? Pourquoi un mari devrait autant interférer et prendre des décisions concernant la mort de sa belle-mère ? Lorsqu’il devient un frère on se dit que le couple frère/sœur dans cette famille est comme l’octave supérieur du couple mari/femme. Et ce Richard qu’on pensait père ou beau-père est effectivement une figure paternelle au rôle fondamental : il a le pouvoir de réguler les relations. Il n’y aura pas de réunion de crise sans Richard, il n’y aura pas de rupture sans signature. C’est comme si on avançait toujours plus profondément dans l’opacité du héros tout en ayant des incises de clarté. »

                        Alors honnêtement, j’ai eu, devant un tel degré de platitude, d’ineptie et d’insignifiance, un mécanisme de sympathie. J’ai préféré y voir une façon, pour Schnoups, de me délivrer un message. En clair de me dire « mais regarde bien le film, regarde bien les plans et les séquences, tu y verras autre chose que ce que toi tu y trouves ». Si bien que quand Schnoups fini le post en disant « Il est tjs très très bon de revoir les films » je l’ai pris encore comme un message à mon égard et pas quelque chose de général.
                        Mais non, pas du tout, en fait Schnoups ne voulait rien signifier de tel, mais voulait jute partager généreusement son crouton rassi et creux comme nourriture spirituelle. C’est maussien, le contre don au don initial. Sauf que habituellement le contre don doit être supérieur au don initial. Il faut savoir rendre, c’est ça le jeu. Elle est là la règle du jeu.
                        Voilà donc le fond de l’affaire, la confusion et le quiproquo. Il aurait mieux valu en rester à la « condescendance » surtout que je disais ce n’était pas un problème du fait que je pouvais moi même être agaçant. En voilà la preuve.
                        Après, maître Begaudeau, croyant parmi les croyants en la réalité. Qui se met à s’extasier devant une formule de Schnoups en disant « Du grand art ! » ha oui la vache, c’est le moins qu’on puisse dire. On m’enlèvera pas de la tête que ça fait « gourou » qui de temps en temps, ou de temps à autre… Non de temps en temps vient flatter l’ego de ses disciples. Mais sûrement un certain goût du pouvoir ce cache derrière ce forum.
                        Quand on pense à mon post initial, j’appelle ça le prix de la surenchère. Bon c’est comme ça.
                        Je vois que vous avez fait une page sur la catharsis. Ben c’est l’occasion d’expérimenter le déchaînement cathartique, ne vous gênez pas. Mais si je peux vous donnez un conseil, ne répondez pas. Je suis sûr que votre maître vous le conseillera. Quant à Schnoups, je ne sais pas quel âge tu as et ça m’est égal, mais si tu as jusque 24 ans alors ça va, tu es encore jeune et tu as le temps d’apprendre.
                        J’ai regardé il y quelques jours une vidéo (un bout seulement) de Wissam ou il prend le défense de Begaudeau vis à vis d’une vidéo débile faite par un droitard. Très vite dans son debunk il s’accorde sur un unique point avec le faf, c’est que le fan club de Begaudeau ce sont des relous.
                        Bon, sinon j’ai découvert « three times » d’Hou Hsiao Hsien que je tiens pour un très très grand film, sûrement un de ses meilleurs mais je les ai pas tous vus. Qu’en pensez vous ? (mais nooon je rigole !!!).

                      • #137176 Répondre
                        Claire N
                        Invité

                        Ça me rappelle une blague tiens
                        Un maso dit a un sado : fais moi mal
                        Le sado dit non!

                      • #137177 Répondre
                        Alexandre
                        Invité

                        Et le maso dit « encore… encore »

                      • #137183 Répondre
                        The passenger
                        Invité

                        Pourquoi ? Vous en voulez encore ?

                      • #137194 Répondre
                        Ostros
                        Invité

                        Excellente blague
                        Je retiens

                      • #137190 Répondre
                        benedicte
                        Invité

                        La chère professeur Schnoups est un peu en rade sur la compréhension. Ta condescendance serait elle la source de tes erreurs récurrentes…

    • #137001 Répondre
      stephanie
      Invité

      The Mastermind , pour moi la question majeure ( celle qui m’a trottée tout le long du film) est pourquoi Mooney (entendu money ) décide de voler ces tableaux ? Plusieurs pistes (c’est là que j’adore KR) : par amour de l’art ( lorsqu’il accroche chez lui le tableau dans son salon et j’admire tranquilou)
      par vengeance contre son père humiliant et autoritaire, pour faire vivre sa famille, pour donner du piquant à sa vie plate, tout à la fois.
      On dirai aussi que le hasard de sa vie l’amène à ne rien contrôler, tout foirer.
      Les frères jumeaux sont aussi une belle trouvaille ( le couple qui va mal, n’aurait probablement pas eu 2 enfants consécutivement), un des enfants est autiste asperger, il en sait plus que ses parents , que son père thésard. Les parents lui foutent la paix ( mieux traité qu’aujourd’hui !) .
      Les couleurs automnales sont splendides , apaisent, un air nostalgique.
      Voilà mes 1eres réflexions, vu hier soir.
      Je cherche ses 2 premiers films Ode et River of Grass si qq’un.e a une idée où les trouver ?
      Merci

      • #137003 Répondre
        François Bégaudeau
        Maître des clés

        sur le vol, la compagne du pote chez qui il se réfugie ouvre une sacrée piste

        • #137076 Répondre
          stephanie
          Invité

          il me semble que la compagne fait référence à des conneries déjà faites avec son ami ?
          mince j’ai raté la piste !

          • #137078 Répondre
            François Bégaudeau
            Maître des clés

            elle dit que des tableaux de Dove se trouvaient dans le bureau du prof admiré par James

            • #137090 Répondre
              Stéphanie
              Invité

              Ah oui , j’ai bien vu ça.
              Ayant peut-être raté sa carrière ( pas de poste après sa these) il se venge en qq sorte ou/et admirant son prof , il s’approprie ( vol) quelque chose de lui. ( comme font parfois les gamins).
              J’ai pensé du reste, à son côté très naïf voir puérile, j’ai beaucoup aimé cet aspect là.

              • #137091 Répondre
                Stéphanie
                Invité

                Immature plutôt que puérile

                • #137095 Répondre
                  François Bégaudeau
                  Maître des clés

                  les deux, je crois
                  naïf je suis pas sûr – plutot paumé

                  • #137129 Répondre
                    stephanie
                    Invité

                    KR aime les personnages paumés ( Wendy, showing up, Old joy ) plutôt perdus et marginaux , indépendants.

                    • #137130 Répondre
                      Dr Xavier
                      Invité

                      Si je peux exprimer une réserve, ce mastermind n’est malheureusement pour son entourage pas très indépendant – et en conséquence pas très marginal.
                      François dit plus haut que le film ne laisse aucune chance au personnage, mais sur la toute dernière scène j’ai envie d’y voir que les femmes-branches qui le raccrochaient ayant définitivement coupé les ponts, il va enfin découvrir une vie plus ancrée.
                      Schnoups va dire que je veux encore sauver un personnage (amitié, je dis ça avec humour et sans condescendance).

                      • #137136 Répondre
                        Stéphanie
                        Invité

                        Les femmes-branches : j’aime
                        Comment dire , je le sens profondément marginal et indépendant, c’est son tempérament . Oui la réalité le rattrape, je pense qu’il s’en fout.
                        Il a un côté assez lisse.
                        « Il va enfin découvrir une vie plus ancrée » j’en suis pas sûre. Est ce à dire qu’il faut qu’il se mette au travail ?!

                      • #137140 Répondre
                        Schnoups
                        Invité

                        Rire Doc
                        Je me permets de continuer dans la magnifique orgie condescendante de la journée.
                         » il va enfin découvrir une vie plus ancrée. »
                        Je vois ce que tu veux dire. Je ne lis pas les entretiens de Reichardt mais il me parait clair qu’elle a revu des films sur les voleurs pour écrire son scénario. Je parierai notamment mon bras gauche qu’elle a vu les flics jouer au foot dans La main au collet d’Hitchcock et s’en est inspirée pour sa fin chaplinesque. Dans La main au collet ça m’a frappée aussi de constater qu’on se demande si Grace Kelly n’est pas la voleuse, tant elle devine qui est Cary Grant et tant son tempérament intrépide semble le suggérer, les deux se ressemblent.
                        Je parierai ensuite mon pied gauche qu’elle a revu Pickpocket de Bresson, son héros me parait être l’opposé du héros de Bresson. Héros bressonien qui a au moins l’audace de voler (James délègue le vol), devient un virtuose pickpocket (James ne peut voler que des minuscules figurines et s’embourbe lamentablement), tombe amoureux d’une femme (James s’éloigne de la sienne et la traite un peu comme une seconde mère), aide sa mère et s’en inquiète (l’autre pense surtout à lui emprunter de l’argent) sait qu’il doit s’arrêter et la prison le soulage (James tambourine lamentablement dans le fourgon des flics), héros bressonien qui vole aussi pour survivre alors que James a des parents riches et a bénéficié d’une formation couteuses. Reichardt a pris tout ce qui élevait le héros bressionien et l’a retourné contre le sien. Cependant elle lui a donné un aspect enfantin (je disais plus haut que les postures des enfants et de James à tables au premier repas de famille sont les mêmes), et une forme de fascination pour l’art qui cependant se mélange avec l’admiration pour son ancien directeur de recherche, figure positive paternelle. Donc même son intérêt pour l’art me semble quand même assez opaque. François et K disaient que l’art l’élevait, un truc comme ça. Moi je pense que même son goût pour l’art est pas si clair. Je me dis qu’il aimerait avoir ce goût et un intérêt pour l’art mais qu’il en est incapable. C’est hyper cruel en fait comme film, tout dans la tranquillité, la lenteur et les couleurs chaudes de l’automne.
                        Et sinon il se marginalise sérieusement oui. Je pense qu’on n’a pas besoin d’être indépendant pour être marginal. Les personnes en situation de handicap sont par exemple des marginaux au carré. J’ai pas bien compris ton rapport entre indépendance et marginalité du coup.

                      • #137142 Répondre
                        François Bégaudeau
                        Maître des clés

                        « François et K disaient que l’art l’élevait, un truc comme ça »
                        Ah ben non moi ne n’ai pas du tout dit ça
                        Bien plutot m’apparait que nous avons là un personnage qui n’a pas su s’élever à la hauteur de l’art, et qui depuis erre.

                      • #137146 Répondre
                        Schnoups
                        Invité

                        Ah ok, j’avais pas compris. Je trouvais ça surprenant.

                      • #137148 Répondre
                        Schnoups
                        Invité

                        Pas de Bud ce soir, je vais devenir très très saine.

                      • #137153 Répondre
                        K. comme mon Code
                        Invité

                        J’ai pas dit ça non plus. Je disais qu’il rêvait de grandeur, et pas forcément de grandeur artistique. Le flou est précisément dû au fait qu’il est paumé lui-même.

                      • #137165 Répondre
                        Schnoups
                        Invité

                        Ok.
                        En tout cas il s’ennuie. Comme son fiston au repas de famille. L’ennui comme moteur c’est souvent tout un programme.

                      • #137145 Répondre
                        Tony
                        Invité

                        @Schnoups est-ce que tu as vu Wanda de Barbara Loden?

                      • #137147 Répondre
                        Schnoups
                        Invité

                        Non du tout Tony, pourquoi ?

                      • #137149 Répondre
                        Tony
                        Invité

                        Tu devrais essayer le voir, c’est un film un peu culte,on y voit une femme, prolétaire ici,abandonner sa famille,sans état d’âme,pour se libérer d’une vie domestique et d’une domination masculine qu’elle ne supporte plus et elle va errer sans un sou,faire une passe, s’attacher à un braqueur de banque qui la maltraite, c’est je crois une des inspirations de KR.

                      • #137150 Répondre
                        Schnoups
                        Invité

                        Merci, je note

                      • #137151 Répondre
                        Dr Xavier
                        Invité

                        Tu me condescendes avec des films que je n’ai pas vu ! Je ne peux pas rebondir. Colère.
                        .
                        Taquin et ne ratant jamais une occasion de mansplainer ma prochaine, je me venge sur toi Stéphanie : je dirais que tu reformules en indépendance d’esprit un je-m’en-foutisme d’homme et de père de famille, je-m’en-foutisme maquillé par la douceur du personnage. Une Forumiste parlait de ‘faible toxique’ pour les films de Triet, j’aime bien.
                        .
                        Je ne dirais pas qu’il faut travailler, mais on voit qu’il sait confectionner une belle caisse pour ranger les tableaux, avec qui il est d’ailleurs plus précautionneux qu’avec sa famille.
                        .
                        Je me raccroche à l’idée qu’il a une nouvelle identité. Sans ce petit détail scénaristique (qui ne ‘sert’ à rien, ok il travaille sur cette carte d’identité ce qui permet un grand pano, mais il aurait pu tout aussi bien repriser ses chaussettes), il va direct en tôle. Là il est embarqué avec sa nouvelle identité parmi des activistes, des discussions vont s’ensuivre, sa conscience politique va s’éveiller, c’est sûr le voilà qui se met à lire Marx et Bakounine.
                        .
                        Marginalité et indépendance : c’est l’idée un peu intuitive et confuse que parce qu’il est raccroché malgré lui aux branches (son épouse, sa mère) il peut laisser libre cours à son je-m’en-foutisme inconséquent et il ne me paraît pas très marginal – Mais ça nécessiterait sans doute de préciser ce qu’on entend par marginal, marginalisÉ (forme passive), marginalité…

                      • #137162 Répondre
                        stephanie
                        Invité

                        mansplainer:késako ?

                      • #137179 Répondre
                        Dr Xavier
                        Invité
                      • #137182 Répondre
                        Stéphanie
                        Invité

                        Merci Manwiki

        • #137083 Répondre
          Dr Xavier
          Invité

          Tu veux dire que c’est lui, ce mastermind raté, qui a filmé plus tard Ma nuit chez Maud ?

          • #137181 Répondre
            Malice
            Invité

            Y a pas de point Godwin ici, par contre y a un point Rohmer

            ça m’a fait rire d’entendre dans une interview à quel point Rohmer était détendu vis à vis de ses galères à devenir cinéaste ( un de ses films n’avait pas marché, Barbet Schroeder angoissait et Eric lui disait « t »inquiète poto »)

    • #137096 Répondre
      bibinard
      Invité

      geman veu gheu mheu çui zan daumi deuven ma tailaie pandan lphilm i haire souare saiatai le kou deu laisqaliet leu tit du phime

    • #137119 Répondre
      Charles
      Invité

      Véritable triomphe critique pour Marty Supreme (Critikat est l’un des seuls à tempérer un peu cet enthousiasme général), ça laisse rêveur et donnerait presque envie d’y croire si les arguments employés pour le défendre ne paraissaient aussi faibles (vélocité du récit, épuisement du spectateur par la mise en scène, abattage de Chalamet, « critique du rêve américain » – comme c’est original).

      • #137121 Répondre
        Seldoon
        Invité

        Burdeau s’inscrit prudemment en faux.

        • #137126 Répondre
          Charles
          Invité

          Je viens de lire, c’est tout juste s’il ne s’excuse pas de ne pas avoir aimé le film car peut-être il l’aurait mal vu!

          • #137137 Répondre
            Seldoon
            Invité

            Oui il s’inscrit bien plus prudemment qu’en faux.

      • #137125 Répondre
        Alexandre
        Invité

        Ce qui me m’inquiète, c’est que ça me rappelle les dithyrambes convenues autour de The Brutalist, qui est loin d’être un film de chevet.

        • #137127 Répondre
          Charles
          Invité

          C’était plus tranché pour The Brutalist, il s’était fait défoncer notamment par Sortie de Secours, par une partie du Masque, ça faisait clairement plus débat.

          • #137128 Répondre
            Alexandre
            Invité

            Ah oui peut-être.
            Alors ça pourrait rappeler les retours sur Une bataille après l’autre, pas non plus un film de chevet mais aimable néanmoins.

            • #137134 Répondre
              Tony
              Invité

              Le film est vraiment intéressant, épuisant comme peut l’être la vie d’un prolétaire,ici on n’est pas dans la soustraction bourgeoise, c’est un vrai cinéma d’auteur populaire,on peut faire la fine bouche sur certaines choses mais l’ensemble vaut mieux que ces détails,il y a vraiment des belles choses.

              • #137385 Répondre
                Lec
                Invité

                J’ai effectivement ressenti un ennui épuisant.
                Chalamet n’a pas le charisme pour porter un film de ce genre. J’insiste sur ce point car fondamentalement, n’importe qui peut jouer dans un film (cf les acteurs amateurs dans les films de Dumont, Kechiche, Souleymane Cissé, etc.). Mais si on s’inscrit dans la tradition « acteur studio », alors il faut les épaules. Le film et les personnages étant mal écrits, c’était peine perdue.
                Le film est sur-scénarisé (péripéties abracadabrantesques), programmatique et sous-scorsesien (les scènes d’engueulade font immanquablement penser à Casino et au Loup de Wall Street, d’autres scènes renvoient aux affranchis). Donc déjà vu et en mieux.

                • #137386 Répondre
                  Lec
                  Invité

                  La « mécanique du stress » saluée par les critiques, je ne l’ai pas ressentie un seul instant. L’usage de la musique m’a semblé être une béquille à double tranchant. Elle donne un peps artificiel aux scènes en même temps qu’elle anesthésie complètement.

                  • #137388 Répondre
                    François Bégaudeau
                    Maître des clés

                    le film ne cesse de s’auto-booster, et cela finit par devenir une fin en soi

                    • #137391 Répondre
                      Lec
                      Invité

                      Aussi, ce qui m’a exaspéré. Cette façon de se donner un semblant de consistance historique et culturelle à pei de frais, au détour d’une petite phrase sur Auschwitz, d’une scène avec un rescapé (bonus double point pour une « belle scène de cinema) et quelques références à la judéité (et là on va pouvoir convoquer tout l’imaginaire de Philip Roth)

                      • #137394 Répondre
                        K. comme mon Code
                        Invité

                        Le film n’a pas de rapport avec Roth. Si on associe n’importe quel signe de judéité à Roth qui a écrit suffisamment de livres pour qu’on reconnaisse les caractéristiques d’un récit rothien, c’est qu’on est au minimum superficiel – et je pense que même les personnes qui aiment le film ne commettraient pas cette erreur. Je ne lui reprocherais pas ça du tout. Au contraire, j’en aurais voulu plus. C’est intéressant ce juif américain qui a été épargné par le pire de la guerre en Europe qui vit cet héritage avec désinvolture. Et en même temps, on apprend qu’il est très ami avec le rescapé dont il s’est moqué. J’aurais voulu tout un film sur leur camarade à travers l’Europe en tant que joueurs de cirque. L’anecdote des abeilles, au-delà du fait d’être tirée d’un véritable témoignage (témoignage inventé ou non, peu importe), je trouve que c’est une belle scène, oui, parce qu’on voit tout l’inverse de Marty dans ces images – images que je n’aurais pas imaginées. Dans son entreprise au service de Chalamet, le film oublie tout ça. Yes, à force de s’injecter du speed, le cerveau part a vau-l’eau. Le seul sportif du film, c’est le performer Chalamet. La fin n’a aucun sens mais lui permettra d’obtenir un Oscar : c’est gagné.

                      • #137395 Répondre
                        Tony
                        Invité

                        Oui la scène des abeilles est vraiment très belle,je trouve aussi que cette idée de revanche sociale post shoah est assez intéressante.

                      • #137398 Répondre
                        Lec
                        Invité

                        L’allusion à Roth n’avait pas pour but d’être pertinente, c’était justement l’objet de mon propos. Aujourd’hui les films sont parsemés de signes qui fonctionnent comme des attrape-nigaud pour cinéphiles qui vont pouvoir pérorer sur des films creux.
                        Et ça m’a pris deux secondes pour trouver plusieurs articles/critiques mentionnant Roth, dont un de TheRinger.
                        CQFD.

                      • #137400 Répondre
                        Lec
                        Invité

                        Aussi :

                        C’est intéressant ce juif américain qui a été épargné par le pire de la guerre en Europe qui vit cet héritage avec désinvolture. Et en même temps, on apprend qu’il est très ami avec le rescapé dont il s’est moqué.

                        J’aurais voulu tout un film sur

                        leur camarade à travers l’Europe en tant que joueurs de cirque.

                        L’anecdote

                        des abeilles, au-delà du fait d’être tirée d’un véritable témoignage (témoignage inventé ou non, peu importe)

                        Passage très symptomatique de ce que je dénonce. Le film reste toujours à la surface et se donne un semblant de consistance via de l’allusion et de l’anecdote (le mot en lui-même doit faire faire clignoter un voyant rouge).

                        Enfin, ça a déjà été dit ailleurs, dans d’autres circonstances et mieux que par moi mais : ce n’est pas parce qu’une chose est vraie qu’elle sera crédible dans un film (J’oserai même dire qu’elle sera « vraie » dans le film).

                      • #137404 Répondre
                        K. comme mon Code
                        Invité

                        Tout ce que je dis de la scène est dans la scène. Est-ce qu’un joueur de ping-pong, rescapé d’Auschwitz, racontant l’anecdote d’un véritable joueur de ping-pong, est crédible ? Oui. Est-ce que cette anecdote reflète l’inverse du narcissisme de Marty ? Oui. Est-ce que cette dimension historique du film est en fin de compte anecdotique ? Oui.

                      • #137408 Répondre
                        Alexandre
                        Invité

                        Absolument et c’est ce que je reprochais principalement à L’échange, de Clint Eastwood, adapté d’un fait véridique. A voir le film, je sais que cela n’a pu se dérouler dans la réalité comme c’est montré dans le film.
                        J’étais pas mal fâché avec Eastwood en sortant de la salle.

                      • #137417 Répondre
                        Antonin
                        Invité

                        Je mise plus sur un Di Caprio.
                        D’autant que les deux jouent un peu sur le même registre ( speed ) avec une technique très net donc la comparaison est assez facile pour moi : Di Caprio a plus de variation ( rien que le coup de fil dans One Battle…) mama….
                        les moments de tension / bascule dans le film de Marty Supreme sont pas vraiment à l’avantage de Chalamet dû au découpage. On ne laisse pas vraiment le temps à l’émotion de s’installer ( mise à part dernière scène des pleures face au bébé ).

                      • #137436 Répondre
                        François Bégaudeau
                        Maître des clés

                        « J’aurais voulu tout un film sur leur camarade à travers l’Europe en tant que joueurs de cirque. » Oh que oui. Je me suis dit la même chose
                        Il y a dans ce film 56 films qui ne sont pas faits
                        Comme il y a dans chaque scène 6 trucs à la fois
                        Le type qui fait ca, soit est un imbécile, soit un drogué, soit ne s’aime pas. Ou les trois.
                        On savait scorsese azimuté, les Safdie, et notamment ici, ont réussi à surazimuter scorsese
                        Même le ping pong est accéléré (allez voir les images d’archives)

                      • #137519 Répondre
                        Antonin
                        Invité

                        Hier je suis tombé par hasard sur Forrest Gump, et je trouve que ce film n’a rien a envier niveau effet spéciaux.
                        Le problème dans Marty Supreme c’est la gestuelle de la tête et des yeux quand ils jouent.
                        Ils quittent beaucoup trop la balle des yeux pour que ce soit crédible.
                        La tête va dans tout les sens à la fin d’un smash.
                        Impossible, c’est pas du tennis les p’tits potes.

                  • #137389 Répondre
                    Tony
                    Invité

                    Chalamet a tout à fait les épaules d’un joueur de ping pong,il a le physique de ce sport et donc du personnage,sur son jeu d’acteur je le connais mal et je crois bien d’ailleurs que c’est le premier film dans lequel je le vois jouer,alors oui on peut critiquer son surjeu,moi ça ne m’a pas dérangé tant son personnage, comme le film,est en surrégime,il est fougueux et énergique comme on peut l’être à cet âge là.
                    D’ailleurs sur le ping pong,je me suis demandé au début s’il ne choisissait pas ce sport par calcul libéral du genre un nouveau marché,qui a fait ses preuves à l’étranger,à importer aux US et dont je serai le premier promoteur,il y a en plus du physique adéquat ce calcul là aussi,un calcul de réussite libérale.

                    • #137392 Répondre
                      Lec
                      Invité

                      Fallait pas prendre ma réflexion sur les épaules au sens littéral.

                      • #137438 Répondre
                        François Bégaudeau
                        Maître des clés

                        « il est fougueux et énergique comme on peut l’être à cet âge là. »
                        A cet âge là, il arrive qu’on dorme, qu’on mange en silence, qu’on regarde la télé
                        L’hystérie du film n’a donc rien à voir avec « la fougue de cet age là » (ni d’ailleurs avec le statut de prolo, comme tu l’avais aussi suggéré)
                        Ni avec sa vie incroyablement trépidante : ce qui est raconté ici sur un an s’étire sur dix ans dans la bio de Marty le vrai (plutot sur neuf mois, puisqu’il y a aussi ce truc débile là)
                        c’est un choix esthétique, et il est idiot (ou plutot : pathétique)

                      • #137447 Répondre
                        Tony
                        Invité

                        J’entends ce que tu dis sur ce choix esthétique qui est une convention hollywoodienne, intensifiée ici et qui produit un effet d’épuisement,on pourrait en dire autant de certains films de Scorsese ou d’autres,et la dilatation du temps, comme chez KR,est elle aussi en passe de devenir une nouvelle convention qui produit un effet d’ennui,cet épuisement,que tu appelles hystérique,est je crois l’expérience de la vie prolétaire car les périodes d’ennui ne sont jamais des périodes de repos mais des périodes d’inquiétude.

                      • #137452 Répondre
                        François Bégaudeau
                        Maître des clés

                        Sean Baker emboite souvent le pas de vies prolétaires, cela peut produire des effets de tension mais ça n’impose en rien ce rythme, qui est à la fois une convention hollywoodienne mais aussi l’affirmation d’une option esthétique post scorsesienne qui consiste à : fuir en avant
                        Rappel : un sujet n’impose jamais une forme.

                      • #137479 Répondre
                        Lacombe Lucien
                        Invité

                        Comme Sean Baker est mentionné, conversation intéressante entre Josh Safdie et lui à voir ici : https://www.youtube.com/watch?v=aPY7bhPj_08
                        On y apprend étonnamment que Baker consomme systématiquement des « edibles » (sortes de bonbons au cannabis) lorsqu’il écrit et monte ses films. Il avoue ne pas avoir été sobre une seule journée du montage d’Anora.

                  • #137390 Répondre
                    K. comme mon Code
                    Invité

                    La seconde partie du film est particulièrement grotesque.

                    • #137419 Répondre
                      Sylvain
                      Invité

                      Ps pour K : d’accord sur « grotesque » dans la seconde partie. « Grotesque » que j’ai plutôt aimé lors du dernier acte au Japon (je trouve même que le film ne va pas assez loin à ce moment là, surtout après tout ce qu’il nous a déjà proposé).
                      « Grotesque » aussi mais là ridicule et même rance dans la toute scène de fin autour de la paternité… j’étais déjà sceptique pendant mon visionnage, mais cette toute dernière scène de fin ratée n’a vraiment pas jouée en la faveur du film. Et en dit long sur ce que, au fond, on voulait vraiment nous raconter.

                      • #137423 Répondre
                        K. comme mon Code
                        Invité

                        (spoiler suprême)
                        Le film devient tellement généreux envers Marty, a tellement oublié le ping-pong dans sa seconde partie, qu’il remporte le vrai match contre Endo sans avoir appris à gérer la raquette. Il a juste réussi. Son talent est aléatoire. Parce que je me rêve script doctor, j’ai imaginé une autre fin, où il peut toujours rembourser sa dette et s’inscrire au championnat du monde. Dans cette fin que j’aurais facturé 75 000$, Marty ne peut s’empêcher d’emblée de jouer sérieusement contre Endo. Il perd sa participation au championnat du monde comme ça. Je ne règle pas le problème de la victoire magique parce qu’il n’y a aucun triomphe. Il finit dans une caserne entouré de soldats qui l’acclament, mais il ne partage pas leur enthousiasme. On ne le voit pas rentrer.

                      • #137424 Répondre
                        Sylvain
                        Invité

                        Pas mal, vraiment pas mal du tout… et on aurait préféré. Mais tout sauf la maternité aurait de toute manière été mieux.

                  • #137418 Répondre
                    Sylvain
                    Invité

                    @ Lec : Assez d’accord, y compris sur le côté sous-scorsesien que tu décris plus haut (oui « loup de wall street » du pauvre – mais ici, personnage de loup toujours et perpétuellement pauvre). On peut aussi penser à « After Hours » (mais « after Hours » c’est 24h, et ça change tout).. Mais surtout assez étonné par une autre scène copié-collée : la fessée, la punition. Il y a cette scène, exactement la même, dans « Killer of the flower Moon », pourtant le dernier film en date de Scorsese. Là j’ai vraiment tiqué.
                    Et sur « la mécanique du stress » dont tu parles : effectivement elle prend moins ici que dans « Uncut Gens » ou là les Safdi avaient quand même parfaitement réussi leur coup.
                    Dans les deux cas, il y a un type qui, en plus d’être plutôt antipathique, est perpétuellement en mouvement, empêtré dans des problèmes, qu’il contribue souvent à créer lui-même. Mais cette asphyxie ne prend pas dans « Marty… ». Elle semble maniérée. Evident et attendue aussi. Il est possible que ce réalisateur (je n’ai pas vu celui de son binôme lui aussi fait en solo) vienne de trouver ses limites plus tôt que prévu.

                    • #137439 Répondre
                      François Bégaudeau
                      Maître des clés

                      Esthétiquement, rythmiquement, Uncut Gems et celui ci sont jumeaux
                      L’un est juste plus boursouflé que l’autre (encore plus de crédit musique, plus long, plus star, plus « biopic », plus Oscar je crois aussi hein)

                      • #137451 Répondre
                        Seldoon
                        Invité

                        Je continue de défendre Uncut Gems, dont c’est le sujet. Il y a 1000 péripéties en 48h (ou je ne sais plus sur quelle courte fourchette se déroule le récit) mais toutes sans exception sont provoquées par le personnage, rien ne lui tombe dessus. On suit un fou du pari. Il relance en permanence, quitte ou double. On voit bien le systématisme et comment ça s’accorde aux canons narratifs – accumulation de péripéties avec augmentation constante des enjeux – mais un personnage comme ça me tient un film avec grand plaisir. Ca ne me tiendra pas une filmographie, ni deux.

                      • #137493 Répondre
                        Sylvain
                        Invité

                        Oui 100% d’accord. Ca ne fera pas une filmographie. Ca reste un grand film de l’épuisement. Je me souviens très bien de ce visionnage (vu qu’une fois). A la fois content d’avoir tenu la distance mais également me dire « je ne le reverrais jamais ». Ce que je vais peut-être faire finalement, pour mesurer à quel point « Marty… » n’est pas la hauteur.
                        PS : j’ai peut-être mal lu mais personne ici n’a mentionné les scènes de ping-pong ? Quand même…

                      • #137497 Répondre
                        Seldoon
                        Invité

                        Vu deux fois à l’époque, je me demande ce que ça me ferait en le revoyant. Adam Sandlers est comme Tom Cruise, il a toujours un truc quand on le sort de son emploi habituel. C’était aussi une belle rencontre entre le côté brut et mauvais goût des Safdie et/contre la photo léchée de Darius Khondji.
                        Pas encore vu Marty ni Smashing Machine donc je vous laisse entre vous pour le reste.

                      • #137498 Répondre
                        Seldoon
                        Invité

                        Un dernier truc quand même : ces deux garçons ont un talent supérieur à leur talent de cinéaste qui est celui de se vendre. Par leurs films et par leur networking. Ils se sont imposés en quelques films comme les réals new yorkais indie incontournables et ça a eu plus à voir avec leur parcours qu’avec leur oeuvre. Une envie d’être de grands réalisateurs reconnus avant plus que de faire des (grands) films. Je subodore quelque chose de l’ordre de l’obsession. Je les renifle ainsi notamment parce que je connais des jumeaux comme ça dans cette industrie et qu’ils m’y font souvent penser – dans leur attitude, dans ce qui disent les gens qui les croisent, dans leurs filmographies. Ils sont toujours là où il fallait être. De là à dire qu’ils sont aussi arrivistes que Fernando il y a un pas que je n’oserais franchir.

                      • #137503 Répondre
                        Schnoups
                        Invité

                        Je dois le dire. J’aime beaucoup cet acharnement sur cet enfoiré de Fernando.

                      • #137508 Répondre
                        Seldoon
                        Invité

                        Dès que je l’ai vu sortir du camion je me suis dit c’est une ordure.

                      • #137510 Répondre
                        Schnoups
                        Invité

                        Puis sa démarche dans le désert, pire qu’une parodie de Jason. C’est pas possible un truc pareil.

                      • #137516 Répondre
                        K. comme mon Code
                        Invité

                        Yes. Et d’ailleurs, la vacuité de Marty vient aussi du fait que, voilà, ils ont fait Uncut Gems, projet qui a mis du temps à aboutir, maintenant quoi ? Bah : pas grand-chose. En tout cas, je lis beaucoup d’avis mitigés ou négatifs de la part de spectateurs.

                      • #137517 Répondre
                        Tony
                        Invité

                        Des avis mitigés ou négatifs de spectateurs on en voit pour tous les films,par exemple The Mastermind c’est assez frappant alors qu’il n’est distribué que dans des petites salles fréquentées par un public plutôt exigeant, évidemment Marty est un film populaire,vu massivement et donc un peu suspect aux yeux de certains, c’est forcément merdique.

                      • #137491 Répondre
                        Sylvain
                        Invité

                        Ils sont jumeaux c’est vrai mais il me semble que le premier est quand même beaucoup plus chaotique (avant tout par son style) et dans son propos que le second, effectivement calibré « oscarisable ». La différence est sans doute là. Ce sera enfin le film présentable des ( enfin d’un) Safdi. Est-ce que je dois rattraper le truc sur le catcheur ?

                      • #137494 Répondre
                        Sylvain
                        Invité

                        PPS : première réponse pour Seldoon, la seconde pour François

                    • #137543 Répondre
                      I.G.Y
                      Invité

                      Sur Marty, je comprends mieux les mises en garde initiales ici même de K il y a longtemps.

                      J’y ai cru pendant un moment. J’ai cru que le film allait se hisser à la hauteur des clowneries absurdes de cette scène du match contre le phoque. En définitive je trouve un peu comme tout le monde que le survoltage finit par tourner à vide, toute scène devient prétexte à un drama sorti de nulle part, dont la rythmique est presque toujours la même et devient complètement saturante (l’accident de baignoire, les deux scènes où l’on cherche le chien Moïse, la scène dans l’herbe avec Kay etc…).

                      Il y a au moins quelques réussites de ping-pong verbal, notamment dans la première partie, artificielles et complètement (comme tout) centrées sur Chalamet Supreme mais amusantes — concernant le tennis de table lui-même, sport que j’ai le plus pratiqué dans ma vie y compris en compétition, le film n’en a clairement rien à cirer, mais les effets spéciaux pour rendre la dynamique de la balle ont parfois une grossièreté qui a son charme.

                      Concernant la scène « abeilles », est-ce qu’être juif autorise à insérer de cette manière cette scène dans la situation, avec cette facture et ce raccord musical sur la suite? Concrètement : discussion dont l’enjeu est de séduire la femme du boss, insertion de l’anecdote, kitschisation du camp avec musique « adaptée », musique qui permet le raccord entre Auschwitz et… Marty qui couche avec la femme du boss. Autant la blague sur Auschwitz était « rigolote », autant pousser le dédain jusque là, je trouve vraiment cela faible.

                      J’ai aussi cru que le film allait vriller en assumant une vraie radicalité quant à la violence de Marty, notamment envers les femmes (scène de dialogue hyper brutale quand Marty explique à sa copine que sa vie n’a aucun sens, contrairement à la sienne). Tout cela est en réalité sans conséquence, le film poursuit l’héroïsation jusqu’à se clore — plutôt que d’assumer que son cœur nucléaire est le bullshit, matière de quasiment toutes les scènes et surtout des dialogues —, se clore, donc, sur ses pleurs à la maternité en plan serré. Certains qualificatifs me viennent, mais je vais me retenir.
                      .
                      Qu’est-ce qu’on pense ici de la manière de filmer des Safdie? J’ai vu il y a peu Lenny and the Kids et ça m’a frappé de voir que même dans « leur New-York », le « New-York qu’ils aiment », ils font très peu de « plans » — on ne voit presque rien de New-York, des appartements, les cadres sont systématiquement ultra-serré. Il y a aussi de ça dans Marty (alors même que le décor a dû coûter une fortune), mais j’imagine que c’est dans tous leurs films? (le seul autre que j’ai vu est Uncut Gems, dont j’ai plutôt un bon souvenir mais de longue date et totalement flou).

                      • #137547 Répondre
                        Tony
                        Invité

                        De quel dédain parles tu? j’ai rien compris

                      • #137548 Répondre
                        Tony
                        Invité

                        Sur la violence de Marty on comprend bien qu’il a intériorisé la violence libérale et mysogine dans laquelle il baigne.

                      • #137551 Répondre
                        Tony
                        Invité

                        Misogyne

                      • #137555 Répondre
                        François Bégaudeau
                        Maître des clés

                        IGY : me frappe en effet à quel point les Safdie, ensemble ou séparément, ne filment pas. Ils non-filment. Ici la vitesse prend la place du cadre. Donc on ne regarde rien, on glisse, on avance pied au plancher. On enchaine on enchaine on enchaine – le film m’a parfois fait l’effet de ces films en un plan séquence, il est organiquement et rythmiquement l’équivalent de ça, organisant un tuilage permanent entre tout
                        Que fuis-tu, Josh? Quelles sont les forces obscures qui te poursuivent pour que tu te sentes obligé de courir comme ça?

                      • #137559 Répondre
                        Tony
                        Invité

                        Il court après Scorsese,sans la camelotte chrétienne.

                      • #137562 Répondre
                        François Bégaudeau
                        Maître des clés

                        je l’ai dit : Scorsese a déjà hystérisé sa forme, et voila que Safdie Josh hystérise la forme hystérisée de Scorsese

                      • #137563 Répondre
                        Seldoon
                        Invité

                        Et un peu plus haut j’ai suggéré à propos de jusqu’où ils courent : arrivisme. Ca n’épuise pas tout mais il y a de ça. De la même façon que Tarantino parle de Reservoir Dogs comme de son « flashy first feature », après ça tu peux te calmer, les Safdie se calmeront peut être après l’Oscar.

                      • #137573 Répondre
                        Charles
                        Invité

                        @Seldoon : pourtant Pulp Fiction est beaucoup plus flashy et racoleur.

                      • #137575 Répondre
                        Seldoon
                        Invité

                        Charles : Oui Tarantino n’est pas le locuteur le plus fiable du monde mais quand il cause carrière il fait parfois preuve d’une transparence déconcertante (innocente ?).

                      • #137566 Répondre
                        Alexandre
                        Invité

                        A partir de quel moment considères tu que Scorsese commence à hystériser sa forme? Je me pose cette question depuis la GO sur Killers, voire le Microciné sur Cimino dans lequel tu évoques (il me semble) à un moment.

                      • #137567 Répondre
                        Alexandre
                        Invité

                        dans lequel tu évoques Scorsese

                      • #137568 Répondre
                        Charles
                        Invité

                        A partir de Casino, avec des allers-retours entre la survirtuosité (Loup de Wall Street) et l’académisme pompier (Aviator, GONY).

                      • #137569 Répondre
                        Tony
                        Invité

                        Les nerfs à vif c’était chaud.

                      • #137572 Répondre
                        Charles
                        Invité

                        Oui mais les Nerfs à vif c’est pas très sérieux, c’est vraiment une commande qu’il a exécutée dans une sorte de délire maniériste à la De Palma, le talent en moins.

                      • #137553 Répondre
                        I.G.Y
                        Invité

                        « on comprend bien » mais ça n’a quasiment aucune conséquence dans le film, dans son traitement global du personnage, ce qui est bien résumé par sa lourde conclusion.

                        « Dédain » n’est peut-être pas le bon mot. C’est surtout « désinvolture » que je voulais utiliser (je me suis planté), pour reprendre K. Peut-être « inconséquence », « superficialité », « je m’en-foutisme » seraient aussi appropriés.

                      • #137571 Répondre
                        Charles
                        Invité

                        L’évolution des Safdie est tout de même étonnante, ils viennent du mumblecore, du cinéma indé qui veut filmer les marges, les junkies vagabondant, au bord de l’overdose, et à partir de Good times, ils font un cinéma chic, déjà vu, un peu tape-à-l’oeil et pour finir scorsésien avec 20 ans de retard.

                      • #137578 Répondre
                        François Bégaudeau
                        Maître des clés

                        Killers m’avait agréablement surpris par son calme. Sachant que le calme n’est pas un gage de qualité non plus, puisque Silence était très calme et très nul.
                        La bascule date en fait des Affranchis, film le plus influent de l’histoire du cinéma, film qui invente cette vitesse folle, et en l’espèce jouissive (le film le plus influent du monde est aussi un des meilleurs du monde), mais où figuraient aussi d’inoubliables SCÈNES statiques, génialement dialoguées et jouées. Ce qui manque cruellement aux influés.

                      • #137585 Répondre
                        toni Erdmann
                        Invité

                        Je vais essayer de me faire défenseur de la fratrie, tout d’abord en rappelant que l’un d’eux a commis The Curse, grande oeuvre calme, mystérieuse, creusant son propre sillon, bien loin de Scorsese.
                        Ensuite, je n’ai jamais retrouvé chez Scorsese cette logique de la nervosité poussée à un tel paroxysme. Je pense notamment à ces scènes typiquement safdiennes, que je qualifierais de « multi-nerveuses » : plusieurs personnages nerveux interagissent dans un même espace contigu, se coupent la parole, superposent les échanges, alternent entre deux conversations (souvent par l’intermédiaire du téléphone : je parle à quelqu’un au bout du fil tout en répondant à celui qui me fait face).
                        Il y a là un rythme effréné, certes, mais concentré dans une unité de lieu. Dans Uncut Gems, certaines scènes durent plusieurs minutes sans quitter le même espace et en gardant un même enjeu parfois très simple et calme.
                        Au fond, parmi toutes les œuvres qui cherchent aujourd’hui à imposer une rythmique entraînante, il ne me semble pas farfelu de célébrer ceux qui radicalisent vraiment cette logique, jusqu’à l’épuisement. Car c’est bien cela que produisent souvent les films des frères S : une expérience d’éreintement. Le spectateur en sort lessivé. On ne peut pas en dire autant de toutes les productions sérielles ou des films de plateforme qui fabriquent du flux : ils occupent, ils divertissent, mais n’épuisent pas.
                        Je parle ici principalement de Good Time et Uncut Gems. Marty Supreme m’a un peu déçu car il y a un peu moins ces scènes signature dont je parle plus haut.

