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Accueil Forums Forum général Avis littéraires

Vous lisez 143 fils de discussion
  • Auteur
    Messages
    • #868 Répondre
      Marée Basse
      Invité

      Bonjour,

      La gêne occasionnée, concentrée sur le cinéma (les gênes littéraires se faisant encore rares), ne permet pas d’obtenir quelques mots, quelques réflexions, sur certains auteurs.
      Or, en tant que grand fana des avis de François, je suis terriblement intrigué par les pensées qu’il pourrait avoir de certains auteurs classiques, ou contemporains.
      Alors voilà, je laisse ici une petite liste de noms, espérant attirer la voix divine, et entrevoyant avec joie les quelques autres avis qui pourraient découler de cette kyrielle toute relative :

      Charles-Ferdinand Ramuz
      Robert Walser
      René Daumal
      Georges Hyvernaud
      André Suarès
      Witold Gombrowicz
      Kobayashi Takiji
      Marien Defalvard

      Par ailleurs, un nom qui -contrairement aux autres- est loin de mon cœur, mais dont la perplexité ressentie à chaque lecture m’amène à vouloir (surement en vain) comprendre cette petite renommée stylistique qui lui tourne autour : Marc-Edouard Nabe. As-tu déjà écrit sur lui (dans Transfuge ou ailleurs), et si non : qu’en penses-tu ? Ma perplexité est-elle le fruit d’une malformation sensitive ?

    • #870 Répondre
      François Bégaudeau
      Maître des clés

      D’abord une nouvelle qui te plaira : une gene littéraire arrive samedi. Sur Le vingtième siècle, d’Aurélien Bellanger.
      Sur les auteurs que tu listes je vais être simple :
      Charles-Ferdinand Ramuz : jamais lu
      Robert Walser : tout lu ; un ami (la douceur absolue ; la grande sagesse, comme il y aune grande santé)
      René Daumal : jamais lu
      Georges Hyvernaud : jamais lu
      André Suarès : jamais lu
      Witold Gombrowicz : tout lu, un très grand ami (la vie la vie la vie)
      Kobayashi Takiji : jamais lu
      Marien Defalvard : mais lu

      Nabe je l’ai peu lu, mais sa vaine pamphlétaire, sa surécriture boursouflée me gonflent. Je me souviens d’un dialogue entre lui et Dustan sur une chaine du cable il y a vingt ans : m’apparaissait alors très nettement que stylistiquement j’étais vraiment du coté de Dustan. Ca s’inscrivait dans les corps.

    • #885 Répondre
      HG
      Invité

      Bonjour, je me permets de soumettre à François ma propre petite liste. Les a-t-il lu, et si oui, qu’est-ce qu’il en a pensé ?

      -Kundera
      -Hermann Hesse
      -Drieu
      -Aragon
      -Zweig
      -La Conjuration des imbéciles, de J. K. Toole
      -Svetlana Alexievitch

      • #886 Répondre
        François Bégaudeau
        Maître des clés

        vous voulez vraiment que mon inculture éclate au grand jour

        -Kundera : lu ses romans principaux. trop philosophe pour moi, mais je lui reconnais une certaine finesse
        -Hermann Hesse : un peu démonstratif aussi pour moi.
        -Drieu : lu Gilles, que je crois surestimé, et Le feu follet, trop bavard (mais que je citais dans Notre joie comme parfaitement démonstration du nouage entre fascisme et désarroi sexuel)
        -Aragon : j’ai du mal avec sa poésie, suis très fan du Paysan de Paris, et j’aimerais relire un ou deux romans. En tout cas je le tiens pour un immense existant depuis que j’ai lu la bio de Forest.
        -Zweig : je le trouve un peu surestimé aussi. On me recommande ses biographies, je m’y mettrai bientot.
        -La Conjuration des imbéciles, de J. K. Toole : pas lu
        -Svetlana Alexievitch : pas lu

        • #898 Répondre
          HG
          Invité

          Oui, les biographies sont vraiment ce qu’il y a de plus marquant dans l’oeuvre de Zweig, celle sur Fouché notamment est magnifique

          Je te conseille vraiment de lire La Conjuration, le roman le plus drôle qui m’ait été donné de lire

          • #904 Répondre
            Malice
            Invité

            J’ai un très bon souvenir de « La pitié dangereuse » et « La confusion des sentiments » ( romans sur l’asymétrie des désirs/sentiments provoquant des situations à la fois inconfortables et chargées de tension sexuelle)

          • #975 Répondre
            François Bégaudeau
            Maître des clés

            J’ai trouvé La conjuration dans le sac d’une vieille que j’ai arraché. Je le lis bientôt.

            • #976 Répondre
              Zyrma
              Invité

              tu lui as rendu le sac non ?

    • #900 Répondre
      François Bégaudeau
      Maître des clés

      ok ce sera fait

    • #907 Répondre
      SoR
      Invité

      Bonjour,
      Je vois Zweig et ça me donne envie de réagir, je crois que le meilleur de ce que j’ai retenu de lui c’est moins ses bio que « Le Monde d’hier » qui m’a vraiment marqué. Sinon j’ai toujours le « Fouché » la bio qui me donne le plus envie car le personnage est bien complexe, mais toi HG qui le connait sans doute mieux peux-tu me dire si je peux en rester là ou m’attendre à lire aussi la bio d’un historien si je veux atteindre au vrai, car c’est toujours un petit peu frustrant avec Zweig, il est tellement attaché à l’analyse psychologique et convaincant dans son analyse que j’ai à chaque fois un peu envie de le confronter avec la bio d’un historien récent pour être sûre qu’il offre les mêmes infos, la même vision (ça m’a fait le coup avec son « Erasme » que j’ai bien aimé d’ailleurs mais pas pu approfondir).

      • #925 Répondre
        HG
        Invité

        Je te conseillerais de commencer par la bio de Zweig, elle me semble assez documentée pour avoir un aperçu assez fidèle du personnage, on sent que l’auteur a bien étudié son sujet, après rien ne remplacera une bio d’historien si tu veux approfondir sur Fouché, celle de Waresquiel est très réussie apparemment https://www.tallandier.com/livre/fouche-poche-texto/

        • #928 Répondre
          SoR
          Invité

          HG, merci beaucoup pour ta réponse je commencerai par Zweig alors, l’autre (celui par Waresquiel) je l’ai aussi car le personnage et la période me passionnent (surtout par rapport aux massacres de Lyon, j’aimerais savoir ce qui a motivé cet acharnement : peur de ne pas faire assez de zèle ou véritable fanatisme, hâte de savoir comment Zweig le présente).

    • #970 Répondre
      Cyril
      Invité

      Je tente ma liste de classiques. Je connais déjà assez bien tes goûts puisque je suis allé glané ici et là tes auteurs favoris. Ça n’a pas été une perte de temps parce que j’ai découvert Gombrowicz que je vénère.

      Baudelaire (tu disais quelque part préférer Rimbaud, tu lui reproches aussi d’employer trop d’adjectifs, lui trouves-tu des qualités ?)
      Hugo (je ne t’ai jamais vu le mentionner)
      Tolstoï
      On sait pour Faulkner, et Steinbeck ?
      Stendhal
      Zola
      Rousseau
      Crébillon fils
      Sade
      Des antiques ?

    • #974 Répondre
      François Bégaudeau
      Maître des clés

      Baudelaire : j’ai du mal avec les adjectifs des Fleurs du mal, mais j’aime touts son oeuvre en « prose ».
      Hugo : Sa poésie, bof. Mais L’homme qui rit et Notre dame de Paris ont été de grands bonheurs de lecture.
      Tolstoï : on en a souvent parlé ici : grosse lacune inexplicable.
      Steinbeck : connais mal. Je faisais des Souris et des hommes avec mes élèves, non sans plaisir.
      Stendhal : pas lu depuis longtemps, mais j’aime bien comment ça gambade.
      Zola : pas si grand ni si nul qu’on le dit. Illuminé. Mais lourd.
      Rousseau : si le mot génie a un sens c’est là. Dans tous les domaines.
      Crébillon fils : Ma cruauté lui emprunte le présent de narration (mais c’est du sous-Diderot)
      Sade : grand existant ; lectures parfois indigestes.
      Des antiques ? : Démocrite, Héraclite, les tragédiens, Aristophane. Ma culture se limite à ça.

    • #1006 Répondre
      Gebege
      Invité

      Quid de Gracq ?

    • #1117 Répondre
      I.G.Y.
      Invité

      Bonjour François et bonjour à tous
      Première question pour moi ici (je me retiendrai de les poser toutes, comme dit rue Myrrha, sans quoi la sortie de l’auberge s’éloignerait d’autant).

      La notion de puissance est ton amie. Celle d’anarchie, je crois, l’est aussi. Ta passion pour le problème de la langue et du langage (littérairement, politiquement, philosophiquement), pour celui de l’œuvre d’art, tout ça est évident. Une question m’est donc venue plusieurs fois ces dernières années : quid de Giorgio Agamben? Pour l’avoir souvent lu et beaucoup écouté, la proximité de vos préoccupations respectives m’a frappée, tout comme le fait qu’il est un écrivain brillant (quoiqu’un peu imbuvable dans ses périodes trop heideggeriennes). Malgré cela, je ne suis pas certain d’avoir entendu son nom plus d’une fois (ou même une seule fois?) dans tes interventions!
      « Création et anarchie », certains textes de « La puissance de la pensée », d’autres passages de « La Communauté qui vient », d' »Enfance et Histoire » ou de « Karman » : il y a là beaucoup de textes formidables, virtuoses, mais surtout féconds. Trop intellectualiste, sans aucun doute (on peut dire qu’il « plane »), mais il y a beaucoup à prendre.
      Est-ce par manque de temps (lire tous les écrits du monde est un peu long, je reconnais)? Est-ce son biais intellectualiste qui t’a fatigué? Son absence d’intérêt pour le FC Nantes?
      Merci

      • #1128 Répondre
        François Bégaudeau
        Maître des clés

        Je l’ai très peu lu, et tu as à peu près tout dit. Trop conceptuel pour moi. Trop perché. Trop d’emphase. Dans une prose pareille se perd ce que j’attends d’une prose : qu’il y ait de la vie dedans. Qu’il y ait donc aussi un peu d’humour, et il me semble que le bonhomme en manque singulièrement. On dira : vu l’état du monde, pas d’humour qui tienne ; et moi bien sûr je dis : au contraire.
        Je dois aussi redire que je lis très peu de textes théoriques. Ma joie de lire est ailleurs.
        Et c’est vrai que son indifférence au FC nantes n’arrange pas son cas. Manquerait plus qu’il aime Eddy de Pretto.

        • #1134 Répondre
          I.G.Y.
          Invité

          Très vrai concernant l’humour (à l’oral il en a vaguement). D’accord aussi sur le fait que c’est vital (au sens propre du terme). Je ressens tout de même une certaine joie (voire une joie certaine) à la lecture de plusieurs textes : malgré l’aspect très « philosophie pure », il se dégage une légèreté et une poésie de nombre d’entre eux que je trouve ravissante. Ses textes sur l’état du monde sont en revanche désespérants, il faut l’avouer.
          C’est noté! (Pour Eddy De Preto : sûrement son genre. C’est une question à lui poser avant qu’il ne se suicide…)

          • #1170 Répondre
            François Bégaudeau
            Maître des clés

            je précise que l’humour n’est pas contradictoire avec le désespoir, il parait même que l’un marche avec l’autre
            On peut faire un constat désespéré sur l’état du monde avec humour.

            • #1309 Répondre
              I.G.Y.
              Invité

              Et politiquement, l’humour, ça n’est pas de la blague! La montée en puissance de courants droitiers (voire fascisants) ne serait-elle pas assez bien aidée par la renaissance d’un « humour de droite »? Ou par l’affaiblissement d’un certain « humour critique de gauche »? (Il n’y a même plus les Guignols de la belle époque, dont on sait à quel point ils étaient biberonnés au Diplo etc…).
              Il me frappe de voir à quel point l’humour droitier peut devenir le « nouveau cool » : les Papacito &co font des cartons sur youtube, etc… (il faut ici mettre « humour » avec des guillemets, je n’ai même pas tenté d’écouter ces gens. Analytiquement c’est un tort!). On pourrait en citer d’autres, moins « craignos », moins ultras, pas plus « de gauche ».
              J’ai ce sentiment, vague, mais bien là. Affects, politique, on connaît la suite

              • #1312 Répondre
                Leo Landru
                Invité

                L’humour français droitier a toujours plus ou moins eu la cote, plutôt plus que moins. Les humoristes dits de gauche se trouvent être des exceptions dans la culture populaire, liés à une époque où finalement être « de gauche » n’était pas une valeur subversive (les années 80 / 90). On trouvera d’ailleurs quantité d’exemples d’humour populaire bien à droite / apolitique (pareil) durant ces deux décennies – Le Luron, Desproges, Bigard, Collaro, Bouvard, Amadou, Roucas, Leeb, les Inconnus, Patrick Sébastien qui fût humoriste en son temps, Dany Boon, Rires et Chansons, La Classe… Hormis Guy Bedos ou Djamel Debbouze dont les engagements ne vont pas plus loin que le centre gauche – et c’est déjà notable – il faut effectivement aller chez Gaccio et Canal, et Charlie Hebdo quand Val n’avait pas encore « pris son risque » en foutant à la porte Siné avec l’aide de Cabu, ainsi que chez les héritiers de l’ère Hara Kiri (Groland, Zoo, Fluide, Psikopat) et une nouvelle question se posait : la caricature ne servait-elle pas un peu les intérêts des dominants (exemple avec le sympathique Chirac supermenteur, exemple avec Sarkozy défendant l’excès de caricatures).

                On notera avec humour que Dieudonné et Élie se revendiquaient de gauche durant ces années-là.

                Mais je suis bien d’accord avec toi sur l’utilité des Guignols dans l’éducation politique si c’est bien ton argument. Il manque aujourd’hui un regard caustique sur l’actualité qui se trouve remplacé par les hurlements de hooligans de Hanouna et ses amis (désolé mais c’est à chier) et les sarcasmes bourgeois de Quotidien.

                Je crois qu’en évoquant Papacito – par extension Marsault, Dieudonné et autres Gaspard Proust entré récemment chez Bolloré, tu amènes sur la table le pain moisi d’un humour que l’on peut considérer réac, xénophobe, antisémite, homophobe, mascu ou tout simplement con. Je doute que Dieudonné ou G. Proust soient des cons, plutôt des hommes d’affaires avisés. Je crois plutôt que le débat se porte sur deux questions : sont-ils drôles ? C’est quand même le minimum demandé. Sont-ils dangereux ?

                À la première question, ça dépend du seuil de discernement de chacun. Il m’est désagréable de dire que Dieudonné est fin et que ses saillies sont parfois amusantes, car il est fin et parfois amusant. Pourtant je ne ris pas. Une sorte de blocage pathologique me gêne. Un raciste qui fait une blague raciste ne fait pas vraiment une blague mais de la propagande. Ce qui amène au point deux : sont-ils dangereux ? Si on se considère antifasciste et qu’on ne voit dans la blague raciste que la diffusion d’un racisme et non une blague, on voit un danger et on peut participer en toute bonne conscience à ce que les défenseurs de la liberté d’expression nomment avec mépris le wokisme et la cancel culture. Personnellement j’en ai rien à foutre que Tex se fasse virer de France Télévisions pour des blagues misogynes entendues deux mille fois. Je ne suis pas contre un trigger warning connerie pour les émissions de télé qui balancent en les nuançant de dix mille façons les mêmes vannes ringardes de beaufs méchants année après année – les blagues sur les gays, les blagues sur les femmes, les blagues sur les Roms car les Roms sont toujours hilarants c’est bien connu.

                De même, le fasciste entend un danger en écoutant des blagues d’humoristes se revendiquant de gauche – lire les menaces balancées à un Guillaume Meurice pourtant pas bien dérangeant, ou à Djamel Debbouze trente ans après le début de sa carrière – n’entendant pas les blagues mais que la gauche. C’est le problème du fasciste et pas le mien.

                Pour l’exemple Papacito, les vues ne sont à mon avis pas dues à son humour mais davantage à son agressivité – comme Marsault, pour qui un gag se résume à dessiner un adversaire politique se prenant une claque ou une balle dans la tête. C’est peut-être ce public que François décrit dans Notre Joie.

                En conclusion et selon moi, l’humour n’est pas plus droitier qu’avant. En revanche, la circulation de n’importe quelle connerie raciste ou complotiste diffusée par quelqu’un qui a un minimum de talent se trouve facilitée aujourd’hui en comparaison d’avant – Canal mangé par Bolloré, YouTube par Soral.

                Mais il n’est pas vraiment question d’humour.

                • #1319 Répondre
                  François Bégaudeau
                  Maître des clés

                  D’accord sur une certaine « constante droitière » dans l’humour français
                  Un peu moins d’accord sur les blagues racistes ou autres. Pour moi toute blague drole est une grace. Si une blague drole est raciste, je retiens avant tout qu’elle est drole.
                  Pourquoi n’y a-t-il pas des comiques de gauche radicale en ce moment – à part peut etre Pierre-Emmanuel Barré, mais qui gagnerait à prendre des cours de MUSIQUE en regardant tout Dieudonné, roi de la voix.
                  Je vois une raison économique (quels médias les soutiendraient?) mais aussi une raison interne : la rigidité morale qui a gagné la gauche (à peu près en même temps que Charlie Hebdo devenait un journal prêcheur) Or l’humour ouvre les vannes de la morale ou bien il n’est pas.

                  • #1338 Répondre
                    Marcovid
                    Invité

                    Si, on a quand même Usul et Ostpolitik !

                  • #1357 Répondre
                    Cyril
                    Invité

                    En humour de gauche on a François Bégaudeau déjà. Et puis DAVA ! Tu les connais ?

                    • #1359 Répondre
                      François Bégaudeau
                      Maître des clés

                      non je ne connais pas
                      ça ressemble à quoi?

                    • #1366 Répondre
                      I.G.Y.
                      Invité

                      C’est amusant mais j’y pensais. Ces types (surtout Augustin, et de loin), sont les plus drôles que j’aie pu voir depuis des années. @François commence par « Bienvenue à la Casa », c’est court. Après le reste, c’est des longs métrages de pur dialogue absurde, dont certains sont extraordinaires. Chombo Loco et URDCUC, aussi l’interview pseudo-politique de fin dans Talis Qualis.
                      C’est vrai qu’il y a un côté « gauche désabusée » assez perceptible. J’ai le sentiment que le parcours politique du deuxième larron (Sacha) a plus été hors de la gauche, mais il m’a l’air d’avoir évolué.
                      Je ne ressens pas de malaise en écoutant leur humour complètement fou, c’est l’essentiel. Ils m’ont vraiment fait hurler de rire, et c’est rare.

                      • #1404 Répondre
                        Cyril
                        Invité

                        Oui pour moi aussi c’est les meilleurs du moment. Je les ai découvert grâce à vous sur l’ancien forum. On attend tes réactions François !

                    • #46156 Répondre
                      Olivier Mohsen
                      Invité

                      DAVA ils sont très drôles, mais je les aurais plutôt catalogué « humour de droite ».

                      • #46163 Répondre
                        françois bégaudeau
                        Invité

                        ah?

                      • #46213 Répondre
                        Olivier Mohsen
                        Invité

                        Sans doute leur côté « gauche désabusée » mentionné plus haut, comme s’ils renonçaient à être de gauche et se résignaient à être de droite, un peu comme Houellebecq.

                      • #74304 Répondre
                        Suzanne
                        Invité

                        Cher François (et cher Olivier), je rêve d’une gêne occasionnée sur Dava mais j’imagine que ce n’est pas exactement le genre? En tout cas ça m’intéresserait d’avoir ton avis sur la couleur politique de l’absurde. Est-ce que l’humour absurde de Dava suspend la pertinence politique, parle hors politique (pourquoi pas? je ne trouve pas qu’un propos qui suspend le politique est forcément de droite) ou bien est-ce un absurde de gauche? en tout cas je ne crois pas que ça puisse être considéré comme de droite. Ce sont des humoristes littéraires, c’est bien sympathique.

                      • #74307 Répondre
                        Suzanne
                        Invité

                        Je me permets d’ajouter une petite citation de Dava 9 leur dernier spectacle, qui ne peut pas venir d’un humour de droite: « Les extrêmes… enfin surtout l’extrême-gauche… » tout est dit non, dans cette ironie, de même que leur rolling joke préférée: « quant à Emmanuel Macron, on n’a pas peur de la censure, on va s’exprimer librement…. C’est un sans-faute ». Ou bien « Un petit café? Non merci je suis d’extrême droite » (dans Tybalt).

                  • #28911 Répondre
                    Sam
                    Invité

                    Benjamin Tranié, derrière la multiplicité des regards qu’il adopte, et de personnages, on sent qu’il est de gauche.
                    Et lui pour le coup il est GÉNIAL.
                    Sinon j’ai appris plus haut que les inconnus étaient de droite à l’époque, on a pas dû voir les mêmes sketches alors!
                    J’ai bien dit à l’époque, avec l’âge beaucoup passent tout à droite avant de passer l’arme à gauche.
                    Et oui Gaccio, les guignols, aujourd’hui le gorafi et pléthore de comptes Twitter et Instagram… Sont de gauche.
                    Pour moi l’humour n’est pas de gauche ou de droite, il épouse juste la vision du monde de son porte-parole quoi.
                    Et comme avec la propagande néolibérale à l’oeuvre depuis 40 ans(vive la crise dans Libé) a bien lavé le cerveau de beaucoup de français, les comiques français aussi étant français, CQFD.
                    Dieudonné avant d’être tricard car il critiquait dans un sketch, à la télévision, les colons israéliens je le rappelle. Antisionisme quoi. J’ai envie de dire que foutu pour foutu il s’est autosabordé dans la provocation et les shohananas très dispensables. Reste qu’à la base il était d’une puissance comique exceptionnelle et beaucoup de ses spectacles restent pour beaucoup d’humoristes (c’est pas moi qui le dit, ce sont eux dans leur itws) des classiques. Dieudonné se foutait aussi bien des pygmées camerounais que de la terre entière, mais bref.
                    Ceci pour dire que Gaspard Proust n’est vraiment rien du tout comparé à Dieudonné, dusse-t-on s’arrêter à 2008 ou autre.
                    Proust est même malaisant de médiocrité pas drôle sur Europe 1 tous les matins. Soyons sérieux svp, si on veut parler d’humour !

                    • #28912 Répondre
                      Sam
                      Invité

                      Je dirais même plus quant à savoir le parti politique de l’humour. L’humour est une arme contre les dominants aussi, beaucoup. Les dominants étant très souvent de droite. Ça fait des comiques de droite des chiens de garde de luxe, et dangereux, car homme qui rit, plus ne réfléchit. ☝🏽

                      • #28914 Répondre
                        françois bégaudeau
                        Invité

                        Les inconnus, tant qu’à les situer politiquement, ce qui n’est pas indispensable, étaient bien de droite dès leur avènement, dans les années 83-90. A l’époque un 7/7, émission pipolitique phare avait révélé ce qui dans les sketchs ne faisait que sourdre, à savoir leur poujadisme – politiques tous pourris; on paye trop d’impots, les syndicats nous prennent en otage.
                        Autant de choses vécues comme iconoclastes par les premiers intéressés. Et de fait il y a une contestation de droite (qui tient surtout de la mauvaise humeur, certes). Donc un humour de droite est possible.

                        Dieudonné, s’il put à ses débuts etre étiqueté de gauche, a clairement glissé à droite par la suite. Et pas seulement en tant qu’antisémite. Aujourd’hui sa nouvelle spécialité est de revenir sempiternellement sur les transgenres, sur nos enfants à qui on impose la propagande LGBT, sur le mariage gay qui participe de la décadence de l’occident. C’est bien triste venant du plus grand comique français de tous les temps.
                        Tranié est assurément de gauche, et souvent drole, mais je trouve son humour trop écrit. La drolerie se noie dans le texte
                        Le plus fort actuellement, on le redit, c’est Lompret.

                      • #28921 Répondre
                        Seldoon
                        Invité

                        J’ai écouté un long entretien récent de Dieudonné pendant les fêtes. Il s’y épanchait justement sur la question de la propagande LGBT qu’on fait subir à nos enfants à l’école, d’ailleurs au Cameroun « qui va peut être trop loin » l’homosexualité est interdite, etc. Le tout avec une voix très calme de vieux sage nuancé parfaitement insupportable.

                      • #28932 Répondre
                        Sam
                        Invité

                        Salut François!
                        Merci de l’éclaircissement sur les inconnus. A dire vrai je suis né en 82, donc quand les inconnus étaient à leur prime, je n’avais pas forcément l’oeil ou l’oreille pour bien les situer!! Aymeric Lompret je suis d accord il est excellent. 🙂
                        Tranié trop écrit, je ne sais pas, c est ce que j’aurais dit dun Desproges très clairement. Tranié on arrive quand même à rire sans avoir à réfléchir en général. Mais c est vrai qu il a une plume acérée et travaillée, peut-être que son meilleur exercice sont alors ses chroniques judiciaires parodiques? Tranié Raconte : https://www.youtube.com/watch?v=Lfdg_Fco3vs&list=PLE8LFCrmXqKRXuVTv6I_yavXFMfPv9oU8&index=31
                        Je nai pas suivi Dieudonné depuis pas mal d années, c’est triste mais à peine étonnant. RIP Dieudo. T.T

                      • #28933 Répondre
                        Sam
                        Invité

                        D’ailleurs François, je me suis permis de citer un de vos haut faits sur Twitter, la fois où vous avez fait ragequit Enthoven, l’idéologue de la droite, dans un entretien 😁🔥👍🏽, je trouve ça très fort, car Enthoven c’est un sophiste parmi les sophistes, d’ailleurs j’adorais son émission les chemins de la philosophie sur France Culture. Et plutôt flegmatique il me semble : https://x.com/ShowtimeHOUNKPE/status/1743997716470829095?s=20

                      • #28934 Répondre
                        Jeanne
                        Invité

                        Je me mets ici car je ne veux pas invisibiliser Sam qui a posté tôt ce matin.
                        Je m’apprête à acheter le Sorman. A lire aussi, je crois: Fantastique histoire d’amour, de Sophie Divry. Paru au Seuil il y a quelques jours.

                      • #28936 Répondre
                        Sam
                        Invité

                        Salut Jeanne, merci!
                        Que pense François Begaudeau de Jack London? De Emmanuel Carrère ? De Romain Gary ?
                        Je sais ils ont pas grand chose à voir, mais c’est le principe des goûts je crois. Et avec les livres audios je rentre dans l’œuvre d’écrivains que j’avais esquivé par flemme jusqu’à présent, et je m’en félicite. D’ailleurs j’ai trouvé un logiciel pour enlever le DRM des ebooks kindle et livres audio audible, donc si ça intéresse qqun envoyez des signaux de fumée svp.

                      • #28942 Répondre
                        françois bégaudeau
                        Invité

                        Oui je compte bien le lire
                        En vue notamment d’une rencontre avec elle à Bron

                      • #28943 Répondre
                        françois bégaudeau
                        Invité

                        Un tweet qui rapporte en deux lignes un passage d’un entretien, je crois qu’on pourrait se passer de ce matériau.
                        Tu as suffisamment de documentation directe à disposition.
                        Sinon je ne suis pas un fan de London qui je trouve sous-écrit, et plutot très client de Carrère, en tant qu’excellent raconteur de réel.
                        Gary je crois que je peux dire, sobrement, que je le déteste. Comme on le verra dans un essai à venir.

                      • #28945 Répondre
                        Charles
                        Invité

                        Un essai qui paraît à la rentrée de septembre c’est ça ?

                      • #28948 Répondre
                        Sam
                        Invité

                        aha, London j’adore le côté brut de décoffrage, la même chose que j’aime chez Steinbeck. Gary, j’ai juste pleuré à la fin du livre audio de « la promesse de l’aube », jamais rien lu de plus triste, à part la fin de « des souris et des hommes ». Disons lu une chose qui fasse autant écho dans les glandes lacrymales serait plus juste.
                        La vie devant soi, est d’une drôlerie incroyable, en audio aussi, je me mets à vraiment kiffer l’audio, car, outre le fait que c’est utilisable quand on est trop fatigué ou trop flemmard pour lire, le jeu des acteurs, pour certains bouquins, est juste exceptionnel. Quand c’est pas l’auteur qui lit lui-même, comme pour « L’adversaire » de Carrère.
                        Oui justement Carrère je m’y suis mis grâce à l’audio, et je vous rejoins là-dessus, après Yoga en audio, j’attaque Un roman russe en livre, et c’est très prenant, comme les émission Strip Tease de la TV belge à l’époque. Sauf qu’on est chez un très bon écrivain, et pas chez des gens un peu originaux. Ou juste pauvres souvent, ce qui revient au même, vu du point de vue des classes supérieures…
                        Après on va pas se mentir, je ne suis pas un littéraire de base, ceci explique peut-être cela. Je suis sans doute très ignorant en terme de littérature, d’autant que depuis 20 ans, j’ai surtout lu des essais… (Socio,psycho, economie, neurobio etc..) et de la philo…
                        Je dois lire bien 2 livres sur 3 pour apprendre plutôt qu’autre chose. D’ailleurs j’ai commencé à vous lire avec « histoire de ta bêtise » avant de dérouler le fil, mais c’était le brio de votre pensée qui m’avait décidé à vous lire! xD

                      • #28951 Répondre
                        Dr Xavier
                        Invité

                        @Jeanne – Le Divry fait 500 pages non ? J’ai un peu peur, tu nous diras.
                        @Sam – Oui le livre audio c’est une drôle d’expérience. Après avoir tenté deux fois sans succès de lire le Voyage au bout de la nuit, ce n’est qu’à la troisième tentative par le livre audio (lu par Podalydès) que j’ai pu le découvrir.

                      • #28956 Répondre
                        Jeanne
                        Invité

                        500 pages? Tu me l’apprends. Ça va se manger quand même comme du gâteau.
                        Lisant le post de François j’ai vu que le festival de Bron 2024 a pour thème « Sauver l’amour « .

                      • #28992 Répondre
                        françois bégaudeau
                        Invité

                        « le jeu des acteurs, pour certains bouquins, est juste exceptionnel. »
                        ça me fait un peu peur ça
                        la littérature ça ne s’intone pas

                      • #29036 Répondre
                        Claire N
                        Invité

                        «  la littérature ne s’intone pas « 
                        Oui c’est vrai ; il y a quelque chose d’extraordinaire dans cela – aucune intonation ne semble jamais plus juste après la lecture
                        Peut-être encore une de ses façon de n’appartenir à personne , pas besoin d’ «  adresse « comme la voie qui marque – quand elle n’est pas musique – la distance entre son émetteur et son récepteur
                        C’est encore bien mystérieux pour moi ce qui est capable de peupler le silence – en silence

                      • #29038 Répondre
                        françois bégaudeau
                        Invité

                        Quignard écrit lumineusement que la littérature est sans adresse.

                      • #29046 Répondre
                        Claire N
                        Invité

                        Il apparaît de plus en plus net qu’il faut pour moi le rencontrer ; Merci

                      • #29039 Répondre
                        Claire N
                        Invité

                        J’en ferai bien un signe – et pas une preuve – de vie

                      • #29040 Répondre
                        Sam
                        Invité

                        Salut maître,
                        c est pas une insulte j adorais mes profs et mes instits avant ça, et j apprends plein de mots avec vous, ici « intoner ».
                        Mais je ne comprends pas, ou ne souscris pas. Par exemple je trouve les spectacles de Luchini fabuleux. Il y a bien une façon de lire un texte qui lui rende le mieux justice, non?
                        Vous même vous dîtes sur cette page en parlant de la lecture de son propre ouvrage par Neige : « c’est bien ça, elle refuse de jouer
                        et je comprends parfaitement ce refus, légitime
                        légitime mais discutable – au sens où il me semble qu’elle ne voit pas que ce jeu pourrait empuissanter sa prose, et aussi son travail de justesse
                        mais encore une fois je comprends: le jeu implique la distance, et elle ne veut pas de distance »
                        C est donc bien qu il y a un jeu possible?
                        Voir par exemple les commentaires sur le lecteur de Moby Dick en anglais:
                        [img]https://i.imgur.com/G2SrfbA.png[/img]
                        (si mon code passe, je me rappelle plus le code pour inserer des images sur un forum wordpress, ceci dit en passant, il pourrait bcp plus ergonomique, notamment pour retrouver le dernier locuteur, et ne pas le perdre si qqun repond juste apres lui, mais ailleurs, sur le meme thread)

                      • #29041 Répondre
                        Sam
                        Invité

                        le screenshot en question: https://i.imgur.com/G2SrfbA.png

                      • #28958 Répondre
                        Titouan R
                        Invité

                        Concernant la panoplie de droite des Inconnus, j’ajouterai, comme je l’ai dit sur une autre page, leurs cvannes incessantes contre les fonctionnaires.
                        Pour Dieudonné, je pense que l’époque du duo avec Semoun était la meilleure (pour les deux)

                      • #28991 Répondre
                        françois bégaudeau
                        Invité

                        La critique des fonctionnaires est évidemment connexe au poujadisme

                        Sur Dieudonné je le trouve plutot à son meilleur en solo dans les années 2002-2012

        • #1163 Répondre
          Cyril
          Invité

          Et le comité invisible ? Pour le coup c’est littéraire, on peut trouver qu’il y a de l’humour mais ça ne fait pas sourire, et c’est très empathique, apocalyptique… Je crois que je connais déjà la réponse mais peut-être que tu nous surprendras ?

    • #1171 Répondre
      François Bégaudeau
      Maître des clés

      Les trois livres m’ont intéressé, parfois emballé, à l’emphase près. Emphase d’ailleurs très mimétique des maitres Guy et Giorgio
      Au vu du dernier livre de Coupat en date, j’en suis à me dire qu’il se gâche. Qu’il est en train de se faire nasser dans ce style.

    • #1430 Répondre
      Jeanne
      Invité

      François tu connais Iliana Holguin Teodorescu, qui a publié chez Verticales « Aller avec la chance ».
      Grand prix de l’héroïne Madame Figaro…

      C’est lisible, ça ?

    • #1456 Répondre
      François Bégaudeau
      Maître des clés

      non je ne l’ai pas lu celui là
      pas fan des titres çà l’infinitif en général, y compris d’un des miens, mais si c’est Verticales ça ne doit pas etre complètement mauvais
      (dans le genre le livre de Gueorguieva, il y a quelques années, était pas mal)

    • #1458 Répondre
      Jeanne
      Invité

      Merci

    • #2442 Répondre
      Jeanne
      Invité

      Francois tu as lu Aurélien Delsaux ?

    • #2454 Répondre
      Mao
      Invité

      François, il me semble ne jamais t’avoir entendu ni lu au sujet d’auteurs que j’affectionne particulièrement. Je suis assez curieux de savoir ce que tu penses de :

      Virginie Despentes ;
      Philipp Roth ;
      Toni Morrison ;
      Colson Whitehead.

      Merci

    • #2457 Répondre
      François Bégaudeau
      Maître des clés

      Virginie Despentes : écrit sur elle souvent, parlé d’elle assez souvent. Son style a fini par me casser les oreilles. J’en parle dans mon prochain essai.
      Philipp Roth : écrit sur lui souvent, lecteur très assidu, m’a pas mal influencé – même si je regrette la pente idéologisante de ses vingt dernières années.
      Toni Morrison : grande admiration
      Colson Whitehead. Jamais lu

      Merci

    • #4465 Répondre
      Abacaxi
      Invité

      Salut François, je suis à la recherche de ta critique, assassine si j’en crois le sommaire du numéro lié de Transfuge, de La septième fonction du langage de Binet.
      Je suis curieux de comprendre la raison du hiatus entre mon souvenir plaisant et ta détestation sincère de l’ouvrage à sa sortie, étant régulièrement en phase ou à tout le moins éclairé – d’où ma présence ici, pour faire une incise truismique – avec tes analyses. De mémoire, j’ai quelques pistes : complaisance envers la figure de l’académicien au détriment du flic populo dans la seconde partie du livre ? Vulgarisation de la French theory à l’épate/à côté de la plaque (mes acquis socio – lire mes connaissances en sociologie – étant relativement modestes à l’époque) qui ne parle qu’aux intellos dilettantes et au détriment du vivant ? Essoufflement du programme révolutionnaire du titre, de cette fonction mythique, notamment dans les joutes verbales ? Attaques ad hominem aux cibles faciles (BHL) heurtant des amitiés plus ou moins avouées (celle-là elle est pour Moix et son intervention critique chez Ruquier qui ne souffle mot de ses biais relationnels) ? Misogynie discrète ? Parfum socio-démocrate ?
      Connaissant ton peu de goût pour la réservation de ton espace critique public à la mise en exergue de ton hostilité devant une oeuvre littéraire , et les termes employés en couverture (« pourquoi son roman est-il nocif » ?), je devine un avis plus « structurellement » politique face à cette manière conceptuelle de refaire l’histoire.
      Je précise, afin de prouver que mon prénom n’est pas Laurent, que, si j’ai aimé HHHH, j’ai trouvé son dernier roman (Civilizations) franchement laborieux, aussi bien du point de vue des évidences historiques glissées en clin d’oeil que de l’approche paradigmatique eurocentrée de la conquête retenue. Les ressorts sont comparables mais le sujet quasi-contemporain du premier permettait une approche moins scolaire des incontournables culturels.

      Si tu me lis, et est désireux de me répondre, ou en capacité mémorielle de le faire, je t’en saurais fort gré. Je suis nouveau ici, je ne sais quelles formalités ésotériques (présentation de dix oeuvres culturelles préférées ? D’un schéma tactique de Suaudeau ? Un Sautet, un U2 ou un essai philo-éco de Comte-Sponville et une trappe s’ouvre sous mon siège de bureau ?) sont nécessaires avant d’atteindre le Grand Sachem.

      • #4467 Répondre
        Dr Xavier
        Invité

        Salut Abacaxi, as-tu le numéro du Transfuge en question ? Avec un peu de chance tu peux consulter ce site qui donne accès aux dix premières pages de Transfuge. La chronique littéraire de François étant généralement dans ces dix premières pages tu devrais pouvoir la retrouver.

        https://issuu.com/transfuge

      • #4468 Répondre
        Dr Xavier
        Invité

        HHHH : adoré, mais je suis faible face à des « romans où on apprend des trucs », j’adhère très souvent. La septième fonction du langage : je l’ai trouvé ampoulé (pourtant là aussi on apprend des trucs), je trouvais qu’il laissait un peu le lecteur sur le seuil ; je ne me souviens pas de la mysoginie discrète ou du caractère social-démocrate, je veux bien relire des lignes à ce sujet. Civilizations : j’ai pas pu le finir, ça me semblait trop artificiel, le style ne m’a pas convenu, et les uchronies par principe c’est pas mon truc.
        Mais lisons François s’il nous lit !

      • #4477 Répondre
        François Bégaudeau
        Maître des clés

        Un sommaire est un sommaire. Un sommaire c’est pute à clics Donc une accroche comme « “pourquoi son roman est-il nocif?” c’est de la putasserie, et évidemment je n’y suis pour rien.
        Dans mon souvenir le texte était long, et je crois précis. Dans mon souvenir ce qui m’atterrait dans ce roman était ce qui me préoccupe avant tout : sa langue. Sa sous-écriture visiblement contente d’elle. Et puis – mais c’est la même chose- sa veine satirique lourdaude.
        Je vais le relire.
        Je peux aussi te le filer si tu me donnes un mail.

        • #4493 Répondre
          Abacaxi
          Invité

          Oui, je me doutais que ce n’était pas l’exergue du texte mais un appel plus ou moins racoleur de couverture, venant d’un tiers à l’auteur de l’article.
          Il me semble avoir déjà consulté ce site reprenant des extraits de Transfuge mais le passage qui m’intéresse ne s’y retrouve malheureusement pas. La misogynie c’est une critique que j’ai entendu de loin par l’intermédiaire d’une amie participante de cercle littéraire à angle féministe. Le parfum social*-démocrate, c’était une hypothèse de principe. Ce sont les deux pistes les moins personnelles que j’envisageais. La complaisance intellectuelle sourire en coin, la plus sérieuse. Une autre amie a adoré la première partie, détesté la seconde, pour cette raison. Le Laurent me paraît bonne pâte pas spécialement pédante ni centriste mais, comme je me méfie de mon propre contentement de petit littéreux progressiste, si ce terme a encore un sens, ainsi que de mes impressions par rapport au système de pensée d’un inconnu simplement sur la vision de 2-3 entretiens, j’étais interpellé par ces observations.

          Je ne sais pas si un système de MP existe, je pose donc là mon mail : lowrs@proton.me. Merci pour la réponse, quoi qu’il en soit.

          • #4498 Répondre
            François Bégaudeau
            Maître des clés

            l’adresse ne fonctionne pas
            je reporte ici (il manque les retours à la ligne, bon courage)

            Le goût du pouvoir

            Enquêtant sur l’accident bientôt mortel de Roland Barthes, le commissaire Bayard demande au prof de fac Simon Herzog de l’aider à pénétrer le milieu intellectuel de la fin des années 70. La triangulation ainsi mise en place structure La septième fonction du langage. Au sommet A, l’inculte, celui qui ignore tout des « intellos », voire se méfie de ce repaire de gauchistes, en bon flic mal remis de la perte de l’Algérie. Au sommet C, les sachants, les pensants. Au sommet B, « un traducteur, un transmetteur, un formateur », qui rendra C accessible à A.Nul besoin d’attendre qu’à l’extreme fin Simon, alias « Le Décodeur de Vincennes », se proclame auteur de ce roman, pour identifier dans sa position celle de Binet. Celle d’un guide, habile à rassurer le lecteur dans la jungle truffée de pensées féroces et de systèmes luxuriants qu’il le convie à explorer. Habile à faire tampon entre le lecteur d’obédience A et les personnages de type C. Partageant avec Carrère l’obsession de ne perdre personne en route, l’auteur s’incarne comme lui aussi souvent que possible (« je me demande », « je suis sûr », « je ne doute pas ») ; comme lui il engage sur un mode familier un exposé qui s’annonce un peu ardu – « la sémiologie est un truc très étrange » ; et fabrique, comme autant de ponts, des comparaisons entre la rive lointaine du savoir et l’univers de référence des non-sachants – « étudier la signalisation routière ou les codes militaires est à peu près aussi passionnant pour un linguiste que de jouer au tarot ou au rami pour en jouer d’échecs ou de poker ». La vulgarisation érigée en principe d’écriture, l’accessibilité en commandement numéro 1 de l’ art romanesque.
            Mais à la différence notable de celle de Carrère, la pédagogie de Binet est sélective. Il y a des choses qu’il s’enchante d’expliquer, et d’autres non. Les fonctions linguistiques de Jakobson : oui. Les axes paradigmatique et syntagmatique : oui. La pensée de Deleuze, non. Celle de Foucault : non plus. Refoulées. Les deux philosophes plus ou moins familiers de Barthes sont interrogés par Bayard, mais pour le coup l’hydre Herzog-Binet ne lui fournit aucune notice explicative. Pour eux l’option sera la poilade. Pour le second : lâcher dans la nature, des mots-clé comme biopouvoir,  orphelins de sens, et folkloriser sa pensée en le montrant réfractaire à répondre aux questions d’un flic, sucé par un gigolo arabe dans un sauna gay, se branlant devant un poster de Mick Jagger — poilade. Tandis que Deleuze, sous le regard de Bayard vite las de ce « tas de conneries », recrache sans mode d’emploi son développement sur le tennis de L’abécédaire, ; et verra plus loin des extraits de l’Anti-Oedipe tressées à la narration d’une baise fougueuse dans les coulisses d’un colloque.Doit-on saisir alors que les allègres rêveries conceptuelles de Guattari et Deleuze n’étaient qu’une façon compliquée de dire baisons-nous les uns et les autres, et que les « machines désirantes » ne désignent rien d’autre que les corps partouzards, comme les étudiants de la fac de Vincennes, hirsutes et libidineux, semblent l’avoir entendu ? A moins qu’il n’y ait à saisir que l’insolence du pastiche, maçonné de formules codées dont le repérage comblera les sachants d’une aise distinctive, et laissera aux autres le vague sentiment de piger qu’il y a blague sans piger la blague. Exactement ce que ressent Bayard en parcourant le « Roland Barthes sans peine » de Burnier et Rambaud, « livre pour intellos, pour que ces parasites d’intellos puissent rire entre eux. Se moquer d’eux-mêmes : suprême distinction ». Le lecteur n’a le choix que d’être un con ou un cuistre.
            Or c’est d’abord une rage anti-distinctive, plébéienne – joie mauvaise, dirait Nietzsche- qui stimule la verve parodique de Binet. Le but de l’expédition vengeresse étant d’exclure des intellectuels de la communauté du savoir sympa. Motif : hermétisme complaisant, aristocratique. D’où le tri entre ceux qui ont la décence de se rendre lisibles comme Umberto Eco, et ceux qui s’acharnèrent à demeurer illisibles. Analogiquement, Binet fait accueil au Barthes des Mythologies, à portée de tous, et ostracise celui qui fraya avec le jargon de la critique structurale, qui, comme son dégoisement frénétique sur son lit de mort le laisse entendre, relève du delirium tremens : « « La lexie et ses unités formeront ainsi une sorte de cube à facettes, nappé du mot, du groupe de mot, de la phrase ou du paragraphe, autrement dit du langage qui en est l’excipient naturel » Et il s’évanouit ». Chacun aura reconnu un protocole humoristique cher aux Inconnus période France 2. Bourdon imitant Toscan. Poilade.
            Vitriol pour vitriol, on serait fondé à penser que la limite entre penseurs accessibles et inaccessibles documente surtout les limites de l’auteur, celui-ci décrétant imbitables les textes qu’il est incapable de lire, voire qu’il n’a pas lus. Ou à voir dans la position intermédiaire B comme Binet un équivalent de celle du « semi-habile » de Pascal : assez malin pour se distinguer du « peuple » (terminologie pascalienne), pas assez pour s’arrimer à la puissance des « habiles », ce dont il se venge en leur vouant un ressentiment dont Bourdieu avait constaté la vigueur parmi les clercs de la petite bourgeoisie. Assez pointu pour regarder l’Abécédaire, pas assez pour lire Logique du sens. Trop carent en globules affirmatifs pour créer des concepts, assez équipé en énergie négative pour devenir un soldat du deuxième degré, ou de cette intelligence en seconde main qui, s’autorisant de sémiologie, se baptise décodage ou décryptage, et dont l’émission Déshabillons-les, qu’assurément prise Binet, offre le triste spectacle.
            Précisément peu porté sur le ricanement, on préférera prendre le roman par son point de sérieux. Depuis septembre beaucoup ont dit combien ce livre était drôle, ou combien sa drôlerie était pénible. Paresse ou cécité, personne n’a voulu voir que le bordel de Binet est très ordonné. Très ciblé. La folklorisation des penseurs abscons n’est pas aveugle. Elle ne tire pas dans le tas. Elle vise spécifiquement des figures centrales de la « french theory », entre structuralistes et anarcho-désirants, et certains de leurs satellites plus ou moins crédibles (Sollers, BHL). Si Binet restitue honnêtement la déconstruction par Derrida de la notion de « real life » et expose avec équité la querelle entre philo continentale et philo analytique, sa préférence pour la seconde, dont aucun des tenants n’est moqué, est nette. Elle éclate dans la joute verbale entre Eco et Sollers au « Logos club » : le refus par Eco de « toute interprétation fantaisiste » lui assure la victoire, alors que la stratégie de son adversaire de noyer le sujet dans un torrent d’analogies biaisées et de coq-à-l’âne lacaniens le privera de ses couilles. Puni, Sollers. Punies, les années 60-70, sauf Bourdieu et on devine pourquoi. Punies d’avoir déclaré le langage incapable de « dénoter » pour mieux l’autoriser au n’importe quoi — si le réel n’existe pas tout est permis, dirait William Will. Punies d’avoir disjoint les mots et les choses, jusqu’à déblatérer des livres aussi perchés que le consommateur de LSD qu’apparait invariablement Foucault.
            Or il ne faudrait pas croire que Binet milite pour une reconnexion entre mots et choses, appelant la littérature à réintégrer le cadre du réalisme. Son roman le prouve assez, qui affiche un souci de la réalité digne d’un nanar des années 70. C’est le contraire qui se passe, et nous voici arrivés au point. La « septième fonction du langage », après laquelle courent tous les personnages, ne donne pas aux mots la faculté de dire mais, celle, « performative », d’auto-réalisation. Ceci étant à inscrire dans un fantasme général d’un langage qui aurait le pouvoir « magique », « incantatoire », de faire acte ; d’un langage qui donnerait le pouvoir.Accroché à la campagne 2012 de Hollande, le livre précédent de Binet lui permettait d’épancher sa passion pour la rhétorique, et corollairement pour les grands tribuns -ah Mélenchon, ah De Gaulle. On ne s’étonne pas que le suivant aboutisse à la présidentielle de 81, et que ce soit à Mitterrand qu’échoie le sceptre de la « septième fonction ». Elle lui permet de remporter  le débat de l’entre-deux tours dont Binet, incorrigible, reporte les coups d’épée avec une admiration sans malice — un bon mot de Mitterrand mérite davantage attention qu’une page d’Althusser. Le rêve d’un langage qui agit sur les choses s’affiche pour ce qu’il est : un fantasme martial, un fantasme de force. On comprend mieux, sous ce jour, que Binet tienne à flanquer systématiquement Foucault de petits mignons. La french theory ne serait-elle pas au fond un truc de pédés?  
            Que Binet se réjouisse : la réponse est oui. Foucault n’aurait pas  nié. Foucault ne prétend à aucun sceptre, à aucun phallus d’or. Il a aussi peu de gout pour le langage-pouvoir que pour le pouvoir. Si on ne la lit pas à l’envers, une phrase de lui, rapportée ici par Kristeva, l’indique bien : « Le discours n’est pas la vie, son temps n’est pas le notre ». Ce « notre » le positionne clairement : le programme suggéré n’est pas celui d’un discours enfin émancipé de la vie, mais à l’inverse celui d’éroder la prétention des discours à dire la vie, à fortiori à la façonner. Tout son travail, nourri d’archives, aura consisté à registrer des savoirs qui deviennent des pouvoirs ; des discours qui prétendent gouverner la vie, voire la produire. Une entreprise diamétralement opposée à la rêverie de Binet de restaurer les discours, comme on remet sur le trône un roi déchu.
            Ce qui nait du scrupule à ne pas forcer la vie, c’est peut-être bien la littérature. Qui n’est pas sacre mais destitution du verbe  ; qui le désarme, l’intimide, le féminise peut-être, le fait taire en le coulant dans le silence des pages, loin des effets de manche du Logos Club. Vu le traitement de défaveur qu’il fait subir à Sollers, seul véritable écrivain du casting (il prend pour tous les autres?),  vu l’expéditivité avec laquelle est balayée la fonction « poétique » du langage, vu « l’impasse » où une blagounette suggère que le Nouveau Roman aurait abouti, vu la sous-langue fière d’elle-même qui irrigue tout ce roman, c’est peut-être d’abord à cela, à cette malencontreuse parenthèse qui vit pendant quelques siècles s’écrire de la littérature, que Binet veut mettre un terme.

    • #4510 Répondre
      Carpentier
      Invité

      bjr,
      https://www.lemonde.fr/emploi/article/2023/03/15/cadres-noirs-guerre-de-ressources-humaines_6165508_1698637.html

      Si un.e abonné.e à Lemonde veut bien partager l’intégralité de cet article sur cette bd qui m’intéresse, qu’on sache combien je l’en remercie à l’avance.
      Pas regardé l’adaptation de l’ouvrage de départ en série, Dérapages, si quelqu’un a vu ça, on en dit quoi?

    • #4511 Répondre
      Carpentier
      Invité

      bjr,
      https://www.lemonde.fr/emploi/article/2023/03/15/cadres-noirs-guerre-de-ressources-humaines_6165508_1698637.html
      Si quelqu’un peut partager cet article en entier qu’on sache bien comme je l’en remercie à l’avance.

      • #4512 Répondre
        Carpentier
        Invité

        j’en bégaie d’impatience 😅🙏

      • #4750 Répondre
        A.
        Invité

        Sauf erreur, l’article en entier. Bon week-end!

        https://www.lemonde.fr/emploi/article/2023/03/15/cadres-noirs-guerre-de-ressources-humaines_6165508_1698637.html

        Une entreprise organise une fausse prise d’otages pour départager des candidats : l’objectif est de recruter le cadre idéal pour mener à bien une grosse restructuration. L’intrigue est celle d’un polar de Pierre Lemaitre publié en 2010 chez Calmann-Lévy, aujourd’hui adapté en bande dessinée, après avoir été transposé en minisérie par Arte (Dérapages, 2020). Mais pas seulement.

        Elle s’inspire aussi d’un sinistre fait divers bien réel. En 2005, Philippe Santini, le patron de la régie publicitaire de France Télévisions, transformait un séminaire de cadres en prise d’otages fictive – sans en avoir informé les participants – afin de tester la gestion du stress par ses équipes. Il finira condamné au pénal. Nulle surprise que Pierre Lemaitre y ait trouvé matière à tricoter un habile thriller social, lui qui a fait de la domination un des thèmes-phares de son œuvre, tous les genre confondus.

        L’adaptation en BD, scénarisée par Pascal Bertho, se déploie en trois tomes, dont le deuxième vient de paraître. Et prend le temps de camper son personnage principal, Alain Delambre, un DRH lessivé par quatre ans de chômage, dessiné par Giuseppe Liotti avec un physique à la Patrick Dewaere et quelque chose dans le regard de Pierre Lemaitre lui-même.
        Lire aussi : Article réservé à nos abonnés « Chief Bullshit Officer », de Fix : de l’art de rire d’une entreprise sans âme

        Aux abois, Delambre saute sur une annonce d’assistant RH pour un grand groupe et ne recule pas même devant la perspective d’organiser ce fameux kidnapping comme épreuve d’embauche. Mais quand, à quelques jours du recrutement, il découvre que le poste tant convoité est déjà pourvu et que l’éprouvante sélection à venir n’est qu’une mascarade, son sang ne fait qu’un tour. Le « jeu » de ses recruteurs va se retourner contre eux.
        Un univers déshumanisé

        Un engrenage se met en route, dont les rouages sont astucieusement montés dans le désordre par le scénario de Pascal Bertho, qui multiplie flash-back et détours chronologiques, comme pour mieux cerner les motivations profondes d’un homme aussi ambigu que désespéré. Car dès la couverture du premier tome, Delambre apparaît maîtrisé par les hommes du RAID, le regard traversé par une lueur de satisfaction, laissant penser que tout ce qui va suivre (son emprisonnement, son procès) est prémédité.
        Lire aussi : Article réservé à nos abonnés Management toxique : sortir du déni

        Dans le deuxième volume, la bataille de l’opinion est engagée, et certains commencent à le voir comme un lanceur d’alerte sur les dérives du monde du travail. Un univers déshumanisé, où les cadres supérieurs seraient embauchés pour leur sang-froid, véritables « cadres noirs », plus proches de tueurs que de manageurs bienveillants.

        L’épuisement qui se lit sur les visages dessinés par Giuseppe Liotti peut évoquer la trilogie du travail du réalisateur Stéphane Brizé (en particulier Un autre monde, où Vincent Lindon interprète un directeur de site industriel poussé par l’actionnaire à licencier massivement).

        De page en page, les vues en plongée se multiplient, renforçant le sentiment d’écrasement, tandis que les couleurs de Gaétan Georges soufflent le chaud et le froid, à l’image des émotions contradictoires du personnage, entre espoir de rebond et abattement.
        Lire aussi : Article réservé à nos abonnés « Un autre monde » : quand la machine capitaliste broie ses propres cadres

        Cette BD haletante se double d’une réflexion médiatique, en plus de questionner la violence réelle comme symbolique qui peut exister dans l’entreprise. Car la méthode de recrutement rappelle in fine l’immersion de la téléréalité et de ses codes jusque dans la sphère professionnelle. On songe à l’émission « Patron Incognito » (Undercover Boss, en version originale), dans laquelle un patron déguisé en « nouvel employé » va travailler aux côtés de ses salariés, observés sans le savoir. Certains jeux finissent mieux que d’autres…

        « Cadres noirs. Episode 2/3 : Pendant », de Pascal Bertho et Giuseppe Lotti, d’après le roman de Pierre Lemaitre, Rue de Sèvres, 72 pages, 16 euros.

        Yoann Labroux-Satabin
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        • #4752 Répondre
          Carpentier
          Invité

          👌👍

    • #4513 Répondre
      Dr Xavier
      Invité

      L’adaptation BD du polar de Pierre Lemaitre, par Pascal Bertho et Giuseppe Lotti, met l’accent sur la déshumanisation du monde du travail et la transformation du salarié en simple donnée variable.
      .
      Une entreprise organise une fausse prise d’otages pour départager des candidats : l’objectif est de recruter le cadre idéal pour mener à bien une grosse restructuration. L’intrigue est celle d’un polar de Pierre Lemaitre publié en 2010 chez Calmann-Lévy, aujourd’hui adapté en bande dessinée, après avoir été transposé en minisérie par Arte (Dérapages, 2020). Mais pas seulement.
      .
      Elle s’inspire aussi d’un sinistre fait divers bien réel. En 2005, Philippe Santini, le patron de la régie publicitaire de France Télévisions, transformait un séminaire de cadres en prise d’otages fictive – sans en avoir informé les participants – afin de tester la gestion du stress par ses équipes. Il finira condamné au pénal. Nulle surprise que Pierre Lemaitre y ait trouvé matière à tricoter un habile thriller social, lui qui a fait de la domination un des thèmes-phares de son œuvre, tous les genre confondus.
      .
      L’adaptation en BD, scénarisée par Pascal Bertho, se déploie en trois tomes, dont le deuxième vient de paraître. Et prend le temps de camper son personnage principal, Alain Delambre, un DRH lessivé par quatre ans de chômage, dessiné par Giuseppe Liotti avec un physique à la Patrick Dewaere et quelque chose dans le regard de Pierre Lemaitre lui-même.
      .
      Aux abois, Delambre saute sur une annonce d’assistant RH pour un grand groupe et ne recule pas même devant la perspective d’organiser ce fameux kidnapping comme épreuve d’embauche. Mais quand, à quelques jours du recrutement, il découvre que le poste tant convoité est déjà pourvu et que l’éprouvante sélection à venir n’est qu’une mascarade, son sang ne fait qu’un tour. Le « jeu » de ses recruteurs va se retourner contre eux.
      .
      Un engrenage se met en route, dont les rouages sont astucieusement montés dans le désordre par le scénario de Pascal Bertho, qui multiplie flash-back et détours chronologiques, comme pour mieux cerner les motivations profondes d’un homme aussi ambigu que désespéré. Car dès la couverture du premier tome, Delambre apparaît maîtrisé par les hommes du RAID, le regard traversé par une lueur de satisfaction, laissant penser que tout ce qui va suivre (son emprisonnement, son procès) est prémédité.
      .
      Dans le deuxième volume, la bataille de l’opinion est engagée, et certains commencent à le voir comme un lanceur d’alerte sur les dérives du monde du travail. Un univers déshumanisé, où les cadres supérieurs seraient embauchés pour leur sang-froid, véritables « cadres noirs », plus proches de tueurs que de manageurs bienveillants.
      .
      L’épuisement qui se lit sur les visages dessinés par Giuseppe Liotti peut évoquer la trilogie du travail du réalisateur Stéphane Brizé (en particulier Un autre monde, où Vincent Lindon interprète un directeur de site industriel poussé par l’actionnaire à licencier massivement).
      .
      De page en page, les vues en plongée se multiplient, renforçant le sentiment d’écrasement, tandis que les couleurs de Gaétan Georges soufflent le chaud et le froid, à l’image des émotions contradictoires du personnage, entre espoir de rebond et abattement.
      .
      Cette BD haletante se double d’une réflexion médiatique, en plus de questionner la violence réelle comme symbolique qui peut exister dans l’entreprise. Car la méthode de recrutement rappelle in fine l’immersion de la téléréalité et de ses codes jusque dans la sphère professionnelle. On songe à l’émission « Patron Incognito » (Undercover Boss, en version originale), dans laquelle un patron déguisé en « nouvel employé » va travailler aux côtés de ses salariés, observés sans le savoir. Certains jeux finissent mieux que d’autres…

      • #4514 Répondre
        Dr Xavier
        Invité

        @Carpentier : Lu le polar, très prenant ! J’avais entendu du bien de l’adaptation. En revanche, si des éléments te sont déjà divulgâchés, une partie du plaisir est sans doute envolé.