                      • #137603 Répondre
                        Seldoon
                        Invité

                        « l’un d’eux a commis The Curse, grande oeuvre calme, mystérieuse »
                        Co-commis et plus précisemment co-écrit avec Nathan Fielder, qui a lui même réalisé la majorité des épisodes et Safdie, officiellement en tout cas, aucun.
                        https://en.wikipedia.org/wiki/The_Curse_(American_TV_series)

                      • #137605 Répondre
                        François Bégaudeau
                        Maître des clés

                        that’s why

                      • #137586 Répondre
                        Seldoon
                        Invité

                        Le grand coup de frein c’est Silence et c’est une sortie de route.
                        Le grand beau calme et le véritable silence, c’est The Irishman puis Killers. On espère qu’il s’y tiendra pour la fin.

                      • #137589 Répondre
                        François Bégaudeau
                        Maître des clés

                        oui j’oubliais Irishman

                      • #137616 Répondre
                        Charles
                        Invité

                        J’ai gros doute sur le calme de la mise en scène du futur Marty au vu du synopsis :
                        « The film is being described as a “dream-like story” involving a married American couple who travel to a small, snowy European town to adopt a baby. While staying in a nearly deserted hotel filled with enigmatic figures—a flamboyant singer, a corrupt businessman, and a magnetic faith healer—they confront a strange world that challenges both their marriage and their sense of reality. »
                        On a l’air plus proche de Shutter island que de Irishman.

                      • #137617 Répondre
                        Seldoon
                        Invité

                        Ton sadisme ne t’honore pas.

                      • #137619 Répondre
                        Alexandre
                        Invité

                        Entre le futur Marty et l’autre Marty, il y en a qui vont se mélanger les pinceaux..

                      • #137620 Répondre
                        Seldoon
                        Invité

                        Alors je veux être très clair : Charles vient de partager le synopsis du prochain film de Chalamet.

                      • #137588 Répondre
                        Alexandre
                        Invité

                        « La bascule date en fait des Affranchis, film le plus influent de l’histoire du cinéma, film qui invente cette vitesse folle, et en l’espèce jouissive (le film le plus influent du monde est aussi un des meilleurs du monde), mais où figuraient aussi d’inoubliables SCÈNES statiques, génialement dialoguées et jouées. »
                        C’est bien vrai.
                        Cela se retrouve dans Casino, qui n’a que le tort de venir après Goodfellas, ce qui met à mal l’effet de surprise.
                        Le ton n’est pas le même, de surcroît. Il est plus tragique que sardonique. On y trouve également de fort belles scènes statiques : la confrontation entre Rothstein et le shérif, qu’interprète L.Q. Jones, étant la plus remarquée (et célébrée).
                        J’aime beaucoup Killers mais attention, le calme peut y être aussi perçu comme un stigmate de confort, comme si le film se lovait dans les moindres coins et recoins de la niche mise à disposition par Netflix, tout comme on pouvait déjà le ressentir avec The Irishman.
                        Ce qui n’infirme en rien le bien-fondé de ton agréable surprise.

                        Par ailleurs, je ne trouve pas Silence nul (assez loin de là) mais je reconnais que Scorsese fait tellement partie de mon ADN que je parviens à y trouver ma pitance. Je vois le film comme un élargissement de sa palette, toi comme un nadir.
                        On peut pas y faire grand chose.

                      • #137590 Répondre
                        Alexandre
                        Invité

                        Pour Killers, c’est pas Netflix mais ça change rien.

                      • #137592 Répondre
                        Tony
                        Invité

                        T’as aimé le loup de wall street?

                      • #137595 Répondre
                        Alexandre
                        Invité

                        Je le trouve pas mal. Surtout la première heure : tout ce qui tourne autour de ces officines, plus ou moins minables, de courtage du New Jersey est assez merveilleux.
                        Après, c’est moins intéressant, trop séquentiel, parfois très laid.
                        Mais j’y grapille quand même beaucoup de choses.

                      • #137596 Répondre
                        Tony
                        Invité

                        Faut que je le revois, j’avais adoré ce film à sa sortie et je ne sais pas de quel oeil je le reverrai aujourd’hui.

                      • #137582 Répondre
                        ziggypop
                        Invité

                        m’a beaucoup frappé moi aussi l’absence totale d’intérêt pour le ping-pong (dans ses dimensions techniques, tactiques, physiques), et plus particulièrement pour la discipline, le labeur quotidien que demande l’arrivée à un tel niveau — le sport n’intéresse le film qu’en tant qu’instrument de tension (le match), pas du tout pour lui-même

                      • #137594 Répondre
                        François Bégaudeau
                        Maître des clés

                        je redis l’intéret d’une expérience à faire : regarder des images d’archives de Marty le vrai, et de ping pong de cette époque, beaucoup plus lent et moins mobile que ce qui nous est montré là
                        (d’ailleurs même le ping pong contemporain est moins rapide, en tout cas moins constamment virtuose : la plupart des échanges se terminent après deux aller-retours)
                        ça dit tout : si le réel est trop lent, accélère le ; si tu trouves le réel inintéressant, falsifie le, trafique le, inflige lui de la chirurgie esthétique

                      • #137597 Répondre
                        K. comme mon Code
                        Invité

                        La scène de ping-pong la plus intéressante est le point « comique » entre Marty et son ami. Toute la table est filmée. Le plan dure longtemps. Les balles échangées sont forcément lentes. Il y avait vraiment un truc à faire avec le cirque.
                        Quant à Scorsese, j’y ai surtout pensé pendant la scène de la fessée. On a une situation similaire dans Killers, sauf que celle de Marty est avortée – à peine la fessée commencée qu’on passe à autre chose, alors qu’on avait de quoi faire pour montrer l’humiliation. On dirait une formalité.

                      • #137606 Répondre
                        François Bégaudeau
                        Maître des clés

                         » Il y avait vraiment un truc à faire avec le cirque. »
                        J’ai déjà approuvé cette idée de toi, et je la rapprouve
                        clairement le grand film était là

                      • #137608 Répondre
                        Sylvain
                        Invité

                        Bon je constate que je suis d’accord avec la quasi totalité des commentaires rédigés ci-dessus, les favorables comme les beaucoup moins. Et je me découvre donc un côté « centriste » que je n’aime pas beaucoup chez moi.
                        PS : sur Scorsese : ça promet, le ciné-club sur « Mean Streets ».

                      • #137622 Répondre
                        Lec
                        Invité

                        Le point « exhibition » + le cirque, c’est les moment où ça se décoince un peu et c’est aussi ce qui m’a le plus plus dans le film.
                        Finalement, il aurait dû lorgner du côté des frères Coen plutôt que Scorsese.

    • #137163 Répondre
      Dwl
      Invité

      Pour moi il faut voir le dernier film de Reichardt non pas uniquement comme un film de braquage revisité, mais comme un contrepoint plus général aux films de « mecs ».

      Je m’explique.

      Bien que ces films se terminent souvent mal, ils fabriquent pendant tout le reste du récit une jouissance de l’intensité : énergie, vitesse, intensité des émotions, sentiment d’être dans le flux de l’action. Et malgré la chute finale, cette forme de vie en marge reste attractive en elle-même. Elle paraît dense. Elle semble valoir le coup, surtout comparée à un 9 to 5. Il y a l’idée qu’on a vécu quelque chose, même si ça finit mal.

      Dans The Mastermind, Reichardt ne se contente pas de montrer l’échec. Elle désamorce l’intensité elle-même. Ce n’est pas une vie intense mais tragique ; ce n’est même pas une vie intense qui dérape. C’est une vie marginale qui se coupe du monde, un fantasme masculin qui glisse vers une forme de monotonie et qui mène à l’impasse.

      Elle commence par disposer un personnage qui ne veut pas épouser le monde tel qu’il lui est proposé (par son père dans la 1ere scène de diner).

      Il se tourne vers quelque chose qui lui paraît plus intéressant : le braquage. Mais le film ne donne pas de motivation claire. Est-ce un fantasme de riche qui veut un peu d’excitation ? Une opposition symbolique au père ? Un rejet de l’ordre ? Une envie d’être en marge coûte que coûte ? Il y a des pistes, mais rien n’est tranché. En tout cas la marge qu’il choisit est celle de la criminalité.

      En arrière-plan, Reichardt installe des échos du Vietnam par la télévision. La guerre est là, mais elle reste en fond. La famille n’en discute pas à table. En revanche, quand il sera question du braquage, là, la discussion aura lieu. Ce décalage dit peut être quelque chose : on vient d’un milieu désengagé, qui ne s’empare pas du politique, mais qui s’intéresse à l’affaire criminelle.

      À partir de là, le film montre que cette marge est un choix solitaire. Rejoindre des mouvements collectifs, s’engager ailleurs, ce n’est pas son truc comme il dit à son ami d’antan. Quelque chose résiste en lui à cette possibilité. Sa masculinité ? Son milieu d’origine ? Son besoin d’être à part plutôt qu’avec ? Le lien avec le point précédent peut être fait : il préfère une transgression individuelle à une action collective.

      Mais le film montre aussi que ce choix crée aussi des conditions matérielles qui l’isolent davantage. En se cachant, il se coupe. Dans la scène des chemises à la fenêtre, pour ne pas être vu, il se prive aussi de voir la télévision. Dans la scène où il refait ses papiers, le monde autour continue (la caméra le lache pour se dirigé vers la télé). À la fin, en face de lui une agression mais son regard est happé par le sac de la mamie. Dans la scène du téléphone, il laisse le combiné, il laisse son fils.

      La cavale elle-même est révélatrice. Son pote est dans l’excitation (masculine peut etre) : admiration, validation, énergie. Mais la femme pose un regard beaucoup plus dur. Reichardt montre à plusieurs reprises le point de vue vers les femmes et vers l’enfant. Ce sont des regards extérieurs au fantasme. Ils ne participent pas à la potentiel euphorie.

      Tout cela construit une démonstration assez nette : la marge individuelle masculine criminelle n’ouvre pas un espace plus vaste plus vitaliste comme dans tant d’autres films.

      Mais c’est là que je m’interroge.

      À force de déconstruire le vitalisme masculin, le film ne devient-il pas un peu univoque ? Les idées de mise en scène sont intéressantes, vraiment. Mais elles semblent toutes aller dans le même sens : montrer que cette vie-là est une impasse. Le personnage est constamment replacé en décalage par rapport à la grande Histoire, par rapport au collectif et fini puni à la fin. Et ce mouvement n’est jamais vraiment contrebalancé.

      Ce n’est pas que le film filme l’ennui en tant que tel. Ce n’est pas un film sur la banalité pure. Mais il semble réduire progressivement cette existence à sa dimension d’impasse, ce qui peut être rend cette partie du film moins riche. Comme si la démonstration prenait le dessus : voilà ce que donne la marge masculine solitaire, voilà où ça mène.

      Et du coup, j’ai l’impression qu’il manque peut-être quelque chose. Pas une glorification. Pas un retour au mythe. Mais une zone d’ambiguïté. Un espace où cette vie pourrait encore troubler, résister, ne pas être entièrement contenue dans le verdict.

      • #137243 Répondre
        Seldoon
        Invité

        « Et du coup, j’ai l’impression qu’il manque peut-être quelque chose. Pas une glorification. Pas un retour au mythe. Mais une zone d’ambiguïté. Un espace où cette vie pourrait encore troubler, résister, ne pas être entièrement contenue dans le verdict. »
        Ma théorie est que cet espace est celui du charme superficiel. De l’acteur, des bagnoles, de la reconstitution des 70’s, et pourquoi pas même des flics qui s’amusent à la fin. Gamineries dont la surface est charmante. C’est pas la défense la plus éclatante de la virilité, je te l’accorde.

        • #137256 Répondre
          Dwl
          Invité

          Mmmh, je ne sais pas trop… Parce que ce charme superficiel qu’il pourrait y avoir dans la gaminerie n’est pas vraiment épousé par le film.

          En y réfléchissant, ce qui me restait surtout, c’était la première scène, où elle filme au premier degré, sans contrepoint, le vol de la statuette. Là, dans les déplacements, l’attention portée aux gestes, et la musique qui démarre au moment où une brèche devient possible, elle retranscrit cette malice du petit voleur, cette habileté du pickpocket, et ce petit emballement émotionnel avec une forme d’excitation portée par la musique qui démarre à ce moment là.

          Mais après, dans le reste du film, elle en enlève finalement tout le charme, même superficiel.

          On n’épouse pas la gaminerie des flics comme on épouse ce vol du début. Au contraire, on s’en éloigne. Et par contraste avec ce qui est politiquement en jeu, le côté puéril ressort d’autant plus.

          Même la « gaminerie sérieuse » qui consisterait à partir à la guerre est assez bien montrée en quelques plans : dans le bus, Mooney regarde un couple avec un enfant dont le père est en uniforme de soldat cut la mère seule avec l’enfant, le père parti. On comprend.

          C’est dommage parce que montrer ce charme, le monde dans lequel ces types ont grandi, les films qu’ils ont vus, les jeux auxquels ils jouaient petits, les récits d’aventure qui ont façonné leur imaginaire, les discours qu’on leur a tenus sur le courage, la virilité, l’honneur, et finalement la vie d’adulte qui leur est proposée (souvent plus terne, au destin moins grand) permettrait de comprendre pourquoi tous ces hommes sont attirés par ces « gamineries » d’une certaine manière.

          On verrait alors moins une simple puérilité qu’un décalage entre un imaginaire héroïque nourri dès l’enfance et une réalité qui offre peu d’espaces pour l’incarner. Ce serait peut-être aussi un peu moins moralisateur. Cf un livre écrit par une certain François Bégaudeau paru en ce début d’année.

          • #137258 Répondre
            Schnoups
            Invité

            « Parce que ce charme superficiel qu’il pourrait y avoir dans la gaminerie n’est pas vraiment épousé par le film. »
            L’humour est peut être la réponse à ces questions. L’humour qui commence dès le titre, ironie qui devient évidente quand le vol s’avère être une catastrophe. Dès le début est drôle cette manière qu’il a de voler une petite statuette et de la fourrer dans le sac de sa femme. Ensuite j’ai trouvé très drôle cette manière qu’il a de lacer ses lacets devant le gardien, comme pour se griser, se faire une petite montée dérisoire d’adrénaline. Et son errance est distillée de ces moments où on se dit, c’est pitoyable ce qu’il fait et c’est drôle. Quand il appelle sa femme, soit disant pour lui dire qu’il va bien et prendre des nouvelles alors qu’il veut de l’argent, quand Maud nous fait bien remarquer qu’il n’a aucun scrupule à se réfugier chez eux alors qu’il les met dans une bien mauvaise position, puis le vol de la petite mémé, puis le hippie qui lui rend le portefeuille, et la fin dans le fourgon sur lequel il tambourine comme si lui n’avait vraiment rien à faire là, et bien sur ce flic qui fait le con et qui nous fait sourire alors qu’il vient de tabasser des pacifistes.

          • #137261 Répondre
            Seldoon
            Invité

            On est à peu près d’accord et complètement d’accord avec le fait que c’est un défaut artistique (mais cette radicalité est aussi ce qui m’en reste et continue de me faire penser des semaines après l’avoir vu). Cette histoire de charme masculin est un espace déjà ténu et Reichardt le combat quand elle peut au sein même du film. Reste que l’acteur a du charme et qu’il lui en reste un brin presque jusqu’au bout (l’agression de la vieille étant le dernier clou), reste que Kelly épouse parfaitement les grosses (« interminables » dira K en interview et de façon positive) bagnoles.

            • #137305 Répondre
              Schnoups
              Invité

              Oui, la jolie gueule déstabilise un peu. Même si c’est le classique du cinéma que de nous soumettre des jolis garçons. La dissolution de ce charme se fait quand même très rapidement et subtilement. Notamment sa manière de marcher à la suite de sa femme à la sortie du musée, un peu recroquevillé sur lui-même, la suivant comme un enfant, ne répondant pas à son fils. Il n’est ni amant, ni père. J’aime bien aussi lorsqu’il porte le pantalon beaucoup trop court de son pote au moment de les quitter, ce qui construit par l’accessoire le côté ridicule du garçon. Et dans le même style cette manière récurrente qu’elle a de nous le filmer récupérer le journal en caleçon/pull alors que sa femme part bosser.

              • #137312 Répondre
                Charles
                Invité

                Sa belle gueule contre laquelle KR ne peut pas grand-chose et qu’elle ne se prive pas de filmer – à l’inverse de Franco avec le danseur -, elle le reconnait d’ailleurs à demi-mot en interview.

                • #137347 Répondre
                  Seldoon
                  Invité

                  Aha, Kelly elle-même valide ma théorie ?

      • #137246 Répondre
        Alexandre
        Invité

         » la fin, en face de lui une agression mais son regard est happé par le sac de la mamie. « 

        Enfin (sauf erreur) quelqu’un qui parle de ça! Et encore, tu ne dis pas qu’il va le lui piquer, ce sac. Ce personnage braque le sac d’une vieille! Ce qui achève de le déchoir.

        • #137248 Répondre
          Dwl
          Invité

          dans Wendy et Lucy, voilà c’était de la nourriture pour son chien tout mignon, là j’imagine Reichardt à son bureau qui parmi toutes les typologies de vols possibles choisit la mamie sans défense ahah bon c’est assez clair effectivement

          • #137250 Répondre
            François Bégaudeau
            Maître des clés

            « Pour moi il faut voir le dernier film de Reichardt non pas uniquement comme un film de braquage revisité, mais comme un contrepoint plus général aux films de « mecs ». »
            Bien sur
            C’est me programme général du cinéma de KR
            et ce contre-cinéma essaie avant tout de saboter la forme des films de mecs : leur énergie propre, leur vitesse, leur plénitude, leur plein, leur fanfaronnade, leur aplomb, leur certitude de soi, leur testosterone formelle
            quand je me demandais ce que pourrait etre une forme féministe dans CUM, c’est naturellement à KR que j’en suis arrivé

            • #137306 Répondre
              Schnoups
              Invité

              Un sabotage de la forme musclée des films de mecs mais je me pose une question à laquelle tu pourras peut être répondre au TVB, y’a t-il un sabotage d’une forme classique de la virilité ? J’ai pas l’impression, puisque le garçon est enfantin, ni amant ni père et qu’il est un bien mauvais « mastermind ». Je comprends bien que c’est plus compliqué de produire un sabotage avec un héros qui réussit son braquage, mais c’est pourtant le travail intéressant de Pickpocket de Bresson dont le héros atteint une virtuosité du geste, mais dont les éléments plus virils, ou plus conforme à des attentes conventionnelles sont toujours contenues dans des empêchements, il se préoccupe de sa mère mais délègue le travail à la jeune femme dont il tombera amoureux, dès qu’il devient virtuose il est arrêté par la police, il finit par aimer mais juste au moment où il est emprisonné, il est taciturne et solitaire et pourtant une forme de charisme ressort de cette sobriété triste, une forme même d’intelligence et de beauté qui se loge peut être surtout dans sa marginalité même plus qu’à un talent possible ou un amour possible. Je partage une réflexion, c’est brouillon, mais c’est peut être par là que se loge l’ambiguïté de Mastermind que cherche Dwl.

              • #137313 Répondre
                Charles
                Invité

                Je suis en partie d’accord avec Dwl sur le manque d’ambiguïté et le titre du film, Mastermind, en est le versant caricatural : trop évident, trop ironique, trop facile. Mais l’intérêt de cette univocité est sa radicalité – le héros est insauvable – et KR ne dresse pas un réquisitoire formellement, ça se joue beaucoup sur des détails, sur des choses sur lesquelles on n’insiste pas (et qui ne sont pas pris en charge par les dialogues de façon trop explicite) jusqu’à l' »accélération » finale – on n’est pas chez Netflix quoi.

                • #137317 Répondre
                  Schnoups
                  Invité

                  Ce que je dis plus haut relèverait plutôt un angle mort.
                  Je ne trouve pas le titre du film trop ironique ou trop facile, il faut se remettre dans la peau quand on voit le film pour la première fois, pas après avoir discuté et lu trois entretiens. L’humour est subtil dans ce film et donc l’ironie du titre est très bienvenue.
                  Pour la radicalité et l’aspect insauvable il me semble qu’on est tous d’accord.
                  Et ce qui se joue dans ces fameux détails que tu ne détaille pas se rapportent à coup sûr à la forme du film.

                  • #137320 Répondre
                    Charles
                    Invité

                    Je les ai détaillés plus haut avec d’autres.
                    Je ne comprends pas ta remarque sur le titre du film, pas besoin d’avoir lu les entretiens de KR pour saisir sa dimension ironique qui apparaît au bout de 15 minutes.

                    • #137321 Répondre
                      Schnoups
                      Invité

                      C’est pas ce que je veux dire. Quand on a pris de la distance par discussion et lecture on affirme des choses qu’on affirmerait absolument pas juste après avoir vu le film.
                      Ce que je veux dire c’est que lorsqu’on reçoit le film la dimension ironique apparaît et ça fait sourire mais ce n’est pas Trop ironique ou Trop facile, vraiment pas étant donné l’humour subtil, tranquille qu’il y a dans ce film, étant donné l’aspect hyper cruel envers ce perso insauvable comme tu dis. Cette fameuse radicalité. Ce que je détaillais plus haut sur l’humour du film est la moindre des choses quand on suit le trajet d’un tel personnage. Cette subtilité a d’ailleurs fait que ce n’est véritablement qu’à la deuxième vision que j’ai pu vraiment apprécier la deuxième partie.

                      • #137326 Répondre
                        bendicte
                        Invité

                        Décidément tu comprends tout le temps tout de travers.

                      • #137332 Répondre
                        Schnoups
                        Invité

                        Putain, j’ai mon troll à moi les gars. C’est la consécration.
                        Je vais lui redonner un peu de croquettes parce qu’elle en écorche son propre pseudo.

                      • #137336 Répondre
                        Ostros
                        Invité

                        Bienvenue au stade ultimum premium
                        Oui, une étape a été franchie
                        Croquettes, caresses sur la tête
                        tout est bon pour encourager l’effort de ces dévoués
                        qui t’offrent leur temps
                        et leur passion
                        sans aucune demande de contrepartie
                        On est peut à être arrivés si haut dans le game
                        Donc félicitations

                      • #137337 Répondre
                        Ostros
                        Invité

                        peu* like a little

                      • #137327 Répondre
                        Charles
                        Invité

                        C’est pour ça que je disais que le titre en était le versant caricatural, le reste du film étant plus subtil en effet.

                      • #137344 Répondre
                        Tony
                        Invité

                        Pour en rire un peu,on peut signaler que le film s’ouvre sur le vol de la figurine et que notre Mastermind est déjà condamné à nos yeux puisqu’il la dissimule dans le sac de sa femme, à son insu et en lui en faisant porter la responsabilité, déjà c’est pas courageux et en plus c’est ignoble,et le dernier vol est le sac de la mémé,du même acabit,je suis un peu surpris que certains y voient de la subtilité.

                      • #137346 Répondre
                        Seldoon
                        Invité

                        La force de la première scène vient de l’ordre dans lequel nous arrivent ses informations. On se fait 3 films différents avant d’enfin arriver à ce que tu dis, d’où subtilité.
                        La force de la dernière scène vient du fait que le parcours du personnage aboutit à tout ça d’une façon qui nous fait sentir a posteriori que c’était évident. D’où subtilité dans la radicalité.
                        D’où absence de surprise.

                      • #137349 Répondre
                        Tony
                        Invité

                        Oui je force un peu,mais enfin dès le départ ce personnage nous est antipathique et il le restera jusqu’à la fin,en soi c’est pas un problème mais ça rend le film un peu étroit, ça manque d’ambivalence et on pourrait croire que KR n’en fait qu’une condamnation morale, qu’elle fait le procès de l’irresponsabilité.

                      • #137350 Répondre
                        Seldoon
                        Invité

                        Je crois qu’on est tous d’accord.

      • #138861 Répondre
        Ourson
        Invité

        Ce que tu dis résonne beaucoup chez moi parce que je suis un « amateur de films de mec ». Les « mâles sigma » aussi loser soient-ils qui entreprennent des trucs risqués et le font bien, ça « m’excite » en toute hétérosexualité.
        Je ne connaissais pas Kelly Reichardt avant d’avoir vu The Mastermind. Petite musique de Jazz, petite ambiance des 70s, petite réunion de mecs dans le grenier : ça y’est j’y étais, je savourais déjà mon petit film de smooth criminals décalés. Je m’attendais à un genre de Logan Lucky ou de Ocean 11 avec des bras cassés un peu goofy, mais un peu compétents quand même quand ils veulent, voire chanceux. J’étais tout enthousiaste à l’idée de voir des « braqueurs en douceur ». Et puis ça s’est pas passé comme prévu.

        Pendant les trois premiers quarts du film je m’attendais à ce que le héro fasse sa remontada, en imaginant qu’il convainque à nouveau ses potes, qu’il finisse par re-braquer les mafieux avec cette fois-ci un vrai plan de génie, en menant les flics en bourrique avant de s’échapper sur une île paradisiaque. Je pensais que le musée était son coup de chauffe parce que quand même, « the mastermind » quoi merde !
        J’ai commencé à arrêter d’y croire au bout d’une heure 30 de film, je me suis dit « ah ça y’est c’est reparti » quand il a observé le sac de la mémé, « c’est sûrement un pickpocket de génie après tout, c’est son moment ». Eh bah non, d’ailleurs ce n’était pas un pickpocket mais un vulgaire arracheur de sac, l’image typique de ce qu’il y a de plus médiocre en termes de voyoucratie, et c’est à ce moment-là que j’ai compris ce que le film montrait (il était temps).

        Je suis sorti du film presque déçu mais pour les mauvaises raisons et je le savais : j’étais comme un gosse qui a fini par accompagner sa mère faire du shopping alors qu’il pensait aller à la Grande Récré (scène vécue : à Toulouse C&A et la Grande Récré sont dans le même bâtiment). J’ai pas eu mon film de mâle sigma dans lequel j’aurais pu tenter de m’identifier un peu et tirer une jouissance de la revanche du héros.
        Avec le recul et quelques heures passées + les critiques ici et là autour du film, je me rends compte que je l’apprécie pour ça. J’avais des attentes de petit garçon égoïste, Kelly m’a dit « mon grand t’as plus 12 ans, la vie c’est pas un bonbon, il se passe d’autres choses autrement plus importantes que des voyous qui se prennent pour Arsène Lupin ». Car moi-même, je n’avais pas tant relevé le contexte social dans le film puisque j’avais les mêmes piètres intérêts que le protagoniste.

        J’ai fait part de mon désarroi à ma copine quand le générique s’est lancé, elle a répondu un truc du style « haha t’es trop habitué aux films hollywoodiens toi. »
        Elle a bien saisi le film puisqu’il elle a senti dès le départ la médiocrité du « héro », dans ses rapports à ses potes, à sa famille y compris sa propre mère. Sauf que pour le coup, ça lui a déplu : le fait qu’un film s’attarde deux heures sur un vieux type médiocre et sans grand intérêt, a rendu le film un peu médiocre et sans grand intérêt à ses yeux, de ce que j’ai compris, elle a posé sur le film le regard que Reichardt a posé sur son personnage j’ai l’impression, ce qui démontre peut-être que le film est réussi ?

        • #138869 Répondre
          Ourson
          Invité

          Pour revenir à la scène de l’arrachage de sac, même là on est encore sur une tentative de Smooth Criminal : se fondre dans la foule après une action dangereuse c’est le genre de truc que beaucoup d’hommes fantasment, ça se fait beaucoup dans les films d’action et on peut même le rejouer dans Assassins Creed ou hitman.
          On croit encore qu’il est plus malin que les autres après avoir fait tomber le porte-monnaie, et au final c’est ce qui cause sa perte de la manière la plus ridicule possible

    • #137180 Répondre
      bibinard
      Invité

      se çouar jeu vé regaredét l’ail phbote dytshkauk
      çé pamalle jeu lét daigea vu
      sé tan vého é an nouaréblant

      • #137186 Répondre
        Alexandre
        Invité

        « l’ail phbote dytshkauk »
        Ça y est , je l’ai.

        • #137187 Répondre
          Tony
          Invité

          Oui moi aussi j’ai eu du mal,il a mis le titre et le real à la suite l’enfoiré.

    • #137241 Répondre
      hélène
      Invité

      Bonjour, quelqu’un a vu Les Dimanches ?

      • #137310 Répondre
        stephanie
        Invité

        demain

        • #137414 Répondre
          Antonin
          Invité

          Très bon Stéphanie

    • #137266 Répondre
      cinema
      Invité

      J’ai vu Los domingos. Et j’ai beaucoup aimé, il infuse encore et encore.

      • #137469 Répondre
        hélène
        Invité

        Oui moi aussi j’ai beaucoup aimé, j’aurais limite aimé n’être qu’avec Ainara, sans les échanges entre le père et la tante.

        • #137474 Répondre
          cinema
          Invité

          Tellement juste. Je l’ai prise avec moi Ainara.

    • #137454 Répondre
      Choupinou de Bruxelles
      Invité

      Et Ella McCay, vous l’avez vu ? Vous en pensez quoi ?
      J’avais jamais entendu parler de ce réalisateur avant, et j’ai découvert que ça faisait événement, dans les cahiers de janvier ou dans Sorties de secours ils le considèrent comme quelqu’un d’important. Donc j’ai regardé le film, et hier il y a eu un live très intéressant sur microciné, même si pas toujours compréhensible parce qu’ils ont l’air de s’adresser à des connaisseurs du bonhomme. Le barbu est le plus clair des quatre et il fait de bonnes analyses

      • #137601 Répondre
        Baptiste B
        Invité

        J’ai vu Ella McKay. C’est un film qui nous martèle toutes les cinq secondes à quel point son personnage central est sympa, génial et vertueux. Et hasard qui aura échappé à peu de monde, Ella devient une gouverneur démocrate en 2008. Je ne crois pas que le film cherche à démontrer plus que ça, à organiser autre chose que ce faux face à face entre la vertu fabriquée du personnage et une représentation simplifiée et infantile de l’exercice du pouvoir.

        La réception du film est plus intéressante que le film lui-même. L’idée récente et consensuelle comme quoi James L Brooks est un des plus grands réalisateurs américains de ces quarante dernière années me paraît intellectuellement complémentaire à la haine que certains critiques portent à Ostlund, Lanthimos, Haneke et Franco déjà commentée sur le forum. S’il existe des cinéastes cyniques, à l’inverse il y a les pas cyniques. Ils sont « purs » et « premier degré », et ils ont « une foi obstinée en la possibilité qu’a le cinéma de nous améliorer » . Je cite l’article de critikat sur le film, Memcilovic dit à peu près la même chose de l’oeuvre de Brooks pour la défendre dans Sortie de Secours, et l’argumentaire est similaire dans l’article des Cahiers, de Libé et des Inrocks. Ella McKay est un conte de fée centriste, et le charme suranné de sa forme rassure les critiques qui ont besoin d’être dorlotés par des repère esthétiques (Capra, McCarey cités à tout va), des repères moraux (une femme démocrate persécuté de partout pour son idéalisme), des repères politiques (l’exercice du pouvoir est une question purement morale et technique).

        • #137662 Répondre
          Malice
          Invité

          Anecdote personnelle qui va sûrement déprimer Momcilovic : cette année, en atelier théâtre dans un cfa, je fais faire une lecture de la scène des oeufs et de la jambe cassée de « Funny Games » à des jeunes qui n’ont pour la plupart jamais fait de théâtre; l’ (apparemment) plus douce et sensible de mes apprentis joue la mère; un mois plus tard je la retrouve les yeux brillants d’avoir vu l’intégralité du film d’Haneke, elle me remercie de lui avoir fait découvrir le réalisateur…Je précise que j’avais cité l’auteur mais prévenu que la suite du film était très dure, que moi-même je ne pensais pas être capable de la revoir et qu’il n’était pas nécessaire de tout voir pour bosser à partir des scènes sélectionnées ( j’avais mis en avant le fait que je voulais travailler la scène car le suspense, la tension étaient intéressantes à jouer).
          Par le suite, impro pour chercher des idées autour du thème de l’intrusion, écriture avec les jeunes de scènes inspirées de ces fragments du film; même travail à partir d’extraits de films de Lanthimos ( Bugonia et La mise à mort du cerf sacré) : les jeunes jusqu’ici très frileux à l’idée de jouer devant un public me disent qu’ils veulent le faire, pour ces textes-là. Au bout de deux ans de galère je vais enfin pouvoir organiser un spectacle avec eux, grâce à nos amis les cruels froids misanthropes etc.

    • #137460 Répondre
      Malice
      Invité

      Après « L’inconnu du nord express » par FB, « Psychose » par La Phase

      • #137461 Répondre
        Alexandre
        Invité

        C’est presque dommage de révéler cet étonnant fondu qu’il faut découvrir en live, façon subliminale.

        • #137545 Répondre
          Malice
          Invité

          Il faudrait que je revoie le film ( vu une seule fois à l’adolescence), la piste de la possession fantastique est intéressante.J’aime bien l’idée que le titre fasse mine d’accréditer la thèse de la folie pendant que le film développe un univers de conte horrifiant.

          • #137546 Répondre
            Malice
            Invité

            Dans « L’ombre d’un doute » je vois aussi cet univers de conte : la jeune fille qui affronte le diable dans une chaumière rassurante qui pourrait être celle du chaperon rouge avant la rencontre avec loup.
            Et il y a peut-être possession fantastique aussi car l’oncle Charlie est devenue psychopathe suite à une simple chute, ce qui est très bizarre.

      • #137462 Répondre
        Malice
        Invité

        A propos de la vraisemblance des scénarios de Hitchcock, évoquée dans le ciné club de François et ici aussi, je me souviens d’avoir revu  » Le meurtre était presque parfait  » et m’être dit que le dernier climax du film était impossible ( attention spoiler : les flics qui participent au piège du mec sur la base d’une histoire de clé cachée)

        • #137583 Répondre
          ziggypop
          Invité

          revu aussi il y a quelques jours, ce flic est effectivement une pure invention cinématographique — ou plutôt théâtrale, presque farcesque (on aurait dû parler davantage du génial ludisme d’Hitchcock, particulièrement prégnant dans ses personnages de flics/détectives)

          • #137584 Répondre
            Malice
            Invité

            Dans « Stage fright », on a ce jeu presque vaudevillesque avec l’héroïne qui se grime, trompe le flic amoureux d’elle ( dommage, l’acteur est un peu falot, le rôle assez ingrat)

            • #137587 Répondre
              ziggypop
              Invité

              pas vu celui-là, je me le note
              y a presque du Lubitsch (version macabre) là-dedans

              • #137591 Répondre
                Malice
                Invité

                Oui, chez Lubitsch on est dans des situations qui mettent en jeu des rapports de force ludiques; les scènes sont travaillées par des suspenses, des tensions. Je pense à Cloony Brown dont on se demande à chaque séquence comment elle va mettre les pieds dans le plat, et comment l’écrivain fauché va finir par obtenir le fruit de ses manipulations ( entre autres pour l’attraper, elle)

      • #137683 Répondre
        Schnoups
        Invité

        Vous le trouvez intéressant ce podcast sur Psychose ?
        Vous trouvez qu’il reste « au ras des pâquerettes » comme il dit le souhaiter ?
        Moi je crois malheureusement qu’au bout de 5 minutes il est allé tellement haut qu’il voit même plus le vert de l’herbe dans laquelle s’épanouissent les pitites pâquerettes.
        J’ai arrêté en soufflant au moment où il dit (35 ème minute) : « Marion dans un schéma psychique un peu fou utilise Norman comme un moyen de se tuer, comme un moyen d’accomplir la vengeance de sa propre mère et Norman fantasme sa mère et Marion utilise Norman comme un moyen d’achever sa culpabilité et d’avoir la vengeance de sa mère et que peut être que aussi la mère de Norman c’est peut être aussi la mère de Marion… » Avant ça c’est beaucoup sur la psychologie des personnages, la fameuse dualité, le refoulement bidule, la forme principale du film qui serait l’enfoncement, quelque chose comme ça sur laquelle il consacre cependant peu de temps, sur l’aspect enfantin des personnages. Souvent on se dit, oui, c’est pas faux, certes, mais est-ce que c’est vraiment intéressant ça ?. En tout cas ce qu’il en fait dans sa critique ne me parait pas intéressant. ça commençait bien avec le noir et blanc et les fausses pistes pourtant.
        Je crois que c’est pas trop mon truc moi La Phase.
        J’essaierai quand même celui sur Lost Highway.

        • #137685 Répondre
          Malice
          Invité

          J’ai trouvé intéressante l’idée que Marion comme Norman sont pris dans des rapports qui les infantilisent. Dans mon souvenir Marion planifiait le vol avec son amant, était en quelque sorte une Bonnie de Clyde, tellement « adulte » qu’elle osait accomplir un délit qui risquait de lui faire tout perdre. Le podcast a pour moi ouvert le sujet des impulsions enfantines des personnages. L’hypothèse de la naïveté de Marion, sa peur constante, sont des choses que je garderai à l’esprit en revoyant le film.
          J’ai aimé que Ziggypop et son comparse ( Stoogebowie? Pas terrible ma blague) pointent l’ironie du deuxième couple, faux époux qui paraissent vrais et au grand jour.
          @Schnoups je pense vraiment que prêter une oreille aux autres critiques vaut la peine ( Lost Highway, Bugonia, entre autres, vraiment super)
          Question pour La phase : vous êtes journalistes/pigistes ou bossez-vous dans un domaine qui touche le cinéma?

          • #137692 Répondre
            Schnoups
            Invité

            Quand il parle du côté enfantin des personnages il dit que tous les adultes sont enfantins. Je crois bien qu’il le dit au-delà même du film. Mais se rapportant à un film on se dit, ok tous les adultes sont enfantins, donc au cinéma tous les personnages adultes sont enfantins, ok, mais dire que tous les adultes sont enfantins c’est annuler l’aspect enfantin, donc pourquoi en parler ? Bon mais acceptons, en quoi est ce que c’est vraiment remarquable dans Psychose, qu’est-ce que ça apporte vraiment dans l’étude du film ? Pas grand chose je trouve. Est-ce que vraiment, la réaction de tension et de peur de Marion face au flic est « enfantine » ? Je ne trouve pas, elle est assez banalement liée à son vol et à sa fuite. Tout comme passer du temps sur un Norman enfantin ne me parait pas très intéressant, moi m’intéresserait plus qu’on parle du jeu de cet acteur, de ce que fait Hitch de ce corps, par exemple. Je peux comprendre que ça t’intéresse mais moi c’est pas vraiment ce que j’attends quand on me dit qu’on va rester proche d’un film. Il est d’ailleurs remarquable que dans cette grosse première demi-heure il n’y ait pas de pause et d’analyse précise d’une scène ou séquence.
            A un moment il dit que le plan de Norman regardant la voiture s’enfoncer n’a aucun intérêt en soi, il est coupé par son comparse qui dit qu’il aime bien le moment où la voiture arrête de s’enfoncer pour ensuite reprendre. Là il ne reprend pas du coup cette idée du « non intérêt », parce qu’en fait elle est géniale cette scène. On l’a tous bien en tête d’ailleurs, et je ne pense pas que ce soit parce que ça illustre la forme du refoulement ou de « l’enfoncement » qui serait au travail dans cette scène ou dans le film. J’espérais qu’il y revienne ou qu’il s’y arrête vraiment, mais non. Dommage.

            • #137693 Répondre
              Schnoups
              Invité

              J’avais pas compris que La Phase lisait le forum. Je m’appelle Schnoups pour le oups.
              J’aurais peut être été moins brutale les gars !

            • #137697 Répondre
              Malice
              Invité

              « Est-ce que vraiment, la réaction de tension et de peur de Marion face au flic est « enfantine » ? »

              En revoyant le film, je trouve que c’est le flic qui l’infantilise, semblant considérer qu’une femme seule au volant, qui dort dans sa bagnole, est à surveiller. C’est assez hallucinant de le voir fixer Marion depuis l’autre côté de la rue quand elle échange sa voiture.
              Il m’a semblé que La phase insistait sur la façon dont Hitchcock fait ressortir le fait que les deux héros en particulier sont « jumeaux » dans l’enfance ( drôle de phrase pardon). La scène où Marion mange ses tartines ( cf goûter de petite fille) en écoutant Norman dire qu’il est un  » garçon » ( a boy’s best friend is his mother) souligne cela. ça ne veut pas dire qu’Alfred le souligne chez tous les personnages.
              En ce qui concerne l’analyse de séquence on a quand même la description de la mort du détective, après son inspection de la maison; celle des voix offs du film, mais peut-être que tu veux dire que tu aurais aimé des analyses encore plus détaillées?

              • #137717 Répondre
                Schnoups
                Invité

                « En ce qui concerne l’analyse de séquence on a quand même la description de la mort du détective, après son inspection de la maison; celle des voix offs du film, mais peut-être que tu veux dire que tu aurais aimé des analyses encore plus détaillées? »
                J’ai arrêté à presque 40 minutes avec la phrase citée plus haut qui m’a achevée. J’aurais aimé des études de scènes ou séquences oui, plus posées, plus arrêtées et surtout beaucoup moins hors sol.
                Ce truc du double et de la dualité des personnages d’Hitch c’est vieux comme l’histoire de la critique sur Hitch. C’est avec L’ombre d’un doute qui pousse cet aspect le plus loin que la critique française a commencé à s’intéresser à Hitchcock et à écrire sur ses films. Donc ce n’est pas faux que des résonances existent entre Marion et Norman, mais ce qu’il en fait dans le podcast ne me parait pas intéressant. En tout cas moi ça me perd et j’y comprend plus rien et j’arrête.
                Dans L’ombre d’un doute on a là aussi Charlie nièce et Charlie l’oncle qui sont filmés de la même manière, mêmes postures dans les premiers plans qui leur sont consacrés, mêmes prénoms, la nièce dit à son oncle que c’est son jumeau. Mais est-ce qu’il faut partir sur la psychologie des personnages pour autant, leur enfance, le rapport à la mère ? Ce ne sont pas les meilleurs moments d’Hitch quand il part un peu là dessus, ça me parait plus intéressant de voir que ça sert l’intuition aiguisée de l’un envers l’autre qui va les faire passer d’un presque couple incestueux à une confrontation mortelle qui est très jouissive à suivre dans le film. Le meilleur d’Hitchcock d’ailleurs. Assez génial le coup de fredonner la valse sur laquelle son oncle a fait danser les veuves qu’il a dépouillées et tuées. La seule femme qu’il aime vraiment est celle qui le traquera sans relâche et qui finira par le tuer. Intense face à face.
                Mais là aussi on pourrait aller vers le pourquoi il va mourir chez sa sœur, pour se faire tuer par sa nièce avec des raisons psychologiques etc. etc

                • #137743 Répondre
                  Malice
                  Invité

                  Ce que je trouve intéressant dans le point de vue de La phase sur Psychose c’est que ce thème du double, je l’ai entendu 1001 fois au sujet de L’inconnu du nord express, de Vertigo of course, et de l’Ombre d’un doute, mais jamais au sujet de ce film-là. Tu me diras, encore faut-il que ce soit pertinent; il se trouve que ce point de vue m’a paru valable. Cela dit, ce n’est qu’une partie de ce numéro de La Phase ( je n’avais pas capté que tu n’avais pas poursuivi l’écoute).
                  Tu as écouté les autres analyses de film?

                  A part ça l’ombre d’un doute est mon Hitch préféré
                  Cette idée géniale de l’irruption du meurtrier dans la maison de son antagoniste parfaite, sa soeur si douce, dans ce décor de comédie familiale. Il paraît que la scénariste, Sally Benson, a aussi écrit « Le chant du Missouri », c’est peut-être pour ça qu’on a ce si beau contraste entre l’ordure et la propreté, la bonté et la perversion.

                  • #137744 Répondre
                    Malice
                    Invité

                    Le « I brought you nightmares » de tonton Charlie, iconique comme dirait Sacha Béhar

                  • #137746 Répondre
                    Alexandre
                    Invité

                    S’il fallait vraiment n’en élire qu’un, je crois que mon Hitchcock préféré serait Les Oiseaux.
                    Un des plus beaux films du monde avec ses trucages merveilleux et cette fin si sombre, si apocalyptique.
                    J’en aime aussi le côté Hergé : cette ornithologue tout à fait excentrique ne déparerait pas dans L’Etoile mystérieuse.

                    • #137750 Répondre
                      Malice
                      Invité

                      Les oiseaux, bon film de peur mais je ne le reverrais pas tous les ans comme je le fais avec L’ombre d’un doute, que je trouve plus riche, plus malaisant, contrasté ainsi que je le disais plus haut. Et Hitchcock nous sert le point de vue de la jeune fille, Breillat-compatible, ce qui achève de me le faire adorer.
                      La fin de L’ombre… m’intéresse beaucoup plus que la fin apocalyptique. D’un côté la grande question ouverte de la vie future de Charlie, comment va-t-elle se démerder avec ce poids familial et tragique; de l’autre la famille repliée sur elle-même par la peur des monstres du déhors.

                      • #137755 Répondre
                        Schnoups
                        Invité

                        Dernier plan assez drôle puisqu’il y a beaucoup d’humour noir dans ce film et où l’on voit celle qui a dit à son oncle « si tu ne pars pas je te tuerai » et ce bien avant d’essayer de joindre le policier pour qu’il lui vienne en aide. Policier à côté de qui elle se tient sur les marches de l’église, à l’écart de la cérémonie religieuse donc et qu’on voit déjà mariés, le flic et la « tueuse » qui lui dit que bon, de toute façon tonton n’aurait jamais été heureux.

                      • #137761 Répondre
                        Malice
                        Invité

                        J’aime bien le contraste entre le flic peu charismatique et l’oncle très séduisant; on peut presque se dire qu’une partie obscure de Charlie, devant la tombe, a le seum que la star de la famille ait disparu, dans tous les sens du terme ( l »illusion du parent désirable en même temps que sa personne). Il ne reste plus que le réel de ce futur mariage qu’on imagine peu excitant : est-ce que Charlie ira jusqu’au bout de cette union ou vivra-t-elle plus d’aventures? A propos des illusions de la famille, ce film est très fort. Qu’aime Charlie chez cet oncle qu’elle n’a pas fréquenté tant que ça?

                      • #137762 Répondre
                        Malice
                        Invité

                        Je veux dire, qu’aime-t-elle quand elle pense à lui et songe à lui écrire de visiter la famille? On est en plein dans le fantasme

                      • #137764 Répondre
                        Malice
                        Invité

                        Un dernier et j’arrête : j’ai revu Stoker, le seul film que je considère raté de Park Chan Wook; le scénario de Wentworth Miller court derrière l’Ombre d’un doute sans avoir compris ce qui fait son intérêt : l’enracinement de l’histoire dans un quotidien très concret ( dans Stoker on est enfermés avec des personnages déconnectés du monde), le choc du mal quand il rencontre la psyché d’une jeune fille protégée qui s’ennuie.

                      • #137807 Répondre
                        François Bégaudeau
                        Maître des clés

                        au passage je recommande le dernier Park, ici et là malmené
                        j’y trouve confirmation qu’on tient là un ami
                        je me suis même dit que je le préférais à Bong (même si me frappe surtout leur gemellité d’humeur)

                      • #137810 Répondre
                        Malice
                        Invité

                        Je préfère Park à Bong aussi
                        Je crois que ça tient entres autres au fait que les personnages de Park me paraissent plus troubles que ceux de Bong; j’aime aussi sa grande sensualité, que ce soit dans la souffrance, la mort, l’amour. J’ai vu JSA dernièrement, qui a rejoint dans mon palmarès The handmaiden » et  » Decision to leave », une superbe histoire d’amitié nord et sud coréenne ( filmée comme l’amour de « Decision to leave ») où l’acteur qui joue le père de « No other choice » aime le père de « Parasite ».
                        Aimé le dernier, comme d’habitude parcouru d’idées avec un grand I : l’engueulade avec la musique à fond, la morsure de serpent, le dialogue au sujet du « cochon » enterré; cette dernière séquence où jouent les machines.

                      • #137792 Répondre
                        Schnoups
                        Invité

                        Elle se l’imagine écrabouillé par un train lancé à pleine vitesse. D’où le petit sourire narquois.
                        Pour sûr c’est ça.

                      • #137811 Répondre
                        I.G.Y.
                        Invité

                        Dernier Park malmené par moi-même entre autres, alors que j’y allais en ami. Plus que dubitatif sur cette orgie formelle qui m’a progressivement complètement lâché, intégralement déconnecté de tout intérêt pour les personnages (alors même que le principe de base, qui est certes celui du roman, est excellent). Raison pour laquelle j’aurais aimé qu’il soit plus discuté ici, pour voir.

                        Il y a quand même deux-trois trucs marrants (la scène où le type perd le réseau quand il se fait appeler par le personnage principal par exemple)

                      • #137812 Répondre
                        François Bégaudeau
                        Maître des clés

                        j’ai ri plus souvent
                        et je ne trouve pas qu’il y ait orgie formelle, sa mise en scène est souvent très précise
                        et cette fin dans l’usine intelligente est géniale non?

                      • #137818 Répondre
                        Malice
                        Invité

                        Oui! J’en parle plus haut, les scènes où il n’y a plus d’humain à bord, conclusion parfaite

                      • #137815 Répondre
                        Malice
                        Invité

                        C’est l’inverse pour moi : je n’aimais pas le principe de base, par peur des gros sabots qu’ils pouvaient mettre aux pieds de PCW; finalement je me suis détendue et j’ai apprécié le parcours du héros. Il ne devient pas totalement dingue et meurtrier dès son renvoi, comme dans un film naze; il n’enchaîne pas en psychopathe les meurtres. Il passe son temps à négocier avec eux, à être retardé dans l’éxécution, comme si PCW avait voulu étirer ces moments pour en dégager la comédie tragique. Cela dit ces ralentissements créent une forme hybride à laquelle on peut trouver des longueurs ( contrairement au rythme de Decision to leave, parfait, voire un peu trop rapide – j’ai dû revoir le film pour tout bien saisir).
                        Mais ce personnage est à la hauteur de la filmo de Park : un homme pris entre des forces qui font que la question n’est plus de l’aimer ou le détester pour ce qu’il commet, mais de se passionner pour lui. Beaucoup pensé au prêtre vampire de son film « Thirst », dont les passions et le nouvel état de surhumain contaminent d’un comportement bestial, sans que les autres couches de sa personnalité soient purement absorbées par le mal.

                      • #137816 Répondre
                        Malice
                        Invité

                         » que les passions contaminent » pardon, ma joie de parler de PCW me fait écrire n’importe comment

                      • #137829 Répondre
                        K. comme mon Code
                        Invité

                        J’aime aussi le film. J’ai du mal à comprendre pourquoi celui-ci est autant malmené, je ne me suis pas ennuyé une seconde. C’est vrai que le personnage n’est jamais montré comme un homme qui accéderait au mal, y serait contraint à cause de sa situation. La fin montre bien que l’élimination de l’humain est au cœur de son métier. Il n’a pas de mal à éliminer les restes de mauvaise conscience quand son sort est en jeu. Il n’est pas gagnant. Personne ne l’est.

                      • #137835 Répondre
                        François Bégaudeau
                        Maître des clés

                        oui!
                        et quelle réjouissance de voir un personnage principal commettre deux crimes (le premier, notamment) sans que les scénaristes se démènent pour lui trouver une rédemptrice raison morale de le faire

                      • #137857 Répondre
                        Malice
                        Invité

                        En lisant K j’ai envie d’ajouter, au sujet de la façon dont le héros « recrute » les victimes : bien vu de le faire agir exactement comme un recruteur le ferait pour offrir un emploi, sélectionnant le meilleur profil

                      • #137858 Répondre
                        Malice
                        Invité

                        Son cri de réjouissance final, dans l’entrepôt : bien aimé aussi. Il se réjouit que le système fonctionne, ce qui pérennisera son job; se rend-il compte qu’il jubile aussi d’avoir contribué à faire le vide ( humain) autour de lui, de surcroit dans un lieu qui bientôt ne sera peuplé que de machines

                      • #137859 Répondre
                        Malice
                        Invité

                        J’ai été marquée par ce qui advient de la cellule familiale, une sorte de désintégration sur plusieurs plans : le refroidissement de tous à l’égard du père mais aussi ce qui est peu à peu révélé sur cette famille. La violence passée du père, son alcoolisme; le fait que ce clan est formé de plusieurs clans : la mère célibataire et son fils qui forment un premier noyau que le père a pris sous son aile ( et il faut voir quel type de soutien cela représente par la suite); la fille autiste qui semble n’être « en famille » qu’avec les deux golden retrievers ( ce qu’on perçoit dans la scène d’écoute par les chiens du concert de la gamine, la mère restant à la porte).

                      • #137865 Répondre
                        Alexandre
                        Invité

                        Aviez-vous aimé Mademoiselle, qui est un des trois Park Chan-wook que j’ai vus ?

                      • #137866 Répondre
                        Malice
                        Invité

                        Adoré

                      • #137867 Répondre
                        Malice
                        Invité

                        Du vieux pervers sadien à l’escroc en passant par le duo de femmes magnifique ( dont l’actrice de Hong sang soo), le meilleur avec Decision to leave, comme dit dans le dernier podcast Drapeau rouge

                      • #137869 Répondre
                        Alexandre
                        Invité

                        Alors adoré, je ne sais pas.
                        Mais j’en avais aimé le côté feuilletonnesque sulfureux, cinéma populaire à la fois feutré et dérangeant. Dans un autre genre, un peu à la manière du Verhoeven de Black Book.

                      • #137870 Répondre
                        Alexandre
                        Invité

                        Sinon, j’ai le souvenir d’avoir apprécié Decision to Leave. Mais je ne me rappelle de rien alors que cela n’a que trois ans et demi. C’est complètement cotonneux dans ma tête. Je me souviens de quelque chose d’envoûtant, de ouaté mais sans rien de structuré en mémoire.
                        Etrange.

                      • #137876 Répondre
                        Malice
                        Invité

                        Verhoeven et PCW ont la grande qualité de créer des personnages de femmes qui montrent tout l’intérêt qu’ils leur portent. J’ai entendu PCW dire que frustré par son personnage féminin de Old boy, pas assez développé, il a cherché à approfondir les filles dans ses films. Il aurait mis en scène Mademoiselle entre autres pour ça.

                      • #137873 Répondre
                        François Bégaudeau
                        Maître des clés

                        ses trois derniers films sont mes préférés de lui, avec peut-etre Mademoiselle en sommet

                      • #137875 Répondre
                        Malice
                        Invité

                        Très bon souvenir de cette scène de course où les deux filles s’échappent ensemble et où celle qui est censée être la plus retorse des deux semble s’être débarrassée de son malheur; où elle a ce sourire rayonnant et sincère.
                        Beaucoup aimé le duel final entre les deux salauds de l’histoire; l’escroc branleur a son pervers moment de gloire.

                      • #137872 Répondre
                        François Bégaudeau
                        Maître des clés

                        oui cet aspect là est très fin
                        c’est un manager, et il va manager sa réembauche
                        tant d’espace s’ouvre quand on n’est pas tenu par l’impératif de dessiner un personnage sympathique

                      • #137895 Répondre
                        I.G.Y
                        Invité

                        Comme je suis progressivement passé complètement à côté, j’aurais du mal à être précis. J’ai senti un film qui avait cinquante idées à la seconde, emporté par une frénésie qui, même formellement, m’a fait me dire en séance qu’il y avait une sorte de surcharge « à la tik-tok » — et vu le reste de sa filmo, ça me paraît volontaire. On peut parfaitement défendre qu’il y a tik-tokisation du recrutement moderne — le « travailleur » devient un « jobber » qui trouve des petits travaux sur des « plateformes », le terme a passé l’atlantique et se retrouve même sur des plateformes françaises bien installées — tout ça me convainc tout à fait « dans l’idée » voire dans certains pans du « réel », mais moins dans le film.

                        J’ai progressivement eu l’impression de beaucoup trop ressentir la plume du concocteur des gags que le déploiement des gags eux-mêmes et des situations. Je pense que ma jauge d’artificialité a été dépassée, et j’ai lâché les personnages, qui ne m’intéressaient plus vraiment — surtout les personnages secondaires. Je n’ai pas tellement aimé la longue séquence dans la forêt, la séquence dans le bureau de la première victime où il essaie de le tuer sur fond de musique assourdissante arrive déjà après 10 autres surcharges (symptomatique : les 10 maniques qui recouvrent le flingue, ça aurait pu marcher en soi, mais là c’est en trop). Ensuite la scène du bal costumé, encore un truc sorti de nulle part qui aurait pu marcher en soi mais fait figure de N+1ème gag fabriqué. etc…

                        Cette fin dans l’usine est bonne en soi, mais j’avais déjà le reste dans les pattes. Pour ma part je mets Decision to Leave très au-dessus dans mon souvenir (ce qui aurait pu ne pas être le cas si le film ne se relançait pas à un moment, de façon plutôt réjouissante, vers la moitié ou les deux-tiers — je ne sais plus bien). En matière de « gémellité d’humeur », j’ai largement préféré le mode de déploiement des gags et le grippage immanent, progressif et dévastateur des situations dans Parasite de Mr Bong.

                      • #137908 Répondre
                        Malice
                        Invité

                        La scène du bal m’a paru, à travers l’ambiguité de la question du costume ( le père ne se croit pas  » assorti » à sa femme, il est en fait son complément, John Smith pour Pocahontas, mais aussi d’un clan opposé, anglais contre indienne), et l’illustration de l’osmose entre l’épouse et son cavalier ( remplaçant du père) prolonger le thème de l’obsolescence du père : dans son travail, dans son couple, on peut lui substituer quelqu’un d’autre, bien plus aisément qu’il le pensait
                        Et cela permet la scène de la fouille du tiroir à culottes, qui m’a fait beaucoup rire – presque autant que celle de la morsure de serpent

                      • #137958 Répondre
                        I.G.Y
                        Invité

                        Ce que tu dis se défend. Je suis d’accord « sur le papier », mais « dans le film » ce fut pour moi une autre affaire. Plus que par « le geste » de PCW ici, j’ai été écrasé par son immense « somme de gestes ».

                        A revoir peut-être, un jour

                      • #137963 Répondre
                        Malice
                        Invité

                        Est-ce que la diversité des arcs du film ( celui de la petite fille autiste, du fils voleur, du travail aliénant, de l’industrie en mutation, de la série de meurtres, de le vie de famille, de couple) participe de ton sentiment d’écrasement?
                        Je me dis que les autres films de PCW se concentraient peut-être davantage sur un fil – même si ces fils développaient une intrigue amoureuse : l’arnaque de Mademoiselle, l’enquête dans Decision to leave…
                        Tu aimes les autres films de PCW je crois? Quels sont tes préférés?

                      • #137968 Répondre
                        I.G.Y
                        Invité

                        Oui, il y a un peu ce paradoxe que le film est à la fois très concentré (après tout, on suit quasi exclusivement un seule personnage) et très dispersé. Pour les autres PCW, parmi ceux que j’ai vus il n’y a que son dernier que je mettrais vraiment en-dessous, mes préférés, du souvenir que j’en ai, seraient peut-être Decision to Leave et JSA (je vais revoir Old Boy ce soir, dont j’ai un bon souvenir).

                        Ça n’est pas si facile de mettre le doigt sur ce qui ne me va pas dans le dernier. Car à y réfléchir, il y a bien sûr des films parfaitement excessifs que j’aime et qui m’ont beaucoup fait rire. Un exemple typique serait Brazil de Gilliam qui, après tout, carbure à une grande accumulation de petits bricolages parfois carrément absurdes (je ne peux m’empêcher de rire en repensant à ces hommes de main déguisés en serviteurs de Louis XIV qui accueillent Pryce à la soirée aristo de la mère avec un énorme pistolet Colt du début XXè). C’est probablement une affaire de rythme.

                      • #137971 Répondre
                        Malice
                        Invité

                        J’ai découvert JSA il y a quelques jours et j’ai beaucoup aimé aussi. Je ne sais pas si tu te souviens de la scène de crachats de part et d’autre de la frontière; ça restera pour moi une scène d’anthologie. Il paraît que ç’aurait dû être un film d’amour gay; ce qui est sûr c’est que l’amitié y est aussi empêchée/réfrénée/passionnelle que dans « Decision to leave ».
                        Je n’ai pas revu « Brazil » depuis l’adolescence, je me souviens d’avoir souffert. ça m’a paru un cauchemar et je n’y suis pas retournée ( les Gilliams que j’aime sont « Time Bandits » et « Le baron de Munchausen »).
                        Faudrait que je le revoie.

                      • #137975 Répondre
                        I.G.Y
                        Invité

                        Oui je me souviens bien (je ne savais pas pour le film d’amour gay).

                        Concernant Brazil, j’en avais exactement le même souvenir, mais je l’ai revu en salle pour la première fois l’an dernier et j’en suis sorti très enthousiaste. Tout est innervé par une forme de comique et de « bricolage grandiose » qui empêche le film à la fois d’être grandiloquent ou connement dystopique, et d’être une pure comédie cynique-grinçante-noire (seule la fin a pour moi véritablement quelque chose de cauchemardesque, mais c’est aussi à l’honneur du film, un poil de gravité ne fait pas trop de mal; et l’effet de surprise y est plutôt réussi).

                        J’aime aussi beaucoup le bricolage à l’œuvre dans Le Baron de Munchausen (je n’ai pas vu Time Bandits)

                      • #137977 Répondre
                        Malice
                        Invité

                        La fin de Brazil : je ne m’étais pas remise du fait que le monty python que je considérais comme le plus doux s’en prenne à son pote ( dans son horrible masque de bébé).
                        « Time bandits » est l’histoire d’un petit garçon qui fait sécession avec sa famille pour vivre des aventures avec une bande de nains ( enfin, petites personnes) qui voyagent à travers les époques grâce à une carte du Temps piquée au Créateur lui-même pour piller Napoléon et Robin des bois, entre autres . Je suis fan du chef de la bande, joué par David Rappaport, à qui je trouve un charisme pas possible.

                      • #138004 Répondre
                        I.G.Y.
                        Invité

                        Je note.

                        Après avoir revu Old Boy, je pense vraiment que c’est une affaire de rythme. Alors même qu’Old Boy n’est pas du tout « sobre » dans ses effets filmiques, alors même qu’il suit également un personnage unique, je le trouve beaucoup plus concentré et mieux rythmé que le dernier.

                        (rire annexe : j’ai entendu plusieurs personnes exprimer autour de moi leur consternation vis à vis de l’horreur de l’histoire racontée. « J’en veux beaucoup au réalisateur de la tête duquel une histoire aussi atroce est sortie »)

                      • #138011 Répondre
                        Malice
                        Invité

                        @Igy les gens se plaignent du cerveu malade de PCW?
                        Marrant car j’en veux à Gilliam du désespoir de la fin de Brazil mais les horreurs de PCW, sa violence, me réaniment. Je n’ai jamais l’impression qu’on me sert de la chair à canon, il me semble que le corps est honoré chez lui même dans les pires séquences d’humour noir. Je pense à la scène de saucissonnage d’une victime dans le dernier, avec le fil destiné aux bonzaïs, qui fait ressembler le corps à un poulet ficelé ( j’ai ri, j’étais horrifiée, mais je riais, mais j’étais horrifié et ainsi de suite)

                      • #138008 Répondre
                        Alexandre
                        Invité

                        Brazil m’est un mystère depuis sa sortie. Ou plutôt, je me sens être un mystère au regard de ce film auquel je n’ai jamais accroché en quelque 40 ans. Je veux dire « accroché » au sens strict. Je devrais dire « retenu par » car « pas accroché » suppose une manière de rejet que je n’éprouve pas non plus.
                        A chaque fois que je le revois, il ne se passe rien de plus qu’à la première vision. Passez moi l’expression mais c’est un film qui m’en touche une sans décoller l’autre. Et on en parle comme d’une espèce de classique universel.
                        En même temps il y eu, de ma part, peu de tentative d’y revenir réellement.
                        Un mystère vous dis-je.

                      • #138010 Répondre
                        François Bégaudeau
                        Maître des clés

                        attention, pro-vocation quasi gratuite : j’ai remarqué que Brazil, qui me pèse chaque fois que je le vois, plait beaucoup aux matheux

                      • #138012 Répondre
                        Malice
                        Invité

                        Igy est un matheux?

                      • #138013 Répondre
                        Malice
                        Invité

                        Moi je pose les soustractions faisables de tête, ça n’augure rien de bon de ma revoyure de Brazil si j’ai bien compris?

                      • #138014 Répondre
                        Seldoon
                        Invité

                        Brazil est un film bien plus clivant qu’Alexandre ne le laisse entendre : sa forme barroque, expressive et hystérique, fuite en avant vers un sentimentalisme débridé en laisse plus d’un sur le carreau. Je ne l’ai pas revu depuis bien longtemps et compte bientôt y remédier. L’humour Monty Python du film le sauvera de tout. « Mistakes? We don’t make mistakes », la dalle de béton s’écrase au sol, basique et déjà vu, et le génie des Monty Python s’exprime alors : « Bloody typical, they’ve gone back to metric without telling us. »
                        Il faut tout de même remarquer que Terry nous fournit l’exemple qui confirme la règle « il n’y a pas de dystopie de gauche ». Plus précisemment je ne sais pas si Brazil est de gauche, mais je sais que le film n’est absolument pas aligné avec l’idéal dystopique. Il se glisse, vit et jubile dans les disfonctionnments, de la mouche qui créera l’erreur administrative meurtrière aux tuyaux bouchés en passant par les chirurgies ethétiques dérapantes. On est loin des stormtroopers bien alignés de star wars, l’Ordre ne parvient jamais à imposer d’ordre. Ca foire de partout et on fait semblant de ne pas le voir, comme les badauds qui continuent leurs courses après l’explosion du début.
                        Notons par ailleurs que le carton d’ouverture annonce quelque chose comme « quelque part à la fin du XXeme siècle », inscrivant alors le film dans la satire plus que dans la dystopie et c’est peut être par là qu’il trouve son échappatoire.

                      • #138016 Répondre
                        Seldoon
                        Invité

                        « j’ai remarqué que Brazil, qui me pèse chaque fois que je le vois, plait beaucoup aux matheux » J’ai ri car je ne l’avais pas remarqué alors que c’est vrai. Tous les fans que j’ai en tête sont passés par un truc du style MPSCI, Centrale, etc.

                      • #138018 Répondre
                        Alexandre
                        Invité

                        « Brazil est un film bien plus clivant qu’Alexandre ne le laisse entendre : sa forme barroque, expressive et hystérique, fuite en avant vers un sentimentalisme débridé en laisse plus d’un sur le carreau. « 
                        Cela et ce que tu dis ensuite est fort bien exprimé mais justement, je l’ai déjà lu ou entendu (notamment en forum).
                        J’ai le sentiment d' »entendre » souvent ce genre de défense pour aboutir chez moi au récurrent constat (mais j’insiste, pour peu de tentatives finalement) que la satire ne fonctionne pas au delà d’une très graphique agitation de surface.
                        Quelque chose y annonce Jean-Pierre Jeunet.
                        J’éprouve , néanmoins, une tendresse virtuelle, désancrée pour ce film, soumise à nostalgie, breuvage que j’essaie de consommer avec modération mais c’est dur. A sa sortie, j’aurais aimé mieux l’aimer ce film car il me faisait de l’œil quand j’en voyais la bande annonce. J’étais sous le charme de la rengaine qui lui donne son titre. Je l’anticipais, le rêvais un peu. Et puis le voilà sur l’écran, et je reste inerte.

                      • #138019 Répondre
                        I.G.Y.
                        Invité

                        C’est étonnant/intéressant cette histoire des « matheux » avec Brazil car Seldoon — sans doute un collègue de PCSI qui s’ignore — a bien creusé les raisons que j’avais esquissé plus haut et pour lesquelles j’aime ce film. J’y vois beaucoup moins un appât à ingés que le nolanisme (Tenet en particulier, que je n’aime vraiment pas).

                      • #138020 Répondre
                        I.G.Y.
                        Invité

                        que j’avais esquissées*

                      • #138022 Répondre
                        Seldoon
                        Invité

                        IGY : ça n’a rien à voir moi je suis omniscient, je vois le bon et le mauvais dans ce film, je vois avec et sans le rideau du monosourcil du matheux. Mais c’est vrai que j’ai un frère qui a fait Centrale Nantes donc je vais me méfier.
                        Alexandre : le parallèle avec Jean-Pierre Jeunet est aussi cruel que juste. En revanche la satire fonctionne par delà la superficialité graphique au moins dans la citation que j’ai produite. Pour le reste, il faut que je le revoie.

                      • #138026 Répondre
                        Malice
                        Invité

                        J’ai réfléchi au problème Gilliam hier en lisant les films de lui que je préfère : tous des contes. Le baron, Time bandits, Les frères Grimm (avec leur super double tête d’affiche Heath Ledger Matt Damon). Mais dès que son sujet concerne le monde contemporain ou un futur dystopique, je décroche. Je n’ai pas réussi à revoir en entier « L’armée des douze singes » par exemple. La peinture écaillée de l’asile forcément sinistre et dégueulasse dans tous les sens du terme, le jeu de Brad Pitt, les scientifiques flippant à la Cité des enfants perdus, tout ça m’a fait jeter l’éponge.

                      • #138027 Répondre
                        Malice
                        Invité

                        « en listant les films » pardon

                  • #137753 Répondre
                    Schnoups
                    Invité

                    Ce que je dis justement c’est que c’est le cas de la quasi totalité de la filmographie d’Hitchcock. Donc oui, c’est « valable ». Je le relevais y’a pas longtemps pour La main au collet, qui du coup a un aspect franquien puisqu’on doute sérieusement du personnage de Grace Kelly, ce rapprochement entre elle et Cary Grant donne une jolie perspective à son personnage féminin, différentes interprétations sur ses gestes, ses intentions.

    • #137470 Répondre
      adamou
      Invité

      quelqu’un ici a vu la version longue du rire et le couteau ? Contrairement à ce que je pensais, les scènes en plus ne sont pas du tout des scènes plus faibles que celles de la version de 3h30 et je me suis dit au visionnage que la forme du film est tellement ouverte à l’errement qu’il pourrait presque s’étirer à l’infini. Ça me fait penser à Kechiche dans cette capacité à créer des personnages si riches qu’on serait prêt à les regarder faire n’importe quoi, juste par plaisir de les voir se mouvoir et interagir entre eux

      • #137645 Répondre
        SansSouc’
        Invité

        Sublime la scène qui mentionne Kopenawa avec ce personnage que l’on voit trois minute et demi dans la version « courte », sans trop en dire. Et chaque minute accordée à Guilherme est un pur régal.

        • #137657 Répondre
          adamou
          Invité

          oui, et porté par une sacré voix le discours en question. Aussi la scène au lit avec le chinois, qui est cruelle et belle

          • #137694 Répondre
            SansSouc’
            Invité

            Oui même impression sur la voix, sur l’ensemble qui se met en branle, les mouvements de torsion de la peau de Guì alors qu’il s’approche des bovidés, superposés à cette discussion. D’ailleurs, j’ai été marqué encore une fois par la présence omniprésente des corps dénudés ou presque tout le long du film, qui sert la scène dont je parle mais dont les différences de morphologie m’ont également touchées.
            Aussi, j’y pense, cette scène de chasse, que j’ai trouvé effrayante et où la violence de chacun se révèle au fil de la scène. Je reviens au premier commentaire, le film est une version augmentée dans tout les sens du terme. J’aurais adoré un « Tout va bien » sur cette version longue.

      • #137695 Répondre
        Aurel
        Invité

        Quel rythme ce film a tout de même, même sur 5h30, c’est impressionnant.
        La scène de séduction avec le travailleur chinois m’a beaucoup marqué.

        • #137728 Répondre
          adamou
          Invité

          je crois que si le film est si captivant, outre le charme immense de Guillermina et les autres de la bande, c’est en grande partie grace au personnage de Sergio aussi, qui est tout le temps en posture de réception. Ca va au dela de la simple prudence dans ses rapports aux autres en raison d’une attention au phénomène colonial, c’est presque carrément qu’il n’a pas d’agentivité. A plein de moments, il se fait balloter par les évènements. En fait il a l’air de tout prendre, d’être ouvert à tout, sur un panel très large d’experiences qui vont du rapport sexuel à plusieurs à la chasse de chameau (on lui met le fusil dans les mains, il tire)

          • #137776 Répondre
            Aurel
            Invité

            J’aime bien cette idée Sergio est une sorte de réceptacle.

            • #137990 Répondre
              Valère Hildeduc
              Invité

              Je citerais DAVA en disant qu’il est plutôt un aimant à opportunité

    • #137532 Répondre
      I.G.Y
      Invité

      Je mets ici une interview audio très intéressante de Cavalier (entre autres sur Irène). Qui ajoute une justification personnelle et très matérielle à son « miniaturisme » : il est myope. Il y ajoute une belle justification « religieuse » — que le Lordon spinoziste aurait traduite par : « anarchie dans l’être ».

      • #137533 Répondre
        Tony
        Invité

        Moi j’ai cassé ma tirelire hier soir pour regarder Irene et je ne le regrette pas,le film est poignant et la voix de Cavalier m’a envoûté.

        • #137541 Répondre
          Ostros
          Invité

          Merci IGY
          Tous les moments avec Cavalier sont bons à écouter

    • #137715 Répondre
      Tony
      Invité

      @François En fait je pensais à un truc sur Marty Supreme,tu disais trouver débile que le film se passe sur 9 mois et se conclue sur la paternité,je crois qu’on peut aussi voir cette temporalité et cette fin comme une victoire ou une revanche sur le génocide et là c’est beaucoup moins grotesque?

      • #137721 Répondre
        Tony
        Invité

        En y repensant je trouve que le film a beaucoup d’échos avec The brutalist,le couple formé par l’industriel et G Paltrow nous fait penser à un couple de nazis et la scène de la douche où Marty lui dérobe son collier me paraît aussi être une réplique métaphorique des douches d’Auschwitz où le vol précédait le crime,bref le film me paraît plus profond qu’il n’en a l’air.

        • #137961 Répondre
          François Bégaudeau
          Maître des clés

           » que le film a beaucoup d’échos avec The brutalist,le couple formé par l’industriel et G Paltrow nous fait penser à un couple de nazis et la scène de la douche où Marty lui dérobe son collier me paraît aussi être une réplique métaphorique des douches d’Auschwitz où le vol précédait le crime,bref le film me paraît plus profond qu’il n’en a l’air. »
          Suis assez d’accord, cet aspect semble ce qui travaille vraiment le film – de la meme façon que la victoire en terre japonaise semble une revanche du juif Marty contre un pays allié des allemands
          Sauf qu’il le travaille en survol. C’est à dire qu’il ne le travaille pas. The brutalist est plus concentré, à tous les sens du terme.

    • #137720 Répondre
      Pout
      Invité

      Charlotte G charge encore dans Les Cahiers du cinéma : « enchaînement complaisamment arbitraire », « dégueulasserie banale », « sac de nœuds misanthrope ». En moins de 500 signes, le verdict est plié. Même rhétorique disqualifiante pour un film dont le tort serait de ne pas relever de la comédie de remariage. Ce n’est ni Franco, ni Haneke, mais Saeed Roustaee.

      • #137722 Répondre
        Tony
        Invité

        En parlant de comédie de remariage j’ai regardé une heure du film de Bradley Cooper c’est une vraie calamité,je ne comprends pas ce que la critique peut lui trouver, Murielle Joudet en particulier.

        • #137724 Répondre
          François Bégaudeau
          Maître des clés

          on imagine que ça « dialogue avec Hollywood »
          le sujet « Hollywood » est à Joudet ce que l’assassinat de Kennedy est à Thoret

          • #137836 Répondre
            Charles
            Invité

            Ca vaut même pas le coup pour les acteurs.rices?

            • #137848 Répondre
              Tony
              Invité

              Si le film est nase c’est aussi,mais pas uniquement,à cause des acteurs,Laura Dern joue un personnage qui a 20 ans de moins qu’elle,dont les enfants ont à peine 10 ans et, désolé, mais elle a pris un coup depuis Sailor et Lula et ça se voit, de plus ce couple est assez mal assorti, d’ailleurs on se demande bien pourquoi ils se séparent,bref tout ça est bien pathétique.

    • #137788 Répondre
      Ostros
      Invité

      Frederick Wiseman est décédé le 16 février
      – paix à son âme fine, gourmande, exigente –
      réalisateur de docu préféré d’Albert Serra
      on me l’a souvent chaudement recommandé
      ici ont été conseillés Menus-plaisirs, Ballet et Welfare
      Quels sont les autres à voir ?

      • #137790 Répondre
        Stéphanie
        Invité

        Son 1er, Titicut Follies, filmé dans un service psychiatrique d’un hôpital militaire, ce film a été interdit pdt plus de 30 ans.
        La trilogie Il était une fois en Amérique: une immersion au tribunal pour délinquants mineurs, en HP , et la police ( law &order).
        Nationale Gallery est très bien , dans un autre genre , un petit air de Toledo de B.Thiebaut !
        Monrovia Indiana , le quotidien d’une petite ville rurale majoritairement trumpiste , des scènes marrantes.
        J’aimerai voir Ex libris.
        Voilà ceux vus.

        • #137791 Répondre
          Ostros
          Invité

          Merci beaucoup
          De quoi rattraper mon retard

        • #137793 Répondre
          Alexandre
          Invité

          Les musts de Wiseman sont concentrés sur les 10 premières années de la filmo avec comme dit plus haut Titicut Follies, Law and Order, Hospital, Juvenile Court, Welfare, plus tard l’impressionnant Near Death.
          Dans les derniers, City Hall, sur la gestion municipale de Boston, est particulièrement indispensable.
          Mais on ne perd pas son temps à tout voir.
          J’ai trouvé très bien son tout dernier : Menus-Plaisirs-Les Trois Gros sur une famille qui règne sur la restauration et la gastronomie française. Sous des dehors flatteurs pour l’image de la profession, et aussi sensuels, le film distille, en sous main, une critique discrètement implicite d’un certain patronat trois étoiles.
          Le défaut du film est sa structure : la scène centrale de « coup de feu » est tellement haletante qu’on a du mal à rester mobilisé pour la suite. La cocotte s’est vidée de sa vapeur.

          • #137817 Répondre
            Ostros
            Invité

            Merci pour les reco !
            C’est noté

    • #137863 Répondre
      K. comme mon Code
      Invité

      Finalement vu La petite dernière. J’ai trouvé le film assez maladroit. Il se sabote parfois avec des fils scénaristiques grossiers qui sont à la fois expédiés mais prennent beaucoup de place. Le film prend vie avec les bandes d’amis, au lycée ou à l’université, avec le médecin, les sœurs, l’imam. Toutes les scènes de rencontre amoureuse sont faibles, voire ratées ; l’amoureuse principale est de loin la pire actrice du film, il y a cinq minutes au cœur du film montrant cette « idylle » qui ressemblent à un résumé de téléfilm. La scène avec les médicaments sur la table étant le summum du ridicule. Le date avec la femme plus âgée dans la voiture est très bien, je l’avais oubliée, c’est l’exception – et ça tient encore une fois sur l’actrice qui incarne cette femme. Il faut dire que le livre n’est pas narratif et esquive la question des rencontres. Il y a une sorte de voile pudique sur ce passage à l’acte. Le film tente de combler les trous de manière superficielle. Quitte à esquiver, je préférerais qu’on le fasse complètement. Cette lourdeur scénaristique me gêne. Elle n’a pas besoin d’un grand amour contrarié comme moteur scénaristique qui existe moins à l’écran que Pote#5 à la cantine de l’université. La retenue douloureuse tient toute seule dans le corps de l’actrice. Si j’efface de ma mémoire le retour de l’amoureuse – inexcusable cette séquence, j’espère vraiment que tout ça a été écrit pour obtenir un financement, reste à savoir si Herzi était obligée de le tourner et de le monter –, la scène finale avec la mère est extrêmement poignante. Tout le monde aime Fatima, même l’imam, à sa manière, l’aime, et son déchirement est intérieur. Ses larmes sont poignantes parce qu’elle se retient même quand elle craque (oublions une seconde la scène où elle pleure en bas de l’immeuble de son ex…) et il n’y aura pas de réelle libération, juste des compromis et des petites admissions – ici un maillot de l’Algérie floqué Fatima.


      J’ai beaucoup insisté sur le négatif, mais si je parle de film maladroit, c’est parce que j’ai vraiment beaucoup aimé la galerie de personnages. Le film s’illumine quand il ne se force pas à raconter quelque chose.

    • #137910 Répondre
      cinema
      Invité

      Je te rejoins sur pas mal de points, et j’ajouterais la scène de la Gaypride qui est super mal monté. J’aime beaucoup le personnage de l’amoureuse, que je trouve bien plus capée que Fatima. Ce film me semble être en effet la résultante d’un financement forcé. D’autant que ces 2 premiers films sont diamétralement opposés à celui-ci. J’aimais bien quand peu de gens s’intéressaient à ses films. Bref, vaste débat. J’ai hâte de la retrouver Hafsia car, elle nous a habitué à la maîtrise (notamment celle du montage);
      Ceci dit, j’aimerais bien le revoir. Sais-tu comme me procurer un lien pour cela ?

      • #137919 Répondre
        stephanie
        Invité

        https://ilmiv.com/4sfoizmv/b/ilmiv/962080
        le lien (même si je vous trouve dur à la critique)
        je vais aussi le revoir

        • #137921 Répondre
          cinema
          Invité

          C’est aimable. Je viens juste de le revoir sur canal et je reviens sur ce que j’en pense. Les conditions n’étaient pas remplies quand je l’ai vu ciné (trop de monde, du brouhaha, mal placée, bref). Je trouve le film pas mal raté. Je m’explique, le montage me paraît saccadé, il manque de la lumière et le son me questionne. J’ai l’impression que l’étalonnage est inachevé. Il a bien des scènes soignées et fortes (dans la voiture, à la piscine, l’avant dernière scène, mais cela ne me suffit pas pour qu’elle m’embarque, comme m’embarque Kechiche. Je parle de Kechiche, car depuis son premier film, elle marche dans ses pas, et il l’a bien aidé à créer sa première oeuvre. Je tiens à préciser que je fais partie des rares personnes qui se sont intéressées à Hafsia dès son premier long qui reste un très très très grand film que j’aime revoir de temps à autre et qui (m’a t’on dit) a coûté 1000e. J’ai adoré le deuxième et je ne suis pas emballée par celui-ci. J’oubliais, je trouve les scènes de cul très ratées. J’ai eu l’impression, de scènes que l’on peut voir dans des séries B érotiques. Bref. C’est comme ça. Ce n’est pas qu’être dur de dire ce que l’on ressent devant de l’art. Pour être très honnête, je l’ai presque oublié déjà. A nouveau merci pour le lien.

          • #137922 Répondre
            K. comme mon Code
            Invité

            Pour moi, le film s’écroule en partie après le date dans la voiture alors qu’il me convainquait très bien jusque là. Ensuite, je n’aime que la scène dans la cantine avec le groupe de garçons et le monologue de l’imam. Ça fait peu sur une heure. Je vais regarder son premier film.

          • #137923 Répondre
            stephanie
            Invité

            Ce n’est pas qu’être dur de dire ce que l’on ressent devant de l’art. Bien entendu, je suis d’accord avec vous (c’était une boutade)
            Son 1er film auquel vous faites référence est Tu mérites un amour ?

            • #137932 Répondre
              François Bégaudeau
              Maître des clés

              « c’est parce que j’ai vraiment beaucoup aimé la galerie de personnages. Le film s’illumine quand il ne se force pas à raconter quelque chose. »
              Ca tombe bien, le film raconte peu, et est essentiellement concentré à regarder ses personnages, tous. Comme c’est le souci premier de HH dans tous ses films – d’où l’incongruité à affirmer que son premier film serait un « très très très grand film », et La petite dernière mauvais.
              Son premier est le moins fort à ce jour car trop centré encore sur son visage à elle, et pas encore assez généreux avec le visage des autres. Même si j’aime ce film (je ne vais pas à mon tour établir d’énormes différence entre eux, là où frappe, quand on les revoit à la suite, la parfaite continuité d’une manière, la manière Herzi)

            • #137942 Répondre
              cinema
              Invité

              Oui Stéphanie. Dans son dernier, je trouve gênant et lourd que le personnage principal soit constamment de tous les plans. Tu diras si tu veux ce que tu en as pensé. Bon dimanche

              • #137943 Répondre
                François Bégaudeau
                Maître des clés

                le personnage principal de La petite dernière est beaucoup moins « dans tous les plans » que celui de Tu mérites un amour

    • #137954 Répondre
      Larivière Sanretour
      Invité

      J’ai regardé Mes Petites Amoureuses après avoir écouté l’épisode qui lui était dédié de la gêne occasionnée. J’ai de loin préféré ce film à la maman et la putain duquel je suis peut être un peu passé à côté (et qui par ailleurs est très différent). J’ai trouvé les propos de François et de l’homme qui n’a pas de prénom très clairs et très justes. En tant qu’Historien en graine je suis particulièrement sensible à ce traitement de la mémoire. Je ne sais plus si c’était dit dans l’épisode de la GO mais j’ajoute que le film s’ouvre sur un générique sur un monument commémoratif de la Grande Guerre : manière assez subtile d’introduire ce qui travaille le film. La séquence que j’ai préférée est celle avec Pialat (notamment la toute fin) quand ils parlent de l’alphabet. C’est très fin, comment à l’intérieur d’un faux récit autobiographique qui est en fait un film qui interroge la mémoire, on trouve deux personnages qui se souviennent également de comment ils ont appris l’alphabet (ils disent A BEU CEU GEU au lieu de A Bé Cé Dé) au passage Eustache catalogue peut-être un évolution de la langue (un spécificité régionale qui s’est gommée en une seule génération, ou alors c’est tout simplement que le petit vient d’une autre ville). J’ai aimé comment ce film tout en entreprenant un travail introspectif sur le souvenir, ne s’empêche pas pour autant de montrer des choses précises d’un ordre social (ou de linguistique phonétique et sociologique dans mon exemple)

      • #137966 Répondre
        Tony
        Invité

        C’est vrai que la scène où Pialat apparaît est très intéressante et asssez violente,il lui fait comprendre que la langue qu’il parle désigne ses origines et que faire des études le conduira à les renier,qu’il ne vaut pas mieux que les autres et que sa place est ici, c’est d’autant plus violent que Pialat a une présence et un physique qui en imposent face au corps frêle de Daniel, c’est toute la violence sociale que l’on voit ici.