        • #4517 Répondre
          Carpentier
          Invité

          Écoute, je renouvelle du coup mon merci, car je pense plutôt mettre prochainement le nez chez Lemaitre de ce fait.
          Passée à côté du fait divers originel que je trouve fou, tu me convaincs de me tourner de nouveau un peu vers le polar.
          Bonne journée,

      • #4525 Répondre
        Carpentier
        Invité

        Lemaitre qu’on retrouve ici, tiens 🙂
        https://www.liberation.fr/idees-et-debats/tribunes/retraite-a-64-ans-non-a-la-regression-sociale-20230315_E2JPSEAC5FGXDFKW6O5JSZW2BI/
        – Es-tu aussi abonné à libé?
        (Je te mets 1 litre 5 de velouté de poireaux de côté en échange de l’intégral si tu veux, velouté dont ma fille, qui me trouve par ailleurs piètre cuisinière, dit volontiers qu’elle n’en a pas encore mangé de meilleur.)

        • #4529 Répondre
          Dr Xavier
          Invité

          Salut, non pas d’abonnement, je consulte ma bibliothèque municipale numérique en ligne qui me refile des articles. Comment se fait-il que les bibliothèques municipales n’aient pas encore été privatisées ? Tu veux que je regarde si je trouve l’article en échange d’un peu de soupe ? Mon secret c’est de bien faire suer les poireaux et de dorer les pommes de terre, tout ça dans l’huile d’olive, avant de verser l’eau.

          • #4538 Répondre
            Carpentier
            Invité

            idem
            pour la méthode de la soupe
            comme c’est mon unique talent, je retire ma propale de troc

    • #4528 Répondre
      Billy
      Invité

      Est-ce que les membres du Christiane Rochefort Club sont toujours dans le coin ?
      C’est pour parler des « Stances à Sophie » que j’ai lu, aimé, avec des réserves sur la narratrice (elle analyse sa classe et s’absente parfois de la critique, elle s’épargne, même elle s’absente physiquement, elle s’évanouit à son mariage bourgeois. Il manque un truc qui l’inquiète, ça manque de factotum.)

      • #4554 Répondre
        Hervé Urbani
        Invité

        Tout en ayant un rapport amoureux et même passionnel à ce livre et à celle qui l’a écrit, je suis assez d’accord avec toi. Et j’en ai une autre, de réserve. C’est même une vraie incompréhension et j’en discuterai avec Christiane Rochefort si je la croise un jour (je suis dans le déni de sa mort) : il n’est jamais question que le couple ait un enfant, ce qui, compte tenu de l’époque où se déroule l’histoire, est presque trop étrange pour être un oubli ou un refoulement, mais qu’est-ce alors ? Christiane, si tu nous lis…

        • #4563 Répondre
          François Bégaudeau
          Maître des clés

          Eté assez éblouie par les cinquante premières pages, y compris stylistiquement
          Tellement ébloui qu’en bon mégalomane je me suis dit : Christiane c’est moi en femme. Ou François c’est Christiane en homme.
          Ensuite la narration se met en surplomb de ce qui est raconté et j’aime moins. On se retrouve avec cette littérature-billet d’humeur à laquelle je suis allergique. Elle cesse de penser contre elle, ce qu’elle faisait au début. Par exemple : pourquoi suis-je avec un mec aussi con?
          Elle continue quand même à envoyer du bois. Un féminisme net, sec, radical, implacable.
          Envie d’en lire d’autres.

          • #4580 Répondre
            Christiane Rochefort
            Invité

            Cher François, malgré mon grand âge (c’est que je vais sur mes 106 ans),
            parce que c’est vous et que vous c’est moi,
            je ferai le trajet mardi soir de Père-Lachaise à votre ciné-club pour vous prêter Les petits enfants du siècle, roman que j’ai écrit en 1961 (c’est le roman qui précède les Stances)

            • #4638 Répondre
              lison
              Invité

              Chère Christiane ,
              J’ espère qu’en échange François vous offrira Au début. Et sinon moi dans Les Stances à Sophie mon passage préféré c’est celui des rideaux , quand elle se demande comment elle en est arrivée là, à être cette femme qui va choisir du tissu pour ses rideaux. Toute cette scène dans le magasin, les dialogues et pensées qui l’ accompagnent je la trouve géniale.

        • #4643 Répondre
          Billy
          Invité

          L’absence d’enfants ça permet de sentir comment fonctionne leur couple. Comment elle est infantilisée par le mari, par sa situation, comment elle est à la fois fragilisée et protégée par ça.
          Sinon j’ai aimé, souvent ri, trouvé certaines phrases bien foutues, aimé sa vitalité, aimé comment elle décrit son rapport à la musique et le rapport de son mari à la musique. J’ai noté des phrases qui me plaisait parce que Céline est très en vie, comme « un beau morceau de temps frais »

          La narratrice, pense la condition de tous, a un regard très perçant, très cru sur son milieu ( les maris, sa belle-famille, la bonne…), elle écrit aussi son interet de femme mariée dans ce ménage. Mais on comprend pas comment elle s’est retrouvée là, point aveugle pour elle, infiltrée dans ce milieu où elle s’excepte souvent de la critique. Elle analyse peu ce qu’elle fait avec Philippe, ne se réserve pas la même cruauté.. Elle ne s’appartient pas totalement (elle se marie et oublie le mariage, elle fait la cérémonie avec la famille et oublie sa crise de nerf, elle a des relations avec Julia mais c’est venu comme ça). Alors qu’elle décrit les autres persos comme s’ils s’appartenaient totalement. Alors le mari ferait entièrement corps avec sa classe… je sais pas.
          Du coup, je la trouve parfois pas juste, au dessus des autres persos. J’ai noté, sur son mari : « Il manie l’Absolu comme d’autres le club de golf. » je sens trop la formule, même si j’imagine bien le mari bourgeois qui évite la précision. Ou quand elle analyse son entourage et précise « les autres n’ont pas l’air de s’apercevoir. » elle se place mal.

          Sinon j’aime comment on reste dans sa pensée, comment elle découvre qu’elle devient une parfaite petite épouse malgré elle (fourchette à gauche). Quand l’action est violente, elle l’euphémise, elle a le don de raconter de biais, de suggérer. Quand son mari la gifle, on le comprend dans le dialogue entre elle et son mari. La gifle n’est pas décrite, elle est comme cachée dans le dialogue.
          Pareil pour l’apparition de l’accident de la route, l’action n’est pas décrite, l’accident est planqué dans un dialogue et la voiture de Céline/Philippe continue de rouler.

          Lisant Céline/narratrice dans ce milieu bourgeois, j’ai repensé à Un Enlèvement, avec Emmanuel/narrateur en milieu bourge. Le factotum inquiète le personnage principal Emmanuel. c’est un regard qui permet de la cruauté sur ce personnage. Emmanuel n’aurait peut-être pas eu ce regard sur lui-même. J’ai trouvé que Les Stances à Sophie manquait de factotum. Mais Emmanuel a une position de dominante (homme, père, bourgeois…) que Céline n’a pas.
          Bref, merci d’avoir fait connaitre ce livre et Christiane ton grand amour. T’es partageur, hyper sympa.

          • #4667 Répondre
            Hervé Urbani
            Invité

            Merci Billy pour ton retour. Juste un truc : tu as utilisé plusieurs fois le mot factotum, t’entends quoi par là ?
            Pour moi, ce mot, en dehors du fait qu’il est le titre d’un roman de Bukowski lu il y a 438 ans, signifie homme à tout faire, donc je le saisis pas dans ton propos. Et je transmets la bise à Christiane.

            • #4669 Répondre
              Charles
              Invité

              On peut peut-être demander à Biolay de nous éclairer sur le sens de factotum (à 1’17) :

              • #4671 Répondre
                Dr Xavier
                Invité

                Je ne connaissais pas. C’est prodigieux. Sans rapport, mais en fait tout en rapport, je relance d’une autre scène de théâtre. Liberté. Émancipation. Égalité. Autonomie. Collectif. Jaurès. Hegel. J’ai la même sidération.

              • #4715 Répondre
                Billy
                Invité

                Qu’est-ce que ce film ? Je suis épatée par ta culture cinématographique. (On dirait « Pater » d’Alain Cavalier en pourri)

            • #4700 Répondre
              The Idiot
              Invité

              C’est drôle, je ne connaissais pas ce mot factotum, je l’ai appris en lisant Boniments, depuis je le vois partout. Le factotum polonais avec Mme Luisfigo et son chat Alain. Qui s’en est allé.

            • #4713 Répondre
              Billy
              Invité

              Oui oui homme à tout faire. Je tiens le mot « factotum » d’un Enlèvement, le roman de François.

              Je faisais un parallèle discutable entre un Enlèvement et les Stances à Sophie parce que ce sont deux romans avec un narrateur-bourgeois qui raconte sa vie en famille.

              Dans un Enlèvement, il y a un personnage bizarre, très secondaire, François (c’est le serviteur de la résidence secondaire du couple d’amis, le factotum donc). Il semble omniscient, il inquiète le personnage principal/narrateur. Le goéland aussi l’inquiète. C’est des moments où le narrateur est traversé par des trucs, où il ne s’appartient pas.
              Je me disais que dans les Stances. Elle subit physiquement sa situation sociale comme si elle ne s’appartenait pas, son corps lui échappe parfois, alors que son analyse est parfaite, rien n’échappe à son analyse, comme si elle s’appartenait totalement. C’est un peu incohérent. Elle a une lucidité telle qu’on se demande pourquoi elle reste avec Philippe. Je trouve que ça manque de trucs qui la perturbent
              J’ai l’air d’insister sur un truc négatif, mais c’est juste que je galère à m’expliquer. J’ai aimé le roman. T’as vu le film tiré du roman ? C’est bien? (j’ai vu qu’il y avait Bernadette Lafont et c’est un argument suffisant pour moi.)

              • #4728 Répondre
                Hervé Urbani
                Invité

                Merci pour l’explication. Je suis à presque la moitié de Boniments (lisant comme toujours sept livres en même temps, je devrais avoir terminé dans deux semaines) et je n’ai pas encore lu le mot dans le livre – comme je ne me rappelle pas sa présence dans Un enlèvement bien que me souvenant très bien du passage que tu évoques.
                Oui j’ai vu le film, et il vaut le coup malgré quelques scènes ratées (quand Bernadette va voir le con de mari responsable de l’accident de voiture qui a tué sa maîtresse). Ambiance très psychédélique, avec Bulle Ogier et Lafont parfaites dans leurs rôles – faut dire que le féminisme, elles le pratiquaient au quotidien, les rôles sont donc idoines pour ces deux-là. Bonne chance pour trouver le DVD, et si jamais, c’est très cher, quelque chose comme 40€…

                • #4729 Répondre
                  Hervé Urbani
                  Invité

                  Réalisation de Moshé Mizrahi et scénario de Christiane herself, sorti en 1971 et avec pour la musique l’Art Ensemble of Chicago, les géniaux Yankees qui jouent sur « Comme à la radio », l’album fameux de Brigitte Fontaine – et ainsi la boucle se boucle.

    • #4556 Répondre
      Christiane Rochefort
      Invité

      Que disiez-vous ?

      • #4564 Répondre
        François Bégaudeau
        Maître des clés

        Chère Christiane, évitez de susciter ce genre d’émotions chez Hervé, il est fragile.

    • #4566 Répondre
      Charles
      Invité

      Je découvre Pierre Senges avec Un long silence interrompu par le cri d’un griffon, objet de la prochaine GO. J’ai découvert les extraits choisis, ai trouvé ça très drôle (les sourates du Coran et les chameaux… Voire hilarant, me suis précipité pour l’acheter. Grand styliste, grand plaisir de lecture. Je le lis après avoir les Onze de Michon et trouve ça pas si éloigné, même si Michon est moins drôle. Merci pour la découverte.

      • #4587 Répondre
        Maud
        Invité

        Je me l’étais procuré suite aux critiques plutôt élogieuses sur Mediapart et viens de le terminer. Sacré texte. Virtuose, même.

        Ça me rappelle aussi quelqu’un, notamment cette manière de rassembler tout le réel dans de longues énumérations mais je ne sais plus qui. Ou alors si, je sais : ça me rappelle beaucoup de monde. Je crois que j’ai une super théorie sur ce qui s’opère exactement dans cette écriture.

        • #4589 Répondre
          Charles
          Invité

          C’est quoi ta théorie ?

          • #4632 Répondre
            Maud
            Invité

            J’ai vraiment eu le sentiment que son matériau de travail, ou sa matière première, ce sont les clichés – au sens large, on peut aussi inclure les topos littéraires, tout ce qui ressemble à une représentation collective. L’auteur les utilise comme un terreau sur lesquels il va fabriquer le reste, parfois par association (de clichés), parfois en ajoutant des éléments originaux.

            En fait, mon constat est venu de ce que je disais plus haut : pendant tout le roman, alors que les situations et les personnages se succédaient, je n’arrêtais pas de me dire Je connais ça, j’ai déjà lu ça sans pouvoir en dire davantage. De ce point de vue, les énumérations sont des lieux parfaits, qui peuvent rassembler tous les clichés possibles, avec ou sans lien logique d’ailleurs.

            Mais ce que Senges fait est d’autant plus extraordinaire qu’il invente réellement à partir de ces clichés. Il leur donne une nouvelle tournure. Il a notamment de très belles images, qu’il parvient à rendre singulières.

            • #4636 Répondre
              Barthelby
              Invité

              Merci pour le spoil.

              • #4646 Répondre
                Maud
                Invité

                Ah mince j’en ai trop dit ? J’ai pourtant fait attention à ne rien raconter de l’histoire. À tous les coups tu vas lire le roman et ne verras pas du tout les choses de la même manière.

                • #4659 Répondre
                  Barthelby
                  Invité

                  Non. Je déconnais.
                  Et puis de toute façon, j’ai toujours déjà lu tous les livres.

                  • #4672 Répondre
                    Barthelby
                    Invité

                    Et la chair est très souvent super triste hélas.

                  • #4692 Répondre
                    Maud
                    Invité

                    Très bien. Moi je suis pour la paix dans le monde ET le bizutage des petits nouveaux sur le site
                    Si tu as lu tous les livres, alors tu auras remarqué le beau passage qui t’est consacré dans le Sengès – et cette fois, je tease.

        • #4647 Répondre
          Maud
          Invité

          Ça y est, j’ai trouvé ! C’est à Éric Chevillard que cet auteur me fait penser.

          • #4652 Répondre
            François Bégaudeau
            Maître des clés

            Oui, parenté évidente.
            Appelons ça la famille ludique.

            Il y a aussi des affiliations plus anciennes.

            • #4655 Répondre
              Charles
              Invité

              Pérec ?

              • #4657 Répondre
                François Bégaudeau
                Maître des clés

                Je dirais plutot Borgès
                Mais aussi le plus méconnu Ambrose Bierce.

                • #4658 Répondre
                  Charles
                  Invité

                  Si tu commences à inventer des écrivains on va plus s’en sortir.

                • #4693 Répondre
                  Maud
                  Invité

                  Ah oui, très juste. Surtout la deuxième partie, et son côté « j’écris à partir d’une bonne idée » – ici, un paradoxe. D’ailleurs, il faudrait sonder, mais je suis sûre que PS a fait ce que nombre d’écrivains rêvent de faire (écrire sur ce sujet-là). On n’est pas très loin de Flaubert non plus, finalement.
                  J’espère que je suis claire, j’essaie de ne pas trop en dire.

                  • #4764 Répondre
                    Maud
                    Invité

                    Apparemment ça ne l’était pas 😁
                    Pour clarifier justement, j’ai fait un billet de blog sur le livre. À lire peut-être après la Gène de François, comme complément (ou pas, je ne sais pas, l’exercice est différent). Enfin je pose ça là : maudassila.fr/2023/03/19/320-griffon/

                    • #4767 Répondre
                      Barthelby
                      Invité

                      Dès que j’aurai lu le Senges, je te lirai

                      • #4768 Répondre
                        Maud
                        Invité

                        Super, merci

                      • #4776 Répondre
                        François Bégaudeau
                        Maître des clés

                        je vais lire aussi

                      • #4792 Répondre
                        Maud
                        Invité

                        Chouette, merci

                      • #5914 Répondre
                        Barthelby
                        Invité

                        C’est moi qui te remercie; tu sens et rends sensibles de nombreux aspects.
                        J’ai une remarque : tu sembles supposer, lorsque tu commentes le passage p.44-45 que Tatiana Orlova est morte. Je n’en suis pas sûr.
                        Ce qui produit une convergence involontaire avec la lecture de François qui dit dans la Gêne, ne pas souvenir de ce qu’est devenue Tatiana Orlova.
                        Je pense( sauf erreur de ma part) que la situation perte de l’être aimé est traité de façon totalement a-dramatique et qu’elle est si peu l’objet d’une narration qu’elle est quasi incompréhensible. ( vous soulignez tous deux le manque d’appétence pour la situation)
                        Pour moi, donc, « choisit de disparaître définitivement » ne dit pas forcément sa mort, et le syntagme « il hésite longtemps » atténue tout ce que la scène pourrait avoir de déchirant.
                        Je retrouve le refus du romanesque (si elle n’est pas morte, on pourrait la chercher) et la mise en sourdine des affects.
                        Ce qui doit primer ici, c’est qu’on n’aie affaire qu’à ce que l’absence permet : le silence et les signes de la présence.

                        Je fais peut-être fausse route, mais je tiens la poétique de Senges responsable de cette ambiguïté.

                      • #5915 Répondre
                        Barthelby
                        Invité

                        *est traitée

                      • #5916 Répondre
                        Barthelby
                        Invité

                        *pour responsable

                      • #5941 Répondre
                        Barthelby
                        Invité

                        Ce message est une catastrophe. J’en suis désolé.
                        *se souvenir
                        *qu’on n’ait

                      • #5942 Répondre
                        Maud
                        Invité

                        Oui c’est bien vu, rien ne dit que Tatiana est morte et seul son silence demeure. En cohérence avec le reste du roman, en effet.
                        Je crois que j’ai fini par amalgamer le personnage de Tatiana avec celui de la Douce de Dostoievki (p. 102-103). Elle meurt en s’étalant sur le sol. Il est possible que ce glissement d’un personnage féminin disparu à l’autre mais à la mort établie soit aussi une ruse de Senges. Mais à vrai dire je me fourvoie très bien toute seule aussi. 😉
                        Merci pour ton commentaire, c’est toujours agréable d’avoir de tels retours.

                      • #6077 Répondre
                        Barthelby
                        Invité

                        Plus je lis les pages 44-45 plus je me dis qu’elles fonctionnent comme une prolifération d’hypothèses narratives plus ou moins explicites entre lesquelles le narrateur ne daigne pas trancher: d’ailleurs je serais bien emmerdé si je devais te démontrer que Tatiana n’est pas morte.
                        Je vais réfréner la tentation pletikesque de ne plus commenter que ces deux pages dans les dix prochaines années de ma vie et te prier _ si cela ne te dérange pas trop _ de révéler l’identité de l’écrivain de droite contemporain que tu dis affectionner particulièrement dans les commentaires de la Préface de François à Un Curé de Campagne.
                        Après tout, Hervé n’a jamais fait mystère de sa passion pour les romans de Jean-Marie Rouart, ni Charles dissimulé le culte qu’il voue aux écrits de Jean d’Ormesson.

                      • #6085 Répondre
                        Barthelby
                        Invité

                        Bien sûr, tu peux m’envoyer paître.

                      • #6184 Répondre
                        Maud
                        Invité

                        Aucun souci, au contraire ça me permet de préciser et nuancer. Il s’agit de Javier Marías. Dire que c’est mon écrivain préféré n’est pas tout à fait juste. C’est comme quand on dit « ma meilleure amie » alors que dans les faits on en fréquente 3 ou 4 avec la même intensité. C’est un peu con à vrai dire.
                        En revanche, il est vrai que la lecture des premiers livres de Marías, et en premier chef « Un coeur si blanc », puis disons ses deux suivants, a été une expérience qu’aucun autre texte ne m’a procurée. Une expérience physique (vraiment), et très singulière.

                        !! Ne lis pas ce paragraphe si tu ne veux pas savoir ce que son écriture a de particulier !!
                        C’est un auteur qui parvient à produire des textes extrêmement réalistes et qui pourtant déplie tout jusqu’à une sorte de point de rupture. C’est juste fou ce qu’il fait dans ces romans. Fou, pas parce que ce serait fait par un dingue, au contraire l’écriture est je crois très maîtrisée. Mais fou parce que la perception même de la « réalité » décrite (reconstituée), la perception du temps, des situations, s’en trouve distordue. J’ai l’habitude de dire qu’il a une écriture gluante.

                        Reprise :
                        Et puis ses textes se sont peu à peu normalisés. Je ne sais pas pourquoi. Est-ce parce qu’il a connu le succès trop vite ? A-t-il été tétanisé par la perspective de gagner le Nobel qu’on lui promettait ? Ou est-ce son conservatisme qui l’a rattrapé ? Peut-être tout ça à la fois. Je suis en train de lire un plus recent, qui m’accroche moins (c’est un livre sur le silence 😉). Il est très bien écrit, Marías y montre malgré son machisme une compréhension psychologique des femmes toujours aussi grande. Mais il n’y a plus ce truc invraisemblable.

                        Dernière nuance, dont je ne sais pas si elle est importante : il est mort l’année dernière, ce que j’ai appris la semaine dernière quand j’ai acheté ce roman. Il n’est donc plus tout à fait contemporain.

                      • #6185 Répondre
                        Barthelby
                        Invité

                        Merci. Je ne l’ai jamais lu.

                      • #6187 Répondre
                        Maud
                        Invité

                        Si tu le lis un jour, je serai ravie de savoir ce que tu en as pensé

                      • #6221 Répondre
                        Hervé Urbani
                        Invité

                        Mon tiercé dans l’ordre était Vargas Llosa (le Jon Voight de la littérature), Ellroy et Houellebecq

                      • #6233 Répondre
                        Hervé Urbani
                        Invité

                        Il faut que je précise : ces trois noms d’écrivains de droite me sont venus non par une déduction que j’aurais pu être amené à faire de tes goûts littéraires après analyse minutieuse du fond et de la forme de tes interventions sur ce site mais par la faible connaissance des auteurs encore -et peut-être toujours, qui sait – vivants que j’ai pu lire, encore affaiblie par la faible quantité d’entre eux qui se proclament de droite – ou dont il est inutile de se poser la question tant c’est flagrant. Des auteurs morts de droite, il m’en serait venu immédiatement 750 à l’esprit.
                        Je ne connais pas le monsieur dont tu parles, mais son côté gluant donne envie, et son côté mort aussi car ceux qui me connaissent un peu savent que c’est presque une condition sine qua non pour que je me jette à corps et âme perdus dans un livre encore que ce soit de moins en moins vrai puisque sur les trois livres que je lis en ce moment, seule Simone Weil est morte et depuis seulement quatre-vingts ans en plus, et d’ailleurs j’en profite pour dire que j’ai découvert un grand écrivain, mon frère avait raison quand il me disait que c’était le Dostoïevski du Bangladesh : Saad Z. Hossain, qui non seulement n’est pas mort mais est même plus jeune que moi, le bâtard.

                      • #6322 Répondre
                        Maud
                        Invité

                        Jamais lu les 2 premiers. Si tu as des titres à me conseiller, je suis preneuse. Houellebecq, j’ai arrêté après Les particules élémentaires… J’aime bien son humour froid mais son écriture m’ennuie.
                        Il y a un autre très bon écrivain dans le genre, dans le.genre comment dire, bien vivant et dont je conseille la lecture, c’est Peter Handke.

                      • #6351 Répondre
                        Hervé Urbani
                        Invité

                        Pour Vargas, je conseille son premier roman La Ville et les chiens, quand son idole était Fidel Castro – avant qu’il bifurque politiquement, passant de Marx à l’école de Chicago et bêlant son admiration pour Friedman, Hayek, Reagan, Thatcher et Berlusconi.
                        Pour Ellroy, vers 2005-2010, je t’aurais fait l’apologie de tous ses romans et par dessus tout sa trilogie American Tabloïd, American death trip et Underworld USA. Plus très sûr que je serais aussi dithyrambique aujourd’hui.
                        Pour Houellebeck, j’ai arrêté exactement en même temps que toi, plus rien lu de lui depuis les Particules élémentaires où je me souviens très nettement m’être dit « stop, ça me gonfle » (phrase lumineuse que je tenais à reproduire fidèlement ici).
                        Pour Handke, je suis bien d’accord mais j’ai pas l’impression qu’il soit de droite.

                      • #6378 Répondre
                        Maud
                        Invité

                        Ok merci Hervé Urbani. Le jeune Vargas me fait bien envie.

                      • #6383 Répondre
                        François Bégaudeau
                        Maître des clés

                        Handke a eu le malheur de prendre des positions pro-serbes, ce qui a eu l’effet de le classer dans les Wanted de la planète, avec Jeffrey Epstein et Prigojine. Sa littérature est souverainement indifférente à tout ça.

      • #4721 Répondre
        Grosminet
        Invité

        Bonjour, est-ce qu’une personne abonnée au Monde pourrait déposer la critique de Bertrand Leclair sur le livre ?

    • #4644 Répondre
      Eliot
      Invité

      Salut François, est-ce que t’as lu L’esthétique de la résistance de Peter Weiss ? Si oui, qu’en penses-tu ? Il paraît que c’est un des chefs-d’oeuvre du XXe siècle …

    • #4686 Répondre
      Eliot
      Invité

      Ton avis sur Becket ? T’as déjà écrit dessus ? qu’est-ce qu’il te plaît chez lui (ou qu’est-ce qu’il ne te plaît pas) ?

      • #4747 Répondre
        François Bégaudeau
        Maître des clés

        de Becket tout me plait
        mais j’ai peu écrit sur lui, voire pas
        Jouer juste, mon premier roman, était sous influence Becket

      • #8966 Répondre
        Titouan R
        Invité

        Hypothèse : si Pennac avait lu Molloy, il n’aurait jamais osé l’indigent Journal d’un corps.

    • #4833 Répondre
      Dr Xavier
      Invité

      @Grosminet – La critique en question.
      « Un long silence interrompu par le cri d’un griffon » et « Epître aux Wisigoths » : les féeries littéraires de Pierre Senges
      .
      Deux livres pour parcourir joyeusement les sentes obscures de l’imaginaire et des lettres.
      .
      C’est au chapitre 9 d’Alice au pays des merveilles, de Lewis Carroll (1865), que « le cri du griffon » interrompt le silence de la Fausse Tortue, se souvenant qu’elle fut jadis une vraie tortue. Le lecteur ne découvrira cette clé du titre du nouveau roman de Pierre Senges, Un long silence interrompu par le cri d’un griffon, qu’à la très longue rubrique « Silences », dans la seconde moitié du livre : là où la première partie inventait à grandes enjambées gourmandes la biographie de Pavel Pletika – « (1881-1961) » –, la seconde restitue des extraits de l’Encyclopédie du silence que Pletika aura mis trois décennies à rédiger dans le plus grand secret, au pays des Soviets.
      .
      A rebours du réalisme socialiste prôné par les sbires de Staline, cette encyclopédie se devait d’être, selon Pavel Pletika, « l’hospitalité faite à toutes les variétés de silence », non sans évoquer « le beau vertige de Thomas De Quincey au moment de comprendre qu’il ne pourra jamais lire les millions de livres de la British Library », sachant qu’elle devrait compter suffisamment de pages pour « ne jamais être lue entièrement », afin de favoriser une illusion de totalité.
      .
      On peut dire que Pletika y aura mis une foi de converti, lui qui avait été suffisamment bavard pour prononcer des conférences d’une voix qui savait « charmer les femmes mariées » et « subjuguer les vieux professeurs ». Ses amis, cependant, attendront l’effondrement soviétique pour qu’un heureux hasard leur permette de retrouver la trace de cette Encyclopédie soigneusement dissimulée, et d’autres années encore pour la décrypter, grâce à une musicienne qui ­possède ce que dans leur jargon les sous-mariniers appellent une « oreille d’or » – puisque (mais ne dévoilons rien) cette Encyclopédie du silence aura provoqué dans les sous-sols de l’histoire beaucoup de bruits, et des plus bizarres.
      .
      Outre son aisance à multiplier des digressions qui paraissent évidentes et nécessaires, Pierre Senges restitue l’épopée de Pletika avec une ironie élégante et facétieuse, même lorsqu’elle se fait mordante. Reste que l’ironie ne va jamais sans provoquer un effet d’entre-soi du meilleur aloi, qui entraîne le lecteur : accentué par la tonalité flegmatique, l’effet peut se révéler perturbant lorsqu’il est question, non sans réalisme, des pires années staliniennes dont témoigne entre toutes l’œuvre d’Ossip Mandelstam (1891-1938), engagé malgré lui parce qu’embarqué comme tous, la poésie en étendard.
      .
      On s’égaie sans frein, en revanche, dans Epître aux Wisigoths, du même Pierre Senges, qui paraît simultanément. Ne s’embarrassant d’aucun prétexte narratif, le livre jongle avec l’infini des références littéraires (l’index recense plus de deux cents noms propres, dont celui d’Ossip Mandelstam, précisément, presque aussi récurrent que ceux de Gogol, Kafka ou Walser). Cette épître doit son titre à Giorgio Manganelli (1922-1990) : l’auteur italien d’Aux dieux ultérieurs (W, 1986) nommait en effet « nouveaux et acerbes Wisigoths » les écrivains pour lesquels la littérature vaut comme « un joyeux mensonge, un jeu, une partie d’échecs éternelle, fatale et inutile ».
      .
      Pierre Senges enfourche cette proposition avec le même naturel qu’en son temps le baron de Münchhausen enfourcha un boulet de canon qui passait par là, et qui ­repasse plusieurs fois dans cette Epître… Sinon qu’il ne s’agit pas tant, cette fois, de parcourir l’espace que le temps infini de la bibliothèque : comme d’autres s’y emploient dans la forêt de Brocéliande, Pierre Senges nous entraîne dans la forêt des œuvres, empruntant les sentes les plus obscures, espérant toujours que la fée Littérature saura jaillir aux yeux du lecteur comme à Brocéliande la biche ou le renard, et c’est chaque fois un bond au cœur.
      .
      On sait par ailleurs que le baron de Münchhausen, pour avoir réussi l’exploit de « s’extirper d’un marais en tirant sur sa propre queue-de-cheval », a donné son nom à un « trilemme » épistémologique qui affirme l’impossibilité d’établir une vérité absolue, même en logique. Voilà qui pourrait nous ramener par une trappe directe au cœur d’Un long silence…, quand Pavel Pletika se voyait porter cette conviction : « Partant du principe qu’on ne trouve dans l’univers physique aucune preuve indubitable, devoir est fait aux hommes d’offrir l’hospitalité à toutes les preuves douteuses, et même aux pistes légères – c’est du moins l’avis des chasseurs les plus obstinés », au rang desquels tout invite, décidément, à compter Pierre Senges.

      • #4843 Répondre
        François Bégaudeau
        Maître des clés

        Les quatre paragraphes sur Un long silence… sont aveuglés par l’anticommunisme du scripteur. Il ne voit dans le livre que le cadre soviétique, qui est pourtant absent de sa seconde moitié. Et il déplore à la fin que le livre ne soit pas plus clairement anti-stalinien. Il salue donc les facéties de Senges mais eût aimé qu’il soit moins facétieux.

    • #4890 Répondre
      Dr Xavier
      Invité

      Lu Comment saboter un pipeline, d’Andreas Malm. C’est lisible mais je recommande pas trop, le style est un peu plat et un lecteur régulier de revues écologistes (de type Reporterre) n’apprendra rien de neuf. Surtout, il ne va pas au fond des choses, il est chagriné du peu d’impact rencontré par les actions plus ou moins violentes (plutôt moins d’ailleurs) des militants écologistes, mais n’ose pas aller franchement vers sa conséquence : la violence oui ou non, sans point d’interrogation, pour reprendre cet ouvrage de Gunther Anders (ouvrage d’ailleurs un peu bizarre qui est en fait une sorte de collection d’articles et d’entretien). Et puis le titre est trompeur, on y apprend pas du tout comment saboter un pipeline, rends l’argent Andreas !
      Si vous voulez saboter je conseille vivement Le Gang de la clé à molette d’Abbey, vous apprendrez comment démolir des engins de chantier et faire sauter des ponts, tout ça en compagnie d’une bandes de quatre paumés avec à sa tête un fort sympathique anar de droite. Hayduke forever!

    • #4911 Répondre
      Eliot
      Invité

      Salut François, je crois que t’apprécies l’oeuvre de Bolaño. Peux-tu m’en dire plus sur ce qui te plaît chez lui tant sur le fond que sur la forme si t’as un moment stp ?

      • #4912 Répondre
        Ostros
        Invité

        Eliot, une suggestion : comme tu poses la même question à François en changeant juste le nom de l’écrivain est-ce qu’il ne serait pas plus simple et moins répétitif de lui faire une liste d’écrivain.e.s comme d’autres l’ont fait plus haut. Et ainsi purger d’un coup toutes tes interrogations sur ce que pense François de ces écrivains et écrivaines. C’est une idée.

        • #4917 Répondre
          François Bégaudeau
          Maître des clés

          Je suis assez d’accord avec Ostros. Et puis ça fait un peu « je valide ».
          Sur Bolano, j’ai souvent dit le bien que j’en pensais, et notamment des Détectives sauvages
          Tu trouveras sur le site begaudeau.info un texte qui analyse une page d’une nouvelle de Bolano.

          • #4942 Répondre
            Eliot
            Invité

            Je ne cherche pas de « validation » mais un avis concret et détaillé qui tient sur plus d’une phrase. C’est dommage que tu le prennes comme ça mais merci pour la ref en tout cas 🙂

            • #4967 Répondre
              François Bégaudeau
              Maître des clés

              je ne le prends pas « comme ça », mais, à défaut de temps pour vraiment expliquer pourquoi j’aime tel auteur, je dois me contenter de deux ou trois phrases. et ça sonne comme une validation
              du reste à chaque fois tu ne relances pas, ce qui accuse le verdict sec

    • #5015 Répondre
      Dr Xavier
      Invité

      Par je ne sais quelle magie de l’algorithme qui me connaît si bien, je suis tombé sur cette discussion Quintane – Hazan – Rancière. Quintane y lit le début de son texte « Les prépositions » (paru dans Les années 10, qui donc me tente bien), et s’ensuit une sorte de Gêne littéraire avant l’heure.

    • #5076 Répondre
      Maud
      Invité

      Excellente gêne sur le Senges !
      Bien vu pour la mise à plat du vrai et du faux dans la littérature (au tout début du podcast), et pour la filiation lettrée (avec des auteurs pour qui tout est texte, et ne demande qu’à être augmenté).
      J’avais cru que la rupture fondamentale entre mot et chose était un problème chez Senges, François a raison d’y voir plutôt une source de réjouissance et l’occasion de célébrer la vie.
      Pour info, il y a un article dithyrambique sur le dernier Michon dans Le Monde. Et en effet, il a l’air drôlement bien.

      • #5089 Répondre
        François Bégaudeau
        Maître des clés

        Merci pour la Gene

        Un article sur Michon ne saurait être que dithyrambique
        Et oui le livre est bien, puisque Michon l’a ouvragé.
        Mais quand même. Quand même y a un malaise.

        • #5092 Répondre
          Barthelby
          Invité

          J’aimerais bien que tu creuses ça un de ces quatre.

          • #5114 Répondre
            François Bégaudeau
            Maître des clés

            on creusera dans la Gene, qu’on annonce dans celle sur Senges
            on va faire d’abord le Letourneur
            le Michon ce sera pour fin avril
            ce qui laisse largement le temps de le lire – sa taille aidant aussi

        • #5093 Répondre
          Charles
          Invité

          Bravo pour la GO qui a bien prolongé le plaisir de la lecture (merci pour la découverte d’ailleurs).
          D’où vient le malaise du Michon? Je sentais un peu ça à la lecture de la recension euphémistique sur le site d’en attendant Nadeau.

        • #5098 Répondre
          Maud
          Invité

          De mon côté, si la dithyrambe est exagérée, je ne me generai pas pour le dire. Mais d’abord je dois lire le premier opus, qui date de 1996.

          • #5113 Répondre
            François Bégaudeau
            Maître des clés

            eh bien pour ça il te suffira d’acheter Les deux Beune…. qui contient La grande Beune – première partie, 70 pages
            la partie inédite, c’est la seconde, 70 pages aussi – après 14 ans de silence
            tu commences à comprendre le malaise Charles?

            • #5119 Répondre
              Maud
              Invité

              D’accord merci, j’ignorais le livre deux en un. Après, moi, 10 pages mémorables suffisent à mon bonheur. Espérons qu’elles y soient.

            • #5122 Répondre
              K. comme mon Code
              Invité

              Ah putain. J’avais bugué sur la description de l’éditeur, je croyais que c’étaient deux nouvelles parties, ou qu’une troisième, encore inédite, serait publiée plus tard. Déjà que je ne m’étais pas jeté dessus parce que La Grande Beune est le Michon qui me plaît le moins, dix-huit euros pour soixante-dix nouvelles pages, ça risque de retarder davantage la lecture. Il avait aussi dit avoir écrit un long roman d’amour pour Gallimard se déroulant dans une France contemporaine : potentiellement foireux et donc potentiellement intéressant. Alors, ça m’a un peu déçu de voir ce livre sortir à la place.

              • #5127 Répondre
                François Bégaudeau
                Maître des clés

                avec l’homme qui n’a pas de prénom on pensait vraiment que ce « nouveau Michon » était ce gros livre annoncé de très longue date par Gallimard
                qui peut-etre sortira un jour

            • #5132 Répondre
              Barthelby
              Invité

              Je suppose que le malaise ne vient pas que de ce rythme de production incroyablement lent ( environ une page tous les 73 jours ). Sinon tu n’en ferais pas une Gêne. Non ? Tu avais déjà émis des réserves — du bout des doigts — en pointant son obscurité. Nous parlions des Onze, je crois.

              • #5149 Répondre
                François Bégaudeau
                Maître des clés

                ce rythme de production est notable, mais pas disqualifiant
                s’ajoute ici, donc, le fait de publier un semi-inédit
                et aussi peut-etre le contenu même de ce semi-inédit

            • #5144 Répondre
              Charles
              Invité

              Oui je vois mais est-ce nouveau ? Je me rappelle avoir été interloqué quand après avoir lu Vies minuscules j’ai découvert qu’il avait si peu écrit en 40 ans alors qu’il est tenu pour un des plus grands écrivains français contemporains.

    • #5099 Répondre
      Maud
      Invité

      Pour ceux qui seraient en panne d’idées, je viens d’entendre la critique de deux livres tout juste parus et qui font bien envie : Un jour, ma fille a disparu dans la nuit de mon cerveau de Stéphanie Kalfon et Histoire de ma peau de Sergio del Molino. Ce dernier texte me fait de l’oeil : il résonnera peut-être avec Sciences de la vie, de Joy Sorman, que j’avais lu avec grande attention.
      D’ailleurs, j’en profite pour jeter une bouteille : si vous avez des romans centrés sur le sport et/ou le corps (pas Jouer juste : déjà lu et aimé !), je suis preneuse

      • #5101 Répondre
        Ostros
        Invité

        Courir d’Echenoz sur Emil Zátopek.

        • #5102 Répondre
          Ostros
          Invité

          C’est pas un roman mais c’est intéressant.
          Les artistes ont-iels un corps ?
          Chez monstrographe.

          • #5118 Répondre
            Maud
            Invité

            Courir d’Echenoz je l’ai lu et bien aimé
            Je viens de lire des extraits du recueil de chez Monstrograph – toute la série « les artistes ont-ils… » a l’air super d’ailleurs. Ça correspond bien à ce que je cherche : des récits d’expériences. Je vais essayer de me le procurer (le livre apparemment est en rupture). Merci pour le conseil !

      • #5204 Répondre
        Barthelby
        Invité

        Salut Maud,
        On m’a dit grand bien du recueil de nouvelles sur la boxe intitulé La brûlure des cordes, qui inclut Million Dollar Baby. Ta demande m’a rappelé que je devais le lire. C’est de F. X. Toole.

        • #5238 Répondre
          Maud
          Invité

          Salut Barthelby,
          Oui, la boxe, excellente idée.
          Et ta proposition me rappelle que je dois aussi me procurer Corps et âme, sur l’apprentissage de ce sport, par le sociologue Loïc Vacquant (vu récemment sur Hors serie). Double top.

      • #5206 Répondre
        MA
        Invité

        The body d’Hanif Kureishi

        • #5239 Répondre
          Maud
          Invité

          Un peu de SF. Merci.

      • #5272 Répondre
        Dr Xavier
        Invité

        Salut Maud, pour des romans centrés sur le sport et/ou le corps, me viennent en tête :
        – Murakami, Autoportrait de l’auteur en coureur de fond, pas lu, m’inspire pas mais je peux rien en dire.
        – Lola Lafon, deux romans très forts – et glaçants – sur le sport et le corps (des femmes) : La petite communiste qui ne souriait jamais, sur Nadia Comăneci, la gymnaste roumaine de quatorze ans qui a participé aux Jeux olympiques d’été de 1976 ; et Chavirer, sur une adolescente devenue danseuse pour les plateaux télé des émissions de variété.
        Sinon il y a les récits d’ascension à la montagne ? Herzog, Terray, Lachenal, Messner, Lafaille…

        • #5495 Répondre
          Maud
          Invité

          Ok je note. Marrant : hier un de mes élèves est venu me conseiller quelques titres de Jornet et Jurek (champions de trail, que je connaissais pas) sans que je lui demande quoi que ce soit. Ma quête doit avoir fini par s’imprimer sur mon front.

    • #5162 Répondre
      Carpentier
      Invité

      Marque-page glissé entre les p.164 et 165 du Connemara de Nicolas Mathieu – Hélène vient de remettre le carnet intime de Charlotte qui dort profondément dans son sac – je lirais bien ce petit article en entier, si jamais:
      https://www.lemonde.fr/m-perso/article/2023/03/26/nicolas-mathieu-peu-a-peu-on-sent-que-la-vie-commence-a-faire-des-cicatrices-sur-son-enfant_6167032_4497916.html
      Merci d’avance, d’autant que j’envisage volontiers la lecture de son Leurs enfants après eux dans un second temps

    • #5173 Répondre
      Jean Marie Bigard
      Invité

      Salut!
      « Romain Gary, grand falsificateur, grand embrouilleur »
      Cette phrase est tirée de Histoire de ta bêtise, qqun•e pourrait me développer cela ?

      • #5175 Répondre
        Ostros
        Invité

        Peut-être un rapport avec Emile Ajar.

        • #5176 Répondre
          Ostros
          Invité

          C’était une question manque le point d’interrogation.

          • #5177 Répondre
            Ostros
            Invité

            Jean-Marie si t’as le temps tu peux écrire la phrase en entier stp ?

            • #5178 Répondre
              Ostros
              Invité

              Est-ce qu’il ne travestit pas aussi le réel lorsqu’il se raconte dans ses livres ? Pour en faire comme un destin.
              Sa mère était une grande mythomane.

      • #5196 Répondre
        François Bégaudeau
        Maître des clés

        La littérature de Gary est essentiellement occupée à construire des légendes, et notamment la sienne – qu’il cultivera jusqu’au bout, et des deux façons qu’on sait.
        Pour le vrai on ne peut pas compter sur lui – comme on pourrait compter sur Becket ou Kafka.
        Ce n’est pas un jugement négatif, j’expliquais là le gout immodéré des derniers bourgeois qui lisent des romans pour Gary. Comme j’explique leur modianisme.

        • #5245 Répondre
          Stubb
          Invité

          Gary cache pas l’atelier de fabrication du mythe, c’est son lieu favori, bien plus que le spectacle final
          Tu trouves pas ?
          Ça m’étonne pas de voir qu’en effet des pommes s’y sentent à l’aise, des pommes toutes vertes et bourgeoises, mais on sait qu’elles se sentent à l’aise dans bien des endroits

          • #5252 Répondre
            François Bégaudeau
            Maître des clés

            C’est précisément ce que je peux aimer chez Gary : il ne se cache pas de mythonner
            Comme Nabokov – qui est tout de même un peu plus fort.

    • #5201 Répondre
      Mao
      Invité

      A côté, ça cause d’un roman « culte » d’un écrivain qui s’est suicidé (la conjuration des imbéciles de John Kennedy Toole). A. l’instant, il est question de « modianisme ». Et dans les rues de Paris (en réalité certaines seulement) les déchets s’amoncellent. Autant d’éléments qui par association d’idées me renvoient au seigneur des porcheries de Tristan Egolf. On en pense quoi par ici ?

    • #5350 Répondre
      Parfaitement à l’eau
      Invité

      Petit blind test littéraire.
      C’est un roman américain assez trash paru dans les années 60 qui a eu un gros succès. Il est décomposé en plusieurs parties dont l’une commence comme ceci. Je met un X sur les noms pour pas que ça soit trop facile 😉
      « X avait quinze ans la première fois qu’elle avait couché avec un type. Ça n’avait pas été par passion. Seulement pour passer le temps. Elle était toujours pendue chez X avec les autres gosses du quartier. Rien à foutre. Seulement rester assis à discuter. Écouter le juke-box. Boire du café. Essayer de piquer des cigarettes. Tout était aussi emmerdant. »

      • #5357 Répondre
        Leo Landru
        Invité

        Je l’ai lu et oublié. Je lisais Murakami Ryu à la même époque, qui me parlait davantage dans la dépravation. Et Irvine Welsh. C’est le Trainspotting américain des années 60, ce roman qui zone à Brooklyn.

      • #5361 Répondre
        Dr Xavier
        Invité

        C’est quoi la réponse alors ? Je donne ma langue au chat (pour qu’il en fasse de la saucisse ?)

        • #5363 Répondre
          Parfaitement à l’eau
          Invité

          Last exit to Brooklyn. J’avais lu ça ado, la partie Tralala m’avait sidéré, surtout parce que je n’avais pas lu de choses aussi violentes.
          J’aime bien le style, direct, cru, parfois confus mais très efficace je trouve. Par contre son roman Le démon m’est tombé des mains..

          • #5364 Répondre
            Charles
            Invité

            Très bon souvenir de Retour à Brooklyn également lu ado. Le démon est très fort pendant au moins les 2/3 avant de prendre une tournure plus convenue et moins réaliste. Grand personnage central néanmoins.

          • #5431 Répondre
            Parfaitement à l’eau
            Invité

            Ryu Murakami je ne connaissais pas. J’ai commencé Bleu presque transparent.

            • #6079 Répondre
              Leo Landru
              Invité

              Je ne l’ai pas lu, pas encore en tous cas.
              De lui j’aime énormément Parasites (encore !), un drôle de roman picaresque sur un hikikomori dont l’émancipation passe par une secte meurtrière, et Miso soup sur le choc Japon / Amérique. Des récits romantiques violents dont la clé se trouve dans le refus d’une vision morale du monde. Murakami Ryu exalte la marge dans un pays qui la condamne.

    • #5419 Répondre
      Folantin
      Invité

      Bonjour François,
      Et que pensez-vous de :
      – Huyssmans,
      – Perec,
      – Teulé,
      – ma nouvelle paire de chaussures ?

      • #5426 Répondre
        Bergotte
        Invité

        Je me permets d’ajouter aux précédentes listes :
        – Bove Emmanuel
        – Bergounioux Pierre
        – Bernhard Thomas
        – Bailly Jean-Christophe
        – Dantec Maurice Georges

        • #5430 Répondre
          François Bégaudeau
          Maître des clés

          Bove connais mal, Dantec jamais lu et ça me gonfle d’avance (peu de gout pour l’emphase), Bergougnioux suis très client ( même si sa passion du vrai a des lacunes), Bernhard me fait rire, Bailly lu un seul livre mais avec joie

      • #5429 Répondre
        François Bégaudeau
        Maître des clés

        des quatre je n’ai lu que la nouvelle paire de chaussures, que j’aime beaucoup, sauf l’incipit

    • #5420 Répondre
      Folantin
      Invité

      Erratum : Huysmans avec un seul s bien sûr 😐

    • #5542 Répondre
      tristan
      Invité

      Ne perdez pas votre temps en vaines lectures !

      « Les Gathas » de Zarathoustra, traduit et présenté par Khosro Khazai Pardis chez Albin Michel Spiritualités vivantes.
      Ça a une autre gueule que l’histoire alakhon du chamelier fou pédophile ou de celle de l’épinglé du Golgotha.
      Bonne lecture !

    • #5558 Répondre
      lison
      Invité

      En ce moment sur France culture, une émission autour de Jean Patrick Manchette, à l’occasion de la publication d’un livre d’entretiens .
      https://www.editionslatableronde.fr/derriere-les-lignes-ennemies/9791037106209

      • #5716 Répondre
        lison
        Invité
        • #5717 Répondre
          Charles
          Invité

          Merci beaucoup. Je n’ai lu que Morgue pleine, tu recommanderais lesquels toi?

          • #5718 Répondre
            lison
            Invité

            En fait je recommande l’émission, parce que je n’ai lu aucun livre de Manchette.
            Des années que j’en entends parler, que des amis m’en parlent régulièrement, que je me dis il faudrait, et que je ne m’y mets pas. Là, les invités donnent vraiment envie d’y aller , alors peut être que d’ici quelques années je pourrais te dire lesquels je préfère. Et Peut être que d’autres par ici l’ont lu.

          • #5725 Répondre
            Tony
            Invité

            En tant que fan de Manchette c’est toujours émouvant de l’entendre,comme dans cette émission,avec sa diction si singulière,je te conseille Fatale pour son magnifique personnage féminin et sa satire de la bourgeoisie de… bléville!

            • #5732 Répondre
              Hervé Urbani
              Invité

              La Position du tireur couché, Fatale, Nada, sa correspondance, ses critiques ciné de films qu’il n’a pas vus (les Yeux de la momie)… Ça donnera envie de lire tout le reste

              • #5733 Répondre
                Tony
                Invité

                Au fait Hervé puisque tu t’y connais est-ce que tu sais si un jour on aura la suite de son journal,j’ai jamais trouvé d’info à ce sujet, pourquoi ça s’arrete au milieu des années 70?

                • #5737 Répondre
                  Hervé Urbani
                  Invité

                  Désolé, je n’ai pas d’info, et je ne l’ai pas lu depuis au moins 15 ans

    • #5714 Répondre
      Frezat
      Invité

      Yep qqun a lu le dernier branco: coup d état ?

      • #5727 Répondre
        Charles
        Invité

        Demande à Hervé, il a fait une lecture publique du livre récemment.

        • #5735 Répondre
          Hervé Urbani
          Invité

          Branco écrivant comme Maître Yoda, j’avais logiquement commencé par la fin mais la personne à qui appartenait le livre l’a perdu donc j’ai jamais pu finir le début.

          • #5747 Répondre
            François Bégaudeau
            Maître des clés

            Oui je l’ai perdu. Certains ont parlé d’acte manqué, c’est pas vrai. C’est un acte volontaire.

            • #5750 Répondre
              Charles
              Invité

              Ça ne m’étonne pas du tout de la part de Monsieur Begaudeau.

              • #5760 Répondre
                Sarah G
                Invité

                Oui pas mal de personnes m’en ont parlé du bouquin de Juan Branco en ce moment, et vu des publications sur les réseaux sociaux, moi aussi je me demandais si quelqu’un l’avait lu par ici et avoir vos avis.
                Ça ressort pas mal ces jours ci en tout cas.

                • #5771 Répondre
                  François Bégaudeau
                  Maître des clés

                  les gens adorent la littérature, c’est pour ça

                • #5772 Répondre
                  Julien Barthe
                  Invité

                  Le problème étant que pour vérifier que ce livre à fond, il faudrait être capable d’affronter sa forme en feignant de croire qu’ils sont séparables.
                  Quelques extraits:
                  « Il ne faut, en choisissant une telle voie, craindre d’être haï. Car si le corps se saisit, l’âme se séduit. Or le coup d’État privilégie la prise au mot, et il faut une estime de soi importante pour s’indifférer aux regards qui en naîtront. »
                  .
                  « Il n’y a être plus prostituable au sein de ce système que son petit soldat par excellence, le gardien de la visibilité, le détenteur de ses clefs, en d’autres termes : le journaliste français…. »
                  .
                  « La chaleur partout manqua. Cette chaleur qui jusque là m’avait empourpré, me donnant cet air enfantin qui soudain me quittait. Alors, la lutte. La mort ou la lutte, pour retrouver cette âme et cet amour échoués. »

                  • #5774 Répondre
                    François Bégaudeau
                    Maître des clés

                    Tu es dur. Il y a là largement de quoi mériter un passage en seconde
                    Et même en seconde générale

                  • #5776 Répondre
                    Leo Landru
                    Invité

                    Ce siècle avait vingt-trois ans
                    Kiev remplaçait Damas
                    Déjà sous sieur Onfray, maître Branco perçait

    • #5878 Répondre
      Sarah G
      Invité

      https://www.lechappee.org/collections/le-pas-de-cote/les-racines-libertaires-de-ecologie-politique
      Je vous partage ce lien, un livre de Patrick Chastenet qui présente cinq penseurs, certains venant de l’anarchisme ou d’autres s’en rapprochant.il présente dans ce livre Elisée Reclus, cher à François

      • #6098 Répondre
        Dr Xavier
        Invité

        Merci ! Tu recommnandes donc la lecture ? Il y a du souffle ? (je demande parce que ça fait quelques bouquins que je lis qui me tombent un peu des mains, je suis en pleine accord avec les idées exposées mais la rédaction un peu scolaire me chagrine)

        • #6106 Répondre
          Sarah G
          Invité


          Voici le lien

    • #6104 Répondre
      Sarah G
      Invité

      Il présente cinq portraits de penseurs, Patrick Chastenet a été un disciple de Jacques Ellul.
      Je vais te partager une vidéo YouTube, il a fait une rencontre à la librairie Mollat.
      Comme ça tu te feras une idée.
      L’ouvrage est vivant dans son style d’écriture en tout cas.

      • #6105 Répondre
        Sarah G
        Invité

        Et oui je recommande

    • #6254 Répondre
      Charles
      Invité

      François, as-tu lu le livre de Forest sur la querelle du woke?

      • #6267 Répondre
        Ostros
        Invité

        Pardon Charles j’essayais de faire remonter l’ancien post de François qui reste collé en bas.
        Tous les nouveaux post passent au-dessus de lui visiblement.
        Et quand on lui répond là on passe en-dessous comme d’hab.
        Ce qui ne répond pas à ta question, certes.
        Mais j’imagine soulage quelques maniaques qui on dû se retenir d’intervenir des jours et des jours face à ce petit bug comme je l’ai fait moi aussi avant de craquer.
        Dieu seul me jugera.

      • #6278 Répondre
        François Bégaudeau
        Maître des clés

        Pas lu, et pas très envie. J’ai l’impression que je connais déjà très bien sa position, qui est pertinente.

    • #6261 Répondre
      Ostros
      Invité

      Test.

    • #6265 Répondre
      Ostros
      Invité

      Test 4.

    • #6389 Répondre
      Alix
      Invité

      eh bien à mon tour de te demander un avis littéraire François. As-tu lu David Lopez ? Si oui, qu’en as-tu pensé ?

      • #6403 Répondre
        François Bégaudeau
        Maître des clés

        j’avais salué son premier livre par une critique, même si je trouvais le roman surestimé
        le second me semble un peu raté, mais c’est un ratage qui me rend l’auteur très sympathique, parce qu’il a eu la belle audace d’un livre formel, là où on l’attendait sur son sillon social lucratif

      • #6405 Répondre
        thierry
        Invité

        J’avais trouvé Fief génial. Je l’aurais trouvé encore plus génial amputé de certains passages de cul (j’en ai un en tête en particulier).
        J’avais aussi beaucoup aimé le deuxième. Plus pudique. J’ai le souvenir d’un chapitre bien au-dessus du reste où le narrateur galère sur une côte et fait une analogie avec sa meuf.

    • #6406 Répondre
      Cyril
      Invité

      test 4

    • #6447 Répondre
      Carbone
      Invité

      Un avis sur Jean-Philippe Toussaint ? Je découvre la salle de bains et la tétralogie sur Marie, et il y du vertigineux, du drôle et du venin dans sa langue : choc esthétique.
      Environnement du texte toujours bourgeois jusqu’à présent cependant

      • #6453 Répondre
        François Bégaudeau
        Maître des clés

        J’ai souvent dit le gout que j’ai pour cet écrivain. Mais il y aurait sans doute à redire

        • #6455 Répondre
          Charles
          Invité

          J’ai vu qu’un nouveau roman de Nicolas Fargues est paru et qui a eu un bon papier dans Libé, par Lançon. Ca se lit Fargues? Je crois que je le confonds avec Vincent Message ou Lopez alors qu’ils n’ont probablement rien à voir.

          • #6461 Répondre
            François Bégaudeau
            Maître des clés

            ça se lisait
            ça n’a jamais pété très haut, mais il y a sans doute encore à manger là-dedans

          • #6463 Répondre
            Dr Xavier
            Invité

            J’ai lu par hasard « Je ne suis pas une héroïne », pas emballé, roman à la première personne avec une femme noire, je trouve que l’auteur en faisait un peu trop pour montrer que lui est-ouvert-aux-zôtres-cultures, et il projetait un peu trop ses fantasmes sur cette pauvre héroïne.