        • #137967 Répondre
          Tony
          Invité

          Comme j’ai revu ces deux films cette année, j’ai lu le récit du tournage qu’en fait Luc Béraud dans’Au travail avec Eustache’ et il y a ces lignes écrites par Eustache dans sa déclaration d’intention:
          ‘Parce qu’il se trouve, incidemment,que je suis né là et pas ailleurs,qu’il m’est arrivé ceci,et pas cela, l’action de Mes petites amoureuses est déterminée, inéluctable, nécessaire.
          (…) Comme ce qui vous touche le plus,ce sont les périodes de mutation-le passage de l’adolescence,donc-et qu’il faut hélas des années entre le passage de l’adolescence et le premier long métrage,1955 à 1972,ce sera en quelque sorte,sur un passé proche et révolu qui exige une reconstitution historique’

    • #137986 Répondre
      Charles
      Invité

      J’ai vu Marty Supreme et même si je partage ce que beaucoup en ont dit de négatif ici, je dois quand même reconnaitre que je m’attendais à pire.
      Au départ, j’ai été un peu consterné par ce nouveau récit de blanc-bec qui veut conquérir le monde, à l’arrogance insupportable mais irrésistible, reléguant le reste du monde au rang de faire-valoir ou de moyens pour son ascension. Voir ainsi Chalamet rouler des mécaniques pendant les premières scènes du film sur une bande-son eighties usée jusqu’à la corde ne promettait vraiment rien d’intéressant. Le film progresse dans l’hystérie évoquée plus haut, où chaque scène semble annuler la précédente dans une frénésie épuisante et une orgie de gros plans sur le visage de Chalamet, évidemment enlaidi pour le rôle, parfaitement indigestes. Je reconnais quand même un (relatif) génie du casting dans les seconds rôles ou plutôt les seconds seconds rôles car on ne peut pas dire que les actrices soient particulièrement brillantes (mais que peuvent-elles faire d’autre avec des rôles pareils? Paltrow s’en sort pas mal mais l’écriture misogyne de son personnage laisse pantois). On voit quand même des gueules qu’on n’a pas trop l’habitude voir (les policiers de Central Park, les hôteliers, le fils qui héberge Marty et sa femme en douce etc.). C’est amusant de voir Ferrara là-dedans même si ça ne dépasse pas vraiment la blague cinéphile. Le problème c’est qu’aucun autre personnage que Marty n’existe ou n’est vraiment intéressant : le méchant capitaliste est vraiment méchant, l’acolyte noir est rapidement congédié, la copine enceinte de Marty Supreme n’a aucune épaisseur. On sent bien que Safdie voudrait filmer une faune new-yorkaise de marginaux, demi-voyous, escrocs à la petite semaine mais aucun n’a l’enverguer d’un De Niro dans Mean streets ou d’un Pesci dans les Affranchis.
      Là où le film m’intéresse un peu plus c’est quand dans le dernier segment, il pervertit son programme d’ascension-individualiste-malgré-les-galères en transformant ces travaux herculéens en un rituel d’humiliation. On se trouve alors dans une position un peu curieuse de spectateur où après 2h de coups de massue nous sommant de suivre le héros dans sa quête on se dit que ça va définitivement trop loin et on voudrait que notre héros renonce. Cette torsion est perverse car le film joue en même temps la gagne de son héros et culmine dans ce dernier match de ping-pong, efficace mais d’une banalité formelle affligeante (suspense du match appuyé par la musique dans les temps forts, plans de réaction sur les spectateurs, gain final) alors que c’est la plus longue. Donc on a à la fois une radicalité et une convention pure avec ce faux ratage du compétiteur – il ne parvient pas à atteindre son objectif initial (remporter le tournoi) mais triomphe malgré tout en gagnant son duel contre le joueur Japonais.
      La parenté avec the Brutalist est, comme évoquée plus haut, ce qui est plus intéressant dans le film. On retrouve la même peinture des Etats-Unis comme terre antisémite prête à accueillir les Juifs qu’après les avoir humiliés. Cette confrontation entre Marty le petit juif débrouillard et beau-parleur, jamais à court d’idées, et l’Amérique WASP a quelque chose de réjouissant, même si encore une fois cela s’inscrit dans une certaine tradition du cinéma américain. Ici on pousse les curseurs à fond, le film est un char d’assaut qui détruit tout sur son passage mais avançant à la vitesse d’une voiture de course. C’est tout ce qui reste à la fin du film, cette petite gueule de marginal qui n’est clairement pas la bienvenue et qui en a parfaitement conscience. Maigre moisson.

      • #138017 Répondre
        Charles
        Invité

        Evidemment Momcilovic a adoré…

        • #138039 Répondre
          Tony
          Invité

          Je croyais qu’un dialogue aurait lieu sur Microciné avec le critique de Tsounami, finalement non?

          • #138041 Répondre
            Charles
            Invité

            Pas vu passé.
            Le Sortie de secours dessus ne présente pas beaucoup d’intérêt, la défense de Momcilovic est très faible (« j’aime beaucoup le film parce qu’il va vite mais j’aimerais bien être rassuré par le réalisateur pour savoir quoi penser de la fin », franchement mon Jérôme…), Joudet passe à côté toute à son obsession de la politique des acteurs et de la mort du cinéma, seul Thomas Baurez dit des trucs intéressants même si on aimerait qu’il aille plus loin.

            • #138048 Répondre
              toni Erdmann
              Invité

              Tony, le critique de Tsounami a en effet fait une vidéo avec Microciné sur les Safdie. Mais sans François si c’était l’interrogation.

              Concernant Sortie de Secours, je crois que j’en viens à ne plus rien attendre de Momci. Autant Murielle Joudet c’est 1 fois sur 2, Ribeton 2 fois sur 3, mais Momci on est à 1 une idée intéressante toutes les 15.

              • #138057 Répondre
                I.G.Y.
                Invité

                On gagne davantage à écouter Prisme que SdS — depuis un certain temps j’ai tendance à penser que cette remarque a une valeur générale. Même si je n’ai pas le même avis que la plupart d’entre eux sur le Safdie. Un bon argument avancé par Loïc au crédit du film, qui « compense » un poil son absence quasi totale d’intérêt pour le ping-pong : on s’intéresse à un joueur qui ne cesse d’être matériellement empêché de jouer. Ils parlent aussi de « fall and fall » plutôt que de « rise and fall » : quitte à utiliser ces termes je penche plus pour le « fall and rise » (au vu de la fin).

                 » la copine enceinte de Marty Supreme n’a aucune épaisseur » : ce qui est fait avec ce personnage, conjugué à cette fin à la maternité et à ce dernier plan, ne me va vraiment pas non plus. Et il me semble qu’on ne peut pas simplement plaider que c’est « à l’image de la misogynie du personnage » ou ce genre de chose.

                • #138059 Répondre
                  Alexandre
                  Invité

                  Vous êtes terribles.
                  Le film sort. Vu les retours d’Allociné (ben oui, c’est comme ça que je prends la température), je me dis « Ouaaah, ça va être quelque chose ».
                  Un peu de temps passe et j’ai plus du tout envie de le voir.

                  • #138064 Répondre
                    K. comme mon Code
                    Invité

                    J’ai vu passer ce court comparatif entre The Mastermind et Marty Supreme par Mathieu Potte-Bonneville qui fait écho à mes propres impressions :  « Lièvre, tortue. – Vu à quelques semaines d’écart Marty Supreme de Josh Safdie et The Mastermind de Kelly Reichardt : si dans chaque cas, un type tout à sa petite affaire tâche de persévérer dans l’être au prix d’une indifférence maussade au monde qui l’entoure, il est fascinant de noter combien chacun des films se comporte comme son personnage : le premier tente de vous barboter vos économies en vous étourdissant sans le moindre répit pour vous empêcher de réaliser qu’il ne sait pas ce qu’il raconte, l’autre avance sur la fine crête d’une obstination opaque, tombe, se relève, donne à croire qu’il est cérébral quand il n’est sans doute qu’effaré par le cours des choses et la manière implacable dont chaque instant succède au précédent. En attendant se confirme qu’il vaut mieux finir matraqué par les flics que fêté par l’armée américaine, et l’élan n’est pas là où l’on pense. L’un, vu hier soir, est déjà oublié quand l’autre vous remue encore; dans l’un, on va jusqu’au Japon quand dans l’autre, on voyage. »

                    • #138067 Répondre
                      Tony
                      Invité

                      Le commentaire que rapporte K est typique des intellectuels bourgeois qui veulent aller au cinéma comme au musée, tout ce qui est populaire est merdique.

                      • #138072 Répondre
                        K. comme mon Code
                        Invité

                        Ton obsession à tout qualifier de bourgeois quand tu n’aimes pas un film ou discréditer n’importe quel avis s’il émane d’un bourgeois est plus profonde que les moqueries des bourgeois au sujet de la culture populaire. Et puis, ne faisons pas passer un Safdie pour un Marvel. Ou Dune, si on ajoute l’élément Chalamet. Il n’y aurait alors pas eu lieu de comparer les deux films qui n’auraient pas partagé la même galaxie.

                      • #138073 Répondre
                        Tony
                        Invité

                        Le film de Safdie est produit par l’industrie,celui de Reichardt est produit dans la marge,comparer ces deux films est une aberration.

                      • #138083 Répondre
                        François Bégaudeau
                        Maître des clés

                        en tout cas ces lignes sont admirablement écrites :  » le premier tente de vous barboter vos économies en vous étourdissant sans le moindre répit pour vous empêcher de réaliser qu’il ne sait pas ce qu’il raconte, l’autre avance sur la fine crête d’une obstination opaque, tombe, se relève, donne à croire qu’il est cérébral quand il n’est sans doute qu’effaré par le cours des choses et la manière implacable dont chaque instant succède au précédent »

                      • #138108 Répondre
                        Alexandre
                        Invité

                        Il y a dans ces lignes quelque chose de Jacques Lourcelles, dans ses meilleurs moments. Mais en plus fort encore. Elles gratifient le film de Reichardt d’un miroitement, d’un lustre, lui confèrent une saillance que je ne lui soupçonnais pas à la première, et pour l’heure unique, vision.

                • #138065 Répondre
                  Tony
                  Invité

                  Sur la misogynie de la fin, c’est très spéculatif,on est dans le regard et l’espace mental de Marty, c’est un enfant qu’il n’a pas désiré et qui lui apparaît comme une révélation ou un accomplissement(reste à savoir de quoi exactement, peut-être que son rêve d’être le cauchemar d’Hitler se réalise,ou peut-être autre chose),que la mère en soit absente ne désigne pas forcément une misogynie du cinéaste,en plus je trouve que ce personnage féminin,et son actrice,est assez beau et bien traité,elle est amoureuse,ses sentiments sont purs,on la voit aussi victime de violences conjugales et fuir son tyran, c’est un beau portrait de femme je trouve et qui correspond bien à la condition féminine de ces années là.

                  • #138074 Répondre
                    K. comme mon Code
                    Invité

                    Le seul acte de violence du mari, c’est à la toute fin quand il balance un objet quand elle lui apprend que l’enfant n’est pas le sien. Et je mets davantage cet acte sur le désir du réalisateur de voir quelqu’un jeter un objet qu’autre chose. Vraisemblablement, cette femme finira abandonnée avec son enfant. Elle a risqué sa vie par passion pour un type qui lui a répété plusieurs fois qu’il ne voulait pas d’elle et qu’il n’avait pas d’estime pour sa vie. Si le film considère qu’il la récompense en asservissant sa vie au désir de Marty, tout faire pour qu’il ait son fric, c’est bof. On ne les voit même pas prendre du plaisir ensemble à arnaquer quelqu’un.

                    • #138096 Répondre
                      I.G.Y
                      Invité

                      @Tony : je n’ai pas spécifiquement parlé d’une « misogynie de la fin » isolément, sans quoi c’eut été en effet très spéculatif. J’ai dit — ajouté à ce que j’avais écrit plus haut— qu’elle confirmait plutôt les gros doutes que j’ai eus sur l’écriture des personnages féminins tout long du visionnage, et notamment pour la compagne de Marty. Écriture qui ne me paraît pas indemne d’un certain désintérêt pour les femmes, si ce n’est, pourquoi pas, de misogynie. Il est quand même un peu étonnant que ce personnage soit bringuebalé à droite à gauche par Marty, qu’il n’ait quasiment aucune existence propre si ce n’est d’être là quand monsieur en a besoin, qu’il subisse l’une des diatribes les plus explicitement misogynes que j’aie pu entendre au cinéma récemment (« your life has no purpose etc… »), que Marty n’en subisse en définitive à peu près aucune conséquence négative sérieuse, et que, malgré tout cela, le film se termine sur un long plan émotion centré sur Marty dont la bonniche a accouché, en larmes de bonheur, sauvé par la paternité. Je n’attendais pas la Condamnation de Marty pour ses Fautes ni sa déchéance intégrale, juste mieux que ça, quand même, vraiment mieux. Le fait que le film nous ajoute le personnage du mari de Rachel, incarnation du Mal misogyne absolu, quasi non-personnage, ne rattrape pas l’affaire à mes yeux.
                      .
                      Je ne crois pas que cela soit si « spéculatif », je dirais que c’est plus probablement une affaire de sensibilité. Parce que niveau spéculation, la scène de sexe dans la douche comme « réplique métaphorique des douches d’Auschwitz où le vol précédait le crime », c’est d’un autre tonneau — je ne dis pas qu’une telle interprétation est indéfendable, mais qu’elle est infiniment plus spéculative et osée que ce que je dis là.

                      • #138100 Répondre
                        Charles
                        Invité

                        On peut aussi interpréter les larmes finales comme des larmes de désespoir de Marty qui pleure sur sa carrière foutue.
                        Je suis d’accord sur le reste, les Safdie ne se sont jamais vraiment intéressés aux personnages féminins à ma connaissance, pas plus que Scorsese ou Ferrara ceci dit. Là ils essaient de bricoler un truc, époque oblige, avec le personnage de la femme enceinte en lui donnant quelques trucs à jouer mais ça va pas très loin, le film la dévalorise très vite.

                      • #138107 Répondre
                        Tony
                        Invité

                        Je viens d’écouter Nicolas chez Microciné,il est passionné mais malheureusement un peu confus,je ne suis pas convaincu du tout par la critique du capitalisme qu’il y voit ni par le rêve de Marty qui serait de fonder une famille
                        @IGY je ne suis pas sûr que ce soit très intéressant d’envisager un film en y cherchant des preuves de misogynie,il y a toute une littérature sur la représentation des femmes et de la masculinité dans le cinéma,promue entre autres par Geneviève Sellier, c’est pas inintéressant mais ça n’a plus rien à voir avec l’expérience esthétique,et en plus soyons honnêtes dans Marty les personnages secondaires,qu’ils soient homme ou femme,sont des faire valoir.

                      • #138113 Répondre
                        Tony
                        Invité

                        Sur le côté petit juif prenant sa revanche sur la shoah c’est je crois assez clair, d’ailleurs en écoutant Microciné ils parlent de cette scène que j’avais oublié où il ramène d’Égypte une pierre qu’il a extraite d’une pyramide et en la donnant à sa mère il lui dit que c’est nous qui l’avons construit.

                      • #138114 Répondre
                        Tony
                        Invité

                        Et pour ta gouverne(je plaisante)il paraît que le cinéaste le plus misogyne de l’histoire du cinéma est Kurosawa.

                      • #138118 Répondre
                        I.G.Y
                        Invité

                        Certes, mais ce n’est pas tant que j’y « cherche » des preuves de misogynie : ces questions d’écriture de personnages ont au contraire tout à voir avec l’expérience esthétique que j’ai eue du film en séance, qui en sort très diminuée.

                        Un excellent film comme « Thunderbolt & Lightfoot » (je fais attention) de Cimino se fiche éperdument des femmes, mais en sort très peu diminué dans la mesure où il ne traite même pas la question — mieux vaut ne rien faire que mal faire.

                        Le rapport un peu « trouble » qu’a probablement un Khechiche avec la gente féminine dans Canto Uno ne m’empêche pas de penser que c’est un grand film, avec de grands personnages féminins inoubliables — rapport trouble qui à la fois rend sans doute le film possible, mais le diminue aussi par certains côtés.

                        Je ne dirais pas ça de Marty Supreme.

                        « soyons honnêtes dans Marty les personnages secondaires,qu’ils soient homme ou femme,sont des faire valoir » : c’est assez vrai, et c’est à double tranchant — surtout si c’est pour être faire-valoir de Chalamet et non de Marty.

                      • #138123 Répondre
                        I.G.Y
                        Invité

                        « il paraît que le cinéaste le plus misogyne de l’histoire du cinéma est Kurosawa » : Sept samouraïs et pas une femme dans la team, CQFD.

                      • #138124 Répondre
                        Tony
                        Invité

                        Et dans The Mastermind que penses tu des personnages féminins?

                      • #138125 Répondre
                        Tony
                        Invité

                        Est ce que ton expérience esthétique a été diminuée faute de personnage féminin inoubliable?

                      • #138147 Répondre
                        I.G.Y
                        Invité

                        Rire, je vais te décevoir car je n’ai pas tellement aimé Mastermind, et ça n’est pas spécifiquement lié à l’écriture des personnages féminins (le personnage secondaire de l’amie pendant sa cavale, par exemple, ne m’a pas passionné mais je lui reconnais une vraie épaisseur). Je prendrais le contre-pied de ta question avec… les personnages secondaires masculins de Certain Women, que j’ai trouvé remarquables alors même qu’ils sont minoritaires/secondaires.

                      • #138116 Répondre
                        K. comme mon Code
                        Invité

                        Sauf que : pourquoi sa carrière serait foutue ? Il a raté une compétition mais a battu le meilleur joueur du monde japonais, ce qui signifie qu’il a du niveau pour la suite. Il n’est pas marié à cette femme qu’il a systématiquement rejeté tout du long, on sait que la paternité n’est pas une solution magique qui rendrait moins narcissique – au contraire. S’il a besoin d’argent, il peut… être manager, embauché par son oncle, continuer les compétitions. On ne nous vend pas vraiment une fin de sa carrière, le film n’étant pas très intéressé par ladite carrière, il ne voit pas au delà de cet objectif de championnat du monde.

                      • #138126 Répondre
                        Charles
                        Invité

                        Disons que dans l’économie narrative du film qui associe la réussite de Marty Supreme dans le ping-pong à ce championnat, qui rabat l’une sur l’autre, celle-ci est considérablement obérée à la fin du film. Le sens du film, d’un point de vue narratif, c’est quand même de nous dire que Marty Supreme ne peut se payer le luxe d’une carrière sportive, dans ce sport-là en tout cas.

                      • #138150 Répondre
                        François Bégaudeau
                        Maître des clés

                        « GY je ne suis pas sûr que ce soit très intéressant d’envisager un film en y cherchant des preuves de misogynie,il y a toute une littérature sur la représentation des femmes et de la masculinité dans le cinéma,promue entre autres par Geneviève Sellier, c’est pas inintéressant mais ça n’a plus rien à voir avec l’expérience esthétique »
                        J’ai ici et là essayé d’explorer en quoi ça pourrait avoir à voir.

                      • #138164 Répondre
                        Tony
                        Invité

                        Et ce texte qu’en penses-tu?

                        Masculin / féminin

    • #138001 Répondre
      bibinard
      Invité

      iaire g’erre gardet oui lit boeil sette in ouestairne
      çété biain

    • #138003 Répondre
      MA
      Invité

      Nouveau poadcast ciné du XXème siècle

    • #138023 Répondre
      MA
      Invité

      Je voulais voir le dernier Bradley Cooper mais vu vos retours je crois que je vais laisser passer.

    • #138085 Répondre
      Charles
      Invité

      https://www.worldofreel.com/blog/2026/3/1/circles
      Franco vient de terminer le tournage de son dernier film : un film d’époque en noir et blanc situé…en Israël.

      • #138143 Répondre
        François Bégaudeau
        Maître des clés

        alors ca c’est une nouvelle
        double saut par rapport à sa zone
        suis très content, je me disais que sa manière avait atteint une telle perfection qu’elle risquait le verrouillage

        • #138148 Répondre
          Charles
          Invité

          Effectivement, comme on ne dit presque plus à la Défense il sort de sa zone de confort.
          Le film se focalisera toutefois sur un frère et une soeur, comme souvent chez lui – je vois d’ailleurs peu de cinéastes ayant filmé des paires aussi mémorables que lui.
          Le seul inconvénient que je vois c’est qu’on va encore se taper la gauche Dieudo-bouteldjienne dans la réception.

        • #138182 Répondre
          Seldoon
          Invité

          Je me souviens d’un entretien il y a un film ou deux où son chef op disait justement la même chose. Il sentait les automatismes se mettre en place et voulait secouer un peu Michel.

          • #138225 Répondre
            Schnoups
            Invité

            Et notamment qu’il aille dans l’humour non ? Ou c’était une boutade ou alors c’est nous qui avions fait la boutade, je me souviens plus.

            • #138229 Répondre
              Seldoon
              Invité

              Je ne me souviens pas de cette histoire d’humour mais hâte de voir sa comédie en noir et blanc sur fond de 7 octobre !

              • #138232 Répondre
                K. comme mon Code
                Invité

                Franco aurait pu en effet se faire violence co-écrire ce nouveau film avec Louis C.K plutôt qu’un auteur israélien. (Plus sérieusement : je crois que c’est la première fois qu’il co-écrit un script, je me demande s’il est venu sur le script après coup.)

                L’occasion de partager cette interview de Tony Kushner sur l’écriture du scénario de Munich, je l’ai trouvée intéressante sur la généalogie du script et sa réception.
                https://www.gq.com/story/tony-kushner-warned-steven-spielberg-about-making-munich

                • #138235 Répondre
                  Seldoon
                  Invité

                  J’ai failli partager cette interview. Je la conseille aussi, il faut dépasser le début qui sent un peu la promo à l’américaine. Plus on avance plus les deux interlocuteurs se permettent d’aller au bout de leurs opinions politiques.

              • #138236 Répondre
                Schnoups
                Invité

                On va enfin se fendre la gueule avec Franco. Le noir et blanc c’est pour faire un petit contre point je pense.

    • #138115 Répondre
      Jules
      Invité

      Sortie en salle ce mercredi de « Pédale rurale », que je recommande

    • #138137 Répondre
      bibinard
      Invité

      hiair jér gardhai lphilmsu rarte
      boffe a lafaim le éro y meure pa

    • #138149 Répondre
      Jojojo
      Invité

      Intéressant texte sur le bourgeois gaze

      On sera peut être en désaccord avec certains exemples pris par Joachim mais le fond est là : toute saisie du cinéma exclusivement politique ou via les sciences sociales est condamnée à se ridiculiser.

      Encore un effort pour être révolutionnaire – sur Bourgeois Gaze de Rob Grams
      Par Joachim Lepastier
      «Comment les bourgeois manipulent le cinéma ». C’est le titre d’une vidéo d’alerte, trônant en page d’accueil du site Frustration Magazine, autoproclamé « média de la lutte des classes ». Bigre ! Qu’avons-nous fait durant toutes ces années, toutes ces décennies même ? Suivre l’actualité cinématographique, écouter avec attention des cinéastes, lire et même écrire sur des films adorés ou détestés, tout cela en pure perte ? Avant de regarder, de réfléchir, de s’interroger sur le cinéma, nous aurions déjà dû nous rendre compte de l’entourloupe opérée par une classe dominante. Comment avons-nous pu, à ce point, rester de tels complices tacites ?

      Heureusement, Rob Grams, rédacteur en chef adjoint de Frustration Magazine est là pour nous ouvrir les yeux. À lui, on ne la fait pas ! Tel John Nada, le héros ouvrier anar d’Invasion Los Angeles[1] (John Carpenter, 1988), il a trouvé une paire de lunettes magiques qui lui permet de révéler le sombre dessein qui se cache derrière la production annuelle de près de 150 longs-métrages en France[2] : imposer le « bourgeois gaze ».
      Bourgeois Gaze, c’est donc le titre de son essai qui prolonge une série d’articles publiée à partir de juin 2021 sur Frustration Magazine, pourfendant la mainmise d’une classe privilégiée sur la production du cinéma français. Le premier implicite de la démonstration, c’est que le cinéma se voit alors considéré comme un bloc insécable, réduit à un instrument de propagande au service des dominants, lesquels le financent, le fabriquent, le programment (en festival) et le promeuvent (dans les médias mainstream). Une boucle infernale, maintenant le cinéma dans son entre-soi de privilégiés, loin des préoccupations du public et cherchant surtout à l’endormir politiquement et socialement. Vraiment ?
      Si la thèse rencontre tout de même un certain écho, eu égard aux recensions assez complaisantes de l’ouvrage, aussi bien dans les podcasts et chaînes YouTube militantes que dans des médias à plus forte audience (mais ces organes ne seraient-ils pas légèrement « bourgeois » ? hi, hi) : France Info, France Culture, Slate – seuls Les Inrocks ont pointé la faiblesse d’analyse de l’ensemble –, c’est qu’elle résonne avec quelques questionnements aigus de l’époque. Il n’y a qu’à entendre l’affligeante déclaration liminaire de Wim Wenders, lors de la conférence de presse inaugurale de la Berlinale (dont il était le président du jury) sommant le cinéma « de rester en dehors de la politique », et surtout entendre l’écho négatif qu’elle a provoqué pour être rassuré sur notre exigence spectatorielle, d’un art éveillé, qui interroge, voire participe activement à la vie de la cité.
      Dès lors, tout constat informé qui pointerait une certaine lâcheté du cinéma par rapport aux enjeux de son temps, semble bon à prendre. D’où l’efficacité de ce concept de « bourgeois gaze », si facile à comprendre, si aisé à s’approprier. Voilà le dernier filtre magique qui, d’un coup, décillerait notre regard. Pointez facilement le bourgeois gaze, dès que vous voyez un appartement de plus de 100 mètres carrés dans un film ! Voilà, vous n’êtes pas dupe, on ne vous y reprendra plus et désormais ce sera regard contre regard !
      Jouer à « gaze / contre-gaze », c’est aussi rigolo que les kem’s/contre-kem’s de colonies de vacances. Le bourgeois gaze, c’est on ne peut plus simple à détecter, mais c’est si délicat à critiquer. Tu es contre le bourgeois gaze ? Tu es pour ce statu quo, pour cet entre-soi, pour ce tout-venant du cinéma surproduit et télévisuel qui n’est qu’une chair à écrans et grilles de programmes ? Tu es contre le bourgeois gaze ? Au fond, ne serais-tu pas, au fond de toi, le dernier bourgeois flaubertien, idiot et ventripotent, ne demandant à l’art que d’être décoratif et distrayant ?
      Ce qui est difficile à réfuter, c’est que la thèse s’appuie tout de même sur certains postulats justes. On peut ressentir une gêne certaine, pour ne pas dire un malaise, devant le « cinéma des bonnes œuvres » rempli de commisération déplacée : Vincent Lindon qui se cache derrière sa moustache de vigile pour se mêler au bas peuple dans La Loi du marché (Stéphane Brizé, 2015), L’Histoire de Souleymane (Boris Lojkine, 2024) qui tire sa dynamique de l’infernale mécanique Uber en se gardant bien de la réinterroger, ou À pied d’œuvre (Valérie Donzelli, 2026) où le « stage en déclassement volontaire » est rétribué, au bout du compte, par un succès de librairie.
      Que dire aussi de l’inconséquence politique du cinéma de « BFM-xploitation », rempli de fantasmes douteux sur la loi du plus fort dans les banlieues, et ne voyant celles-ci que comme arène pour des émeutes esthétisées (Dheepan de Jacques Audiard, 2015 et Athéna de Romain Gavras 2022, deux films, qui plus est, signés de « fils de… ») ? On peut trouver que le label « cinéma social » dérive parfois vers le « cinéma de cas sociaux » où ceux-ci sont regardés de haut pour nourrir un pathos outrancier (La Tête haute d’Emmanuelle Bercot, 2015, véritable catalogue de clichés sur la « jeunesse irresponsable en perdition » reconduisant, même inconsciemment l’amalgame « classe laborieuse, classe dangereuse »).
      Ce constat, avec ce type d’exemples, avait déjà été dressé par les Cahiers du Cinéma en septembre 2015 dans leur dossier « Le vide politique du cinéma français », moment où Dheepan et La Loi du marché venaient d’être primés à Cannes et se targuaient illusoirement de regarder la France en face[3]. Des films qui se paraient d’une conscience politique pour, au bout du compte, exciter bassement les stimuli émotionnels (les larmes de la commisération d’un côté, la violence de la loi du talion de l’autre). Si ces films-là avaient été choisis, c’était donc à cause de leur double jeu.
      Chez Grams, les exemples-repoussoirs sont plus monovalents. Il entame sa réflexion par de longs développements autour de deux films déjà oubliés : 16 printemps (Suzanne Lindon, 2021) et Les Choses humaines (Yvan Attal, 2021) cumulant, il est vrai, tous les griefs : népotisme, nombrilisme, étalage de privilèges de classe, aussi bien matériels que moraux, et dans le cas du film d’Attal, opportunisme sociétal malvenu (une récup’ #MeToo avec soupçons réactionnaires). On veut bien croire tout cela. Mais une telle démonstration aurait valu si de tels films (que l’on s’est abstenu de voir) avaient eu un véritable impact, aussi bien public que critique.
      Le problème avec le « bourgeois gaze », c’est qu’il agrège des lieux communs (il n’est rien d’autre que l’éternelle antienne sur le cinéma français tourné dans des grands appartements parisiens avec des faux problèmes de CSP+, quand bien même cela fait près de 40 ans que les régions financent massivement le cinéma) et enfonce des portes ouvertes. Plutôt que d’aligner les exemples de films-repoussoirs dont l’inanité est identifiée d’avance, Grams aurait pu s’attarder un peu plus sur certains statuts aporétiques dans le paysage du cinéma français, comme celui des « punks officiels » Albert Dupontel ou Kervern / Delépine.
      La seule question que pose le cinéma de Dupontel est finalement de savoir s’il est possible d’incarner la « rebellitude » en battant tous les records aux Césars. Quant au duo made in Groland, il est l’un des rares qui, aux yeux de Grams trouve grâce, au motif que « [leurs] comédies célèbrent bien plus les classes populaires qu’elles ne les ridiculisent ». Constat expéditif, qui peut longuement se discuter, notamment à propos du Grand Soir (2012), farce tournant facilement en ridicule les désirs de révolte des populations vivant à proximité des zones d’activité ou le désespoir du monde agricole. Pour le coup, cet « anticonformisme » estampillé Canal+ n’est-il pas le signe que les bouffons du roi se sont bien embourgeoisés ?
      Et que dire, enfin, de ce bourdieusisme à la petite semaine, qui suinte dans une assez déplaisante étude des « professions des parents » installant l’idée d’une prédestination sociale ! C’est bien connu, un enfant de bourgeois ne peut faire que de l’art bourgeois : on entend d’ici les éclats de rire de Godard, Carax et Chabrol !
      À cette aune, pourquoi citer La terre tremble (1948), comme contre-exemple massue d’un cinéma filmant avec respect le travail de populations représentées avec justesse à l’écran ? Impossible de ne pas voir dans le néoréalisme la matrice d’une méthode qui a essaimé aussi bien chez Ken Loach que dans le cinéma iranien, mais là, par miracle, le pedigree du cinéaste s’évapore. Ainsi, l’aristo-gaze de Luchino Visconti di Modrone, comte de Lonato Pozzolo, ci-devant auteur du Guépard, passe miraculeusement entre les gouttes.
      Cette stratégie des exemples et contre-exemples fonctionne donc suivant ce qui arrange les besoins de la démonstration. Jusqu’à une évidente mauvaise foi. Faire des Misérables (premier film de Ladj Ly en 2019, 2,18 millions d’entrées, 4 Césars) un film de maintien de l’ordre, pro-flic alors que précisément il cartographie avec précision la tectonique des forces en présence dans la cité, c’est nier jusqu’à la construction du film, agrégeant une mosaïque de points de vue sans pour autant les renvoyer dos à dos.
      Et quand il s’agit d’évoquer le succès surprise de Vingt Dieux (Louise Courvoisier, 2024) tourné dans le Jura avec un casting d’inconnus, et montrant toutes les étapes d’un travail agricole (à savoir la fabrication du comté), Rob Grams passe le micro à Rose Lamy (autrice d’Ascendant beauf) qui voit inexplicablement un film où « aucune identification n’est possible : les personnages se révèlent caricaturaux, cons, sales, etc. ». Constat sans appel, qui en dit finalement plus sur la hargne de Rose Lamy que sur le film lui-même.
      Nier la dimension politique de l’approche formelle, c’est paradoxalement maintenir une conception on ne peut plus… bourgeoise du cinéma.
      De deux phénomènes paranormaux, l’un. Soit les 955 000 spectateurs et spectatrices du film (score astronomique pour un premier long-métrage sans tête d’affiche) se sont laissés entraîner par un bouche-à-oreille leur promettant un « film sans identification » (ce qui serait un nouveau paradigme promotionnel), soit plus vraisemblablement, le projectionniste préposé à la séance à laquelle assistait Rose Lamy s’est emmêlé les bobines et a lancé, par inadvertance, Affreux, sales et méchants (Ettore Scola, 1976).
      Surtout, comme dans beaucoup d’ouvrages considérant le cinéma sous le seul angle des sciences humaines, on sera bien en peine de trouver dans cette démonstration courue d’avance, la moindre considération formelle. À quel moment, Grams parle de mise en scène, de montage, d’esthétique visuelle et sonore ? Une seule fois, quand il loue, avec plus de vingt ans de retard, la caméra portée des frères Dardenne, et son esthétique de l’urgence sociale, trait si ostentatoire qu’il est rapidement devenu son propre académisme et a été abandonné par les frères belges eux-mêmes.
      À croire Grams, un film ne se résume donc qu’à la combinaison « une histoire au service d’un message » soit une primauté absolue du « vouloir-dire » aux dépens de l’écriture, soit surtout une embarrassante mise sous silence de la forme. Or nier la dimension politique de l’approche formelle, c’est paradoxalement maintenir une conception on ne peut plus… bourgeoise du cinéma.
      Pas étonnant, dès lors, que l’ouvrage se mette le doigt dans l’œil à propos de Sans Filtre (Ruben Östlund 2022, Palme d’Or à Cannes), film déguisé d’une soit-disante conscience marxiste, alors qu’il est déjà au-delà du « bourgeois gaze », enivré de son aveuglant « Cannes gaze », alignant les signaux de reconnaissance adressés aux festivaliers (qui se rachètent une conscience de non-dupes) et aux ultra-riches du jury.
      Mais après tout, on est libre d’apprécier Sans Filtre, et même d’y voir une approche marxiste. C’est le propre des œuvres d’accueillir des appréciations divergentes. Mais qu’il soit l’un des seuls contre-exemples cités laisse pantois. Il éclaire surtout plusieurs impensés de la thèse. Restons donc à Cannes. Outre Sans Filtre, on pourrait citer deux autres Palmes, Parasite (Bong Joon Ho, 2019) et Anora (Sean Baker, 2024) qui, elles-aussi, miment la lutte des classes sur un mode « fun », « glamour », « rigolo ». Véritables œuvres dotées d’une conscience révolutionnaire qui éveillent leur (large) public ou simples divertissements opportunistes qui ont saisi les envies de l’époque (à l’instar du Joker de Todd Phillips – Lion d’Or à Venise, 2019 et seul Marvel à être adoubé dans un festival majeur – qui mimait lui aussi l’insurrection populaire, avec un cynisme plus facile à débusquer) ?
      La question est vaste, ambigüe, passionnante. Elle mérite qu’on s’attarde longuement sur les films, qu’on pèse et soupèse leur goût de la farce pour voir ce qu’il y a derrière leurs maquillages et déguisements : un vrai esprit carnavalesque (et de son retournement des hiérarchies sociales) comme dans Parasite ou un déplaisant camouflage, simplement au service d’un auteur manipulateur, comme dans Sans Filtre. Pour autant, si Parasite semble plus sincère que Sans Filtre, est-il, à l’instar d’Une Bataille après l’autre, un film réellement révolutionnaire ou un simple divertissement aimablement réformiste ? L’emboîtement de ces interrogations sur la valeur réelle d’un « film politique contemporain » mérite encore d’être développé, dans toutes ses nuances et paradoxes.
      Autre impensé, encore plus massif et imparable. Le cinéma « non-bourgeois » et même « anti-bourgeois » n’a pas attendu Rob Grams pour se manifester. Il y a toujours eu des cinéastes qui ont pensé leur travail sur le mode de la collectivité, restant non seulement indépendants économiquement, mais surtout autonomes vis-à-vis de leurs outils de production. Des cinéastes dont l’autonomie – pour ne pas dire l’autarcie – est pensée comme première garante de l’intégrité artistique.
      Et miracle, il arrive que ces cinéastes rencontrent le succès public, sans opérer de concessions avec le marché. On pense ce qu’on veut du cinéma de Robert Guédiguian, mais le succès de Marius et Jeannette (2,6 millions d’entrées en 1997) n’avait rien d’opportuniste et s’inscrivait dans une démarche de fidélité à ses idéaux et à une façon artisanale d’écrire et de fabriquer un cinéma localisé dans son périmètre de L’Estaque, dans un compagnonnage au long cours avec ses acteurs et techniciens. Et que dire des productions Diagonale (autour de Paul Vecchiali et de ses cinéastes amis), mini-studio fabriquant leurs films – parmi les plus lyriques et engagés des années 70-80 – sur un mode coopératif.
      Et là encore, miracle, quand bien même ces films n’ont jamais atteint des scores mirobolants au box-office, ils ont été régulièrement redécouverts par de nouvelles générations cinéphiles et militantes, telle la stupéfiante dérive dans la nuit parisienne des eighties Simone Barbès ou la vertu (Marie-Claude Treilhou, 1980), qui résonne, plus de quarante ans après sa réalisation, avec les revendications contemporaines sur les identités sexuelles.
      Et quand bien même, aucun.e cinéaste français contemporain ne se déclare(rait) « anti-bourgeois » (terme bien réducteur), il est clair que certaines méthodes de cinéastes pourraient s’y raccorder. Ne serait-ce que l’exemple bien ambigu de La Vie d’Adèle avec lequel on n’a toujours pas fini de se dépêtrer depuis 2013. Il est évident qu’un des (pas si) non-dits du film tient dans une forme de revanche sociale de Kechiche, stigmatisant la cruauté insidieuse de la famille bourgeoise éclairée et d’une petite coterie artistique, accueillant en son sein – mais non sans heurts et hypocrisies – une Adèle de condition et de capital culturel plus modeste.
      Schéma scénaristique (la passion amoureuse qui se fracasse sur la différence de classe sociale) redoublé par une dimension méta avec la présence de Léa Seydoux, héritière d’une « grande famille de cinéma », une actrice dominante à son tour dominée par le regard (prédateur ?) de Kechiche. Mais cette mécanique, un brin perverse, n’est-elle pas non plus garante de la puissance émotionnelle du film ?
      Le nœud n’est pas simple à dénouer. La pelote, encore mois simple à démêler. Le film et son onde de choc ne s’épuisent jamais à être réinterrogés. Voilà quand même un exemple presque chimiquement pur dans ses postulats, et bien complexe dans ses développements. Pourquoi l’ouvrage passe sous silence un tel exemple ? Sans doute, parce que le film, quoi qu’on pense, reste irréductible à tout label. C’est un objet paradoxal, inconfortable et traversé par de multiples dialectiques. Comme l’est une autre grande partie du cinéma français, là encore passée sous silence.
      Qui oserait prétendre, par exemple, que les œuvres déjà fournies de Bruno Dumont, Rabah Ameur-Zaïmeche, Alice Diop et Alain Guiraudie seraient « bourgeoises » ? Car ces cinéastes organisent des confrontations sociales au cœur même de leurs films, non seulement dans leurs récits mais aussi dans leurs dispositifs de mise en scène.
      Dans le carnavalesque Ma loute (Bruno Dumont, 2016) – une fantaisie 1910 assez proche de Parasite dans sa façon de mêler farce surréaliste et lutte des classes – Juliette Binoche, Valeria Bruni-Tedeschi, Fabrice Luchini incarnent une famille de grands bourgeois en villégiature sur la Côte d’Opale, tout en surjeu dégénéré. Soudainement, c’est ce star-system à la française – Bruno Dumont n’ayant longtemps travaillé qu’avec des acteurs et actrices non professionnel.le.s recruté.e.s sur place – qui, ici délocalisé, se retrouve mis en péril jusque dans l’artifice de ses outrances et devient regardé comme une bête curieuse.
      Les cinéastes les plus politiques du cinéma français ne sont pas ceux qui s’emparent des grands sujets sociaux, mais ceux qui voient des brèches à l’intérieur de ceux-ci. On peut ainsi citer Dernier Maquis (Rabah Ameur-Zaïmeche 2008), entièrement situé dans une usine fabriquant des palettes de manutention, mais qui ne se repose pas sur l’injonction à filmer le travail de manière paresseuse à répétitive. Le film met plutôt à jour les rapports de domination au sein même de la classe dominée comme la trouble instrumentalisation de la religion par le petit patron qui se veut pourtant « proche de ses employés ». Écheveau de questions brûlantes relayé par une scénographie mouvante, où les amas de palettes forment autant de scènes ou de tribunes éphémères, perpétuellement reconfigurées.
      Dans un autre mouvement plus réunificateur, Nous (Alice Diop, 2020) explore le territoire adjacent au tronçon Nord de la ligne B du RER (de Saint-Denis à Roissy) pour voir comment ces lieux fragmentés pourraient, grâce aux outils du cinéma, trouver des échos mémoriels, affectifs, paysagers. Au-delà des spécialisations du territoire et des codes sociaux des communautés, quel « nous » peut-il être proposé, et même composé par les jeux de montage et de souvenirs ?
      Dernier exemple, Ce vieux rêve qui bouge (Alain Guiraudie, 2001) semble partir sur des représentations attendues – une usine qui ferme, un technicien venant démonter une machine obsolète, des ouvriers livrés à eux-mêmes – pour dépasser l’apitoiement de circonstance et organiser une ronde désirante, qui transcende l’aliénation laborieuse et réveille un autre idéal communautaire, sans doute mélancolique mais naissant après la fin du travail, sur les ruines d’un vieux monde.
      Dans ces trois exemples, Ameur-Zaïmeche, Diop et Guiraudie travaillent en passe-murailles, poussent les cloisonnements sociaux à tel point qu’il est même impossible de leur assigner telle ou telle étiquette, jusque dans le genre même de leurs films. On est bien loin du simpliste « film social » ou de l’édifiant « documentaire sur la France d’aujourd’hui ». Ce sont eux qui réactivent ce vieux rêve vivace d’un cinéma réellement politique, décochant des inspirations plastiques et poétiques, ô combien plus foudroyantes que le laborieux verbiage du pamphlet de Grams

      • #138163 Répondre
        Tony
        Invité

        Sur la réception du livre on peut ajouter Libé qui a fait une double page sous forme de table ronde avec Luc Chessel, Judith Davis et Sandra Onana,et Ostlund se fait là aussi étriller.

      • #138165 Répondre
        Benoît
        Invité

        Bah du coup en voulant défendre la forme, j’ai l’impression qu’il fait un contre sens sur les misérables et sans filtre et qu’il s’emmêle les pinceaux, sensation que les deux sont imprécis. C’est à qui voit le mieux et les deux sont aveugles

    • #138171 Répondre
      Tony
      Invité

      Rob Grams quand on l’entend citer les cinéastes ou films qu’il prise on est souvent consterné,par exemple je l’ai entendu dire que Sidney Lumet, cinéaste que j’aime bien par ailleurs,est son cinéaste préféré de tous les temps,que l’exorciste 2 est un chef d’oeuvre,que Bons baisers de Bruges est un de ses films préférés,bref on se demande si la théorie qui accouche de ça vaut vraiment le coup.

      • #138172 Répondre
        Alexandre
        Invité

        Bof y a pas de quoi être consterné.

        • #138175 Répondre
          Tony
          Invité

          Ça manque un peu de radicalité,non?

        • #138192 Répondre
          François Bégaudeau
          Maître des clés

          C’est pas dur, mais le texte de Pasquier est infiniment moins médiocre que celui de Grams – qui parfois ne semble pas en revenir qu’on l’écoute, alors qu’il est le premier à savoir qu’il est nul en cinéma et brasse un matériau qu’il ignore
          (je rappelle qu’un des films qu’il prend pour exemple de non bourgeois gaze est L’amour est surcoté).

    • #138176 Répondre
      Alexandre
      Invité

      C’est surtout que « mon ou mes film préféré(s) », ça n’a tellement pas de sens à partir d’un certain niveau de fréquentation des films.
      Donc, brandir deux ou trois mascottes expriment plus un élan affectif qu’une objectivation rationnelle.
      Exemple : MON film préféré de tous les temps est All That Jazz, de Bob Fosse. Ce qui veut tout et rien dire.

      • #138178 Répondre
        Alexandre
        Invité

        ….mais je pourrais en parler sur des kilomètres.

        • #138180 Répondre
          Seldoon
          Invité

          Je tente : est-ce que tu saurais où je peux mettre la main sur Sweet Charity ?

          • #138183 Répondre
            Alexandre
            Invité

            Attention Seldoon, si tu parles langage « lien internet », ton interlocuteur est nullissime. Si tu parles disques, je peux te répondre.

            • #138184 Répondre
              Seldoon
              Invité

              Les disques en ce moment on en trouve. Pour de sombres raisons de confort je préfèrerais internet, payant ou non à partir du moment où la qualité reste correcte. C’était une bouteille à la mer.

              • #138187 Répondre
                Tony
                Invité
                • #138197 Répondre
                  Seldoon
                  Invité

                  Ah merci !
                  Je n’ai pas complètement suivi votre discussions et éventuels désaccords, il va sans dire que mon vote va à Tony.

                  • #138219 Répondre
                    Tony
                    Invité

                    Tu n’es qu’un irresponsable

                    • #138220 Répondre
                      Alexandre
                      Invité

                      Oui, je voulais papoter Bob Fosse avec Seldoon mais le cœur n’y est plus.

                      • #138223 Répondre
                        Tony
                        Invité

                        Je t’ai brisé le coeur?

      • #138179 Répondre
        Tony
        Invité

        Il vient d’écrire un livre qui théorise le bourgeois gaze,on s’attend à ce qu’il nous donne des exemples convaincants de contre modèle.

        • #138181 Répondre
          Alexandre
          Invité

          Oui, désolé j’ai répondu un peu hors contexte.

    • #138281 Répondre
      Ostros
      Invité

      TVB 9
      The Mastermind / le rêve américain

      • #138293 Répondre
        Tony
        Invité

        On devine qu’il sera question de Sautet pour la prochaine ou alors peut-être que je prend mes désirs pour des réalités, ça m’intéresse fortement, j’ai revu récemment Vincent, François…et Une histoire simple,et bizarrement j’ai trouvé ça bien alors qu’il s’agit de manifestes patriarcaux conservateurs,je ne sais pas vraiment ce qui m’a séduit,les acteurs et actrices certainement mais c’est insuffisant,aurais-je de drôles d’affects me suis-je demandé ou bien est-ce l’effet de l’art de Sautet?

        • #138295 Répondre
          Alexandre
          Invité

          « j’ai trouvé ça bien alors qu’il s’agit de manifestes patriarcaux conservateurs,je ne sais pas vraiment ce qui m’a séduit,les acteurs et actrices certainement mais c’est insuffisant,aurais-je de drôles d’affects me suis-je demandé ou bien est-ce l’effet de l’art de Sautet? »

          Je pense que aussi que ce n’est pas du mauvais cinéma dans l’ensemble. Il capte quelque chose de sa contemporanéité. Je dirais en tout cas que j’aime mieux ses films maintenant que du temps de mon adolescence, époque où je percevais d’instinct ce côté conservateur.
          Mouvement inverse à mon rapport au cinéma de Tavernier qui me convenait parfaitement au temps où je découvrais ses films à la télé (souvent sur la 3 le mardi soir) avec même de vraies attentes de sorties (Coup de torchon à l’automne 81). Cinéma qui me tombe des yeux maintenant et je n’ai aucun Tavernier en dvd/BR.

          Pour en revenir à Sautet, je confesse n’avoir toujours pas vu Les Choses de la vie. Et je m’en fous un peu.

          • #138296 Répondre
            Tony
            Invité

            Sur Tavernier je ne sais pas, j’ai presque rien vu ou tout oublié,chez Sautet,en tout cas dans ces deux films vus récemment,on sent la fin d’un monde arriver et c’est peut-être ce sentiment qu’il nous fait ressentir.

            • #138319 Répondre
              Olivier
              Invité

              Je n’ose pas revoir Un coeur en hiver qui m’avait beaucoup marqué. J’étais tombé amoureux alors de la musique de Ravel, notamment les trios et concertos pour piano, violon et violoncelle que j’écoute encore régulièrement. Pareil avec Les choses de la vie et la musique d’Alain Sarde que j’aime beaucoup. Claude sautet est peut-être un des cinéastes que j’aime parfois et particulièrement pour la musique. Filmer des visages en silence puis en musique semble ce qui intéresse le plus Sautet.
              Claude Sautet pour moi c’est Un coeur en hiver, Les choses de la vie et Quelques jours avec moi, le reste ne m’intéresse pas. Curieux d’écouter l’octogone Samir / François sur ces films.
              ps : Pour l’uitilisation de la musique, je me suis dit la même chose pour Spielberg que j’apprécie souvent grâce à John Williams. Je pourrais dire que j’aime parfois Spielberg ou Sautet comme de bons illustrateurs ou accompagnateurs de morceaux de musique que j’aime particulièrement. Mais je force un peu…

              • #138326 Répondre
                Alexandre
                Invité

                « la musique d’Alain Sarde »

                ..de Philippe en fait! (l’erreur est courante)

                • #138352 Répondre
                  Tony
                  Invité

                  J’ai pas gardé un bon souvenir de Quelques jours avec moi,on sent que les années Mitterrand l’ont rendu amer,que cette petite bourgeoisie commerçante,qu’il ridiculise,a perdu tous ses repères et que le prolétariat n’est plus qu’un assemblage de cas sociaux,tous assez crétins.

        • #138676 Répondre
          Mathieu
          Invité

          Je me rappelle d’une interview au moment d’Histoire de ta bêtise où François confessait avoir eu un temps « une admiration très bête pour le cinéma de Claude Sautet » avant d’en revenir. Curieux de connaitre les raisons de cette admiration première et celles du revirement. Toujours intéressant de voir comment les goûts esthétiques changent.

      • #138297 Répondre
        Schnoups
        Invité

        Je suis en train d’écouter le TVB et j’en suis au moment où ça discuté de James faisant les valises. Il y a les deux, le coup de la chemise et la paire de chaussures de sa femme, il lui demande si elle les met toujours. Ce qui m’avait fait rire, attitude de gamin et d’époux désintéressée par une forme de féminité.

      • #138506 Répondre
        Selina
        Invité

        Petite précision technique , les « arts appliqués » désignent les arts appliqués à l’industrie, donc le design d’objet, la mode, le design graphique, etc, rien à voir avec l’application et le soin. Michelle Williams dans Showing Up est dans une école type « beaux arts », où l’art est une fin en soi.

      • #138868 Répondre
        Ourson
        Invité

        Devant le film je m’étais fait la réflexion que vestimentairement parlant, j’avais à peu près la même tenue que celle du héros sur certaines scènes.
        Devant ce constat, je me suis dit qu’à quelques détails près, j’aurais pas forcément deviné que c’était les 70s si c’était pas dit.
        Croyez-le ou non, je m’étais dit que c’était sûrement parce que c’est plus simple de raconter les « actualités » avec un journal et quelques télés en noir et blanc, plutôt qu’avec des écrans et des smartphones partout.
        Au final j’apprends dans TVB que c’était à peu près ça.

        Du coup, vous qui avez vu plus de films « modernes » que moi : est-ce que les histoires racontées au cinéma ne sont pas un peu restées dans les années 70-2000 ?
        J’ai quand même l’impression que les personnages continuent de regarder la télé, continuent d’aller sur internet à partir d’un ordinateur et ne se servent de leur téléphone que pour envoyer des SMS ou passer des appels.
        Alors qu’aujourd’hui, quasiment tous les médias sont concentrés dans le smartphone sur lequel les gens passent en moyenne 3h par jour, j’ai pas l’impression que cette réalité soit bien retranscrite dans le cinéma mais je me trompe peut-être

        Au risque de répéter un peu ce que j’ai dit plus haut, quand François dit que « Kelly Reinhardt regarde de haut/loin […] ces pauvres types qui font leur truc », j’ai aujourd’hui l’impression d’avoir fait parti de cette bande de pauvres types et d’avoir été regardé de haut par Kelly, moi qui voulais absolument voir ce braquage réussir avec brio, qui étais aussi tout content de l’avoir vu voler un soldat de plomb et qui étais presque content de le voir prendre une grand mère en filature. C’est fort

    • #138302 Répondre
      Charles
      Invité

      Pour le prochain prochain TVB, je propose Les Rayons et les ombres de Giannoli, dernier gros machin de ce grand cinéaste officiel.

    • #138311 Répondre
      Schnoups
      Invité

      Très intéressant TVB sur Reichardt.

      Intéressant aussi l’aspect manichéen de Reichardt dans sa manière de caractériser ses personnages féminins et masculins et de façon plus marquée sur ce film là. Parce que First Cow échappe à ça avec le magnifique Cookie. On pourrait me rétorquer que Cookie est doté de caractéristiques féminines, cependant ça reste un personnage masculin, ce qui n’est pas rien.
      En vous écoutant m’est apparu plus clairement l’origine du besoin pressant chez Maud d’éloigner James de son compagnon qui s’extasie en lisant et relisant l’article sur son pote braqueur de musée. Quand il lui donne des nouvelles, il donne dans le ton d’un quotidien tranquille, à la limite de l’ennuyant et la proximité avec James est dangereuse, il pourrait bouleverser cet équilibre fragile, faire voler en éclat la simplicité précieuse de leur existence. Et en vous écoutant reparler de Showing up que personnellement j’adore, je me suis aussi dit que le truc de James de rechercher le rapport à l’art dans le grand, dans le tableau de musée était peut être l’élément le plus pathétique du film. Le moment où il accroche le tableau chez lui est beau comme le dit Samir mais ce geste est sérieusement saboté par ce besoin d’accrocher une œuvre adoubée pour rehausser un quotidien. Et c’est ce geste qui entérine son incapacité envers l’art.
      Et cette idée de manichéisme relève aussi ce que je voyais comme l’angle mort du film, à savoir cette manière de valoriser des attentes féminines plus conventionnelles d’une forme de virilité en ridiculisant un personnage qui n’est pas père, qui n’est pas amant, qui n’est pas « responsable ». Cependant ça reste complexe parce que l’autre versant valorisée d’une forme de virilité serait d’aller chercher toujours plus, de chercher une forme de dépassement et c’est bien ce qui tombe à plat dans le film. Pas si facile ce qu’elle travaille là et c’est à mettre au crédit du film. Et du coup la ligne la plus claire et la plus radicale finalement c’est ce que développe principalement François à savoir le sabotage formel travaillé par Reichardt.

      • #138316 Répondre
        Malice
        Invité

        En te lisant je repense au personnage de Cookie, qui n’est presque pas réel; à la fois comme tu dis femme et homme mais asexué comme les anges – et donc en quelque sorte pas vraiment désirable, en tant qu’amant, père etc. L’homme « parfait » serait en partie « hors du monde ». D’ailleur le monde » finit par le rejeter dans le sens de « neutraliser ». Je vois un pessimisme là-dedans mais je m’avance peut-être un peu trop. Je ne sais pas si tu as ressenti ça?

        • #138377 Répondre
          Schnoups
          Invité

          Non, je n’ai pas ressenti ça. Il ne me paraît pas presque irréel du tout.
          Et Cookie a la scène érotique du cinéma de Reichardt. Je n’ai vu que 4 ou 5 films d’elle donc je m’emballe un peu.

          • #138492 Répondre
            Malice
            Invité

            Tu parles de quelle scène? Je ne me souviens que d’un moment vaguement érotique chez Reichart, dans « Old joy » ( le bain dans la nature des deux amis).

            • #138636 Répondre
              Schnoups
              Invité

              La première traite de Cookie Malice !

              • #138652 Répondre
                Malice
                Invité

                Je ris car j’y ai pensé en fait
                Kelly a dû mater Zoolander 2

                • #138666 Répondre
                  Schnoups
                  Invité

                  Voilà, elle a juste ajouté un poil de subtilité.

    • #138342 Répondre
      Ostros
      Invité

      Le TVB 10 sera en ligne lundi 23 mars à 20h
      il portera sur Claude Sautet & Wong Kar-wai (désolée Charles)

    • #138356 Répondre
      Ourson
      Invité

      Du coup j’ai vu Aucun autre choix, dont j’ai parlé un peu plus haut…
      C’est moi ou les coréens adorent faire des oeuvres « anticapitalistes » (d’apparence) autour d’un concept un peu catchy ? Il y a une raison à ça ? C’est quand même pas les plus woke :
      Aucun autre choix
      Parasite
      Squid Games
      Dernier train pour Busan
      Snowpiercer
      Mademoiselle
      Squid Games
      Mickey 17 j’imagine
      The Host dans une moindre mesure

      Ou alors ils ont juste vu que ça avait explosé les Box Office une fois et reproduisent sans cesse la formule depuis ?

      • #138357 Répondre
        Ourson
        Invité

        Je parle évidemment des réalisateurs mainstream
        Hong Sang-soo n’est pas visé ici

      • #138366 Répondre
        Malice
        Invité

        Je ne sais pas pour Bong mais j’ai entendu Park dire que pour écrire une bonne histoire il fallait l’ancrer dans le réel et ne pas écrire des personnages déconnectés d’une situation sociale. Je ne sais pas s’il vote extrême gauche mais sa façon d’envisager l’art est de gauche, sous cet angle, du moins.

        • #138372 Répondre
          Malice
          Invité

          J’ajouterais que son film fétiche semble être  » The yearning » de Naruse donc sincère sensibilité de gauche, je pense

          • #138517 Répondre
            Malice
            Invité

            Après recherche, je vois que PCW est militant d’un parti travailliste issu de la plus gauchiste confédération syndicale sud-coréenne. Et Bong aurait fabriqué des bombes artisanales en période de dictature militaire.
            L’un et l’autre auraient été mis sur liste noire leur interdisant des financements publics de leurs films dans les années 2010 en raison de prises de positions montrant une opposition au gouvernement conservateur.

          • #138529 Répondre
            Ourson
            Invité

            À tout hasard, tu sais où je peux retrouver cette interview ? J’ai cherché j’ai po trouvé 🙁 J’ajoute the Yearning à ma liste.
            Je suis content de voir que « Park et Bong » suscitent un certain respect ici parce que plus ça va, plus j’entends d’eux qu’ils font des nanards clipesques pour adolescents (je caricature)

            • #138536 Répondre
              Malice
              Invité

              Faut pas écouter les blaireaux
              Je ne me souviens malheureusement plus dans quelle interview je l’ai entendu dire ça…
              peut-être ici : https://www.youtube.com/watch?v=F_kUrMIRSW8

            • #138538 Répondre
              Seldoon
              Invité

              Ils vont bien, hein, avec pour Bong oscars et palme d’or, pour Park grands prix et présidence du festival de Cannes.

              • #138539 Répondre
                Malice
                Invité

                d’où l’agacement qu’ils suscitent peut-être

      • #138387 Répondre
        François Bégaudeau
        Maître des clés

        en tout cas les coréens (généraité) sont souvent très attentifs aux rapports sociaux, aux rapports économiques en général, Park et Bong aux premiers chefs

        • #138493 Répondre
          Malice
          Invité

          @François tu aimes le film de Naruse? (Connu en France sous le titre :  » Une femme dans la tourmente »)
          C’est un de mes préférés du boss du cinéma japonais ( bonheur de découvrir la filiation entre lui et PCW)

          • #138523 Répondre
            François Bégaudeau
            Maître des clés

            j’ai vu peu de Naruse, et c’était il y a 30 ans
            je veux bien quatre titres, et je m’y remets

            • #138524 Répondre
              François Bégaudeau
              Maître des clés

              je note donc déjà The yearning

            • #138525 Répondre
              Alexandre
              Invité

              Allez
              Nuages flottants
              Le Repas
              Le Grondement de la montagne
              et Nuages épars, son tout dernier.

              ..pour mes quatre préférés (de ceux que j’ai vus)

              • #138532 Répondre
                Malice
                Invité

                Je vallide la liste d’Alexandre et j’ajoute
                « Inazuma » ( émancipation d’une jeune femme par rapport à une famille bien reloue, qui veut la marier alors qu’elle veut vivre seule et indépendante)
                « A l’approche de l’automne » ( point de vue d’un jeune garçon sur la fuite de sa mère avec un amant et comment il passe le temps dans la ville où elle l’a laissé, en élevant un insecte et draguant une petite fille)
                Son film à sketchs avec Toshiro Mifune dans le rôle d’un campagnard bègue, où une histoire d’amour débute sans la moindre péripétie et dans le quotidien le plus doux :https://www.youtube.com/watch?v=JVwchzXFTbY
                ( scènes d’anthologie de croquage de cornichons et de mangeage de glaces à l’eau à la fête foraine)

                Je dois voir bientôt « L’éveil du printemps », dont le résumé me fait penser à « La blessure la vraie »

                Si des gens veulent que je leur transfère certains métrages, je peux ( je me constitue une collec)

        • #138528 Répondre
          Ourson
          Invité

          J’allais dire « ça me parait fou quand on connaît la situation des sud-coréen », et puis j’ai creusé un peu la question avant de poster, jusqu’à tomber sur ce documentaire Arte : https://www.arte.tv/fr/videos/130700-000-A/coree-du-sud-quand-la-jeunesse-se-met-en-pause/

          « Plus de 736 000 Sud-Coréens âgés de 20 à 39 ans ont aujourd’hui renoncé à chercher un emploi. Ni sans travail, ni en formation, ils disent avoir mis leur vie professionnelle  »en pause ». À l’origine de cette décision, des parcours marqués par l’instabilité, des revenus jugés insuffisants, des rythmes de travail éprouvants, et le sentiment d’un système verrouillé et injuste. »
          Leur système est visiblement si extrême qu’il commence à susciter une réelle remise en question. J’essaierai de regarder le docu incessamment sous peu

          • #138534 Répondre
            K. comme mon Code
            Invité

            Je pense souvent à la scène de Burning où tous les candidats sont en file. On leur explique les conditions du job, je crois, le fait que ce soit loin, puis notre protagoniste – sans un mot – part.

      • #138498 Répondre
        Ema
        Invité

        Je pense qu’il faudrait plutôt s’interroger dans l’autre sens : comment se fait-il que dans l’ensemble de la production mondiale, si peu de films, y compris de grand divertissement, prêtent attention aux rapports de domination et a l’argent dans leurs scenario, alors qu’ils sont absolument incontournables et partout dans nos vies.

        • #138530 Répondre
          Ourson
          Invité

          En effet, ma question en réalité était plus du style « personne le fait… Alors pourquoi eux ? »

    • #138363 Répondre
      Mathieu
      Invité

      Je réagis ici au dernier TVB sur la partie Rêve Américain – je n’ai pas pu voir The Mastermind

      Je suis d’accord avec tout ce qu’il s’est dit. Film qui se suit bien, qui déroule bien son programme, pas désagréable, mais beaucoup moins drôle qu’il aurait pu être et libéral par tous ses pores – je souscris particulièrement au scénario académique comme forme libérale, même si je peux y trouver un goût, moi qui aime bien les scénarios facturés conventionnellement, le « bel animal » comme on dit dans le jargon, où tout est bien en place, où tout s’enchaine bien, dans une structure en entonnoir (en principe c’est là que vous hurlez), vers une fin programmée, écrite d’avance, et vers laquelle tout le film tend, parfois happy (comédies « feel good », dessin animé Disney-Pixar) parfois moins (thriller, film à suspense, film de genre). Tout le contraire d’une Kelly Reichard par exemple, où les pistes et le sens s’ouvrent à mesure que le film avance, mais bon, je dois être plus libéral que je ne le voudrais. Pour moi, réussir un bon scénario conventionnel, c’est un peu comme écrire un tube de rock ou de pop pour la radio. 3’30 hyper accrocheur, punchy, mélodique, merci, bonsoir.
      En somme, pour moi, que le film conte une success story à l’américaine n’est pas vraiment le problème. Je m’y attendais clairement et ça ne me gêne pas, je ne remets pas en cause ce cadre-là, cette trajectoire qui va de « on est des banlieusards nuls » à « on est les rois de la NBA, au premier rang pour la draft de Wemby » – réelle note écrite dans le générique de fin, photo à l’appui lors de la draft ( on dit bien LA draft d’ailleurs François)
      En social démocrate du scénario (mais un scénariste mainstream peut-il être mieux qu’un social démocrate?), je critiquerai les choses au sein de ce cadre, en reprenant les propos de François et Samir: le niveau de premier degré de Zadi sur toutes ces phrases d’entrepreneur: les deux travail de deux fois 12 heures, l’échec avant la réussite, une autre dialogue hallucinant sur « on se lève à 5h pour rattraper notre retard et quand on l’aura rattrapé on continuera à se lever à 5h pour prendre de l’avance ». Le manque de drôlerie vient d’ailleurs aussi de cet éloge forcené du travail alors qu’avec Zadi, on aurait pu avoir aussi un personnage marrant de diletante, un peu Gaston Lagaffe. Ça aurait été marrant d’ailleurs que les mecs aient des moments de découragements, de décompression, après tous leurs échecs. Que Zadi dise à Quenard « bon là vient mec, on prend du temps pour nous un peu, on prend une semaine, on va à la plage, spring break californien, et on s’y remettra plus tard. » Jamais. Et donc jamais de vanne parce que jamais de légèreté. Jamais de scènes pour rien. Toujours au service d’un scénario verrouillé qui avance comme un train sur des rails. Je pense d’ailleurs souvent dans ces moments là à un texte de François sur la comédie qui dit: « le drame de la comédie, c’est qu’elle veuille absolument être film », et qui reconduit d’une certaine manière l’opposition déjà théorisée entre la scène et le scénario, entre la justesse et le drame dit parfois aussi Thomas Bidegain, entre la chronique et l’engrenage, dit-on dans le jargon. La comédie se joue dans la scène, dans la captation de la justesse de la vie, dans l’aspect chronique, pas dans le scénario mécanique, fabriqué, dramatique. Dans ce film l’équilibre entre les deux est très mal géré, penche beaucoup trop du côté scénario. Et comme précisément la comédie s’inscrit forcément dans l’avancée de l’intrigue, on est beaucoup plus chez un Francis Veber ou un Salvadori tardif que chez Judd Apatow – en cela le film reste très français. Et ça donne, plutôt qu’un comique de dialogue, un comique de situation souvent moyen et poussif – filature de l’agent de NY, faire semblant d’avoir un appel téléphonique dans un mauvais anglais, faire dribbler le basketteur devant la vitrine du restaurant. Toute cette séquence est assez consternante, ça ne m’a pas du tout fait rire. Le seul truc pas mal dans le style, c’est la chinoise, positionnée en sous-marin derrière les propriétaires de Memphis, qui indique 3 avec les doigts pour signaler discrètement à Zadi et Quenard qu’ils n’iront pas au-delà de 3 millions de dollars. Là j’ai un peu ri, mais ça tient d’ailleurs plus à l’actrice chinoise elle-même, qui a une petite vis comica, dans sa façon d’être, de faire le signe, de regarder en coin tout en étant hyper sérieuse, qu’à la situation.
      Enfin, une dernière chose sur laquelle vous êtes passé faute de temps, mais c’est l’indigence du traitement des relations hommes femmes dans ce film. L’écriture du couple de Zadi notamment est encore catastrophique. Premièrement, on sent que c’est fait pour cocher une case: dans un scénario mainstream, il nous faut un storyline amourette. Alors que la chose un peu radicale à faire ici aurait été de s’en passer, bien sûr: ils sont des bourreaux de travail, ils ne pensent qu’à leur réussite d’entrepreneur 24h par jour, très bien ok, mais alors pas de femme, pas de sexe, pas d’enfants. Or Zadi gère deux grossesses pendant le film, supposément. Il y a grossesse, accouchement dans la bagnole, puis re-grossesse puis demande en mariage (j’y reviendrai), le mec a des journées de 72h visiblement.
      Maintenant qu’il y en a, j’ai été effaré de plusieurs trucs. D’abord, le film, qui met au centre l’argent, est nul sur l’économie du couple. Zadi gagne pas un flèche, ils vivent à 5 sur un salaire et la meuf est toujours hyper contente, ça ne créée aucune tension dans le couple, elle n’est jamais saoulée d’être avec un homme-enfant qui ne gère rien de la vie de famille en plus de ne pas gagner d’argent. La scène de demande en mariage est complètement symptomatique de ce point de vue. Le grand enfant Zadi la demande en mariage contre toute logique économique, elle accepte tout sourire comme d’hab, c’est complètement surréaliste. Pour moi, il y aurait eu deux trucs à faire ici. Petit 1/ ne pas faire cette scène absurde et illogique. Petit 2/ Quitte à la faire, y injecter une donnée économique et donner de la vie et du répondant à cette pauvre fille. « Ha ouais tu veux m’épouser, mais si je comprends bien c’est encore moi qui vais tout payer donc, Rotschild? » Et Zadi tout grand tout penaud serait complètement mouché. Ça aurait eu le mérite d’être un peu drôle.
      Evoquant Marty Supreme, Maud Le Rest a fait un papier récemment sur l’immaturité des personnages masculins au cinéma, qui se comporte comme des hommes enfants, comme s’ils n’avaient aucune responsabilité familiale vis à vis de leur femme ou de leur enfant. Vous ironisiez en fin d’émission sur « le cinéma de Marciano ». Mais s’il y a un thème qui parcours ses films, c’est l’immaturité, Les Gamins et Play ce n’était que ça. De ce point de vue, il se voudrait sans doute un continuateur de Judd Apatow. Or chez Apatow cette immaturité, ne se jouait pas au détriment des femmes. Les femmes avaient du répondant, du comique, des punchlines, pouvaient se montrer elles aussi sous des jours peu flatteurs. Elles n’étaient pas uniquement des faire valoir comme ici. Et donc décidément, même de ce point de vue où il se rêverait américain, comme son titre l’indique, Marciano est bien plus un continuateur de la haine du féminin visible chez Veber ou Salvadori.

      • #138365 Répondre
        Mathieu
        Invité

        Titre de ma critique s’il en fallait un: Un rêve américain académique et bien français

        • #138367 Répondre
          Charles
          Invité

          Tu aurais le lien vers l’article de Maud Le Rest?

          • #138369 Répondre
            Mathieu
            Invité

            Salut Charles, ce sont des slides sur sa page Instagram: le cinéma aime les gros bébé cadum
            https://www.instagram.com/maudlerest/?hl=fr

            • #138373 Répondre
              Tony
              Invité

              C’est qui Maud Le Rest?Jamais entendu parler

              • #138374 Répondre
                Charles
                Invité

                Une journaliste féministe plutôt rigolote.

                • #138375 Répondre
                  Tony
                  Invité

                  Ok merci

                  • #138390 Répondre
                    François Bégaudeau
                    Maître des clés

                    Rassure toi, Mathieu, moi aussi je peux tout à fait marcher dans un scénario « libéral », et fort heureusement puisqu’il concerne 90% des films. Un bon film de braquage, avec management serré de la team et professionalisme au cordeau, grand kif
                    Sur les personnages féminins : Marciano est vraiment un enfant de Toledano-Nakache, et dans le microciné à eux consacrés j’avais abordé ce point. En commençant par constater qu »on ne trouvait, dans leur cinéma aucun personnage féminin central, sauf celui joué par Noémie Merlant, mais qui se trouve etre justement une illuminée écolo radicale que le couple de buddys va etre chargé de décoincer. Et donc le rire est toujours pris en charge par des mecs. La comédie est envisagée comme une poche où des mecs peuvent se marrer entre eux, loin des femmes rabat-joie. Je relisais même la fameux gout de tous ces gens pour la comédie italienne à ce prisme : la comédie italienne, c’est ce cinéma de mecs, où des mecs un peu à l’ancienne (c’est à dire encore un peu virils et de surcroit italiens) s’amusent bien, pendant que bobonne fait la cuisine. Ca ne dit évidemment pas tout de la comédie italienne – que j’aime comme tout le monde- mais ça dit quelque chose.

                    • #138402 Répondre
                      Ostros
                      Invité

                      Pour une comédie où le rire est pris en charge par des femmes, voir les K D’or de Jeremy Ferrari.
                      Sorti le 11 mars.
                      Quelques ratés mais pas mal de réussites dont cela.
                      J’en parlerai plus longuement plus tard.

                      • #138403 Répondre
                        Charles
                        Invité

                        On dit aussi le plus grand bien d’Alter ego avec Lafitte et Gardin.

                      • #138405 Répondre
                        cinema
                        Invité

                        Il a l’air de mal vieillir Ferrari, tandis que Laura Felpin rame et Judor qui réfute son âge. Bref, le cocktail donne pas envie un brin. Alter ego un peule même combo. Police Flash 80 dont carrément envie.

                      • #138407 Répondre
                        Ostros
                        Invité

                        Laura Felpin rame dis-tu ? Va falloir argumenter.
                        Et l’âge de Judor ? Je vois pas. Mais quand bien même l’humour serait sur ce terrain de l’âge de Judor (ce qu’il n’est pas) si c’est drôle où est le problème ?

                      • #138412 Répondre
                        Apagérite
                        Invité

                        Affirmer que Laura Felpin « rame » mériterait en effet au moins un début d’exégèse, car l’impression qu’elle donne est presque inverse. Elle a plutôt l’air d’une de ces âmes instables et ferventes que décrivent les vieux traités mystiques, traversée de figures successives comme un médium drolatique dans quelque séance d’occultisme un peu louche, laissant défiler voix, tics, silhouettes avec une sorte de fièvre qui tient moins de l’effort que de la possession comique. Ce n’est pas toujours égal, bien sûr, mais pas de là à réduire ça à l’image prosaïque d’un besogneux rameur, un peu comme si l’on reprochait à une visionnaire ses tremblements pendant l’extase. Et pour l’âge de Judor, je ne voit pas le problème. On dirait une de ces chicanes byzantines où l’on soupèse un détail biologique comme s’il s’agissait d’un dogme. Le comique n’a jamais dépendu de l’état des artères mais de ce léger déraillement par lequel une personne cesse soudain de coïncider avec son image, petite fissure presque métaphysique d’où jaillit le rire. Si une plaisanterie frôle l’âge et qu’elle est drôle, la question est close aussitôt, telle une rose du jardin de Marie à l’arrivée d’une impure Eve, dans une extase de psalmiste. Le reste me fait penser à ces discussions de scolastiques penchés sur un miracle comme sur une éprouvette, oubliant que la seule chose qui compte est la transmutation elle-même, ce moment un peu trouble où la matière banale d’une scène se change, presque alchimiquement, en rire.

                      • #138427 Répondre
                        cinema
                        Invité

                        Il a l’air de mal vieillir Ferrari, tandis que Laura Felpin rame (dans l’extrait de ce film) et Judor qui réfute son âge (alors que j’ai adoré). Il fait pas jeune, me donne plus l’impression de jouer les jneus (sa chaine YouTube est pas marrante).
                        Bref, le cocktail donne pas envie un brin. Alter ego un peu le même combo. Police Flash 80 donne carrément envie.

                      • #138430 Répondre
                        Tony
                        Invité

                        Moi j’ai un beau frère macroniste très raide,pas un gai luron du tout,le seul humoriste dont je l’ai entendu parler c’est Ferrari

                      • #138411 Répondre
                        Mathieu
                        Invité

                        Je vois Alter Ego aujourd’hui si tout va bien, j’en posterai une critique. Comme ça, le film me parait une face B de La personne aux deux personnes qui était quand même très moyen, malgré ce super personnage de Gilles Gabriel et son grand tube Flou de toi, porté par un génial Chabat. J’en revenais à regretter que le film ne soit pas centré exclusivement sur lui, un peu à la Guy d’Alex Lutz, plutôt que de verser dans le fantastique avec l’intrusion de Daniel Auteuil.
                        Là, le fantastique et l’étrangeté ont l’air de mieux se justifier, vraiment au coeur du récit. Et puis Lafitte a la gueule de l’emploi. Je vous dirai.

                        Ferrari, j’irai par curiosité mais je suis beaucoup moins client. J’ai vu la tournée du trio cette année, c’était assez moyen, infantile et bébête, dans la lignée des Duos de l’impossibilité où les mecs passent leur temps à se déguiser comme au spectacle de CE2. M’a surtout frappé à quel point Ferrari est un acteur médiocre, toujours en force, raide, incapable de jouer autre chose que le mec en colère, toujours consterné par l’infantilité des deux autres (bien naturellement meilleurs pourtant, surtout Tsamère) dans des intonations toujours très exagérées. Il a un côté Alexandre Astier dans son personnage: moi je sais tout, les autres sont des débiles. Et le film a l’air d’aller sur ce terrain. Je me méfie.

                      • #138437 Répondre
                        Ostros
                        Invité

                        « M’a surtout frappé à quel point Ferrari est un acteur médiocre, toujours en force, raide, incapable de jouer autre chose que le mec en colère, toujours consterné par l’infantilité des deux autres (bien naturellement meilleurs pourtant, surtout Tsamère) dans des intonations toujours très exagérées. Il a un côté Alexandre Astier dans son personnage: moi je sais tout, les autres sont des débiles. Et le film a l’air d’aller sur ce terrain. »
                        -> alors, oui je suis d’accord avec ce diagnostic.
                        Jeu de Ferrari et seconds rôles débiles et lien à faire avec le roi Arthur
                        Je pense qu’il joue ainsi précisément parce qu’il ne sait pas jouer. Et qu’il se regarde beaucoup. Il pose.
                        Et dans les k d’or son jeu froid et viril, et la faible quantité de ses interventions donnent en fait toute l’attitude au talent des deux autres. Contrairement à Astier qui monopolise la parole et la ligne de scénario Ferrari est vraiment le clown blanc et froid qui va rendre saillait la verve et le génie de ses partenaires
                        * ATTENTION SPOIL *
                        De plus à l’issue du film on ne retient que les scenes de Felpin et Judor et en plus, il offre à chacun une fin qui mouche leur bêtise qu’on croyait installée (sont pas aussi cons qu’on le pense)

                      • #138490 Répondre
                        Mathieu
                        Invité

                        Bon je développerai demain ou dans le WE, mais Alter Ego c’est vraiment pas terrible encore. Sentiment de voir un énième mauvais Dupieux écrit à la va vite, répétitif, improbable, et où le rire advient difficilement car on a précisément du mal à croire aux situations. On entre Dupieux et Martin Jauvat, la toute nouvelle coqueluche de la comédie facile. La constellation des paresseux, quoi. Cette tendance de se contenter d’étirer une idée de court-métrage avec une esthétique un peu absurde, chatoyante et surréaliste et se dire que ça va faire la blague, ça commence doucement à me saouler, je ne vous le cache pas.

                      • #138756 Répondre
                        cinema
                        Invité

                        Tiens donc, c’est étrange je suis pas étonnée. Si ça commence à t’agacer évite de voir K d’or.

                      • #138771 Répondre
                        Mathieu
                        Invité

                        Oui j’ai dis que je reviendrai dessus finalement mais flemme. Ces films paresseux me contaminent, ils ne me donnent pas envie de m’y attarder et d’essayer de produire une réflexion. La liste d’adjectifs que j’ai mis pour décrire Alter Ego suffira.
                        Bon en fait quand même en écrivant, une idée me vient: c’est un film qui est pris à son propre piège. L’idée de départ saugrenue, surréaliste, du double Laurent Lafitte fait sourire, d’autant que personne d’autre que lui ne reconnait cette gémellité. Il y a un jeu sur le parallélisme des maisons, des prénoms, c’est assez composé, dans une lumière de sitcom et un décor de maison de poupée. L’idée de départ et la DA, dans un premier temps, sont donc plutôt attirantes. On se dit que ça va être un peu original, qu’il y aura une patte. Et en même temps, on sent vite que, passées ces 20 premières minutes, le film va s’essouffler. Et effectivement, c’est ce qui arrive: le film révèle vite son propre vide. Les scènes de « travail » à la Cogip à ce titre sont particulièrement révélatrices. C’est du rien. Et ensuite, pendant une heure, on est simplement en boucle sur Alex qui ne supporte pas Axel, et le film patine, simplement sauvé de-ci de-là par un Mr Fraize en mode repeat, mais pour autant toujours drôle. Et là où je dis que le film est pris à son propre piège, comme le personnage d’Alex d’ailleurs, c’est que ce qui faisait son petit intérêt au début, sa petite originalité plastique, annihile toute puissance comique à la fin: l’absence totale d’ancrage réaliste se retourne contre lui et fait que le rire n’advient pas.

                      • #138781 Répondre
                        Ostros
                        Invité

                        Déjà le fait de faire un énième film sur un double que le perso est seul à voir est répulsif
                        Merci de t’être sacrifié pour la communauté.

                      • #138779 Répondre
                        Mathieu
                        Invité

                        Intéressant, tu peux développer?
                        Les Kdor ne me semblait justement pas sur cette ligne, tant plastiquement que scénaristiquement. La photographie du film semble assez classique, naturelle, et niveau scénario, j’aurais instinctivement plutôt tendance à dire que Ferrari pêcherait par sur-écriture au contraire. Mais j’irai voir si mes hypothèses se vérifient.

                      • #138857 Répondre
                        cinema
                        Invité

                        Vu il ya 15 jours, il m’en reste pas grand chose, si ce n’est les accents de Felpin. Ce film part un peu dans tous les sens. Felpin et Judor apportent beaucoup d’énergie, mais ils rament devant Ferrari (sans jeu de mots). Y a quelques gags qui fonctionnent plutôt bien, mais l’acting est souvent bancal, le scénario décousu, et beaucoup de blagues tombent complètement à plat. Au final, le film frustre plus qu’il ne fait vraiment rire, même en le prenant à n’importe quel degré. Je disais plus haut que Police Flash 80 a l’air bien, mais je commence à en douter. C’est pénible de pas avoir de bonnes comédies en ce moment, ça manque.

                      • #138859 Répondre
                        Tony
                        Invité

                        Qu’est-ce qui te fait douter de Police Flash 80?
                        Sinon en bonne comédie le film de Sam Raimi vaut le coup,on rit vraiment.

                      • #138863 Répondre
                        cinema
                        Invité

                        Rien de concret, je l’ai encore vu. Juste une intuition que ça risque d’être un peu light et redondant. Send help, merci car je connais pas du tout

                      • #138865 Répondre
                        Tony
                        Invité

                        Sur Police Flash 80 je crois qu’on est sur un humour genre Les Inconnus,Alter Ego,que je n’ai pas vu, c’est typiquement humour canal,humour populaire contre humour de cadre,je force un peu.

                    • #138406 Répondre
                      Mathieu
                      Invité

                      Très juste, je me suis souvent dit ça aussi à propos de la team Lellouche Dujardin Canet. Au moment des Infidèles, ils ne juraient que par Les Monstres, qui apparemment est un classique de la comédie italienne. Et justement dans le style, on est des beaufs, on baise des meufs, et on vous emmerde, Les Infidèles se posaient là. Ce qui ne l’empêchait pas d’être très drôle, notamment dans le sketch des Infidèles Anonymes.

                      Je reviens au Rêve Américain car j’ai un élément de réponse sur l’adhésion des acteurs au scénario, du moins concernant Raphael Quenard. Il n’était pas prévu sur le film, le réalisateur n’en voulait pas car il est trop grand de taille (1m88) alors que le vrai Jeremy Medjana est assez petit (1m70 en comptant les cheveux dressés, c’est lui-même qui le dit)
                      Ce n’est qu’après avoir lu le scénario qu’il a adoré, qu’il a fait le forcing pour être sur le film.

                      • #138408 Répondre
                        Ostros
                        Invité

                        « Ce n’est qu’après avoir lu le scénario qu’il a adoré,.qu’il a fait le forcing pour être sur le film. »
                        Oui ça veut bien dire que y a pas de mesinterprétation possible sur son adhésion à toute l’idéologie portée par le film
                        Je constate quand même que ce goût pour le récit liberal imprègne largement le milieu de l’humour en France Kojandi, Gad Elmaleh, les humoristes phare de youtube, couplé au développement personnel dans un but de dépassement de soi, de réussite professionnelle, l’argent, le couple qui est bien fait etc
                        Les milieux artistiques baignent là dedans depuis des années, les exceptions comme Gardin sont rares.

                      • #138409 Répondre
                        Ostros
                        Invité

                        Réussite professionnelle, l’argent, le couple, et le sport bien entendu
                        S’entretenir, se depasser comme un sportif de haut niveau

                      • #138413 Répondre
                        Mathieu
                        Invité

                        Tout à fait d’accord, en particulier sur Khojandi, prototype de l’homo-liberalus comique cool, que l’on voit malheureusement beaucoup sur les plateaux de stand-up à tel point que ça en devient très agaçant. Nox à l’époque de son spectacle Une Bonne soirée avait fait une critique en ce sens.
                        Et la catastrophique saison 2 de Bref est d’ailleurs emprunt d’une idéologie libérale qui ne dit pas son nom, notamment dans la part énorme qui est faite à la psychologisation des problèmes du héros. Là encore, Nox et Yasmina Behagle en ont parlé en podcast.

                      • #138435 Répondre
                        K. comme mon Code
                        Invité

                        Une Bonne Soirée dont la morale est « si t’es un type sympa t’auras le droit à un plan à trois ». Littéralement, sans ambiguïté.

                  • #138404 Répondre
                    Mathieu
                    Invité

                    Attention quand même, dans sa saisie du cinéma, elle est exclusivement politimane. Jamais de mention de l’esthétique des films, toujours le propos, et à distribuer des bons et des mauvais points. Ce qui n’empêche pas de bonnes analyses mais je préfère prévenir

          • #138370 Répondre
            cinema
            Invité

            Marciano est bien plus un continuateur de la haine du féminin visible chez Veber ou Salvadori.
            C’est poussé comme critique non ? Dans ces 2 autres films, je ne vois pas trop ça. Je n’ai encore vu le rêve américain.