        • #6516 Répondre
          Carbone
          Invité

          Aussi François, j’ai lu avec un vif plaisir la blessure, la vraie, – refermé à regret, ainsi que des plaies comme on sait – mais quelle était ton ambition avec ce personnage de cinéaste ? Le geste m’a échappé, et le bonhomme plus encore

          D’un commentaire deux (merci pour la gêne sur bellanger) : pourquoi ne pas avoir insisté davantage sur l’absence – entière – de langue dans son texte ? A mon sens une ambition littéraire ne peut être que formelle, ou alors s’agit-il d’expression écrite – et si le XXe siècle est une sacrée somme et laisse le sentiment qu’il a « bien travaillé », peut-on dans un geste critique se contenter de noter que Bellanger n’en a rien foutre du style, quand le roman n’est que style – tempérament fait langue – ou n’est pas ?

          • #6530 Répondre
            François Bégaudeau
            Maître des clés

            La forme n’est pas exactement le style
            Bellanger n’a aucun style – sa phrase n’est pas singulière- mais il a une forme, reconnaissable entre toutes dans la littérature contemporaine. Ce n’est pas rien.
            Le cinéaste de La blessure la vraie a perturbé bien des lecteurs ; de fait il est un agent de dérèglement – un agent du faux, qui dérègle le contrat autobiographique, qui questionne le pacte de réalisme, lequel repose sur une entente sur le réel que ce soi-disant cinéaste, qui s’appelle Bruno comme Brian, évoque Body double, et est accessoiriste, remet explicitement en cause. Ce qui entrainera le dérèglement du décor, puis les trois dernières pages.
            C’est avec ce roman à succès que j’ai su qu’il n’y a pas de succès littéraire.

            • #6542 Répondre
              Carbone
              Invité

              Merci pour ces éclaircissements – je comprends bien la distinction entre forme et style
              Je saisis mieux aussi le rôle du cinéaste (merci !), mais alors m’interroge-t-il à un autre titre : as-tu inséré dans le texte cet agent perturbateur en tant qu’il te permet(tra) de conclure le récit ? Dans les cinq six romans que j’ai lu de toi, il y a souvent un geste d’accélération, ou en tout cas un effet de rupture important dans le dernier mouvement, et je comprends que ce dernier geste fait littéralement passer le texte dans une autre dimension – mais est-ce toujours justifié par le souci de finir ? Puisqu’il s’agit de se tenir au très près de la vie – du réel -, et donc de ne jamais faire scénario, pourquoi recourir à une séquence finale, et ne pas finir les textes ainsi qu’ils ont commencé : dans l’irrésolu, l’indécidable – enfin à une page où précisément rien ne justifierait de conclure ?

              • #6554 Répondre
                François Bégaudeau
                Maître des clés

                Certains de mes textes se terminent comme ça

                Mais tu pars du postulat que je ne voudrais « jamais faire scénario ». Ce postulat est discutable. Je suis intarissable sur l’ordre narratif, mais c’est surtout en tant qu’il s’impose impérieusement dans le cinéma. En tant qu’il est un ordre. Pour le reste, l’art de scénariser m’intéresse fort. J’ai écrit quatre ou cinq romans qui sont d’abord des « scénarios » – je veux dire : dans lesquels je ne me suis lancé qu’à partir du moment où le scénario était solide et charpentait le reste. J’aime raconter ; c’est à dire agencer un récit ; c’est à dire tailler, créer des ellipses, et ménager des effets, dont par exemple des surprises.
                Il faut dire ensuite deux choses :
                1 l’art du scénario n’est pas contradictoire avec l’amour du réel. Le scénario c’est ce qui sert à produire du réel (en tout cas c’est ainsi que je m’en sers ). Le scénario augmente le reel plutot que de le fuir.
                2 dans le cas d’espèce de La blessure la vraie, cette ultime nuit, qui est une poussée scénaristique en effet, a entre autre pour objectif de jeter le doute sur le caractère authentique de tout ce qui précède, qui a l’air de relever du souvenir mais qui est presque aussi « scénarisé » que l’épisode cinéaste. Je n’ai pas eu de copain qui s’appelait Joe, je n’ai jamais fait de compet de tennis d’été, je n’ai pas connu de Julie ni de Tipaul, ni d’emplacement de tente vide, ni jamais parlé à un curé dans son presbytère etc. Ce qui est authentique, c’est les lieux, l’atmosphère générale, le décor, peut etre la psyché du narrateur, et sur cette plateforme j’ai posé un scénario.
                Mes fin servent à conclure le livre mais précisément à signifier, entre autres, que conclure est toujours faux. Donc faux pour faux, soyons faux. C’est l’indécidable continué par d’autres moyens.

                • #6555 Répondre
                  François Bégaudeau
                  Maître des clés

                  Pour prendre un exemple de cinéma, je considère que Michel Franco est avant tout un immense scénariste.
                  Qu’il est d’abord fort dans la production d’un récit.

                • #6570 Répondre
                  Carbone
                  Invité

                  François, merci pour ce retour : j’y vois plus clair – notamment l’idée que faux pour faux, autant y aller (michel) franco dans le dernier geste ça me plait assez

                  Est-ce que tu envisages de publier tes critiques littéraires de chez Transfuge par ici ?
                  La lecture des blog-phrase du blogodo m’a donné le sentiment d’affuter pas mal mes outils – faucille & marteau – critiques ; aussi me disais-je qu’il devait y avoir des découpes de cet ordre dans lesdites critiques

                  • #6577 Répondre
                    François Bégaudeau
                    Maître des clés

                    Oui j’en mettrai quelques unes en ligne, au gré des réflexions et des demandes
                    J’essayais en effet d’y avoir « le nez dans le texte ».

                  • #6586 Répondre
                    Mélanie
                    Invité

                    Je m’associe à la demande de textes en ligne.

                    • #6587 Répondre
                      Mélanie
                      Invité

                      Sur Michel Franco, par exemple?

                • #6595 Répondre
                  The Idiot
                  Invité

                  J’aime bien dans La blessure la vraie les petits clins d’œils à d’autres œuvres, ceux que je saisis, parfois bien après comme pépère et mémère et ceux qui m’émerveillent comme le tout est grâce. Et je pense à tous ceux à côté desquels je suis pour le moment passée. Je trouve ça amusant.

                  • #6610 Répondre
                    François Bégaudeau
                    Maître des clés

                    Pépère et mémère c’était pour le coup comme ça qu’on appelait les grands parents dans une famille que je fréquentais en Vendée. Disons donc que l’Enfance nue n’a pas déclenché mais sanctifié cette façon de nommer.
                    En revanche mon enfance n’a pas connu, comme celle de François l’adopté, une mémère la vieille.

                    • #6620 Répondre
                      The Idiot
                      Invité

                      D’accord. Je trouvais que pépère et mémère avaient tellement une connotation ancienne (et tendre aussi) que je n’imaginais pas que ça s’utilisait encore dans les années 80.
                      Mais ça c’est la Vendée……………..
                      Tu as noté ce qui était faux dans le livre. Et les copains ? Ceux-là n’ont pas précisément existé ? Celui aux chicots, Greg et mon chouchou Tony (j’adore ce personnage) ? Tony est inventé, il me fait penser au coriphée dans les pièces de théâtre, une version années 80. On dirait qu’il connaît déjà l’histoire, il est toujours là et ne fait pas vraiment partie de l’action.

                      • #6632 Répondre
                        François Bégaudeau
                        Maître des clés

                        Tony est une invention, oui. Enfin, autant qu’une invention peut exister en littérature. Ca ne vient pas de nulle part. C’est sans doute la synthèse de tout un tas d’individus, de situations, de trucs qui m’ont fait rire. De la même façon que Ti Paul est une extrapolation très très libre d’un certain Jean-Paul, qui était en maternelle avec moi, et dont on disait qu’il avait un pet au casque depuis la naissance. Ce qui me fascinait.
                        Greg le rateau est sans doute celui qui est le plus proche d’un modèle, qui s’appelait Fred, petit génie de l’auto-dérision, dont j’ai appris récemment que sa femme l’avait quitté, lasse qu’il la tape depuis vingt ans. Restons en donc à Greg

                      • #6636 Répondre
                        The Idiot
                        Invité

                        Il y a de la mélancolie agréable qui se dégage des bons romans qui racontent l’adolescence. Mais si on joue au jeu des Que sont-ils devenus ?, on verse vite dans la mélancolie triste. Je n’aime pas les suites de romans où on accompagne toute la vie des personnages. Que ce soit vrai ou faux. De toute façon quand je le lis c’est toujours vrai. Oui, restons-en à Greg.

                        Il n’y a pas longtemps vous avez parlé ici de répétitions, mais pardon je ne sais plus à quel propos. J’ai tout de suite pensé à La blessure où il y en a beaucoup et des drôles. De l’excellent comique de répétition. Le fameux « je suis gêné je parle », avec une variante du coup d’autant plus drôle « je suis gêné je fredonne ». Les touristes qui se ressemblent et se suivent pour jouer avec Tony. Les plaisanteries vaches d’Eddy. C’est jouissif à chaque fois.

    • #6906 Répondre
      tristan
      Invité

      PETITE DÉCEPTION LITTÉRAIRE

      Ayant découvert par le passé l’helléniste italienne vivant à Paris, Andrea Marcolongo, j’ai acheté et lu tous ses ouvrages précédents avec ferveur. Elle vivait une Grèce intime, était vigoureusement sincère, profondément amoureuse de ce passé grec fondateur.
      Je viens d’achever son dernier ouvrage traduit en français, “Déplacer la lune de son orbite” sorti le 12 de ce mois.
      Toujours heureux de l’engagement de cette personne dévouée au service de ce monde grec antique qui a notamment fondé Massilia(*), la ville où je suis né et où j’ai grandi, je suis néanmoins déçu car la part personnelle est devenue trop importante. Adorateur de cette belle personne, nous sommes là dans l’autobiographique à l’excès. La réserve de Jacqueline de Romilly m’a manqué. Dont acte!

      ps: “Déplacer la lune de son orbite”, c’est un beau titre mais ça serait dommage de le faire. Nous avons la chance de vivre à un moment de l’expansion de l’Univers où la Lune est à la distance parfaite de la Terre pour observer des éclipses totales. Ça ne durera pas éternellement. À quelques millions d’années près, on aurait pas eu cette opportunité.

      (*) Me promenant sur la corniche, enfant, je pouvais imaginer les navigateurs de l’Antique Grèce arriver sur leur navires de commerce pour passer la nuit. Je suis toujours à deux doigts de croire que rien n’a changé, ni ne changera jamais, sur cette Mare Nostrum.
      Hélas(Hellas), on a échangé les polythéistes d’Eschyle, commerçants dynamiques, facteurs de civilisation active, contre des monothéistes d’Allah, obscurs dérivants, à la recherche de Pole Emploi. Dont acte!

    • #6991 Répondre
      Isd
      Invité

      Ayant (re)lu « Vice caché » de Thomas Pynchon, je suis à la recherche de romans similaires, mais dans la langue de Molière, ou de Benjamin Biolay, au choix. Je pose donc la question : qui serait le Thomas Pynchon français ? À l’écoute de la Gêne sur « Le vingtième siècle », je me dis que Aurélien Bellanger serait un bon candidat… Mais si jamais vous avez d’autres références de romans / romanciers à me conseiller, je suis preneur.

    • #7021 Répondre
      Maud
      Invité

      Je conseille Histoire de ma peau de Sergio del Molino, où l’auteur, à travers l’évocation de son psoriasis, raconte des épisodes de la vie de personnages de toutes sortes (fictifs ou pas), sur un ton parfois très léger, parfois moins. Je crois que beaucoup ici pourriez le nommer « un ami ». Le chapitre Naissance du racisme notamment dit très simplement des choses fondamentales – et auxquelles pour ma part je n’avais pas pensé.
      Je voulais aussi signaler que Libé pour ses 50 ans a lancé sur son site un jeu où l’on gagne des abonnements de durées variées (moi j’ai eu un mois gratuit, hop, mais à vie il paraît que ça marche aussi).

    • #7426 Répondre
      Dr Xavier
      Invité

      Salutations, je note le Sergio del Molino !
      Comme ils sont souvent mentionnés, je me suis attaqué à la lecture de l’Anti-Oedipe et de Mille Plateaux de Deleuze et Guattari.
      C’est moi ou c’est particulièrement ardu à lire ? C’est rempli de figures, de poésie, c’est pas déplaisant mais je comprends très peu. Je me sens éconduis à chaque paragraphe. Est-ce que les auteurs présupposent un baggage littéraire ou philosophique ou autre ? J’hésite à m’accrocher, est-il encore utile de lire ces deux livres aujourd’hui ? (cette dernière question est d’un utilitarisme éhonté, mais je prends mon risque, j’assume, comme dit l’autre).
      PS – Pour donner une idée de mon « niveau » de lecture, Le XXe siècle, c’était aussi trop ardu pour moi (et pas poétique).
      PS bis – Pour les âmes intrépides et curieuses, les livres sont en téléchargement sur Palimpseste :
      http://palimpsestes.fr/textes_philo/deleuze/deleuze.html#3

      • #7429 Répondre
        Mao
        Invité

        Si ça peut te rassurer j’ai moi aussi été pas mal dérouté par le style. Cela dit, je t’encourage à poursuivre. Quel que soit ce que tu seras à même de comprendre, Il y aura forcément tout un tas de choses qui vont rester et nourrir ton imaginaire de manière hyper profitable..

        • #7447 Répondre
          Maud
          Invité

          J’ai exactement le même avis que Mao. Deleuze j’ai beaucoup lu (pas l’AntiOedipe) étudiante, mais ne me souviens aujourd’hui de pas grand chose de consistant. Mais je pense que ça a travaillé en moi, peut-être même formée via quelques notions simples (la glie, le pli, le rizome). Si son travail sur la schizophrénie t’intéresse, et son lien avec la littérature, je te conseille aussi Critique et clinique. C’est là que Deleuze m’a fait découvrir Louis wolfson et ça, je ne m’en suis jamais vraiment remise. 🙂
          Je reviens sur le Del molino. Il y a un passage sur le rapport qu’ont les parents au corps de leur enfant qui est super beau et étrange et auquel je repense pas mal depuis ma lecture, mais trop long à recopier ici. C’est un chouette livre, oui, et pour le coup, très accessible.

      • #7430 Répondre
        Tony
        Invité

        Merci pour le site,j’ai regardé une vidéo sur le désir, c’est très intéressant ce qu’il dit du désir comme agencement dans un ensemble et sa charge contre la psychanalyse est très éclairante,
        [video src="http://palimpsestes.fr/textes_philo/deleuze/desir.mp4" /]

      • #7525 Répondre
        Dr Xavier
        Invité

        Merci pour vos réponses et encouragements ! Je les garde donc de côté pour m’y remettre aux prochaines vacances avec l’esprit plus libre.
        (Par esprit revêche – et sans doute vexé comme un pou d’y comprendre si peu – je me demande si l’opacité des textes ne contribuent pas en partie à leur aura, sur le principe que si un texte est énigmatique, c’est qu’il a forcément une profondeur cachée).

        • #7634 Répondre
          berlioz
          Invité

          Pour Mille Plateaux, le podcast « Faites rhizome et pas racine » avec Igor Krtolica est une bonne introduction. Les exemples et la transposition politique permettent de s’imprégner un peu mieux de cette pensée. Tu peux appréhender cette oeuvre de façon rhizomatique comme le préconisent les auteurs sans essayer de tout comprendre d’un coup mais en créant des connexions avec des points qui te parlent plus.
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          Faites rhizome et pas racine

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          Le Rhizome : petit livre à part, publié entre l’Anti-Oedipe et Mille Plateaux. D&G essaient  de mettre en oeuvre leur conception de la philosophie que Deleuze avait décrite avant les années 60 : « J’essayais de décrire un exercice de la pensée mais le décrire, ce n’est pas encore exercer la pensée de cette façon là. De même, crier le multiple, ce n’est pas encore le faire. Il faut faire le multiple ». 
          Le rhizome est opposé à la racine ou à l’arbre (système hiérarchisé qui introduit l’image du fondement et de la hiérarchie). Le rhizome prolifère de manière horizontale (pommes de terres, ignames…) et forme des systèmes qui sont dépourvus de centres. Ce sont des modèles pour D&G de multiplicités acentrées et anarchiques. Modèle de l’arbre prégnant en philo avec entreprise de Descartes qui réclame de repartir à zéro. Pour D&G, cette philosophie qui cherche les fondements se prive des moyens de penser le mouvement, la diversité des choses et la nature même de l’expérience. C’est seulement sous les conditions de la multiplicité et du mouvement que quelque chose peut être construit, produit. Arbre ou racine inspirent une triste image de la pensée qui ne cesse d’imiter le multiple à partir d’une unité supérieure. C’est se priver de tous les moyens de retrouver l’essence même de l’expérience qui est le multiple et le mouvement. Deleuze : « La philosophie se fait, elle est mouvement ». 
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          Livre Mille Plateaux. Méthode particulière qui n’accorde aucun privilège à une entrée par rapport à une autre. Une entrée étant choisie, il faut essayer de tracer la carte, de se repérer dans l’ensemble du territoire que l’on va explorer. Evaluer de proche en proche la nature des rencontres que l’on y fait, la nature des connexions. À partir de là, la méthode se déploie de manière immanente. L’idée est de recoller la pratique de la philosophie avec la nature de l’expérience elle-même. L’expérience, c’est l’exploration de territoires plus ou moins connus et dans lesquels nous sommes forcés de nous orienter, de trouver des repères, discerner les chemins fréquentables et ceux qui risquent d’être dangereux. Invention pour cela d’une nouvelle forme d’expression philosophique dans Mille Plateaux, d’une nouvelle manière d’écrire. Anti-Oedipe était encore trop académique (organisé en chapitres et progression ordonnée). MP est construit en plateaux de façon à neutraliser ce genre de progression argumentative. Les différents plateaux n’ont pas de positions fixes. On peut inventer différents territoires, différents trajets, différents parcours de lecture. Notion d’effort est un paradoxe de l’empirisme de D&G. Il faut faire un effort pour retrouver ce qui est le plus immédiat ou le plus naturel. Notre façon de penser est conditionnée et nous sommes coupés de ce qui est le plus naturel et le plus immédiat. Rhizome : noeuds et bourgeons et racines. Dans l’expérience, il y a le meilleur et le pire. Dans le rhizome aussi. 
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          Cette pensée est inspirée par André-Georges Haudricourt, féru d’ethnobiologie. Il dit qu’il y a des correspondances entre la manière de cultiver des plantes ou de se rapporter aux animaux domestiques et la manière de se rapporter à autrui dans la sphère sociale et politique. Importance de cette vision chez Philippe Descola : traiter les relations à la nature comme des relations sociales. L’ensemble de ces relations expriment des schèmes anthropologiques transversaux ou intégrateurs. 2 modes d’action pour Haudricourt : action directe positive (agir sur un individu de manière à contrôler son comportement) et indirecte négative (favoriser les conditions de l’épanouissement d’un individu en aménageant son environnement sans agir directement sur lui). Haudricout, D&G et Descola essayent de déterminer des schèmes intégrateurs à travers une série d’homologies. Différences  entre culture des plantes à tubercules et culture du blé ou entre élevage des buffles et rennes dans les steppes et élevage du mouton ou du bétail en Europe. Dans les rapports politiques, différence entre l’exemplarité du sage en Asie et le chef qui commande en Occident. Différences qui se déploient à tous les niveaux de l’existence. D&G reprennent cette idée de schème transversal et critique le modèle transcendant et despotique qui trouve sa réalisation dans l’État opposé au modèle immanent et processuel qui se réalise dans les sociétés nomades.
          .

           Les nomades ne sont pas des êtres sans attaches, mais plutôt des individus qui ont développé une relation particulière avec la terre sur laquelle ils vivent. Ils ne la conçoivent pas comme leur propriété. D&G : « Pour le nomade, c’est la déterritorialisation qui constitue le rapport à la terre. La terre cesse d’être terre et tend à devenir simple sol ou support. La terre ne se déterritorialise pas dans son mouvement global et relatif mais dans des lieux précis, là-même où la forêt recule et où la steppe et le désert gagnent. Le nomade habite ces lieux, il reste dans ces lieux et les fait lui-même croître au sens où l’on constate que le nomade fait le désert non moins qu’il est fait par lui. Il est vecteur de déterritorialisation, il ajoute le désert au désert, la steppe à la steppe par une série d’opérations locales dont l’orientation et la direction ne cessent de varier. Le désert de sable ne comporte pas seulement des oasis, qui sont comme des points fixes, mais des végétations rhizomatiques temporaires et mobiles en fonction de pluies locales et qui déterminent des changements d’orientation de parcours. C’est dans les même termes qu’on décrit le désert des sables et celui des glaces : aucune ligne ne sépare la terre et le ciel. Il n’y a pas de distance intermédiaire, de perspective, ni de contours. La visibilité est restreinte. Le nomade, l’espace nomade est localisé, non pas délimité. » Espace constitué et créé par la fuite et par le trajet du nomade qui accomplit les potentialités du virtuel, ajoute le désert au désert. D : « Les nomades ne voyagent pas. Ils ne veulent pas quitter. Ils s’accrochent à la terre. À leur terre. C’est à force de vouloir rester sur leur terre qu’il nomadise. » Le nomade ne se pose pas la question du début et de la fin du voyage. Ce qui est premier n’est pas le mouvement au sens du déplacement. 
          .

          Nomades et État : 2 manières complètement différentes d’occuper l’espace. Exemple en Amérique avec conquête de l’Ouest où 2 conceptions s’affrontent : ceux qui veulent faire paître leurs troupeaux dans des espaces ouverts, illimités et ceux qui veulent clôturer, mettre des fils barbelés, faire de la terre leur propriété, établir un cadastre… À quoi pourrait ressembler une politique nomade ? Histoire écrite du point de vue sédentaire et des Etats. Mais il y a une histoire des cités nomades qui est très longue. Exemples récents : les sociétés nomades d’Asie orientale. Cités nomades mongoles VS Empire chinois. État est un type d’organisation sociale tout à fait récent. L’anthropologue anarchiste James Scott, spécialiste de l’Asie du Sud-Est, s’est intéressé à tous les modes de résistance à l’emprise étatique dans la zone de Zomia (cf article « Zomia : Au pays de l’anarchisme oriental » et livre Homo domesticus)  aux confins de la Chine, du Laos et du Vietnam. Ces sociétés qui cherchent à échapper au pouvoir d’État privilégient une agriculture de tubercules qu’il appelle « culture d’évitement de l’État » et qu’il oppose à la monoculture céréalière — agriculture typique de l’État. Il se pose la question de savoir comment s’est formé l’État et sous quelles conditions. Il y a 4 siècles, seulement 1/3 de la population mondiale vivait dans de véritables états. L’histoire des Etats occupe 0,2% de la vie politique de notre espèce. Tout le reste de l’Histoire, c’est l’âge d’or des barbares selon James Scott. L’auteur montre qu’au moment de la révolution néolithique, s’opère la combinaison entre deux choses : une révolution agricole (développement d’une agriculture sédentaire et céréalière) et une révolution urbaine (naissance des premières cités-états). Thèse de Scott : agriculture céréalière sédentaire a rendu possible l’Etat qui l’a favorisée en retour. Les céréales sont tout à fait adaptées au prélèvement fiscal : plantes visibles, divisibles, facilement évaluables, qu’on peut stocker, qui sont récoltées à des moments fixes de l’année alors qu’on ne peut pas en dire autant des tubercules et des rhizomes. L’Histoire n’a pas enregistré l’existence d’états du manioc, de l’igname, du taro… Pas de rapport de cause à effet mais l’agriculture céréalière rend possible l’apparition de l’Etat. En retour, l’Etat favorise ce genre d’agriculture qui lui rend possible un contrôle de la production et un contrôle des hommes qui produisent.
          .
          Peut-on imaginer une politique qui soit rhizomatique, sans hiérarchie ni autorité ?
          Il y a toute une variété d’organisations sociales qui conjurent et visent à empêcher l’apparition d’un pouvoir de type despotique ou étatique. Pierre Clastres l’a étudié dans La société contre l’Etat avec les sociétés primitives. L’Etat est une construction fragile et récente. Ìl y a encore aujourd’hui dans toutes les franges de résistance à l’Etat des types d’organisation alternatifs. Il ne s’agit pas de les rêver ou de les fantasmer comme une utopie toujours à venir mais de montrer que ces mouvements réels et alternatifs de résistance à l’Etat produisent d’autres formes d’organisation et de coexistence sociale. Guattari militant ne cessait de poser la question de savoir comment les groupes révolutionnaires, après 68, allaient faire pour ne pas reproduire un mode d’organisation qui était celui du parti ou de l’État avec un fonctionnement centralisé et hiérarchisé. Problème brûlant à cette époque. Comment inventer des types de groupes et d’articulations entre les groupes qui ne reproduisent pas la forme de l’Etat pyramidal. Dans Mille Plateaux, D&G essaient de faire prévaloir une autre conception du mouvement qui n’est plus un mouvement de développement mais une optique d’occupation de l’espace, une nouvelle manière d’explorer les territoires, une nouvelle manière d’organiser sa propre existence. 

          • #7682 Répondre
            Claire N
            Invité

            Merci Berlioz

    • #7700 Répondre
      Charles
      Invité

      J’ai vu que la prochaine GO porterait sur les deux Beune de Michon, ce qui me réjouit. J’ai été assez surpris par l’espèce de lubricité du narrateur et la façon très brutale avec laquelle il aborde Yvonne, réduite à un corps, à un pur objet de désir, sans esprit. Je sais bien que l’écriture de Michon a quelque chose à voir avec une vision, une saisie archaïques des êtres et des territoires mais avec ce « personnage » je me demande si on atteint pas là une certaine limite en ce que ce style opère une forme de réduction du vivant, de surcroît pas vraiment originale. J’ai hâte que la GO m’éclaire sur ce point, si elle l’évoque – même si les extraits choisis me laissent penser que oui.

      • #7705 Répondre
        Ostros
        Invité

        La phrase de la p112 est percutante en effet avec ces Elle, elle, elle puis brusquement les yeux (impersonnel).
        Est-ce correct si je trouve le vocabulaire vieillot ? Je me suis demandé quelles années étaient restituées puis je me suis dit que ce n’est pas parce que tu évoques le passé que tu dois utiliser des mots jaunis.

        • #7706 Répondre
          K. comme mon Code
          Invité

          Pas encore lu Les Deux petite grande Beune. En jetant un œil au programme de la Gêne, je constate que la plupart des citations semblent extraites du livre de 1996, et non de sa suite. En refeuilletant La Grande Beune, je constate que ça ne prend toujours pas ; alors que Michon, c’est souvent une histoire de prise, je me souviens que j’avais découvert Rimbaud le fils, émerveillé ; je ne l’avais pas du tout acheté parce que c’était une obligation scolaire, mais une fille de la classe l’avait au CDI : je lui ai pris et n’ai pas pu le lâcher. J’ai encore son exemplaire. Pareil pour Vie de Joseph Rolin et (certaines) vies minuscules. Le message de Charles me fait penser à un texte de Corps du roi que j’aime beaucoup, qui finit dans un restaurant du Marais, où Michon se dépeint avec complaisance comme un vieil homme lubrique qui met une main au cul à une serveuse. Il donne dans le texte d’autres raisons expliquant qu’il se fasse cogner dessus. Il est à moitié sincère. Enfin, il choisit l’hypothèse du mythe. Il n’empêche que dans ce court texte qui commence par la mort de sa mère, puis la lecture d’un poème de Hugo à la BNF, je suis pris tout du long, l’archaïsme de certains mots-métaphores collé à l’univers contemporain, le fait que les phrases soient plus courtes que d’habitude, me faisaient croire à un nouveau style, un « late style » comme on dit. « Le quadruple bouquin de bouton illisible ouvert sur rien » pour décrire la BNF, j’en suis assez jaloux. Bref, le texte s’appelle « Le Ciel est un très grand homme » et je vous cite les dernières pages :

          « Les premiers dîneurs arrivaient à l’Hippopotamus. Nous quittâmes le trou perdu de Tolbiac pour le vrai Paris habité. Le soleil avait vaincu les nuages, il revenait, les quatre tours resplendissaient : le vide en moi avait fait du chemin, il prétendait à la lumière. La Seine miroitait, le vide et la lumière allaient vite sur les voitures du quai. J’étais si important, élastique, fluide et ivre, en montant dans le taxi, que le chauffeur aperçut vraisemblablement le chapeau noir et l’écharpe rouge du Président que je portais in petto. Nous nous attablâmes dans le Marais, à L’Éléphant du Nil.
          Le restaurant était plein, nous dûmes nous installer à une table exiguë à peine séparée du bar par le couloir étroit où s’affairent les serveuses. Du bar, le regard du patron et de ses acolytes, des hommes jeunes et vifs, tombait directement sur notre table. C’étaient de bons valets d’armes, des écuyers de France. Nous reprîmes des alcools raides, de la viande crue. Le repas en tête-à-tête prédispose à la confidence brute ; je suis un père tardif, j’en suis emphatiquement fier, c’est la loi. Bertrand aussi est père, je jouai en lui de cette corde ; il me laissa gentiment parler, d’ailleurs on ne pouvait plus m’arrêter. À L’Éléphant du Nil, je louai fraternellement la paternité, la mienne. J’en avais tout compris : je ne faisais qu’un avec le père, qui est, comme chacun sait, juste et sûr, puissant. Ce feutre noir que j’avais coiffé en douce le matin à la BNF m’était un bon galurin : le Président lui aussi avait joué avec application le rôle du père tardif, et sa fille était née dans les années mêmes où naissait le quadruple bouquin de béton illisible ouvert sur rien. Je louai donc ma paternité. J’étais bien placé pour parler des pères, moi qui le matin avais laissé derrière moi, couché, vaincu, le père dans son sommeil de géant, dans le cul de basse-fosse de la BNF. Mon ivresse était parfaite, je voulais étreindre l’univers entier dans ma bénévolence, dans ma toute-puissance ; il fallait que tout le monde en profite ; pendant le repas, j’avais suivi du coin de l’œil les évolutions d’une jolie barmaid passant et repassant dans ce couloir exigu entre le bar et moi. Le père est incertain, il ne faut pas s’y fier : ma main soudain s’abattit classiquement et péremptoirement sur la jupe de la barmaid.
          Quelque chose se déchaîna, dont j’ai peine aujourd’hui encore à admettre que mon geste était la seule cause. L’homme du bar et ses acolytes, à qui j’avais sans doute échauffé les oreilles pendant tout le repas avec mes présomptions de paternité, bondirent. J’entendis : On ne touche pas mes serveuses; la fille avait disparu, elle n’était que prétexte ; les trois bougres étaient sur moi. Ils avaient des éclairs dans les yeux, un contentement glacé aussi louche que celui qui m’avait porté toute la journée: c’est qu’ils tenaient le père, le vrai, le vieux salaud de la horde. Ils voulaient casser du père, ils allaient casser du père. J’étais trop ivre pour ne pas en être profondément satisfait, spectateur d’un drame qui tournait juste. Cette satisfaction, mes excuses magnanimes, mirent un comble à leur colère. Six mains me saisirent au col, me portèrent dans les airs plus qu’elles ne me traînèrent, et me jetèrent sur le sol de la terrasse, parmi les guéridons de dîneurs arrêtés. Je ne sais sous quels pieds, dans quelles miettes, avait roulé le chapeau présidentiel, mais il avait roulé, je m’en sentais débarrassé. L’affaire fut bien près de mal tourner, je m’attendais à entendre craquer les os. Au-dessus de ma tête Bertrand repoussait des poings, parlementait, engueulait, concédait, défendait ma peau ; il avait l’âge de ces jeunes hommes plus que le mien, il les calma peu à peu. Je restai allongé où j’étais. J’étais bien. Le ciel au-dessus de Paris n’était pas vide, il était plein d’étoiles. Je me dis : tu es Booz, tu es couché, tu dors. Tu en as le droit. Tu as tout le jour travaillé dans ton aire. J’avais rejoint le vieux. On m’avait sagement couché à ma place ordinaire, près du vieil homme endormi avec qui j’ai partie liée. Il est bon que les pères dorment; il est doux et inoffensif que les impérators des légions mortes soient couchés dans les Germanies, Charlemagne à Aix, à Jarnac le Président. J’étais couché comme eux, seulement je n’étais pas mort. Je voyais les étoiles que porte l’air. Nous aussi, nous sommes comme cela en l’air. Le ciel nous porte. Le ciel est un très grand homme. Il est père et roi à notre place, il fait cela bien mieux que nous. »

          • #7712 Répondre
            Charles
            Invité

            Je n’ai lu que Vies minuscules et Onze de mon côté, je note Rimbaud le fils.

          • #7721 Répondre
            François Bégaudeau
            Maître des clés

            Je ne connaissais pas ce texte
            Il est très très rare que Michon situe un texte dans le présent, dans son présent.

          • #8022 Répondre
            Julien Barthe
            Invité

            K.,
            Et où trouve-t-on le programme de la Gêne ?

            • #8025 Répondre
              Ostros
              Invité

              A la fin des GO est annoncée la GO prochaine. Sur la page Facebook de la GO sont publiées les phrases seront étudiées et la date d’enregistrement.

              • #8026 Répondre
                Julien Barthe
                Invité

                Merci, Ostros.
                Depuis les premières Gênes, je vois bien que tous connaissent par avance les phrases qui sont commentées. Tous sauf moi.
                Par fierté, je me suis toujours interdit de demander comment les obtenir, attendant qu’on me le signifie.
                J’ai même fini par en concevoir une certaine aigreur. C’était devenu intenable.
                Je me sens presque prêt à quémander le premier film de Schaublin.

                • #8042 Répondre
                  Ostros
                  Invité

                  Tu es résilient et nous accueillons ta demande avec bienveillance donc sans jugement. Nous te voyons et nous te croyons. Tu fais partie d’un tout qui se tient par la main et forme la ronde pacifiste du monde car la nature est gentille.
                  Par solidarité avec ton travail spirituel débuté je t’ai envoyé le film que tu n’as même pas eu besoin de demander frontalement. Tu n’oublieras pas de mentionner à nos gourous RV et AnnaH que tu l’as bien reçu. Ils gèrent les retours et les notes qu’on s’attribue les un.e.s aux autres pour parfaire notre qualité donc l’expérience utilisateur. En échange (pour l’équilibre donc l’harmonie du tout) tu devras donner tes mensurations et caractéristiques physiques afin que les plus stalkers d’entre nous puissent enfin t’identifier sur la vidéo drone de partager c’est sympa. Sans quoi cette vidéo n’a aucun autre intérêt que la frustration.

                  • #8044 Répondre
                    Claire N
                    Invité

                    Ostros, moi je suis un peu frontale
                    Si tu peux me l’envoyer c’est chouette,
                    Moi aussi je fais un travail spirituel, je l’ai pas la
                    , j’croyais que c’était pour mardi

                  • #8049 Répondre
                    Barthelby
                    Invité

                    Merci, Ostros.
                    Pour ce qui est de m’identifier sur la vidéo, je crains que ce ne soit difficile; certains éléments de mon récit sont fictifs; et outre le fait que je ne suis pas sûr que des drones aient filmé la manifestation, je dois confesser que je n’étais pas à Castres ce jour-là.

                  • #8063 Répondre
                    Mélanie
                    Invité

                    Ostros, je quémande aussi :
                    melanie.aaa@outlook.fr

        • #7711 Répondre
          Charles
          Invité

          L’action se situe dans les années 60 et effectivement le vocabulaire est vieillot mais c’est cohérent avec ce style archaïque, ses visées mythiques effectivement. J’ai appris plein de nouveaux mots ou expressions comme contredanse pour désigner une contravention.

      • #7722 Répondre
        François Bégaudeau
        Maître des clés

        La littérature de Michon reconstruit des archaismes – avec les dommages collatéraux du genre.

      • #7970 Répondre
        Claire N
        Invité

        Comme toi j’ai repéré quelque chose de l’ordre de la «  réduction «  progressive , la sensation est même oppressante. Après le départ de Mado , seul « personnage de l’extérieur «  c’est encore plus marquant.

    • #7954 Répondre
      Charles
      Invité

      Depuis hier circule sur Twitter un extrait accablant (et hilarant) du dernier roman de Bruno Lemaire, d’un érotisme de littérature de gare. Nicolas Mathieu s’est amusé à récrire le passage : https://twitter.com/BorisBastide/status/1652589296728043521

      • #7958 Répondre
        Sarah G
        Invité

        Oui j’ai vu ça.
        C’est clair, que j’ai bien ri en lisant l’extrait, c’est de la mauvaise littérature érotique, genre érotisme de romans Harlequin quoi..
        Presque 17 € pour ça.
        Et le passage de Nicolas Mathieu, excellent.

      • #7960 Répondre
        François Bégaudeau
        Maître des clés

        Il apparait en effet indéniable que NM surécrit mille fois mieux que BL

        • #7968 Répondre
          Sarah G
          Invité

          Il y avait « Sapés comme jamais ».
          Il y a maintenant « Dilatée comme jamais »

    • #7988 Répondre
      Maud
      Invité

      Pour les abonnés et ceux qui ont trouvé un moyen de l’écouter, je signale le dernier épisode de l’Esprit critique qui porte cette fois sur la critique elle-même. Je trouve que certains points méritaient d’être creusés bien davantage, mais l’exercice est tellement rare qu’il mérite soulignage. https://www.mediapart.fr/journal/culture-et-idees/300423/l-esprit-critique-litterature-critique-de-la-critique

      • #8333 Répondre
        Dr Xavier
        Invité

        Écoutée. Pas trop facile d’accès, j’ai l’impression qu’avoir fait des études de lettre aide bien mieux à suivre (pas mon cas, je connais rien au Nouveau Roman), plusieurs fois ça survolait les thèmes. Pas bien compris cette histoire de « faire communauté. » Pas bien compris non plus si le rôle du critique comme déceleur/révélateur de nouveauté est une assertion qui fait consensus au sein du champs des critiques, et si c’est si vrai que ça d’ailleurs. Au moins ça m’a occupé pendant la confection de mon gâteau au chocolat, et je retiens que le film Ratatouille est plus intéressant qu’il n’en n’a l’air sur le rôle du critique.

      • #8334 Répondre
        Dr Xavier
        Invité

        PS – Émission accessible pour tout le monde ici
        https://shows.acast.com/614194782527ca001245049a/64477dcbf659a80010021dc9

    • #8032 Répondre
      Charles
      Invité

      Je me permets de remettre le lien vers cette conférence de Rancière sur les nouvelles de Tchekhov, passionnante et lumineuse y compris si on n’a jamais rien lu de ce dernier : https://youtu.be/1XhbS1inmmI

      • #8582 Répondre
        François Bégaudeau
        Maître des clés

        Merci de l’avoir signalé. Ecouté la semaine dernière. Du grand Jacques – et un très bon accès à sa « politique de la littérature »

    • #8275 Répondre
      Dr Xavier
      Invité

      Pour rebondir sur cette émission de critique sur la critique (que j’écouterai ce week-end), un avis sur les deux livres d’Arnaud Viviant ? Station Goncourt et Cantique de la critique.
      [Et merci pour Tchekov, jamais rien lu de lui, juste vu Les Trois soeurs au théâtre et je suis passé complètement au travers ; je viens de voir que ses nouvelles lues par Pierre Bellemare est disponible sur Spotify, chic ! oui je fais de la pub, je suis sponsporisé]

    • #8577 Répondre
      Noms de pays : le nom
      Invité

      Merci pour la GO, à chacune itération littéraire je ne fais que mieux comprendre pourquoi cet art est si génial. François tu parlais de 4 écrivains contemporains dont la réputation n’était plus à faire. Il y avait el patron Michon mais pour le reste ? Bruno le Maire ?

      • #8578 Répondre
        GaelleS
        Invité

        Je parie ma vertu sur Joy Sorman et Jean Echenoz.

        • #8581 Répondre
          Sarah G
          Invité

          oui je parie sur Joy Sorman aussi.
          Mais Bruno Le Maire, je ne pense pas du tout Noms de pays : le nom

          • #8584 Répondre
            François Bégaudeau
            Maître des clés

            Je parlais plutot d’un top 4 des figures quasi unanimement reconnues comme des figures littéraires importantes de notre temps, pas forcément de mes gouts
            Dedans il y aurait donc Michon, et après on peut piocher dans une liste où il y aurait Carrère, Ernaux, Houellebecq, De Kerangal. Et Echenoz en effet.
            Joy n’est pas reconnue comme une écrivaine majeure de notre temps. Comme quoi ce « top 4 » n’engage que lui.

            • #8585 Répondre
              Charles
              Invité

              C’est moi où ce Michon n’a pas non plus été tant commenté et mis en avant que ça ? J’ai lu ici ou là des recensions positives mais rien à la hauteur de sa réputation.

              • #8599 Répondre
                François Bégaudeau
                Maître des clés

                Je n’ai pas bien regardé les recensions, en fait
                Il se peut que, le temps allant comme il va, même le champion de France de la littérature n’intéresse plus grand monde, pour la stricte raison que la littérature n’intéresse plus grand monde.
                Comme le champion de France du Minitel. Ou du twist.

            • #8589 Répondre
              Noms de pays : le nom
              Invité

              Merci beaucoup, je pensais tomber sur des opportunités de lecture mais je crois qu’à par Echenoz je vais passer mon tour. En tout cas ravi d’avoir découvert Michon !

              • #8600 Répondre
                François Bégaudeau
                Maître des clés

                Les autres auteurices nommé-es méritent d’être lu-e-s.
                Apprécié-e-s, c’est autre chose. Ca c’est toi qui verras.

        • #8603 Répondre
          Hervé Urbani
          Invité

          Une bonne réponse sur deux, GaelleS : te voilà à moitié dévertuée, mi-Jeanne d’Arc, mi-Cléopâtre

      • #8647 Répondre
        Julien Barthe
        Invité

        J’ai eu grand plaisir à braconner avec vous dans les eaux de la Beune. Les Gênes sont autant d’incitations à oser se saisir soi-même des opérations poétiques d’une œuvre.
        Hypothèse gratuite pouvant expliquer l’ajout d’une Beune : ce dénouement concret avait été écarté par Michon en 1994 ; il existait peut-être à l’état d’une ébauche qu’Elodie l’a poussé à développer.

    • #8593 Répondre
      K. comme mon Code
      Invité

      Ça fait pile un mois que les conversations reprennent au dessus des messages d’Ostros. Je prends le risque de défier l’ordre.

      Gêne très intéressante sur Michon, même si j’aurais préféré que ce soit un autre livre. Cela dit, vous révélez pourquoi je n’adhère pas à La Grande Beune : l’autonomie du désir sur la buraliste — qui n’est pas Yvonne mais une succession de noms — est poussée trop loin à mon goût, et je me demande s’il n’est pas revenu dessus non pas pour achever le désir mais, à la manière de Marcel, montrer que c’était un petit con en retournant aux corps réels. L’infini du désir étant moins désirable à mes yeux que l’étroitesse concrète de l’amour. C’est la littérature dans le « Il y a » et le style « sec ». Ma prof de 5ème nous avait demandé de décrire notre chambre sans employer « Il y a » et ça m’était aussi resté, et j’étais resté sur la contrainte jusqu’à ce que je réalise que je l’aime, cet Il y a, on peut faire littérature sur le simple fait qu’il y a.

      • #8594 Répondre
        K. comme mon Code
        Invité

        (L’échec du placement de ce message me fait rire.)

        • #8597 Répondre
          Hervé Urbani
          Invité

          J’ai aussi beaucoup aimé cette Gêne. Et ça m’a donné envie de lire le pavé de Nichon.
          Par rapport aux pluriels sur certains vêtements et la référence très juste à Gainsbourg, j’ai en tête son « jupe » au singulier (pour une fois) dans Melody Nelson avec le pluriel placé sur « pantalon » qui désigne ici la culotte de Melody : « la jupe retroussée sur ses pantalons blancs ».
          Le « il y a » à proscrire me rappelle aussi des souvenirs de CE2 mais ça m’a collé dans la tête depuis deux heures la chanson de Goldman qui porte ce titre.

          • #8604 Répondre
            Carpentier
            Invité

            Le pavé de Nichon m’a tout l’air d’être un très bon fromage de chèvre

      • #8598 Répondre
        François Bégaudeau
        Maître des clés

        « on peut faire littérature sur le simple fait qu’il y a. »
        Tout à fait
        Comme quoi instits et profs ne sont pas forcément de bons initiateurs à la littérature.

        • #8722 Répondre
          Dr Xavier
          Invité

          « Comme quoi instits et profs ne sont pas forcément de bons initiateurs à la littérature. » –> Iels peuvent aussi vous en dégoûter.

    • #8690 Répondre
      Charles
      Invité

      En parlant de Sollers, je découvre cette diatribe de Bourdieu à son endroit écrite manifestement à l’occasion d’une publication particulièrement complaisante du premier au sujet de Balladur :
      https://t.co/h3AzMeTSPS

      • #8692 Répondre
        Charles
        Invité

        (M’amuse quand même comment Bourdieu pouvait se comporter en gardien du temple culturel, non pas en pointant les errances de Sollers mais en ne pouvant s’empêcher de formuler des jugements à l’emporte-pièce sur l’œuvre ou la culture de tel ou tel. Il avait ainsi pointé l’absence de culture de Finkie et la frustration y afférente, ce qu’une partie de la gauche adore sottement ressortir).

        • #8700 Répondre
          François Bégaudeau
          Maître des clés

          Je ne connaissais pas ce texte. Qui réagit effectivement à la déclaration d’amour de Sollers à Balladur en 2015. Sollers qui fut pendant cinq ans « maoïste » et pendant quarante ans girondin, ne pouvait qu’aimer le parfait bourgeois libéral Balladur.
          On reconnait là un Bourdieu moraliste. Au sens dix septième. Cette page est une page de littérature. Un peu chargée, peut-être. Un peu trop dense, comme souvent l’expression de Bourdieu, homme qui trimballa toute sa vie la malédiction de sa sidérale intelligence. Mais quand même, c’est du haut vol.

          • #8701 Répondre
            François Bégaudeau
            Maître des clés

            Je ne crois pas que Bourdieu se montre là du « gardien du temple culturel ». C’est une chose plus importante qu’il voit mise à bas par Sollers : l’autonomie de la littérature. L’autonomie de l’art en général, dont il tient l’épisode Manet pour un des épisodes fondateurs.

            • #8708 Répondre
              Charles
              Invité

              Pardon je n’ai pas été clair. Bourdieu se montre gardien du temple quand il dit que Femmes c’est la fin de la littérature, que ceux qui gravitaient autour de Tel quel étaient en gros des imposteurs etc. Pas quand il rappelle les errements politiques de Sollers.
              Il donne un peu des notes en surplomb.

          • #8703 Répondre
            Tony
            Invité

            Philippe Forest a fait une belle nécro dans Le monde.

      • #8728 Répondre
        Julien Barthe
        Invité

        Tant qu’on est dans l’éloge funèbre.
        Comme quoi Debord était pas toujours aussi sympa qu’on le prétend.

        • #8730 Répondre
          Charivari
          Invité

          L’auteur, souhaitait initialement que la lettre soit publiée dans le Monde.
          Il ne s’agit pas d’antipathie, mais de rendre à César.

        • #8734 Répondre
          Tony
          Invité

          Bien envoyé le pet de néant,par contre Julien j’aimerais savoir si il est arrivé à Debord de dire du bien d’un de ses contemporains ?Question sans ironie.

    • #8741 Répondre
      Julien Barthe
      Invité

      Voici sa réponse : « C’est vrai que Debord était plutôt avare de compliments quant à ses contemporains.
      Et ses amitiés furent souvent interrompues, par décision personnelle ou par la mort.
      Pour autant, si l’on en croit la correspondance tenue durant les dernières années de sa vie, il était proche d’auteurs comme Morgan Sportès ou Annie Le Brun. Il avait aussi de la sympathie pour Tony Gatlif ( et pas uniquement pour son prénom). Dans le milieu éditorial et universitaire, il a dit du bien de J.J. Pauvert et d’Anselm Jappe, son biographe. Mais comme Debord refusait d’apparaître sur la scène médiatique, sa capacité à dire du bien de l’un ou de l’autre publiquement était donc très relative.
      Enfin, on peut lire dans son bel ouvrage intitulé Panégyrique un éloge mélancolique à l’endroit de certains de ses amis de jeunesse mais aussi un panégyrique donc de l’un de ses contemporains préférés: lui même. »

      • #8742 Répondre
        Tony
        Invité

        Merci,très drôle.

    • #8931 Répondre
      lison
      Invité

      Eh bien j’ai lu un livre de Jean Patrick Manchette ,  » Le petit bleu de la côte ouest « .
      Merci à tous ceux qui en ont régulièrement parlé ici, ça m’a beaucoup plu ( j’ai eu un petite doute après la première page à cause d’une connerie : un même mot répété trois fois !). Ce mec, Gerfaut, qui mène une vie normale de cadre, père de famille, et qui va soudain être pris dans des affaires très sanglantes et bien s’en débrouiller, et revenir à cette vie normale , quel personnage !
      Ce qui est vraiment réussi c’est l’absence d’effet, une espèce de tranquillité dans des situations exceptionnelles, un rythme constant alors qu’on change totalement d’ambiance ( vacances en famille / « course poursuite », meurtres etc), il lui arrive des trucs, il les vit, il fait ce qu’il à faire, et Manchette ne dramatise rien.
      J’en lirai d’autres.
      En attendant j’ai commencé à lire des nouvelles de Giono, voilà le début du premier texte « La rondeur des jours » :
      « Les jours commencent et finissent dans une heure trouble de la nuit. Ils n’ont pas la forme longue , cette forme des choses qui vont vers des buts : la flèche, la route, la course de l’homme. Ils ont la forme ronde, cette forme des choses éternelles et statiques : le soleil, le monde, Dieu. La civilisation a voulu nous persuader que nous allions vers quelque chose, un but lointain. Nous avons oublié que notre seul but , c’est vivre et que vivre nous le faisons chaque jour et tous les jours et qu’à toutes les heures de la journée nous atteignons notre but véritable si nous vivons. Tous les gens civilisés se représentent le jour comme commençant à l’aube ou un peu après, ou longtemps après , enfin à une heure fixée par le début de leur travail, qu’il s’allonge à travers leur travail, pendant ce qu’ils appellent « toute la journée » ; puis qu’il finit quand ils ferment les paupières. Ce sont ceux là qui disent : les jours sont longs.
      Non les jours sont ronds.
      Nous n’allons vers rien, justement parce que nous allons vers tout, et tout est atteint du moment que nous avons tous nos sens prêts à sentir. Les jours sont des fruits et notre rôle est de les manger, de les goûter doucement ou voracement selon notre nature propre, de profiter de tout ce qu’ils contiennent, d’en faire notre chair spirituelle, et notre âme , de vivre. Vivre n’a pas d’autre sens que ça.
      Tout ce que nous propose la civilisation , tout ce qu’elle nous apporte, tout ce qu’elle nous apportera , rien n’est rien si nous ne comprenons pas qu’il est plus émouvant pour chacun de nous de vivre un jour que de réussir en avion le raid sans escales Paris-Paris autour du monde. »

      Je remets l’émission sur Manchette :
      https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/le-book-club/jean-patrick-manchette-le-gout-du-polar-8003732

      • #8938 Répondre
        Titouan R
        Invité

        Les adaptations BD (dont le Petit Bleu) que Manchette lui-même a préparées avec Tardi sont excellentes, si ça t’intéresse

      • #8960 Répondre
        Dr Xavier
        Invité

        Puisqu’on parle de Giono, un avis sur Le Hussard sur le toit ? Les descriptions de scène de choléra sont frappantes (je l’avais lu au début du confirnement…). En revanche, le style m’avait semblé bien lourd, les dialogues pas très bien agencés, et les scènes d’action bizarres et mal décrites, on à du mal à suivre « physiquement » ce que fiche Angelo et pourquoi il prend telle ou telle décision. Je pensais le dévorer, je me suis plutôt forcé.

        • #8962 Répondre
          Charles
          Invité

          Moi ça m’avait beaucoup plu mais je pense qu’il ne faut pas le prendre comme un roman d’aventure (c’est vraiment pas du Dumas), même si je dois bien reconnaître que ce qui m’en reste ce sont les passages, apocalyptiques, sur la peste. J’avais apprécié la brutalité des scènes, leur crudité et cette espèce de mystère général qui plane, cette ambiance délétère.

          • #8963 Répondre
            Dr Xavier
            Invité

            « il ne faut pas le prendre comme un roman d’aventure (c’est vraiment pas du Dumas) » –> et c’est exactement comme ça que je l’ai pris (ou que je voulais le prendre), c’est ce titre qui m’a tout enduit d’erreur, quel malin ce Giono.

    • #9001 Répondre
      Dr Xavier
      Invité

      En conseil de lecture, je recommande vivement « Deux innocents », le dernier roman d’Alice Ferney. On y suit Claire Bodin, une enseignante joviale, épouse heureuse, catholique fervente aux idées un peu arrêtées, mais qui ne se ménage pas pour les adolescents qu’elle suit dans un institut nommé l’Embellie. Le roman y présente ces adolescents avec une immense douceur, ils sont handicapés (probablement trisomiques), mais le texte est assez fin pour présenter leur part lumineuse, et on comprend que c’est non pas par euphémisme de l’auteur mais parce que c’est ainsi que Claire Bodin les voit. Ils sont aussi sans filtre, réclame des câlins et embrassades que Claire ne leur refuse pas, elle sait qu’iels souffrent et – ici encore plus qu’ailleurs – ces ados marchent à l’affect. Hélas un jour vient où ses gestes sont incompris par les parents, la situation s’envenime, la direction de l’établissement sape son travail, Claire qui n’a jamais douté de sa bonté se prend le train de la suspicion de plein fouet, perd pied, tout se détraque.
      Je n’en dis pas plus mais ça se lit d’une traite, on sent toute la puissance des institutions lorsque vous être pris dans l’engrenage de la suspicion.
      .
      Alice Ferney est un autrice intéressante. Elle a une grande finesse d’analyse sur son milieu social (c’est une bourgeoise catholique de droite). J’ai lu ‘Dans la guerre’, se déroulant durant la guerre 14-18, étonnant sur la forme, les dialogues et description n’étant pas différencié. Elle a aussi écrit ‘Les Bourgeois’, une grande fresque familiale sur une famille bourgeoise ayant ledit patronyme (autant y aller franco) et sur plusieurs génération. Aussi étonnant sur la forme, ce sont des feuillets dans un certain désordre, de ce qui pourrait être un journal, et malgré ce désordre le lecteur n’a aucun mal à suivre les différents fils narratifs.
      Je m’avance un peu mais j’ai envie de dire que bien qu’étant « de droite », elle écrit des romans plutôt « de gauche », s’intéressant aux grandes tendances historiques, aux structures, aux évènements qui nous dépassent, dans lesquels ses personnages (plutôt de droite / centre droit) se dépatouillent comme ils peuvent.

      • #9042 Répondre
        François Bégaudeau
        Maître des clés

        Jamais lu cette autrice.
        On commence par quoi?

        • #9045 Répondre
          Dr Xavier
          Invité

          Et bien pourquoi pas « les Bourgeois » tiens ? Parce qu’elle s’engage dans un thème battu et rebattu (la saga familiale) et pourtant réussi c’est renouveler un peu le genre, et par la forme (feuillets de journal) et par son style elle fait « vivre la petite histoire dans la grande » (que cette expression est cliché, mais elle me semble juste dans ce cas). Et puis on aime cette famille de bourgeois, on comprend ce que c’est que d’avoir 7 oncles et tantes et 35 cousins dans lequel l’histoire familiale se conte etsereconte et se ‘légendise’ en polyphonie.

          • #9046 Répondre
            Dr Xavier
            Invité

            (enfin la vérité c’est que j’en ai lu que trois d’elle donc je connais pas tous ses bouquins, si un sitiste veut bien me venir en aide…)

            • #9068 Répondre
              A.
              Invité

              « Grâce et dénuement »: lu il y a longtemps et je garde le souvenir d’un livre bref, émouvant et sobre.

    • #9037 Répondre
      Claire N
      Invité

      Bonjour
      J’ai été attiré par hasard dans une librairie où
      Roswitha Scholz Présentait son livre sur le féminisme et le capitalisme dans le cadre de sa critique de la valeur -dissociation
      Les débats étaient difficiles à saisir, mais à tête reposée je me demandai si quelqu’un-e d’entre vous pouvait me donner quelques conseils pour creuser cette notion, et si le livre qui fait tout de même 400 pages est abordable intellectuellement pour une meuf lambda comme moi ?

      • #9039 Répondre
        Dr Xavier
        Invité

        Bonjour, je connais absolument pas cette autrice, c’est une chercheuse ? Ça a un rapport avec le capitalisme patriarcal ? Si c’est ça il y a par exemple une récente vidéo d’Aurore Koechlin sur la chaîne Insoumission sur YouTube (intitulée « révolution féministe »), c’est didactique. Il y a aussi le bouquin de Silvia Fredericci sur ‘e « capitalisme patriarcal », c’est court mais perso ça m’a pas emballé parce que c’est pas super bien écrit et c’est une collection de textes un peu dans le désordre.
        Mais si ça a pas de rapport je passe la main.

      • #9050 Répondre
        lison
        Invité

        Sur ce sujet j’ai vu récemment une conférence de Maud Simonet, passionnante , ce genre de conférences tellement bien qu’on dirait un spectacle, qu’on peut y avoir le même genre d’émotions que devant une spectacle.
        Elle écrit sur la question du travail gratuit et met ça en lien avec les théories féministes sur le travail domestique ( notamment Sylvia Federici- que je n’ai jamais lu, et bell hooks que je commence à lire).
        Mais ne connaissant pas l’autrice dont tu parles, je m’égares peut être.

        • #9052 Répondre
          lison
          Invité

          Le livre de Maud Simonet s’appelle : Travail gratuit, la nouvelle exploitation ?
          et je m’égare s’écrit plutôt sans s ces temps ci.