            • #138376 Répondre
              Mathieu
              Invité

              J’y ai été un peu fort, haine du féminin est une formule que j’ai emprunté à François, qui je crois en avait parlé à propos de En Liberté. J’aurais pu dire indifférence aux personnages féminins, au bas mot.
              Je ne me souviens pas bien de Play, mais il me semble que dans Les Gamins, le concept même du film, c’était que les femmes étaient des chieuses, des empêcheuses de s’amuser en rond.
              En tout cas, je suis sûr que cette observation que j’ai faite vaut pour Le Rêve Américain où les femmes sont des mamans sans épaisseur, qui passent tout avec le sourire, à leur bébé-cadum de copains.
              PS: désolé pour les fautes dans mon long texte, je me relis, y’en a partout putain

              • #138378 Répondre
                cinema
                Invité

                Merci de la précision. Dans Play comme dans Les Gamins, j’ai le souvenir que les femmes sont en effet pas très consistantes et les mecs de grands enfants en effet. C’est vrai que dans Les Gamins, les femmes sont assez conformistes, romantiques, séductrices, blabla, néanmoins elles montrent de l’indépendance et de la fermeté. Dans Play, c’est un peu différent, le personnage féminin principal fait carrément progresser le récit du rôle masculin. Je trouve que Marciano est en somme très conventionnel, comme le sont les relations affectives et amoureuses dans le réel.
                PS : les erreurs d’orthographe et autres coquilles, je ne les ai pas vu, merde alors

    • #138364 Répondre
      Tony
      Invité

      Recension très intéressante et sanglante du livre de Rob Grams,les cahiers ne sont pas épargnés non plus, période Rivette et Delorme,les pendules sont remis à l’heure

      Le Gaze à l’état fumeux. Sur « Bourgeois Gaze » de Rob Grams

      • #138429 Répondre
        François Bégaudeau
        Maître des clés

        et pendant qu’on perd son temps à montrer l’inanité de ce livre inane, on ne réfléchit toujours pas à ce que pourrait etre reellement un bourgeois gaze ou un cinéma bourgeois

        • #138433 Répondre
          Samuel Lebesgue
          Invité

          Je me lance

          —————————————–

          Ne devrait-on pas voir dans le cinéma français un réseau organisé de forces visibles et invisibles, un ensemble où les films, les figures sociales et les régimes de représentation s’entrelacent dans une logique que chacun pressent sans jamais la nommer ? Le bourgeois gaze, dans sa manière d’examiner les histoires et de mesurer les affects, agit sur cet ensemble comme un opérateur discret : il favorise certaines formes de vie narrative, en retient d’autres à distance, et semble maintenir un équilibre fragile entre répétition et invention. On observe une sorte de stabilisation : certains motifs, certaines situations ou manières de sentir la vie apparaissent comme immuables, se répètent avec une insistance presque mécanique, tandis que d’autres configurations s’écartent vers la marge, rejetées mais jamais totalement éliminées, et finissent par revenir transformer ce qui semblait fixe. Les interactions entre personnages, les choix de décor, le déploiement des tensions morales ou sexuelles forment un réseau dont l’ordre apparaît naturel et spontané, mais qui, selon moi, obéit à des régularités plus profondes, à une sorte de mécanique invisible.
          C’est seulement si l’on accepte de considérer ces éléments comme les points d’un ensemble formel que l’on perçoit que ce réseau fonctionne comme un véritable groupe au sens algébrique : chaque film, chaque permutation de situations et de caractères, chaque action du regard bourgeois peut être analysé comme une opération qui transforme l’ensemble tout en conservant certaines structures. La stabilisation des motifs ne relève pas simplement d’une habitude culturelle ou d’une norme sociale : elle correspond à un invariant au sein de l’ensemble, et les permutations introduites par les innovations narratives, les écarts de style, ou les disruptions thématiques, jouent le rôle d’opérations sur ce groupe, créant de nouvelles orbites et redistribuant les positions relatives des éléments narratifs. Ainsi, ce qui semblait être une continuité naturelle apparaît comme un système d’actions et de permutations dont la cohérence est autant cognitive que formelle : le cinéma français se lit alors comme un espace où chaque invariant, chaque reprise et chaque déviation participe à une dynamique de stabilisation et de transformation, où l’action du bourgeois gaze, tout en paraissant anodine, est en réalité une force structurante qui maintient, déplace et redistribue les éléments d’un même groupe d’une manière que l’on pourrait formaliser, tel Piaget, avec la rigueur d’une théorie des groupes.

          • #138436 Répondre
            Samuel Lebesgue
            Invité

            en relisant mon texte, je crains qu’il puisse paraître quelque peu sibyllin. Je propose donc deux exemples concrets, toujours dans la stricte continuité de Piaget : le brio d’Yvan Attal et L’inconnu du lac de Guiraudie.

            ————————————
            Le brio (exemple étalon du bourgeois gaze):
            On considère un 2-Sylow P≤S8, donc un sous-groupe d’ordre 2^7=128. On interprète les huit éléments permutés comme huit positions narratives du film : E={ professeur, étudiante, institution, public, humiliation, réplique, reconnaissance, mobilité sociale}.
            Un élément g∈P correspond alors à une permutation possible de ces positions. Comme P est non abélien, l’ordre des transformations compte : inverser d’abord professeur/étudiante puis déplacer la reconnaissance publique ne donne pas la même configuration narrative que faire ces opérations dans l’ordre inverse.
            On définit alors l’action φ:P×E→E. Intuitivement, appliquer g∈P à un état narratif consiste à permuter les rôles et les valeurs correspondantes dans la scène.
            On introduit maintenant une contrainte, correspondant au bourgeois gaze : toutes les permutations de P ne sont pas narrativement acceptées. Le bourgeois gaze agit comme un opérateur de stabilisation sur l’action précédente : certaines transformations sont autorisées (par exemple une inversion temporaire professeur/élève), mais d’autres sont neutralisées et renvoyées vers des états plus stables.

            Dans Le Brio, plusieurs permutations apparaissent (l’étudiante prend l’ascendant rhétorique, le professeur est déstabilisé), mais l’action finit par stabiliser certains états : l’institution reste légitime, la réussite passe par l’apprentissage de ses codes, et la hiérarchie initiale n’est jamais totalement inversée, ni même dissoute. L’action du bourgeois gaze sélectionne et stabilise certaines orbites de cette action. Le film explore donc seulement une partie des configurations permises par le groupe.

            ———————–
            L’inconnu du lac (l’anti bourgeois gaze)

            On considère un tore T=S1×S1, qui modélise ici l’espace social du film : un premier cercle correspond aux rencontres anonymes (le cycle répétitif des arrivées, regards, départs); le second cercle correspond au désir qui circule entre les corps au bord du lac.
            Chaque point du tore représente donc une configuration minimale : un lieu dans la clairière et un état du désir.

            Soit G un groupe fini de transformations de T engendré par deux actions simples : une rotation r, qui fait avancer le cycle quotidien, et une permutation s, qui échange les rôles de regardant et de regardé entre les personnages.

            Le groupe engendré par r et s est non abélien : effectuer d’abord la rotation du cycle puis permuter les positions de regard ne produit pas la même configuration narrative que l’opération inverse.
            On définit alors l’action ψ:G×T→T qui déplace les configurations du désir sur ce tore. Contrairement au cas précédent, il n’y a presque aucune stabilisation morale externe : les orbite de l’action peuvent parcourir librement le tore, produisant des cycles de regard, de désir et de répétition.
            Dans cet exemple, certains éléments du système apparaissent comme des perturbations très concrètes dans cette structure abstraite. On peut par exemple considérer la bite de Deladonchamps comme un élément singulier de l’action : un point matériel qui casse la distance symbolique habituelle du regard bourgeois. Mathématiquement parlant, cette bite (mais on pourrait tout aussi bien considérer la célèbre giclée de foutre) agit comme une transformation inattendue : il empêche la stabilisation des positions de regard et force l’action du groupe à rester dans la matérialité du tore, c’est-à-dire dans un espace où désir, regard et corps circulent sans médiation institutionnelle.

            Ainsi L’Inconnu du lac laisse l’action du groupe parcourir librement le tore : les rotations du désir et les permutations des regards ne convergent vers aucun point fixe moral, et le système reste volontairement ouvert, presque topologique plutôt que social.

      • #138867 Répondre
        Charles
        Invité

        Rob Grams a très mal pris la critique de Contretemps qu’il qualifie carrément d' »attaques » en sous-entendant qu’elles émanent d’universitaires trop bourgeoises et coincées pour comprendre son humour et sa proximité avec le peuple. https://frustrationmagazine.fr/contretemps
        En retour les féministes de Twitter qualifient Frustration de magazine de mascus.
        Tout ceci est très rigolo à défaut d’être pertinent.

    • #138485 Répondre
      ..Graindorge
      Invité

      Contente d’aller voir bientôt Mastermind
      Et bien aimé le TVB qui lui est consacré
      Trouvé ça

      « The Mastermind » de Kelly Reichardt : l’Amérique triste – Benzine Magazine https://share.google/7wY6gFwUE6y7G7Ij2

    • #138669 Répondre
      martin
      Invité

      Question concernant le dernier TVB : Pourquoi l’extrait chantant de la Belle équipe de Duvivier ?

      • #138681 Répondre
        Alexandre
        Invité

        Résonnance avec le sujet du Rêve américain, le côté « petite entreprise » fraternelle je suppose.

      • #138684 Répondre
        Mathieu
        Invité

        Il évoque le plaisir que prennent les personnages de Duvivier à monter leur entreprise de guinguette populaire alors que les personnages de Marciano ne sont jamais dans le plaisir, simplement dans le labeur du travail.
        Il lie ça ensuite politiquement mais c’est là qu’il me perd, il est d’ailleurs lui-même assez confus. Il y aurait une conscience politique chez le premier qu’il n’y a pas chez le second. Duvivier, par les personnages de prolos de gauche joyeux qu’il met en scène, serait du côté du Front Populaire tandis que le film de Marciano serait bête, parce qu’inondé d’idéologie libérale sans doute, ou en tout cas ayant des personnages inconscients de l’idéologie qu’ils véhiculent, tandis que ceux de Duvivier auraient une conscience de classe.
        Je ne sais pas trop
        Pour tout dire, ça me parait un lien un peu tarabiscoté de la part du sympathique Samir.
        Si j’étais d’humeur taquine, je dirais: un de plus (et comme je suis d’humeur taquine, je le dis 🙂
        Mais on l’aime bien quand même évidemment !

        • #138696 Répondre
          François Bégaudeau
          Maître des clés

          j’ai d’ailleurs dit mon désaccord sur cette idée que les héros du Reve américain ne sont pas dans le plaisir

    • #138678 Répondre
      Stéphanie
      Invité

      Bonsoir, je cherche le lien de l’enregistrement au théâtre la traversière pour le film Inside Llewyn Davis ?
      Merci

      • #138679 Répondre
        Mathieu
        Invité

        Le cinéclub sur Inside Llewyn Davis sera jeudi 12/03
        La vidéo devrait être postée quelques jours après

        • #138703 Répondre
          Stéphanie
          Invité

          Merci Mathieu
          J’ai trouvé ce film d’une très grande finesse , l’art sans concession , on pense à Showing up de K.R
          Avec des petits pas de côté en plus : humour , clin d’œil scénariste.
          Hâte d’écouter le ciné club.

          • #138815 Répondre
            Schnoups
            Invité

            Pareil, j’ai vraiment adoré, je vais le revoir d’ailleurs.
            Il m’était complètement passé sous la jambe ce film. Assez fou.

    • #138736 Répondre
      Tony
      Invité

      2 films vus ces jours ci
      Max et les ferrailleurs, pour poursuivre ma connaissance de Sautet,un de ses films les plus prisés et qui m’est apparu très raté,on ne voit ici que des idées de personnages évoluer dans un semblant de monde social où chacun est réduit à une fonction,ce personnage improbable de grand bourgeois névrosé devenu flic pour assouvir une obscure obsession aurait pu être intéressant si on l’avait moins essentialisé et plus incarné,il faut vraiment tout le talent de Piccoli pour arriver à nous y faire croire un peu,Romy Schneider n’est pas mieux lotie, comment ne pas trouver ridicule cette vision de la prostitution et son incarnation par cette actrice là,elle fait des passes sur un trottoir et rentre tous les soirs dans son HLM en se jetant dans les bras de son amoureux qui l’attend et qui se fait fort de ne pas lui réclamer un sou,son activité n’étant pas un problème et,pire, tout à fait naturelle,une vision tout à fait phallocratique.Je passe sur le reste et la description grotesque des classes populaires.
      Le Sautet sociologue de la petite bourgeoisie est bien plus intéressant.

      Autre film vu,le dernier Hong Sang-Soo,Ce que cette nature te dit, tout le contraire du Sautet, très drôle, assez cruel aussi,d’une grande simplicité narrative et très rohmerien dans son aspect contes et proverbes,bref j’ai adoré.

      • #138801 Répondre
        Alexandre
        Invité

        Pour le Hong sang soo, trois fois oui mais, je remets le couvert, l’image est très ingrate. Jusqu’à quel point est-ce tolérable? Je pose vraiment la question. Et si ce n’est pas si gênant : pourquoi?

        • #138808 Répondre
          Tony
          Invité

          C’est vrai que je me suis posé la question quelquefois,il y a des plans qui sont flous comme si il voulait nous faire éprouver la vue floue de l’étudiant qui préfère voir flou plutôt que de porter des lunettes,ce qui donne cette scène cocasse où le père lui demande comment il peut trouver sa fille belle alors qu’il la voit floue,il y a aussi ces plans sur un détail culinaire dans une assiette suivi d’un dézoom assez moche,une image un peu granuleuse aussi avec peu de contrastes, j’ai l’impression qu’il prend le contre-pied de l’esthète que certains voient en lui,qu’il affirme quelque chose d’assez radical.

          • #138816 Répondre
            Tony
            Invité

            J’adore quand les parents se retrouvent seuls et se mettent à le juger (‘il est enfermé dans ses mots et ce ne sont même pas les siens’
            ‘C’est un don juan incapable de réfréner ses pulsions sexuelles’
            ‘il va passer sa vie à écrire de la mauvaise poésie et à s’autocongratuler en se masturbant’etc…)

    • #138797 Répondre
      Ourson
      Invité

      • #138805 Répondre
        Malice
        Invité

        Merci ourson!
        Extrêmement hâte d’écouter les camarades phaseurs sur notre ami

      • #138817 Répondre
        Malice
        Invité

        Bien vu, le rapprochement entre Marivaux et le vrai-faux de PCW

    • #138804 Répondre
      Larivière Sanretour
      Invité

      Je n’avais jamais vu In the heat of the night, chose faite hier. J’ai trouvé ça absolument formidable. Je reste un petit peu réservé sur la dernière partie du film mais je n’arrive pas à poser de mots sur mon ressenti. Notamment la scène où il est pris en tenaille par les jeunes hommes de la ville. Je trouve qu’il s’en sort un peu facilement ce qui ne rend pas justice à la scène qui se déroule plus tôt dans le film où il n’est sauvé que par l’arrivée de Gillespie. Je ne sais que penser du dernier plan tourné avec en hélico sur le train qui quitte la ville. Quelqu’un saurait préciser un peu cette pensée, quitte à lui fermer son clapet ?

    • #138826 Répondre
      Ostros
      Invité

      Mon retour sur les K d’or qui sort mercredi 11 (je spoile le film) :
      On a une bonne comédie bien rythmée avec des scénes très drôles portées par Laura Felpin ou Éric Judor mais clairement plus Laura Felpin (le hamam, le repas de famille, le camp de redressement des femmes de djihadistes, le prénom arabe de Louise, entre autres) ainsi que des seconds rôles très marrants comme l’amie qui n’a plus de bras (je suis persuadée que tout ce qu’elle raconte comme le fait de savoir branler avec ses aisselles ce sont des histoires vraies qu’on lui a raconté).
      Alors que c’est un film écrit, réalisé et joué par Jeremy Ferrari on s’étonne que son personnage soit aussi en retrait et on se rend compte que son personnage sert surtout de tremplin aux autres. Que ce soit parce qu’il amène l’intrigue et donc les personnages à se rencontrer et vivre l’aventure avec lui ou parce que la plupart du temps il ne fait que réagir aux autres, leur servir un boulevard pour l’impro sur un plateau.
      Je ne sais pas si c’est fait exprès ou pas, tant Jeremy Ferrari est serieux et poseur et que ses quelques scènes solo de fils de kadhafi à la recherche du tresor sont d’un serieux qui plombe tout (les inserts sur ses actes de tortures avec un fil pour couper oreilles et doigts). Comme s’il avait écrit pour lui un autre film, qui serait un film d’action, qui n’aurait rien à voir avec le reste. Comme j’ai dit plus haut je pense qu’il joue dents serrées et poker face parce qu’il ne sait pas jouer.
      Et ce manque met en avant le jeu lâché prise foufou des deux autres. Les autres sont bons justement car ils sont détachés de leur image. Ça fait de lui le personnage le moins drôle et le moins charismatique du film. Et ça fait que la trame principale (la sienne) est la plus faible. Les petite intrigues secondaires sont les plus marrantes et celles qu’on retient.
      (Horrible prestation de Fred Testot qu’il fait bien de dégager avec une camionnette).
      Au debut, tous les mouvements de caméra sont ressentis par le décalage du personnage qui marque un temps avant de se lever ou pour faire le mouvement qui va entraîner la caméra… c’est pas bien calé.
      Le scène de bastonnade dans la maison quand ils sont à la recherche du chien est gênante. Venons en au point qui me fait grincer des dents : alors qu’on a un film qui tape sur pas mal de profil (les handicapés, les connes weshwesh, les institutions policières, l’extrême droite, les djihadistes), on a quand même bien le sentiment qu’il se paie vachement les arabes tous confondus sur le plan de la violence cette fois. Et ça se fout pas trop de sa gueule à lui. A peine une scene où Judor le vanne vite fait sur son goût pour la bagarre et son virilisme. Dans le film, tous les arabes se ressemblent et tous sont dans la catégorie « les méchants ». Le gars ne prend pas la peine de distinguer les radicaux des gens lambda qui vivent leur vie, des chasseurs de trésors de kadhafi, etc. Ce qui est très fâcheux. Et c’est pas un plan de 2 secondes sur un chien à trois pattes qui aboie sur un pins de bardella qui me fera oublier ce malaise.
      Car les oreilles et les doigts qu’ils découpent au fil comme un sadique c’est de la chair d’arabe. Des scènes dignent des films d’actions des années 80 où l’étranger qu’il soit africain, arabe ou asiat était un corps à mutiler pour progresser dans l’intrigue. Donc régression et racisme. On va dire niveau OSS du point de vue de la mentalité sauf qu’aucune de ses scènes n’est drôle. Une baffe ça peut être drôle, une baston aussi. Là c’est toujours 1er degré, il y a un truc personnel là dedans. Rien que la première scène la grosse qui veut se faire sauter nous fait un peu marrer puis nous lasse mais sitôt il revient à l’arabe qu’il torture sitôt c’est grave, lourd, pas marrant. Du. Tout.
      L’occidental supérieur en Afrique, Judor l’endosse aussi au moment où il s’adresse à une femme voilée en évoquant ses longs cheveux libres.
      D’autant qu’à la fin il poursuit son aventure de nouveau chez les arabes. Si encore il y avait eu une bifurcation et que la mère aurait dit tu es le fils de tel autre dictateur de la Corée du nord, ou que sais-je, ça aurait désamorcé un poil mon sentiment, mais comme il y retourne…
      Et puis c’est visible que la scène de baston avec la famille de l’enfant aveugle a été faite pour montrer et démonter la force de JF, son talent pour les arts martiaux dont il inonde ses rs de sessions d’entraînement extrêmes (fallait bien rentabiliser l’investissement).
      Partout où il a des scènes il perfome. Il se la pète et rien ne vient remettre en question, se moquer de ce contrôle, de ce sérieux.
      Comme je l’ai dit à Mathieu on pourrait comparer la façon d’être du personnage de JF avec le roi Arthur car il est clairement plus intelligent que les 2 autres, mais contrairement a Astier qui exprime beaucoup son érudition, le personnage de JF est un taiseux. Il subit les autres qui sont dynamités par leur vitalité propre.
      Au fait JF n’est pas Astier, n’a pas l’oreille absolue, ou d’autres super talent, vient d’un milieu plutôt précaire, des Ardennes et tout ça fait que ça reste un personnage pas écrasant. Car il ne le peut pas.
      Comme je le disais, le positif de ce traitement et de ces manques c’est que ça en fait un personnage principal moins épais. Qui laisse donc toute la place aux 2 autres.
      Lui n’est qu’un agent de révélation du potentiel comique ou héroïque des autres.
      Et cette mise en lumière est faite dès l’écriture. JF est quelqu’un qui aime vraiment les acteurs et les humoristes. Donc on ne peut pas dire que c’est uniquement par manque d’érudition que son personnage est moin imposant qu’un Arthur. C’est clairement sa manière d’être. Il n’y a qu’à voir le nombre de duos et de trios qu’il fait chaque année. Il aime écrire pour les autres et leur donner un terrain de jeu pour expérimenter des impros. Il a écrit pour Felpin et pour Judor (il le dit en avt première), il a capté leur façon de parler et a adapté le scénario pour eux.
      Dès le scénario il offre au personnage féminin (Felpin) le rôle de l’héroïne tragique et il rend Judor beaucoup plus malin qu’on le pensait. Il les élève et son perso reste égal à celui qu’il était au départ. Ça marque un rapport aux autres personnage / acteurs touchant je trouve.
      On se dit quand même qu’un film juste avec Laura Felpin et Judor jetés ensemble dans un environnement random, à les voir en free style durant 1h30 aurait été parfait.
      On a comme j’ai dit des très bonnes tranches de rire et parfois par ci par là des régressions dans l’humour comme Judor mal voyant qui tâte le sein de Felpin faisant mine que c’est parce qu’il ne voit pas bien, le chien qui suit une chienne et on les retrouve en train de s’accoupler. Des trucs déjà vus mille fois. Et qui déçoivent par le côté attendu et plus du tout drôle car tellement ressassé.
      La scène sérieuse de « je viens juste pour manger une glace » est aussi déjà vue mille fois et alors amenée comme un éléphant, telle qu’on la voit à 10 000 km.
      J’ai apprécié le retrouver en fin de séance car il est hyper drôle quand il roaste son public mais je ne peux plus l’entendre dérouler ses performances.
      Tout le temps à marquer des points de supériorité : comment il est allé tourner à la frontière avec l’Algérie car il ne voulait pas les mêmes plans de désert que les autre films (aucun choix artistique, pure choix visuel. Mais ses plans de dunes ne sont pas oufs, c’est des plans de film grand public quoi), comment il a choisi de tourner en format je sais plus quoi (scope ?) pour nous faire vivre une expérience et nous donner envie de sortir de chez nous voir son film plutôt que d’attendre qu’il sorte sur plateforme, comment il a été chercher le meilleur monteur de comédie (celui de Asterix mission cleopatre), le meilleur ingénieur du son (celui qui a reçu césar et prix), un des meilleurs groupe techno pour sa bande son. En un mot : envoyer du lourd.
      Jeremy n’a pas compris (pas envie de comprendre) qu’on peut faire des plans jamais vus sur un environnement mille fois filmé, juste en s’interrogeant sur son cadre et son montage, pas besoin d’aller chercher un contexte dangereux. Tout ça pour se la péter.
      Donc de belles choses tant au scénario que dans la place laissée au jeu des autres, des personnages et des scènes vraiment drôles. Des ratés. Le truc c’est qu’à l’entendre parler et gonfler comme la grenouille il risque d’aller de plus en plus vers la perf.
      Film à voir, pour les autres acteurs.
      Pour infos film à 8 millions de budget.

      • #138874 Répondre
        Samuel_Belkekett
        Invité

        Vu le film moi aussi, et je dois avouer être sous le charme. On pourrait presque dire qu’il se déploie selon une opposition mystique, comme si deux états de la grâce comique s’y affrontaient sans jamais vraiment se rejoindre : Laura Felpin y apparaît telle une Thérèse d’Avila post-moderne, saisie par de petites extases burlesques, traversée d’illuminations verbales et de soubresauts d’improvisation qui donnent à chaque scène l’allure d’une chapelle soudain animée par une visitation imprévue ; elle déborde, elle prophétise des absurdités, et le rire naît de cette sorte de ravissement continu où le corps, la voix et la situation se consument dans la joie du jeu. Ferrari adopte lui la posture d’un inquisiteur dialectico-bressonien, silhouette serrée, presque scolastique, comme s’il examinait les débordements du monde avec la gravité d’un théologien chargé de maintenir l’ordre dans une église trop pleine de miracles. Il cadre, structure, observe. Ce contraste produit un curieux état de grâce : la sainte s’enflamme, l’inquisiteur disserte, et Judor flotte entre les deux comme un diacre un peu lunaire assistant à la cérémonie. Car Ferrari, au fond, ne donne pas l’impression d’arpenter l’histoire du cinéma dans sa vaste diversité, mais plutôt l’histoire d’un certain cinéma, celui des grandes affirmations visuelles, des déserts virils, des gestes de performance et de maîtrise dont on proclame la puissance avec une ferveur doctrinale ; tandis que Felpin, indifférente à ces architectures, semble simplement entrer en lévitation au milieu du dispositif. Lui construit l’autel avec application, pierre après pierre ; elle, déjà, s’y abandonne dans une extase rieuse Et le film tout entier ressemble à cette étrange liturgie.

        • #138879 Répondre
          Samuel_Belkekett
          Invité

          @Francois
          Je vais finir par croire que tu es jaloux de mon pseudo.
          Je n’irais pas jusqu’à dire jaloux de mes raisonnements. Puisqu’il n’est pas sûr que tu les comprends. En revanche, pour ta gouverne, sache que mon pseudo se trouve être tout simplement MON VRAI NOM ET MON VRAI PRÉNOM, en conséquence de quoi il y a usurpation d’identité et diffamation.
          Mais t’inquiètes je suis sûr d’être moins susceptible que toi sur une simple blaguounette.

          • #138883 Répondre
            Samuel_Belkekett
            Invité

            @ François
            Je viens de lire attentivement ton post en mon pseudo sur Kdor je crois.
            Et bien que je n’ai pas vu le film, ne connais nullement ce Ferrari là et Felpin non plus (on admirera le niveau d’ignorance), je dois bien te reconnaître un talent dans l’imitation.
            Imitation du réel pour Désertion et imitation d’un esprit décalé dans ce forum. Décidément que ce soit pour l’un comme pour l’autre cas, c’est l’humour qui te réussit le mieux.
            D’ailleurs à ce sujet, je crois comprendre que dès la toute première usurpation, qui je l’avoue m’a déstabilisé, c’était Toi. Petit farceur !
            Cette possibilité m’a traversée. Ce qui m’a fait renoncer à cette idée, c’est l’heure à laquelle le post a été envoyé, 3h et quelque du mat. Or François, systématiquement se couche avec les poules et se réveille avec le chant du coq. Mais comment as-tu fait pour envoyer ce message à 3h du mat ???
            Ho lala lala lalaaaaa ! As-tu mis ton reveil à sonner ? Rien que pour moi ? Ho lala lala laaaa ! J’en suis tout ému !
            Hein !? Quoi ?! Ho lalalalalaaaaaa ! En pleine nuit et entre 2 coups tu as pensé à moi ?!
            Ho lalalalalaaaaaa Que je suis flatté ! J’en rougirais.

        • #138882 Répondre
          Samuel Lebesgue
          Invité

          Samuel, encore une fois tu me sembles tout à fait à côté de la plaque. Comme d’habitude tu compliques inutilement l’affaire avec ton interprétation théologique. Le film n’est rien d’autre qu’une application assez directe et peu inspirée du Théorème de Riesz transposée dans une géométrie comique non euclidienne. Ferrari y occupe la position de la forme linéaire continue, instance stable, contraignante, presque ascétique, qui ne produit pas elle-même l’énergie mais garantit simplement la représentabilité des directions du système, tandis que Felpin est le vecteur réalisant cette représentation, c’est-à-dire l’élément dont la norme concentre effectivement toute l’intensité burlesque de l’espace. Ce que tu décris comme une ‘extase’ ou une ‘visitation’ n’est rien d’autre que la manifestation concrète d’une énergie comique que la structure du dispositif permet mais ne réalise pas. Dans un espace euclidien ordinaire, celui de la comédie classique, la coïncidence entre structure et vecteur ferait du protagoniste la source même du rire, mais la courbure narrative introduite ici décentre le barycentre comique hors du personnage principal : Ferrari devient un simple repère de coordonnées ou point fixe garantissant la cohérence de l’espace, Felpin en explore les directions de norme maximale, et Judor sert de vecteur de projection permettant la translation entre ces deux régimes. Ce que tu décris maladroitement comme une liturgie opposant la sainte et l’inquisiteur correspond simplement à la réalisation, dans un espace de Hilbert légèrement courbé, d’une représentation de Riesz appliquée au champ de la comédie.

          • #138884 Répondre
            Samuel_Belkekett
            Invité

            Cher Mr Lebesgue,
            Je ne sais si Lebesgue est un surnom du fait que vous bégayer.
            Mais imaginons que ce soit le cas. Imaginons votre post précédent, dit à l’oral, mais multiplié par 3 du fait de votre bégaiement. Je vous laisse calculer M Lebesgue le nombre d’erreurs que nous aurions alors. Et à vous de me dire dans quel espace de représentation nous voguerions alors. Sachant que l’espace d’Hibert serait bien trop conventionnel. Alors.

            • #138885 Répondre
              Samuel Lebesgue
              Invité

              Ce pseudo est à la mesure de ton inculture : https://fr.wikipedia.org/wiki/Mesure_de_Lebesgue

              • #138887 Répondre
                Samuel_Belkekett
                Invité

                D’où le Tore et autre coup tordu.
                J’ai dit dans un post précédent, à M. Lebesgue que la géométrie n’est pas mon fort.
                Suis-je le seul à éprouver un tel malaise que d’en savoir si peu dans un domaine si précieux ? En fait en terme de math, de géométrie et de physique je nen sais guère plus que les 5 axiomes qui permettent de sortir des espaces euclidiens.
                Donc de la représentation classique. Je m’en contente peut être trop facilement.

                • #138888 Répondre
                  Samuel Lebesgue
                  Invité

                  Ton humilité t’honore, et je vois ce dernier message (le premier à n’être ni railleur ni agressif) comme une main tendue qui pourrait nous mener à une belle fraternité de Samuels.

                  Vous en savez en vérité plus que vous n’en croyez : la mathématique n’est rien d’autre que l’art de bien nommer les choses, ce qui manque généralement cruellement dans la critique cinéma. Aussi, m’efforcé-je de ne faire référence qu’à des concepts ayant une page wikipédia claire et abordable, lisible et compréhensible en 5 minutes. Ainsi personne n’a la moindre excuse pour exprimer son incompréhension ou me faire un procès en ‘abstraction’ (un espace de Banach n’est ni plus ni moins abstrait qu’une pintade).

                  Par ailleurs, je viens de relire ta critique qui me fait réviser mon jugement: si je la trouve maladroite dans l’ensemble l’idée d’un ‘Judor qui flotte entre les deux comme un diacre un peu lunaire assistant à la cérémonie’ (ce qui est une paraphrase, presque mot pour mot, d’une application Lipschitzienne entre un espace euclidien et un hermitien) est tout à fait féconde, et considérer Ferrari comme un dialectico-bressonien est assez juste, même si ce n’est pas très nouveau (il le répète à longueur d’interviews)

    • #138916 Répondre
      Samuel_Belkekett
      Invité

      Cher professeur, j’aimerais quant à moi insister sur cette partie de mon post : « tandis que Felpin, indifférente à ces architectures, semble simplement entrer en lévitation au milieu du dispositif. ». Ainsi, je vous renvoie au reste du commentaire pour la notion d’architecture, je souhaiterais insister sur la lévitation au milieu d’un dispositif, qui, s’il est plein de matières nobles, semble aux yeux de Judor et plus encore de Felpin, d’une telle anxiogènéité qu’une transsubstantiation opére entre le dispositif de l’autel et les protagonistes. Je m’en remets pour cette interprétation à votre hypothèse de la structure comnique non euclidienne, inspirée du théorème de Riesz.
      Mais qui n’est pas non plus et jaimerais attirer votre attention à ce sujet, étrangère à des pans entiers de la célèbre correspondance entre Einstein et Bergson. Cette correspondance mettant bien mieux en évidence le film de Ferrari.

      • #138940 Répondre
        Samuel Lebesgue
        Invité

        J’ignorais l’existence même de cette correspondance, je serais ravi d’en apprendre plus. Mais j’avoue être assez craintif, Bergson manque souvent cruellement de précision quand il s’agit de decrire le réel

        • #138957 Répondre
          Samuel_Belkekett
          Invité

          Correspondance que beaucoup ont résumé de « foireuse » les 2 hommes étant de toute évidence passés l’un à côté de l’autre. Bergson n’ayant pas où mal compris la relativité d’Einstein et Einstein ayant mal mesuré si j’ose dire, le concept de durée de Bergson. Aussi et malgré cela, il y a de beaux moments de suspense et quelques coups d’éclat et morceaux de bravoure. Des passages assez comiques aussi.
          Quant à la précision de Bergson pour décrire le réel. Avec ses travaux sur la mémoire, la durée (incluant le déterminisme), le vitalisme et l’intuition, on voit difficilement ce que « description du réel » vient faire là-dedans. Peut être confondez vous Bergson (Henri) et Tesson (Sylvain).

    • #138917 Répondre
      Charles
      Invité

      Podcast de Critikat sur Marty Supreme, Is this on et The mastermind. Pas inintéressant sur ce dernier film où on entend un point de vue dissonant de Josué Morel qui critique un manque de subtilité de la mise en scène de Reichardt.

      • #138918 Répondre
        Charles
        Invité

        A partir de 35’20.

        • #138995 Répondre
          MA
          Invité

          Merci pour la découverte de ce podcast où ce film que j’ai beaucoup aimé Le Sud de Victor Erice est vraiment critiqué avec analyse de la voix off.

        • #139042 Répondre
          toni Erdmann
          Invité

          Ouais là il me déçoit un peu le Josué. Lui qui pense que The Fabelmans est le meilleur film de la décennie va reprocher à KR sa subtilité. Une réalisatrice absolument allergique au sur-lignage.
          Le plan qu’il met en cause, le panoramique 360° dans la chambre d’hôtel, travaille bien autre chose que la simple mention du Vietnam (en décadrage, comme le rappelle son interlocuteur). Il travaille notamment l’immobilité dont il est mention dans le TVB. Il y a pour moi quelque chose de presque comique, propre à l’ironie qui irrigue tout le film sur ce personnage : après un 360°, il est exactement là où il était, en train de faire la même chose. Voilà sa vie résumée : une tâche ingrate qui lui prend 10 plombes. Lui qui se destinait à la grande menuiserie s’échine sur un travail de petit voyou.

    • #138921 Répondre
      Ostros
      Invité

      Mon retour sur les K d’or qui sort mercredi 11 (je spoile le film) :
      On a une bonne comédie bien rythmée avec des scénes très drôles portées par Laura Felpin ou Éric Judor mais clairement plus Laura Felpin (le hamam, le repas de famille, le camp de redressement des femmes de djihadistes, le prénom arabe de Louise, entre autres) ainsi que des seconds rôles très marrants comme l’amie qui n’a plus de bras (je suis persuadée que tout ce qu’elle raconte comme le fait de savoir branler avec ses aisselles ce sont des histoires vraies qu’on lui a raconté).
      Alors que c’est un film écrit, réalisé et joué par Jeremy Ferrari on s’étonne que son personnage soit aussi en retrait et on se rend compte que son personnage sert surtout de tremplin aux autres. Que ce soit parce qu’il amène l’intrigue et donc les personnages à se rencontrer et vivre l’aventure avec lui ou parce que la plupart du temps il ne fait que réagir aux autres, leur servir un boulevard pour l’impro sur un plateau.
      Je ne sais pas si c’est fait exprès ou pas, tant Jeremy Ferrari est serieux et poseur et que ses quelques scènes solo de fils de kadhafi à la recherche du tresor sont d’un serieux qui plombe tout (les inserts sur ses actes de tortures avec un fil pour couper oreilles et doigts). Comme s’il avait écrit pour lui un autre film, qui serait un film d’action, qui n’aurait rien à voir avec le reste. Comme j’ai dit plus haut je pense qu’il joue dents serrées et poker face parce qu’il ne sait pas jouer.
      Et ce manque met en avant le jeu lâché prise foufou des deux autres. Les autres sont bons justement car ils sont détachés de leur image. Ça fait de lui le personnage le moins drôle et le moins charismatique du film. Et ça fait que la trame principale (la sienne) est la plus faible. Les petite intrigues secondaires sont les plus marrantes et celles qu’on retient.
      (Horrible prestation de Fred Testot qu’il fait bien de dégager avec une camionnette).
      Au debut, tous les mouvements de caméra sont ressentis par le décalage du personnage qui marque un temps avant de se lever ou pour faire le mouvement qui va entraîner la caméra… c’est pas bien calé.
      Le scène de bastonnade dans la maison quand ils sont à la recherche du chien est gênante. Venons en au point qui me fait grincer des dents : alors qu’on a un film qui tape sur pas mal de profil (les handicapés, les connes weshwesh, les institutions policières, l’extrême droite, les djihadistes), on a quand même bien le sentiment qu’il se paie vachement les arabes tous confondus sur le plan de la violence cette fois. Et ça se fout pas trop de sa gueule à lui. A peine une scene où Judor le vanne vite fait sur son goût pour la bagarre et son virilisme. Dans le film, tous les arabes se ressemblent et tous sont dans la catégorie « les méchants ». Le gars ne prend pas la peine de distinguer les radicaux des gens lambda qui vivent leur vie, des chasseurs de trésors de kadhafi, etc. Ce qui est très fâcheux. Et c’est pas un plan de 2 secondes sur un chien à trois pattes qui aboie sur un pins de bardella qui me fera oublier ce malaise.
      Car les oreilles et les doigts qu’ils découpent au fil comme un sadique c’est de la chair d’arabe. Des scènes dignent des films d’actions des années 80 où l’étranger qu’il soit africain, arabe ou asiat était un corps à mutiler pour progresser dans l’intrigue. Donc régression et racisme. On va dire niveau OSS du point de vue de la mentalité sauf qu’aucune de ses scènes n’est drôle. Une baffe ça peut être drôle, une baston aussi. Là c’est toujours 1er degré, il y a un truc personnel là dedans. Rien que la première scène la grosse qui veut se faire sauter nous fait un peu marrer puis nous lasse mais sitôt il revient à l’arabe qu’il torture sitôt c’est grave, lourd, pas marrant. Du. Tout.
      L’occidental supérieur en Afrique, Judor l’endosse aussi au moment où il s’adresse à une femme voilée en évoquant ses longs cheveux libres.
      D’autant qu’à la fin il poursuit son aventure de nouveau chez les arabes. Si encore il y avait eu une bifurcation et que la mère aurait dit tu es le fils de tel autre dictateur de la Corée du nord, ou que sais-je, ça aurait désamorcé un poil mon sentiment, mais comme il y retourne…
      Et puis c’est visible que la scène de baston avec la famille de l’enfant aveugle a été faite pour montrer et démonter la force de JF, son talent pour les arts martiaux dont il inonde ses rs de sessions d’entraînement extrêmes (fallait bien rentabiliser l’investissement).
      Partout où il a des scènes il perfome. Il se la pète et rien ne vient remettre en question, se moquer de ce contrôle, de ce sérieux.
      Comme je l’ai dit à Mathieu on pourrait comparer la façon d’être du personnage de JF avec le roi Arthur car il est clairement plus intelligent que les 2 autres, mais contrairement a Astier qui exprime beaucoup son érudition, le personnage de JF est un taiseux. Il subit les autres qui sont dynamités par leur vitalité propre.
      Au fait JF n’est pas Astier, n’a pas l’oreille absolue, ou d’autres super talent, vient d’un milieu plutôt précaire, des Ardennes et tout ça fait que ça reste un personnage pas écrasant. Car il ne le peut pas.
      Comme je le disais, le positif de ce traitement et de ces manques c’est que ça en fait un personnage principal moins épais. Qui laisse donc toute la place aux 2 autres.
      Lui n’est qu’un agent de révélation du potentiel comique ou héroïque des autres.
      Et cette mise en lumière est faite dès l’écriture. JF est quelqu’un qui aime vraiment les acteurs et les humoristes. Donc on ne peut pas dire que c’est uniquement par manque d’érudition que son personnage est moin imposant qu’un Arthur. C’est clairement sa manière d’être. Il n’y a qu’à voir le nombre de duos et de trios qu’il fait chaque année. Il aime écrire pour les autres et leur donner un terrain de jeu pour expérimenter des impros. Il a écrit pour Felpin et pour Judor (il le dit en avt première), il a capté leur façon de parler et a adapté le scénario pour eux.
      Dès le scénario il offre au personnage féminin (Felpin) le rôle de l’héroïne tragique et il rend Judor beaucoup plus malin qu’on le pensait. Il les élève et son perso reste égal à celui qu’il était au départ. Ça marque un rapport aux autres personnage / acteurs touchant je trouve.
      On se dit quand même qu’un film juste avec Laura Felpin et Judor jetés ensemble dans un environnement random, à les voir en free style durant 1h30 aurait été parfait.
      On a comme j’ai dit des très bonnes tranches de rire et parfois par ci par là des régressions dans l’humour comme Judor mal voyant qui tâte le sein de Felpin faisant mine que c’est parce qu’il ne voit pas bien, le chien qui suit une chienne et on les retrouve en train de s’accoupler. Des trucs déjà vus mille fois. Et qui déçoivent par le côté attendu et plus du tout drôle car tellement ressassé.
      La scène sérieuse de « je viens juste pour manger une glace » est aussi déjà vue mille fois et alors amenée comme un éléphant, telle qu’on la voit à 10 000 km.
      J’ai apprécié le retrouver en fin de séance car il est hyper drôle quand il roaste son public mais je ne peux plus l’entendre dérouler ses performances.
      Tout le temps à marquer des points de supériorité : comment il est allé tourner à la frontière avec l’Algérie car il ne voulait pas les mêmes plans de désert que les autre films (aucun choix artistique, pure choix visuel. Mais ses plans de dunes ne sont pas oufs, c’est des plans de film grand public quoi), comment il a choisi de tourner en format je sais plus quoi (scope ?) pour nous faire vivre une expérience et nous donner envie de sortir de chez nous voir son film plutôt que d’attendre qu’il sorte sur plateforme, comment il a été chercher le meilleur monteur de comédie (celui de Asterix mission cleopatre), le meilleur ingénieur du son (celui qui a reçu césar et prix), un des meilleurs groupe techno pour sa bande son. En un mot : envoyer du lourd.
      Jeremy n’a pas compris (pas envie de comprendre) qu’on peut faire des plans jamais vus sur un environnement mille fois filmé, juste en s’interrogeant sur son cadre et son montage, pas besoin d’aller chercher un contexte dangereux. Tout ça pour se la péter.
      Donc de belles choses tant au scénario que dans la place laissée au jeu des autres, des personnages et des scènes vraiment drôles. Des ratés. Le truc c’est qu’à l’entendre parler et gonfler comme la grenouille il risque d’aller de plus en plus vers la perf.
      Film à voir, pour les autres acteurs.
      Pour infos film à 8 millions de budget.