          • #9053 Répondre
            Eric Z.
            Invité

            Oui, cette faûte est un péchê

          • #9054 Répondre
            Claire N
            Invité

            Merci à tous les deux pour ces conseils de lecture
            Effectivement j’ai eut l’impression qu’il s’agissait
            D’un livre nécessitant d’avoir quelque bases
            La discussion était assez « conceptuelle «  et un des mec présent qui nous a expliqué brièvement
            Les choses en fumant une clope parlait
            D’un mouvement un peu nébuleux axé sur le concept ( je pense philosophique) de dissociation valeur, qui d’après ce que j’ai compris nécessite déjà une bonne compréhension du marxisme ,
            Mais si les lectures que vous me conseillez sont plus accessibles pour une néophyte je pense que je vais plutôt suivre vos pistes pour ne pas m’égarer justement

            • #9059 Répondre
              Claire N
              Invité

              Ce que j’ai compris ( peu être de travers)
              C’est que la création de valeurs implique de facto la dissociation en activité de «  reproduction «  prise en charge par le féminin et un pôle de «  production de valeurs «  pris en charge par le masculin, que l’un et l’autre serait les deux facettes d’une même pièce

    • #9222 Répondre
      Enzo
      Invité

      Bonjour,
      Je souhaite me plonger dans l’histoire du communisme et plus particulièrement celui de l’URSS. Mais j’ai des doutes concernant certains auteurs qui en parlent par le biais européen. J’ai comme première référence les livres de Romain Ducolombier, mais si quelqu’un à d’autres références je suis preneur.
      Merci pour tout

      • #9224 Répondre
        Dr Xavier
        Invité

        Comment ça des doutes ? Tu n’apprécies pas les ouvrages de Stéphane Courtois ? (rires)
        J’y connais presque rien, tout ce que je peux citer c’est : 1. L’Archipel du Goulag, ça fait très peur les 1000 pages, mais en fait ça se lit très bien et c’est captivant ; et 2. La Fin de l’Homme Rouge, j’ai deux personnes (dont mon libraire) qui me disent que oui c’est très riche et très intéressant étou étou mais moi j’ai pas accroché du tout.

        • #9225 Répondre
          Enzo
          Invité

          Super, je te remercie., je vais regarder tout ça

          • #9257 Répondre
            Dr Xavier
            Invité

            (j’y pense, pour l’Archipel, faut prendre la « Édition abrégée inédite / Préface inédite de Natalia Soljénitsyne », 3000 pages abrégées en 1000 c’est déjà pas mal…)

    • #9289 Répondre
      Sarah G
      Invité

      Qui parmi vous a lu la Révolution féministe d’Aurore Koechlin paru aux Éditions Amsterdam ?

      • #9414 Répondre
        Dr Xavier
        Invité

        J’ai juste regardé cet entretien d’elle, que j’ai trouvé didactique et clair (à défaut d’être époustouflant).

        • #9420 Répondre
          Sarah G
          Invité

          Oui je l’ai vu également, mais je voulais surtout savoir si son livre apporte quelque chose de nouveau pour le féminisme ou pas.

          • #9426 Répondre
            Dr Xavier
            Invité

            Des rares livres lus sur le sujet, je retiens spontanément (en tant que BHCHB – Bourgeois Homme Cisgenre Hétéro Blanc – c’est copyright) :
            – ‘Réinventer l’amour : Comment le patriarcat sabote les relations hétérosexuelles’ de Mona Chollet, un livre très tendre et doux-amer (en revanche j’ai beaucoup moins aimé Chez soi, et je connais pas son Sorcières qui est encensé me semble-t-il)
            – ‘Scum Manifesto’, de Valéria Solanas. Jamais lu un truc pareil, d’une misandrie sans nom, Despentes puissance 10, c’est un ovni littéraire qui ne laisse pas indifférent, féroce, outrancier, imagé, vulgaire, d’une grande drôlerie, des punchlines à tous les étages. Et puis c’est court.
            Tu les as lu et/ou des suggestions de ton côté ?

            • #9437 Répondre
              Sarah G
              Invité

              Merci pour tes suggestions.
              En ce moment je lis des ouvrages de théologie féministes et théologie queer.
              Le Valeria Solanas me plaît bien, féroce, vulgaire, punchlines et drôlerie, ça me plaît bien ça.

    • #9309 Répondre
      Charles
      Invité

      J’apprends que Martin Amis vient de passer l’arme à gauche. Quelqu’un a déjà lu ses livres ?

      • #9440 Répondre
        Julien Barthe
        Invité

        Pas lu Martin Amis, mais je m’aperçois que la position du post de François ci-dessous a une grande vertu comique.

        • #9441 Répondre
          Julien Barthe
          Invité

          Salut François,
          Qu’est-ce que tu penses du Crossfit?

          • #9453 Répondre
            François Bégaudeau
            Maître des clés

            rire
            en effet ça marche avec tout

            • #9466 Répondre
              Julien Barthe
              Invité

              Les œuvres d’Alain Minc, de Jean Scott Erigène, les Clash, Bresson, Flaubert, les films d’Ameur Zaïmèche ?

        • #9469 Répondre
          Juliette B
          Invité

          Moi aussi ça me fait rire cette fin de chapitre répétée

      • #9468 Répondre
        Claire N
        Invité

        Lu poupees crevées il a y pfiouuu
        Je me souviens de bourgeois se retrouvant dans un cottage pour le sexe et la défonce
        Une drôle d’opération où les corps des « faibles « , en particulier celui de leur compère nain est martyrisés dans sa chair , mais où les personnages ne succitent pas une once de pitié. Un peu comme si ils étaient vidées peu à peu par l’auteur de ce qui peut générer l’empathie ,
        Le recit m’a semblé par contre très onirique , peut-être fait exprès à cause de la defonce , mais pas réaliste.

    • #10064 Répondre
      Dr Xavier
      Invité

      Lison : merci merci pour ce conseil de découvrir la pensée de Maud Simonet, avec cette idée toute con et tellement puissante de repenser le bénévolat sous l’angle non pas (seulement) de l’engagement et du don de soi mais sous l’angle de la sociologie du travail. Elle exprime simplement des intuitions floues éparses et désordonnées que j’avais en moi.
      Ce qui me fait recâbler ma pensée sur le SNU : ma première réaction pavlovienne de gauchiste est d’y entendre les bruits de bottes et la trompette Famille-Patrie, alors que la grande entourloupe se niche peut-être plutôt dans une armée de réservistes supplémentaires de Travail (gratuit). Bon vous vous le saviez peut-être déjà mais moi ça va me faire la soirée.

      • #10065 Répondre
        Dr Xavier
        Invité

        Et on y apprend que les allocataires sociaux aux États-Unis doivent travailler pour toucher leurs allocs, ils sont forts quand même, notre Gouvernement est petit bras.

    • #10077 Répondre
      Charles
      Invité

      Brillantissime et passionnant « le style réactionnaire » de Vincent Berthelier, qui vaut bien plus que les entretiens qu’il a pu donner ici ou là, notamment chez Hors-série. L’ouvrage a la rigueur universitaire des thèses mais il est écrit de façon remarquablement claire, souple, voire légère. Il prend les auteurs réacs un par un et décortique leur style pour déterminer s’il est révolutionnaire ou non et montrer comment le style participe d’une stratégie politico-littéraire, qu’il n’est jamais neutre. Les analyses sont très intéressantes, y compris si on n’a jamais lu une seule ligne de l’auteur étudié (ce qui est mon cas pour nombre d’entre eux). Evidemment, l’essai ne rend pas toujours complètement justice à chacun d’eux, notamment à Bernanos, avec lequel je trouve que Berthelier est assez dur. Pareillement, il passe vite sur Céline, ce qu’il justifie par l’abondance d’ouvrages et d’études existantes. Je me permettrai une remarque de néophyte tout de même sur cet auteur. Certes, Céline a stratégiquement, après-guerre, mis en avant le style sur le fond, sur les essais pour faire oublier les horreurs qu’il a écrites, en se mettant en scène comme obsédé par la moindre virgule. Néanmoins, il était, me semble-t-il, tout aussi falsificateur quand lors de la parution du Voyage et Mort à crédit il se présentait comme l’inverse, en affirmant qu’il écrivait comme il parlait, comme une façon de congédier les questions de style. On sait que Céline était, avec Flaubert, le romancier français qui travaillait le plus ses manuscrits, qu’il raturait jusqu’à ce qu’ils deviennent illisibles. Donc je pense que Céline a toujours été passionné par la moindre virgule mais qu’il l’a plus ou moins mis en avant selon ses besoins de reconnaissance, de pardon. L’essai est remarquable et douloureusement convaincant quand il aborde Cioran. J’ai toujours apprécié Cioran, même si on épuise assez vite ses essais tant il ressasse toujours la même chose (un peu comme Rosset, par exemple). J’avais connaissance de son passé fasciste mais comme beaucoup (je me souviens d’une série sur France cul assez complaisante sur ce point) je pensais qu’il s’agissait d’une erreur de jeunesse, d’une fièvre post étudiante alors que Berthelier montre que c’est plus profond et enraciné que cela, que son style en garde la trace bien après. Je me rends compte avec un certain embarras que je l’ai lu d’une façon bien trop naïve même si je remarque que je l’ai le plus lu au moment même où je lisais beaucoup d’auteurs très à droite.
      Bref, l’essai est vraiment à lire, d’une densité et d’une lisibilité assez rares en la matière.

      • #10081 Répondre
        François Bégaudeau
        Maître des clés

        J’ai fait un entretien avec Berthelier pour le hors série Socialter
        On s’y demande par exemple ce que pourrait être un style de gauche (un style progressiste?)

      • #10084 Répondre
        Dr Xavier
        Invité

        Merci Charles, j’hésitais à le lire pour les raisons que tu indiques (style universitaire) mais tu m’as convaincu. Ça sera parfait pour une lecture estivale.
        En retour, dans le domaine « livres sur la littérature », je ne conseille pas « Le Grand Écrivain, cette névrose nationale » de Johan Faerber. Je sais pas si tu l’as lu, j’avais envie d’aimer son livre mais le style m’a paru trop lourd et c’est un peu répétitif.

        • #10086 Répondre
          Charles
          Invité

          Pas lu, l’entretien Hors-série m’avait convaincu de sa superficialité.

      • #10100 Répondre
        Maud
        Invité

        Merci Charles. Est-ce que le livre contient bien des analyses stylistiques des auteurs ?
        D’après ton compte rendu, il me semble que oui. Il n’en avait pas vraiment été fait mention pendant l’entretien d’Hors-série, ce qui m’avait dissuadée de l’acheter ; mais si c’est le cas je vais le commander.

        • #10110 Répondre
          François Bégaudeau
          Maître des clés

          Berthelier est un stylisticien A la base ce livre est une thèse de stylistique. Le livre est donc empli d’analyses stylistiques. Avec plus ou moins de bonheur, d’ailleurs. Sur Houellebecq par exemple il s’enferme dans un truc secondaire et rate l’essentiel.

          • #10153 Répondre
            Charles
            Invité

            Que rate-t-il chez Houellebecq ?

            • #10154 Répondre
              François Bégaudeau
              Maître des clés

              Les faits essentiels de son style
              VB commente surtout les recopiages wikipedia de Houellebecq, qui créeraient une impression de vérité, etc
              J’aurais mis en avant, non pas la fausse factualité, mais la fausse narrativité. Houellebecq masque en récit des essais, c’est ça le fait central. Pour le démontrer je passerais par ses imparfaits, qui sont très largement des faux imparfaits.

              • #10159 Répondre
                Charles
                Invité

                Il ne commente pas l’usage de l’imparfait mais on retrouve aussi l’idée que Houellebecq fait passer des idées sur ton faussement neutre, objectif et scientifique.

                • #10173 Répondre
                  François Bégaudeau
                  Maître des clés

                  Oui mais parfois pas
                  Quand il insulte les féministes ou les gauchistes, ce qui est fréquent, il le fait de façon pas du tout neutre
                  Je le redis : ce qui prime ce n’est pas l’illusion d’objectivité, c’est l’illusion narrative.

              • #10168 Répondre
                Maud
                Invité

                Des imparfaits qui masquent des présents de vérité générale ?

                • #10178 Répondre
                  François Bégaudeau
                  Maître des clés

                  Oui mais pas seulement. Il y a des imparfaits narratifs qui remplacent des présents narratifs.
                  Ce qu’écrit Houellebecq (comme beaucoup d’autres) ce sont des journaux. Un type se balade dans sa vie et dans la vie et la commente, l’analyse, l’évalue, la juge. L’imparfait, avec la montée en narration qu’il introduit, la montée en roman, masque cette forme-base.
                  D’ailleurs le titre de son dernier livre, Quelques jours dans ma vie, pourrait être celui de tous ses livres
                  (hors les projections science-fictionnelles de La possibilité d’une île, mais ce n’est pas pour elles que Houellebecq est aimé, plutot malgré elles)

          • #10165 Répondre
            Maud
            Invité

            Ok merci.

            • #12573 Répondre
              Maud
              Invité

              Un grand merci à vous deux de m’avoir convaincue de lire cet essai. Me plonger dans la stylistique m’a fait un bien fou. J’ai dû me forcer un peu en ouvrant le livre, quand j’ai vu la liste des auteurs étudiés… Et puis je me suis lancée et très vite, l’intelligence et la finesse d’approche de Berthelier m’ont embarquée. Seul le chapitre sur Houellebecq, étrangement, m’a semblé étonnamment léger.

              À vrai dire, je ne suis pas persuadée que les nombreux procédés décrits ici doivent être directement corrélés à une idéologie réactionnaire – je parle bien des procédés d’écriture uniquement. Plus j’avançais, moins j’adhérais à cette idée. D’ailleurs, Berthelier le dit à plusieurs reprises : son analyse arrive « après-coup ». Il faudra aussi que je relise la conclusion, que je comprends mal. Mais justement, la contextualisation historico-politique n’en apparaît que plus précieuse : elle est comme un double apport informatif, mené de front avec beaucoup de rigueur.

              Tiraillement entre classicisme et transgression, « belle langue » ou langue populaire, lyrisme ou concision apersonnelle, surmétaphorisation, statut de l’ironie … Ce qui s’est passé, c’est que chacun des procédés évoqués m’a semblé passionnant en soi. Les problématiques d’écriture soulevées auteur après auteur me sont apparues chaque fois comme autant de possibles, de portes entrouvertes. Toutes méritent d’être interrogées. Ça change des analyses de textes plus classiques, ou sur le nouveau roman qu’on étudie beaucoup à la fac. J’ai finalement beaucoup appris sur la longue période embrassée par l’essai. Bref pour moi ce livre est une mine et davantage encore : une bouffée d’air.

    • #10267 Répondre
      Dr Xavier
      Invité

      Si Maud passe par ici, un merci pour la suggestion Histoire de ma peau de Sergio del Molino. On sait pas trop comment le classer : roman autobiographique essayisé ? essai autobiographique romancisé ? (oui mettre dans des cases c’est très important).
      J’avoue toutefois avoir un peu calé sur la fin pour le finir, peut-être parce qu’il entame une sorte de nouveau livre à chaque chapitre, et que j’aurais aimé moins personnages mais avec qui le romancier passe plus de temps. Mention spéciale pour le chapitre de sa première galoche centrifugée de ses 15 ans, très drôle.

      • #10268 Répondre
        Tony
        Invité

        Super moi aussi je l’ai acheté sur les conseils de Maud,je vais le lire cet été.

        • #10270 Répondre
          Dr Xavier
          Invité

          Ah bah ça me ferait plaisir de lire ton avis à la rentrée alors !

          • #10272 Répondre
            Tony
            Invité

            Ok je n’y manquerai pas.

      • #10287 Répondre
        Maud
        Invité

        Contente que le livre t’ait plu, Dr Xavier !

    • #11381 Répondre
      Titouan R
      Invité

      François, aurais-tu écrit un texte critique sur Vargas à un moment donné ? Si oui, je suis preneur.
      J’aimerais voir si tu prolonges des débuts d’intuition que je peux avoir sur son œuvre. Les quelques critiques récentes que j’ai pu entendre ou lire sont admiratives ou indigentes (surtout, indigentes parce qu’admiratives).
      Je dois avouer avoir lu tous ses Adamsberg, que j’ai bien aimés. Mais la lecture du dernier m’a fait saisir, au-delà de toutes les invraisemblances de l’enquête policière (des béances telles que je m’étonne que l’éditeur n’ait pas demandé à Vargas de revoir un peu sa copie), de tout ce qu’elle n’était pas capable de faire comme écrivaine : incapacité à écrire le présent, incapacité à écrire le réel, incapacité à écrire les femmes.
      Trois exemple :
      – sur le présent (et le réel) : qu’elle aime bien fixer chacun de ses romans dans une campagne différente, très bien. Mais, étonnamment (Arnaud Viviant le faisait remarquer), Vargas ne décrit que très peu les lieux, les reliefs, la métrologie. Elle fait parler ses personnages sur le temps et le bestiaire local mais ne se hasarde pas à le décrire directement. Curieux pour qui se pique autant de l’état du vivant….
      – sur le réel : c’est anecdotique, mais pourquoi mentionner un journal « France de l’Ouest » plutôt que Ouest-France ?
      – sur les femmes : en mettant de côté sa « déesse » Retancourt (personnage qui en dit long, en soi, sur l’incapacité à créer un personnage féminin crédible), le nombre de personnages féminins dans ses romans est très faible. Ce n’est pas une tare d’ordre politique, mais esthétique.
      Et puis elle pond de plus en plus de phrase qui n’ont rien à faire dans un roman, en plus d’être moches : parlant de moustiques qui piquent tôt dans l’année, elle écrit : « Réchauffement climatique, ils en profitaient » (P. 112).
      Je m’agace pour rien, car je ne l’ai jamais considérée comme une grande écrivaine. Mais m’insupporte le boulevard critique qui lui est accordé. Aussi, j’aimerais lire une appréciation critique sérieuse de son œuvre.

      • #11406 Répondre
        Dr Xavier
        Invité

        (Salut Titouan, si je peux m’immiscer, François et d’autres sitistes ont déjà dit ailleurs que la prose beaucoup trop lourde et académique de Vargas leur disconvenait. Moi j’apprécie quand même mais je le dis pas trop fort ici pour conserver mes 2,97% de crédibilité littéraire. Ceci dit j’aime beaucoup tes pistes de réflexion, je n’y avais pas pensé. Mais laissons François nous en dire plus s’il nous lit.)

        • #11414 Répondre
          Leo Landru
          Invité

          (Vargas écrit de la fantasy, pas du polar. Son rapport avec le réel est donc plus que libre. Le commissaire et sa clique sortent tout droits de Fantômette et les enquêtes – dans mon souvenir – tiennent davantage de Belphégor que d’Agatha Christie. Pour la description, je me dis qu’elle n’a pas envie de saouler le lecteur avec de l’inutile si deux phrases suffisent. La fantasy souffre déjà assez de descriptions laborieuses.
          En revanche, j’ai lu cinq ou six aventures de Adamsberg et je suis incapable de me rappeler quoi que ce soit hormis le ton bibliothèque verte et les personnages principaux hauts en couleur.
          Je me rappelle la pétition lancée par Val et BHL contre Siné accusé d’antisémitisme, et Vargas première à la signer de bon cœur. Par contrariété, j’ai arrêté de la lire à ce moment-là. Il y a d’autres auteurs de romans de gare, aussi bien voire meilleurs – James Lee Burke, Richard Price, Lehane et Ellroy sont plus intéressants. Niveau français, je ne sais pas. Il faut lire Molécules déjà – la base.)

          • #11442 Répondre
            Titouan R
            Invité

            Merci pour l’histoire de la pétition, je ne savais pas.
            Pour moi, c’est moins de la fantasy que de l’évocation. Sous la boursouflure des dialogues, tout ce monde à décrire n’est pas même esquissé. Vargas sait créer des ambiances, mais pas des lieux.

          • #11444 Répondre
            Titouan R
            Invité

            J’ai déjà lu Molécules (qui n’a rien à voir avec l’oeuvre de Fred), 3-4 Lehane et tout Ellroy (du moins les romans, sauf le dernier en doute, dont j’intuite qu’il sent la fin…). Niveau français, Avenue des géants de Dugain est correct (en contrepoint d’ « Un tueur sur la route » d’Ellroy).
            Si certains sont tentés par David Peace, vous pouvez allez voir sa tétralogie 1974-1977-1980-1983 ou, pour les footeux, « Rouge ou noir » sur Bill Shankly, légende de Liverpool. Paraît que GB84 est bien aussi, mais je n’ai pas lu celui-là.

        • #11443 Répondre
          Titouan R
          Invité

          Merci Dr. Sais-tu dans quel forum le cas Vargas a-t-il été évoqué ? J’ai cherché rapidement avant de poster mon message hier, mais sans trouver.

          • #11450 Répondre
            Dr Xavier
            Invité

            C’est ici

            Comment retrouver goût à la lecture ?


            Tu pourras y lire le court avis de François, et celui plus développée de Juliette B

            • #11455 Répondre
              François Bégaudeau
              Maître des clés

              Je n’ai lu qu’un Vargas, où l’académisme de son style et les absurdités narratives m’ont consterné.
              Sans compter, effectivement, le monde désuet qu’elle compose.
              Je pourrais essayer de lire le nouveau, mais ai-je vraiment que ça à foutre?

              • #11462 Répondre
                Titouan R
                Invité

                Merci de cet effort annoncé, mais le dernier est vraiment une exacerbation de ses tares d’écrivain.

            • #11463 Répondre
              Titouan R
              Invité

              Merci

    • #11467 Répondre
      Cocolastico
      Invité

      Excusez-moi d’avance pour cet avis minimaliste, je ne me sens pas à la hauteur pour le développer.
      Je vous conseille « L’ami arménien » d’Andreï Makine. 1 an après l’avoir lu j’y retourne parfois pour revisiter certain passages. Quel plaisir

      • #11472 Répondre
        François Bégaudeau
        Maître des clés

        J’ai lu un Makine, il y a une éternité
        Je ne sais plus du tout à quoi ressemble sa langue.

      • #11498 Répondre
        Cocolastico
        Invité

        Pour ne pas trop spoiler voici le deuxième chapitre :

        Une autre découverte que je devais à Vardan fut infiniment plus troublante. Et pourtant, toujours semblable, en un sens, à la descente, vers nous, de l’orgueilleuse voûte céleste, devenue accessible au toucher de nos mains…
        Une femme ivre traversait les voies d’un chemin de fer, un lacis de rails qui s’entremêlaient, bifurquaient, se perdaient dans la bruine d’une journée venteuse et maussade. Assommée d’alcool, elle trébucha, exécuta un balancement d’équilibriste, cherchant à ne pas perdre la face dans ce tangage comique et, enfin, comme si tout lui avait semblé finalement égal, s’affala sur une traverse maculée de goudron, se courba, se tassa, prenant la pose d’un gros oiseau désarticulé par la douleur.
        Deux hommes qui nous devançaient, marchant sur un passage à niveau, la dévisagèrent, poussèrent un ricanement et l’un d’eux cria :
        « Hé, Anna Karénine, fais gaffe ! L’express Moscou-Irkoutsk va bientôt passer ! »
        L’autre lâcha avec un dédain persifleur :
        « Mais non, elle aura le temps de dessoûler avant de lever son cul ! Il arrive dans trois heures, l’express… »
        Ils reprirent leur route – quelques commentaires scabreux résonnèrent, mêlés à des éclats de rire et aux sifflets que les deux compères lançaient pour imiter l’entrée en gare d’un train. Une bribe de leurs moqueries se glissa dans les propos échangés sur un ton plus sourd – j’y perçus non plus seulement du mépris mais l’expression d’un désir entravé, l’hésitation entre l’attirance que ce corps féminin suscitait et les embûches qu’ils énumérèrent à mots couverts et dont je fus incapable de saisir le sous-entendu. Enfin, la dernière réplique, plus excitée et étrangement coléreuse, évoqua la bouche de cette femme – ces lèvres maquillées d’un rouge épais qui débordait outrageusement leur contour, tel un emplâtre de peinture ou de sang.
        La grossièreté ordurière de ce que disaient les deux hommes m’empêcha de comprendre à quoi ils faisaient véritablement allusion. Je devinai seulement que cette bouche entrouverte était associée à leur désir, âpre mais incommodé.
        J’avais treize ans à l’époque. Vardan, plus petit de taille, était mon aîné d’un an. Nous ne devions pas être, je crois, particulièrement ignorants au sujet des rapports entre les deux sexes. D’autant que, vivant dans un orphelinat, je côtoyais des jeunes mâles et des jeunes filles plus âgés que moi et qui commençaient à pratiquer des rapports charnels, évidemment clandestins mais sans trop de complexes. Ils en parlaient avec une vantardise graveleuse et souvent stupidement hyperbolique, faisant beaucoup fantasmer les élèves de mon âge.
        Et pourtant, l’univers amoureux gardait encore pour moi une résonance archaïque et pure, faite de visions ineffables, emplie d’une frémissante sentimentalité de ferveurs et de rêveries – celle surtout de la future épiphanie du premier baiser…
        Ce qui me frappa, ce jour-là, sur les planches mouillées du passage à niveau, ce fut l’immédiate réduction de l’amour – et de la chaste prémonition de ce « premier baiser » – à un usage brut, une physiologie qui me blessa par sa mécanique hideuse et fruste. Les deux hommes semblaient considérer cette façon de jouir comme légitime et, somme toute, routinière, bien que liée à quelques désagréments, vu la saleté et les probables maladies auxquelles on s’exposait, d’après eux, en abordant une femme de cette espèce. Un brusque dévoilement attestait donc que sa bouche grassement maquillée pouvait servir à une technique sexuelle et devenir un orifice utilitaire, un réceptacle de lubricité masculine.
        Je sentis en moi, simultanément, la mort de celui que j’avais été et la gestation de celui qui allait naître : un futur homme se réveillait en étirant ses muscles, en bombant son torse et l’enfant rêveur devait lui céder la place, se renier, se mépriser pour la pureté ridicule de ses rêves. Et disparaître. Un violent supplice de remords me comprima la respiration. J’allais ressembler à l’un de ces deux passants, grands, très sûrs de leur force et de leur droit de poser sur les femmes – oui, cette femme affalée près des rails – un regard de prédateur, de conquérant auquel rien ne devait être refusé. La tentation de renaître dans cette nouvelle identité de mâle me tordit le diaphragme d’une convoitise enfiévrée et honteuse.
        Les hommes s’éloignèrent en ricanant, et nous allions leur emboîter le pas quand, soudain, Vardan s’arrêta et observa la femme avec une insistance qui me sembla incongrue. Nous étions assez grands pour savoir de quelle sorte de femme il s’agissait. Plus d’une fois, nous l’avions aperçue faisant les cent pas entre la station ferroviaire et un dépôt de bus, puis se glissant dans le buffet de la gare, s’attablant dans un coin, face au comptoir. Toujours ce maquillage copieux, ces paupières charbonneuses de mascara et une chevelure moussante en écume de bière… À présent, assise sur une traverse, le menton serré dans sa main comme pour soulager un mal de dents, elle écartait ses jambes, découvrant des bas aux mailles défilées et des cuisses maigres sous une jupe de satin, trop colorée et festonnée, trop légère pour un après-midi frais et humide…
        Certes, nous pouvions déjà imaginer ce que son corps offrait aux hommes et, comme tous les adolescents de notre âge, nous cachions à peine la hâte de devenir ces hommes-là. La femme égarée au milieu des rails condensait toute notre soif de virilité mûrissante. Mais aussi notre dégoût : elle compromettait nos aspirations charnelles, exhibant une féminité usée, inapte à susciter la moindre projection amoureuse. C’est cela, une grande mouette sale, hagarde et brisée. Un collier de petites perles de verre, d’un violet pâle, avait comiquement glissé de côté, sur son épaule dénudée…
        Je n’eus pas le temps d’adresser un avertissement ou un mot de désapprobation à Vardan. Il avança, s’inclina et fit ce que je n’aurais jamais cru possible. Avec une fermeté précautionneuse, il soutint le coude de la femme, le haussa lentement et, attendant qu’elle comprenne son intention, l’aida à se relever…
        Sans rien m’expliquer, il allait accompagner cette inconnue qui trébuchait sur ses talons, la guider vers un lotissement de maisons en préfabriqué derrière les voies ferrées, vers une entrée où, confusément, elle donnait l’impression de vouloir se diriger.
        Je les suivis et, au moment où Vardan l’aida à ouvrir la porte, la femme tourna la tête et, sur son visage défait par l’ivresse et l’abrutissante mimique que son métier lui imposait, je vis un regard étonnamment conscient, facetté de larmes, un reflet de tendresse incrédule.
         
        Non, je n’aurais jamais eu le courage d’agir comme lui. Plus que la honte d’approcher cette prostituée éméchée, c’est un réflexe de répugnance qui m’aurait détourné d’elle. Le refus physique d’être en contact avec « tout ça » – ses vêtements tachés de boue, l’aigreur de son souffle, sa peau qui, selon les deux hommes, devait être malpropre, dangereuse à toucher, suspecte de contagions… Et cette bouche dont ils venaient de commenter l’usage sexuel. Jamais, auparavant, je n’aurais supposé qu’une telle femme pouvait mériter la plus infime manifestation de bonté et de douceur. Ou seulement cette main qui l’aida à se redresser.
         
        Il m’a fallu côtoyer les corps des grands blessés et des morts, dans l’indifférente cruauté des guerres, pour vaincre ce rejet. Oui, il m’a fallu, à plusieurs reprises, être moi-même réduit à « tout ça », une chair meurtrie, embourbée et qui suscitait des grimaces de pitié ou – plus souvent – d’aversion.
        Or, Vardan avait agi sans hésiter et avec une résolution déjà adulte, celle d’un homme ne prêtant pas attention aux réticences mesquines qu’une pareille femme aurait pu provoquer. Comme si, depuis longtemps, il avait appris ce qui pouvait persister d’essentiel et de sublime au-delà de nos enveloppes charnelles. Comme si, venant parmi nous, il avait gardé en lui le reflet d’un monde infiniment étranger à ce que les hommes vivaient sur cette terre.
         
        Quelques jours plus tard, quand nous traversions le même passage à niveau, désert cette fois, il murmura très bas – je l’entendis à peine :
        « Si on peut faire ça à une femme… enfin, accepter qu’elle n’ait que cela à vivre, alors pourquoi continuer tout ce cirque ? »
        C’était la première fois de ma vie qu’un pareil jugement, inouï dans sa force radicale, s’exprimait : la douleur d’une femme, sa souffrance – admise et tolérée par les autres –, condamnait la totalité de notre monde !
        Nous étions habitués, dans notre jeunesse, à réfléchir au moyen de grandes généralités, divisant l’humanité en classes, en races, en populations de pauvres ou de nantis et faisant la différence entre les sociétés qui avançaient vers un avenir radieux et celles, rétrogrades, qui se mettaient en travers de la route menant vers ce lumineux progrès. Or, ce que disait Vardan allait bien au-delà de ce jeu d’antithèses sociales. Le malheur et la déchéance d’un être rendaient inacceptable toute la fourmilière humaine. Oui, tout entière !
        Cette façon de penser m’abasourdit par son intransigeance folle et, pourtant, refuser d’admettre la noyade dans la détresse vécue par une seule personne allait m’apparaître, avec l’âge, comme l’unique critère véritable pour évaluer la justesse et la sincérité des plus belles professions de foi humanistes. Une pierre de touche pour chaque projet messianique, pour chaque parole évoquant, « en général », la fraternité et le partage.

    • #11499 Répondre
      gebege
      Invité

      Salut tout le monde ! Question simple : découvrir Annie Ernaux et se faire une bonne idée d’elle et de son style en un seul bouquin, ça donne lequel à lire ? Merci 🙂

      • #11500 Répondre
        Alain m.
        Invité

        La place, la honte mais c’est évidemment subjectif

      • #11501 Répondre
        K. comme mon Code
        Invité

        L’événement, la honte, Journal du dehors qui est un… journal du dehors : témoignages de moments perçus dans le métro, l’hypermarché, ce genre de choses.

        • #11502 Répondre
          Julien Barthe
          Invité

          Putain, François, mais c’est pas possible, tu dois bien avoir lu quelque chose dans ta jeunesse. Je sais pas, moi. Le Clan des sept ou la série des Fantomettes ?

          • #11504 Répondre
            François Bégaudeau
            Maître des clés

            J’ai lu Trois Fantomette, après ça tout livre m’a paru terne
            D’où mon renoncement à lire en mars 1983

      • #11513 Répondre
        lison
        Invité

        Les armoires vides , La femme gelée et L’événement.

      • #11794 Répondre
        Carpentier
        Invité

        Ma libraire de quartier te recommanderait son Les années.
        Pas moi.

    • #11774 Répondre
      Claire N
      Invité

      Je remercie ceux qui ont parlé d’Emmanuel Carrere.
      J’ai lu l’Adversaire ; un livre vers lequel je ne me serrai pas spontanément dirigé parce que à tord j’avais crainte de trop pleurer devant ce fait divers , de ne pas comprendre
      J’ai aimé l’apaisement inattendu dont il m’a rendu capable.
      La question du mensonge et de l’amour ; de la possibilité ou non de délivrer une personne du mal; et finalement le sens de certaines prières

      • #11789 Répondre
        François Bégaudeau
        Maître des clés

        Ce n’est pas le meilleur Carrère
        Va voir du coté de Limonov, Le royaume
        D’autres vies que la mienne a au moins une partie très intéressante.

        • #11792 Répondre
          Claire N
          Invité

          Merci pour tes conseils , ça va me plaire je pense

    • #11793 Répondre
      Carpentier
      Invité

      Des nouvelles d’un autre François B. celui qui a/avait Aragorn pour ami.
      Pas tant de lignes sur la forme, le style des écrivains ref. en France (brille-t-on encore en public en convoquant Gustave et/ou Honoré? peut-être, mais dans tous les cas, ici, on voit bien qu’on est surtout dans l’approche littéraire par l’identification.

      https://www.humanite.fr/medias/litterature/television-tout-ce-qui-peut-contribuer-la-mediatisation-de-la-litterature-est-bon-prendre-798966

      Et de retrouver de ce pas ce drolatique d’Aurélien.

      • #11795 Répondre
        Carpentier
        Invité

        … Malgré le respect que j’ai pour les universitaires, j’ai plus d’intérêt pour les sensualistes, c’est-à-dire les lecteurs. / …
        François B., un des autres, veut de la sensualité, je crois bien qu’il a la dalle.

    • #11959 Répondre
      lison
      Invité

      Moi je suis en train d’écouter cela :
      https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/samedi-fiction/christiane-rochefort-l-insolente-petite-enfant-du-siecle-de-genevieve-brisac-8956881
      Une manière de faire connaissance avec Christiane Rochefort et ses textes.

      • #12091 Répondre
        François Bégaudeau
        Maître des clés

        on y va
        pour apprendre encore de cette grande existante

      • #12109 Répondre
        Hervé Urbani
        Invité

        Il m’a fallu quelques minutes pour me résigner à ce ton plan plan de l’émission et ravaler ma frustration de la non mention d’En Flagrant délire tandis qu’est évoquée la dédicace à Bob Dylan, sans oublier quelques références douteuses comme Deville ou comparaisons littéraires peu flatteuses pour au final apprécier cet hommage dont le plus grand mérite est de consacrer beaucoup de temps à la lecture de nombreux extraits de la prose de Christiane. Elle adorait Kafka, Faulkner et Beckett, jouait Purcell, Bach et Mozart au piano : né soixante ans plus tôt, j’aurais postulé pour être le soldat inconnu, comme ça elle m’aurait épousé.
        Merci Lison pour le partage.

        • #12118 Répondre
          lison
          Invité

          Je suis d’accord avec toi, ça pourrait être beaucoup mieux, mais comme il y a peu sur elle, ça m’a fait quand même plaisir cette émission et plaisir d’entendre certains de ces textes par encore lus. Et je me suis dis que Geneviève Brisac avait peut être quand même quelques contacts dans le monde de l’édition pour ré-éditer tous ses textes .
          A la suite je me suis commandée  » Encore heureux qu’on va vers l’été », c’était le 20 juin, j’avais de la suite dans les idées.

          Et toi Hervé ça ne t’a jamais tenté d’essayer de faire quelque chose avec les textes de Christiane pour le théâtre ?

          • #12220 Répondre
            Hervé Urbani
            Invité

            Non je n’ai utilisé qu’une seule fois le procédé de l’adaptation au théâtre avec le roman de Desproges, c’était il y a très longtemps, en quittant le vingtième siècle, et j’étais pas très à l’aise avec ça. Trop fan, zéro recul.
            Alors j’écris mes propres trucs, ce qui est aussi très dangereux vu l’admiration sans borne que je me porte.
            Mais je sais que Rochefort a été portée au théâtre (son essai C’est bizarre l’écriture) et au cinéma ((Les Stances à Sophie)

      • #12245 Répondre
        Claire N
        Invité

        Merci Lison
        J’ai écouté ce podcast dans la voiture
        Pour aller chercher ma fille adolescente
        Qui avait loupé son bus.
        Il est rare qu’elle prête l’oreille à une voix non adolescente ; les textes lus on attiré son attention

    • #12052 Répondre
      Charles
      Invité

      Quelqu’un a déjà lu Alan Pauls? Des années que j’entends parler périodiquement de cet auteur argentin, je me demande ce que ça vaut.

    • #12104 Répondre
      Robert Pirès
      Invité

      Bonjour François, j’ai vu que tu avais publié un article sur Guillaume Dustan dans Transfuge, pourrais-tu le partager ici stp? merci !

      • #12106 Répondre
        François Bégaudeau
        Maître des clés

        c’est un peu gros pour ici mais voici :

        POUR EN FINIR AVEC LE SCANDALE
        (et commencer avec Dustan)

        Je n’ai pas encore lu le roman de Pierre Mérot. Je tacherai. Le lire est la moindre des politesses qu’on doit à un livre. Pour autant, l’ignorance du contenu de Toute la noirceur du monde ne m’a empêché d’en suivre la petite vie scandaleuse, commencée au printemps dernier avec son sauvetage par Flammarion après plusieurs refus, entretenue cet été par un excitant parfum d’extrême-droite, parachevée par la fébrile rentrée parisienne. On a crié au racisme, objecté que pas du tout, s’est embourbé dans la question du personnage qui n’est pas l’auteur mais quand même un peu, conclu que la fiction a tous les droits, que la fiction n’a pas tous les droits, que la fiction a tous les droits sauf quelques-uns ; repris du fromage.
        J’ai fini par avoir un avis sur un roman pas lu. C’est possible. Le scandale et l’opinion sur le scandale se passent très bien du texte. S’ils s’embarrassent parfois d’un livre, c’est au titre d’objet prétexte, de support. Il y a dix ans, Plateforme ne fut qu’une plateforme sur quoi danser la carmagnole de la polémique. Ce n’est pas le livre qui fit scandale, mais une phrase d’interview lâchée par Houellebecq à l’occasion de sa sortie. Ivre de promotion et peut-être de whisky, Michel avait dit que l’islam est la religion la plus con du monde, et s’était retrouvé dans la même position qu’une perchiste russe après ses déclarations homophobes ou qu’un Dieudonné redoublant ses saillies antisémites sur Youtube : auteur de propos inadmissibles, et non d’un livre. Non plus écrivain mais personnage public. Le scandale est une sécrétion sociétale et non littéraire.

        Pourtant nous avons appris à l’école que l’histoire de la littérature est jalonnée de scandales. C’est même parfois ce qui nous a attiré en elle. La bibliothèque, telle que contée par profs puis France Culture, sentait le soufre. La Fontaine mis au ban, Voltaire excommunié, Verlaine maudit, tant d’autres, formaient un bataillon d’inacceptables qu’il nous tardait de rejoindre. Certains l’avaient payé de leur vie, nous y étions disposés aussi. Nous serions écrivains pour être scandaleux.
        Et puis, grave erreur, nous nous sommes mis à lire. Nous avions entendu dire que Madame Bovary avait fait l’objet d’un procès, maintenant nous en parcourions les lignes. Qui, question soufre, nous déçurent. Crudité, certes, mais on avait fait beaucoup plus sordidement réaliste depuis. Et si le suicide d’Emma pouvait choquer en 1857, nous autres du vingtième siècle tardif en avions vu d’autres. Il n’y avait de scandale que relativement aux cadres moraux d’une époque donnée. Le scandale était une affaire entre la société et elle-même, en se donnant parfois pour objet transitionnel un livre qu’elle refoulait ou validait, comme elle décidait s’il est permis qu’on se balade nu ou qu’on porte la burqa.
        Ainsi instrumentalisé, un livre était tributaire de son contexte de parution, et donc aussi périssable que lui. Si Madame Bovary valait essentiellement pour sa charge scandaleuse circonstanciée, une société plus avancée n’y trouverait aucun intérêt. Or on aima ce livre autant que le prénom de l’héroïne y prédisposait. Il recélait donc davantage que du soufre. Il recélait du texte. Du phrases qui opérait à rebours des énoncés scandaleux. L’énoncé scandaleux était bruyant et bref, le texte était muet et long. Même commençant par « L’islam est la religion la plus con du monde », ou par « Chaque lundi je sodomise des nourrissons », un livre était bien obligé d’enchainer, sauf à n’être qu’une manchette de journal. Obligé d’ajouter des phrases qui ne pourraient pas toutes frapper si fort. A moins de reproduire 500 fois l’énoncé « Chaque lundi je sodomise un nourrisson », mais, outre que le répétant ainsi on le banalisait, le résultat risquait d’être jugé un poil répétitif.
        La littérature n’est ni scandaleuse, ni non-scandaleuse. Elle ne joue pas dans cette catégorie. S’il arrive que la société enrôle un livre dans le scandale, ça lui fait une vie parallèle sans rapport avec sa vie textuelle – quand bien même les pièces du scandale seraient tirées, (déconnectées, dissociées) de sa lettre. Belle et bête a eu une double-vie : l’une, sociale, où il fut question d’une relation chaude-chaude avec un gros porc d’homme politique ; l’autre, textuelle, où se célébrait le cochon. La société voulait tout savoir ; le texte brouillait le savoir. La société voulait qu’on lui serve du DSK aux fines herbes ; le texte l’absentait. Evidemment, le livre fut surtout pratiqué socialement. Il y eut beaucoup plus de lecteurs de l’entretien de Iacub dans l’Obs que du roman. Normal. Phénomène dit de société, le scandale est adossé au majoritaire et par là sans rapport avec la littérature, structurellement minoritaire.

        La vie sociale de Guillaume Dustan est infiniment mieux connue que sa vie textuelle. Il en aurait été de même s’il avait vendu plus que 3000 exemplaires de chacun de ses huit livres. Mis en balance avec les millions de spectateurs qui l’ont découvert chez Ardisson, en live puis sur Internet, même 30000 lecteurs réguliers n’auraient pesé d’aucun poids. La société a retenu sa perruque blonde et oublié ses écrits. Il n’y a pas à s’en émouvoir. Ce sera toujours comme ça. Et c’est en toute logique que, désireux de réorienter le regard vers le texte de Dustan, et d’abord vers les trois romans récemment réédités par POL sous sa direction, Thomas Clerc invite en préface à oublier le personnage public. C’est à ce prix qu’une lecture devient possible.
        Clerc fait bien de noter au passage que Dustan a consenti de bonne grâce à sa réduction sociale : « La réputation sulfureuse qui entourait Dustan, et qu’il construisit en toute imprudence, masque en effet l’essentiel, soit en l’assignant à l’identité restreinte du pur provocateur, soit en le noyant dans la masse du maelstrom médiatique auquel de son aveu même, il aimait à participer ». De ce point de vue, l’homme a eu la réception qu’il mérite. Ensuite, à fortiori dans le périmètre posthume, la balle passe dans notre camp. Ensuite il nous incombe de donner existence à l’autre vie occultée ; il incombe aux récepteurs de devenir des lecteurs. Comment ? En lisant.
        C’est assez simple, et très efficace. Résultat instantané. A peine a-t-on mis le nez dans Je sors ce soir ou Dans ma chambre que la perruque blonde est oubliée, volatilisée, n’a jamais existé. Pas de perruque dans ces lignes. Pas d’apologie du bareback. Pas de scandale. Pas le contraire non plus. Autre chose. Du texte.

        En société, Dustan n’a pas eu sa langue dans sa poche. De sa voix inoubliable — et qu’elle ait été si douce disait déjà beaucoup de sa littérature —, il a dit ceci et cela. Il a produit du discours, des idées, certaines reçues comme scandaleuses. Or dans les premières pages de Dans ma chambre, ni idées ni discours. Dans les suivantes non plus. Jusqu’au bout. On passe à Je sors ce soir : même constat. Les deux premiers romans de Dustan sont farouchement a-discursifs. Du récit, rien que du récit. Des faits, des gestes, peu de commentaires, pas de synthèse.
        Suivant le personnage prénommé Guillaume dans ses pérégrinations diurnes et nocturnes, un lecteur ignorant tout de l’homme ne devinerait rien des opinions qu’il a pu donner en pâture à la société – la société se nourrit d’opinions comme le cheval d’avoine. C’est même le principe de circonscription que semble s’être donné le texte : s’étirer tant que les faits n’engagent qu’eux-mêmes, s’arrêter là où une plume bavarde et sociale les résorberaient en discours. Ainsi cette fin de chapitre : « Je lui ai demandé après si quand il baisait d’habitude, il n’utilisait pas plus ses mains. Il a dit que si. J’ai réfléchi. » Bilan de cette réflexion ? Motus. Blanc. Celui qui sépare ce chapitre du suivant, engagé sur une toute autre situation. La réflexion c’est pour ailleurs, dans la vie parallèle sociale.
        Une opinion tient en une phrase. En une phrase comme : les séropos doivent baiser sans capote. Cette phrase n’est pas du texte. Dans le texte, nous verrons Guillaume baiser avec capote, ou sans mais avec remords, ou sans et sans remords. Le scandale est déclamatoire ; ici nul ne déclame et chacun se démerde. Chacun se démerde avec la situation, jamais sûr d’agir si bien qu’il puisse ériger son acte en préconisation univoque. Sans que cela compromette sa potentielle radicalité, un texte digne de ce nom est organiquement sceptique, nuancé, balancé, contrebalancé : « il me donne une impression de paix intérieure tellement solide que ça m’énerve. Mais c’est quelqu’un de très bien » ; « tout en le faisant je me disais que c’était une erreur » ; « je me demande si je suis comme lui. Je ne crois pas mais ce n’est pas sûr ». Ainsi écrit la grande gueule Dustan. C’est-à-dire qu’il écrit. Au café ou à son bureau, le soir ou le matin, on écrit toujours la bouche close.
        Certains diront que les faits et gestes narrés en ces pages forment un discours implicite. Décrire la vie sexuelle d’un homo dans le Marais vaudrait manifeste ; vaudrait crachat à la gueule de la société hétéronormée. Cette interprétation n’engage que le lecteur. Elle renseigne sur lui, sur son périmètre moral, non sur le texte. Elle ne documente que ses limites. C’est la misère du scandale, sa grande pauvreté ontologique, que d’être porté par les postillons des individus les plus limités d’une époque. Voltaire excommunié mais par qui ? Par les gardiens les plus étriqués du temple catholique. Verlaine maudit mais par qui ? Par la branche la plus pudibonde de la bourgeoisie. Il n’y a que des imbéciles pour crier au scandale. Le scandale est le cri des imbéciles.

        Les premiers romans de Dustan ne crient pas. Calmes, d’humeur égale, invariablement sereins dans le méthodique tracé du territoire existentiel du narrateur, ils racontent une vie. Guillaume aime les garçons, aime baiser avec les garçons, aime enculer un garçon ou se faire enculer par lui, son quotidien est fait de ça et c’est son quotidien qu’il veut raconter, précisément, platement. Ca choque qui ? Les énervés pour qui cet ordinaire est extraordinaire. Question de point de vue.
        Un citoyen fait scandale si les apothicaires de la morale établissent qu’il a passé la mesure. En cela le scandale relève de l’excès, ce qui l’accouple d’emblée avec l’écrivain, qui, selon un imaginaire tout aussi petit-bourgeois, a ses excès. A l’aune d’une comptabilité administrative, Guillaume est un homme d’excès. Il se targue de plus de 500 partenaires, dort peu, prend pas mal de drogue, a une panoplie SM complète et les mœurs afférentes, a contracté une maladie communément associée à une existence interlope, en mourra avant ses quarante ans – car l’excès se paye, n’est-ce pas. Aimantés par cette mythologie sur pattes, certains (peu) se précipitent sur les romans. Ils veulent se repaitre d’excès. Ils vont être déçus.
        Si l’un des mots récurrents de cette prose est « trop ». ce n’est pas du tout dans l’usage attendu. Pas du tout le symptôme adverbial d’une glorification du too much. Dans Je sors ce soir et Dans ma chambre, « trop » opère, très ordinairement, comme outil de déploration d’un trop-plein : « la musique devient moins bonne, trop hardcore » ; « mauvais spot, trop loin de tout » ; « j’ai du trop sortir ces derniers temps » ; « il y a trop de beaux mecs ce soir, c’est ça qui refroidit l’ambiance ». On pourrait multiplier les citations, et apparier chacune à celles où se glisse le « un peu » tout aussi cher à l’auteur — « ça m’avait excité de le torturer un peu ». Qui voulait sombrer avec Guillaume dans des abymes sans retour rentrera bredouille. En ses lignes se cherche constamment la bonne mesure, qui souvent coïncide avec le point de pondération entre deux extrêmes : « Ses muscles parfaits. Ni trop ni trop peu. Beau. ».
        Il n’y a pas plus rigoureux qu’Epicure. Pas plus prudent qu’un vitaliste comme Spinoza, dont la devise n’est pas « jouis un max », mais « garde-toi ». En bon hédoniste, Guillaume sait qu’un plaisir de qualité supérieure ne coïncide pas avec son plus haut degré quantitatif. Il s’arrange donc pour être « défoncé, mais pas trop ». Gère sa prise d’acides de sorte qu’elle permette sans empêcher : « l’acide je n’aime pas trop ça, je trouve que c’est trop fort, mais bon il faut reconnaître que ça donne la pêche ». Y va doucement sur la cocaïne, « car quand on en prend vraiment beaucoup, disons plus d’un demi-gramme en peu de temps, ça a plutôt tendance à amortir, un peu comme l’héro mais moins grave », mais se garde d’y aller trop doucement sur l’exta car « au-dessous d’un certain seuil ça ne fait aucun effet » On avait couru à la rencontre d’un individu qui brule sa vie et fonce dans le mur, on trouve un artificier méticuleux, en quête du bon dosage, du bon mélange : « En principe il ne faut pas boire d’alcool quand on prend de l’exta. Ce n’est pas trop conseillé pour le foie, mais surtout ça fait redescendre. A la limite de l’alcool blanc, pur. L’idéal étant un peu d’acide et de speed et de la fumette ou encore, paraît-il, un petit peu de spécial K ».
        A la réussite du sexe, les initiatives spontanées du désir ne suffisent pas. Parmi la multiplicité des corps disponibles, c’est encore la bonne mesure qu’il faut trouver, qu’elle concerne le partenaire tout offert (« il est tendu et raide, le cul un peu trop haut »), l’art d’approcher une flamme des tétons (« c’est bien quand ça chauffe mais pas quand ça brule »), l’usage des godes (« c’est lui qui m’a appris à les retirer avant de jouir, pour ne pas endommager les sphincters »), la recherche de la configuration optimale  : « Si je l’attrape par le dessous des genoux, je peux le baiser bras tendus, plus en profondeur avec le poids du corps dans les reins, c’est top. Je peux aussi le tenir dans le dos au niveau des reins, par en dessous un peu en l’air, par les chevilles les jambes en grenouille ou alors droites jointes sur ma poitrine (…) Ce sont les meilleures positions, les plus stables, on peut maitriser la pénétration ». La société a besoin de la morale, socle de son édifice. Hors d’elle, non pas contre mais à coté, Guillaume a besoin de technique. La technique ne s’oppose pas à la morale, elle produit un paradigme spécifique. Autre lexique, autres fins, autres affects. Rien à voir. Pour qu’il y ait scandale, il faut une rencontre heurtée entre les forces normatives et les forces transgressives. La technique et la morale sont deux parallèles qui ne se croisent jamais. Le scandale n’aura pas lieu.

        La société se soucie du bien et du mal. Guillaume se concentre sur le bon et le mauvais. Sachant que bon désigne ce qui est bon pour soi. Pour le coup, c’est une des choses que l’homme Dustan a dites au micro, hors livre : la morale c’est prendre soin de soi. Sans doute la maladie tôt survenue a-t-elle accéléré cette inversion de l’article 1 de toute morale : pense aux autres avant de penser à toi. Même après que le corps médical se fut enfin décidé à s’occuper de la maladie, le séropo est tenu de veiller sur lui-même. De se prendre en charge, littéralement, concrètement. Là encore c’est affaire de calcul : « A l’arrivée, j’annonce aux L que le voyage est écourté, j’ai droit à quinze jours seulement, le temps que mes plaquettes redescendent en dessous de vingt mille, après il y a un risque sérieux d’hémorragie interne, il faut les remonter à coup de perfusions, et on ne peut pas faire ça ici à Los Angeles parce que ça couterait trop cher ». Les protocoles pointilleux de la thérapie aiguisent l’expertise du sujet sur lui-même : « je suis devenu très conscient de mon corps, de son extérieur, comme de son intérieur, grâce à ça, je pense. Je travaille. Mes seins, mon cul, mes éjaculations, mes prestations ».
        Le souci de soi est avant tout souci du corps. De sa beauté, cultivée et travaillée : « un peu de ventre, vraiment peu, ça part en deux semaines si je fais des abdos, le seul truc, c’est les mollets qui sont un peu fins ». De son énergie, qu’il s’agisse de baiser ou danser — ainsi Guillaume commençant à se remuer sur la piste, se découvre « sous-énergisé », ce qui l’amène à réfléchir aux palliatifs à disposition. De son bien-être, souci qui subsume tous les autres, et qui ordonne des arbitrages précis : attendu qu’une bière revigorerait le danseur, mais que la bière fait grossir et qu’il est pesant de se sentir gros, Guillaume préfère s’abstenir et consentir à une danse moins frénétique, à moins qu’un autre arrangement se présente qui permette de gagner là sans perdre ici.
        L’ouverture de Je sors ce soir trouve Guillaume, en route vers la Gay Tea Dance, requis par son envie de chier et les conjectures quant aux moyens de la soulager : « Tout à l’heure il n’y avait plus de papier dans les chiottes des invités chez Diane, et on ne parle pas de ces choses là, alors ça fait un bon moment, mais je ne veux pas casser le rythme, et puis je suis sûr qu’en début de soirée les chiottes à la Loco vont être propres et approvisionnées, donc je ne m’arrête pas au café rue Lepic, ni chez Quick sur le Boulevard ». L’écosystème social ayant besoin de provocateurs, un tel début sera à coup sûr considéré comme une provocation. Certains lecteurs ou critiques n’ont que ce mot à la bouche. Sans doute des paranoïaques. Le paranoïaque croit toujours qu’on le provoque. Qu’il se rassure, Guillaume ne lui veut aucun mal. Guillaume ne lui parle même pas. Guillaume s’occupe d’abord de lui-même. Comme on s’arrange pour manger ou pisser avant un film de trois heures, il s’arrange pour chier avant une nuit en boite. Pour être sûr d’être bien. Méthodiquement, Guillaume cherche le cool. Le mot s’invite souvent sur sa page, et pour marquer un certain stade de « bien-être ». Il n’aspire à rien d’autre. Vivre cool. Vivre.

        Il se dit pourtant que Dustan a un peu voulu sa mort. On n’en sait rien mais on aime à le croire. Ca collerait bien au programme qu’on lui a concocté aux petits oignons. Au programme scandaleux. Dans la foulée, la boite de nuit, à fortiori gay, serait un lieu de perdition où se frottent et se perdent des suicidés de la société. Voilà le film que se font les gens qui restent en dehors de la boite et du texte ; ceux qui n’ont pas lu Je sors ce soir, texte qui ne sortira pas de la boite.
        Il faudrait toujours appréhender les choses de l’intérieur. La littérature sert un peu à ca. L’intérieur ne veut pas dire l’âme mais le cœur énergétique et subjectif depuis quoi s’anime une vie.
        A l’intérieur du texte, la mort, sans doute parce que la maladie rend tangible sa possibilité, n’amuse pas du tout Guillaume. Les petites comédies morbides de ses amis, non plus : « Je l’engueule pour son suicide », dit-il à propos d’un amant qui abuse des TS tendance appels au secours.
        A l’intérieur du « ghetto » — du Marais —, Guillaume se sent bien : « je vis dans un monde merveilleux ou tout le monde a couché avec tout le monde », un monde où « plein de choses que je pensais impossibles sont possibles ». Le lecteur persuadé que la littérature n’est jamais joie, que Job en est le premier ministre, aperçoit de l’ironie dans ce satisfecit. A coup sûr, les lignes suivantes vont le démentir. Toute extase appelle une chute, n’est-ce pas. Dustan insiste : le ghetto est un lieu de paix, et pas seulement parce qu’on peut y regarder un mec « sans se faire casser la gueule ». Aussi parce que d’autres règles y ont cours. Que beaucoup de choses y soient permises n’implique pas qu’on se comporte comme des bêtes. Loin s’en faut. Si tout m’est permis, je me tiens. Je me tiens pour honorer et préserver cette miraculeuse latitude. La boite est un lieu de grande tenue : « les gens de la nuit sont les plus civilisés de tous. Chacun fait plus attention à sa conduite que dans un salon aristocratique ». Et encore : « la foule de la nuit est polie, pas comme celle du jour. On sent une main – le bout des doigts plutôt – sur la hanche, l’épaule, le bras — deux mains quand on est trop scotchés pour faire attention. On te fait à peine pivoter pour te faire comprendre qu’il faut que tu laisses le passage ». Le cool ne désigne pas seulement un certain état de sérénité physique ; il est le nom de code d’une mutuelle délicatesse.
        Dustan le terrible célèbre la politesse, qui l’eut cru ? Décidément il est urgent de ne plus rien croire. Urgent de lire et découvrir que Dustan n’est ni ce que l’on croit, ni le contraire. Au diapason de la boite de nuit, que Thomas Clerc appelle, à la suite de Foucault, une « hétérotopie », son œuvre est un « espace autre ». Une île. Une insularité. Dustan ne me provoque pas, ni ne me scandalise : par ses textes il compose une singularité qui s’ajoute à la somme de joies disponibles. Avec lui dedans, la vie se trouve augmentée. Un ami en plus.

        • #12120 Répondre
          Malice
          Invité

          « Et puis dehors Terrier se pointe, ivre mort. Il est torse nu en débardeur blanc, jean noir, ses épaules blanches un peu trop maigres brillent dans la nuit. Je le trouve hyper beau. Il fait un froid de chien. Je viens avec vous, il dit. Je dis Non mais tu délires. Si si ça va être super, il répond. J’adore sa voix cassée. ça ne va pas être super parce-que tu ne viens pas, je dis. Ah ouais et comment tu vas faire pour m’en empêcher? il dit. Comme ça, je dis. Je l’attrape par l’épaule. Je le fais pivoter vers l’entrée de la boîte. Maintenant tu rentres là. Il se dégage. Il se met à marcher vers l’Etoile. Je le suis. Il se met à courir. Je cours. Il accélère. ça m’excite. Je finis par le rattraper au bout de cinquante mètres. Bon maintenant ça suffit tu nous fous la paix, je dis. Il se marre. On redescend les Champs déserts. Je le tire par le poignet. Il dit Tu me fais mal. Je dis Je m’en fous. »

        • #12124 Répondre
          Juliette B
          Invité

          C’est un sacré beau papier, merci à Robert Pirès de l’avoir demandé et à toi de l’avoir partagé

        • #12288 Répondre
          o/
          Invité

          Merci pour ces mots

    • #12255 Répondre
      K. comme mon Code
      Invité

      Parce qu’Ostros en avait parlé récemment, j’ai lu Au début de François — une édition de poche d’occasion achetée 5€ sur le site de la Fnac. Je le conseille fortement à tous ceux qui seraient passés à côté. Lecture très intense parce que ces moments de la vie le sont, je suppose, et qu’on a des variations qui enrichissent sans cesse le bouquin. Modulations de la vie. L’effet est vertigineux sur 162 pages. Les moments narrés ne sont pas toute la vie, non, juste un moment qui peut entrer en relation avec le passé, parfois le futur, mais on reste centré sur un événement de la vie autour duquel tout gravite. Paradoxalement, j’ai un sentiment de complétude en finissant un chapitre. Ou devrais-je dire : plénitude dans l’incomplétude ? Un truc de cet cet ordre-là.

      Tout cela aboutissant dans le dernier chapitre d’une délicatesse (devrais-je dire douceur ?) qui a suspendu la lecture, j’y reste encore quelque temps dans ces pages-là. Je relis ces phrases. Je les recopie.

      « Il feint de ne pas comprendre qu’on peut admirer la marge et désirer le centre, que pour une fille comme moi la normalité est déjà une conquête. Un toi, manger à sa faim, pas trop souffrir, pas essuyer trop de tirs. Pas tomber dans une folie soudain moins rigolote, dans la vraie perturbation la vraie dépression. Je fais partie des marginaux qu’abordent les marginaux qu’on voit monologuer dans la rue. Ils me repèrent, comme une sœur. Une clocharde éructant des phrases incompréhensibles sur un quai de métro, je la vois comme une possible image de moi dans dix ans. Quand je reproduis son monologue aviné François trouve ça très réussi — et aussi mon imitation de la guenon adoptée. »

      « Je ne veux pas changer la vie, je veux m’y poser, comme une coccinelle sur une épaule et sans la chatouiller. L’épaule ne sent rien et ainsi perchée, indolore, inaperçue, je regarde ce qu’il y a. »

      • #12257 Répondre
        Zyrma
        Invité

        le toit sans t dans ta recopie, si beau

      • #12258 Répondre
        Charles
        Invité

        K, toujours l’art de donner envie.

        • #12265 Répondre
          François Bégaudeau
          Maître des clés

          Les rares lecteurs d’Au début ne devront pas se priver de se manifester lorsqu’il sera maintes fois dit, dans deux mois, que « tant de tendresse surprend de la part de Bégaudeau »

          • #12267 Répondre
            Charles
            Invité

            Merci de ne pas nous spoiler la future citation d’Olivia de Lamberterie sur la quatrième de couv.

          • #12272 Répondre
            Claire N
            Invité

            C’est quand même un peu une malédiction d’avoir un talent de médium sur les commérages
            Mainte c’est beaucoup, mais nous on est plus et puis on a des preuves

            • #12276 Répondre
              François Bégaudeau
              Maître des clés

              Il ne s’agit pas de médiumnie, mais d’observation. Je vois ce que je vois, d’où je tire préfiguration de ce qui se verra.

          • #12279 Répondre
            lison
            Invité

            On sera là et on leur le dira.

            • #12280 Répondre
              lison
              Invité

              en français :
              On sera là et on le dira.

            • #12282 Répondre
              Dr Xavier
              Invité

              @Lison : décasyllabe, césure à l’hémistiche, moi j’aime bien.

          • #12284 Répondre
            Sarah G
            Invité

            Il y a aussi Vers la douceur roman sorti en 2009.
            Donc tant de tendresse ne doivent pas ou plus surprendre de la part de François Bégaudeau, pour nous lecteurs.

    • #12308 Répondre
      Cyril
      Invité

      Qu’est-ce qu’on pense de Sade ici ?
      J’avais un mauvais souvenir de ses écrits pornographiques mais j’apprécie beaucoup en ce moment ses nouvelles, Les crimes de l’amour. Je trouve le style limpide, j’éprouve un plaisir sadique à suivre les mésaventures de ses personnages trop vertueux (alors que dans les écrits plus trash la cruauté me rebute). Je trouve qu’il mime bien le langage de la vertu et que ça crée une sorte d’ironie propre à cet écrivain. Par exemple, le dénouement du deuxième conte, Florville et Courval, est désopilant.

      • #12679 Répondre
        Malice
        Invité

        Merci pour la recommandation, je suis en train de lire « Les crimes » grâce à toi;
        J’adore ce passage de « Florville et Courval »:
        « Madame de Verquin qui n’était plus jeune, elle avait pour lors cinquante deux ans, après une partie folle pour son âge, se jeta dans l’eau pour se rafraîchir, elle s’y trouva mal, on la rapporta chez elle dans un état affreux, une fluxion de poitrine se déclara dès le lendemain ; on lui annonça le sixième jour qu’elle avait à peine vingt-quatre heures à vivre. Cette nouvelle ne l’effraya point ; elle savait que j’allais venir, elle recommanda qu’on me reçût ; j’arrive, et d’après la sentence du médecin, c’était le même soir qu’elle devait expirer. Elle s’était fait placer dans une chambre meublée avec tout le goût et l’élégance possibles, elle y était couchée, négligemment parée, sur un lit voluptueux, dont les rideaux de gros de tour lilas, étaient agréablement relevés par des guirlandes de fleurs naturelles, des touffes d’œillets, de jasmins, de tubéreuses et de roses, ornaient tous les coins de son appartement, elle en effeuillait dans une corbeille, en couvrait et sa chambre et son lit. Elle me tend la main dès qu’elle me voit ; approche, Florville, me dit-elle, embrasse-moi sur mon lit de fleurs… comme tu es devenue grande et belle… oh ! ma foi mon enfant, la vertu t’a réussi… on t’a dit mon état… on te l’a dit, Florville… je le sais aussi… dans peu d’heures je ne serai plus ; je n’aurais pas cru te revoir pour aussi peu de temps… et comme elle vit mes yeux se remplir de larmes : allons donc folle, me dit-elle, ne fais donc pas l’enfant… tu me crois donc bien malheureuse ? n’ai-je pas joui autant que femme au monde ? Je ne perds que les années où il m’eut fallu renoncer au plaisir, et qu’eussai-je fait sans eux ? En vérité je ne me plains point de n’avoir pas vécu plus vieille ; dans quelques temps, aucun homme n’eût voulu de moi, et je n’ai jamais desiré de vivre que ce qu’il fallait pour ne pas inspirer du dégoût. La mort n’est à craindre, mon enfant, que pour ceux qui croient ; toujours entre l’enfer et le paradis, incertains de celui qui s’ouvrira pour eux, cette anxiété les désole ; pour moi qui n’espère rien, pour moi qui suis bien sûre de n’être pas plus malheureuse après ma mort que je ne l’étais avant ma vie, je vais m’endormir tranquillement dans le sein de la nature, sans regret comme sans douleur, sans remords comme sans inquiétude. J’ai demandé d’être mise sous mon berceau de jasmins, on y prépare déjà ma place, j’y serai Florville, et les atomes émanés de ce corps détruit, serviront à nourrir… à faire germer la fleur de toutes, que j’ai le mieux aimée ; tiens, continua-t-elle en badinant sur mes joues avec un bouquet de cette plante, l’année prochaine en sentant ces fleurs, tu respireras dans leur sein l’âme de ton ancienne amie ; en s’élançant vers les fibres de ton cerveau, elles te donneront de jolies idées, elles te forceront de penser encore à moi. Mes larmes se r’ouvrirent un nouveau passage… je serrai les mains de cette malheureuse femme, et voulus changer ces effrayantes idées de matérialisme contre quelques systèmes moins impies ; mais à peine eus-je fait éclater ce désir, que madame de Verquin me repoussa avec effroi… Ô Florville, s’écria-t-elle, n’empoisonne pas, je t’en conjure mes derniers moments, de tes erreurs, et laisse-moi mourir tranquille ; ce n’est pas pour les adopter à ma mort que je les ai détestés toute ma vie… Je me tus ; qu’eût fait ma chétive éloquence auprès de tant de fermeté, j’eus désolé madame de Verquin, sans la convertir, l’humanité s’y opposait ; elle sonna, aussitôt j’entendis un concert doux et mélodieux, dont les sons paraissaient sortir d’un cabinet voisin. Voilà, dit cette épicurienne comme je prétends mourir, Florville, cela ne vaut-il pas bien mieux qu’entourée de prêtres, qui rempliraient mes derniers moments de trouble, d’alarmes et de désespoir… Non, je veux apprendre à tes dévots, que sans leur ressembler on peut mourir tranquille, je veux les convaincre que ce n’est pas de la religion qu’il faut pour mourir en paix, mais seulement du courage et de la raison.

        L’heure avançait : un notaire entra, elle l’avait fait demander ; la musique cesse, elle dicte quelques volontés ; sans enfants, veuve depuis plusieurs années, et par conséquent maîtresse de beaucoup de choses, elle fit des legs à ses amis, et à ses gens. Ensuite, elle tira un petit coffre d’un secrétaire placé près de son lit, voilà maintenant ce qui me reste, dit-elle, un peu d’argent comptant et quelques bijoux. Amusons-nous le reste de la soirée ; vous voilà six dans ma chambre, je vais faire six lots de ceci, ce sera une loterie, vous la tirerez entre vous, et prendra ce qui lui sera échu.

        Je ne revenais pas du sang-froid de cette femme ; il me paraissait incroyable d’avoir autant de choses à se reprocher, et d’arriver à son dernier moment avec un tel calme, funeste effet de l’incrédulité ; si la fin horrible de quelques méchants fait frémir, combien ne doit pas effrayer davantage un endurcissement aussi soutenu.

        Cependant, ce qu’elle a désiré s’exécute ; elle fait servir une collation magnifique, elle mange de plusieurs plats, boit des vins d’Espagne et des liqueurs, le médecin lui ayant dit que cela est égal dans l’état où elle se trouve. »

        • #13152 Répondre
          Cyril
          Invité

          Ravi d’avoir suscité cette lecture ! C’était un tel plaisir de lire ces nouvelles que je suis passé à son roman épistolaire Aline et Valcour. L’écriture ne me paraît pas aussi bonne que chez Laclos et Rousseau mais Sade parvient toujours à me captiver par ses récits tendancieux… Je dois avoir l’esprit tordu.

          • #13153 Répondre
            Malice
            Invité

            Moi j’enchaîne avec « La philosophie dans le boudoir », ça m’ a l’air prometteur ( je suis tordue aussi)

            • #13155 Répondre
              Malice
              Invité

              Déjà le manifeste pour la bisexualité a tout pour me plaire:

              « Chevalier de Dolmancé : Je ne te cacherai point mes extravagances avec lui, tu as trop d’esprit pour les blamer. Dans le fait, j’aime les femmes moi, et je ne me livre à ces goûts bizarres que quand un homme aimable m’en presse. Il n’y a rien que je ne fasse alors ; je suis loin de cette morgue ridicule qui fait croire à nos jeunes fréluquets qu’il faut repondre par des coups de canne à de semblables propositions ; l’homme est-il le maître de ses goûts ? Il faut plaindre ceux qui en ont de singuliers, mais ne les insulter jamais, leur tort est celui de la nature, ils n’étaient pas plus les maîtres d’arriver au monde avec des goûts différens, que nous ne le sommes de naître ou bancal ou bienfait. Un homme vous dit-il d’ailleurs une chose désagréable en vous témoignant le desir qu’il a de jouir de vous ? non sans doute, c’est un compliment qu’il vous fait ; pourquoi donc y répondre par des injures ou des insultes ? Il n’y a que les sots qui puissent penser ainsi, jamais un homme raisonnable ne parlera sur cette matière différemment que je ne fais ; mais c’est que le monde est peuplé de plats imbéciles qui croyent que c’est leur manquer que de leur avouer qu’on les trouve propres à des plaisirs »

    • #13098 Répondre
      Charles
      Invité

      N’ayant reçu aucune réponse à ma question sur la valeur des romans de Martin Amis, j’ai dû faire le travail moi-même et me coller à la lecture de Money, money, un de ses premiers gros succès critiques. En version originale, le roman se nomme Money, j’ignore pourquoi la version française a jugé utile de doubler le mot quoique cela reflète bien la teneur récit – lourd et répétitif. Le livre raconte les déboires d’un réalisateur anglo-américain, John Self, en phase de pré-production de son premier long-métrage. Le récit s’ouvre sur sa lettre de suicide puis, en flashback, son altercation avec un chauffeur de taxi new-yorkais qu’il insulte au bout de 2 minutes. Très rapidement on comprend qu’il s’agit d’une énième histoire racontée à la première personne d’un antihéros qui va nous faire partager ses provocations et ses déconvenues bigger than life sur 600 pages, en nous interpellant de temps à autre pour tenter de nous déranger. Le livre a été écrit au début des années 80, ce qui m’a étonné car je ne pensais pas que cette forme de récit, très anglo-saxonne, existât depuis près de 40 ans.
      Je me demande jusqu’où et jusqu’à qui on peut la faire remonter. Évidemment, Saul Bellow (grande référence d’Amis) et Philip Roth ont produit des formes approchantes mais avec un trait satirique nettement moins lourd, dans un style plus tenu et moins logorrhéique, en chargeant moins la barque de leurs antihéros bien plus complexes et donc intéressants.
      Ici, John Self est un homme obèse (on insiste bien là-dessus), laid (idem), vulgaire (on insiste sur tout, tout le temps en fait), abject, alcoolique, obscène etc. A peine malin, c’est une épave fière de savoir se battre, notamment de cogner ses copines, voire de (tenter de) les violer – il ne s’agit pas d’une relecture woke de ma part, les termes sont employés par le narrateur tels quels. François redisait récemment à propos de Fight Club qu’on n’écrit jamais contre, que quand on reste aux côtés d’un antihéros pendant 500 pages c’est qu’on s’y sent bien et que la satire n’est que superficielle. Cela ne m’a jamais paru aussi vrai avec ce roman. John Self croise beaucoup de monde mais aucun n’a de consistance, de profondeur, ce ne sont que des figures pas très intéressantes. Self est le centre de l’attention de l’écrivain et tous les autres ne servent que de faire-(dé)valoir. Par ailleurs, les autres personnages lui passent beaucoup de choses en définitive, car même s’il lui arrive beaucoup de déconvenues, il parvient tout de même à nouer un certain nombre de relations de façon tout à fait improbable compte tenu de sa médiocrité et de son caractère odieux. Le plus souvent John Self est traité comme un enfant turbulent par les autres, qu’on engueule plus ou moins gentiment mais qu’on ne peut s’empêcher de fréquenter. Il est ainsi rare qu’on le confronte à ses mauvaises actions et quand ça arrive, on passe généralement l’éponge. Et quand un personnage finit par se venger de lui, sa motivation réelle demeure opaque et est théorisée par le récit via le personnage de Martin Amis. En effet, le narrateur rencontre Martin Amis qui va l’aider à réécrire son scénario. Et dans ces passages, transparait très clairement la fascination du personnage Martin Amis et donc celle de l’écrivain (et on peut penser que celui-ci n’en est pas dupe et que c’est à dessein qu’il la met en scène) pour notre antihéros. La raison unique de cette fascination qu’on puisse imaginer – car je le rappelle, il est alcoolique, inculte, vulgaire, même pas particulièrement doué, grossier… – c’est son absence totale de surmoi, sa façon de dire et faire tout ce qui lui passe par la tête, surtout avec les femmes, ce qui situe bien politiquement et affectivement Amis à mon sens. Il représente aussi tout l’inverse d’Amis en apparence (écrivain artistocratique, cynique et décadent mais élitiste). Ce personnage est vraiment le centre de gravité du roman et Amis n’a pas grand-chose à dire sur le sujet apparent donné par le titre, à savoir l’argent. J’avais lu quelque part qu’était bien évoquée l’époque thatchero-reaganienne mais encore une fois, ce n’est que d’une façon très superficielle. On parle d’ailleurs beaucoup plus du mariage de Diana dans le roman que des deux sus-nommés. Si le terme « fric » revient toute la page, il est plus évoqué comme une sorte d’idole à laquelle se soumet John Self et qui obsède ses pensées que décrit et analysé. On ne saura finalement pas grand-chose de la circulation de l’argent à cette époque, notamment dans le milieu décrit (le cinéma). C’est comme pour la pornographie, terme employé 2000 fois qui obsède le narrateur et dont on ne dit rien. Le roman s’attache davantage au rapport qu’il entretien avec le fric qu’au fonctionnement de celui-ci. La satire politique qu’on vend au sujet de ce livre est donc à peu près nulle.
      Le roman est plus intéressant sur le milieu du cinéma, ce sont les meilleures parties du récit, plus drôles, les plus méchantes envers les acteurs décrits comme de gros bébés narcissiques pas très malins et pleurnicheurs. Le narrateur et son acolyte producteur sont eux dépeints comme des détraqués sexuels qui profitent de la moindre occasion pour dénuder des actrices. Il est difficile de ne pas faire de lien avec Weinstein et d’autres affaires plus ou moins récentes. Ce qui est étonnant c’est que, encore une fois, le roman a 40 ans et je ne suis même pas sûr qu’il ait fait véritablement scandale à l’époque. C’est comme si on savait depuis très longtemps à quel point ce milieu était toxique et qu’on ne l’avait jamais pris au sérieux et qu’on l’avait toléré. Il y a là une forme de légèreté un peu troublante dans ce que livre raconte qui apparait à la fois daté (car rien n’apparait grave) et très actuelle. Je me demande là aussi s’il était fréquent à l’époque d’avoir des récits aussi cruels, désabusés et cyniques sur le monde du cinéma. Le roman n’en tire évidemment aucune conséquence car Martin Amis se situe du côté des auteurs dits méchants (comprendre, de droite), qui jouissent de la mauvaiseté en tant que telle du monde. Ceux qui adorent dire que la civilisation n’est qu’un mince vernis et qu’en grattant on retrouve la sauvagerie fondamentale et éternelle de l’Homme. La seule conséquence qui peut donc être tirée est essentiellement morale car John Self va chuter et on sent que cette chute vaut punition et retour à la place qu’il n’aurait jamais dû quitter (le pub avec une copine aussi obèse que lui). Tout ça aurait pu passer sans ce ton ricanant, cette écriture qui se déverse et se répète et qui est parfois péniblement littérale, lourde (exemple « On ne peut, légalement, traiter le fric comme ça. Mais on le fait. Qu’est-ce qu’on est cupides ! Qu’est-ce qu’on est cyniques ! »). On reste bloqués dans la tête du narrateur, avec ses expressions argotiques, ses pensées vulgaires exprimées dans un style oral qui est épuisant. Je n’ai rien contre le fait d’entrer dans l’esprit de quelqu’un de mauvais, quand Dostoievski le fait c’est très bien mais les Carnets de sous-sol c’est 100 pages, pas 600, et le style me semble plus travaillé, plus dans la rétention que dans la logorrhée (« moi je suis seul et eux ils sont tous », c’est quand même autre chose). Et pourtant, Martin Amis était selon la critique anglaise un des plus grands écrivains de la seconde moitié du XXième siècle. Peut-être que les autres romans sont meilleurs, je ne sais pas et après celui-ci je n’ai pas très envie de le savoir.

      • #13101 Répondre
        Claire N
        Invité

        Bonjour Charles
        Je t’avais répondu sur poupées crevées ( plus court ), ma lecture remonte
        Mais l’impression que j’en garde est celle de personnages assez irréels mais « malaxées«  par l’auteur comme une matière ( fécale ?) et martyrisées ; il me donne l’impression sadique de les dévitaliser jusqu’à écœurement .

        • #13102 Répondre
          Claire N
          Invité

          En même temps le titre prévient de l’entreprise

        • #13104 Répondre
          Charles
          Invité

          Salut Claire, désolé je n’avais pas vu ton message. Oui il y a une impression de facticité, de répétition qui vire à l’écoeurement. Mais surtout d’absence de complexité, de densité, ce qui rend la lecture pénible.

          • #13121 Répondre
            Claire N
            Invité

            Tu m’as donné envie de préciser les choses
            Et je suis tombée sur un passage du narrateur qui commente la situation de ses 10 personnages riches et cingles , le petit Keith est un nain décrit comme gros , laid et faisant tout ce qu’il peut pour niquer , il a été tellement martyrisé qu’il est quasi mort
            «  assez? En avons nous eu assez? Rien ne serait plus facile, bien sûr, que de donner à manger aux Américains, un peu de sommeil même, et de leur faire plier bagage- ce qui nous débarrasserait apparemment de Johnny, et , tiens, ils pourraient même déposer le petit Keith à l’hôpital, en passant.(..) il suffirait d’un tout petit peu d’ingéniosité pour ramener la paix au presbytère d’Appleseed. Malheureusement, il ne peut y avoir de «  retour en arrière « pour des choses qui, en un sens n’ont jamais été prévues, des choses qui ont commencé il y a trop longtemps . C’est choses la continuent. Ce n’est pas fini . Ça n’a pas commencé

      • #13162 Répondre
        François Bégaudeau
        Maître des clés

        Je n’ai qu’un livre d’Amis et il m’a laissé le même souvenir
        Dans la grande tradition des lourdauds anglo-saxons. Pavés, pavés, pavés.

        • #13164 Répondre
          Claire N
          Invité

          Écœurement, pavé cela me fait penser à une idée de Tosquelles qui explique que les mots ne se mangent pas ( on connaît la destination des aliments) mais sont plutôt du domaine de la «  sculpture de l’air « 
          De là cela m’amuse à penser qu’un mesusage produise de la merde et un «  bon » usage du souffle

    • #13421 Répondre
      Titouan R
      Invité

      Après Mémoires d’Hadrien, par quel côté poursuivre chez Yourcenar ? Un conseil ?

      • #13687 Répondre
        Dr Xavier
        Invité

        Si tu écris quelques mots pour dire pourquoi lesdites Mémoires t’ont plu je te lirai, parce que moi je l’ai lu il y a quelques années et j’ai trouvé ça lourd (et je pourrai avoir des mots plus durs). J’aime bien les romans-historiques-ou-on-apprend-des-trucs, mais là j’ai trouvé que l’autrice faisait pontifier l’empereur-dictateur pour faire passer ses propres méditations (vu l’aura du livre, je nage à contre-courant). En tous cas ça m’a pas donné envie de découvrir d’autres livres.

        • #13696 Répondre
          Charles
          Invité

          Pareil, ça m’est tombé des mains. J’avais trouvé ça pompeux, académique, poussiéreux, une sorte d’exercice de style très Troisième République. Mais je l’ai lu ado, peut-être que je changerai d’avis aujourd’hui. Qu’est-ce qui t’a plu dedans?

          • #14082 Répondre
            Titouan R
            Invité

            Pour ne rien te cacher, le livre est parfois indigeste à vouloir être un livre-monde. Plusieurs fois, il a failli me tomber des mains.
            Mais je trouve que Yourcenar fait écrire à Hadrien des choses intéressantes sur la vanité, l’appel pour un « grand personnage historique » à orchestrer son passage à la postérité. Certes, tout cela aurait pu être ramassé dans un recueil « Aphorismes d’Hadrien ». Mais m’en reste surtout le souvenir lancinant d’une grande lucidité sur le vieillissement, la dégradation. Le texte en revient au corps d’Hadrien, triomphant puis dépassé, ramené à son usure par d’autres plus jeunes que le sien.

      • #13739 Répondre
        Christophe M
        Invité

        L’œuvre au noir, sur, entre autre, la naissance du capitalisme.

    • #14076 Répondre
      Carpentier
      Invité
    • #14235 Répondre
      K. comme mon Code
      Invité

      Pour l’été, parce qu’on est en été, il parait, je vous conseille la lecture d’un recueil de nouvelles d’Alice Munro, une canadienne qui a reçu le Nobel en 2013. Ça s’appelle Les évadés en français, Runaway en anglais.

      En automne, je le conseillerai aussi.

      • #14236 Répondre
        K. comme mon Code
        Invité

        Erreur : c’est Fugitives en français.

    • #15154 Répondre
      Simon
      Invité

      Bonsoir, je suis en train de lire « Le maître et Marguerite » de Boulgakov. Je suis à la recherche de quelques avis. Y en a-t-il parmi vous qui l’ont lu ?

      • #15199 Répondre
        François Bégaudeau
        Maître des clés

        relu l’an dernier
        de très bonnes pages – surtout sur Pilate- mais le livre est laborieusement répétitif
        et trop en roue libre

      • #16554 Répondre
        o/
        Invité

        @Simon eh bien je suis dedans ! je l’ai mis en pause pour lire d’autres choses. Le début m’a beaucoup plu, la liberté du récit, l’ironie du narrateur, la migraine de Ponce Pilate, et puis là je suis un peu perdu dans un salon littéraire mais je vais pas tarder à y retourner. T’en penses quoi toi ? Je ne sais plus d’où me venait la recommandation, je me demande si c’était pas dans une vidéo de Mélenchon.. ?!

    • #15637 Répondre
      MA
      Invité
      • #15662 Répondre
        François Bégaudeau
        Maître des clés

        on va lire
        drole de zigue

        • #15663 Répondre
          François Bégaudeau
          Maître des clés

          tu peux le coller ici?

          • #15670 Répondre
            MA
            Invité

            Sollers 1983 : la contre-révolution littéraire
            Décédé le 5 mai dernier, l’écrivain Philippe Sollers a ouvert, voilà quarante ans, la voie à la littérature réactionnaire moderne. Avec son roman « Femmes », il a construit le cadre d’une lutte contre la modernité qui a entamé une lente et inévitable dérive.
            Romaric Godin
            9 août 2023 à 13h01

            Le 5 mai 2023, la mort de Philippe Sollers aurait pu être un événement. L’écrivain de 86 ans n’avait pas seulement été un des papes de la littérature française depuis quatre décennies, il avait aussi été un des auteurs les plus médiatiques et donc des plus influents des années 1980 et 1990. Pendant trois décennies, il a inondé la presse de ses articles et chroniques et la télévision de sa présence, et pas seulement dans les émissions littéraires.

            Pourtant, en ce mois de mai 2023, ce décès n’a pas été un événement majeur, pas même dans le milieu littéraire. La presse nationale a publié des nécrologies convenues, ou complaisantes parce que écrite par des proches (comme celle de Philippe Forest dans Le Monde), ou largement descriptives. Le texte d’hommage de l’Élysée, assommante notice de manuel d’histoire littéraire, par ailleurs parsemée d’erreurs factuelles, n’a guère remonté le niveau. En une journée, l’affaire était réglée. On pouvait passer à autre chose.

            La comparaison avec d’autres auteurs est cruelle pour celui qui a placé au centre de son œuvre le culte du « grand écrivain ». Ici, nulle réflexion sur la postérité de son œuvre, aucune analyse au long cours de son influence ou de son style. Pas de branle-bas de combat dans les librairies pour profiter de l’aubaine. Ces hommages ressemblaient plus à de simples et obligés constats de décès.
            Les contemporains, bien sûr, ne sont pas toujours les plus lucides en littérature et on laissera là le bénéfice du doute quant à la postérité de Philippe Sollers. Mais cette relative indifférence de la France de 2023 est, en soi, un fait social intéressant. Elle prouve qu’à l’instant de la mort de Philippe Sollers son œuvre semble dépassée, datée, anachronique.

            En cela, cet événement pourrait se rapprocher d’un autre décès, survenu dix jours plus tard, le 15 mai 2023, celui de l’économiste états-unien Robert Lucas. Ce dernier a, lui aussi, dominé son domaine pendant plus de quatre décennies, donnant le ton sur l’ensemble de la science économique. Et pourtant, son décès n’a guère fait, là non plus, événement. Là aussi, quelques nécrologies convenues rappelant froidement ses travaux et son « prix Nobel ». Il a fallu cinq jours au Financial Times et au New York Times pour publier leurs textes. Comme si son temps était passé.

            Aucun rapport ? Peut-être. Mais tentons tout de même une hypothèse. Littérature et économie ne sont pas des sphères sociales autonomes, mais les représentations d’un mouvement social plus global. Si l’on observe les parcours de Sollers et de Lucas à cette aune, on constate une étonnante correspondance. Ces deux figures ont dominé leur champ dans les années 1980 en menant une contre-révolution qui a établi un ordre nouveau, beaucoup plus conservateur.

            Dans les deux cas, le dépassement de l’ordre ancien se fait en ralliant une partie de ses partisans. En économie, Robert Lucas a entraîné une branche du keynésianisme dans une synthèse qui est devenue dominante. Il en ira de même du tournant conservateur de Sollers au début des années 1980. À ce moment, il n’est pas identifié comme un auteur réactionnaire et est même détesté de ces derniers. Or il va précisément s’appuyer sur ce positionnement pour basculer une grande partie de la littérature dans un nouveau conservatisme qui mêle des éléments de l’avant-garde avec des idées réactionnaires.

            Dans les deux cas, ce fait est essentiel, parce que cela permet de justifier, pour une partie de l’opinion, le tournant à droite. C’est de cette manière qu’une partie de la social-démocratie a basculé dans le néolibéralisme. En cela, ces contre-révolutions ressemblent donc bien davantage à la révolution thermidorienne de 1794, celle qui suivi la chute de Robespierre et qui fut menée par les anciens alliés de l’Incorruptible, qu’à la Restauration de 1815 qui vit le retour des Bourbon au pouvoir.

            Mais souvent, le destin de ce type de contre-révolution est de se faire dépasser sur sa droite. C’est ce mouvement qu’il faudra ici examiner : comment Philippe Sollers a mené une contre-révolution sur laquelle la littérature réactionnaire d’aujourd’hui a pu s’appuyer. Il s’agit donc de prendre politiquement Sollers au sérieux et de le traiter comme un phénomène social dans la sphère littéraire. Une telle démarche est déjà une provocation à son égard, en opposition avec toutes les positions qu’il aura défendues à partir de 1983.
            Le tournant de 1983

            Nous sommes le 4 février 1983. À la une de Libération, un journal qui, comme Philippe Sollers, a été maoïste dix ans plus tôt, une interview fleuve d’Edmond Maire, alors secrétaire général de la CFDT. Depuis plusieurs mois, une crise politique secoue la gauche. Une partie du gouvernement, menée par Jacques Delors, estime qu’il faut mettre fin à l’application du programme du PS qui a conduit François Mitterrand à l’Élysée en mai 1981.

            Ils affirment que le déficit du commerce extérieur qu’entraîne la relance est intenable et va provoquer la chute du franc, la sortie du système monétaire européen et la fin de l’unification européenne. À la place, ils proposent un plan de rigueur destiné à brider la demande et à faire basculer la répartition de la valeur ajoutée en faveur des profits.

            Edmond Maire est dans ce camp. Dans cet entretien, il plaide en faveur d’un « plan de rigueur juste » pour défendre « les grands équilibres économiques ». Et il y fustige le « protectionnisme qui détruit les emplois ». Un mois plus tard, il aura gain de cause. Le gouvernement de Pierre Mauroy annonce une « pause » dans les réformes. C’est le « tournant de la rigueur », une des dates fondatrices de l’introduction du néolibéralisme en France.

            L’histoire est parfois malicieuse. Dans cette même édition de Libération, Daniel Rondeau, alors rédacteur en chef du service culture, lui aussi ancien maoïste et futur membre de l’Académie française, rédige la critique sur une pleine page du nouveau roman de Philippe Sollers, Femmes. La malice va jusqu’à donner un sens particulier au titre de cette chronique : « “Femmes” de Philippe Sollers : l’amour à crédit », comme si le cœur de ce roman était lié à l’économique et donc aux événements en cours.

            En tout cas, c’est peu dire que ce texte est alors attendu. Le 1er octobre 1982, une brève de quelques lignes parue dans Le Monde donnait deux nouvelles extraordinaires pour le petit monde de la littérature française. D’abord, Philippe Sollers annonçait sa volonté de quitter Le Seuil, son éditeur historique, pour Denoël, c’est-à-dire pour Gallimard. Ensuite, on annonçait la publication prochaine, chez cet éditeur, d’un nouveau roman « que l’on dit d’inspiration autobiographique et d’une facture beaucoup plus accessible que celle de ses précédents ouvrages ».

            Ce qui s’annonce est une véritable rupture. Sollers est alors, à 46 ans, un écrivain reconnu, très discuté, mais déjà central dans le paysage éditorial parisien. Après la publication de son premier roman en 1958, Une curieuse solitude, de facture assez classique, il est délibérément placé à l’avant-garde. En 1960, il crée la revue et le groupe Tel Quel au Seuil qui a pour mission de faire éclater la vieille littérature. S’attachant, avant de le dépasser, au nouveau roman dans les années 1960, il se rapproche des structuralistes, de Barthes à Derrida en passant par Lacan et Althusser, et de leurs réflexions sur l’écrit et l’art. Il s’agit alors de soumettre la langue à des expériences radicales.

            Dans Nombres (1968), le récit est soumis à la géométrie et aux mathématiques. Dans Lois (1972), la structure linguistique éclate sur le modèle du Finnegans Wake de Joyce. Après H (1973), texte halluciné débarrassé de sa ponctuation, il se lance dans l’écriture de Paradis, un long texte dénué, lui aussi, de ponctuation, qui est publié au début de 1981.

            Parallèlement, après Mai 68, Tel Quel adhère au maoïsme avec passion, au point qu’une grande partie du groupe ira, en avril 1974, faire le voyage en Chine sous la supervision du Parti communiste chinois et que Sollers attaquera avec virulence toutes les accusations en totalitarisme de la Chine maoïste. Son texte Sur le matérialisme, publié en 1974, est un précis de doctrine marxiste-léniniste.

            À partir de 1977, Sollers se détache du maoïsme et opère un glissement vers l’apologie du catholicisme romain et des positions plus « libérales ». En 1978, il rejoint le très anti-communiste et néolibéral Comité des intellectuels pour l’Europe des libertés, le CIEL, fondé par Raymond Aron qui, à partir de 1981, demandera en permanence la démission des ministres communistes. Ces changements sont visibles à l’intérieur même de Paradis, mais ce texte est si obscur et contradictoire qu’il est fort délicat d’en faire une lecture politique.

            Au début des années 1980, Sollers reste donc d’abord considéré comme un auteur d’avant-garde. Il est auréolé par l’adoubement des grands maîtres du structuralisme : Roland Barthes, qui signe en 1979 un Sollers écrivain, et Jacques Derrida, qui en 1972 fonde son essai La dissémination sur une lecture de Nombres. Mais la parution de Paradis le place pour beaucoup à la limite du lisible. Le Monde s’interroge même ouvertement le 30 janvier 1981 : « Faut-il prendre Philippe Sollers au sérieux ? »

            Femmes est donc un événement littéraire, soigneusement préparé par Gallimard pendant des mois. Le livre sera non seulement lisible et accessible, mais ce sera surtout un règlement de comptes avec le passé. Un roman à clés où toute l’intelligentsia parisienne des années 1970 défilera et en prendra pour son grade. Et pour solde de tout compte, il s’agira aussi d’une attaque frontale contre la modernité, autrement dit contre ce que le groupe Tel Quel avait, sur le plan littéraire, cherché à construire.

            Ce roman est donc bien le « tournant de la rigueur » de la littérature française, celui par lequel l’ancien défenseur de l’avant-garde et de la dissolution du sujet littéraire devient auteur d’une autofiction désabusée et conservatrice. On n’est ici pas si loin de ces ministres socialistes qui avaient, pendant dix ans, défendu l’autogestion et le dépassement du capitalisme, et qui, en ce même printemps 1983, donnent désormais au public des cours de monétarisme et d’orthodoxie financière dans le but de soutenir les profits. Autrement dit, pour reprendre le terme du Monde de 1983, il faut prendre Philippe Sollers au sérieux.
            Le « Bernard Tapie de la littérature »

            Disons-le d’emblée : le livre Femmes, quarante ans plus tard, apparaît à la fois comme terriblement daté et comme étrangement très proche. Daté parce que c’est un roman à clés sur le monde intellectuel du début des années 1980 qui a un petit parfum d’histoire. Daté aussi par son insistance sur les scènes sexuelles de type porno soft qui ne sont pas sans rappeler les plus belles pages de Bruno Le Maire. Il est enfin très daté par sa misogynie et son donjuanisme très années 1980. Mais il est très actuel parce que les propos violemment anti-féministes et la grande plainte du mâle blanc hétérosexuel prétendument persécuté nous sont très familiers.

            Rappelons rapidement l’argument principal de ce long roman. Un journaliste états-unien écrit avec un écrivain maudit français, baptisé subtilement « S », un roman titré Femmes sur sa résistance à la domination de la société par les femmes et leurs alliés homosexuels. Cette domination est ainsi résumée : « Les mères, les homos, malgré leur rivalité apparente, ce sont comme qui dirait les kapos du camp invisible » (page 43).

            Dès les premières pages, le ton est donné : « Le monde appartient aux femmes, c’est-à-dire à la mort, là-dessus tout le monde ment. » La question féministe n’est donc ici qu’un prétexte. En réalité, dans la construction sollersienne, la « femme » et ses alliés représentent la société, c’est-à-dire l’organisation temporelle de la vie. Puisque les femmes « ne donnent pas la vie, mais la mort » (page 211), elles sont du côté du temps, donc du monde et de la société. Mais tout cela n’est que mensonge. La Vérité est au-delà et elle n’est atteignable que par ceux qui mènent la lutte contre ce mensonge social, dans l’éternité de l’écriture, les « grands écrivains ».

            Face au mensonge social, le romancier, lui, est capable de dire « la vérité sur les femmes, c’est-à-dire sur le temps lui-même » (page 117). Sollers insiste, dans Femmes, sur la figure d’éternité des grands écrivains et des chefs-d’œuvre puisqu’il est toujours possible de dialoguer, au-delà du temps, avec eux (« on finit par croire qu’ils existent de toute éternité », page 88). Ces œuvres sont donc des négations puissantes du pouvoir féminin, c’est-à-dire du mensonge social. D’où cette tournure de la page 102 : « Le roman et lui seul dit la vérité… Toute la vérité… Autre chose que la vérité, et pourtant rien que la vérité. »

            Le choix de l’autofiction coule alors de source : quoi de plus vrai et anti-social qu’un roman sur la construction d’un roman par son auteur ? Dès lors, on comprend pourquoi l’intrigue de Femmes est inexistante : il ne s’agit que d’une collection d’anecdotes, principalement d’aventures sexuelles d’un Don Juan qui prend sa revanche au lit contre la domination de la société, des femmes et de la mort. Le tournant « lisible » de Sollers est donc aussi un tournant politique : il place la figure de l’écrivain au centre, là où, dans les années 1960 et 1970, il fallait se débarrasser du sujet.

            Je les ai toujours vus trembler devant leurs femmes ces philosophes, ces révolutionnaires, comme s’ils avouaient par là que la vraie divinité se trouve là.

            Philippe Sollers, Femmes, à propos des structuralistes.

            Désormais, le sujet-écrivain est partout : le seul vrai thème du roman est la capacité de l’auteur à peine masqué à « résister » au pouvoir social par l’affirmation de son désir et la réalisation de son plaisir. D’où les scènes sexuelles qui occupent une grande partie du roman. L’écrivain étant le porteur de la Vérité, son plaisir est le porteur de cette vérité parce qu’il est seul capable de goûter l’éternité qui s’y cache. D’où le culte de l’homme génial s’opposant à la masse des « soumis » : « La lutte entre la stéréotypie intéressée et la perception véritablement personnelle » (page 88).

            C’est dans cette obsession de l’éternité contre la temporalité qu’il faut comprendre les éloges du catholicisme dont le livre est rempli, et c’est aussi pour cette raison que cet éloge ne contredit pas, pour Sollers, l’hédonisme et les appétits sexuels. Dans les années qui suivront, il en fera même un des axes principaux de son travail avec l’éloge de l’aristocratie jouisseuse du XVIIIe siècle, incarnée par Venise, Casanova ou les écrits libertins français, contre la rigoriste et totalitaire Révolution française. Ce type de critique de la Révolution, marque de fabrique de la réaction française, est déjà présente dans Femmes et restera un leitmotiv de l’œuvre de Sollers jusqu’à sa mort.

            Car la démarche est bien profondément conservatrice. Non pas seulement parce que Sollers brûle dans son livre avec une hargne féroce ce qu’il a jadis adoré, jusqu’à traiter Lacan de « pauvre con » (page 218) et à fustiger de la sorte : « Je les ai toujours vus trembler devant leurs femmes ces philosophes, ces révolutionnaires, comme s’ils avouaient par là que la vraie divinité se trouve là » (page 120). Le moteur de cette réaction politique est bien cet écrivain, individu tout-puissant qui, lui, n’a pas peur des femmes, mais au contraire sait les soumettre à son désir.

            Cette lutte contre la société et la féminité qui l’incarne, qui est le sujet du roman, Sollers l’appellera par la suite la « guerre du goût », titre qu’il donnera à son premier recueil de chroniques littéraires et artistiques. Cette guerre a une ambition : le maintien de l’accès à l’éternité par les « grandes œuvres », contre la superficialité sociale, et elle a un moyen, la vie et l’œuvre de l’écrivain supérieur.

            En imposant son désir sexuel avec force détails aux dix femmes du roman, le narrateur mène donc une lutte individualiste qui sauvegarde l’humanité d’une trivialité sociale qui la menace. « Mener sa vie à soi en connaissance de cause, défendre ses propres intérêts et eux seuls, voilà ce qui est insupportable au FAM… au WOMANN… au SGIC… » (page 67).

            Le FAM, le WOMANN et le SGIC sont, dans Femmes, des sociétés plus ou moins secrètes féministes et homosexuelles (SGIC veut dire Sodome et Gomorrhe International Council) qui cherchent à imposer la domination ouverte de la femme sur la société pour en éliminer les signes de liberté incarnés par l’écrivain. D’ailleurs, le WOMANN voudrait explicitement « éliminer de l’enseignement, de la littérature et de l’art tous les éléments pouvant être considérés comme sexistes ou machistes » (page 53). Et l’action serait centrée sur les « génies » qui « devront être soit sérieusement expurgés ou du moins relativisés, soit purement et simplement interdits ». Logiquement, ils essaieront dans le roman de tuer le narrateur… Eh oui, Femmes est aussi le roman de la première panique morale face à ce que l’extrême droite appellera la « cancel culture ».

            Car, c’est le dernier point essentiel : cette lutte entre le génie et la masse féminisée de la société, qui est donc une lutte entre le vrai et le faux, n’est pas une lutte concrète contre la société. Ce qui est en cause ici, c’est la société en général, pas la société bourgeoise ou capitaliste. « Cela fait longtemps qu’il ne s’agit plus d’interpréter le monde, ni de le changer » (page 38). Le mensonge étant dans toute la société, il est inutile de se battre contre elle.

            On le comparerait avec plus de pertinence à Bernard Tapie.

            Guy Debord en décembre 1992 à propos de Philippe Sollers.

            Mieux, même, Sollers la laisse « aux femmes, comme un os à ronger ». Ce qui compte et ce qui reste alors, c’est la préservation du plaisir de l’homme supérieur, de sa capacité à sentir et à jouir et à dialoguer avec ses pairs dans l’éternité. Pour atteindre ce luxe, il est même utile de préserver la société existante.

            La lutte contre la société se fait au sein même de la société et sans chercher à la renverser. Elle est uniquement individuelle. Le narrateur de Femmes, comme ceux des romans qui suivront, aime donc à profiter des plaisirs que lui offre cette société qu’il méprise tant. Il partage son temps entre des restaurants cossus et de magnifiques appartements au centre de Paris, New York, Rome ou Venise, villes entre lesquelles il voyage en avion. Ses romans laissent peu de place à la réalité sociale en dehors de celle du narrateur. Bref, Sollers est un bourgeois qui le revendique comme un titre de provocation contre cette « gauche » qu’il déteste tant désormais.

            Reprenons donc : le romancier est un être supérieur, qui vit en aristocrate dans un monde qu’il méprise et qui lui est hostile. Mais sa supériorité lui permet de surnager et de sauver l’humanité par son accès à l’éternité. « Vous niez le malheur, la misère, l’absurdité, le poids d’une fatalité qui n’a jamais existé », résumait-il dans un texte écrit pour Le Monde le 14 avril 1983 comme une sorte de manuel d’écriture. Un texte qui commence par « vous décidez d’abolir la crise » et qui se termine par « vous coïncidez de mieux en mieux avec votre liberté ».

            En décembre 1992, Guy Debord, qui détestait Sollers, mais que Sollers a toujours tenté de récupérer (y compris de son vivant), dénie à ce dernier la qualité d’« artiste ». Dans une lettre, il écrit qu’il « fait un autre métier ». Et d’ajouter : « On le comparerait avec plus de pertinence à Bernard Tapie. » Comme souvent, Debord a saisi l’essentiel. La figure de l’écrivain chez Sollers correspond exactement à la figure de l’entrepreneur qu’incarne alors Bernard Tapie.

            Comme l’écrivain, l’entrepreneur est capable, par son individualité géniale, de répandre le bien sur l’humanité, « d’abolir la crise ». Pour peu qu’on le laisse faire. La logique ici est bien sûr celle de Margaret Thatcher (« il n’y a pas de société »), mais aussi de la fameuse émission de 1984, éloge de l’entreprenariat, présentée par Yves Montand et soutenue par Libération, « Vive la crise ! ».
            Dynamiques contre-révolutionnaires

            Cette contre-révolution, on l’a vu, est « thermidorienne ». Elle cherche à emporter avec elle une partie de cette « gauche » dont Sollers n’a de cesse désormais de se moquer. Dans ce cadre-là, la forme a une importance cruciale qui permet de faire passer tout le reste. Car, s’il cède à la lisibilité pour afficher son programme politique, Sollers reste à l’avant-garde littéraire. Pas question de revenir à une forme romanesque classique. Le sujet revient au centre, mais pas le récit. Les romans suivants auront une histoire un peu moins famélique que celle de Femmes, mais cela reste un prétexte sans réelle importance.

            Au reste, avec Femmes, Sollers s’inscrit dans ce qui est alors une nouvelle avant-garde, celle de l’autofiction, théorisée par Serge Doubrovsky en 1977. La forme de l’autobiographie romancée et assumée est alors entièrement nouvelle et elle permet à Sollers de réaliser son but : placer le romancier agissant en tant que tel au centre du jeu. L’autofiction devient alors la forme parfaite de la littérature néolibérale inaugurée en 1983 par Sollers. Mais à l’époque, c’est une forme quasi révolutionnaire.

            Enfin, il y a le style. Femmes est écrit comme un flot ininterrompu de pensées pas toujours cohérentes entre elles. Sollers n’a pas abandonné entièrement la méthode de Paradis, mais il a réintroduit de la ponctuation, sous la forme utilisée jusqu’à la nausée des trois points, une référence claire à l’écriture de Louis-Ferdinand Céline. La méthode aide à la lecture, permet de faire un clin d’œil à son tournant politique (alors que l’on célèbre en 1982 le cinquantenaire du Voyage), tout en gardant la « marque Sollers » de la déstructuration de la phrase.

            C’est un énorme pensum mou, une masse gélatineuse obstinément présentée comme un roman.

            Dominique Fernandez, en février 1983, à propos de Femmes.

            En réalité, l’auteur tend un piège. Il s’agit d’épater le lecteur cultivé de gauche par un style prétendument « nouveau » et une culture encyclopédique pour le placer en communion avec son message philosophique et politique. De même que la « gauche politique » commence à faire l’éloge de l’entrepreneur et du néolibéralisme au nom de l’emploi et de la justice sociale.

            À lire les réactions de la critique à Femmes au printemps 1983, on peut dire que la stratégie a parfaitement fonctionné. À droite, on est horrifié par ce texte mal fichu et pornocrate. Dans L’Express du 11 février 1982, Dominique Fernandez, titulaire du dernier prix Goncourt et futur membre, lui aussi, de l’Académie française, n’a pas de mots assez durs contre ce texte qu’il résume en titre à « des milliers de petits points ». C’est, ajoute-t-il, un « énorme pensum mou, une masse gélatineuse obstinément présentée comme un roman ». Bingo. La droite montre sa détestation de Femmes, sur des thèmes réactionnaires : le beau style et la morale. C’est parfait. Elle donne ainsi le champ libre au public de « gauche » pour l’adorer, y compris dans son discours profondément contre-révolutionnaire entièrement tu par le critique.

            À gauche, on complète le tableau dans le même sens. Dans Libération, Daniel Rondeau partage avec son futur collègue de la Coupole un doute sur la forme « à la vas-y comme je te pousse dans le grand méli-mélo », mais n’est pas loin d’approuver le fond et salue ce narrateur « plutôt sympathique […] qui aime le pape et n’aime pas Arafat ». Libération, alors l’organe officiel du tournant de la rigueur, est là dans son rôle.

            Reste Le Monde. Sous la plume de Jacqueline Piatier, le quotidien du soir adoube dans un long article la « chronique rusée de ce libertin catholique ». L’autrice vante la « mise en œuvre baroque » du texte, sa volonté de capter par son style la totalité de la perception du personnage et la réalité sociale. « C’est une chronique de notre temps qui en souligne les déformations, le désarroi, la misère », écrit-elle. Et le reste ? Les complots féministes, le rapport des femmes à la mort et à la société ?

            Jacqueline Piatier reconnaît que l’auteur « n’est pas du côté progressiste », mais elle invite le lecteur à « ne pas trop prendre au sérieux les thèses saugrenues qui sont contenues » dans l’ouvrage. Comme si ce texte était surtout admirable pour la forme. Mais peut-on distinguer cette forme du message qu’elle défend ? Et surtout, l’admiration de la forme n’est-elle pas précisément la porte d’entrée pour l’admiration du fond ?

            Avec une telle critique, l’affaire était entendue. Femmes devient le roman de l’année 1983. Il est parfaitement en phase avec son temps, lui qui pourtant prétend s’extraire de la bouillie du temps. À la surprise de beaucoup, l’écrivain jadis illisible réalise là un vrai succès de librairie. Pendant plusieurs semaines, il joue les premiers rôles dans la liste des ventes de livres de L’Express.

            Après Femmes, Sollers est désormais connu d’un public large. Il est omniprésent sur les plateaux de télévision, à « Apostrophes », l’émission littéraire phare de l’époque qui lui fait l’honneur de l’inviter le lendemain de la sortie de son roman, mais aussi chez Thierry Ardisson, qui adore ses « provocations », et aussi dans bien d’autres émissions.

            Léa Salamé et Claire Chazal réalisent ainsi à la télévision des entretiens de ce vieil écrivain, inoffensif pour la société, mais gentiment provocateur, avec toujours une citation à la bouche et tellement dur pour toutes les formes de critiques sociales.

            Armé de cette notoriété, Sollers va déployer son emprise sur le monde littéraire français. Dans Femmes, il annonçait son arrivée chez Gallimard, comme une arrivée à la « banque centrale ». Là encore, le terme n’est sans doute pas choisi par hasard alors même qu’en 1982 le banquier central états-unien Paul Volcker a imposé la domination de son institution indépendante sur l’économie mondiale.

            Devenu banquier central de la littérature française, Philippe Sollers va alors imposer sa loi. À Gallimard, sa collection L’Infini et la revue qui l’accompagne donnent le ton de la littérature des années 1980 et 1990. Dans les colonnes du Nouvel Observateur, puis du Monde et du Journal du dimanche, où il écrit des chroniques hebdomadaires, il distribue les bons et les mauvais points et réécrit l’histoire de l’art sous l’angle des positions déployées d’abord dans Femmes. Les grands auteurs sont des sources de vérité et d’éternité contre le mensonge social. Les citations sont « des preuves ».
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            Philippe Sollers et Michel Houellebecq à la remise du prix novembre à Paris en 1998. © Photo Roussier / Sipa

            Dans les années 2000 et 2010, Sollers n’écrit d’ailleurs plus que des romans truffés de citations in extenso qu’il présente comme autant de sources de « résistance » contre la « tyrannie » ambiante. La démarche de la « culture » contre la modernité ravit d’ailleurs de plus en plus les médias dominants, de plus en plus attirés par la critique de la « cancel culture » et de la modernité.

            À la fin des années 2010, Sollers est donc un écrivain puissant qui a désormais l’approbation de ces conservateurs qui, trente ans plus tôt, se méfiaient de lui. Léa Salamé et Claire Chazal réalisent ainsi à la télévision des entretiens de ce vieil écrivain, inoffensif pour la société, mais gentiment provocateur, avec toujours une citation à la bouche et tellement dur pour toutes les formes de critiques sociales.
            La chute

            Le 28 janvier 1999, un texte signé Philippe Sollers est publié en une du Monde sous le titre « La France moisie ». Il dénonce en quelque sorte l’extrême-droitisation rampante de la société qui vient d’éclater au grand jour alors que Jean-Pierre Chevènement a déclaré la guerre aux « sauvageons ». Le grand écrivain fustige donc cette France tentée par le souverainisme et la xénophobie. On citera ici le passage le plus connu du texte : « La France moisie a toujours détesté, pêle-mêle, les Allemands, les Anglais, les Juifs, les Arabes, les étrangers en général, l’art moderne, les intellectuels coupeurs de cheveux en quatre, les femmes trop indépendantes ou qui pensent, les ouvriers non encadrés, et, finalement, la liberté sous toutes ses formes. »

            A priori, seize ans après Femmes, Sollers semble venir déjouer l’hypothèse développée ici. Il se dresse face à l’extrême droite et à la réaction. Mais les choses ne sont, en réalité, pas si simples. Car rien dans ce texte n’est en opposition avec les termes de la contre-révolution de 1983, bien au contraire. « La France moisie » défend la liberté contre la société. Sa position est celle d’un centrisme conservateur dont il a besoin pour qu’il puisse se laisser aller à sa jouissance métaphysique. C’est celle de ce Sollers qui, en 1995, avait annoncé voter pour Édouard Balladur.

            Progressivement, Sollers ne sera plus qu’un somnambule qui avance vers le désastre en continuant à chanter la même rengaine de moins en moins convaincante.

            En réalité, ce texte traduit déjà un dépassement. Sa passion pour sa liberté lui a fait manquer un fait essentiel : la crise qu’il nie dans ses écrits existe dans la réalité matérielle. La pente qu’il a prise avec Femmes, celle de l’individualisme et de l’hédonisme, devait mener inévitablement, face à la crise de la société néolibérale et à sa critique, à un durcissement autoritaire, voire fasciste. Mais sa vision étroitement élitiste et individualiste ne pouvait pas lui permettre de saisir ce fait.

            Car si la société n’est qu’un mensonge, sa « crise » est une ruse que l’écrivain peut aisément déjouer. Mais il a trouvé plus fort que lui. La société et le temps se sont rudement vengés. Progressivement, Sollers ne sera plus qu’un somnambule qui avance vers le désastre en continuant à chanter la même rengaine de moins en moins convaincante. C’est ainsi qu’à sa mort, celui qui s’est toute sa vie rêvé « grand écrivain » s’est retrouvé dans l’ombre de deux autres auteurs portant des options littéraires et sociales radicalement opposées : Annie Ernaux et Michel Houellebecq.

            Mais cette perte de substance ne doit pas faire oublier qu’il a lui-même contribué à la résurgence de la culture réactionnaire. Et en cela, Femmes est bien un point de départ dans l’histoire littéraire et sociale française. La rhétorique anti-moderniste, hostile à la domination culturelle de la gauche, misogyne et homophobe qui y est déployée constitue bientôt le cœur de la pensée conservatrice moderne et de l’union autour de « l’anti-wokisme » des centristes et de l’extrême droite.

            La logique victimaire de l’homme blanc hétérosexuel agressé par une société dominée par les femmes et les homosexuels qui constitue le cœur du roman de Sollers est devenue la doxa du discours réactionnaire, d’Éric Zemmour à Frédéric Beigbeder. À lire aujourd’hui Femmes, on a l’impression d’un discours connu et entendu mille fois, mais porté aujourd’hui par l’extrême droite

            Certes, Philippe Sollers a toujours refusé cette responsabilité dans une posture ultra-élitiste : toute lecture politique de son œuvre ne la comprend pas. On lui refuserait « l’ironie » qu’il utiliserait en permanence parce qu’on ne serait pas capable de la saisir. Et c’est bien normal puisque le génie est rare. « L’intelligence en France est d’autant plus forte qu’elle est exceptionnelle », pouvait-il pérorer dans la « France moisie ».

            Et pourtant. Rien ne nous oblige à accepter ce coup de force et ces contradictions sous la pression d’un chantage grossier à « l’intelligence » ou au « génie ». L’ironie a bon dos et on peut aussi considérer que Philippe Sollers a objectivement accompagné cette dérive vers l’extrême droite. Trois ans après « la France moisie », Sollers vient ainsi témoigner en faveur du « grand écrivain » Michel Houellebecq dans un procès qui lui est intenté pour avoir dit que « l’Islam est la religion la plus con ». Se proclamant aux « antipodes » de l’auteur des Particules élémentaires, il a toujours soutenu et légitimé cet écrivain ouvertement réactionnaire.

            Au reste, en lançant la mode de l’autofiction, en refusant tout « contenu politique » aux grands auteurs, en mêlant, selon ses besoins et au détriment de toute cohérence de ces auteurs, de Maistre et Marx, Debord et Céline, Casanova et Heidegger, Sollers a créé les conditions d’une littérature qui nie la société, ses dominations, ses crises, ses questionnements, au profit d’une vision nombriliste. Et c’est sur cette vision que la littérature réactionnaire va trouver un nouveau souffle.

            Philippe Sollers est l’écrivain phare d’une époque et d’une classe. En cherchant à stopper l’histoire à l’endroit où elle lui convenait le mieux personnellement et à placer au-dessus de tout sa jouissance personnelle, il a ouvert la boîte de Pandore de la contre-révolution, car l’histoire et la société ne s’arrêtent pas. Dépassé, il a porté un discours de moins en moins pertinent et écouté, sauf par les réactionnaires qui ont fini par le doubler. C’est un auteur néolibéral, qui a été englouti par la réalité sociale, comme le sont aujourd’hui les néolibéraux en politique et en économie. Voulant s’extirper de l’histoire, il aura fini englouti par l’histoire.

            Romaric Godin

            • #15671 Répondre
              François Bégaudeau
              Maître des clés

              merci

            • #15675 Répondre
              Graindorge
              Invité

              Merci pour le partage.

              • #15679 Répondre
                Sarah G
                Invité

                Merci beaucoup MA pour le partage

                • #15683 Répondre
                  Graindorge
                  Invité

                  Pour qui elle se prend?😂😂😂

                  • #15685 Répondre
                    Sarah G
                    Invité

                    Tu réponds à qui Graindorge ?

                    • #15689 Répondre
                      Le ventilateur d’Hegel
                      Invité

                      À toi mais je pense qu’il y a quiproquo, graindorge doit penser que tu la corrigeais en rajoutant le MA haha

                      • #15690 Répondre
                        Sarah G
                        Invité

                        Oui c’est bien ça, un quiproquo entre moi et Graindorge.