      • #138924 Répondre
        Mathieu
        Invité

        Je lirai une fois que j’aurais vu le film

    • #139092 Répondre
      stephanie
      Invité

      Je viens de voir Les dimanches, je crois que c’est Hélène qui demandait ici.
      Je l’ai vu dans le cadre d’un ciné débat organisé par le diocèse de Nice , bcp de catho dans la salle.
      Je suis sortie très en colère (comme la tante de la famille) et mal , à cela s’ajoute les débats très moralisateurs et jugeant, du style « ce n’est pas un bon père »  » elle a fait une expérience du spirituelle »  » c’est une famille dysfonctionnelle ».
      On ne m’y reprendra plus.
      Sinon, le film est assez caricaturale et ennuyeux.
      J’ai quand même appris qu’en Espagne, les mineures pouvaient rentrer au couvent.
      Mais là je suis trop énervée pour en parler.

      • #139094 Répondre
        cinema
        Invité

        Ouais c’est je crois que c’est Hélène.
        Moi j’ai beaucoup aimé, et je le reverrai bien une nouvelle fois. Ce film est très touchant dans la manière dont il montre les relations au sein d’une famille. Il aborde avec beaucoup de délicatesse la question de la foi et du choix de vie personnel. Alauda Ruiz de Azúa réalisé un film discret et sensible, et laisse beaucoup de place à voir. Ainara joue avec beaucoup de justesse et elle rend son personnage très crédible. Les dialogues et les silences donnent du réalisme. J’ai trouvé ce film calme et profond, que je garde encore en tête, donc tout va bien.

        • #139095 Répondre
          cinema
          Invité

          Je crois que c’est Hélène, enfin je crois.

          • #139171 Répondre
            hélène
            Invité

            Yes, j’avoue ne pas l’avoir trouvé caricatural, peux-tu préciser Stephanie ?

            • #139227 Répondre
              MA
              Invité

              Pourquoi cet énervement Stéphanie?

            • #139241 Répondre
              stephanie
              Invité

              Et bien, on voyait rapidement le devenir de chacun, j’ai trouvé tout prévisible dans leurs rôles bien définis, sans nuances.
              Le père effacé, préoccupé par ses pb d’argent, mutique, sans affects ( en lien avec le deuil de sa femme ?)
              La tante qui comprend tout de suite que sa nièce va s’enfermer dans le couvent et qui rêve pour elle d’une vie libre. La scène où elle hurle contre son frère, était de trop et manquait de subtilité.
              C’est peut être d’ailleurs plus une critique d’une famille bourgeoise étouffée par les non dits ( de la mort de la mère) ultra conservatrice qu’un films sur la foi d’une adolescente pris dans ses questionnements.
              C’est un film à charge, les institutions église/famille étouffent, écrasent, emprisonnent, nient le désir de cette jeune fille.
              Je n’ai vu que ça et pas comme il est annoncé : la vocation inattendue d’une ado.
              Mon énervement vient de là je pense, sans objectivité j’en conviens.
              Un bon moment : le regard du jeune à la chorale en direction de la jeune fille, naissance du désir, c’était beau.
              Amen

              • #139463 Répondre
                MA
                Invité

                Sur l’importance de la famille dans le film

                ALAUDA RUIZ DE AZÚA | Interview

              • #139496 Répondre
                cinema
                Invité

                On a sans aucun doute pas le même regard sur ce film. Je vais citer des scènes qui m’ont pas mal plu et qui donne du corps au film :
                Dans la cuisine, le père silencieux qui range les affaires de sa femme fait passer toute sa mélancolie sans un mot, c’est très subtil.
                La tante, dans le jardin, est douce et attentive, elle guide sa nièce sans jamais être lourde ou caricaturale.
                La messe montre ses questionnements sur la foi, simplement mais de façon touchante.
                La conversation finale dans le salon révèle les émotions et contradictions de chacun, avec beaucoup de nuances.
                Chaque geste, chaque silence, chaque regard ajoute quelque chose, ça rend la famille très crédible.
                Ce qui pourrait sembler « à charge » sur la famille ou l’église sert surtout à montrer le conflit intérieur de la jeune fille.
                Au final, le film fonctionne parce qu’il nous fait vivre ces moments, ressentir les émotions et rester proche des personnages.
                Question : un film à charge ? A charge de quoi ?

                • #139509 Répondre
                  Ostros
                  Invité

                  Tes remarques me rappellent la façon de parler de chat gpt, je sais pas si tu le fais exprès mais c’est très bizarre à lire
                  – « Je vais citer des scènes qui m’ont pas mal plu et qui donne du corps au film »
                  – » xxxxx , c’est très subtil »
                  – « elle guide sans jamais être lourde ou caricaturale »
                  –  » simplement mais de façon touchante »
                  Ça c’est typique de chat gpt.
                  – « avec beaucoup de nuances. »
                  .
                  Pour le moment ça n’a pas l’air d’être un film intéressant. Ça ne produit pas de discussions intéressantes.

                  • #139510 Répondre
                    K. comme mon Code
                    Invité

                    La vie est dure mais ce post est gratuitement aigri.

                    • #139511 Répondre
                      Ostros
                      Invité

                      Pas du tout
                      J’ai l’impression qu’en ce moment beaucoup se mettent à parler comme chat gpt avec ce type de vocabulaire c’est très dérangeant parce que je ne sais pas si c’est fait exprès et ça ne me dit rien du film
                      Toi qui l’as vu et apprécié tu auras sans doute des choses intéressantes à en dire
                      Pour le moment ce qui ressort c’est que les plans sont plats et les personnages sont gentils. Donc oui ça ne donne pas envie. Je crois pas que dire ça soit de l’aigreur monsieur l’abonné au seum.

                      • #139512 Répondre
                        K. comme mon Code
                        Invité

                        C’est bien ce que je pensais.

                      • #139539 Répondre
                        cinema
                        Invité

                        Je suis un bot. Et toi un-e expert-e de Chat. Je ne finirai jamais de me demander quel l’intérêt de faire de telles remarques !? Sinon faire suer, sans même un tantinet d’élégance. Courage à toi.

                      • #139551 Répondre
                        Ostros
                        Invité

                        Quand je vois que tu sais être precise quand tu écris ici sur d’autres films, oui je doute et j’ai l’impression que tu te moques du monde quand je lis que tu parles comme ça.
                        Ou alors c’est quand tu n’apprécies pas un film que tu as un style plus clair ?
                        Mais je vais être honnête avec toi, parce que tu le mérites
                        Je vais te dire les choses franchement, mais avec douceur
                        Ce que tu dis est fort et courageux donc merci, avec toi je serai pertinente sans être caricaturale, directe mais nuancée.

        • #139228 Répondre
          Samuel Lebesgue
          Invité

          Vu également, pas loin de Nice (décidément, beaucoup d’azuréens sur ce forum). Mitigé pour ma part. Une certaine pauvreté formelle (champs/contre champs pdt tes les scènes de dialogues) qui m’a agacée pdt le visionnage mais le film malgré tout me reste en tête : bon signe. j’ai aimé le caractère indéchiffrable de l’héroïne, l’opacité qui entoure sa vocation, l’incompréhension absolue de la tante. On a échappé à la fois à l’explication psychologique et la réconciliation finale, ouf.

          • #139229 Répondre
            MA
            Invité

            Au niveau formel, m’a fait penser a un telefilm

            • #139230 Répondre
              Samuel Lebesgue
              Invité

              Accord. Pendant une bonne partie du film, je me suis dit décidément, elle n’a aucune idée de mise en scène. Après coup, j’ai pensé que ça pouvait être un rejet de tout effet, une volonté d’austérité, mais sans doute suis-je trop indulgent.

    • #139159 Répondre
      Samuel Lebesgue
      Invité

      Question qui me vient suite à une discussion sur un autre fil, mais qui a davantage sa place ici : Q’est-ce qu’on pense de Nicloux ?

      • #139238 Répondre
        Samuel_Belkekett
        Invité

        Nicloux me rend marteau.
        Vous saviez qu’il a été tenisman ? Il a même participé à une coupe Davis… et des boulons.

        • #139239 Répondre
          Samuel_Belkekett
          Invité

          Tennisman

    • #139232 Répondre
      cinema
      Invité

      Y a de très bons telefilms. Là, si au niveau formel, on parle d’un telefilm, il s’agit d’un très long telefilm. Le film est tourné lentement, sans effet et avec des plans fixes. C’est ce qui fait la force du film.

      • #139234 Répondre
        Samuel Lebesgue
        Invité

        D’accord sur l’existence de bons téléfilm. Nonobstant, dans los domingos : à mon goût pas assez de vrais plans fixes, notamment très peu durant les nombreuses scenes de dialogues où on a le droit aux sempiternelles champs/contre-champs.

        • #139237 Répondre
          cinema
          Invité

          Même si elle fait parfois des champs-contre-champs, beaucoup de plans restent fixes et posés.

          • #139243 Répondre
            Ostros
            Invité

            Plans fixes et posés ne sont pas nécessairement synonymes de travail formel intéressant
            Par exemple quelques personnes sont passées par ici nous recommander des films qui étaient selon eux « dans la veine de RAZ » et j’ai à chaque fois été déçue
            Ces personnes confondaient plan intelligent, forme vivante et anarchiste avec des longs plans fixes qui ́e regardent rien.
            Tout ça pour dire : pas un argument. Il faut d’autres choses

            • #139246 Répondre
              Samuel Lebesgue
              Invité

              D’accord, la plupart des plans, même fixes, me paraissaient ni réfléchis ni inspirés. Mais avis subjectif et pas argumenté je l’accorde.

              Qu’est-ce que RAZ ?

              • #139247 Répondre
                Ostros
                Invité

                Rabah Ameur Zaïmeche, le meilleur réalisateur français en activité

                • #139357 Répondre
                  Samuel Lebesgue
                  Invité

                  On m’avait dit Sophie Letourneur, vivais-je donc dans le mensonge pendant tout ce temps ?

                  On commence par quoi avec RAZ ?

                  • #139359 Répondre
                    stephanie
                    Invité

                    réal fille Letourneur
                    réal mec RAZ
                    tu peux commencer par son 1er : Wesh wesh

                  • #139493 Répondre
                    Valère Hildeduc
                    Invité

                    Moi je conseillerai peut-être plus Bled Number One qui est mon pref mais Dernier Maquis est souvent cité parmi les meilleurs et force est de constater que c’est très fort

                    • #139522 Répondre
                      François Bégaudeau
                      Maître des clés

                      RAZ a aligné ses trois chef d’oeuvre : Bled, Dernier Maquis, Les Chants de Mandrin

                      • #139525 Répondre
                        Charles
                        Invité

                        Réalisateur éminemment précieux mais peut-être légèrement surestimé ici. Pour moi ses meilleurs films sont Histoire de Judas, Chants de Mandrin et Gang des bois du temple. Cinéma radical, politique mais souvent un peu bancal et imparfait. Passionnant en tout cas mais si on s’attend à des chefs d’œuvre on risque d’être déçu.

                      • #139527 Répondre
                        François Bégaudeau
                        Maître des clés

                        François dit chef d’oeuvre, Charles dit ah non pas chef d’oeuvre
                        Passionnante discussion
                        Je te propose donc plutot de nous dire ce qui pèche dans Dernier maquis.

                      • #139531 Répondre
                        Charles
                        Invité

                        Bonne humeur matinale.
                        J’aime bien Dernier maquis mais je m’attendais à quelque chose de plus dialectique alors que le film est presque didactique, très explicite. Le patron dit par exemple très rapidement que lieu de prière doit lui permettre de contrôler les ouvriers. Il apparaît dès la première scène pour ce qu’il est : sympa, un peu blagueur mais dans le flicage des salariés. Le film m’apparaît en ligne droite (au contraire d’un Bled number one qui interrompt son récit de montée.en violence), même s’il bifurque un peu avec la scène du ragondin qui est une scène que j’aime davantage d’un point de vue théorique.

                      • #139532 Répondre
                        François Bégaudeau
                        Maître des clés

                        L’argument m’étonne d’autant plus que j’avais donné une conf sur Dernier maquis dont le titre était « Dernier maquis, le génie dialectique de RAZ ».
                        Quelque chose a du t’échapper dans ce qui se joue politiquement ici. Désolé de ne pas détailler, j’ai pas le temps.
                        Et de toute façon le film vaut avant avant tout pour la forme qu’il invente. Pour ses palettes rouges, disons. Pour son divin flottement.

                      • #139533 Répondre
                        Charles
                        Invité

                        C’est précisément parce que j’avais en tête cette réception du film que j’ai été un peu déçu sur ce plan (dialectique). Mais oui les palettes, ça justifie le film.

                      • #139535 Répondre
                        Cynthia Lennon
                        Invité

                        je glisse cet échange pour ceux qui ne connaitraient pas
                        https://arnoldpasquier.com/dialogue-avec-raz-rabah-ameur-zaimeche

                      • #139540 Répondre
                        cinema
                        Invité

                        Ces films sont beaux, mais de là à crier aux chefs d’œuvre faut pas charrier. Peut-être que Terminal Sud s’en rapproche. Peut-être.
                        Meilleur réalisateur sûrement pas. Toutefois, il reste intéressant car il a inventé une forme.

                      • #139541 Répondre
                        cinema
                        Invité

                        *Ses, c’est mieux.

                      • #139542 Répondre
                        Charles
                        Invité

                        C’est effectivement mon sentiment, sauf pour Terminal sud qui est pour moi son plus raté.

                      • #139546 Répondre
                        Samuel
                        Invité

                        Bien bien merci des conseils.

                      • #139548 Répondre
                        Tony
                        Invité

                        Très intéressant l’entretien filmé,on comprend que le génie de RAZ est de saisir en même temps le spirituel et le matériel, c’est la sensation que j’ai toujours eu en voyant ses films,une grande puissance d’évocation, discrètement mystique, c’est ce qui fait de lui un très grand cinéaste.

                      • #139556 Répondre
                        Charles
                        Invité

                        Je me souviens de cet échange.
                        « Donc là tu mens »
                        « Bah je fais du cinéma gars! »

                      • #139557 Répondre
                        Tony
                        Invité

                        Très drôle

                    • #139569 Répondre
                      Jules
                      Invité

                      Bled number one et son sublime : les fous sont les gens qui sont à l’extérieur (de l’asile)

                      • #139571 Répondre
                        Ostros
                        Invité

                        La richesse des films de Rabah
                        Tous sans exception
                        Et la surprise à chaque film de voir des formes nouvelles se dessiner
                        L’improvisation c’est la grande force de ce cinéma

    • #139245 Répondre
      Schnoups
      Invité

      Je ne crois pas qu’ait été évoqué ici le cinéma de la réalisatrice Japonaise Kinuyo Tanaka. Il y a plusieurs films sur Arte, je ne connaissais absolument pas, je conseille fortement La nuit des femmes.
      J’ai regardé Yearning de Naruse et décidément ce réalisateur m’ennuie. Je pense que j’essaierai quand même de revoir Nuages flottants, mais entre Naruse et moi c’est pas ça.

      • #139274 Répondre
        Malice
        Invité

        On ne sera donc d’accord qu’au sujet de Jim Carrey nom de dieu
        Je l’ai revu et j’ai pleuré telle une spectatrice de La route de Madison
        T’as pas aimé la séquence ( longue) du train? Mon passage préféré peut-être

        • #139286 Répondre
          Schnoups
          Invité

          La séquence du train m’a fait tenir jusqu’au bout, effectivement. Et j’aime aussi le dernier plan (feu vert pour le suicide petite Japonaise!).
          Tu me fends le cœur, tu oublies L’ombre d’un doute et j’adore PCW Malice, par contre Staker est effectivement bien dégueulasse, pire que du Tim Burton meuf.

          • #139290 Répondre
            Malice
            Invité

            Ah oui c’est vrai qu’on s’est rejointes là-dessus.
            Stoker a bien fait monter ma frustration, on sent que le PCW n’a rien d’autre à part que construire des plans pour faire joli. Le scénario ne donne vie à rien. Je sauverais juste la tragédie des deux frères, à peine esquissée ( il est suggéré que l’amour passionnel d’un frère pour l’autre créé la jalousie menant à l’assassinat, j’ai trouvé ça plutôt intéressant). Sinon, rien à voir que le visage buté de la jeune fille, le regard pervers de l’oncle ( qui en devient parodique) et Nicole qui minaude…
            Tu as écouté La phase sur le dernier PCW?

            • #139306 Répondre
              Schnoups
              Invité

              Je n’ai pas encore vu le dernier PCW

      • #139275 Répondre
        Malice
        Invité

        Je ne savais pas que l’actrice Kinuyo ( que j’aime beaucoup) avait aussi réalisé, je vais regarder, merci

      • #139277 Répondre
        Alexandre
        Invité

        Il faudra que je me procure le coffret Kinuyo Tanaka chez Carlotta depuis le temps que je me le dis. Les trois films m’ont semblé pas mal, légèrement académiques, surtout celui en couleurs. Mais la découverte de cette grande actrice en réalisatrice talentueuse il y a quelques années fut une manière d’événement dans la sphère cinéphile. Pas aussi forte que celle d’Ozu à la fin des années 70, remarque rétrospective car je n' »y étais pas ».
        Schnoups, je pense que Naruse est un (très) grand, le quatrième mousquetaire pour moi avec Mizoguchi, Ozu et Kurosawa. Je lui trouve une grande délicatesse, un goût des autres, une sensibilité remarquables. T’ennuies-tu à Ozu?

        • #139278 Répondre
          Alexandre
          Invité

          Les trois films que j’ai vus

        • #139284 Répondre
          Malice
          Invité

          Je vais tâcher de vous laver le cerveau afin que vous pensiez comme moi que Naruse est le boss ex aequo avec Mizoguchi :
          sa subtilité est telle qu’on ne se rend pas tout de suite compte de la recherche dans sa mise en scène. Or, je reviens sur Yearning, son talent éclate dans des séquences qui l’air de rien construisent une intensité : la séquence du train, tellement longue, où les personnages se rapprochent petit à petit au gré des correspondances, des déplacements des voyageurs, échangeant de la nourriture, des magazines…En revoyant ce passage j’ai pensé à la scène d’Igor et Anora devant la télé dans le film de Sean Baker. Cette montée toute en discrétion et douceur. Pour moi c’est digne d’un très grand.
          Yearning est également très fort sur l’ambiguité des intentions, des rapports entre les protagonistes : la veuve qui est à la fois la grande soeur et l’amante potentielle, le beau-frère qui est un enfant et un homme, la belle-mère qui est peut-être celle qui a séduit la première sa belle-fille ( il y a un amour silencieux entre elles qui me fout en l’air)

        • #139287 Répondre
          Schnoups
          Invité

          Non, je ne m’ennuie pas avec Ozu.
          Et après avoir vu Yearning et même La nuit des femmes je n’ai qu’une envie c’est de revoir Il était un père ou Voyage à Tokyo ou Printemps tardif. Tout surévalué qu’il a pu être il a fait les films qui contiennent selon moi ce concentré maximal de l’intensité dans le calme, dans le statique. Unique Ozu.

          • #139291 Répondre
            Alexandre
            Invité

            « Tout surévalué qu’il a pu être »

            What’s the hell ??!!??!!??

            • #139293 Répondre
              Schnoups
              Invité

              Oui, un peu, te mets pas la rate au court bouillon pour autant.

              • #139294 Répondre
                Alexandre
                Invité

                Non, non, tout va bien!

                …dit-il en se saisissant du tensiomètre.

                • #139316 Répondre
                  Malice
                  Invité

                  @Schnoups tu dirais que quoi est surévalué chez Ozu?
                  Je n’arrive pas à accrocher à ses films, j’ai essayé d’en voir plusieurs ( Voyage à Tokyo, Printemps tardif et Le goût du saké) mais soit les personnages de pères m’agaçaient soit les champ-contre-champs qui sont sa signature me lassaient. J’ai un peu de mal avec le jeu de son actrice Setsuko Hara, aussi ( même si elle a inspiré le beau film d’animation Millenium actress) Mais je veux bien retenter si des gens me le vendent bien.

                  • #139352 Répondre
                    Schnoups
                    Invité

                    En fait surévalué est trop fort. Quand on enchaîne les films d’Ozu, surtout la première fois on se dit que le gars a fait 10 fois le même film un peu. C’est quelque chose qui avait été dit ici par François et d’autres sitistes, les termes exactes je les ai oubliés. Ils m’excuseront pour l’approximation.
                    Donc je comprends qu’Alexandre se soit jeté sur son tensiomètre parce que moi même je ne suis pas bien d’accord avec ça. Qu’on parle de surévaluation du cinéma d’Orson Welles je le comprends, c’est surtout Welles qui est passionnant. Ozu c’est différent. Lorsqu’on revoie ses films on en voit plusieurs se détacher joliment, Gosses de Tokyo, Il était un père, Voyage à Tokyo et Printemps tardif. Des chef d’œuvres très singuliers il en a fait quelques uns. Et même l’effet de répétition sur une série de films devient très intéressant dans ses variations et surtout il ne m’ennuie jamais. A été très décisif à l’époque où j’ai remis le nez dans ses films de voir au cinéma pour la première fois Il était un père, qui vraiment m’a fait un très très grand effet, l’un des meilleurs souvenirs en salle pour moi, tant on se dit en sortant « il se passe rien et c’est génial », « ils font peu et c’est passionnant », c’est excessif le « il se passe rien » mais c’est une forte impression que j’ai eu à la fin, le calme, l’apaisement, la sensation épanouissante d’avoir passé deux heures à regarder un fils aimer son père dans un scénario qui tient sur trois lignes, avec peu de dialogues, une impression de grande économie de moyens (parce que gros travail sur la structure des plans et le rythme du montage), une intense sobriété jamais égalée selon moi, qui de fait me le fait apparaitre comme un réalisateur unique avec force.

                    • #139355 Répondre
                      Malice
                      Invité

                      En fait, si je prends l’exemple de mon visionnage de « Printemps tardif », je n’ai rien à redire sur la forme, mais je suis personnellement exaspérée par l’histoire. Il m’est impossible de croire à l’histoire de cette fille désespérée de quitter le couple qu’elle forme avec son père. Ou plutôt j’ai tout sauf envie d’y croire, ce qui me rend le film très difficile à voir. Je trouve qu’il y a quelque chose de morbide dans le chagrin de la jeune fille. Je suis touchée par sa tristesse et en même temps cette tristesse tend tous les ressorts de mon être comme disait Macbeth

                      • #139383 Répondre
                        Schnoups
                        Invité

                        Malice, si tu vois de la morbidité mieux vaut laisser tomber Ozu, c’est pas pour toi, c’est pas grave.

                      • #139406 Répondre
                        Malice
                        Invité

                        Ou maladivité?
                        Cela dit je n’ai vu que deux films et demi, ils n’ont pas tous le même sujet, si?
                        Ce qui est marrant c’est que Setsuko joue un rôle similaire dans « Le grondement de la montagne » de Naruse. On a même un couple vieil homme-jeune femme extrêmement lié et beau ( le beau père et la belle fille mal mariée à son fils). Mais on retrouve une configuration à la Mikio : des liens par alliance qui sont travaillés par un mélange d’amitié et de sentiment filial, peut-être de choses plus troubles aussi. Et finalement une femme qui fait sécession, pour un avenir ouvert ( on ne sait pas ce qui adviendra, comme pour l’héroïne de « Yearning »)

                      • #139407 Répondre
                        Malice
                        Invité

                        Par ce qui adviendra, je veux dire : se remariera-t-elle, restera-t-elle seule, vivra-t-elle des aventures, des galères…

                    • #139368 Répondre
                      Alexandre
                      Invité

                      Des échanges comme ceux que nous avons induisent de ne pas se reposer sur des sentiments inamovibles et gravés envers un artiste que l’on place très haut. Il faut se (re)coltiner les œuvres. Par exemple je crois avoir un avis sur Printemps tardif mais je ne l’ai vu qu’une fois. Que puis-je dès lors répondre à Malice qui est agacée par Setsuko Hara et sa soumission affective au patriarche. Et bien du coup pas grand chose avant que je ne revoie cela. Et rien sinon l’éventuel rappel que Ozu est le premier des cinéastes japonais à avoir fait se confronter tradition et modernité. Que c’est là son grand sujet et qu’il le décline presqu’à l’infini et en vertu de toutes sortes de modulations.
                      Une sorte de monotonie est donc à l’œuvre dans sa manière. Ainsi qu’une interchangeabilité des configurations qui se manifeste jusque dans des titres qui mettent la mémoire à rude épreuve : il faut se lever de bonne heure pour apprendre à ne pas confondre Fin d’automne avec Printemps tardif; Eté précoce avec Printemps précoce et tous ces titres qui optent pour un terminus à Tokyo qu’il s’agisse de gosses, d’une auberge, d’un crépuscule, d’une femme ou d’un voyage. Il n’est pas jusqu’aux génériques, invariablement tissés de jute, qui n’apportent leur contribution à ce sentiment d’interchangeabilité.
                      Peut-être qu’un jour je me lasserai et verrai dans tout cela la duplication monotone du même. Pour l’heure j’y vois le génie d’un inventeur de forme comme Dreyer ou Bresson. Le praticien d’une épure gouleyante, de plus en plus raffinée à mesure que l’on s’approche du terme, c’est à dire du Goût du saké. Un copain dit toujours qu’Ozu est le plus grand utilisateur de la couleur de tout le cinéma, que si un cinéaste était fait pour la couleur, c’était bien lui.
                      De fait, la dernière ligne droite de l’œuvre baigne dans des coloris qui cernent avec une stupéfiante acuité les arêtes vives des stigmates de la modernité, à tel point qu’un burlesque discret pointe le bout de son nez et évoque Jacques Tati alors qu’une sorte d’abstraction visuelle tutoie Mondrian. Ozu se fait l’observateur à la fois mélancolique, ironique et émerveillé de l’émergence d’un Japon moderne dans les interstices duquel viennent s’infiltrer, voire agoniser, d’immémoriaux affects traditionnels.
                      Le sentiment esthétique qui en découle relèverait presque d’une sensation de désaltération, d’une sustentation gustative et émotionnelle.
                      Les films d’Ozu, j’en mangerais.

                      • #139419 Répondre
                        Malice
                        Invité

                        Je choppe au vol le sujet de la couleur; ce serait intéressant de partager les couleurs de cinéastes que nous préférons.
                        Les couleurs des metteurs en scène qui m’ont particulièrement frappée et plu :
                        Celles de Kiarostami ( j’adore ses plans sur les oliviers)
                        La fille de Ryan de David Lean ( et par association celles de Ma Loute de Bruno Dumont)
                        Breillat en particulier le faux noir et blanc d’ « Anatomie de l’enfer »
                        Rohmer ( que je classerais avec Kiarostami, dans le dossier Saisie des paysages naturels)
                        Les couleurs d' »Amour fou » de Jessica Hausner
                        J’ai aussi un goût pour Powell, Argento, Bava ( les gros contrastes de couleurs chaudes et froides qu’on pourrait trouver trop envahissants et à la limite du mauvais goût)

    • #139248 Répondre
      Ostros
      Invité

      De très bonnes nouvelles concernant le prochain film de RAZ
      On lit sur la page du FIDMarseille :
      « Le vent de la liberté souffle fort dans les films de RAZ. Il soufflera dès la soirée d’ouverture du FIDMarseille, où sera projeté en première mondiale le tout nouveau et somptueux Route Algéricaine. »
      Le festival aura lieu du 07/07/2026 au 12/07/2026
      En présence de Rabah, qui est invité.
      .
      Le festival marseillais rendra hommage à Rabah Ameur-Zaïmeche à travers une rétrospective, la programmation en première mondiale de son nouveau film Route Algéricaine et la coédition avec les éditions de l’œil d’un livre dans la collection « One, Two Many ».
      .

      FIDMarseille to Present a Complete Retrospective of Rabah Ameur-Zaïmeche

      • #139249 Répondre
        Ostros
        Invité

        Et dès le mois de juin, des rendez-vous :
        Colloque de la Sorbonne Nouvelle
        Le cinéma de Rabah Ameur-Zaïmeche, une ode au vagabondage
        du 10 juin 2026 au 12 juin 2026
        .
        Organisation :
        Léa Brunet, Doctorante, IRCAV
        Laurent Guido, PU, IRCAV
        Salima Tenfiche, MCF, IRCAV
        .
        Présentation :
        Malgré une reconnaissance internationale par les instances hégémoniques de légitimation du cinéma pour l’ensemble de son oeuvre, malgré une carrière longue de vingt ans et une filmographie riche d’une dizaine de longs-métrages, le cinéaste français originaire d’Algérie Rabah Ameur-Zaïmeche demeure encore très peu étudié à l’université française.
        En réunissant chercheurs et chercheuses internationaux, en croisant les approches esthétique, historique, socio-culturelle et économique, ce colloque entend explorer les multiples dimensions du cinéma de Rabah Ameur-Zaïmeche, afin de mettre en lumière la singularité du regard de ce cinéaste contemporain.
        .
        En partenariat avec la Cinémathèque universitaire, le colloque s’ouvrira sur une projection-débat de Dernier Maquis (2008), en présence du réalisateur et animée par les étudiant.e.s du département CAV.
        Au cours du colloque est également prévue une master class du cinéaste, en dialogue avec les chercheur.e.s présent.e.s.

        • #139250 Répondre
          Ostros
          Invité

          Lieu : Maison de la recherche , 4 rue des Irlandais, 75005 Paris, salle Athéna
          (+ Cinémathèque universitaire, Campus Nation, 8 avenue de Saint Mandé, 75012 Paris, salle BR10)
          .
          https://www.sorbonne-nouvelle.fr/le-cinema-de-rabah-ameur-zaimeche-une-ode-au-vagabondage-928354.kjsp?RH=1236178100008

          • #139251 Répondre
            Ostros
            Invité

            Pour le livre, un ouvrage collectif consacré à son cinéma qui paraîtra dans la collection One, two, many, peut-on s’attendre à des textes de François inside ?
            Et d’autres critiques. Ou c’est un livre qui donne la parole à ses camarades de tournage ? Qui parlent du terrain.

            • #139260 Répondre
              Charles
              Invité

              Curieux de voir ce que ce cinéma très masculin va donner quand il va s’agir de filmer une histoire de l’amour (le sujet de ce prochain film manifestement).

              • #139261 Répondre
                François Bégaudeau
                Maître des clés

                le film est assez peu une « histoire d’amour »
                ni une « histoire de l’amour », Charles, tout un programme (qu’Edouard Louis exaucera un jour, je n’en doute pas)

                • #139262 Répondre
                  François Bégaudeau
                  Maître des clés

                  « vent de la liberté »
                  « ode au vagabondage »
                  mon dieu

                  • #139265 Répondre
                    Charles
                    Invité

                    Oui il fallait lire une histoire d’amour.
                    Tu l’as donc vu, c’est comment?

                    • #139267 Répondre
                      François Bégaudeau
                      Maître des clés

                      très beau
                      encore plus terminal que terminal sud

                      • #139886 Répondre
                        cinema
                        Invité

                        Comment t’as pu le voir ce film ? J’aimerais bien le voir également

    • #139255 Répondre
      K. comme mon Code
      Invité

      Le Sergio du Rire et le couteau m’a beaucoup amusé. J’aurais aimé découvrir la version longue d’emblée, mais je suppose qu’elle sera disponible en ligne dans quatre mois, après son « exploitation ».

    • #139281 Répondre
      Albie
      Invité

      Pinho en interview chez PDH !

      • #139468 Répondre
        K. comme mon Code
        Invité

        J’ai trouvé cette interview récente intéressante :
        https://www.rayonvertcinema.org/le-rire-et-le-couteau-pedro-pinho/

      • #139583 Répondre
        I.G.Y
        Invité

        Je n’avais jamais entendu Pinho. Un type très intéressant et qui m’est fort sympathique. On discute quand même pas mal de cinéma dans cette itw PDH. On voit comment d’une démarche de départ qu’on pourrait presque dire militante (j’ai lu qu’il avait même fait un peu de prison), il en arrive non pas à ranger au placard son militantisme mais à le suspendre en partie, à insister davantage sur les « questions » que sur les « réponses » (il en est question dans l’interview, tout comme il est question de forme, de processus de production, etc… vraiment je conseille).

        • #139586 Répondre
          K. comme mon Code
          Invité

          J’aime bien ce qu’il dit ici à propos des films sur la merde vs les films sur le papier toilette :
          « On a beaucoup parlé de questions dramaturgiques liées aux différentes scènes, lors d’échanges qui pouvaient devenir assez violents et durer parfois des heures. À certains moments, je leur disais : « c’est un film qui aborde la merde ! » C’est un film sur la merde que nous produisons depuis des siècles, que nous exportons depuis l’Europe. Mais ce n’est pas un film sur le papier toilette. Je comprends que certains fassent des films sur le papier toilette, mais ce n’était pas ma proposition. Dans Le Rire et le Couteau, du fait même de son ancrage en termes de production, je ne pouvais pas me sentir légitime pour présenter des solutions. Parce que je fais partie du problème. Et si je peux faire partie de la solution, c’est dans le champ de la vie — pas nécessairement dans celui de la représentation. »

          Pedro Pinho, la polyphonie et l’impasse

          • #139590 Répondre
            François Bégaudeau
            Maître des clés

            très bonne image oui
            je la retiens
            « Et si je peux faire partie de la solution, c’est dans le champ de la vie — pas nécessairement dans celui de la représentation. » La base.

    • #139669 Répondre
      Schnoups
      Invité

      Si vous savez pas quoi regarder ce soir, index mou et œil à demi fermé, sur arte vous avez The Vikings, c’est pas Ben-Hur mais ces bons gros bourrins de Vikings à l’américaine ont l’humour avec eux et un Kirk Douglas dans sa meilleure forme. Attention, plus que deux jours pour voir Tony Curtis subir son mini short pendant 2 heures.

      • #139690 Répondre
        Alexandre
        Invité

        « C’est pas Ben Hur »

        ..mais c’est mieux!

        • #139699 Répondre
          Schnoups
          Invité

          Doit y avoir des longueurs, je vais le revoir. Mais la course de chevaux Alexandre, la course de chevaux !
          Vikings est produit par Kirk Douglas, je l’imagine bien choisir le costume de Tony Curtis qui semble un peu constipé tout le film. Mais la première heure donne très envie de boire des bières avec eux.

          • #139700 Répondre
            Alexandre
            Invité

            La course de chars est évidemment géniale mais je crois que nous nous fourvoyons à les mettre en vis-à-vis : l’un est un péplum , pas l’autre.
            Ma remarque était une manière de faire hommage au grand artisan Richard Fleischer, dont Les Vikings est une des (nombreuses) réussites. Réalisateur dont j’aime lire et prononcer le nom, qui fuse comme celui de Raoul Walsh. Un nom plein de promesses.

            • #139743 Répondre
              Schnoups
              Invité

              Non, je ne me fourvoie pas. Un an d’écart, vent épique les deux. Ne chipotons pas Alexandre.

              • #139745 Répondre
                Alexandre
                Invité

                Et bien nous chipoterons quand même! (rires)
                Ben Hur est un péplum de 3h32 et une production colossale, avec séquences sulpiciennes, tout ça.
                Les Vikings est un film d’aventures de pas tout à fait 2 heures. On est plus proche d’Ivanhoe.
                Ça ne boxe pas du tout dans la même catégorie.
                L’essentiel est que tu as eu raison de conseiller ce chouette film de mon ami Fleischer.

                • #139749 Répondre
                  Schnoups
                  Invité

                  Je ne savais pas que Ben Hur ne pouvait que se comparer avec un autre péplum de 3h30.
                  Donc oui, ne chipotons pas et restons sur la bonne reco et sur le short de Tony.

    • #139676 Répondre
      stephanie
      Invité

      je conseille aussi ce court métrage qui se passe en Mongolie
      https://www.arte.tv/fr/videos/120931-000-A/une-fenetre-plein-sud/

    • #139736 Répondre
      Antonin
      Invité

      Vu pour la première fois « Loulou » de Pialat.
      J’étais passé à côté toute ma vie mais finissant par connaître toutes les anecdotes et méthode de tournage il était ancré dans ma mémoire de spectateur.
      Rangé dans le tiroir des films « jamais vu mais je connais la sauce » ( attention à ce tiroir : on se plante 1 fois sur 3 malgré tout)
      Puis un jour j’ai entendu Jérôme Momcilovic dire  » Loulou est un film parfait. En tout point ».
      Ça a éveillé ma curiosité dans la mesure où j’ai trouvé son analyse du film « la gueule ouverte » assez scolaire dans le cadre d’une retrospective à la cinémathèque en fin d’année dernière. Reprenant des anecdotes glanés ici ou là sur les internets pour nous expliquer la teneur autobiographique des films de Pialat…
      Mais le réel m’a mis une petite claque.
      Première surprise : le Pialat avec le moins d’humour ( « sous le soleil de Satan » mis à part). Franchement glauque même. Des situations extrêmement sordide ou aucune bouffé d’air frais vient nous sauver. Même le repas chez la mère où la situation est plus à même de nous faire sourire est pesante dans son déroulé ( Huppert en introspection mutique) et sa conclusion ( coup de fusil accidentel). Rien dans les dialogues n’atteint le cynisme noir d’un  » nous ne vieilliront pas ensemble » ou la fuite en avant ridicule du garçu. Pialat filme avant tout un mec qu’il déteste ( le personnage de Depardieu) et une femme qu’il aime encore mais pas la plus drôle de Paris ( Isabelle Huppert).
      Deuxième surprise : le jeu d’Huppert me paraît évoluer largement plus haut que celui de Depardieu en terme de qualité de jeu concrète. Comme si l’improvisation était plus facile pour elle à appréhender. J’ai même trouver Depardieu particulièrement embourbé dans un même style ankylosé tout le long du film sans la vigueur qui le caractérise dans tous les autres films de Pialat.
      Troisième surprise : La différence de ton et d’improvisation entre Guy Marchand et Huppert et le reste de l’équipe du film. On a l’impression que tout est écrit côté Guy Marchand. Sur des rails.
      Et enfin la quatrième : en quoi ce film est parfait ? Mais ça il n’y a que Jérôme Momcilovic qui pourra nous le dire.
      Sans surprise le montage est très bon et la scène d’introduction où Depardieu drague Huppert vaut tout le film. J’aurais aimé que le film reste sur cette même dynamique où on a l’impression de courir après les enjeux.
      Peut-être son film le plus explicatif.

      • #139742 Répondre
        Antonin
        Invité

        Peut-être pas judicieux de dire « explicatif »
        Celui qui tourne le plus en rond plutôt.

    • #139819 Répondre
      gebege
      Invité

      Je ne sais pas si ça avait déjà été partagé ici mais c’est édifiant : https://www.youtube.com/watch?v=sOr4Q4IDxiA

      • #139860 Répondre
        stephanie
        Invité

        gebege, en quoi c’est édifiant ? je viens d’écouter plus d’1 heure, je ne vois que la description de l’industrie cinématographique ( marché, client, réseau) c’est plutôt bien expliqué du reste mais je vois pas l’édifiant ?

        • #139862 Répondre
          gebege
          Invité

          Précisément : édifiant sur la manière dont l’industrie ciné fonctionne (marché, client réseau). C’est quand même lui qui fait la pluie et le beau temps sur les films qui se feront ou pas, puisque c’est lui qui a la main sur les produits d’appel, lui qui influence le-dit produit d’appel. Et quand on entend son discours, on comprend mieux pourquoi ce qui se fait est si mauvais.

          • #139873 Répondre
            Tony
            Invité

            J’ai un peu le même ressenti que Stéphanie,au bout d’une heure je l’ai mis en pause, j’ai pas l’impression que ça explique la qualité de ce qui se fabrique aujourd’hui puisque le fonctionnement d’une agence est le même aujourd’hui qu’il y a 30 ou 40 ans,on peut douter de ses goûts(Pierre Niney est le Mozart du jeu d’acteur,Omar Sy est une machine intellectuelle,Gianollli a fait un film sublime,etc…) qui doivent un peu jouer peut-être mais tout part du financement, c’est plutôt l’examen du scénario qui doit plaire à tout un tas de commissions qui me semble expliquer le formatage actuel.

            • #139919 Répondre
              gebege
              Invité

              Je vous trouve assez gentil. Imaginons que Omar Sy dise oui à un scénario non-formaté : les commissions s’ouvriraient in fine. Sauf que : comment arracher un oui miraculeux à Omar Sy quand cet homme le conseille sur sa carrière ?

    • #139822 Répondre
      Rigolus
      Invité

      J’ai vu La Femme la plus riche du Monde et c’était pas mal. Laurent lafitte cabotine un peu mais cela ne pas pas dérangé.
      J’ignorai totalement que sa fille était une juive converti.

    • #139848 Répondre
      martin
      Invité

      Vu hier Les rayons et les ombres, j’ai bien aimé même j’y ai vu les mêmes défauts que dans Illusions perdues, voix off un peu lourde, scènes répétitives (pour marquer la déchéance du personnage. La durée est pas forcément justifiée je trouve. Je crois qu’un peu à la manière d’Assayas, Giannoli se rêve un peu écrivain. Finalement Jean Dujardin est pas tant mis en valeur que ça, il se fait voler la vedette par la fille de Jean et par le personnage d’Otto Abetz plus passionnant et trouble.

    • #139916 Répondre
      Seldoon
      Invité

      Quelques scénarios des films présentés aux Oscars cette année à télécharger : https://www.patreon.com/posts/149586306
      J’ai jeté un oeil à la fin de celui de Bugonia : amusant de noter à quel point les dernières lignes sont explicites.

      133S INT. HOSPITAL, SURGERY ROOM. DAY
      A life saving surgery, with the PATIENT’S chest open – all
      DOCTORS are dead.
      133T INT/EXT. CHURCH. DAY
      A BRIDE and her FRIENDS who were preparing to walk down the
      aisle, now dead.
      133U INT. AUXOLITH FULFILLMENT CENTER. DAY
      The FULFILLMENT CENTER where Teddy worked has stopped.
      His coworker TINA lies on the floor, at peace.
      133V INT. TEDDY’S HOUSE. DAY
      Inside Teddy’s house, all is still. A framed PHOTO on the
      wall shows a young Teddy being bathed by his mother.
      134 EXT. MEADOW. DAY
      All man-made interference with nature has stopped.
      All human life is gone.
      There is only quiet.
      Utter peace.
      But the countryside is alive.
      Alive with the SOUNDS of insects, birds, and mammals. The
      natural world teeming with post-historic life.
      Earth has been saved.
      A beautiful FLOWER gently sways in the clean breeze.
      A HONEYBEE lands on the flower.
      THE END

    • #139937 Répondre
      Jules
      Invité

      Vu ces derniers jours Dreams et Mastermind ; deuxième film que je voyais de chaque réalisateur (j’avais vu et adoré Memory, et j’avais vu Night moves). Si je me base sur ces deux films, mais peut-être que les autres me donneront des suprises, je suis clairement plus sensible au cinéma de Franco.
      Je n’ai pas accroché aux films de Reichardt, je m’y suis même ennuyé. Je ne comprends pas pourquoi certains répètent sans cesse que Franco est cynique vis-à-vis de ses personnages ; les personnages des deux films me semblaient au contraire complexes, ambivalents. Franco ne semble pas les juger, contrairement à ce que j’ai ressenti en voyant Mastermind. Il est vrai que je suis aussi un peu agacé par le côté « nous les femmes on est trop douces, les hommes sont juste irresponsables bêtes et méchants ». Ca m’a rappelé un peu le livre « le coût de la virilité », qui s’extasie de la douceur des femmes sans comprendre que c’est en partie le fruit de leur domination.