                    • #15692 Répondre
                      Graindorge
                      Invité

                      Je blaguais ma Sarah. Ça m’a encore rappeler la blague des 3 moines et le taxi qui dit je suis moins que moins… je rebéguète
                      À MA, Begaudeau dit merci. Je dis merci pour le partage. Tu dis Merci beaucoup MA pour le partage. A chaque fois il y a des mots de plus, ça m’a fait rire.

                      • #15696 Répondre
                        Sarah G
                        Invité

                        Ah ah !!! 👍😂😂
                        Et tu as raison mettons toujours les prénoms ou pseudo à qui on répond.
                        Ps : la réponse que tu as faites à Carpentier

                      • #15697 Répondre
                        Graindorge
                        Invité

                        Oui Sarah, mettons les noms ou pseudos sinon on risque de dire « Dieu te garde » à Diego. Il va nous tomber dessus avec son microscope « PROUVE IT » dernier modèle

                      • #15698 Répondre
                        Graindorge
                        Invité

                        *prouve it. Volontairement écrit PROUVE en français

            • #15682 Répondre
              Carpentier
              Invité

              Jamais lu Solers, perso.
              Un truc vaut le coup?

              • #15684 Répondre
                Carpentier
                Invité

                Sollers, sorry Philippe.

                • #15688 Répondre
                  Le ventilateur d’Hegel
                  Invité

                  Ouch en plus les Sollers avec deux l méprisent ceux avec un l, pour eux c’est de la mauvaise engeance

                  • #15695 Répondre
                    Graindorge
                    Invité

                    Cher D’Hegel: vu là où il est sûrement laissons lui les 2 L L

                    • #15700 Répondre
                      Carpentier
                      Invité

                      Philippe et ses 2 ailes traîne en camionette pleine de moutons avec, en live, Barzotti qui chante côté passager.
                      Z’ont collé Birkin dans la remorque les goujats dis donc du coup, les moutons bêlent d’ennui en entendant notre Jane préférée chuchoter ex-fan des 60’s 😇

                      • #15702 Répondre
                        Graindorge
                        Invité

                        C’est bien ce que j’intuyais Carpentina, ils sont au purgatoire. Barzotti à la place du mort se fait bientôt éjecter par un Sollers qui n’écrit plus , à force de brailler « je ne t’écrirai plus » en boucle  » va cesser de l’aimer en enfer connard! » « Jane monte devant Zut. Les moutons ne bêlent plus, ils chantent en chœur Aime moi! Jane imperturbable croit que c’est son public et enchaîne les tubes entre 2 che souis touais heuweuse
                        Oui. Sollers qui ne peut même pas se suicider à besoin. Vraiment. De ses 2 L L

              • #15691 Répondre
                Graindorge
                Invité

                Non. Sauf si tu as de la vie à perdre.

              • #15693 Répondre
                Graindorge
                Invité

                Non. Sauf si tu as de la vie à perdre

              • #15694 Répondre
                Graindorge
                Invité

                Non Carpentirina. Sauf si tu as de la vie à perdre.
                P.s: mettre le nom est le seul moyen de savoir à qui on répond car même si on clique « répondre » sous Carpentier, ça marche pas toujours. D’où triplons volontaires

                • #15699 Répondre
                  Carpentier
                  Invité

                  🤗 j’aime bien avoir un post qui m’est destiné 😚
                  Merci Grainedamour, je finissais par psychoter en imaginant qu’on m’avait mis en post invisible 🫥
                  Car dans ‘au secours je pige que dalle à l’art’, tout le monde m’a snobé dis donc.
                  Pourtant pas l’impression d’y avoir écrit que de la merde, si? 😅

                  • #15706 Répondre
                    Graindorge
                    Invité

                    Pas du tout Carpentier. Mais ils étaient occupés avec Diego

                    • #15708 Répondre
                      Sarah G
                      Invité

                      Oui avec Diego et en plus avec un ou une qui a usurpé le pseudo d’Ostros, pour foutre la merde sur ce forum.

            • #15703 Répondre
              PE
              Invité

              Intéressant l’article, merci MA.
              Par curiosité, pour ceux qui ont lu l’essai de V. Berthelier sur le style réactionnaire (pas encore fait pour ma part, ça viendra), est-ce qu’il mentionne Sollers ?
              Autre chose, est-ce que quelqu’un aurait des textes intéressants sur le devenir conservateur / réactionnaire des ex-maoïstes bourgeois greffés à mai 68 ? Parce qu’après tout Sollers vient de cette matrice là, avec ses futurs copains les « nouveaux philosophes ». J’aimerais bien comprendre plus en détail ce glissement qui semble presque automatique, mais surtout – puisque le fait qu’un bourgeois rentre vite dans ses intérêts de bourgeois n’est pas bien étonnant – les raisons de l’attirance du maoïsme pour ces jeunes bourgeois lettreux. Je connais mal cette doctrine. Est-ce qu’elle contient en elle-même un ferment hédoniste, individualiste, qui aurait pu exciter ces jouisseurs en chef ? Est-ce que le maoïsme, strictement en tant qu’idéologie, a quelque chose de bourgeois en soi ?

              • #15709 Répondre
                Dr Xavier
                Invité

                Oui très intéressant article ! Je connaissais R. Godin journaliste économique, je ne savais pas qu’il versait aussi dans la littérature, le parallèle est stimulant m.
                Pas encore lu Berthelier.
                L’hypothèse sur le maoïsme est intéressante mais de mes lectures parcellaires sur ce sujet des nouveaux philosophes (en particulier le bouquin de Lindenberg et les textes d’Acrimed) ce ne semble pas être un facteur puissant d’explication, lesdits philosophes étant plus occupés à promouvoir leur PME/personne dans la hiérarchie intellectuelle, médiatique et éditoriale qu’à conceptualiser et défendre des idées ; la seule idée qui les fédère vraiment, chevillée au corps, c’est « l’antitotalitarisme », soit le mot-clin-d’oeil pour anti-communisme. En somme ils ont pris le maoïsme parce qu’il avait le vent en poupe, et lorsque cette idéologie était discréditée ils ont pu en tirer avantage, en clamant qu’ils y ont naïvement cru et se sont trompés et maintenant ils sont lucides et adultes et raisonnables et clairvoyants et ne cherchent que la Vérité, etc. Voir à ce sujet la note de bas de page 104 de ce passionnant article :
                .
                Pascal Durand et Sarah Sindaco, Postures et figures « néo-réactionnaires » – Autour d’un personnage collectif, COnTEXTES, 2015
                https://doi.org/10.4000/contextes.6104
                N.104 – « Le premier à pointer ce qu’on a aussi appelé le « tournant » libéral de la gauche de gouvernement aura été Guy Hocquenghem dans sa Lettre ouverte à ceux qui sont passés du col Mao au Rotary publiée en 1986, au moment où la première cohabitation sanctionnait la politique de « rigueur » engagée par Laurent Fabius. Il y dénonçait le retournement de veste idéologique d’un certain nombre d’anciens soixante-huitards ou gauchistes passés dans les années 1980 à un libéralisme décomplexé qui leur a permis de se lancer à la conquête des lieux du pouvoir politique, intellectuel ou médiatique. Épinglant les figures très en vue de Jack Lang ou de Bernard Kouchner, de Serge July ou de Jean-François Bizot, de Régis Debray, Bernard-Henri Lévy, Alain Finkielkraut, Pascal Bruckner ou encore André Glucksmann, Hocquenghem insistait sur la pratique du reniement que ces acteurs auraient, selon lui, érigé en méthode avant d’en faire la théorie justificative : « Vous êtes, vous, devenus, si je puis dire, réactionnaires par conformisme, comme vous étiez de gauche par conformisme » (…). S’est ainsi dessiné dès 1986 le topos d’un basculement à droite des intellectuels naguère de gauche, topos promis à un certain avenir jusqu’à l’opuscule de Lindenberg. »
                .
                Voir aussi en libre accès sur le Diplo : Les nouveaux réactionnaires (Octobre 2002)

                • #15723 Répondre
                  François Bégaudeau
                  Maître des clés

                  Le texte de R. Godin est vraiment admirable par sa précision
                  Il s’attaque à une montagne et va forcément un peu vite. Par exemple je m’étonne qu’un matérialiste comme lui puisse attribuer à un écrivain, et à fortiori à un livre, Femmes, une tel pouvoir de déclenchement. La contre-révolution passe par mille faits, mille agents. A moins de détailler, en parfait matérialiste cette fois, la toile tissée par Sollers dans le champ intellectuel – par exemple sa connivence avec le Monde des livres, et surtout l’importance stratégique de son poste à Gallimard, la « banque centrale ».

                  A vrai dire j’apprends beaucoup de choses dans ce texte. C’est la première fois que je vois Sollers affilié à la tradition réactionnaire – d’ordinaire on le peint plutot en bourgeois libéral, girondin à tous les sens du terme, anglophile, jouisseur, centre-droit, dandy, balladurien, en un mot voltairien

                  Sur la Maoïsme des intellectuels français..
                  Cet épisode reste bien opaque. Je donne ici quelques faits ou pistes
                  -d’abord bien voir que cet épisode est hyper-bref. Au max je dirais dix ans : 65-75. Plus surement 67-73
                  -il ne concerne pas grand monde, mais 100% des rares qu’ils concernent vont devenir célèbres par la suite (les frères Rollin, par exemple) ou le sont déjà (Sollers, donc)
                  -il faut distinguer le phénomène de celui des Nouveaux philosophes. Ce ne sont pas forcément les Mao qui sont devenus les nouveaux philosophes. Les NP, c’est 5 ou 6 normaliens qui forcément ont un peu tâté du marxisme, car à l’époque c’était incontournable, mais qui vite vont se camper sur leurs bases bourgeoises, et se donner pour coeur de métier l’anti-totalitarisme, où Dr Xavier fait bien de voir le faux nez de l’anti-communisme
                  -le devenir-réactionnaire d’un certain nombre d’intellectuels maoïstes, c’est autre chose. La question étant alors double: 1 qu’est ce qui leur a tant plu dans la maoïsme? 2 qu’est ce qui explique leur revirement ensuite?
                  -La question 1 est complexe. Pour les plus sérieux d’entre eux – Linhart, Badiou-, il se joue là quelque chose comme la possibilité d’une alternative possible, au sein du marxisme, au capitalisme d’Etat soviétique. (là-dessus il faut écouter Badiou sur la révolution culturelle). Et la possibilité de revenir au mot d’ordre originel – tout le pouvoir aux soviets. D’ailleurs, comme on voit dans la Chinoise, les soviétiques sont alors appelés des révisionnistes
                  Ceci est à inscrire dans une lutte, souvent méconnue, contre le PCF – qui lui est pro-soviétique. Le maoïsme est directement dirigé contre le PCF
                  Ce dernier aspect pourrait amorcer un examen du point 2 : au fond nos normaliens et autres avant-gardistes bourgeois ont peut être aimé le maoisme, non pour lui même, mais en tant qu’il permettait se de payer le PC, et peut-être, à travers lui, toute la classe ouvrière, toute la lutte sociale. Il faut voir que ce maoisme était souvent le fait d’hyper-intellectuels assez peu concernés par les luttes réelles (je ne suis pas certain, par exemple, que les rédacteurs de la période maoïste des Cahiers du cinéma, Daney compris, aient foutu le moindre pied sur un terrain de grève). Ce qui caractérise ce bref moment, c’est une sorte d’hystérie théorique, un théorisme dirait Yves Pagès en assumant le voisinage avec terrorisme (c’est d’ailleurs le moment aussi de la tentation terroriste de la GP, qui finalement renoncera). Il n’y a qu’à ouvrir un Tel quel ou un numéros des Cahiers de l’époque pour voir comment ça parlait. Une sorte de fureur théorique, jusqu’à l’abstraction., jusqu’à la folie. Pas étonnant que ça ait si peu duré. C’était intenable.
                  En tout cas il n’y a rien dans la maoïsme qui pourrait relever d’un tropisme libéral-jouisseur propre à séduire ces futurs libéraux déclarés. Je crois au contraire que le vrai continuum de cette période à la suite est un continuum autoritaire (qui n’est pas sans rapport avec la théorisme dont je viens de parler, et dont Rancière sera le premier à sortir calmement mais sûrement). J’avais écrit quelque chose dans ce sens dans Inculte mais c’est dur à retrouver je pense.

                  • #15743 Répondre
                    PE
                    Invité

                    Merci Dr Xavier pour ces pistes intéressantes, et pour l’article. Il a l’air sacrément dense, j’essaierai de le lire un de ces moments.
                    Et merci François pour ces éclairages. J’y vois plus clair. Effectivement c’était aller trop vite en besogne qu’assimiler nouveaux philosophes et maos. Très stimulant le concept de « théorisme » et sa proximité phonétique avec terrorisme.
                    Ca m’intéresse beaucoup cette histoire de « fureur », d’ « hystérie » voire de « folie » théorique qui aurait traversé le milieu intellectuel parisien (et pas que les maoïstes : c’est aussi le moment où Lévi-Strauss se perd – de son propre aveu – dans le sur-systémisme de ses Mythologiques, signant en gros le début de la fin du structuralisme). On dirait là qu’on ne peut expliquer cet épisode que par ces métaphores pathologiques, psychiatriques (on aurait encore « fièvre », « délire », « frénésie »…). Autrement dit, qu’on ne peut pas vraiment l’expliquer. Ou alors ce ne sont pas totalement des métaphores, et il se joue véritablement là dedans quelque chose d’essentiellement psychologique : la jouissance de sa propre radicalité théorique, le désir de surenchérir sur la proposition du voisin, désir rendu impérieux par le fait que leur tient lieu de réel cet entre-soi en ébullition qui se regarde penser, se commente en train de penser dans des revues publiées à la pelle. On en arrive à une démission totale du réel – paradoxale, quand on la compare au contenu de leurs travaux où la critique de la bourgeoisie, en tout cas du mode de vie bourgeois, du « conformisme », de « l’idéologie » semble très présente (par exemple chez Barthes – mais c’est peut-être déjà trop tôt) ; beaucoup moins paradoxale si on remet de la sociologie là dedans et qu’on observe que ce sont tous, de fait, des bourgeois. Ce moment intellectuel serait donc le cas d’école exemplaire d’une bourgeoisie qui fait tout pour s’ignorer comme tel ? Parce qu’issu de jeunes gens (comme on disait alors) qui veulent rompre avec l’ordre « de papa » (comme « le cinéma de papa » de la nouvelle vague), en finir avec l’époque où les bourgeois sont des banquiers gaullistes en costume gris qui fument la pipe ? (contestation donc peut-être plus esthétique que réellement sociale ? le vernis ne plaît plus mais le fond ne doit pas bouger) (Bon cette idée d’effet de génération est un poncif absolu dans le traitement médiatique de 68, donc je me méfie… et en même temps c’est intéressant…. faut que j’aille lire des travaux sérieux sur la question, si quelqu’un en connaît n’hésitez pas)
                    Il y aurait peut-être des liens à faire – terrain glissant, et peut-être stérile – avec la manière dont les jeunes bourgeois urbains d’ajd sont réceptif au «  » »wokisme » » » (sous sa forme la plus superficielle, la plus inoffensive : entendre, de Konbini à R. Glucksmann), tendance dont on peut parier qu’elle s’évaporera avant la fin de leurs études sup.
                    Peut-être resterait-il à aller jusqu’au bout de la dialectique : cette radicalité de surface, ne produit-elle pas malgré tout de la radicalité ? A court terme et à échelle individuelle (le khâgneux qui se retrouve avec Mao ou Althusser entre les mains pour cause d’air du temps, ça peut lui laisser durablement une grille marxiste (Rancière pourrait être un exemple ? est-il bourgeois à la base ?), et à plus long terme et sur le plan intellectuel, les apports théoriques de ces années là, bien qu’excessifs, contestables, absurdes qq fois, restent des apports, des avancées critiques par rapport au sens commun, très fructueuses pour les sciences sociales qui prendront le relai avec plus d’humilité (ce serait le moment du post-structuralisme ? Là pure hypothèse intuitive, j’y connais rien)

                    Enfin, tout ça est à la fois passionnant comme moment singulier de l’anthropologie bourgeoise, et en même temps bien fatiguant tant cette « mythologie 68 », pourtant absolument marginale dans l’économie générale du phénomène social qu’a été mai-juin 68, continue de l’occulter totalement dans les imaginaires et les discours médiatiques (le premier s’expliquant par le second).

                    • #15747 Répondre
                      François Bégaudeau
                      Maître des clés

                      Je suis absolument d’accord avec tous ces points
                      L’explication psychologique est plus précisément psychosociologique (où la sociologie opére à la confluence de l’éthos bourgeois et de l’ethos intellectuel, qui se touchent mais ne se recouvrent pas)
                      D’accord surtout pout sauver quelque chose de ce merdier. C’est à dire, comme d’habitude, la vie invisible de 68 – je ne citerai pas à nouveau le livre de Ludivine Bantigny, on sait où ça mène-, et en l’occurrence le volume de pensée incroyable de cette époque, maoïsme compris, qui a profité à bien des anonymes.
                      Ce serait un peu comme Lacan. Maoiste lui même à ses heures -furtivement, comme les autres. Gourou, assurément. Maitre, opérant devant des étudiants fanatisés. Mais quelle puissance. Lacan a rendu moins con tout un tas de gens.
                      Je citais Daney dans Deux singes: « on était lacaniens, althusseriens, et pas cons du tout »

                      • #15749 Répondre
                        Claire N
                        Invité

                        Merci pour l’ensemble de ces échanges
                        Je n’avais jusqu’ici pas compris les éléments
                        Dissémines dans le film «  la Chinoise « 
                        Et leur caractère historique ; j’y avais vu un cadre de théâtre
                        J’avais été frappée par les urgences folles qui différaient à chaque fois l’action des personnages
                        Et je pose une question naïve : n’était ce pas le but ? Trouver un refuge dans la non action , est ce déjà de la protection réactionnaire ?

                      • #15864 Répondre
                        MA
                        Invité

                        Que penser de l’autofiction comme « forme parfaite de la littérature néolibérale »?

                      • #15895 Répondre
                        François Bégaudeau
                        Maître des clés

                        Oui ça un peu vite ça.
                        Je vois bien le lien : l’auto-fiction serait individualisante, et la pensée libérale aussi. Mais dans le détail des textes ça ne se joue pas comme ça
                        On peut très bien songer à des auto-fictions « politiques », en ce sens quelles resitueraient l’individu dans un ensemble structurel. J’ai un exemple en tête.

                      • #15904 Répondre
                        PE
                        Invité

                        + Tout à fait d’accord sur l’autofiction.
                        Mais Godin vise quand même un peu juste en cela que l’autofiction a bel et bien été massivement investie, louangée et surlouangée depuis quarante ans par un certain centrisme littéraire parfaitement compatible avec le libéralisme. Parce qu’un bourgeois qui raconte sa vie, ses petits déboires et petites victoires avec autocomplaisance, c’est inoffensif – donc bienvenu.
                        Ce qui ne signifie pas qu’elle soit une forme néolibérale en soi. Godin aurait peut-être dû écrire « forme parfaite pour la littérature néolibérale » plutôt que « forme parfaite de la littérature néolibérale » (le génitif ici fait s’épouser trop intimement les deux termes).
                        Tu utilises le mot pour qualifier tes bouquins toi François ?
                        Je me souviens qu’Ernaux a dit ici ou là préférer le mot-valise d’auto-socio-biographie à autofiction, gênée par le « fiction » dedans, peut-être aussi par le « auto » (pure circonlocution de sa part ?)

                      • #15898 Répondre
                        PE
                        Invité

                        Ah oui la citation de Daney me plaît beaucoup. Te souviens-tu d’où tu la sors ?

                      • #15920 Répondre
                        François Bégaudeau
                        Maître des clés

                        Hélas je ne sais plus. Dans un texte de Libé peut-être.

              • #15710 Répondre
                Carpentier
                Invité

                Te lisant, je ne peux retenir une blague que j’anticipe ratée:
                … Autre chose, est-ce que quelqu’un aurait des textes intéressants sur le devenir conservateur /réactionnaire des ex-maoïstes bourgeois greffés à mai 68 ? / ..
                Ont pas tous fini à la Fnac? 😎

                • #15711 Répondre
                  Dr Xavier
                  Invité

                  Pas compris, c’est une référence au révolutionnaire chef d’entreprise Denis Olivennes ?

                  • #15718 Répondre
                    Carpentier
                    Invité

                    C’est selon que tu me considères capable de faire cette blague ou pas, en fait
                    L’aurais-je réussie?
                    On ose y croire

            • #15769 Répondre
              Cocolastico
              Invité

              Merci beaucoup MA !

              • #15771 Répondre
                Carpentier
                Invité

                As-tu lu Sollers?
                C’était parfois compliqué pour moi de le voir/l’entendre mais j’ambitionne de le lire.
                On commence par quoi?

                • #15813 Répondre
                  Cocolastico
                  Invité

                  Désolé, je lis encore trop peu et jusqu’à présent rien de Sollers

                  Mais en creusant j’ai trouvé ça pour illustrer l’article : en 74, Sollers qui diserte sur la lutte des classes et Pivot qui l’interroge sur la pertinence de sa dialectique
                  Cherchez « intervention-sollers » sur le site de l’INA (le lien ne passe pas)

                  En 81, Pivot questionne la ponctuation pendant que Sollers lit un passage réactionnaire dans le plus grand des calmes
                  Cherchez « philippe-sollers-presente-paradis » sur le site de l’INA

                  • #15821 Répondre
                    Carpentier
                    Invité

                    Là où, pour les albums de musique, il y aurait consensus pour valider le.s premier.s comme le.s meilleur.s d’un groupe de rock, souvent éponymes, titré.s avec le nom du groupe d’ailleurs, est-ce que son Une curieuse solitude et Le parc, par exemple, à Philippe Sollers, pourraient être ses meilleurs?
                    Publiés en 58 et 61, avant qu’il sur-aristocrassise et enfle, on s’interroge quand même,

                    • #15826 Répondre
                      PE
                      Invité

                      Je ne l’ai jamais lu et comme toi, il ne m’est pas très sympathique à l’abord, presque repoussant. Mais j’avoue que même littérairement il ne m’intrigue pas du tout. Ca devrait peut-être. Mais mon désir de comprendre l’engouement (bien relatif) pour ses livres ne fait pas long feu à côté de mon inintérêt viscéral pour son travail (que je rebute même à imaginer comme « travail », va savoir pourquoi). Satanés préjugés hein. Mais cette fois-ci je les laisserai vaincre, je crois. La vie est trop courte pour se forcer à lire Sollers. (Bon en l’écrivant je trouve triste cette disqualification catégorique… Je lirai peut-être Sollers, un jour, dans longtemps, peut-être)
                      Mais ça n’est pas du tout ce que tu demandes, alors pour t’être quand même un peu utile, voici la réponse de « thaudette », grand.e fan revendiqué.e, à une question analogue à la tienne posée sur le forum L’internaute en 2010 (au milieu d’avis bien moins dythirambiques) :

                      « je les ai tous lus; je conseille de commencer par Femmes.
                      Si vous n’accrochez pas, essayez plutôt les Folies Françaises.
                      Pour lire un petit récit, assez classique : Une Curieuse Solitude
                      Si vous êtes allergique aux récits linéaires, si vous aimez la poésie, je vous conseille Paradis. Si vous êtes vraiment très littéraire et aimez la littérature un peu « expérimentale » pourquoi pas Nombres ?
                      Bref, contrairement à ce que dit l’un des précédents avis, rares sont les auteurs qui ont une production aussi variée.
                      C’est aussi un excellent critique littéraire, voir la Théorie des Exceptions.
                      Ses ouvrages sur certains peintres sont remarquables, j’aime entre tous le Fragonard. »

                      Voilà, tu as à boire et à manger (merci thaudette !). Si tu en viens à en lire un et que tu trouves que ça mérite lecture, promis je reconsidérerai la question

                      • #15827 Répondre
                        Carpentier
                        Invité

                        Merci beaucoup, je découvre cette petite liste, recos de thaudette, avec mon café de réveil et j’aime bien ce moment dis donc.
                        Une curieuse solitude, petit récit assez classique, ça me tente et l’ouvrage critique sur Fragonard, à priori; la disponibilité en librairie et/ou en bibli fera arbitre (pourvu que je ne trouve pas que son Femmes 🤞)

                  • #15822 Répondre
                    Carpentier
                    Invité

                    Vais regarder ça sur l’ina

    • #16242 Répondre
      Ostros
      Invité

      Quand vous aurez fini de lire l’amour, qui prévoit de lire Western le dernier Pourchet – qui sort demain ?

      • #16246 Répondre
        Dr Xavier
        Invité

        Déjà lu, j’ai mes réseaux !
        Et un peu décontenancé, je serai curieux de lire vos avis, par moment je trouvais qu’elle s’analyse un peu trop en train d’écrire (mais j’ai pas le livre sous la main pour donner des exemples). Le lien avec le western me semble ténu. Mais des très bons passages sur la séduction épistolaire.

    • #16421 Répondre
      Dr Xavier
      Invité

      Je suis en train de lire Les intellectuels contre la gauche d’un certain Michael Scott Christofferson. C’est passionnant et très fourni sur la genèse et la vie de la « pensée antitotalitaire » en France, ou comment le concept filandreux de totalitarisme a été accommodé a toutes les sauces pour expliquer diverses options politiques et combats sur la scène intellectuelle française (le livre indique d’ailleurs que ce concept n’a pas connu la même félicitée aux États-Unis, en Allemagne, et en Italie, car il était moins « utile » aux intérêts des divers acteurs, je vais très vite il y a tout un chapitre d’analyse comparée).
      Je rebondis sur Sollers et le maoïsme en recopiant ces extraits (bonne intuition de François de l’intérêt du maoïsme pour régler ses comptes avec le PCF) :
       »
      En 1963, le Seuil crée une collection « Tel quel » dirigée par Philippe Sollers, figure centrale de l’histoire de la revue et seul membre fondateur encore présent à la fin de cette année-là. En 1964, les « telquéliens » organisent une série de conférences publiques qui leur donnent l’allure d’un mouvement.
      (…)
      Le nouveau rôle actif donné à la littérature, l’évolution du contexte politique et les stratégies de légitimation d’une avant-garde intellectuelle contribuent à politiser Tel quel à partir de 1966. Cette année-là, les membres du comité de rédaction, dont Jean-Louis Baudry, Jean-Pierre Faye et Philippe Sollers, prennent position contre la guerre du Vietnam. Sollers, qui s’intéressait depuis longtemps à la culture chinoise, et Baudry suivent attentivement le déroulement de la Révolution culturelle ; à l’automne, ils forment un « comité politique » au sein de la revue pour discuter de la possibilité d’intégrer leur entreprise littéraire à cette démarche politique. Ils sont manifestement attirés par la Révolution culturelle en tant que mouvement anti-autoritaire au niveau de la culture et de la pensée, qualités qui font écho à leur image d’eux-mêmes comme avant-garde littéraire. Pourtant, malgré cette attirance pour la Révolution culturelle, Tel quel décide, au début de 1967, de poursuivre un rapprochement avec le PCF qui se formalise en 1968.La revue décide de travailler avec ce parti parce qu’elle cherche à acquérir l’audience et la légitimité d’une avant-garde. Les telquéliens sont conscients qu’à ce stade un tournant vers le maoïsme marginaliserait leur publication et aurait des conséquences imprévisibles pour leur audience et leur légitimité dans le champ intellectuel. En effet, le désir d’obtenir une réussite littéraire et commerciale pérenne entraîne le choix d’une position politique en décalage par rapport au reste du champ intellectuel.
      (…)
      le PCF se refuse à lui donner son blanc-seing parce qu’il n’a aucun intérêt à choisir les avant-gardes littéraires et souhaite plutôt rallier autour de lui le plus grand nombre d’intellectuels possible. Cet échec et la baisse de légitimité du PCF auprès des étudiants en lettres et du public de Tel quel conduisent la revue à rompre ses relations avec le PCF et à soutenir pleinement le maoïsme en 1971. Mais son maoïsme diffère de celui des autres « pro-chinois » français entre 1966 et 1976. En effet, Tel quel n’instaurera jamais de liens avec les organisations politiques maoïstes et celles-ci n’auront jamais une très haute opinion de cette revue. Le maoïsme de Tel quel, comme celui de la GP, est essentiellement anti-autoritaire mais, contrairement à la GP, la revue ne s’engage pas dans un militantisme puritain ou un ouvriérisme mystique. Les telquéliens n’envisagent jamais de mettre la littérature au service du peuple ou d’aller se faire embaucher dans les usines pour y être rééduqués. Ils continuent à cibler un public d’étudiants et d’intellectuels, et leur principale activité « maoïste » consiste à commenter des textes chinois. Le maoïsme leur offre l’espoir d’un socialisme libertaire et d’une révolution qui serait culturelle (et textuelle), mais il s’agit surtout d’une façon de promouvoir la littérature de Tel quel par des moyens politiques. Pour Tel quel, la Révolution culturelle chinoise fonctionne comme une projection utopique de Mai 68 sur la Chine ; la revue est donc en mesure de se réconcilier avec Mai 68 grâce à son virage maoïste. Ce changement d’orientation la met de nouveau en phase avec son public étudiant et lui fournit une nouvelle plate-forme politique à partir de laquelle elle peut juger ses ennemis politiques et littéraires. Cela donne à la revue une image plus audacieuse, dangereuse et extravagante – qualités dont elle a besoin pour conserver son lectorat étudiant volatil, qui achète cette publication au numéro. Le virage maoïste de Tel quel, tout comme son précédent virage pro-PCF, s’avère payant puisque le lectorat augmente. Dans les années 1970, les numéros spéciaux sur la Chine se vendent à 20-25 000 exemplaires contre 5 000 à 6 000, pour les autres numéros.
      (…)
      Durant la phase maoïste de Tel quel, sa principale cible politique est déjà le PCF et son « dogmatico-révisionnisme ». Derrière l’animosité de la revue envers le PCF, on peut déceler la volonté de régler de vieux comptes, ainsi qu’un retour à des conceptions politiques anti-autoritaires que les telquéliens avaient mises de côté pendant leur alliance avec le PCF. Au moment de la création de l’Union de la gauche en 1972, Tel quel attaque celle-ci pour son « révisionnisme » et appelle les masses à définir leur propre politique. Durant la présidentielle de 1974, la revue se refuse à « subordonner [son] travail [aux] perspectives électoralistes » de l’Union de la gauche, qui « ne visent que l’accession d’une politicaillerie rouillée au pouvoir ».
      (…)
      L’abandon du maoïsme permet à la revue de se tourner ouvertement vers les États-Unis, pays où il devient de plus en plus évident qu’elle va rencontrer un grand succès. À l’automne 1966, les telquéliens Francis Ponge, Marcelin Pleynet et Jean Thibaudeau vont enseigner aux États-Unis. Bénéficiant de conditions financières dont ils n’auraient même pas rêvé en France, ils décrivent à Sollers un nouvel Eldorado composé d’Américains ignorants et crédules qui font aveuglément confiance à Tel quel et ont envie d’absorber sa prose à une plus forte dose. Dans les années 1970, alors que d’autres telquéliens traversent l’Atlantique, les États-Unis deviennent la vache à lait et la sphère d’influence dont ils avaient envisagé la possibilité dès 1966. En 1980, la moitié des exemplaires de Tel quel sont vendus à l’étranger, surtout dans les universités américaines.
      « 

      • #16863 Répondre
        Claire N
        Invité

        Merci Xavier ;
        C’est assez troublant, j’ai eut la vague impression de lire une «  succès story « 

        • #16865 Répondre
          Claire N
          Invité

          Actuellement, j’essaye de comprendre pourquoi de gros budgets on été débloqué pour «  investir «  dans «  les contre – cultures «  ton texte me donne des pistes

      • #16866 Répondre
        François Bégaudeau
        Maître des clés

        Merci Docteur
        J’ignorais totalement le débouché américain de cette affaire.
        J’ignorais aussi que Ponge ait été de la partie.
        En somme j’ignorais beaucoup plus que ce que je savais. Comme sur tous les sujets.

    • #16860 Répondre
      Charles
      Invité

      D’autres sitistes ont lu le Pourchet? Est-il recommandable?

      • #16861 Répondre
        François Bégaudeau
        Maître des clés

        Je le recommande
        Il y. a beaucoup à manger là-dedans et c’est vraiment une très fine psychologue
        Il y a aussi à redire, mais ça on en reparle une fois lu.

        • #16862 Répondre
          François Bégaudeau
          Maître des clés

          et dans le genre grande psychologie, et grande réflexion tout court, je me permets de re-recommander Triste tigre

          • #16864 Répondre
            Charles
            Invité

            Merci pour les recommandations. Je vais lire ça.

            • #16869 Répondre
              Malice
              Invité

              Salut à vous, à propos de « Western » je me suis posé ces questions:

              (attention divulgâchages)

              – Pourquoi connecter un viol subi adolescente et les fantasmes de plans à trois d’Aurore?
              – Pourquoi Aurore ne pourrait-elle pas, comme le fait l’auteure ( et les lecteurs), comprendre la trajectoire de Chloé sans elle-même avoir été abusée? Dans le roman, l’analyse de l’amour de Chloé et Alexis est si fine qu’on peut tout à fait imaginer qu’un personnage de l’histoire, sans traumatisme ni expérience du même genre, puisse se mettre tour à tour à la place des deux amants;
              – Pourquoi ne pas traiter la bisexualité d’Alexis ( pas forcément en long large et travers mais lui donner une existence, ne serait-ce qu’en passant ( même si ça n’a pas d’incidence sur la relation amoureuse centrale)
              – Pourquoi ne pas conclure le roman sur le constat qu’Aurore est peut-être une libertine qui s’ignore avec qui Alexis pourrait avoir une relation libre, une amitié érotique ( plutôt qu’un amour-impasse ) en partie épistolaire. Après tout, il jouit d’écrire à ses amantes et Aurore se découvre un goût pour l’écriture : cela pourrait être l’horizon de leur relation : qu’ils créent à deux une nouvelle forme d’amour, inédite dans leurs existences personnelles…Après tout Alexis au cours de ses conversations avec Aurore s’ « immerge » dans le récit de sa vie, paraît découvrir un monde ( être prêt à bifurquer vers autre chose?) La fin du livre m’a un peu trop donné l’impression qu’Aurore était rattrapée par une fatalité de femme qui attend son homme, avec la frustration et l’aliénation que je projette sur ce genre de rapport.

              • #16871 Répondre
                amour
                Invité

                Salut à vous, à propos de “Western” je me suis posé ces questions:
                Je trouve ce livre mal écrit et parfois très lourd. Après je viens d’apprendre que Pourchet préfère Deneuve à Adèle Haenel, donc pas étonnée qu’elle nous mâche l’histoire en la rendant parfois stupide et prévisible.
                Je me demande aussi, pourquoi dès que ça parle un peu cul, Malice dégaine.

      • #16882 Répondre
        Dr Xavier
        Invité

        Pour celleux que ça peut intéresser. Suis en train de lire le dernier Delaume, je suis hélas beaucoup moins emballé que pour son précédent.
        .
        Rentrée littéraire : en amour, c’est toujours la même rengaine
        Mediapart
        Lise Wajeman
        18/08/2023
        .
        Il y a eu le mouvement #MeToo, la déferlante des nouvelles pensées féministes, queer. Et pourtant la littérature française rêve encore et toujours aux mêmes histoires d’amour, comme si les avancées de la théorie n’avaient rien changé. Petit tour d’horizon avec quatre romans de François Bégaudeau, Chloé Delaume, Aurélie Lacroix et Maria Pourchet.
        .
        Bien sûr, on est en 2023, et les horizons amoureux se sont étendus, encore heureux. Dans Pauvre folle, le nouveau livre de Chloé Delaume, qui avait reçu en 2020 le prix Médicis pour Le Cœur synthétique, l’héroïne se remémore au cours d’un long trajet en train sa passion mouvementée avec Guillaume, un homme gay tout à fait sensible à ses charmes. Le premier roman d’Aurélie Lacroix, L’Unique Objet de mon regard, évoque par un ensemble de petites touches l’intensité et la violence d’une relation de quinze ans entre la narratrice et celle dont elle s’est éprise à l’adolescence, relation qui vire rapidement toxique. Amours hétéros ou homosexuelles, ou plus compliquées à qualifier, qu’importe.
        .
        De ce point de vue, quelque chose semble gagné, incontestablement: une forme de banalisation de la diversité des orientations sexuelles qui en fait paradoxalement une matière moins propice au roman, puisque moins exceptionnelle, moins transgressive.
        .
        En 2013 déjà, dans Le Roman du mariage, Jeffrey Eugenides imaginait avec ironie le personnage d’un enseignant chenu, professant sur un campus américain dans les années 1980; il s’inquiétait des ravages produits par les avancées des droits des femmes sur la littérature: «L’égalité des sexes, une bonne chose pour les femmes, s’était révélée désastreuse pour le roman. Et le divorce lui avait donné le coup de grâce.» Le roman s’en est remis, visiblement, et on ne peut que se réjouir de l’extension des domaines de l’amour dont témoigne cette nouvelle rentrée littéraire.
        .
        De fait, ces romans mouture 2023 sont remarquablement datés – non que les livres datent, c’est simplement qu’ils sont marqués du sceau de leur temps. Ce moment très précis n’est plus celui de l’explosion des théories féministes; cette acmé a eu lieu, on a même eu le temps de commencer d’en mesurer les effets, comme l’héroïne de Chloé Delaume, qui s’en est trouvée profondément bouleversée: «Elle ne supportait […] plus les hommes dans leur globalité, sachant pourtant combien c’est mal, très mal, de généraliser. […] Mais Clotilde était poreuse aux embruns du moment, elle observait la quatrième vague féministe libérer la parole, et cette parole, en déferlante, exprimait à toustes ce même réel: prédation et domination ; impunité sociale, ombilic culturel. Elle ne pouvait plus aimer les hommes, c’était beaucoup trop lui demander.»
        .
        Comme celui de Chloé Delaume, le nouveau livre de Maria Pourchet, qui avait connu un grand succès avec le récit d’une passion adultère dans Feu, est un roman de l’après-coup. Western se penche sur les effets de #MeToo : un comédien fuit la production d’un nouveau Dom Juan, anticipant que ses relations avec différentes femmes sont susceptibles de lui valoir de sérieux ennuis, d’autant qu’une jeune fille victime de ses ardeurs en est détruite. La trajectoire du comédien Alexis Zagner percutera celle d’une anonyme, Aurore, qui elle, son fils sous le bras, s’est décidée à fuir la ville, une entreprise maltraitante et une sexualité de consommation: «Aurore n’est plus réquisitionnée par aucun de ces désirs, désir de l’autre ou faim indéterminée, dont l’urgence irritante et floue transforme toutes les journées en salle d’attente, et les perd.»
        .
        Romans de l’après, donc, qui ont tout à fait conscience de s’inscrire dans ce moment historique précis, voire de reprendre à nouveaux frais, depuis ce présent nécessairement singulier, la longue tradition, aussi vieille que la littérature elle-même, du récit d’amour.
        .
        À cet égard, Pauvre folle et L’Unique Objet de mon regard présentent des structures en miroir. Tandis que le livre de Chloé Delaume fait débuter l’entreprise de remémoration des fragments de son histoire d’amour par le souvenir de précieuses discussions sur la poésie qu’a l’héroïne enfant avec sa mère («Le rythme de l’alexandrin c’est vraiment quelque chose. Elles commentèrent ensemble les sensations physiques, l’affolement ventricules et la suffocation, le vertige surtout, le vertige, sur le ton d’héroïnes parlant d’effets secondaires de leur superpouvoir»), le premier roman d’Aurélie Lacroix referme l’évocation par éclats de sa passion destructrice sur l’apaisement, voire le salut que lui apporte l’écriture («J’accueillais le vide qui était devant moi en lui promettant d’en faire quelque chose. Je ne pensais qu’à l’écriture toute la journée.»)
        .
        Le roman de Maria Pourchet met lui aussi l’art de la langue en son centre : certes, il brandit dès son titre le modèle cinématographique du western, filé en une métaphore continue au long des chapitres à l’aide de quelques formules qui claquent («Si le western est un genre, c’est le féminin. Il articule en un seul trajet l’idée du destin, l’idée du tragique de la condition humaine à celle de la plus fascinante liberté. C’est quoi, tout ça en une seule forme, sinon une femme.»)
        .
        Mais il fait en réalité du savoir sur le langage, des pouvoirs que cela confère, le pivot majeur de l’intrigue. La romancière imagine en effet qu’un journaliste travaillant pour un pure player – toute ressemblance avec Mediapart n’est sûrement que coïncidence ! – s’empare du «problème Zagner», en se penchant sur l’emprise qu’il a exercée sur une très jeune femme. Or dans ces affaires, on le sait, les zones grises sont innombrables, les preuves difficiles à étayer. Il faut toute la patience, la rigueur et la mécanique de haute précision que confèrent les outils de l’analyse du discours pour mettre au jour les mécanismes lents, insidieux mais terriblement invasifs par le moyen desquels l’acteur célèbre exerce son emprise sur une apprentie comédienne.
        .
        Un chapitre entier du roman est consacré à l’article du journaliste qui procède à un minutieux démontage des messages envoyés par Zagner : identification des outils rhétoriques, des subterfuges stylistiques (allégories érigeant l’homme en protecteur, euphémismes masquant la cruauté, registre tragico-lyrique qui «prostitue les émotions»). Même si la narratrice ne se prive pas d’ironiser sur cette «rénovation du bourdieusien projet de comprendre ce que parler veut dire», elle marque pourtant bien «la puissance du langage à la fois désespérément voulue et systématiquement dénoncée», qui fait l’objet même de la littérature.
        .
        Dans les deux romans qui traitent d’un amour entre un homme et une femme, la répartition des sentiments est en plus remarquablement genrée.
        .
        Et pourtant, en dépit de tout, le roman de Maria Pourchet s’achemine vers un dénouement en forme de romance: peut-être est-ce là la vraie loi du western, ce genre qui arbore de gros bras pour mieux déployer en douce une sentimentalité de jeune fille – reste qu’on peut se retrouver perplexe devant un tel finale.
        .
        Car tout se passe comme si, au fond, malgré les combats, les conquêtes, les réflexions théoriques, les luttes politiques, on finissait toujours par renouer avec les bonnes vieilles histoires d’amour à l’ancienne, et leurs modèles restreints : au choix, la passion torride et mortifère, le romantisme exalté et impossible, ou l’harmonie sereine après la traversée des tempêtes.
        .
        Dans les deux romans qui traitent d’un amour entre un homme et une femme, la répartition des sentiments est en plus remarquablement genrée. L’héroïne de Western doit s’y résoudre: elle n’est qu’«une romantique. Une romantique pathologique. Une qui ne voulait plus d’histoires, tu parles. Ça dépend lesquelles». Quant à la Clotilde – double manifeste de l’auteure – de Pauvre folle, elle décide de se replonger dans son histoire au cours d’un long trajet pour Heidelberg, destination qui constitue en elle-même tout un programme: «Elle a choisi cette ville pour sa charge symbolique, Heidelberg, si outrageusement romantique, là où, lui avait-on dit, les jeunes gens foudroyés par Les Souffrances du jeune Werther venaient tacher de rouge l’actuel gazon des douves.»
        .
        Il y a là quelque chose de troublant, qui tient à la réactivation de modèles sentimentaux anciens dans un contexte qui ne cesse de clamer l’importance des réflexions théoriques contemporaines sur les questions de genre, de sexualité. Comme s’il y avait là une forme de dissociation, qui interroge.
        .
        On s’épargnera les considérations sur l’amour éternel qui, de tout temps, etc. : comme tous les sentiments, l’amour a une histoire, et une géographie. Si la passion amoureuse est une invention des troubadours, et l’exaltation romantique un idéal de la bourgeoisie du XIXe siècle, l’humanité a connu et connaît bien d’autres manières d’aimer. Une bonne partie de la littérature du XXe siècle est d’ailleurs consacrée à en explorer les variations. Et pourtant les romans de Chloé Delaume et Aurélie Lacroix sont tout entiers portés par leur fascination pour l’intensité exclusive du sentiment, tandis que celui de Maria Pourchet nous promet un dépassement du clivage entre hommes harceleurs et femmes dominées sous la forme réconciliée, et dure à avaler au regard de ce qui nous a été raconté auparavant, du bon vieux couple.
        .
        Peut-être est-ce une histoire de génération, peut-être est-ce propre à un contexte français spécifique, peut-être est-ce lié à la survivance de l’increvable genre romanesque, reste qu’il est difficile de ne pas envisager ces romans d’amour comme symptomatiques d’une rentrée littéraire qui regarde beaucoup derrière elle.
        .
        À cet égard, le nouveau roman de François Bégaudeau, L’Amour, dont le titre a le mérite de la clarté programmatique, radicalise sa mélancolie sous une forme douce qui en fait un très beau texte. En moins de cent pages, L’Amour raconte l’histoire de Jeanne et de Jacques, de leur rencontre dans les années 1970 à leur mort il y a quelques années à peine.
        .
        C’est raconté presque à la Annie Ernaux, comme une histoire matérielle. Pas de grandes déclarations, pas d’exaltation sentimentale, des vies envisagées depuis les situations et les choses qui les conditionnent (un emploi de femme de ménage, un changement de modèle de voiture), mais dans lesquelles s’inscrivent la tendresse, l’attention, le lien profond, vital qui unit deux personnes. Le roman, évoquant une histoire de la génération des parents de l’auteur, est comme à contretemps, le temps d’une époque révolue – mais dans cette rentrée littéraire un peu déboussolée, il chante un air à la fois suranné et juste, comme une bonne chanson populaire.

        • #16885 Répondre
          Graindorge
          Invité

          Un grand merci Dr Xavier pour le partage

    • #16867 Répondre
      Sarah G
      Invité

      Il y a aussi Un monde plus sale que moi de Capucine Delattre

    • #17352 Répondre
      Claire N
      Invité

      Merci à K comme code sur son conseil j’ai entamé
      Alice Munro «  fugitive « ; je reste sur la première nouvelle très troublante et absolument renversante sur l’émancipation féminine
      K comme code : comment interprété tu la chèvre
      Cela m’aiderait d’avoir une piste

      • #17363 Répondre
        K. comme mon Code
        Invité

        Je suis ravi que tu découvres Munro grâce à mon conseil de l’été ; je continue à relire des recueils, j’ai envie de crier mon amour sous tous les toits. Ses nouvelles sont troublantes, déroutantes ; où se situe l’émancipation de cette jeune femme, au juste, on ne sait pas, les pages dans le bus sont puissantes, son mari l’exaspère mais il est celui avec qui elle a construit sa vie en dehors du cadre restrictif de sa famille et imaginer une vie sans lui, imaginer vivre les séries de gestes qui constitue un quotidien de femme seule et précaire, paraît insupportable. Munro ne fait pas dans le symbole, donc la chèvre est une chèvre. La chèvre est un personnage. Son apparition vers la fin permet cette scène géniale où la confrontation entre le mari et la bourgeoise qui a essayé de « sauver » sa femme bascule dans un surnaturel ordinaire qui change leurs rapports. De la menace à l’effroi passager commun qui les adoucit et les lie. C’est l’art de Munro d’arriver à détourner et complexifier ce genre de passages. Le sort inconnu de la chèvre disparue, réapparue, puis… ? permet aussi de finir la nouvelle sur cette image d’une épine dans les poumons. Il me semble que le texte est clair là-dessus à la toute fin, ce que la possibilité que le mari ait tué la chèvre pour éviter qu’elle lui rappelle le souvenir de son échappée avortée signifie pour cette femme. On est dans un noeud.

        Et quel personnage génial que cette veuve qui passe ses vacances en Grèce et dont l’affection pour cette femme qu’elle emploie est passionnée et pourtant égoïste puis mécanique et condescendante jusqu’à ce que cette chèvre réapparaisse dans la nuit et que l’objet de fascination se trouble.

        N’hésite pas à continuer à partager tes pensées sur le recueil !

        • #17399 Répondre
          Claire N
          Invité

          « cette scène géniale où la confrontation entre le mari et la bourgeoise qui a essayé de « sauver » sa femme bascule dans un surnaturel ordinaire »
          Oui , j’adore l’utilisation de ce «  sauver « de propriétaire

          Sylvia la précipite presque dans le giron famillial bourgeois ; une sorte de retournement du geste émancipateur de Carla lorsqu’elle a fuit avec Clark
          Cette réflexion aller / retour
          Rajoute une densité qui m’as énormément plu

          Effectivement l’idée du noeud c’est assez précisément ce que j’ai ressenti ; même le temps s’y met pour complexifier les affects

          • #17679 Répondre
            Claire N
            Invité

            J’avance dans ma lecture ; je suis subjuguée par sa finesse
            Le retour de la fille dans la famille aux sous bassement bourgeois avec l’enfant d’un homme
            Qui n’a pas été choisi par eux est traité d’une manière admirable.
            Cette réprobation sourde , que j’entends comme une émanation de trahison de classe qui craque le vernis de l’amour familial est féroce

    • #17608 Répondre
      Charles
      Invité

      J’ai lu Triste tigre et c’est effectivement un grand texte littéraire. Je ne m’y serais pas aventuré sans vos recommandations car je n’ai vraiment aucune appétence pour la littérature de témoignage mais j’ai été ébloui, même admiratif, par la qualité du livre. Je me suis dit au début que c’était de la littérature d’après Metoo, d’après la vague de récits de témoignage, comme si une partie du boulot avait déjà été faite et que maintenant on arrivait dans un espace de réflexion plus froid. Aussi parce que l’approche est tout à la fois frontale et de biais, notamment par des analyses littéraires qui m’ont passionné, notamment sur Lolita. Mais je ne suis pas sûr que l’autrice serait d’accord et elle-même ne partage pas ce snobisme concernant la littérature de témoignage bien qu’elle reconnaisse qu’elle ait souhaité faire autre chose. Peu importe. Je ne sais comment décrire adéquatement ce livre et ce qu’il m’a fait mais un mot me revient et s’impose c’est intégrité. Je trouve ce texte d’une grande intégrité presque morale, dans les questions qu’il affronte, les difficultés voire les impasses qu’il met au jour. L’autrice va très loin dans ses interrogations, jusqu’au vertige – par exemple quand il imagine ce qui pourrait se passer si elle-même passer à l’acte avec son propre enfant. Un livre m’a rarement fait autant ressentir l’existence du mal comme expérience limite, comme effondrement psychique de la victime, sans pour autant mythifier l’agresseur qui n’est qu’un pauvre type. C’est un livre à la fois fascinant et exemplaire, notamment dans sa façon de raconter ce qu’elle a subi. Elle ne s’hasarde pas à des descriptions glauques pendant des pages mais s’assure tout de même en deux phrases qu’on comprenne bien et même qu’on visualise ce qui lui est arrivé pour ne pas qu’on puisse retrancher dans la méconnaissance de ce qu’elle a subi et donc le déni.

      • #17613 Répondre
        Juliette B
        Invité

        Oui c’est incroyable tous les pas de côté qu’elle est capable de faire pour à chaque fois tenter de repenser son objet, le regarder d’une autre rive ou plonger en son centre, chacun de ces mouvements en amenant un autre nouveau. Ce livre m’a estomaquée par sa force, sa précision et son calme.

        Par exemple tout le passage sur son plaisir, désormais, à pouvoir choisir de recracher, aussitôt associé à l’observation simple et comme extérieure que même quand « un petit mensonge serait le bienvenu », l’adulte qu’elle est devenue « aime bien dire la vérité ».

        • #17617 Répondre
          Charles
          Invité

          Oui tout à fait, c’est une pensée en mouvement mais qui a cependant longuement maturé, il y a comme une forme de sagesse qui émane de ce livre qui n’est pas la sérénité d’esprit, ni le renoncement mais une façon de savoir à quoi s’en tenir.

          • #17620 Répondre
            François Bégaudeau
            Maître des clés

            Grand livre sans doute, mais précisément pas grand livre littéraire.
            Objet qui serait donc un défi à la critique… littéraire.
            Par exemple je pensais en faire une Gêne, eh bien je ne peux pas.

            • #17621 Répondre
              Charles
              Invité

              Oui je vois mal comment on peut en faire une GO mais grand texte littéraire en ce qu’il réfléchit précisément sa nature et en conclut à une forme d’impossibilité.

              • #17622 Répondre
                François Bégaudeau
                Maître des clés

                Ce n’est pas parce que le texte pense sa propre incapacité littéraire qu’il est littéraire

                Par ailleurs je comprends cette incapacité, en tout cas je comprends qu’elle s’interdise presque moralement l’élaboration stylistique et formelle (le texte n’a pas de structure claire, d’ailleurs), et j’aime qu’elle le dise. Mais je ne suis pas d’accord avec cette incapacité. Comme je ne suis pas d’accord avec Ernaux disant qu’elle se doit d’écrire plat pour ne pas dévoyer le réel. Il y a là surtout une incapacité à mesurer les capacités de la littérature.

                • #17625 Répondre
                  Charles
                  Invité

                  Certes mais le livre est un minimum construit (deux parties, des sous-parties), fût-ce de façon lâche, et son style vise à trouver le mot juste et n’est pas dépourvu d’effets.

                • #17626 Répondre
                  K. comme mon Code
                  Invité

                  Je suis en train de le lire. Il y a aussi le refus tout court de faire littérature de sa part, non ? Elle n’a pas envie que cela soit de la littérature et regrette dans le passage où elle parle de traitement de « biais » que son expérience lui rende cette tâche difficile. Difficile, oui. Parce qu’elle pourrait écrire le roman en décentrant — déjà que ce « je » dont elle parle est multiple.

                • #17628 Répondre
                  Juliette B
                  Invité

                  Elle en parle un peu ici.

                  « Ce que je rejetais avant tout, c’était l’écriture de soi, l’autobiographie. Je ne voulais pas aller là. Je voulais écrire le viol, la maltraitance, la loi du silence, mais je ne voulais pas raconter ma propre histoire, pas à la première personne, pas comme ça. Quand j’ai décidé de le faire quand même, la non-fiction a représenté un espace de liberté, elle m’a permis d’accéder à un territoire où l’incohérence n’était pas un défaut de la narration mais son cœur même, afin que le récit puisse s’articuler sur la contradiction entre désir de comprendre ce qui est arrivé et l’impossibilité de comprendre.

                  Cette idée que chaque histoire – de viol – est unique est un garde-fou pour ne pas oublier que je ne peux être spécialiste que de mon propre cas. On est souvent tenté de faire des généralités quand on s’aventure sur le terrain de l’essai, de la réflexion, et je sais que c’est impossible et injuste. Il y a des personnes qui ne se reconnaîtront pas dans ce que je dis de mon expérience ou dans certains de ses aspects, je ne peux pas parler de la violence sexuelle en général. Mais en même temps, je ne veux pas me limiter à ce viol que j’ai connu, parce que c’est aussi une des stratégies d’oppression que l’on rencontre dans un parcours de victime, que de croire qu’il s’agit d’une expérience personnelle uniquement. J’ai cherché à me tenir en équilibre là où l’individuel rencontre le collectif, sur une ligne de crête où le risque de basculer d’un côté ou de l’autre est toujours présent. »

                  https://diacritik.com/2023/08/28/neige-sinno-je-voudrais-que-metoo-soit-avant-tout-une-exploration-de-nos-ambivalences-triste-tigre/

                  • #17629 Répondre
                    Juliette B
                    Invité

                    Sorry Charles, j’ai coupé ton propos qui se poursuivait par mon post qui s’est intercalé là. Pas volontaire.

                    • #17640 Répondre
                      Charles
                      Invité

                      Aucun problème, ça valait le coup Juliette.

                  • #17638 Répondre
                    Graindorge
                    Invité

                    Merci Juliette. Ces hommes sont des monstres.
                    Je partage cette vidéo d’une lecture par l’auteure de Triste tigre

                • #17633 Répondre
                  Titouan R
                  Invité

                  Mais qu’est-ce qu’un texte « littéraire » alors ?

                • #17681 Répondre
                  Graindorge
                  Invité

                  Ernaux « se doit d’écrire plat » parcequ’elle ne sait qu’écrire plat.

              • #17624 Répondre
                Charles
                Invité

                Pour le dire plus clairement, sa réflexion sur sa difficulté à être une oeuvre littéraire est une réflexion méta-textuelle et donc littéraire.
                Et pour moi il ressortit aussi à la littérature en ce que ce texte est sa propre fin. Il n’a pas pour finalité de démontrer ou convaincre de la pertinence d’une thèse, comme pourrait l’être un essai, ni d’informer, comme un reportage ou texte journalistique.

                • #17655 Répondre
                  François Bégaudeau
                  Maître des clés

                  Bis : une réflexion métatextuelle ne fait pas frcément littérature
                  Sinon toute production universitaire serait de la littérature.

                  Beaucoup de textes sont leur propre fin, qui ne sont pas de la littérature

                  C’est donc bien de composition qu’il faut parler ; composition de la phrase, composition de l’ensemble
                  Sur la phrase, peu de choses à noter – ce qui ne disqualifie pas le livre, mais le situe esthétiquement.
                  Sur l’ensemble, tu parles de deux parties, mais c’est un peu léger comme composition, et d’ailleurs, on trouvera dans la partie 2 des réflexions qui auraient pu se trouver dans la partie 1 et réciproquement.
                  Souvent j’ai eu l’impression que le livre était composé comme ça venait, au fil des réflexions. Cela se défend mais c’est le minimum syndical de la composition.
                  Par exemple il y avait un effet à construire, que j’ai entrevu, mais qui finalement n’a pas lieu : on raconte un mec, son enfance, sa vie, un mec normal quoi et au bout de dix pages on se rend compte qu’il est le violeur de la narratrice. Cet effet, que je crois très fort, et lourd de conséquence sur le sujet, Sinno ne le veut pas. Elle le casse. Elle ne veut pas d’effet. Elle ne croit pas que les effets puissent soutenir son intention de rendu. C’est en cela qu’elle ne croit pas à la littérature.

                  • #17660 Répondre
                    Charles
                    Invité

                    Oui ça se tient. J’ai aussi ressenti le côté épanchement (rien de péjoratif) et pour tout dire j’avais oublié la construction en deux parties jusqu’à écouter une critique du livre.

                    • #17665 Répondre
                      Claire N
                      Invité

                      Et si on le prend comme un anti manuel de résilience est ce que ça marche comme forme ?

                      • #17688 Répondre
                        François Bégaudeau
                        Maître des clés

                        J’aime bien qu’elle dise qu’écrive ne l’aide pas du tout à « guérir » ou à s’accommoder de l’horreur.
                        En cela oui c’est un antimanuel de résilience.

                      • #17758 Répondre
                        Claire N
                        Invité

                        Oui , j’aime aussi
                        Je crois que j’aime bien aussi qu’elle subvertisse
                        Le concept du «  livre amis «  beaucoup employé
                        Dans ce type de manuel
                        Et qu’elle déjoue les « méthodes «  une par unes
                        – celle faire rendre justice
                        – celle de se sentir similaire aux autres victimes
                        Dans un groupe spécial
                        – celle de gommer l’altérité en faisant du livre un miroir
                        Par exemple
                        Peut-être est ce délibéré de s’insérer juste la , à côté des livres qu’elle a pu feuilleter dans les super marchés dont elle parle
                        Pourtant la littérature aurait pu contrer la forme dominante, c’est vrai que c’est troublant

                      • #17759 Répondre
                        Claire N
                        Invité

                        C’est troublant aussi parce que bien souvent dans son livre elle donne envie de littérature

                      • #17770 Répondre
                        François Bégaudeau
                        Maître des clés

                        oui!!

                      • #17808 Répondre
                        lison
                        Invité

                        Claire, quand tu parles de contrer la forme dominante , tu parles du témoignage , comme forme dominante pour aborder ces sujets là ?
                        François, je suis d’accord avec ce que tu dis : Souvent j’ai eu l’impression que le livre était composé comme ça venait, au fil des réflexions. J’ai beaucoup aimé ça , cette manière « d’étaler », de mettre à plat son histoire ( je ne sais pas pourquoi j’ai eu une image de cartographie) Et j’ai eu l’impression qu’elle ne pouvait pas faire autrement, que c’était sa façon à elle pour cette histoire là, et le résultat d’une impossibilité de faire littérature plus encore que d’un interdit ou d’une volonté
                        Je ne fais pas beaucoup avancé le truc , mais je bute un peu sur cette question de bon livre pas littéraire . Vous en connaissez beaucoup des bons livres (récit ou roman) qui ne sont pas de la littérature ? Et ce serait quoi leur point commun ?
                        Sur la question de l’effet , des effets qu’elle évite de produire , il me semble que dans celui que tu évoques ( décrire un homme, sa vie, suffisamment longuement avant de découvrir qu’il est le violeur de la narratrice), il y a une impossibilité, pas en soi, mais pour elle, de différer trop longtemps cette information, puisqu’elle -personne et écrivaine- le sait déjà. Je me suis dit qu’elle ne pouvait pas « jouer » avec ça avec le lecteur.

                      • #17811 Répondre
                        Juliette B
                        Invité

                        Oui, et plus encore qu’une cartographie, somme toute stable une fois qu’elle est établie, moi je voyais le lisant dans la structure bordélique du livre l’exacte réplique de la façon bordélique dont l’inceste a définitivement pénétré ses pensées et ses fibres; on est dans le règne d’une incertitude physique et intellectuelle permanente parce que cet événement répété plusieurs années, installé, lui a fait ça : malgré des accalmies, quoiqu’elle fasse quelque chose doute fondamentalement en elle de sa propre personne et du monde, et elle cherche, bifurque, revient sur ses pas, change de plan. Comme un tremblé qu’on chercherait en vain à fixer et à contenir. Alors un chemin/schéma narratif pour être au plus juste sera lui aussi erratique. Choisira d’embarquer son lecteur la-dedans.

                      • #17827 Répondre
                        K. comme mon Code
                        Invité

                        Il n’y a pas du tout de différé : on sait déjà qu’il est le violeur quand elle commence à raconter la vie de son beau-père. Je ne sais pas ce que je pense de l’effet inverse. Est-ce qu’on peut ne pas cacher le viol dans un récit tout en gardant cette normalité ? Une résistance entre le lecteur qui sait que ce n’est pas normal et un récit qui utiliserait le système de rationalisation du violeur, l’absurdité bornée.

                        Je l’ai fini, et dans les dernières pages, il y a un revirement : elle ne parle plus de refus de littérature mais de la possibilité que ce témoignage en soit un, sans jamais se convaincre tout à fait, et je ne sais pas du tout s’il y a éclaircissement ou pensée. Sur un point, c’est raté : elle devra se débattre contre cette réputation littéraire — et qui n’a rien à voir avec la littérature — de l’écrivaine reconnue pour son livre sur le viol. (On peut dans ce milieu remporter un Nobel et être résumé de manière aussi grossière.) En fait, il y avait un moment où, la lisant, j’ai eu un moment de honte ; je me disais : je la connais telle qu’elle ne voudrait pas être connue. En même temps, elle écrit son livre. C’est un pari, et je ne sais pas à quoi il aboutit. S’il a vocation à aboutir. S’il aboutit à la conclusion que ça n’aboutit pas. Ce n’est pas du tout composé. Elle commente ce que lui a dit son amie sur les pages précédentes — très étonnante, l’aversion pour le mot « pipe » qui, oui, est drôle ! mais peut-être que l’amie ne voulait pas de drôlerie, ici ? pas l’hypothèse émise — ou les pages précédentes : elle dit qu’elle s’est emportée dans les mots employés. Elle ne corrige pas. Elle fonce. J’ai pensé à une personne qui jette tout ce qu’elle a contre un mur et verra à la fin.

                        En tant que lecteur, à la fin, je suis un peu frustré : j’ai l’impression qu’elle ne va pas jusqu’au bout, et en même temps… c’est un témoignage de cette incapacité, j’imagine. Il n’empêche que je suis en désaccord sur un point : l’idée que la fiction serait un réel moindre comparé au registre autobiographique. Quand elle dit que l’absence de fiction lui permet de raconter que son amant beaucoup plus âgé l’a aidée à porter plainte alors que ç’aurait été contradictoire (pas le mot qu’elle emploie, je crois), j’ai envie de dire : Mais non. Pourquoi une telle croyance ? Puis elle remet en question les hierarchies de Langue (sa majuscule), je comprends pourquoi — le bouquin est presque fini, il reste six pages, il s’agit de défendre ce qui a été fait. Mais la question, c’est plutôt : est-ce qu’une langue est bien différente d’une autre ? Cette ambivalence produit un texte ambivalent. On est dans l’interstice. Il n’empêche que j’ai suivi ce cheminement heurté et fouillis avec grand intérêt et sympathie.

                      • #17844 Répondre
                        François Bégaudeau
                        Maître des clés

                        c’est bien ça, elle refuse de jouer
                        et je comprends parfaitement ce refus, légitime
                        légitime mais discutable – au sens où il me semble qu’elle ne voit pas que ce jeu pourrait empuissanter sa prose, et aussi son travail de justesse
                        mais encore une fois je comprends: le jeu implique la distance, et elle ne veut pas de distance
                        (si ce n’est la belle distance induite par sa capacité de réfléxion)

                      • #17846 Répondre
                        François Bégaudeau
                        Maître des clés

                        « Il n’empêche que je suis en désaccord sur un point : l’idée que la fiction serait un réel moindre comparé au registre autobiographique. Quand elle dit que l’absence de fiction lui permet de raconter que son amant beaucoup plus âgé l’a aidée à porter plainte alors que ç’aurait été contradictoire (pas le mot qu’elle emploie, je crois), j’ai envie de dire : Mais non. »
                        Voilà, j’ai le même désaccord.

                      • #17850 Répondre
                        Claire N
                        Invité

                        Bonsoir Lison
                        Je parlais plus des livres qui touchent de près ou de loin l’objectif «  thérapeutique « 
                        J’aime bien cette histoire de carte , c’est vrai, même les coupures de journaux ça donne cette impression

                      • #17860 Répondre
                        Claire N
                        Invité

                        Et d’ailleurs tu as certainement attrapé quelque chose d’interessant ; une carte n’est pas un guide

                      • #17836 Répondre
                        nefa
                        Invité

                        Comment je commente ce refus de la littérature.
                        J’ai été violé à cinq ans par un inconnu lors d’une projection d’un film de wall Disney. Ça a duré une heure. C’était pas marrant. Aujourd’hui, j’ai cinquante sept ans et c’est encore là. Pour moi, avec les muqueuses situées en dessous de la ceinture, c’est compliqué. J’ai l’angoisse d’être manipulé et par projection, souvent, de manipuler. Ça concerne le toucher (le gars m’enlaçait), la vue (le gars se masturbait) , l’odorat (l’odeur de son sexe que j’ai encore dans le pif), le son (le floc-floc très particulier que fait la peau quand elle frotte contre de la muqueuse humide, ses petits gémissements de gros porc obèse).
                        Si les symptômes ne s’étaient circonscris qu’au sexe, et comme ça ne m’est arrivé qu’une fois, vous me direz : ça craint.
                        Sauf que ça n’est pas anodin. Les symptômes ont pris le temps de métastaser et je suis devenu méchamment allergique à tout ce que j’estime être de l’ordre manipulation mentale (un petit peu paranoïaque sur les bords).
                        Alors qu’est-ce que viens foutre la littérature là-dedans ? François, tu dis que la littérature c’est une construction (avec un minimum de style). Et je suis d’accord avec toi. Pour moi c’est une route asphaltée. C’est un chemin aménagé, robuste, propre à ce qu’un lecteur se laisse mener par lui, glisse dessus, manipulé par lui, pour le meilleur et pour le pire, au gré de par où il passe et duquel il est donné de voir. Et puis, la propagande venant des les militaire ou des marchands de saucisses qui veulent me manipuler, si c’est pas une route bien belle, bien lisse, c’est quoi ? Pareil pour les textes militants. Les trois, bien que différents, ont en commun la manipulation.
                        Du coup, c’est quoi le dispositif de Neige Sinno, elle qui s’est pris une partie du spectre de la manipulation en pleine gueule ?
                        Elle nous prend en haut d’un relief bien rocailleux, avec du dénivelé. Y’a pas un chemin, même pas pour les chèvres. Nous, on est là avec notre VTT. Puis, à un moment donné, elle crie : monte dessus, envoie les gaz, descends et ferme les yeux.
                        Évoluer direct dans la caillasse… Tu m’étonnes que Claire N dise : « C’est troublant aussi parce que bien souvent dans son livre elle donne envie de littérature. »

                      • #17847 Répondre
                        François Bégaudeau
                        Maître des clés

                        tout ça est magnifiquement dit, Nefa
                        (et si fort que je ne comprends pas tout, mais c’est bon signe)

                      • #18028 Répondre
                        lison
                        Invité

                        Oui, je crois que Neige Sinno elle parle de la domination, et que tout ce que tu dis de la manipulation , ça marche pour elle avec la domination.
                        Pour elle le jeu, la manipulation, la domination c’est pas possible, et elle sent qu’avec la non fiction elle reste dans une forme de franchise et de vérité -qui lui échapperaient avec un travail plus littéraire.
                        Le lecteur on peut se dire qu’il sent fout de la franchise ou de de la vérité, oui , mais elle non. Vraiment pour moi elle n’a pas pu faire autrement, peut être plus physiquement, viscéralement, que « moralement ».

                      • #18041 Répondre
                        nefa
                        Invité

                        Lison.
                        Pas certain que ce soit une question de vérité.
                        Ayant été manipulée, dominée, elle ne peut, en tout cas pour ce texte, ni manipuler ni dominer. Elle aurait l’impression en le faisant de jouer le rôle du manipulateur, du dominant, de son violeur. Et ça, pour elle, viscéralement, organiquement, c’est impossible.
                        Pas moral, tu as raison, elle ne peut tout simplement prendre de distance ni avec la manipulation, ni avec la domination, ni avec ce mec.
                        Possible qu’elle ait écrit en transe, d’où Deleuze (François y a fait allusion, l’alcool). Ne se serait-ce que pour exécuter un simple geste technique (le maximum qu’elle puisse produire).
                        Ou plus sérieusement avec Deleuze : Rhizome, ligne et carte d’erre (Deligny). Elle se serait alors mise dans la peau de l’enfant autre (jeune autiste ayant des problèmes avec le langage), autre forme de transe.
                        Pour être sensible à ce type de geste, coté lecteur, je ne sais pas trop : réactualiser l’enfance ?

                        .

                      • #18047 Répondre
                        lison
                        Invité

                        Nefa,
                        oui , vérité c’est pas ça , et je n’étais pas satisfaite du mot en l’écrivant.
                        J’aime bien ce que tu dis de l’enfance., et de cette piste là.

                      • #18053 Répondre
                        Graindorge
                        Invité

                        C’est terrible Nefa! Au cinéma! Ton papa et/ou ta maman n’était pas avec toi? Ou une sœur? Un frère?
                        Des gens parmi les spectateurs n’ont pas réagi?
                        Un.e gamin.e ça crie. Le monstre a dû te faire taire
                        C’est terrible!

                      • #18100 Répondre
                        nefa
                        Invité

                        Si c’était si simple.
                        Le gars joue sur la confusion. Pas de brutalité.
                        Il te manipule, au propre comme au figuré.

                      • #18101 Répondre
                        nefa
                        Invité

                        Juste deux trucs en plus,
                        D’abord, c’est quoi cette ressource à laquelle son corps barre l’accès ? Ne pas oublier que le gars est un ancien militaire.
                        C’est l’expression abouti d’un délire spartiate. C’est, dès le plus jeune âge, l’initiation qui précède l’intégration au sein d’un groupe bidassolâtre. Garçons et filles confondus.
                        Il y a donc cet espèce de mur intérieur qui la protège d’une plongée en apnée dans ce qui est de l’ordre de la psychologie réactionnaire type Fourniret.
                        Faut voir le matériel.
                        Et pour finir,
                        Pour ne pas rester sur la note : le texte de Neige n’est pas littéraire.
                        Pour lui insuffler de la vie.
                        Parce qu’il semble, au premier regard, comme fermé sur lui même, comme enclos, comme enkysté.
                        Convoquer de la matière brute. Son texte est un œuf.
                        Ensuite, qui sait le mieux rester quatre heures de rang scotché devant un œuf sans le toucher, fasciné par lui, conscient de sa fragilité ?
                        L’adulte-enfant.

    • #17632 Répondre
      Dr Xavier
      Invité
      • #18040 Répondre
        nefa
        Invité

        Lison.
        Pas certain que ce soit une question de vérité.
        Ayant été manipulée, dominée, elle ne peut, en tout cas pour ce texte, ni manipuler ni dominer. Elle aurait l’impression en le faisant de jouer le rôle du manipulateur, du dominant, de son violeur. Et ça, pour elle, viscéralement, organiquement, c’est impossible.
        Pas moral, tu as raison, elle ne peut tout simplement prendre de distance ni avec la manipulation, ni avec la domination, ni avec ce mec.
        Possible qu’elle ait écrit en transe, d’où Deleuze (François y a fait allusion). Ne se serait-ce que pour exécuter un simple geste technique (le maximum qu’elle puisse produire).
        Pour être sensible à ce type de geste, coté lecteur, je ne sais pas trop : réactualiser l’enfance ?

    • #17684 Répondre
      Dr Xavier
      Invité

      Cette autre émission des Midis est pas mal non plus. Et j’ai bien aimé aussi celle sur Ad’uC.
      Débat critique : Maria Pourchet et Chloé Delaume, deux romans sur l’amour post-#MeToo

    • #17698 Répondre
      Graindorge
      Invité

      Peut-être que Neige Sinno ajoute une autre peine bien plus terrible que 9 ans de prison: faire connaître au monde entier l’horreur de son crime. Peut-être que le seul lecteur qui lui importe vraiment c’est lui. Comme le prendre par la force à son tour Tiens, lis, lis donc triste tigre ce que tu as fait, que tu as fait faire à une enfant. Vis avec ton crime jusqu’à ta mort.
      Le fait que tout le monde sache: les compagnons de prison, les gardiens, la famille, les voisins, le monde entier. Je ne guérirai jamais mais toi triste tigre tu ne pourras peut-être plus vivre.

      • #17699 Répondre
        François Bégaudeau
        Maître des clés

        Y a–t-il un sujet sur lequel Graindorge n’a pas d’avis, ou nous épargnera le sien?
        L’amour? Pas lu mais a un avis
        Triste tigre ? Pas lu mais a un avis.
        La scène hip hop de Maubeuge? A un avis
        Mon évier bouché? A un avis
        Et le donnera.

        • #17714 Répondre
          Graindorge
          Invité

          L’amour? je n’ai pas donné d’avis. J’ai dit que ma soeur allait me l’envoyer, que j’avais lu le généreux extrait partagé dans ce Chantier Autonome et qu’il m’avait plu. Il sera là dans 2 ou 3 semaines puisqu’il est arrivé chez ma soeur en retard et que je lui proposé de le lire avant.
          Triste tigre? j’exprime un ressenti truffé de « peut-être » Une amie chère et proche a été violée par son père de ses 4 à 11 ans. Dans une famille bourgeoise. Et la mère savait et n’a jamais rien dit. C’est un livre que je ne peux pas lire. Que je ne lirai jamais.
          Le hip hop à Maubeuge? aucun avis
          l’évier bouché? aucun avis
          personne n’est obligé de lire ce que j’écris. Personne. On voit un message de Graindorge, on peut passer sans s’arrêter. Librement. Chantier autonome.
          D’ailleurs, je n’écris pas grand chose en comparaison avec tous les avis donnés et dont moi-même je ne lis que ceux qui m’intéressent et qui sont à ma portée.
          Je partage des pétitions. Parfois des poèmes. Des informations sur l’agro-biologie et autres. J’ai partagé dernièrement un texte sur Salvador Allende.

    • #17722 Répondre
      tristan
      Invité

      Conseil de lecture:
      Laure Murat: « Proust, roman familial ». (Laffont)

      Les premières pages, je les avais lues grâce à Calameo et elles me tentèrent beaucoup au point d’acheter son livre.
      Son ascendance, révélée par:
      http://www.genealogics.org/getperson.php?personID=I00052914&tree=LEO
      explique bien des choses. Sélectionné au Prix Goncourt des lycéens 2023, le roman mérite beaucoup d’autres prix.
      À comparer, pour ceux qui connaissent, avec la biographie de Jacqueline de Ribes, « Divine Jacqueline » par Dominique Bona. Deux attitudes différentes devant un milieu similaire.

      Revenons à Laure:
      – Écriture d’une femme puissante, y’a pas photo.
      – Elle connaît les codes de l’écriture ; la mise en exergue, la montée en puissance, le feu d’artifice final, la conclusion péremptoire d’une beauté incommensurable, la page qui précède tout autant et les trois derniers chapitres éblouissants.
      Je peux comprendre que ceux qui n’ont pas grandi dans sa ouate soient horripilés par tant de manières. Ces manières, elle les a rejetées.
      Je viens de comprendre enfin, bordel, comment la littérature vous sauve la vie.
      Ce n’est pas mon cas, ce sont les mathématiques.

      • #17723 Répondre
        tristan
        Invité

        Pour comprendre les démarches de son esprit:

        • #17857 Répondre
          Graindorge
          Invité

          beau cadeau. Merci Tristan

    • #18559 Répondre
      Dr Xavier
      Invité

      Immense merci pour la découverte de Quignard et de ses Heures Heureuses ! Je l’ai lu avec grand plaisir, et une certaine déroute, tant il mélange différents genres, témoignage, réflexions, poésies…
      .
      La GO était passionnante ; j’ajouterais qu’à la lecture j’ai eu une sensation d’anarchisme et d’élitisme un peu antagoniques que je voudrais essayer d’expliquer.
      .
      Anarchisme* dans le sens où je ressens un refus d’autorité, le livre n’a aucun fil narratif, ils pensent les heures, le temps, en différents chapitres d’équivalence relativement égale, dont l’ordre importe assez peu (on peut d’ailleurs se demander pourquoi il les a numérotés, si ce n’est pour la coquetterie de recourir aux chiffres romains). Et même à l’intérieur de chaque chapitre, l’ordre n’est pas si important, on pourrait intervertir l’ordre des paragraphes sans que cela occasione une gêne. On pourrait imaginer une maison où chaque pièce serait un chapitre, avec les paragraphes collés au mur, au plafond, et on divaguerait de pièce en pièce. Chaque paragraphe a presque sa vie propre. François ça m’intéresserait de lire ton avis sur cette structure, ce découpages en L chapitres ?
      Et anarchisme bien sûr dans l’attention portée à toutes choses, petites et grandes (le baton de rouge à lèvres, le chewing-gum rose, des photos de chats, y en a toutes les pages).
      .
      Élitiste dans le meilleur sens où le livre célèbre les virtuoses, les sages, les « rares. » (« Rares ceux qui ont abandonné la sonnerie du réveile-matin qui pince le cerveau autant qu’elle malmène le mouvement du coeur », c’est tous mes matins ça). Dans le sens un peu moins louable où l’auteur est d’une grande érudition et ne prend pas toujours son lecteur par la main (mais c’est subjectif, chacun son bagage). Et dans le sens un peu plus regrettable où – parfois – il ne semble pas bouder la compagnie des puissants (Mitterand cité à quatre reprises dans le chapitre XXXVIII…), et où à d’autres c’est un peu ‘name dropping’ (« Épicure et Lucrèce ont connu cette sensation […]. La Boétie et Montaigne la connurent. Schopenhauer et Nietzsche la connurent. Esprit et La Rochefoucauld la connurent. ») mais c’est mineur. Élitiste aussi dans ses sentencieux et cabalistiques apophtegmes :
      « Passé et futur ne sont que matin et soir entre ciel et terre.
      Ne sont que rêves dans la nuit où la conscience s’effondre.
      Si l’on considère le présent du point de vue du souvenir, on l’appelle passé.
      Si l’on considère le passé du point de vue du futur, on l’appelle mort. »
      .
      Ce qui est sûr c’est que ça donne très envie de découvrir toute son oeuvre !
      .
      (*) Furetant sur cet auteur, je découvre qu’il a écrit un livre intitulé La Haine de la musique (1996, rien que ce titre est intrigant), l’extrait ci-dessous laisse à penser que je ne suis pas complèment à côté de la plaque. Encore un livre à mettre dans la pile.
      « La musique viole le corps humain. Elle met debout. Les rythmes musicaux fascinent les rythmes corporels. A la rencontre de la musique, l’oreille ne peut se fermer. La musique étant un pouvoir s’associe de fait à tout pouvoir. Elle est d’essence inégalitaire. Ouïe et obéissance sont liées. Un chef, des exécutants, des obéissants telle est la structure que son exécution aussitôt met en place. Partout où il y a un chef et des exécutants, il y a de la musique. Platon ne pensa jamais à distinguer dans ses récits philosophiques la discipline, la guerre et la musique, la hiérarchie sociale et la musique… Cadence et mesure. La marche est cadencée, les coups de matraque sont cadencés, les saluts sont cadencés. »
      https://www.musicologie.org/publirem/lambert_permiere_suite.html

      • #18596 Répondre
        Graindorge
        Invité

        Dans la page web de la bibliothèque Universitaire, il y a de ce même auteur, 2 livres : L’origine de la Danse et Les ombres errantes. Un avis?

        • #18688 Répondre
          Dr Xavier
          Invité

          Peut-être commencer par Les ombres errantes, vu que c’est le premier tome de Dernier Royaume ?

          • #18689 Répondre
            Graindorge
            Invité

            Merci beaucoup Dr Xavier!

        • #18836 Répondre
          lison
          Invité

          Je dirais Les ombres errantes aussi et La Vie secrète, et un autre aussi autour de la lecture dont le titre va me revenir dans 3H30 environ.
          C’est un drôle d’auteur dont je suis loin d’avoir lu tous les livres mais dont chaque lecture m’a beaucoup plu , et je rectifie, c’est plutôt moi qui suis une drôle de lectrice de Quignard, très intermittente.
          Et sur l’histoire du nid et de la coquille cassée dans Les Heures heureuses une autre phrase du livre nous éclaire :  » Il y a derrière toute maison une maison perdue ».

          • #18850 Répondre
            François Bégaudeau
            Maître des clés

            Je suis assez intermittent aussi sur Quignard

            Par ailleurs Dernier Royaume peut se parcourir dans n’importe quel ordre, sens

            • #18855 Répondre
              Charles
              Invité

              Moi je peux recommander le sexe et l’effroi, le seul du dernier royaume que j’ai lu de lui. Très érudit, presque délirant mais passionnant. Faut pas être allergique au latin par contre.

    • #18610 Répondre
      Cyril
      Invité
      • #18611 Répondre
        Cyril
        Invité

        J’ai le sentiment que Bégaudeau partage certaines conceptions sur le roman que Sartre prête à Camus malgré son peu d’appétence pour ce dernier.

      • #18612 Répondre
        Cyril
        Invité

        « … Le choix que (les grands romanciers) ont fait d’écrire en images plutôt qu’en raisonnements et révélateur d’une certaine pensée qui leur est commune, persuadée de l’inutilité de tout principe d’explication et convaincue du message enseignant de l’apparence sensible. » Le mythe de Sisyphe.
        François – me semble-t-il – a dit la même chose dans son entretien à Révolution permanente.

        • #18617 Répondre
          François Bégaudeau
          Maître des clés

          Me voilà coincé. Heureusement que tu es là Cyril
          Sauf que :
          -On eut aimé que cette observation, Camus se l’appliquât à lui même, si bavard et démonstratif dans ses romans et ses pièces.
          -Quant à moi je ne parlerais pas « d’écrire en images ». Il ne s’agit pas de ça. Camus a encore cette idée, classique et scolaire, que le roman a des choses à dire mais qu’il les dit par images et non directement. Ca donne des choses comme : la peste pour le nazisme. Au fond il pense que la littérature c’est la métaphore – à rebours donc de Kafka, qui la tenait pour la chose la plus détestable qui soit.
          Cela opérera dans on théatre : Caligula comme métaphore de la condition
          -Sartre au fond ne fonctionne pas différemment, surtout dans son théatre – Huis clos est aussi une métaphore. Les deux trimballent les mêmes paradigmes esthétiques néo-classiques. Pas étonnant qu’ils se retrouvent ici (Sartre est seulement un penseur beaucoup plus consistant, un analyste politique plus pointu, un critique d’art génial, un biographe parfait)
          Creuzevaut ne dit d’ailleurs pas autre chose dans son passage aux Midis de France Culture.
          -Peut etre qu’on pourrait jeter un oeil sur mes romans, comme ça « le sentiment que » deviendrait une observation. Est ce que par exemple Jeanne et Jacques sont des métaphores? Des exempla? Des illustrations? Y a-t-il un discours au travail?

          • #18619 Répondre
            François Bégaudeau
            Maître des clés

            Tu t’en tiens aux vidéos, c’est ta politique de la médiocrité, on la connait, mais en plus tu les suis mal ces videos. Parce ce que je dis du régime d’expression spécifique de l’art n’a rien à voir avec ce que dit Camus.

            • #18636 Répondre
              Cyril
              Invité

              Tu disais que tes romans tendaient à rendre sensible les structures qui nous affectent. Mais vu que tu l’as dit et non écrit je suppose que je ne devais pas le relever.

              • #18637 Répondre
                Cyril
                Invité

                qui affectent tes personnages*

                • #18652 Répondre
                  François Bégaudeau
                  Maître des clés

                  Il se confirme que ton oralocentrisme a un problème d’ouïe.
                  1 en parlant de rendre sensible les structures, je ne parlais pas de mes romans spécifiquement
                  2 il n’y a strictement aucun rapport entre « rendre sensible les structures » et  » écrire en images plutôt qu’en raisonnements ».

                  Tu perds décidément bien du temps à vouloir me piéger en me prenant en flagrant délit d’accord avec Camus. Autant de temps que tu ne passes pas à essayer de comprendre ce qui m’oppose très profondément, très nettement à Camus. J’en ai donné le coeur, qui est la métaphore, tu t’en fous, tant pis (pour toi)

                  • #18654 Répondre
                    Cyril
                    Invité

                    1. Tu parlais d’un de tes romans dans lequel un homme se suicide quelques mois après un licenciement et où tu cherchais à explorer les autres causes possibles de son suicide.
                    2. Je vois un rapport entre « rendre sensible les structures » et « le message enseignant de l’apparence sensible ». Alors, ta subtilité qui te donne tant d’ascendant et que tu gardes bien jalousement est peut-être hors de ma portée mais je m’en fous puisque j’ai appris avec Rancière que c’était l’habite du maître de traiter ses ouailles en ignorants.

                    • #18674 Répondre
                      François Bégaudeau
                      Maître des clés

                      1. j’ai dit que je ne parlais pas de mes romans spécifiquement. Je le maintiens. « pas spécifiquement » ne veut pas dire pas du tout. Tu as décidément du mal avec les mots. Il y a en effet un roman de moi où j’ai essayé de rendre sensibles les structures. Je l’ai donc pris en exemple. Ce roman que tu n’as évidemment pas lu et ne liras pas, s’appelle En guerre.
                      2. ton 2 montre à nouveau ton absence total d’interêt pour le problème posé (limites de Camus, indigence de la métaphore), et dans lequel tu ne t’immisces que pour m’emmerder.

                      • #18684 Répondre
                        Cyril
                        Invité

                        1. Il faut avoir lu tous tes livres pour obtenir le titre ? Oui, je n’y peux rien, le Bégaudeau-littérateur ça n’a pas encore matché. C’est une affaire de corps, n’est-ce pas ? Ce n’est pas une nourriture qui convient à mon corps. Trop chargé, je le digère mal. Je le ressentais aussi avec Michon au début, chargé d’impressions, de sensations, mais finalement j’aime bien. Après trois pages de Pourchet j’ai switché sur le Pourchet. Mais j’y reviendrai, je ne baisse pas les bras. Avec le Bégaudeau-orateur, l’entente a été immédiate, ça s’explique pas. Et les seuls bouquins que j’ai finis sont tes moins littéraires, Jésus etc. Dimanche d’élection.
                        2. Mon 2 est une auto-défense intellectuelle contre
                        une attaque de maître « Tu ne sais pas lire, tu ne sais pas comparer, tu ne sais pas comprendre… » Lassant. Oui j’essaie de te mettre en contradiction, ce n’est pas méchant tout de même. On aime mettre à l’épreuve ce qui nous fait penser.

                      • #18686 Répondre
                        Cyril
                        Invité

                        Trois pages de L’amour*

                      • #18705 Répondre
                        François Bégaudeau
                        Maître des clés

                        Il n’y a pas nécessité de lire tous mes livres pour avoir un avis dessus.
                        Mais puisqu’il s’agissait vaguement ici (en tout cas en apparence) de circonscrire ma manière de romancier, une mention un peu précise de un voire deux romans lus eut été bienvenue. Sauf à s’exposer à parler dans le vide, et in fine, à dire n’importe quoi.

                        Pour info, Jesus les bourgeois… n’est pas un livre
                        En revanche je tiens Comment s’occuper pour une production littéraire.

                      • #18706 Répondre
                        François Bégaudeau
                        Maître des clés

                        Merci pour l’immense effort d’avoir lu trois pages de l’Amour.
                        Je suppose que ça ne t’empêchera pas d’avoir un avis sur sa composition générale.

                      • #18718 Répondre
                        Cyril
                        Invité

                        Oui pardon c’est un tabouret. Et très confortable.
                        (toujours cette subtilité qui m’échappe…)

                      • #18798 Répondre
                        François Bégaudeau
                        Maître des clés

                        Tu appelles subtilité la différence entre un long entretien publié et un livre.
                        Mais d’où te vient donc cette distorsion cognitive avec les mots?

                      • #18800 Répondre
                        François Bégaudeau
                        Maître des clés

                        L’entretien a d’ailleurs été d’abord oral – sur un après-midi. Puis j’en ai repassé la transcription par Paul pour que ça ressemble un peu à quelque chose.
                        D’autres entretiens de cet acabit sont disponibles ici ou là. La différence avec celui ci : ils sont juste un peu moins longs et n’ont pas été imprimés.

                        En tout cas sache que l’auteur, si d’aventure il a son mot à dire, ne compte jamais Jesus etc parmi ses livres

      • #18613 Répondre
        Cyril
        Invité
        • #18620 Répondre
          François Bégaudeau
          Maître des clés

          Camus est mort « par un accident de voiture »? Tu nous l’apprends.

          • #18635 Répondre
            Cyril
            Invité

            Merci pour la correction. C’est vrai qu’on dit « dans un… » et non « par un… ».

    • #18672 Répondre
      Cyril
      Invité

      Quelqu’un a déjà lu Marie Darrieussecq ? Est-ce que c’est bien ?

    • #18716 Répondre
      Titi
      Invité

      François, je suis remontée dans cette partie du forum, et j’ai vu que tu dis avoir une grosse lacune sur Tolstoï.
      Ça veut dire que tu n’as rien lu ?
      (Je te demande parce que si c’est le cas, je voudrais te conseiller deux titres qui je pense devraient te plaire beaucoup. Et ce sont des textes courts, je ne sais pas à quel rythme tu lis, mais ça ne te prendra pas six mois : c’est idéal pour un trajet en train par exemple. Je ne le connaissais pas il y a juste quelques années, et c’est devenu un des mes auteurs préférés après ces lectures.)

      • #18717 Répondre
        Cyril
        Invité

        J’ai commencé Anna Karénine au début des grandes vacances mais ça me tombe des mains. Ai-je un problème ? Je ne trouve pas ça nul mais je m’ennuie souvent. Surtout les passages dans la campagne avec Lévine. Et c’est peut-être renforcé par la traduction mais je ne trouve aucun style. Les phrases sont banales. Je n’ai pas ce soucis avec Dosto, Tchekhov, Gogol…
        Comment faut-il l’apprécier selon vous ?

        • #18801 Répondre
          François Bégaudeau
          Maître des clés

          Je prends les deux titres, Titi

          • #18802 Répondre
            Charles
            Invité

            Je parie sur la mort d’Ivan Ilitch, la plus belle short story du monde.

            • #18808 Répondre
              François Bégaudeau
              Maître des clés

              Oui mais ça j’ai lu
              Et la Sonate à Kreutzer aussi

            • #18812 Répondre
              Hervé Urbani
              Invité

              Je confirme pour La Mort d’Ivan Ilitch, nouvelle extraordinaire qui a changé ma vie d’avant ma mort, et à laquelle je pense très souvent, particulièrement quand je trébuche d’un escabeau et me viande sur une espagnolette.
              Et concernant les paris (qui sont aussi des conseils), je pronostique Trois morts, Maître et serviteur ou une rareté à cent contre un niveau côte, et qui fait partie de mes préférées du vieux Léon : Ce que j’ai vu en rêve

              • #19028 Répondre
                Titi
                Invité

                Me revoilà. Oui, La Mort d’Ivan Ilitch bien sûr (que tu as déjà lu, donc), et aussi Maître et serviteur (qui je crois s’intitule parfois La Tempête de neige) : magnifique. Je ne veux rien dévoiler, mais, si tu ne l’as pas lu, je pressens que tu l’aimeras (faudrait être difficile pour ne pas !), François : la fin est bouleversante et inoubliable (dans Ivan Ilitch, c’est le début qui est inoubliable). Je n’ai pas lu Ce que j’ai vu en rêve (jamais entendu ce titre), Hervé. Je le note. Parmi les textes courts, Une paysanne russe est aussi très impressionnant par ce qu’il décrit et par l’usage de la première personne (c’est présenté comme un récit authentique, mais je ne pense pas que ce soit le cas… je ne sais pas trop en fait). Je n’ai pas lu Anna Karenine, mais La Guerre et la Paix, oui (que dire ? que ce n’est pas un classique pour rien ?). Le Travail et l’Argent pourrait t’intéresser, vous intéresser (c’est pas du vouvoiement) : c’est une réflexion qui dit beaucoup sur qui était Tolstoï.
                Sinon, pour rester sur les Russes, je ne sais pas si quelqu’un a lu Nétotchka Nezvanova. C’est un œuvre de jeunesse de Dostoïevski, publiée je crois en feuilleton, et inachevée. C’est très beau, le récit d’un amour pour une enfant (la narratrice) pour son beau-père, et très frustrant parce que ça s’arrête en plein milieu… Mais je le conseille quand même chaudement parce que c’est une grande émotion littéraire.

                • #19029 Répondre
                  Titi
                  Invité

                  l’amour d’une enfant pour son beau-père*

                • #19056 Répondre
                  Graindorge
                  Invité

                  Grand merci Titi!

                  • #19087 Répondre
                    Titi
                    Invité

                    Merci François, et merci Graindorge. Quant à moi, je vais lire L’Amour, que je viens d’acheter, car c’est la moindre des choses (et je ne suis pas tombée là par hasard).

    • #18866 Répondre
      Graindorge
      Invité

      Nathalie Sarraute parle de Marcel Proust.
      [youtube https://www.youtube.com/watch?v=oy4kZ2WBY2M?si=AppprfKrdMytI1Tf&w=560&h=315%5D

      • #18873 Répondre
        Graindorge
        Invité

        la musique de la vidéo: La deuxième sonate pour violon et piano de Fauré, le deuxième mouvement. Trouvée dans les commentaires.
        Bonne nuit

        • #19060 Répondre
          Malice
          Invité

          Je crois que Proust était présent quand Fauré a joué la sonate pour la première fois dans je ne sais plus quel salon

          • #19061 Répondre
            Malice
            Invité

            Ah non c’est celle-là je crois ( qui est très belle aussi)

            • #19078 Répondre
              Graindorge
              Invité

              Laquelle?

              • #19093 Répondre
                Malice
                Invité

                telle une bouffonne j’ai oublié de mettre un lien vers la sonate numéro 1 de Fauré
                ( le mouvement 4 est magnifique)

                • #19094 Répondre
                  Sarah G
                  Invité

                  Merci Malice

                • #19102 Répondre
                  Graindorge
                  Invité

                  Très belle oui. Vraiment! Merci beaucoup Malice!
                  Pour accompagner leurs regards je pense que la 2ème sonate a été bien choisie!
                  Ah comme j’aimerais avoir le pouvoir de voyager dans le Temps! Juste faire un brin de causette avec Marcel Proust puis aller prendre un café avec Nathalie Sarraute

    • #19119 Répondre
      Graindorge
      Invité

      « La littérature est le chant du coeur du peuple et le peuple est l’âme de la littérature. » Jiang Zilong

    • #19204 Répondre
      Hadrien
      Invité

      Quid du dernier livre de Kevin Lambert ? Que notre joie demeure

    • #19581 Répondre
      Jeanne
      Invité

      Je suis convaincue par le dernier Pourchet (je suis au milieu) et pourtant, ou alors: et de ce fait, j’ai envie de pinailler.
      Elle a des vastes bonheurs d’écriture, mais parfois ses fulgurances me laissent sur le bord.
      Par exemple page 113 je suis preneuse de « Ils se croisent dans l’escalier, dans l’entrée, s’efforçant de produire les petites banalités qui aèrent le silence tout en le préservant ».
      Mais page 114 je reste à l’extérieur de « toujours le langage qui se cabre, qui s’enfuit quand on l’approche, qui doit savoir ce que ça donne quand il se laisse dompter » (il doit savoir ce que ça donne, pourquoi et quoi qu’est-ce?).
      C’est peut-être juste la grandeur d’une autrice qui essaie, essaie des trucs.
      Par ailleurs ni le titre ni la problématique qu’il charrie (et qui n’a peut-être pas beaucoup retenu mon attention au fil de la lecture) ne m’intéressent pour le moment.

      • #19583 Répondre
        François Bégaudeau
        Maître des clés

        Une chose notable, et assez comique au fond, c’est qu’en général le motif central affiché de ce très bon livre, le motif western, n’intéresse aucun des lecteurs même conquis (comme moi). Je sais que Maria y tient, mais voilà personne ne pige bien l’intéret.

      • #19595 Répondre
        K. comme mon Code
        Invité

        J’ai feuilleté et ce genre de phrases me l’a fait reposer ; je pense que j’irai plutôt vers Feu.

        • #19596 Répondre
          Charles
          Invité

          Puisque tu passes par là K, t’as déjà lu David Foster Wallace?

          • #19597 Répondre
            Charles
            Invité

            (pas impossible que je t’aie déjà posé la question et si c’est le cas je m’en excuse).

            • #19599 Répondre
              K. comme mon Code
              Invité

              Oui, L’Infinie Comédie est l’un de mes romans préférés, je l’ai lu plusieurs fois. Il a des essais et des nouvelles que j’adore, c’est un peu éparpillé mais « Un truc soi-disant super auquel on ne me reprendra plus » est le livre que je conseillerais pour les essais. Il faut juste ne pas se fier à ses anecdotes quand il est envoyé sur le terrain. Il mélange observations et mythomanie (fiction ?). Il a été envoyé sur le tournage de Lost Highway, par exemple. Sur une croisière. Excellent essai sur un joueur de tennis qui est centième mondial. C’est-à-dire inexistant pour les médias et pourtant consacre corps et âme à renvoyer des balles depuis cinq ans. L’Infinie Comédie est à moitié centré sur une académie de tennis, aussi. D’autres essais sont plus théoriques.

              Si tu lis l’anglais, ma nouvelle préférée est Good Old Neon, disponible ici : https://sdavidmiller.com/octo/files/no_google2/GoodOldNeon.pdf

              • #19601 Répondre
                Charles
                Invité

                Merci de ta réponse. Est-ce que tu as lu l’infini comédie uniquement en version originale ? Je ne te cache pas que j’ai un peu peur de me lancer dans ce pavé que je crains indigeste en français en tout cas.

                • #19605 Répondre
                  K. comme mon Code
                  Invité

                  Juste en anglais, oui. Les quelques pages feuilletées ne me paraissaient pas scandaleuses mais énormément d’expressions idiomatiques me semblent intraduisibles.

                • #19609 Répondre
                  Ostros
                  Invité

                  J’ai déjà lu cette phrase quelque part… Mais où ?

        • #19884 Répondre
          Jeanne
          Invité

          K, c’est une coquinette cette Maria Pourchet. Elle s’autorise de ces envolées ! Je pense avoir décelé plusieurs coquilles + une incohérence narrative. Je sais bien que ça arrive, mais là un peu beaucoup je trouve. Est-ce parce que ses premiers lecteurs (et correcteurs) ont été surmenés par le mic-mac (littéraire) qu’ils ont laissé passer des erreurs? Hypothèse.
          N’empêche. Je continue de trouver ça vachement bien. Feu était peut-être un peu plus facile, oui.

          • #19887 Répondre
            Dr Xavier
            Invité

            Les coquilles, je dis oui.
            L’incohérence narrative, pas vu ?

            • #19889 Répondre
              Jeanne
              Invité

              K, mon post ne s’est pas mis où je voulais.
              Dr Xavier, la différence d’âge entre Alexis et Chloé est censément de 18 ans (à supposer en tout cas que je lise bien la page 211). Lui est né 74. Leur histoire se passe après le covid. Chloé aurait donc la trentaine. A cet âge on ne se traîne pas partout avec Maman.
              J’aurais aimé ajouter: « Et on ne se – attention spoil – suicide pas pour un pauvre petit chéri comme ça ». Mais ceci est moins sûr.
              (Je dis « pauvre petit chéri », une autre lectrice, un autre lecteur aurait dit autre chose).

              • #19892 Répondre
                K. comme mon Code
                Invité

                Le post est à sa bonne place ; il y a juste eu digressions sur digressions. En tout cas, j’aime les envolées, pareil : elles m’avaient juste paru mal élagué, les pages feuilletées. Enfin bref, je me tais et lirai pour de vrai.

    • #19607 Répondre
      Malice
      Invité

      Salut à tous, qui, connaissant l’oeuvre de Paul Valéry, pourrait me conseiller à ce sujet? Merci d’avance

    • #19965 Répondre
      Carpentier
      Invité

      Lu et aimé le Seyvoz court et hypnotique de De Kerangal et Sorman.
      Leurs écritures précises, factuelles, matérialistes, ne dénotent aucunement avec la touche fantastique et poétique du récit: étonnant et à découvrir, de ce récit d’ouvriers, de montagne et de barrage, on sort grandie.

      • #19980 Répondre
        François Bégaudeau
        Maître des clés

        et ça revient, mine de rien
        et en plus pour parler d’un livre
        et en plus d’un livre faiblard, de l’avis unanime de ses deux autrices

      • #19995 Répondre
        Carpentier
        Invité

        📖

        • #20065 Répondre
          François Bégaudeau
          Maître des clés

          ce n’est certes pas en public qu’elles allaient témoigner de leur perplexité devant l’opération

          • #21027 Répondre
            Carpentier
            Invité

            Bonjour, je vois ce matin tes lignes; en effet, en petite promo, elles font très bien les coquettes, de vraies pro.

            N’empêche que j’ai aimé ce petit livre et c’est sans doute aussi basé sur mon intérêt pour ces coins de montagne et les gens qui y vivent mais pas que.
            Moi, ce n’est pas à Tignes par exemple que leurs lignes m’ont ramenée mais au col du Mont Cenis, dans la Maurienne.
            Bref, m’en dirais-tu plus sur leur perplexité devant l’opération, stp?
            L’écriture à plusieurs mains, les 2 la connaissent bien et la pratiquent régulièrement, elles sont familières de leur travail respectif je crois, donc est-ce que c’était une commande à honorer dans un trop bref délai par exemple?
            J’ai emprunté Seyvoz en bibli et l’ai rendu il y a pas mal de temps maintenant; je ne peux donc en partager quelques passages parmi ceux qui m’ont bien emmenée.
            Dommage, j’aurais aimé.

            • #21033 Répondre
              Graindorge
              Invité

              Là je suis sûre que c’est toi alors je te salut!
              F.B manque peut-être parfois de générosité avec des écrivains qui travaillent dur aussi et si leurs livres plaisent, trouvent un public tant mieux, non? F.B donne son avis sur un livre. Il l’a trouvé « faiblard », toi non et tu as passé un bon moment et ça fera plaisir aux 2 écrivains. Alors merci d’avoir partagé. Merci pour elles aussi.

              • #21040 Répondre
                Carpentier
                Invité

                Contrairement au vernon subutex et miette (Bergougnioux et Despentes) que j’ai rendu sans les avoir même ventilé, faute de pouvoir à nouveau en prolonger la sortie.
                J’essaierai de les reprendre, tranquillement, un à la fois, à l’occasion.
                Je ressens pas mal de fatigue depuis la rentrée, sans raison à priori ’ explicative ’: Paris est certes un peu speedant mais quand même.
                ps: tu reconnais maintenant le logo/avatar-image du départ de ma participation ici, c ça?
                Je dois tout de même avouer avoir posté 2 ou 3 messages avec une sorte d’avatar violet (au bout de 2 mois, le forum ne bloquant pas quand on se trompe) j’avais inversé quelque chose dans mon adresse mail sans malveillance.
                Consultant par ailleurs, et pour une fois, la boîte mail concernée, j’ai dû mieux faire, réfléchir au truc, et je suis retombée sur mon profil de départ: bon.
                Il n’empêche que c’est usant et périlleux un peu cette possibilité de mettre plusieurs fois un même intitulé-pseudo avec, à priori, n’importe quelle adresse.
                Après, c’est pas un enlèvement ni un bombardement non plus.

                ps2: curieuse de savoir en quoi les 2 auteures de Seyvoz étaient/ sont peu satisfaites de leur production.

                • #21043 Répondre
                  Carpentier
                  Invité

                  * Bergounioux, plutôt.

    • #20058 Répondre
      Charles
      Invité

      François, as-tu déjà lu le dernier Quintane?

    • #20309 Répondre
      Henry
      Invité

      Bonjour, qqn a lu tumeur ou tutu de Léna Ghar ? Si oui, qu’en pensez-vous ?

      • #20312 Répondre
        Ostros
        Invité

        François avait recommandé sa lecture.
        Pour ma part, il m’intéresse aussi d’en savoir plus sur la spécialité du master qu’elle a suivi, qui a l’air d’être un vivier à expériences littéraires. Y a-t-il d’autres écrivain.e.s qui sont sorti.e.s de là ?

        • #20314 Répondre
          K. comme mon Code
          Invité

          J’en connais une (d’ailleurs : je t’avais conseillé « Copeaux de bois » avant de le finir et je le conseille davantage après). L’expérience du Master était plutôt positive. Pas mal publient en sortant du Master, mais peu sont suivis par les éditeurs dans le temps long. Le « premier roman » semble être un argument marketing, un second roman un embarras.

          • #20318 Répondre
            François Bégaudeau
            Maître des clés

            Oui cette matrice est à la fois profitable et piégeuse
            Signalons quand même deux autres réussites: Fief, de David Lopez. Les cosmonautes ne font que passer, d’Elitza Gueorguieva
            Et je re-recommande le livre de Lena, qui a une putain de langue.

            • #20345 Répondre
              Henry
              Invité

              Je l’ai terminé hier et je le trouve assez puissant. Ses trouvailles lexicales s’accordent parfaitement avec le point de vue de la narratrice enfant puis celui de la narratrice adulte qui peine a trouvé une langue pour pouvoir s’exprimer su cette « monstre » qui la ronge de l’intérieur. Plutôt que de passer par une narration hétérodiégétique qui placerait le personnage en surplomb face à ce qu’il subit, le simple fait de l’acter en tant que propre énonciateur de son récit entérine la violence qu’il subit. Mais au-delà de cette simple remarque, les jeux linguistiques qu’elle opère (la création de nouveaux mots comme la « praison » ou « l’intimmensité » ; la subversion du « Je ») nous placent dans la tête d’une enfant qui, je trouve, même en grandissant reste un enfant du fait de cette béance laissée par la « monstre » (une allégorie de Novatchok peut-être ?), ce trou dans le canapé jaune derrière lequel elle se cachait.
              François, et les autres qui ont lu le livre, que pensez-vous de cette langue, son émancipation de sa « camisole lexicale », comme dit l’auteur ?

              • #20352 Répondre
                François Bégaudeau
                Maître des clés

                Ce je est colonisé de naissance – comme nous tous, mais à un degré plus dramatique
                Et d’abord colonisé par la langue sociale, au premier chef la langue de sa mère, qui est aussi la langue maternelle.
                Se décoloniser veut dire alors : inventer sa propre langue. Tacher que cette langue fabrique de la justesse et non de la fausseté.

                • #20432 Répondre
                  Henry
                  Invité

                  Quand tu dis produire de la « justesse », as-tu des exemples de phrase ?
                  Je pense, par exemple, aux équations mathématiques qu’elle dispose pour fuir la conception linguistique en vigueur utilisé par son entourage (« Soit Je une individue d’an 23 appartenant à l’ensemble Humanité. Je a tout bien fat comme on lui avait dit pour être une adulte accomplie selon les critères de l’humanité. Je a Iphégénïa, un vrai travail, un RIB, de merveilleux paladins, un système cognitif à peu près opérant, un lit, la santé surtout. Peut-on affirmer que Je est heureuse ? » (p.119)).
                  Mais je pense aussi aussi à toutes les pensées qu’elle a quand elle est avec Iphigénia dans son repaire de l’île faucon (« Je suis en sécurité avec Iphégénia dans le repère de l’île Faucon, sauf quand il fait nuit et qu’il n’y a plus de rhum. Ça commence toujours pareil. Des crires obscènes sidèrent brutalement mes tympans, se mettent à jouer au flipper entre mes synapses. Ils m’accablent dans un ouragan de menaces cryptées, mon cœur lancine, s’emballe, je ne tiens pas en place, mes mains deviennent moites, mes jambes se mettent à trembler, je me gratte la gorge, toutes mes veines battent la mesure à l’unisson; bam bam bam sous la peau, tu ne trouveras pas le repos. La monstrueuse me poursuit jusqu’ici, me harcèle, m’oblige à me retrancher. » (p.140)). Est-ce dans ces moments que la langue maternelle dont elle est engluée parvient à s’émanciper en une langue plus souple ?

                  • #20447 Répondre
                    François Bégaudeau
                    Maître des clés

                    Le moment que tu cites est précisément une description des manoeuvres du colon. Le nommer c’est déjà s’en défaire mais là on sent l’emprise.
                    Le recours aux mathématiques relève davantage de l’émancipation. Essayer de poser le jeu, de poser la lange, et établir des théorèmes de la vie qui soient praticables. J’aime beaucoup cet usage des mathématiques comme d’un outil de survie.

                    • #20464 Répondre
                      Henry
                      Invité

                      Je pense alors à ce moment qui survient p.144, où la narratrice scrute l’usage du mot « foyer » dans la langue des spartiates : « Il ne s’agit pas seulement d’un ensemble de critères mobiliers. Dans la bouche des spartiates, le foyer est n sanctuaire, le temple d’une sensation immédiate, profonde, totale, l’intimmensité, positivement proportionnelle à la présence de leurs intimmenses sous le même toit. Plus ils sont nombreux à s’y reconnaître, plus ils ont chaud et envie d’y rester, prononçant conséquemment des phrases comme C’était vraiment génial aujourd’hui, on est rentrés encore plus heureux dans notre foyer.
                      Cette polysémie me cloâtre au trou.
                      Je pense à forer, broyer, noyer, loyer, dévoyer, fourvoyer, fossoyer.
                      Je pense à foutre le feu. »
                      La gradation qu’elle opère dans les trois dernières dernières phrases jusqu’à vouloir « foutre le feu » avec cette dernière phrase détachée du paragraphe précédant ainsi que le retour du « Je » marquent, à mon sens, une première tentative de construction d’un nouveau langage, bien qu’il soit en construction depuis le début du livre avec les néologismes utilisés, et qu’il d’autant plus esquissé dans la suite du livre. L’ironie qu’elle met en transcrivant les phrases-types des paladins et la place de l’adv « conséquemment » qui n’a pas vrt de sens dans la phrase, si ce n’est suggérer l’ironie de l’énonciateur, contribuent aussi à se distinguer peu à peu de leur langue.
                      Quant aux équations mathématiques, je suis d’accord avec toi. Je trouve qu’elles permettent une fuite du corsage lexical vers une nouvelle forme d’expression (le coefficient de vitalité, la fonction de bonheur réel, le symbole pour incarner l’inconnue de la monstre), mais d’une façon plus explicite que ses essais ancrés dans un langage plus « littéraire » et non mathématique.
                      Si t’avais à en faire une GO, comment tu commenterais ces phrases d’un point de vue syntaxique et grammatical ?

                      • #20470 Répondre
                        François Bégaudeau
                        Maître des clés

                        Il faudrait que je les relise
                        M’en reste la sensation que ce qui se présente comme une blague est en fait très sérieusement et très rationnellement effectué. La narratrice croit vraiment que l’énoncé mathématique a des vertus de clarté qui la sortiront de la confusion toxique, du mal-dit qui la tue

                        En tout cas je lis le « conséquemment » comme toi. Dans ce seul adverbe on entrevoit la très bonne styliste qu’elle est.

            • #23895 Répondre
              GaelleS
              Invité

              Merci vivement de l’avoir recommandé. Pas facile d’en parler d’autant plus sans le spoiler.
              De par la forme, Elle rend compte de son tumulte intérieur de manière remarquable. On dira Elle, qui est la narratrice et le personnage principal du livre et dont on ne connaitra pas le nom, juste quelques surnoms donnés par sa mère : Mémère ou Gnégné.
              Elle est en quête d’élucidation. Elle nous fait vivre cette quête depuis ses trois ans (l’an 3) : quelle est cette monstre féroce qui sort régulièrement de son trou pour l’agir et qu’elle cache autant qu’elle peut ? Dès le premier chapitre on est nous-mêmes dans le trouble. Quelle est cette monstre horrifiante qui lui fait peur ? Pourquoi n’est-ce pas un monstre d’ailleurs ? Qui sont Novatchok et Swayze ? Ces troubles m’ont tout de suite rappelé Faulkner et au sentiment déroutant éprouvé à la lecture de De bruit et de fureur même si l’intensité n’est pas la même. Dans un même geste elle nous fait part de moments de sa vie centrée sur la famille jusqu’à la rencontre des premiers amis les paladins. Famille composée d’un père aimant mais avec un passé douloureux dont on n’aura pas les détails, d’une mère écrasante qui aime tous les enfants sauf les siens, d’un grand frère et d’un petits frères aimants et complices. Pour raconter son quotidien et ce qu’elle éprouve, les mots courants dans lesquels elle baigne ne sont pas les siens alors elle en crée ; et ils sont d’une clarté étonnante. On aura Praison pour dénommer la maison familiale, les spartiates pour dénommer les gens du dehors, les témoins pour parler des amis des parents, des paladins pour parler de ses amis à elle et de la polentase pour qualifier les conversations insipides des adultes « Comment ils font pour consacrer autant de salive au néant ? Qu’est-ce qu’ils cachent ? Ils ne peuvent pas être sincèrement préoccupés par la nouvelle station essence, ils se sentent obligés, ils font semblant mais ils s’en foutent au fond, c’est pas possible autrement. Ils doivent être vivants dans le seul endroit où je ne peux pas aller les écouter, leur intimmensité. » Où on se dit en passant mais comment ça se fait que la vertigineuse intimmensité n’avait pas déjà été inventée.
              La monstre qu’Elle subit, qui se manifeste par des angoisses et des cris, qui se met en veille au contact des paladins ou grâce à la consommation d’alcool et qu’Elle va chercher à élucider en problématisant sa quête d’élucidation par les mathématiques. Quels superbes passages sur les maths « En maths, il n’y a pas de heurts, pas de gâchis, pas de portes qui claquent, pas de boulets de canon dans la gueule, pas de méfiance, pas d’inquiétude, pas de reflux […] A quelqu’un qui ne parvient pas à dérouler sa démonstration, on ne dit pas : « Qu’est-ce que tu t’obstines à saccager ? » ni « Tu te trompes de colère », ni « Laisse-moi t’aimer paisiblement ». On dit : Tu as mal posé l’équation. » La monstre devient l’inconnue d’une équation mathématique, avec les mathématiques porteuses d’une bonne distance, d’une tendresse froide, qui nous fait sourire aussi.
              La monstre qui va se manifester autrement avec la rencontre de Météore, où Elle va espérer que Météore débusque la bête, Météore qui lui fait pousser un cri de jouissance comme un cri de naissance. La monstre va agir Elle en mode cruelle jusqu’à un point Goldwin.
              La vitalité de Elle va l’amener à élucider L’inconnue de l’équation avec une fin magnifique, où une expression très connue est renversée et donne une puissance et une émotion remarquables.
              Elle porte une vitalité tout au long du roman, on pense aux romans de Dalie Farah, à Deux singes, à Ma cruauté, aux Sciences de la vie de Joy Sorman. Et il y aurait encore beaucoup de choses à dire sur ce roman, en particulier sur le lien intrinsèque entre la forme et l’évolution de son élucidation et de ses émotions, son humour, son absence de morale ou de moraline. Bref à mon tour je le recommande vivement.

              • #23897 Répondre
                Juliette B
                Invité

                Pour moi aussi belle découverte, merci François d’en
                avoir parlé. Au point que vous lire en (bien) parler et la citer ravive l’émotion étonnée et un peu fébrile que j’ai eu à la lire.

                • #23911 Répondre
                  François Bégaudeau
                  Maître des clés

                  Oui je disais à Lena qu’elle était très forte pour l’émotion
                  Et je trouve toujours excellente quand il s’agit de rendre compte d’un moment. Les deux ou trois ruptures amoureuses sont magistralement décrites.