      • #139938 Répondre
        Seldoon
        Invité

        Je conseillerais de passer par Certain Women comme porte d’entrée chez Reichardt. Ce qu’on y voit plus facilement pourra permettre d’aborder le reste de son oeuvre sous de meilleurs auspices.
        Mon premier Reichardt fut Night moves, mauvaise porte d’entrée. J’ai ensuite vu Fist Cow que j’ai adoré au premier regard, et idem pour Certain Women. Depuis j’ai revu Night Moves que j’ai bien réévalué.

        • #139939 Répondre
          Tony
          Invité

          Et moi j’ai enfin vu Showing Up ces jours-ci et ça m’a bien réconcilié, c’est vraiment très drôle et là où elle m’embarque c’est quand elle s’intéresse à un petit groupe d’individus qui,dans leur coin,trouvent des moyens pour faire sécession et en étant proches, toujours, d’animaux. C’est vrai qu’elle est un peu raide dans son féminisme,au bord de la misandrie dans Mastermind comme le faisait remarquer François et ça l’affaiblit, c’est dommage.

          • #139946 Répondre
            nefa
            Invité

            showing up
            en tout cas, avec l’histoire du chauffe eau et des candidats qui font la queue pour l’appart, je n’avais pas trouvé la propriétaire, montrée digne d’envies pas nettes, symptôme de misandrie

            • #139969 Répondre
              nefa
              Invité

              spoiler
              ou alors, elle est très misandre et avec mes envies pas nettes (de mec) me laisse tandis qu’elle s’en va – deux silhouette sur pénombre – avec sa copine (la propriétaire) acheter des clops
              dernier plan

              • #139970 Répondre
                Tony
                Invité

                @nefa désolé je ne vois pas de quelles scènes tu parles,je ne me souviens pas de ces visites d’appart et les derniers plans on les suit alors qu’elles ont les yeux levés au ciel en tentant d’apercevoir le pigeon qui vient de s’envoler,t’es sûr que c’est Showing Up?

                • #139975 Répondre
                  nefa
                  Invité

                  sûr
                  plusieurs fois elle se plaint (calmement) à la propriétaire à propos du chauffe eau
                  sa propriétaire est saoulée
                  et la dernière fois qu’il est question de ça, elle clôt la discussion en disant (calmement) que de toute manière si elle est pas contente il y a plein de gens qui le prendront son appart sous entendu tel quel
                  dans le plan la propriétaire est en haut et elle en bas
                  ensuite à la fin elle partent toutes les deux acheter des clopes
                  d’ailleurs je viens de revoir à l’instant le dernier plan et elle sont assez éloignées l’une de l’autre pas de proximité elles ne sont pas disposées de telle sorte qu’elle pourraient parler ensemble

                  • #139977 Répondre
                    Tony
                    Invité

                    Oui maintenant je vois bien,oui elle lui demande de le réparer et l’autre l’esquive sans arrêt jusqu’à cette scène où elle lui annonce un délai car elle a commandé le meilleur rapport qualité prix en lui rappelant que son loyer est lui aussi pas si haut que ça, c’est vrai que c’est intéressant ce drôle de rapport.

                    • #140282 Répondre
                      nefa
                      Invité

                      toujours à partir du dernier plan
                      garder au montage la disposition des deux corps dans l’espace (esthétique),
                      la distance entre eux
                      qu’est-ce que ça fait ?
                      rigolo, ça fait deux bout de bois qui suivent un courant
                      ça frotte avec ce que l’on observe d’habitude quand on voit deux personnes marcher ensemble
                      et territorialisation
                      celui de la propriétaire
                      celui de la locataire artiste
                      communique l’un l’autre
                      et comme pour rester au diapason de cette distance
                      cherche
                      un canevas
                      et trouve
                      bonjour de loin
                      slow de onze ans bras tendus
                      j’hésite requiert de l’espace
                      l’espace
                      colore
                      relation colorée
                      et tout à coup l’amour
                      et dans la seconde, allié de l’art
                      amour qui rend supportable
                      dure l’une
                      l’autre
                      locataire
                      artiste
                      c’est intéressant de se loger
                      les traces de cet amour
                      sa façon de trottiner derrière la propriétaire quand elle décide d’aller chercher des clopes
                      le pigeon se révélant
                      occasion d’être ensemble
                      « oui maintenant je vois bien,oui elle lui demande de le réparer et l’autre l’esquive sans arrêt  » (le chauffe eau)
                      et en force douce à tourner autours de ce lien particulier
                      soulève que de fil en aiguille
                      nourrie est la pratique
                      veille amoureuse
                      tentant ça pourrait même
                      rapport à l’autre
                      l’alimentaire (travail)

                      • #140489 Répondre
                        nefa
                        Invité

                        Le post mot pour mot que je n’ai pas posté hier
                        ici même
                        « la faute fait le larron
                        oups
                        bout avec un s »
                        voilà qui renforce ma qualité d’immense visionnaire

                      • #140492 Répondre
                        nefa
                        Invité

                        pour être clair j’avais vu le post de Claire

                        Luttes 5

                      • #140493 Répondre
                        nefa
                        Invité

                        #140483

                      • #140496 Répondre
                        nefa
                        Invité

                        yes
                        #140483

                  • #139979 Répondre
                    nefa
                    Invité

                    dernier plan en direction des cigarettes
                    en fait si elles se parlent j’avais regardé trop à la fin mais elles sont bien assez loin l’une de l’autre

        • #139940 Répondre
          Alexandre
          Invité

          « J’ai ensuite vu Fist Cow »
          Ça doit être hard.

          • #139941 Répondre
            Jules
            Invité

            Allez, je rajoute les trois à ma liste ! merci ! 🙂

            • #139945 Répondre
              MA
              Invité

              Avec Wendy and Lucy et La derniere piste

          • #139968 Répondre
            Seldoon
            Invité

            Alexandre, si tu comptes sur moi pour rappeler à quel point ce film est doux, tu te foure le poing dans l’oeil.

      • #140285 Répondre
        François Bégaudeau
        Maître des clés

        dans le TVB sur The Mastermind j’aborde un peu le point que tu abordes dans tes dernières lignes
        c’est rendre service à KR que de ne pas la laisser s’embarquer dans cette morale binaire, son cinéma finirait par (a commencé à?) en patir

    • #139943 Répondre
      cinema
      Invité

      Je repose ma question par ici à propos du dernier de Raz
      @francois begadeau
      Comment t’as pu le voir ce film ? J’aimerais bien le voir également

      • #140063 Répondre
        François Bégaudeau
        Maître des clés

        je l’ai vu parce que Rabah m’a invité à une projo d’équipe, et, comme je ne pouvais pas, m’a donné un vimeo
        information qui je crois ne te permettra pas de le voir, d’où le fait que je ne l’ai pas donnée dans un premier temps

        • #140120 Répondre
          cinema
          Invité

          Merci. Les inconnus n’ont pas ce privilège.

    • #139967 Répondre
      l’orléanais
      Invité

      Bonsoir, si quelqu’un pouvait avoir l’amabilité de partager cet article dans son entièreté, je lui en serais gré : https://www.liberation.fr/culture/cinema/les-rayons-et-les-ombres-avec-jean-dujardin-en-collabo-un-biopic-affligeant-sur-des-vies-dordures-20260317_JTA2MAAXOZAB5L7II2IHV5IZ6U/

    • #140047 Répondre
      martin
      Invité

      Vous aviez aimé la minute de silence à l’Assemblée nationale en hommage à un néo-nazi ? Vous allez adorer les 195 minutes de bruit (et de musique) retraçant le destin de deux collabos, sur vos écrans ce mercredi. Des nouvelles supplémentaires d’un pays et d’un monde parallèles qui se rapprochent de jour en jour, l’écart semblant se resserrer pour nous aplatir progressivement.

      Non pas que le nouveau film de Xavier Giannoli avec Jean Dujardin fasse l’éloge sans réserve, attention, du fourvoiement de ses héros, c’est plus subtil, c’est moins grossier. Il ne fait pas non plus l’inverse, tant on est loin ici de cette vision pour lui trop manichéenne de l’histoire qui répond au nom d’antifascisme, et dont la boussole morale n’est donc plus qu’un lointain souvenir dans les couloirs des studios Gaumont, pourtant debout «depuis que le cinéma existe». Quel est le problème, nous dira-t-on, à raconter l’histoire vraie des traîtres, à faire le biopic bien documenté, bien reconstitué, de bonne facture, des salauds ? N’est-ce pas faire œuvre de pédagogue, d’historien, que de montrer une trajectoire ennemie, si c’est pour la comprendre et nous garder de l’emprunter, au présent ou à l’avenir ? Encore faut-il trouver comment l’écrire, voire comment la filmer. Par quelque bout qu’on prenne les Rayons et les Ombres – et il grouille de directions contradictoires, intenables ensemble comme séparément, le confusionnisme glamour étant sa tactique esthétique principale –, on s’excuse, mais rien ne va.

      Equation contradictoire
      «La fiction, c’est plus fort qu’elle, rachète les personnages», écrivait Serge Daney en 1990 contre Uranus de Claude Berri, précédente tentative d’aborder la Collaboration par le prisme du cinéma commercial. Le film commence en 1948 : Corinne Luchaire, une jeune femme à l’air mal en point jouée par Nastya Golubeva (fille de la grande actrice disparue Katya Golubeva et du cinéaste Leos Carax, ce qui n’est pas sans résonance puisqu’elle tient ici un rôle de «fille de»), est suivie et reconnue dans la rue par deux hommes qui l’insultent et la frappent au square devant son enfant, sous les yeux d’une voisine scandalisée. On commence alors à apprendre, par sa voix off, son secret : elle est une ancienne actrice célèbre, condamnée pour collaboration avec l’occupant nazi, et la fille de Jean Luchaire, patron de presse fusillé pour la même raison en 1946. La double impression, insoluble, que suscite le contraste entre la violence de la séquence et l’explication de ses raisons, pose le ton général du film, son équation contradictoire. Au niveau des scènes prises une par une, il ne cherche qu’à créer de l’empathie pour le personnage, tout en la mettant en balance avec le jugement historique négatif à son encontre. Ce jugement négatif semble n’intervenir qu’au bout du compte, à un niveau d’abstraction ou de hors champ plus grand, extérieur aux situations elles-mêmes, comme dans la phrase «l’Histoire jugera».

      Ainsi, à la fin du film, après trois heures quinze de variantes de ce double jeu, au procès de Luchaire – père adoré auquel le film réserve le même traitement pénal-compassionnel qu’à sa fille (lui a collaboré par amitié avec un nazi et par pacifisme, ce lâche, elle par inconscience, cette écervelée – le film ne combattant que le sexisme des tondeurs de la Libération, jamais le sien propre), le réquisitoire implacable du procureur contre lui sera à la fois endossé et remis en perspective, ou en cause, par la citation autrement plus puissante du poème de Victor Hugo qui donne son titre au film, récitée sur la route de Sigmaringen en compagnie des pires ordures génocidaires que la France ait supportées. «Tout l’homme sur la terre a deux faces, le bien /Et le mal. Blâmer tout, c’est ne comprendre rien. /Les âmes des humains d’or et de plomb sont faites. […] Pour le siècle où l’on vit – comme on y souffre, hélas ! –/On est toujours injuste, et tout y paraît crime. /Notre époque insultée a son côté sublime.» Quiconque croyait vivre dans un monde où la relativisation de la collaboration avec le nazisme et la solution finale continuaient vaguement d’être une ligne rouge morale s’étrangle dans son fauteuil en se demandant s’il a bien entendu, bien compris, ou si c’est sa propre bêtise, son profond endoctrinement par l’héritage de la Résistance, qui le rendent imperméable à la fine casuistique s’étalant à l’écran. On s’excuse pour les anglicismes un peu radio Londres, mais on assiste à une masterclass de gaslighting historique.

      Fausse dénonciation
      Or cette inversion de toutes les valeurs a pour outils principaux le langage du mélodrame de base, celui des larmes qui montent et de la musique instrumentale déversée en grande quantité, avec une dernière heure carrément en survol des faits, montage musical accéléré peut-être censé imiter l’ivresse chronique de Jean ou la fièvre de Corinne luttant tous les deux contre la tuberculose («notre guerre à nous», dit-elle) et l’alcoolisme plutôt que contre l’occupant : des combats qui semblent en fin de compte se valoir dans un univers symbolique, d’ordinaire notoirement réac ou d’extrême droite, de la maladie contagieuse. De même, il faut le rappeler devant les énièmes scènes clichés où l’on se vautre dans le champagne (que seul Minnelli dans les Quatre Cavaliers de l’Apocalypse avait réussies en les coupant d’un vrai point de vue, le très gros plan sur les yeux de Glenn Ford et les surimpressions des horreurs de la guerre sur les mondanités vert-de-gris) : le problème avec la Gestapo, ce n’était pas les partouzes.

      En tout cas, le langage audiovisuel de la psychologie superficielle et tire-larmes, qui peut d’un instant (d’une époque) à l’autre se retourner comme une veste, servir à faire pleurer sur le sort des bourreaux quand on en eu assez de montrer celui des victimes, c’est peut-être avec lui qu’il faudrait rompre. D’autant que l’idiome est en plus particulièrement mal parlé par Xavier Giannoli. Qu’est-ce qui entrave notre auteur ? Quelque chose dans le point de vue, de l’ordre des motivations. L’auteur déclare au sujet de ses figures : «Nous étions à la fois fascinés, et nous avions envie d’avoir un regard punitif.» Ce mélange de fascination (pour la déchéance morale – comme quand père et fille rient de se voir couverts de sang à la Carrie, peut-être la meilleure scène, la plus claire) et de punition (le goût du châtiment par et pour le spectacle) est une double impasse de mise en scène, c’est elle qui fait des Rayons et des Ombres un mauvais film, certes à propos des mauvaises personnes, mais pas à cause d’elles. C’est en vain qu’il rejette sa faute (son ambiguïté) sur ses personnages, bien plus cohérents que lui en dépit de leur manque de consistance. On les défendrait presque contre leur biopic, c’est d’ailleurs ce qu’ont raison de faire les acteurs, Jean Dujardin et Nastya Golubeva, en étant tous les deux très bons malgré les circonstances, sobres de bout en bout à travers cette longue et fausse dénonciation complaisante des ivresses de l’Occupation.

      De quoi parle ce film ? «Le vrai pouvoir d’un journaliste, ce n’est pas ce qu’il écrit, mais ce qu’il n’écrit pas» : sa parfaite petite phrase, sa bonne petite formule, exprime aussi son vrai sujet, qui n’est autre, comme il était déjà celui d’Illusions perdues (2021, d’après Balzac), que sa haine des journalistes. Ainsi les seuls moments où Jean Luchaire se voit-il condamner sans doute possible par le film, c’est sur son éthique journalistique, dans les moments où les articles des Nouveaux Temps, le journal qu’il dirige et que l’ambassade du Reich finance, sont dictés par la corruption, inhérente à sa corporation, plutôt que par un collaborationnisme sincère qui serait plus acceptable. Du moins s’il n’était inspiré par le pacifisme, initialement de gauche socialiste, de Luchaire, position dont on n’aura pas trop de mal à deviner qui elle vise dans la politique française actuelle : plutôt la gauche anti-guerre que les héritiers historiques réels, si patriotes, d’Otto Abetz et ses confrères SS.

      Choix évitables et situés politiquement
      Même en dehors de ces adresses au présent si subtiles et si bien senties, le problème général du film, c’est bien son approche morale de toute la chose (une vision empruntée alternativement, et contradictoirement, soit pour condamner avec hauteur, soit pour en jouir en la transgressant, soit pour s’amuser à tergiverser) et non pas politique : viser le présent avec un film d’époque, ce serait considérer les choix et les errements des Luchaire comme des positionnements politiques, des décisions qu’il aurait été possible de ne pas prendre. C’est d’ailleurs ce que le procureur dit à la fin, mais trop tard, à rebours de tout le reste, quand ce dernier pointe l’insuffisance de la défense par l’évocation du Juif que tout bon collabo a sauvé – le film ayant lui-même enfoncé sans réserve cette porte un peu plus tôt, en ne parlant de la Shoah, ou presque, que pour montrer la seule famille juive que les Luchaire ont aidé à fuir. Décrire la vie du père et de la fille comme une tragédie, aux accents irrémédiables, et pas vraiment comme le résultat de choix évitables et situés politiquement, est le grand défaut des Rayons et les Ombres, et c’est un problème d’écriture. Dernier des nombreux tropes ici détournés ou pervertis, la conclusion sera celle de tous les films inspirés d’histoires vraies, avec cartons révélant le destin tragique de nos personnages pronazis après la fin du film. Celle de l’Armée des ombres de Melville (1969), l’anti-modèle de Giannoli, était mémorable, où on pleurait à l’inverse pour la mort de personnages de fiction, membres de la Résistance.

      «Il nous reste le cinéma», déclare juste avant cette fin Léonide Moguy, le sympathique cinéaste juif ukrainien revenu d’exil, à Corinne à qui il avait offert dix ans plus tôt son premier rôle à succès dans Prisons sans barreaux (1938), et qui lui propose de refaire un film ensemble, malgré tout ce qui précède. On est censé s’émouvoir, penser à Casablanca. Le fait, avéré, est beau en soi, mais la réplique sonne comme la formule contraire d’une éthique du cinéma. Elle trahit, pour couronner le tout, l’idée déterminante que la Seconde Guerre mondiale a changé le cinéma, c’est-à-dire que l’histoire change l’art, qu’elle l’emporte avec elle dans ses chutes, à sa perte, et qu’il est ensuite à reconstruire, à réinventer, et non pas à reprendre comme si de rien n’était, comme abri apolitique à tout le reste. Le cinéma n’est pas, en 1948 encore moins, l’art de la réconciliation, l’art d’accommoder les restes, sauf s’il est celui d’un monde parallèle, l’art officiel d’une uchronie fasciste (pardon, anti-antifasciste) à deux doigts de s’écraser sur nous. Un mauvais signe de plus.

      • #140050 Répondre
        Charles
        Invité

        J’insiste, ça serait bien qu’un numéro de Tout va bien soit consacré à ce gros machin – Les rayons et les ombres – qui est porté aux nues par la critique mainstream.
        Je trouve d’ailleurs assez curieux, voire suspicieux, que les Midis de culture n’aient pas chronique le film hier, serait-ce par peur que le film soit écorné? Son réalisateur étant l’invité de l’émission de la veille, j’ai comme l’impression qu’on a voulu préserver le film.

        • #140054 Répondre
          toni Erdmann
          Invité

          C’est en effet un « gros machin » dont il y aurait beaucoup à dire, à commencer par cette anomalie économique : dédier un budget aussi conséquent à un film entièrement centré sur des personnages moralement repoussants, un choix très éloigné des standards commerciaux.
          Je l’ai vu hier et, comme d’habitude, je renvoie à la critique de Critikat. Le film est tiraillé entre deux dynamiques contradictoires. D’un côté, une volonté salutaire de montrer la complexité de la condition collaborationniste, ce qui laisse parfois présager un film intelligent, qui ménage une place au spectateur pour arriver à ses propres conclusions. De l’autre, un didactisme un peu lourd : une voix-off qui déroule consciencieusement les passages obligés du cours sur la Seconde Guerre mondiale : drôle de guerre, débâcle, Pétain héros de Verdun, etc.
          Le film est aussi traversée par une idée un peu éculée : la déchéance morale s’accompagne nécessairement d’une débauche sexuelle et alcoolique. Or, la vraie raison de la présence de ces séquences c’est qu’on sent que Giannoli a besoin de scènes de partouze et de beuverie pour relancer le rythme, le film devant tenir son spectateur pendant 3 heures.
          Tout cela étant dit, je ne comprends pas grand chose à la critique de Chessel.

          • #140058 Répondre
            Charles
            Invité

            Chessel n’est pas le critique le plus clair de manière générale. J’ai l’impression qu’il ne sait pas par quel bout prendre le film et qu’il mélange beaucoup d’angles d’attaque.

            • #140064 Répondre
              François Bégaudeau
              Maître des clés

              on pensait plutot faire le Lucrecia Martel mi-avril, mais en effet pourquoi pas ce gros machin
              vais le suggérer à samir

              • #140087 Répondre
                Charles
                Invité

                Faites les deux.

              • #140101 Répondre
                Vitus
                Invité

                De Lucrecia Martel j’ai vu Zama qui m’as fait très bonne impression je me demande se que vaut le reste, par quoi poursuivre ?

                • #140102 Répondre
                  François Bégaudeau
                  Maître des clés

                  je n’ai pas une vision claire de son travail, j’en ai vu trois ou quatre, sans suivi
                  ce serait l’occasion

              • #140107 Répondre
                Vitus
                Invité

                je me demande si le Magellan de L.Diaz a été mentionné ici? Je suis plutôt ami de son cinéma, mais dans sa forme plus radical, celles qui place le documentaire en sa base, partir du drame réel d’une île au Phillipine, puis planté quelques éléments de fiction, je trouve cette entreprise tout a fait génial sur le Magellan qui à bien sur d’autres chose a faire je trouve que ça pêche

                • #140122 Répondre
                  K. comme mon Code
                  Invité

                  Je sais plus si j’en ai parlé dans cette page ou la précédente, mais j’ai trouvé ce film globalement raté. Il m’en reste quelque images (je pense surtout à Magellan dans sa cabine enlaçant sa poupée de Jésus et les séquences de rituel) mais je l’ai trouvé globalement dénué de vie. Une forme de théâtralité évidée, d’artificialité revendiquée. On est loin du documentaire. Les vingt dernières minutes sont probablement les meilleures. Je n’ai vu que Norte, the end of history à part Magellan et, si je ne le savais pas, je pourrais avoir du mal à croire que le même cinéaste a fait ces deux films.

                  • #140311 Répondre
                    Vitus
                    Invité

                    Absolument d’accord, je rajouterai cette dimension picturale semble parfois venir avant le film lui-même, là ou il se tenait à sa réflexion « pas de couleur pour ne pas que le spectateur soit pas déconcentré par la beauté », ici il trahit son éthique, j’ai cette sensation qui se regarde faire des « beaux plans ». Et puis tout ça altère notre accès à la matière.

          • #140459 Répondre
            Mathieu
            Invité

            La critique est assez claire pourtant. S’il ne fallait retenir qu’une phrase pour moi, ce serait: « Décrire la vie du père et de la fille comme une tragédie, aux accents irrémédiables, et pas vraiment comme le résultat de choix évitables et situés politiquement, est le grand défaut des Rayons et les Ombres, et c’est un problème d’écriture ».
            Toni tu dis que le film est centré sur des « personnages moralement repoussants », justement non. Au début j’ai d’ailleurs un peu pensé à la thèse de Chapoutot dans Les Irresponsables. Des centristes bon teints pacifistes qui s’aveuglent sur le danger réel du nazisme. OK pourquoi pas. Mais au bout d’un moment, l’aveuglement a bon dos. Je force un peu le trait mais disons que si j’ai commencé en pensant à Chapoutot, j’ai fini en pensant à Zemmour: « Pétain, la collaboration, a sauvé des juifs. » C’est littéralement ce que fait le film, qui passe son temps à relativiser et à déresponsabiliser son personnage, pris dans un engrenage, dans un fatum de la collaboration dont il ne pourrait sortir. Certes l’avocat général relativisera ce relativisme précisément, mais tout de même: pendant tout le film, on a l’impression qu’on a affaire à un nazi modéré, à un collabo vertueux. La scène avec Céline est incroyable de ce point de vue. A une réception, Céline dit les pires trucs antisémites devant un tableau d’Hitler et c’est le nazi qui vient tempérer ses ardeurs. « Notre ami Louis Ferdinand est un peu excessif. » On rêve. Et à la fin, les mecs qui figurent les résistants sont des crapules sadiques et potentiellement violeurs, pires que tous les nazis et les collabos vus pendant 3h.

      • #140086 Répondre
        l’orléanais
        Invité

        Merci beaucoup Martin

    • #140108 Répondre
      Vitus
      Invité

      Où trouve t’on le programme des films de ton ciné-club??

      • #140128 Répondre
        Ostros
        Invité

        Ici – 3 films au programme jusqu’à la fin de l’année scolaire, dont un film surprise qui n’est pas film surprise de Trueba :

        Programmation

    • #140111 Répondre
      Tony
      Invité

      Un chef d’oeuvre ou pas?on est déjà ébloui par la BA

      • #140126 Répondre
        Ostros
        Invité

        Une multitude d’émotions m’ont traversée

      • #140133 Répondre
        Claire N
        Invité

        On parlait de performatif dans la semaine
        Merci Tony-

        • #140134 Répondre
          Tony
          Invité

          Tu ne crois pas si bien dire,quand il aura pris l’Elysée son film sera projeté dans tous les lieux publics et on se prosternera.

          • #140145 Répondre
            Claire N
            Invité

            Il aura mon vote – comment en veux tu autrement

      • #140293 Répondre
        Malice
        Invité

        Electrix six dans la ba par contre c’est un peu cool

    • #140161 Répondre
      I.G.Y
      Invité

      Vu passer cet entretien Serra / Herzog, pas encore écouté. Occasion de dire qu’il a été peu question du second ici, sauf erreur.

      • #140170 Répondre
        Schnoups
        Invité

        On en avait parlé sur feu l’ancien forum bégaudeau.
        On ne retrouvera jamais nos écrits légendaires IGY.

      • #140173 Répondre
        Malice
        Invité

        Je veux bien qu’on parle d’Herzog.
        Pour lancer aléatoirement la conversation voici le dernier que j’ai vu : « Reine du désert » avec Pattinson en Lawrence d’Arabie et Kidman en jeune femme bourgeoise qui part à l’aventure. Je suis un peu mitigée quant au traitement du personnage féminin devant lequel Herzog semble en admiration complète, ce qui est plutôt à son honneur mais me paraît éclipser la complexité.
        ( A part ça j’adore ses documentaires et ses fictions Fitzcarraldo, Nosferatu, Kaspar Hauser.)

        • #140327 Répondre
          I.G.Y
          Invité

          De mon côté j’en ai vu peu. J’admets avoir été assez épaté par Fitzcarraldo il y a deux-trois ans, qui contient des plans dont je me souviendrai toute ma vie (le long virage du bâteau en plan quasi fixe, au milieu des arbres, etc…). J’ai ensuite été un poil moins emballé par Aguirre, j’ai aussi vu Little Dieter Needs to Fly qui saisit bien les ambivalence de cet étrange monsieur qui veut jouer à la guerre). Je n’ai malheureusement pas vu Kaspar Hauser et les autres.

          Il m’a en tout cas l’air, dans cette interview, d’avoir davantage la tête sur les épaules que ce qu’une certaine mythification de sa personnalité laisserait croire (il en parle d’ailleurs à la fin). Amusant le dialogue avec Serra sur le nombre de caméras, je ne sais pas s’il réalise exactement (je pense que si) à quel point ce qu’il dit est antithétique à ce qu’a toujours dit Serra.

          • #140355 Répondre
            Schnoups
            Invité

            Il faut regarder ses documentaires.
            Dans ses fictions je n’ai aimé que Aguirre, que personnellement je trouve génial, son Nosferatu m’avait vraiment pas plu et Fitz pas tant que ça donc pendant longtemps pour moi Herzog c’était le réalisateur d’un seul film. A la fac les gens ne parlaient que de ses fictions, j’avais pas plus cherché. Et il y a 5 ans j’ai pu voir La Soufrière et Leçons de ténèbres et là j’ai cherché à voir tout ce que je trouvais de lui en documentaires, ça tombait bien ils en passaient plein sur Mubi, ça m’a permis de plonger dans les documentaires d’Herzog et ce fut une bien belle période.

            • #140363 Répondre
              Malice
              Invité

              @Schnoups j’ai vécu un peu ça aussi; la Soufrière est un de mes docus préférés. Ce moment où le sdf chante une chanson très douce dans la jungle en attendant que ça pète restera gravé.

          • #140356 Répondre
            Malice
            Invité

            Je vais écouter l’interview
            L’image que j’ai d’Herzog est celle d’un mec plutôt doux, acharné et curieux of everything comme dirait Mélanie Laurent
            C’est pourquoi il est si fort en docu. J’en sors toujours en ayant eu l’impression d’avoir vécu quelque chose d’intense, excitant, comme s’il me faisait partager son enthousiasme vis à vis des choses et situations – même les pires ( Grizzli man, et celui sur un condamné à mort notamment). Et le fait qu’il mêle la fiction et la captation du réel donne une richesse supplémentaire à ce qu’il filme. On est dans la réalité et au-delà.

            • #140359 Répondre
              Malice
              Invité

              J’ai oublié ‘ Rescue dawn » dans les fictions que j’aime : il a donné son meilleur rôle à Christian Bale, je ne l’ai jamais revu aussi énergique et souriant que dans celui-là.

            • #140402 Répondre
              Schnoups
              Invité

              Celui sur le condamné à mort, si tu parles bien de Into the Abyss, je conseille vraiment pas. à moins qu’IGY ait envie de voir le contre exemple de l’intérêt des docu à base d’images collectées sur le net, téléphones, caméras des flics et commissariats comme pour l’Affaire Watts.
              Je conseillerais plutôt Échos d’un sombre empire, Gasherbrum, How much wood…. ou Pays du silence et de l’obscurité.

              • #140424 Répondre
                Malice
                Invité

                Je ne comprends pas bien ce que tu veux dire par contre exemple de l’intérêt de l’affaire watts? La forme t’a paru manquer d’inventivité, trop consensuelle?

                • #140437 Répondre
                  Schnoups
                  Invité

                  Je trouve que c’est assez catastrophique dans le genre.
                  Il cherche à obtenir ce qu’il n’a pas et n’aura jamais et c’est pas joli à voir, toutes ces questions aux parents des victimes : « Vous vous souvenez quand vous avez appris sa mort ? ça vous a fait quoi ? », au père prisonnier qui retrouve son fils prisonnier à son tour « et quand vous avez été menotté dans le fourgon des flics avec votre fils c’était comment ?… » – l’autre répond qu’il n’a pas les mots, et on le comprend mais Herzog insiste « essayez de trouver les mots », vas-y chiale t’es filmé. Il obtient souvent ce qu’il veut, comment ne pas obtenir de larmes quand on va voir les parents des victimes à qui on demande et redemande de bien se souvenir de tous ces moments horribles où ils se sont vu sombrer ou se sont sentis bien humiliés. Au début du film on a quelques vidéos des flics mais il nous sort littéralement les violons, on en croit pas ses oreilles tellement c’est fou de faire ça. Et puis les questions à ce jeune Texan carrossier qu’on aimerait bien voir sur son lieu de travail au lieu de ce plan naze dans un parc, et on l’entend lui dire « maintenant vous êtes bien, vous travaillez, vous êtes rangé », bravo pour tes 10 heures de carrosserie par jour, alors qu’on voit très bien à la manière dont le gars en parle que c’est un boulot harassant, qu’il en peut plus.
                  Heureusement que j’ai pas vu ça quand j’ai mis le nez dans les docu d’Herzog sinon j’aurais pas regardé grand chose. C’est pour ça que je ne conseille pas du tout du tout.

                  • #140444 Répondre
                    Malice
                    Invité

                    Son  » essayez de trouver les mots » peut aussi vouloir dire qu’ Herzog veut entendre sa parole, comme il enregistre la paroles de tous dans le docu. Que pense cet homme de ce qu’il vit. Il me semble que c’est un geste humaniste de demander à un prisonnier d’exprimer ses sentiments, sentiments majoritairement ignorés dans son quotidien.
                    Le rapprochement est peut-être osé mais je retrouve la démarche de Rohmer dans une partie de « L’arbre le maire et la médiathèque », où la journaliste interroge un par un de vrais habitants du patelin.
                    Là on est dans un contexte tragique, d’où larmes, d’où souffrance filmée frontalement. Je ne pense pas qu’on puisse soupçonner chez Herzog un désir de faire pleurer dans le micro. Il ne le fait pas ailleurs, pourquoi le ferait-il ici?

                    • #140456 Répondre
                      Schnoups
                      Invité

                      « Je ne pense pas qu’on puisse soupçonner chez Herzog un désir de faire pleurer dans le micro. Il ne le fait pas ailleurs, pourquoi le ferait-il ici? »
                      Le fait est qu’ici il le fait, il pourrait bien ne pas l’avoir fait dans 99% de sa production que ça ne changerait rien à l’affaire.
                      Surtout, il l’a fait ailleurs, demander à des gens de raconter des moments extrêmes, sur la mort d’un ami ou d’un membre de la famille, il l’a déjà fait mais dans une moindre mesure quand c’est mauvais ou dans des contextes différents, ce qui change tout. Par exemple dans Grizzly Man, court entretien avec un ancien ami du héros qui raconte le jour où il a appris sa mort, il a entendu sa femme hurler chez lui, il raconte ça assez rapidement, il ravale ses larmes, regard au loin, concentration pour ne pas pleurer. Bon ben ça c’était à couper au montage, ça sert à rien. Cependant ce genre de trucs est réduit dans Grizzly man, dans Into the Abyss ça constitue 80% du film. Quand on suit l’autre ami du grizzly man, celui qui conduisait les petits avions pour le déposer dans ces terres reculées, c’est plus intéressant. Déjà le gars n’a pas ce regard larmoyant, même si évoquer la vue de la cage thoracique de son ami faisant le festin de l’ours est pas évidente à reprendre. C’est différent parce qu’il accepte cette mort, il sait que son pote voulait mourir comme ça, qu’il allait mourir comme ça. Mieux vaut l’accepter et le savoir d’ailleurs quand on est la personne qui lui permet d’atteindre ces territoires. C’est plutôt fort comme récit parce que c’est sauvage et dur ce qu’il a vu et en même temps on sent qu’il aime ce récit, et apprécie beaucoup moins la bêtise de la réponse, celle d’être allé tuer cet ours pour en sortir les membres de son ami. Il n’aurait pas aimé ça, il ne l’aurait pas voulu nous dit-il.
                      Dans Into the Abyss Herzog va jusqu’à demander au frère d’une victime de prendre la photo de son frère décédé entre les mains et donc ce sont les larmes, les larmes, les larmes. Et Herzog qui lui dit, le tatouage des larmes sous ton œil c’est pour ça alors?
                      C’est une caricature de tout ce qu’il ne faut pas faire, exemplairement à prendre comme réflexion sur une forme d’éthique du documentaire.
                      Et la forme de l’entretien ne lui réussit pas, c’est omniprésent dans Into the Abyss, or j’ai quand même l’impression que Herzog, moins on l’entend, mieux c’est.

                      • #140458 Répondre
                        Malice
                        Invité

                        Faudrait que je revoie Into the abyss mais dans mon souvenir il y avait aussi des moments lumineux : le sourire du jeune condamné, l’histoire d’amour entre le prisonnier et la jeune femme à la fin
                        Le docu me paraissait faire contraster le chagrin extrême, la tragédie et une forme d’espérance, est ce que ça explique toutes les larmes filmées, peut-être

                      • #140461 Répondre
                        Schnoups
                        Invité

                        Oui, tu devrais le revoir. Je te remercie d’en avoir parlé parce que j’ai regardé Into the Abyss hier soir (une heure, j’ai pas tenu plus, je terminerai) et je me suis dit que c’est décidément une personnalité passionnante le Herzog. Voir à quel point il peut faire du docu génial et puis du vraiment raté. Je sais pas si t’as vu Bad Lieutenant, c’est assez dégueulasse, j’ai pas vraiment d’autre mot. J’avais vu ça après avoir enchaîné plusieurs chef d’œuvre et ça m’a marquée. Il est vraiment travaillé dans ses profondeurs le Herzog, m’étonne pas qu’il aime les volcans. Pas étonnant ce rapport à Kinski également.

                      • #140462 Répondre
                        Malice
                        Invité

                        Mais oui, j’ai vu la bande annonce de Bad lieutenant et je me suis dit C’est quoi ce bordel??

                      • #140463 Répondre
                        Charles
                        Invité

                        Le bad lieutenant de Herzog est dans mes souvenirs savoureux, avec un Nicholas Cage très drôle. Je préfère nettement cette version à celle doloriste et ampoulée de Ferrara (où Keitel passe son temps à geindre).

                      • #140464 Répondre
                        Charles
                        Invité

                        Et j’aime bien Into the abyss parce qu’il est d’un mauvais goût total.

                      • #140466 Répondre
                        Schnoups
                        Invité

                        Surprenant.
                        Un Nicolas Cage drôle dans Bad Lieutenant. Moi quand j’ai vu ça je me suis dit qu’il aurait pu faire une belle phase 2 de carrière dans l’érotico porno.

                        Pour Into the Abyss, reste les gueules des Texans, le jeune tueur qui a pris la perpétuité est le plus intéressant d’ailleurs, parce que celui qui résiste le plus (dans la première heure en tout cas) aux sirènes larmoyantes ou moralisatrices d’Herzog. Mais ça donne plus de frustrations qu’autre chose.

                      • #140507 Répondre
                        Malice
                        Invité

                        Question esthetico-philosophique : est-ce que c’est Werner Herzog qui a mauvais goût ou la vie/société?
                        Je suis en train de revoir Into the abyss et il me semble que le mauvais goût aurait été de mettre du piano sur les paroles du père qui a sauvé son fils de la condamnation à mort. Toujours pas convaincue que Werner fait la morale et le tire-larmes, ou alors dans le sens noble : il veut que nous pleurions avec ces personnes. Je trouve normal que la description de leurs malheurs les fasse pleurer, et normal d’avoir du chagrin avec eux.
                        C’est du docu militant en plus non? Je crois que ITA fait partie d’une série qui proteste contre la peine de mort?

                      • #140515 Répondre
                        Charles
                        Invité

                        Par mauvais goût je ne designais pas la mise en scène mais bien Herzog himself dans le docu avec ses questions très lourdes, très frontales, parfois roublardes, mais qui ne se cachent pas de l’être et c’est ce qui me le rend sympathique.

                      • #140521 Répondre
                        Malice
                        Invité

                        @charles je retiens le mot  » frontal »

                      • #140545 Répondre
                        Samuel_Belkekett
                        Invité

                        @charles
                        Bref, tous ceux qui t’apparaissent comme plus bête que toi appelle ta sympathie. Surtout s’ils ont la renommée d’un Herzog.

                      • #140465 Répondre
                        Charles
                        Invité

                        Nicolas*

                      • #140512 Répondre
                        Alexandre
                        Invité

                        Pas loin d’être de ton avis.

                      • #140513 Répondre
                        Alexandre
                        Invité

                        L’avis de Charles sur le Bad de Herzog

                      • #140517 Répondre
                        Charles
                        Invité

                        Évidemment et la jubilation de Cage à jouer ce flic immoral est communicative. Son dernier bon rôle.

                      • #140530 Répondre
                        Schnoups
                        Invité

                        Eh ben, si après tout ça IGY ne se jette pas sur la filmo d’Herzog, je sais pas ce qu’il lui faut. Que demande le peuple.

                      • #140539 Répondre
                        I.G.Y.
                        Invité

                        Le peuple demande des journées de 48h. Le peuple voudrait bien revoir coup sur coup Fitz et Aguirre pour rejuger — il a néanmoins un très bon souvenir du début d’Aguirre, sur la musique de Popol Vuh, où ces humains minuscules ruissèlent à flanc de falaise. Le peuple voudrait voir tout Herzog, oui, voudrait Herzog au TVB, Herzog au cinéclub, Herzog par-ci Herzog par-là. Mais le gouvernement sourd, déconnecté du pays réel, programme le 10 avril un Rohmer — dont l’unique but démagogique est, chacun le sait, de faire plaisir à Malice.

                      • #140558 Répondre
                        Schnoups
                        Invité

                        Toute sa filmographie c’est dangereux.
                        La vie est courte quand même hein.

                      • #140578 Répondre
                        Malice
                        Invité

                        ça me fait bien plaisir d’apprendre que j’ai une telle influence car cela veut dire que la prochaine saison du ciné club programmera Breillat Naruse et Park mon ami

                        D’accord avec toi sur le superbe plan de descente dans la jungle d’Aguirre; et si tu as besoin de te laver les yeux du dernier Nosferatu, vois celui d’Herzog. Il fut un temps où je croyais que le Dracula de Coppola était le meilleur film de vampire mais je ne connaissais rien à la vie.

                      • #140620 Répondre
                        I.G.Y
                        Invité

                        Je suis pourtant incapable de mauvaise foi.

                        Quant à Nosferatu, je n’ai pas vu le Besson et il faut croire que c’est une bonne nouvelle. J’ai vu le Dracula de Murnau (formidable) et celui de Coppola (sauvé par son hypertrophie baroque, mais dans lequel je n’ai en effet pas trouvé grand chose à me mettre sous la dent quand je l’ai revu, surtout pas les dialogues; beaucoup moins bien que dans mon souvenir, idem)

                      • #140629 Répondre
                        Malice
                        Invité

                        J’avais zappé que Besson en avait réalisé un; je parlais de celui où la fille de Johnny Depp joue la fiancée du vampire ( jouée par un des Skarsgaard mais en fait entièrement numérique avec un voix d’outre tombe saoulante)
                        Le Coppola, à la revoyure, a été parfois insupportable, principalement à cause du jeu de Oldman et de Winona Ryder. Beaucoup de gens s’en plaignent mais je préfère encore le jeu quasiment neutre de Keanu Reeves. Tout ce qui concerne Harker au début fonctionne plutôt pour moi.
                        Autre chose : chez Herzog j’ai vraiment peur du vampire. Gary Oldman aura beau rouler des yeux et se couvrir de quinze tonnes de ripolin, rien n’est plus efficace que la trogne de Kinski!

          • #140364 Répondre
            Malice
            Invité

            @Igy à propos de la caméra unique et du peu de prises, ça me rappelle Rohmer qui je crois en faisait très peu.

            • #140538 Répondre
              adamou
              Invité

              il n’en faisait même qu’une ! (d’après le livre « au travail avec Eric Rohmer »)

              • #140611 Répondre
                Malice
                Invité

                Oui je me souviens que dans « Le genou de Claire » Dombasle se reprend durant un monologue ( elle a oublié une phrase ou pas dit la bonne ligne); Rohmer a gardé la prise pour conserver le moment de « vrai » de son erreur

                • #140630 Répondre
                  Alexandre
                  Invité

                  Oui mais c’est pas Dombasle (j’allais écrire Dombass) dans Le Genou de Claire, mais Aurora Cornu.

                  • #140633 Répondre
                    Malice
                    Invité

                    Oui pardon c’était dans Pauline a la playa

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