                  • #23958 Répondre
                    GaelleS
                    Invité

                    Oui elle est effectivement très forte pour rendre compte des émotions. Autre moment magistral c’est lorsqu’elle est pionne et qu’elle trouve la phrase magique pour que le gamin arrête. Une seule phrase qui suffit à faire froid dans le dos, après nous avoir très bien fait ressentir le gamin insupportable.
                    Je la préfère néanmoins dans la description des émotions tristes, empêchantes que dans les émotions plus joyeuses où elle a un côté plus convenu. Même si on y trouve de belles trouvailles de langue (je pense où elle décrit sa première nuit avec Météore – et où en écrivant ça je me dis que je fais des jeux de mots sans faire exprès).

                    Elle rend aussi très bien compte de l’apport des mathématiques pour essayer de se distancier de ses émotions. C’est aussi la première fois que je lis sur cette distance salvatrice que permet les maths. Je me souviens très bien au lycée d’avoir répondu « Les maths m’ont sauvée » à des camarades qui ne comprenaient pas trop pourquoi je pouvais passer des heures à bosser les maths. C’est probablement un des attraits communs des maths mais rarement dit.

    • #20320 Répondre
      amour
      Invité

      Je lis vos commentaires sur la littérature, pour me donner des idées de lecture.
      Cependant, vos propositions d’auteurs sont toutes aussi blanches les unes que les autres.
      Ça pose question « 2mn ».

    • #21016 Répondre
      Charles
      Invité

      A force d’entendre Élisabeth Philippe rapprocher Amour des Choses de Pérec, je me suis dit que j’allais jeter un oeil du côté de ce dernier. Je connais très mal l’oeuvre de Pérec : j’avais tenté la vie mode d’emploi à l’adolescence qui m’avait alors rebuté (peut-être pas la meilleure idée de commencer par celui-ci si jeune) ; j’ai lu pendant le confinement W qui traînait dans ma bibliothèque et qui pour le coup m’avait bien plu sans pour autant véritablement me marquer. Je suis sorti des Choses dans un tout autre état. Ce livre m’a profondément déprimé. Je crois n’avoir jamais lu un livre aussi cruel, sec, pessimiste. Pérec prétend que le récit n’est pas que critique, que la fin est ouverte et que finalement tout cela dépend du lecteur – c’est en cela qu’il soutient ne pas être moraliste car il n’impose pas une vue, une morale, il veut être plus ambigu. Peut-être. En tout cas, ce court mais très dense récit de la médiocrité petite-bourgeoise et de l’impasse de ses ambitions, de sa frustration éternelle m’a glacé. Cette ironie flaubertienne poussée à son maximum apparaît encore plus violente car faute de dialogues, de situations, les personnages apparaissent encore plus comme enfermés et manipulés par un narrateur tout-puissant.
      Évidemment, cela m’a aussi réjoui car c’est remarquable et étincelant d’intelligence. Un livre aussi admirable que sinistre dans ce qu’il raconte.
      Je vais essayer L’homme qui dort.

      • #21022 Répondre
        Anna H
        Invité

        C’est curieux ce que tu dis de La vie mode d’emploi, le grand roman de mon adolescence, lu frénétiquement plusieurs fois de suite et dont j’avais tenté maladroitement de reproduire le décor en fabriquant des maisons en papier gigognes aux vitres transparentes.
        Mais mes 2 romans préférés de lui sont W et Un homme qui dort.

        • #21030 Répondre
          Hervé Urbani
          Invité

          Pareil qu’Anna H sauf que je serais incapable de fabriquer des maisons en papier gigognes aux vitres transparentes.
          W, son chef-d’œuvre, est un roman/récit unique en son genre, et Un Homme qui dort est à la fois un grand livre mais aussi un grand film que Perec a coréalisé (facile à trouver sur internet) et sur le thème de l’aboulie, seul Bunuel a fait aussi fort (L’Ange exterminateur). Dans les courts récits, pour les flemmards, je conseille Ellis Island et Tentative d’épuisement d’un lieu parisien. Et pour les cruciverbistes comme Jeanne Moreau, ce sera une joie de s’attaquer aux exercices de style improbables que sont la Disparition et les Revenentes.
          Quant aux Choses, ce n’est pas ce que j’ai préféré de lui mais si on contextualise, on voit que Georges, dès son premier bouquin en 1965, annonce la couleur aux sens figuré et propre.
          Dernier truc que je voudrais dire à propos de Perec : son écriture est pour moi indissociable de la douceur de sa voix et de son sourire triste sur les documents sonores et les images d’archives.

          • #21032 Répondre
            Charles
            Invité

            Je n’ai aucun souvenir de La vie mode d’emploi. Je me rappelle uniquement que je me suis ennuyé et que je me suis rapidement découragé face à la longueur du livre.

            • #21046 Répondre
              Hervé Urbani
              Invité

              Il y en a un que je n’ai toujours pas lu, qui est court et dont le long titre pose une question fondamentale : Quel petit vélo à guidon chromé au fond de la cour ?
              Son deuxième roman, juste après les Choses.

              • #21057 Répondre
                François Bégaudeau
                Maître des clés

                Qu’il faudrait que je lise
                Mais il faudrait aussi que je relise Les choses, voir ce que ça me fait aujourd’hui.
                En tout cas la comparaison avec L’amour me semble assez superficielle. Les choses sont au centre du livre de Perec., moi au centre c’est… l’amour. Comme quoi parfois les titres sont fiables.

                • #21063 Répondre
                  Zyrma
                  Invité

                  ça fait longtemps que je me dis que je vais lire la Vie mode d’emploi et ça s’est réactivé avec ma présentation de l’expo Chris Ware à propos de son Building stories. Les maisons de papier j’adore, surtout les tiennes Anna même si je les ai jamais vues. Bon j’ai remis ma lecture à plus tard comme pour les Choses que j’ai commencé l’autre jour et https://youtu.be/h1cEaob7Iew?si=Pw_MantoFBk9k77R
                  alors j’ai laissé tomber pour l’instant

                  • #21071 Répondre
                    K. comme mon Code
                    Invité

                    Je crois que c’est davantage un livre qui se feuillette. On pioche un chapitre / une pièce au hasard. Linéairement, c’est plutôt indigeste.

                  • #21099 Répondre
                    Anna H
                    Invité

                    Indigeste linéairement ? Sauf qu’il n’est justement pas écrit selon une structure linéaire (polygraphie du cavalier et un tas d’autres contraintes). Tu peux assembler le puzzle lentement, de manière ludique, en suivant le maître du jeu, jusqu’à appréhender la cohérence de l’œuvre :
                    https://www.ina.fr/ina-eclaire-actu/video/i09365760/georges-perec-presente-la-vie-mode-d-emploi

                    • #21794 Répondre
                      K. comme mon Code
                      Invité

                      Un livre non linéaire narrativement a toujours une linéarité « physique » : page 1, page 2, page 3. Je dis que c’est un texte atypique dans le sens où il semble exiger du lecteur de lui imposer son propre ordre au grés es hasards ou d’un autre système, ce qui fait que j’ai lu des morceaux, mais ne l’ai jamais lu en entier.

                • #21072 Répondre
                  amour
                  Invité

                  Mais oui, je suis le plus fort de la planète😂
                  Même si on me caresse jamais la joue😁
                  Juste la joue😆

                • #21166 Répondre
                  Charles
                  Invité

                  @François : oui je pense que le parallèle avec l’ Amour tient surtout à la saisie matérialiste extrêmement précise qui permet de restituer la couleur d’une époque.

    • #21791 Répondre
      Ostros
      Invité

      C’est Jean-Baptiste Andrea (aussi réalisateur et scénariste) qui a eu le Goncourt avec Veiller sur elle. Le pitch m’attire pas des masses : Au grand jeu du destin, Mimo a tiré les mauvaises cartes. Né pauvre, il est confié en apprentissage à un sculpteur de pierre sans envergure. Mais il a du génie entre les mains. Toutes les fées ou presque se sont penchées sur Viola Orsini. Héritière d’une famille prestigieuse, elle a passé son enfance à l’ombre d’un palais génois. Mais elle a trop d’ambition pour se résigner à la place qu’on lui assigne.
      Ces deux-là n’auraient jamais dû se rencontrer. Au premier regard, ils se reconnaissent et se jurent de ne jamais se quitter. Viola et Mimo ne peuvent ni vivre ensemble, ni rester longtemps loin de l’autre. Liés par une attraction indéfectible, ils traversent des années de fureur quand l’Italie bascule dans le fascisme. Mimo prend sa revanche sur le sort, mais à quoi bon la gloire s’il doit perdre Viola ?
      Un roman plein de fougue et d’éclats, habité par la grâce et la beauté.
      .
      Mais c’est le style qui compte alors ma question est : que vaut le livre ?
      Et aussi : avez-vous lu les autres romans de cet auteur ?

      • #21805 Répondre
        Ostros
        Invité

        Je crains que mon post n’ait été occulté par la réponse de K… à moins que cet auteur ne soit juste pas connu ici.
        Je profite de ce post pour demander ce que vous avez pensé du Goncourt 2021
        La Plus Secrète Mémoire des hommes de Mohamed Mbougar Sarr. J’ai fait une première tentative je n’ai pas réussi à y entrer.

        • #21806 Répondre
          K. comme mon Code
          Invité

          Pareil. Je ne suis pas arrivé au bout. Le pastiche laborieux de Bolaño + (raison extra littéraire) le spectacle raciste de la célébration d’un auteur noir qui a l’air de se plier sans grande résistance à toute cette condescendance m’avaient rapidement détourné de la lecture. Heureusement, je ne l’avais pas acheté. Aucun intérêt pour les Goncourt en général. Le Femina semble récupérer les livres dignes d’intérêt dans ces listes ; je dis ça, mais il y avait Le Lambeau et maintenant Triste Tigre, je ne connais pas les autres…

          • #21808 Répondre
            Ostros
            Invité

            Oui j’ai remarqué que le femina sauvait des bons livres pas passés lauréats et le prix littéraire du monde aussi. J’espère que le soutien donné à triste tigre attirera les lecteurs et donnera envie à d’autres de s’essayer à penser cette chose ignoble qu’est l’inceste et le viol d’enfant. C’est aussi le voeu de Neige Sinno de lire plus d’essais sur le sujet car ils sont inexistants comparés aux fictions. Je vois ce livre comme une première pierre.

        • #21810 Répondre
          Dr Xavier
          Invité

          Pareil, pas pu le finir, trop ampoulé, et en plus Bolaño je suis pas très fan, alors je risque pas de l’être pour un pastiche…

        • #21854 Répondre
          Claire N
          Invité

          Je l’ai lu , avec un dictionnaire, effectivement j’ai été marqué par le nombre de mots inconnus , ce qui est frappant c’est que j’ai du les oublier ensuite car aucun ne sera utilisé par moi.
          Sur le thème du plagiat, je trouve que c’est justement la qu’il se place, il découpe et assemble des lambeaux de littérature mortes ( un peu comme son personnage principal mystérieux)
          J’ai cependant eut l’impression que c’était fait à dessein.

    • #21993 Répondre
      Ostros
      Invité

      Bonsoir,
      SVP avez-vous parlé de Kevin Lambert ? Et si oui c’était où ? Ce nom vient d’arriver dans mon cerveau avec son nouveau bouquin que notre joie demeure sur une architecte qui a été accusée de chasser les SDF des villes où elle officiait. Le gars à 30 ans, c’est son 3e roman – ça impressionne cette précocité. Et j’apprends que c’est lui dont les propos ont suscité une polémique lorsqu’il a évoqué le fait d’avoir travaillé avec des sensitivity readers.
      Vu les sujets et les angles de ses bouquins le mec est bien de gauche, très engagé. Mais du coup est-il un bon écrivain ?

    • #24743 Répondre
      Charles
      Invité

      Le podcast de Mediapart, Esprit critique, a encensé Que notre joie demeure de Kevin Lambert. As-tu fini par le lire, François ? Les autres sitistes?

      • #24754 Répondre
        Ostros
        Invité

        J’attends l’avis de François car l’extrait que j’ai lu sur Google book ne m’a pas accrochée. Il enfile les virgules comme des perles – moi qui aime l’épure, le concis, la taille sèche.

      • #24770 Répondre
        Graindorge
        Invité
      • #24803 Répondre
        Alix
        Invité

        Je n’ai pas écouté ce podcast mais ça m’intéresse parce que je viens de finir le livre et je l’ai trouvé franchement médiocre. Je ne pense pas du tout que le livre soit un bon « roman ». Je n’ai pas trouvé dans ce livre de recherche de style particulière, ni une intrigue si bien construite que cela. Le livre comporte effectivement une grande variété de personnages que Kevin Lambert s’attache à décrire, sociologiquement et psychologiquement, mais ces analyses font plus penser à un essai qu’à un roman.
        Ce qui marche le plus dans le roman selon moi est la deuxième partie, qui décrit effectivement la chute de Céline, la manière dont les médias s’emparent du sujet, dont ses amis, ses employés proches s’éloignent d’elle, sa pseudo remise en question vis-à-vis de l’éthique de son travail, etc.
        Quasiment tout le reste consiste en deux scènes de fêtes dans lesquels nous sont présentés tour à tour des connaissances/amis de Céline, ça passe trop vite, c’est trop superficiel, pas forcément très bien écrit. Bref, hâte d’écouter l’avis de Médiapart

        • #24815 Répondre
          François Bégaudeau
          Maître des clés

          Pas encore lu
          Bientot

          Pour ceux qui seraient deja dans la nostalgie de Houellebecq devenu désormais harder, je signale le document intéressant que constitue Le roman de Jeanne et Nathan, où l’on voit ce que peut donner un auteur trentenaire biberonné au houellebecquisme : à peu près la même chose, en moins explicite et moins drole. En tout cas la même propension au bavardage.

          • #24828 Répondre
            Juliette B
            Invité

            Je l’ai abandonné vers la 50ème page le Jeanne et Nathan. Ennui profond. En bonne feignasse, je vais laisser aux autres le travail documentaire alors.
            En revanche, dans le Fuck up d’Arthur Nersessian, jeoù m’amuse bien à la 72ème.

            • #24924 Répondre
              François Bégaudeau
              Maître des clés

              A lire Alix j’ai l’impression que Lambert est imprégné de l’autre écrivain mentor des auteurs mâles trentenaires actuels, Bret Easton Ellis (ça apparait aussi beaucoup dans Le roman de Jeanne et Nathan)

              • #24930 Répondre
                Charles
                Invité

                Hum j’ai quelques doutes. Lambert est visiblement un adepte de la phrase très longue – on dit que la première phrase court sur presque une page – des personnages multiples et que son roman est très documenté et politique. Choses qu’on ne retrouve pas chez Ellis.

                • #24931 Répondre
                  Charles
                  Invité

                  Et on dit que* son roman est documenté et politique

                  • #24933 Répondre
                    Alix
                    Invité

                    Mes lectures de Bret Easton Ellis datent un peu mais effectivement ce n’est pas la première influence que je lui attribuerais !

                    • #24935 Répondre
                      Charles
                      Invité

                      Tu avais lu ses précédents, Alix?

                      • #24942 Répondre
                        Alix
                        Invité

                        Non, et c’est dommage, parce que les thématiques abordées me donnent a priori envie de le lire, mais j’ai tellement ressenti à la lecture de celui-ci que je vais attendre un peu !
                        Je crois aussi que Kevin Lambert appartient à une catégorie de lecteurs différente de la mienne et que cette différence se traduit dans sa manière d’écrire et donc dans la plaisir que j’ai à le lire. Dans son « Book Club » il parle beaucoup de l’importance de l’identification au.x personnage.s dans l’expérience de la lecture, chose qui ne me touche absolument pas, au contraire. Je ne lis pas des livres pour m’identifier à un personnage. Peut-être que cette différence entre nous explique mon indifférence à son style… ce serait une question intéressante à poser : sommes-nous les mêmes lecteurs.rices que nos auteurs.rices préférées?

                      • #24956 Répondre
                        Graindorge
                        Invité

                        Écouté et vu Lambert. Lu un large extrait.
                        Indigeste. Pour moi. Mais il est sympa comme personne. Si des gens ici le contacte peut-être lui suggérer des lectures d’une dizaine d’écrivains pour l’aider. FB conseille Lire lire lire. On peut ajouter vivre, vraiment vivre et regarder vivre les gens, les arbres, les animaux, les petites plantes qui poussent dans le béton! Quelle force il faut avoir pour se faufiler dans du béton pour vouloir la lumière!

    • #24783 Répondre
      Titouan R
      Invité

      Que pense-ton ici des romans de Marc Dugain ? Lu quelques livres de lui il y a quelques années et me reste peu de chose. Un écrivain soc-dem ancienne manière, très informé de l’actualité du monde numérique, mais restant bloqué par des catégories de pensées des années 70-80.
      D’où son roman quasi hagiographique sur Robert Kennedy…. (En repensant à Dupontel, qui a beaucoup glosé lui-même à propos d’un documentaire sur Kennedy, je me dis que ce dernier cristallise autour de lui les amateurs d’une illusion : l’idée qu’il peut y avoir des grandes figures de l’histoire, qui en comprennent le sens et sont porté.es par le fait d’impulser et d’accompagner le progrès.)
      …..
      Dugain avait aussi pondu un roman – Transparence – dont l’habillage d’anticipation était suffisamment léger pour paraître alléchant…. Le tout était cependant plombé par des pages d’explications beaucoup trop …. didactiques. Il y a là un refus du roman – l’ouvrage versait plus dans l’essai prospectiviste – tout à fait étonnant, sauf à se rattraper par une pirouette fictionnelle à la toute fin.
      …..
      Souvenir plus positif d’Avenue des géants et La Malédiction d’Edgar, quoi que très lointain.

      • #24826 Répondre
        Dr Xavier
        Invité

        N’ai lu que La malédiction d’Edgar et Une exécution ordinaire, c’est lointain mais je me souviens de deux livres bien frappés, bien construits. Et ce que j’avais été ébloui par la quantité d’informations historiques données (dont je me régalais) qui ne m’aurait pas fait voir de gros défauts ?

        • #24840 Répondre
          Titouan R
          Invité

          J’ai lu également Une exécution ordinaire. Relativement d’accord avec toi sur la riche documentation historique, même si ce critère n’est pas déterminant en soi pour un bon roman. Mais souvenir analogue au tien : bons romans, bien charpentés. Qu’en reste-t-il cependant ?
          Je note par ailleurs que ces romans sont de début de carrière. Depuis 10 ans, on est dans un devenir politicien-espion de ses romans, et on y perd ce qu’il y avait d’intelligence.
          ….
          Petit conseil si tu as aimé La malédiction d’Edgar : American Tabloid d’Ellroy (le meilleur du gars, qui lui aussi périclite depuis dix ans, à ma grande tristesse).

    • #24797 Répondre
      Titouan R
      Invité

      Ai fini Propriété privée de Julia Deck hier.
      Grand livre et grande styliste à mon humble avis. Je ne me rappelle plus de la Gêne sur Monument national (pas lu), aussi ne puis-je pas trop faire de ponts entre les 2 livres. Je me permets ici quelques pistes critiques.
      …….
      Un livre d’une grande cruauté (dans les deux sens, usuel et celui de « crudité ») et d’une grande ironie, où l’on voit que la propriété n’est jamais « privée ». Être chez soi, dans un petit lotissement moderne, c’est quand même être cerné. La haie forme clôture, mais laisse tant circuler : bruits, regards, animaux, amants. Dans la maison pénètrent des intrus – la poussière du chantier de la terrasse de voisin déposée par le vent dans notre jardin, un chat ennemi se faufilant par une lucarne… Des parisien.nes et banlieusard.es aisé.es délaissent l’appartement pour leur rêve pavillonnaire 2.0 et sentent bien la différence. Là où, au bas de l’immeuble à étages de centre-ville, les badaud.es circulent, ici les résident.es stationnent. N’y passe plus aucun passant. Il y a bien là périphérie, en ce sens que le lieu n’est pas de passage. Les rues de ces quartiers sont en fait des impasses. Il faut s’y rendre pour s’y rendre. C’est qu’en effet cette rue, ce lotissement lui-même, qui fait propriété privée…. d’un collectif. Un collectif bien attentionné qui organise des vides-greniers, des apéros où (presque) tout le monde est convié, où l’on débat en commun des travaux en cours dans la rue, enquête sur un drame qui frappe la mini-cité. Tou.tes uni.es autour du projet commun : faire clôture sur nous-mêmes, homogènes socialement et si propres sur nous. Nous ferons donc front, car cette harmonie vaut mieux que la vérité (inaccessible vérité, d’ailleurs ; on y reviendra après) ; ainsi de la voisine Cécile qui ment pour rendre un coup de main à Charles et Eva, et en fait au quartier lui-même. Ce mensonge est ce qui permet en fait au quartier de passer à « autre chose » : le groupe subsistera pour l’essentiel, après quelques remous. Il est indispensable que les membres du groupe ne soit pas (trop) discrédité.es, sans quoi ce dernier subira l’opprobre par capillarité.
      Par conséquent, que rien ne vienne perturber cet équilibre précaire (et intéressé). Mais le drame était pourtant survenu dans la rue, notre rue, cette artère qui constitue le cœur du groupe. Alors tout le monde s’agglutine, pétrifié par l’horreur : « on a de nouveau regardé dans le trou des canalisations » ; « on ne pouvait rester sans rien faire ». Grand usage du « on » (si cher à François) dans ce livre ; on pourrait le relire et gloser longtemps dessus.
      L’unité du groupe, bien sûr, n’est que de façade : puisque chacun.e cherche à avoir son chez-soi, il y a un dedans et un dehors. C’est toute une dialectique (pas la seule) que tisse le roman : espace commun souillé par une querelle privée, espace privé pillé les oreilles des voisins. Ainsi, dans la scène de drame, notre narratrice, qui jusque là adresse le récit à son époux (désigné comme « tu »), écrit-elle « J’ai préparé un autre café, ainsi qu’on fait dans les moments difficiles, et je VOUS ai tendu les tasses par la fenêtre » (je mets en capitales). Grande force de compression que celle de cette phrase : à nouveau, passage du dedans vers le dehors (les tasses circulent de la maison aux voisins massés en dehors) et expression d’une singularité tentant de se débattre aux milieux des autres. Ecrire « je vous ai tendu » et non pas « je leur ai tendu » exprime bien que, même dans sa situation d’énonciation, qu’on suppose postérieure à tous les évènements, Eva est encours susceptible d’être écoutée (ou plutôt entendue, selon qu’on ait volontairement ou non l’oreille qui traîne). Voilà qui éclaire l’adresse (ce « tu », Charles Caradec) courant tout au long du roman, d’abord un mystère (pour moi) pendant toute la lecture. Mais la brume se dissipe un peu lorsque l’on se rappelle que Charles, peu causant, devine tout, et ne dit rien. Il sait et sens les choses. Eva lui parle ici sans que ne soit décrite la situation de cette énonciation. A l’inverse, Ma cruauté, qui utilise le même procédé de l’adresse, en explicite le dispositif : notre narrateur se pointe chez Juliette, un cadavre dans le coffre. On remarquera cependant que cette Juliette est à peu près une coquille vide dans ce livre : elle n’est là qu’à titre de réceptacle du témoignage du narrateur et, si elle est mentionnée ça et là dans le livre, c’est presque toujours (dans mon souvenir) au titre de cette adresse mais pas pour s’attarder sur un épisode précis qu’aurait vécu Juliette et le narrateur. Juliette est toujours évoquée, jamais convoquée.
      Deck utilise l’adresse à l’inverse : on ne sait pas où, quand et comment Charles reçoit ce récit de sa femme (le reçoit-il vraiment ?). En revanche, il est toujours présent dans le roman, même par ses absences (figurées ou littérales). Il est un pôle – presque immobile – du roman. Tout tient dans le « presque », car dès que Charles se met à bouger, à aller au-dehors, à se colleter le voisinage, les ennuis sont là. Parfois, cela est clair immédiatement – quand il traite Annabelle de salope. Mais les rares sorties de Charles lui ressautent parfois beaucoup plus tard à la gueule : quand il évoque tout haut, devant sa maison, ses créatives idées sur la manière de buter le chat des Lecoq ; quand il part faire un tour en voiture…. Pour ce dernier exemple, je précise que l’épisode n’est pas décrit, dans la continuité du récit, au moment où il se produit. On ne l’apprend qu’après, par incidence, ainsi qu’il est fait de nombreuses fois dans le roman. Car notre narratrice n’est pas bien fiable. Non pas qu’elle n’a pas de mémoire – bien au contraire – mais elle élude, ellipse. Le roman se garde toutefois d’effets de révélation trop criards ou poussifs : souvent, un fait nous est tu qui deux pages plus tard est révélé, au détour d’une phrase. Notre Eva est vicieuse et tortueuse, mais pas plus que ses voisins. Elle entend ou voit, conserve pour elle l’information, la mobilise au moment opportun. Ainsi du voisin qui écoute notre Charles en mode grande gueule et en tire profit.
      Eva quant à elle n’aura pas loisir de tout restituer. On lui en sait gré, car elle conserve avec elle une certaine beauté de l’indécidable. Quand on en vient à douter d’elle, et que des bribes d’aveu commencent à venir, dont une venant clore le livre, on doute de l’aveu lui-même. Que nous est-il dit ? Qu’Eva a eu le désir et l’opportunité du crime ? Qu’elle l’a commis ? On n’en saura pas plus.
      Tel n’est pas le lieu. Ici, c’est le lieu où même les racontars de voisinage et les regards obliques n’arrivent pas à tout prendre. Il y a bien un lieu (une pièce, une chambre) à soi, qui restera privée. La nuit permet cette clôture. Ce qui s’y passe, par un lieu commun demeurant quand même foutrement vrai, demeurera obscur. On ne saura jamais vraiment.
      Et nos Caradec et nos Lecoq rejoindront la longue cohorte de ces histoires inachevées qui peuplent les chroniques de faits divers. On ne saura jamais et il faut s’y résoudre. Soyons plus fins que les voisin.es qui, discourant sur le perron, entretiennent la logosphère sans fin des hypothèses. Herméneutique dont l’inventivité ne parviendra jamais à percer le secret d’une cave ou d’un trajet exact d’une bagnole.
      ……
      Il y aurait encore beaucoup à dire sur ce livre plein comme un œuf. Notamment, sur ce couple Eva – Charles qui est une grande merveille….
      Le roman est une boucle, sur le mode de l’expérience tentée, et ratée. Notre couple a voulu s’extraire d’une capitale pour le rêve d’un espace à soi. Une maison, clouée au sol, son sol, sa parcelle. Mais le modèle pavillonnaire a, précisément, fait modèle. D’autres que soi ont le même rêve, mais on les voit-épie-subit tous les jours, là où des voisins de palier nous sont anonymes. Cet anonymat a du bon. On y reviendra donc. La maison sera perdue. La location d’un appartement étriqué redeviendra un horizon désirable. Et Eva nous laissera là…. privée de propriété.

      • #24810 Répondre
        Professeur Mélanie
        Invité

        « Notre narratrice n’est pas bien fiable » me plaît
        Ça me donne envie, merci.

        • #24821 Répondre
          Titouan R
          Invité

          De rien !
          Désolé pour la facture un peu confuse de mon texte, mais l’écrire m’a aidé à clarifier certaines ruminations persistantes d’après lecture.
          Heureux de t’avoir donné envie de lire le roman, que j’ai essayé de ne pas trop déflorer

      • #24951 Répondre
        Carpentier
        Invité

        .. Il lavait la voiture. C’était un modèle coûteux et sans singularité. Ils étaient parfaitement assortis. Je l’ai salué poliment.
        Il a répondu:
        Arnaud Lecoq, je crois que vous avez déjà fait la connaissance de mon épouse.
        Et il s’est remis à briquer le véhicule. / … p.23, Julia Deck, Propriété privée, les éditions de minuit

        Plaisant de te lire à propos. Et très bonne vibe encore de mon côté suite à cette lecture d’il y a quelques mois déjà.
        Une écriture et une forme qui te tiennent au taquet et, avec ses changements de voix et de points de vue, oui, comme une impression de suivre la narration de partout à la fois.

        Je l’avais trouvé en librairie avant que ma commande de son Monument National n’arrive.
        Chouette alternative avant de mettre le nez dans l’objet d’une des gênes littéraires.

      • #24973 Répondre
        François Bégaudeau
        Maître des clés

        Tu me donnes envie de le relire.
        La passion pour le « on » pourrait bien s’être cristallisé, chez JD comme chez moi, en lisant notre mentor commun, Echenoz.

        Petite note pour Juliette : muette en effet, mais pas vide. Beaucoup de passages la caractérisent. Même si elle est en effet un type d’avantage qu’un individu. Davantage un caractère, justement, au sens La Bruyère. Peut etre aussi un habitus : moins une personne qu’un rapport au monde.
        Non pas le distrait, ni le cocu. Mais : la thérapeute.

        • #24974 Répondre
          François Bégaudeau
          Maître des clés

          Je me demande parfois si JD n’est pas la meilleure écrivaine française contemporaine.
          Mais attention le livre de Joy Sorman arrive bientot. Ca joue haut niveau

        • #24978 Répondre
          Titouan R
          Invité

          Pour Juliette, c’est bien à ce « caractère » que je pensais en écrivant « toujours évoquée, jamais convoquée » (formule incomplète : jamais convoquée « pour elle-même »).
          Tu dis « thérapeute », cela m’amuse, c’est exactement le mot qui m’est venu avant-hier en repensant à Ma Cruauté : c’est une trope thérapeutique du discours libéral qui par Juliette était condamnée. En quelque sorte, le thérapeutique contre le psychologique. Ou comment l’injonction à « se développer » et « se réparer » a réduit (asservi) le noble art de la psychologie….

          D’Echenoz, je n’ai lu qu’Envoyée spéciale. Que recommanderais-tu ? J’ai cru comprendre que Courir serait un bon choix.
          Même question pour Sorman (Joy, pas Guy), dont je n’ai lu que le très bon A la folie (donc pas un roman… quoi que).

          Pour en revenir à Deck, le « on » n’est selon moi pas l’opération principale du livre. Le cœur serait plutôt un art de l’ellipse et de la découpe

          • #25003 Répondre
            François Bégaudeau
            Maître des clés

            Art qu’on place très haut dans les arts

            D’Echenoz tu peux lire trois romans correspondant à trois périodes:
            Cherokee
            Nous trois
            Ravel

            De Joy :
            Sciences de la vie
            Gros oeuvre

            • #25008 Répondre
              deleatur
              Invité

              J’ajoute pour Echenoz, Je m’en vais (prix Goncourt 99, mais pas que).
              Sinon, parmi les meilleurs, sinon le best : Fairy Queen, d’Olivier Cadiot (une grande claque dans la gueule à chaque relecture, des rires, des larmes, un livre qui m’émeut du début à la fin).

            • #25009 Répondre
              Ostros
              Invité

              Comment s’intitule le prochain livre à paraître de Joy, svp ? Je ne l’ai pas trouvé sur Google.

              • #25010 Répondre
                Ostros
                Invité

                J’ai fini par trouver. Le témoin. Sortie le 10 janvier.
                « Avec Le témoin, Joy Sorman poursuit, cette fois à travers la fiction, son exploration de nos « lieux communs », ceux qui racontent le monde et jettent une lumière crue et acérée sur la société dans laquelle nous vivons. Dans ce roman mâtiné de réel, l’autrice imagine qu’un homme, nommé Bart, pénètre dans le palais de justice de Paris et décide de s’y installer clandestinement. Caché la nuit dans les plafonds et arpentant le jour les salles d’audience, il assiste au spectacle de la justice – ou plutôt de l’injustice ? Mais pour quelle raison Bart a-t-il quitté sa vie et organisé sa disparition ? Que cherche-t-il dans ce lieu inhabitable ? Peu à peu, sa vision du monde se précise.
                Lui, d’apparence si sage, pourrait-il devenir hors-la-loi ? »
                Ça fait envie.

                • #25011 Répondre
                  deleatur
                  Invité

                  Jamais lu Joy Sorman.
                  C’est quoi, Joy Sorman ?

                  • #25032 Répondre
                    François Bégaudeau
                    Maître des clés

                    Une écrivaine
                    Commence par A la folie

                    • #25036 Répondre
                      deleatur
                      Invité

                      Ah ah, oui, je sais bien, je voulais l’avis des autres.
                      Mais je prends le conseil, merci.
                      Et c’est promis, je le lis à la Noël.

                      • #25038 Répondre
                        GaelleS
                        Invité

                        Voici le mien. J’avais commencé par Sciences de la vie dont je garde encore un souvenir très fort – roman qui a eu peu de succès et pourtant quel livre !
                        Je m’étais ensuite amusée à lire en simultané des écrits de Joy et de notre hôte Jouer juste / Boys boys boys, puis Un démocrate : Mick Jagger 1960-1969 / Du bruit.
                        Si tu aimes la vitalité de l’écriture de François, je ne vois pas comment on ne pourrait pas aimer celle de Joy.
                        Et A la folie bien sûr est à lire absolument.

                      • #25070 Répondre
                        Cat
                        Invité

                        Pour commencer je recommande À la folie – Gros oeuvre – Comme une bête.
                        Puis tous les autres sans oublier un livre collectif 14 femmes Pour un féminisme pragmatique.

                      • #25075 Répondre
                        Cat
                        Invité

                        Tant que j’y suis, et puisque le prochain de Joy Sorman se situe au Palais de justice, je conseille la lecture de Impossible de Erri de Luca que je viens de refermer.

                      • #25091 Répondre
                        deleatur
                        Invité

                        Merci GaelleS et Cat, je note ces titres.

                • #25020 Répondre
                  Claire N
                  Invité

                  « pourrait-il devenir hors-la-loi ?” » vaste question, merci Ostros, je retiens la date

                • #25023 Répondre
                  Graindorge
                  Invité

                  après licenciement abusif

                  • #25026 Répondre
                    Claire N
                    Invité

                    Oui , peut-être
                    J’avoue que le texte de présentation me fait penser à la position du personnage de «  fantôme tte «  dans le roman «  à la folie « 
                    J’aime bien qu’elle poursuive ce regard avec les tribunaux

                    • #25030 Répondre
                      Claire N
                      Invité

                      Je crois bien que le lien fait avec «  monuments national «  me fait également raisonner
                      L’enfant adoptée qui observe m’avait beaucoup plu

                      • #25033 Répondre
                        Claire N
                        Invité

                        Il y a dans toutes ces pistes des questions intéressantes d’incarnation

                      • #25034 Répondre
                        Claire N
                        Invité

                        Reste également la fin de «  ma cruauté «  que j’affilie pour le moment a ce mouvement

                      • #25037 Répondre
                        Claire N
                        Invité

                        Ah oui et au passage, et à toute fin utile
                        J’en profite pour préciser qu « ingénue «  ne veut pas dire «  brave bête « 

                    • #25093 Répondre
                      Graindorge
                      Invité

                      Je completais le partage de Ostros qui nous parlait du livre Le témoin de Joy Sorman. Le gars va s’installer dans un palais de Justice suite à un licenciement abusif. Cette info donne encore plus envie de le lire je trouve.

      • #24979 Répondre
        Graindorge
        Invité

        ça donne envie de le lire. Vraiment. Un peu angoissant: cette voisine qui tend un biberon « micro-ondes! » Et qui exige un café…

    • #25017 Répondre
      Titouan R
      Invité

      Merci à vous deux. On va lire ça

    • #25065 Répondre
      Julien Barthe
      Invité

      On me dit du bien de Céline Minard. J’ai besoin d’avis avant de me procurer ses ouvrages
      . Merci d’avance. Si c’est mauvais, merci de m’indiquer de mauvais livres à conseiller en retour afin que je me venge ( des livres qui pourraient passer pour bons, s’entend).

      • #25106 Répondre
        GaelleS
        Invité

        Je ne l’ai pas lu donc je ne te donnerai pas le mien, mais voici une critique d’Eric Chevillard sur son roman Le grand jeu (je spoile, il recommande vivement). Elle a par ailleurs été invitée dans Bookmakers en mai dernier.

        « Le Grand Jeu », de Céline Minard : Robinson high-tech
        Eric Chevillard

        Publié le 25 août 2016 à 10h26
        « Le Grand Jeu », de Céline Minard, Rivages, 192 p., 18 €.
        « Seul comme un chien », dit-on curieusement, alors que cet animal sociable sympathise avec tous ses congénères de rencontre et qu’il occupe dans la maisonnée humaine la place autrefois dévolue à la grand-mère, sous l’escalier. C’est « seul comme un écrivain » qu’il faudrait dire. La solitude est la condition première de l’écriture, mais ne croyons pas avoir établi ainsi un lien de cause à effet univoque. La solitude pourrait bien être plutôt l’objectif et l’écriture le prétexte. Née de cette expérience, en tout cas, la littérature n’a cessé d’y -revenir.
        L’écrivain au cœur de son système poétique s’éprouve comme seul au monde. Jouirait-il secrètement de cette situation, trop heureux d’avoir enfin éliminé la concurrence ? Non, bien sûr. Le fantasme qui l’anime est plus noble. C’est un rêve de table rase, de recommencement. On déblaye pour reconstruire. On oublie toute l’histoire. On repart de zéro. Il y eut évidemment le Robinson Crusoé, de ¬Daniel Defoe (1719). Il y eut Walden ou La Vie dans les bois, de H. D. Thoreau (1854). Ou encore Miroirs noirs, d’Arno Schmidt (1951). Céline Minard avait elle-même déjà imaginé la situation du survivant ultime de l’humanité dans Le Dernier Monde (Denoël, 2007).
        Elle se retire de nouveau cette saison dans les profondes solitudes avec Le Grand Jeu. Les livres de Céline Minard ¬invitent toujours à de petites études de ¬littérature comparée, ce qui n’ôte rien à l’originalité de ses contributions. Dans Faillir être flingué (Rivages, 2014), elle se saisissait de la mythologie et des codes du western. Cette fois, donc, elle inscrit crânement son roman dans le lignage des grands livres que nous venons de ¬citer.
        La narratrice a choisi de se retirer du monde ou, plus exactement, de la société des hommes, afin de faire l’expérience de la vie réduite à la simple expression des forces élémentaires et de se découvrir elle-même dans ce rapport immédiat à la nature. Dans la littérature de la solitude, il convient de distinguer les livres qui évoquent une solitude subie, comme pour Robinson, naufragé, ou le narrateur de Miroirs noirs, rescapé d’un conflit nucléaire, de ceux qui campent un solitaire consentant comme le fut Thoreau : « Je n’ai jamais trouvé de compagnon aussi compagnon que la solitude », écrivait-il. Le Grand Jeu appartient à cette dernière catégorie.
        Céline Minard inscrit crânement son roman dans le lignage de « Robinson Crusoé », de « Walden ou La Vie dans les bois », ou encore de « Miroirs noirs »
        Il est cependant intéressant de constater que tous ces livres, en dépit donc de leurs points de départ radicalement différents, déclinent ensuite les mêmes motifs. Le solitaire est toujours, comme le dit Arno Schmidt du sien, un « maniaque du détail ». Il programme, planifie, s’organise, se soumet à une discipline sévère. Il obéit à plus de lois, édictées pour lui seul, qu’un homme en société. Il acquiert des compétences, des savoirs, des techniques. Dernier homme, il est surtout le premier. Il réinvente l’agriculture, la chasse, l’élevage. « Est-ce que l’attention au présent pourrait suffire à constituer une méthode ? », se demande la narratrice de Céline Minard.
        Celle-ci a préparé avec soin son expérience de vie solitaire. Si elle n’a pas construit elle-même sa maison (comme Robinson, Thoreau ou le personnage de Miroirs noirs), elle en a conçu les plans. Il s’agit d’un abri tubulaire high-tech boulonné à un éperon rocheux, dans un cirque de montagnes. Une sorte de fusée horizontale immobile. « Une belle planque. » La narratrice explore son territoire, autre trait invariant des robinsonnades. Elle grimpe en alpiniste aguerrie et cherche sa voie propre sur les parois abruptes.
        « Un bel enchaînement est un ensemble de mouvements accomplis dans la conscience des mouvements antécédents et la prescience, physique, des mouvements à venir », note-t-elle dans ses cahiers, et l’on croirait lire aussi bien la formule de l’art du récit selon Céline Minard. D’ailleurs, tous les solitaires dont nous parlons ne peuvent se retenir d’écrire. Le journal de bord est encore un motif de l’archétype. Autant de figures de l’écrivain surpris dans son paradoxe : seul avidement mais tendu vers autrui.
        Autrui qui inévitablement doit surgir, nécessaire à la vie peut-être, au roman certainement. Ce sera Vendredi ou, dans Miroirs noirs, une femme errante. Ici, la narratrice découvre qu’une nonne muette et édentée hante son territoire. Elle va devoir composer avec elle. Tituber en sa compagnie quand elles se soûlent ou prendre au contraire des leçons d’équilibre sur une sangle fixée au-dessus du vide.
        Phases de méditation sur les formes de la détresse, du danger, de la menace ou de la promesse alternent avec les travaux physiques. Il s’agit de « savoir si l’on peut vivre hors jeu » et si c’est en effet « une des conditions requises pour obtenir la paix de l’âme ». La narratrice aux prises avec la nature éternelle se dote peu à peu des sens affûtés de « l’homme du pliocène ». Céline Minard écrit magnifiquement des scènes de pure extase sensorielle : « La soie portée en société ne fait pas d’autre bruit que les bambous froissés par un soir d’été. » J’invite chacun à se retirer à son tour avec ce très beau livre dans un coin paisible, loin de « l’envieux, l’ingrat et l’imbécile » qui forment la société humaine, pour en méditer la leçon revigorante.

      • #25136 Répondre
        Juliette B
        Invité

        J’ai beaucoup aimé Le grand jeu. J’aimerais ne pas l’avoir lu pour retrouver le plaisir de découvrir son étrangeté. J’y repense de temps en temps, toujours en images sensations.
        Tu nous diras Julien.
        Pour le mauvais livre qui pourrait passer pour bon je sèche là. Ou alors, peut-être, pour quelqu’un qui n’a jamais lu Echenoz tu pourrais cruellement recommander son Gérard Fulmard.

        • #25137 Répondre
          Titouan R
          Invité

          peux-tu préciser ce « cruellement » ?

          • #25140 Répondre
            Juliette B
            Invité

            C’est cruel de recommander à quelqu’un qui ne l’aurait jamais lu un livre pas terrible d’un très bon auteur par ailleurs. J’ai trouvé Gérard Fulmard bien moins bon, comme empesé, que ce à quoi Echenoz m’a habitué jusque là. Je me suis vu m’ennuyer et j’ai eu le sentiment que l’auteur aussi s’était un peu ennuyé en l’écrivant. Mais je n’en tire aucune conclusion pour la suite, on peut avoir un coup de mou.

            • #25142 Répondre
              Titouan R
              Invité

              Merci. Tu éclaires ma lanterne

        • #25144 Répondre
          Billy
          Invité

          Pareil, j’ai beaucoup aimé Le Grand jeu, j’en garde aussi des sensations de vertige, et les pensées solitaires de la narratrice. Ma fascination de base pour la montagne n’aide pas.
          Mais j’avais trouvé que le roman perdait en force au fur et à mesure, que cette organisation de l’épure autour du perso principal devenait une impasse du roman, que l’arrivée de l’ermite était l’aveu de cette impasse.

          • #25291 Répondre
            François Bégaudeau
            Maître des clés

            C’est souvent le cas des romans de Minard. Partent très bien et puis s’épuisent.

            • #25292 Répondre
              Julien Barthe
              Invité

              Merci à tous. Je demandais pour ma compagne (moi je lis que des Pléiades). Par contre quand je lis « Partent très bien et puis s’épuisent », je me dis que ça risque de lui rappeler notre couple.

    • #25149 Répondre
      Titouan R
      Invité

      Auriez-vous sous le coude des textes critiques et/ou théoriques sur les romans de Beckett (spécialement le triptyque Molloy-Malone meurt-L’innommable) ?
      J’aimerais mettre quelques mots sur mon bouleversement à la lecture (spécialement Molloy).
      Merci d’avance

    • #28220 Répondre
      I would prefer not to
      Invité

      Salut, je découvre seulement le site !

      Des avis sur :
      – Melville
      – Gadda
      – Lezama Lima
      – Guimarães Rosa
      – Kourouma
      – Gauz
      Et je ne crois pas avoir vu mentionner Céline ?!

      Merci !

      • #28225 Répondre
        françois bégaudeau
        Invité

        Cinq sur six que je ne connais pas

        • #28275 Répondre
          I would prefer not to
          Invité

          Ah, et que penses-tu de celui que tu connais ?

          • #28296 Répondre
            françois bégaudeau
            Invité

            De Melville plutot beaucoup de bien
            Mais je ne crois pas que ce soit très original

            • #28297 Répondre
              I would prefer not to
              Invité

              Et Céline ?

              • #28430 Répondre
                françois bégaudeau
                Invité

                Depuis la mort de René je trouve qu’elle n’est plus la même.

                • #28450 Répondre
                  I would prefer not to
                  Invité

                  Oh le joli crochet du milieu François !

                  • #28464 Répondre
                    françois bégaudeau
                    Invité

                    J’ai beaucoup lu et aimé Céline, mais il est évident que plus j’aime la concision et moins j’arrive à la lire. J’ai lu récemment cinq pages des Beaux draps. Ce n’est pas le contenu qui est insupportable, c’est l’incontinence.
                    Il serait intéressant de démontrer que ce n’est pas tant le fond qui est de droite – même s’il l’est- que la forme.

                    • #28518 Répondre
                      I would prefer not to
                      Invité

                      Une étude stylistique sur « la forme de droite » serait en effet très intéressant !
                      En admettant comme axiome que son style est de droite : à ton avis, à partir de quand commence-t-il à l’avoir ? Dès le voyage ?
                      Encore que, sans ladite démonstration, la réponse ne peut être qu’intuitif.

                      • #28524 Répondre
                        deleatur
                        Invité

                        L’idée d’une forme de droite m’intéresse, comme d’autres ici, mais je ne suis pas sûr qu’elle soit opérante jusqu’au bout.
                        Dans le cinéma, par exemple.
                        Rohmer, forme de droite ou forme de gauche ? Et Clint Eastwood ?
                        À moins de dire qu’on pense et crée aussi contre soi-même, contre son propre corps, contre ses propres affects, contre ses propres déterminations, et qu’il n’y pas forcément d’analogie entre la création et le créateur ou la créatrice.
                        C’est toujours comme cela que j’ai lu Céline — comme porteur d’un style et d’une forme-force qui dépasse la triste personne qu’il a été. Et c’est comme cela que je lis d’autres auteurs et autrices : Nelly Arcan, Hélène Cixous, Christian Oster, Jean-Philippe Toussaint…
                        Frédéric Yves-Jeannet, forme de droite ou forme de gauche ? Et François Bon ?
                        Déjà j’essaie de trouver une forme singulière qui m’affecte, ensuite je verrai.

                      • #28525 Répondre
                        françois bégaudeau
                        Invité

                        « L’idée d’une forme de droite m’intéresse, comme d’autres ici, mais je ne suis pas sûr qu’elle soit opérante jusqu’au bout. »
                        C’est bizarre d’envisager déjà la limite d’une piste qu’on n’a pas encore explorée.
                        Evidemment que l’idée forme de droite sera limitée, et c’est tant mieux, l’art est toujours plus riche que toute formalisation de ce genre. M’enfin on peut donner des pistes. J’en ai déjà donné, j’en redonnerai.
                        Pour Rohmer en tout cas c’est absolument clair : forme de gauche. Forme absolument ouverte, égalitaire, démocratique.
                        Y a-t-il contradiction entre l’homme de droite Rohmer et sa forme? Je crois surtout qu’en Rohmer le jansénisme fondamental, c’est à dire le scepticisme absolu sur les affaires humaines, supplante toutes les fixations idéologiques qui pourraient être celles de l’homme de droite. Ce schéma vaudrait aussi pour Bresson, et pour d’autres grands artistes chrétiens.
                        Concernant Céline : ayant relu le Voyage il y a quelques années, j’étais toujours très admiratif, mais quand même assez agacé par une narration qui ne cesse de statuer sur le monde, avec un aphorisme à chaque paragraphe. Il y a déjà là au travail une hystérie du sens, qui ne cessera plus de s’aiguiser. Les pamphlets sont stylistiquement dans la continuité de ça.

                      • #28527 Répondre
                        deleatur
                        Invité

                        « C’est bizarre d’envisager déjà la limite d’une piste qu’on n’a pas encore explorée. »
                        Disons que je n’ai jamais eu besoin de cette hypothèse, que je ne suis pas sûr d’en avoir besoin, mais que m’intéresse ce que tu peux en dire.
                        Le jansénisme de Rohmer, au moins très visible dans Ma nuit chez Maud, mais aussi dans Le rayon vert par exemple, est aussi la croyance dans le miracle, miracle de la foi quand elle nous est donnée, miracle du hasard quand il arrive, miracle de la caméra qui peut enregistrer l’épiphanie. Cette croyance dans la puissance de l’enregistrement, qui vaudrait aussi pour Bresson je pense, je n’ai besoin ni de la situer à droite ni de la situer à gauche. Mais je conviens que ce ne soit pas le bon angle, que ce que tu appelles ici une forme de gauche soit autre chose.
                        Sur Céline : oui, bien sûr, tu as raison. Mais recherche de l’aphorisme, hystérie du sens, une manière de sur-souligner, je suis sûr qu’on les trouverait aussi chez des cinéastes qui ont des formes de gauche (peut-être Moretti, pas certain quand même, peut-être Loach).
                        Mais j’ai peur de dire des conneries.

                      • #28534 Répondre
                        deleatur
                        Invité

                        Admettons que toute forme esthétique ne soit pas forcément de gauche ou forcément de droite — ainsi dans mon exemple la croyance dans le pouvoir de captation de la caméra –, mais que seules certaines formes puissent être identifiées comme telles — la forme démocratique identifiée par Rancière chez Flaubert –, pourquoi avoir besoin de cette partition, de ce partage entre forme de droite et forme de gauche ?

                      • #28536 Répondre
                        deleatur
                        Invité

                        Sinon pour dire qu’une forme de droite ou une forme de gauche ne m’affectera pas de la même manière ?

                      • #28539 Répondre
                        I would prefer not to
                        Invité

                        deleatur : peut-être que ce n’est pas un « besoin » mais plutôt un constat.

                      • #28528 Répondre
                        I would prefer not to
                        Invité

                        « Une hystérie du sens » me fait quand même pas mal songer au « ça dit ce que ça dit, littéralement et dans tous les sens » de Rimbaud.

                      • #28530 Répondre
                        deleatur
                        Invité

                        Non, pas sûr que François visait ça.
                        L’hystérie du sens, ce n’est pas le déréglement des sens rimbaldien, expérience anarchique de la vie, ce serait plutôt le contraire : une crispation du sens et des sens, une volonté de signification à tout prix, un étalement de la signification et de l’émotion — le contraire, donc, de Rimbaud, qui osait tout, sauf tartiner.

                      • #28532 Répondre
                        Seldoon
                        Invité

                        Tu as réussi à lire les pamphlets François ? Pourtant très client du baroque Célinien je n’arrive pas à en enchaîner plus de quelques pages.

                      • #28533 Répondre
                        françois bégaudeau
                        Invité

                        Non je n’a jamais vraiment essayé de lire les pamphlets, il se trouve qu’un correspondant m’a soumis récemment des pages des Beaux draps sur l’école, croyant y voir une parenté avec mes vues sur le sujet
                        Bon, la parenté de vues était très lointaine, mais c’est surtout la langue surexpressive qui m’a gonflé.

                      • #28537 Répondre
                        I would prefer not to
                        Invité

                        Si tu aimes le baroque, tu peux y aller pour les auteurs que j’ai cité : il n’y a quasiment que de ça.
                        Pour la même raison, après avoir un peu parcouru le topic, m’est avis que François n’en sera pas client. Ah si, peut-être Gauz, le moins baroque : auteur ivoirien, le seul contemporain, se revendiquant communiste.

                      • #28526 Répondre
                        Charles
                        Invité

                        i would prefer not ton si la question du style de droit t’intéresse, je te renvoie à l’essai sur le style réactionnaire de Vincent Berthelier dont on a déjà parlé ici.

                      • #28529 Répondre
                        I would prefer not to
                        Invité

                        Merci Charles, j’irai voir ça.

                      • #28531 Répondre
                        I would prefer not to
                        Invité

                        Mais est-ce que « style réactionnaire » = « style de droite » ? Ou alors, le style réactionnaire est un hyponyme du style de droite ?
                        Je penche plutôt vers la deuxième hypothèse.

                      • #28535 Répondre
                        françois bégaudeau
                        Invité

                        Réactionnaire n’est pas un synonyme de droite, non, c’est un pan précis de la droite, proprement réactionnaire en ce qu’il se situe lui même en réaction contre la modernité, et originellement contre la Révolution
                        L’essai de Berthelier évoque donc Maurras, Bernanos, Céline et autres collabos comme Rebatet, puis les Hussards et quelques affiliés (Aymé), et enfin Houellebecq et R. Camus.

                      • #28538 Répondre
                        I would prefer not to
                        Invité

                        Oui, on est donc plutôt d’accord concernant réactionnaire et droite.
                        Je n’ai pas lu R. Camus, hormis quelques extraits qui me sont apparus boursoufflés. Mais pour les autres exemples, il y a tant d’écart stylistique entre eux. J’imagine que c’est ce qu’ils ont en commun qui intéresse l’étude… Mais quoi ? Quelque chose comme un ton offensif ? Ou ricaneur ?

      • #30356 Répondre
        Mélocoton
        Invité

        Bonjour,
        J’ai lu Debout-Payé et Camarade Papa de Gauz. Beaucoup aimé les 2. Gauz critique le capitalisme avec beaucoup d’humour. L’absurdité d’un travail aliénant dans Debout-Payé et la colonisation dans Camarade Papa. Les pages, où il se met dans la tête d’un enfant biberonné au communisme, sont d’une grande drôlerie (il appelle son père Camarade Papa, d’où le titre).
        J’ai découvert Gauz grâce à Théophile du Média et dernièrement, il m’a aussi permis de découvrir Marion Messina. Du coup j’ai lu ses deux romans, La peau sur la table et Faux Départ. Je vous les recommande chaudement. Elle décrit, avec grande précision, la paupérisation à l’œuvre dans notre pays, surtout depuis qu’il est aux mains d’un banquier d’affaire.
        Et vous qu’avez-vous lu de Gauz ?
        Si certains d’entre vous ont lu Marion Messina, qu’en avez-vous pensé ?
        Merci.

      • #44105 Répondre
        poissonvache
        Invité

        Guimarães Rosa ! J’ai lu Grande Sertão : Veredas, la traduction de Maryvonne Lapouge-Pettorelli me semble bien retranscrire la poésie et la musicalité du texte originale (pour m’y être d’abord cassé les dents) mais je compte bien le lire en portuguais dès que j’en aurais la capacité.
        Un monument de littérature qui exprime la dimension cosmogonique du sertão au Brésil, que des cinéastes comme Nelson Pereira dos Santos (Vidas Secas) ou Glauber Rocha (Deus e o Diabo da Terra do Sol, et O Dragão da Maldade Contra o Santo Guerreiro) ont par ailleurs merveilleusement retranscris au cinéma.

    • #28358 Répondre
      Charles
      Invité

      https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/le-regard-culturel/le-regard-culturel-chronique-du-jeudi-04-janvier-2024-3077130
      Chronique de Commeaux qui rapproche le dernier Darrieussecq d’Amour, avec une comparaison avec les Années d’Ernaux. Celle-ci est vraiment la romancière dominante des années 20, après Houellebecq dans les années 2000 et Carrière dans les années 10. Sauf qu’elle n’écrit quasiment plus à la différence des deux autres. On l’a trouve autant citée par les chroniqueurs de France culture que par Panayotis Pascot. Est-ce étonnant ? Écrivaine féministe, qui se détourne de la fiction, engagée mais pas forcément politique, qui travaille surtout la matière autobiographique et le rapport à la famille et à un milieu, elle ne peut que plaire.

      • #28429 Répondre
        françois bégaudeau
        Invité

        Elle coche en effet toutes les cases, comme on disait dans les années 2015-20
        Le rapprochement Les Années – L’Amour, compréhensible dans un sens, me laisse toujours pantois. Tellement le jour et la nuit stylistique. Et d’abord parce que L’amour est une sorte d’absolue fiction, et Les années l’absolu contraire d’une fiction.

    • #28550 Répondre
      Charles
      Invité

      J’ai terminé Que notre joie demeure. Je partage en partie les quelques avis postés ici et là.
      Il est vrai que le premier long chapitre sent un peu trop le coup de force, la virtuosité d’école de creative writing et la façon de planter les personnages et le décor m’a semblé un peu daté, très années 90. Y compris dans les remarques vestimentaires formulées par l’héroïne sur les hommes prisonniers du complet-veston noir (alors que de moins en moins d’hommes portent des costumes et surtout pas du noir). De même, un certain forçage dans le personnage principal m’a fait tiquer : il ne suffit pas qu’elle soit riche, il faut qu’elle soit carrément milliardaire (ce qui est tout de même très étonnant pour une architecte, même star), elle n’est pas simplement reconnue dans son milieu, elle est une star que littéralement tout le monde connait (même remarque). Mais passés ces agacements, je reconnais que le roman emporte par sa narration, la mécanique d’enchainement du scandale, même s’il n’est pas étouffé par le souci de vraisemblance. Comme cela a été dit ici, l’originalité du roman tient au milieu de l’architecture dépeint, rarement décrit, et ses implications sociales (gentrification). Ce qui étonne et même trouble c’est le point de vue de Lambert. François en parlait, on aurait pu croire au début qu’il s’agissait d’un livre de gauche alors que pas du tout. C’est vrai, le livre est du côté de son héroïne mais de façon presque explicite. Ce n’est pas comme quand Martin Amis et Bret Easton Ellis font semblant de satiriser un milieu alors qu’ils sont avec lui et en jouissent. Ici Lambert fait clairement le choix d’absenter les militants, les journalistes, les adversaires politiques de Céline. On aura quelque fois le droit à un point de vue adverse exprimé directement par des personnages (et non via Céline comme la plupart du temps dans le livre) mais depuis son milieu à elle, comme une contestation interne, plus policée. Vers la fin du livre, Lambert fait advenir deux personnages, surtout un, plus prolétaires – les deux salariés de l’entreprise intervenant pour nettoyer le bordel de la maison de Céline après l' »attaque terroriste » – mais ils sont étrangers au débat et l’une nous est surtout présentée comme une admiratrice du peintre Brueghel…
      Le récit adopte vraiment le point de vue de Céline : on découvre l’article du New Yorker avec elle, celui-ci sera narré à travers ses réactions. Ce qu’on lui reproche restera relativement brouillon, vague , pas vraiment développé – un peu de harcèlement moral (mais on ira vite), d’évasion fiscale et de gentrification comme conséquence de ses projets architecturaux mais cela restera abstrait. Le récit est plus disert sur la stature de Céline, ses succès, son parcours glorieux, beaucoup moins sur le reste. Bref, son adversité n’a pas de visage. Les victimes de ses méfaits restent flous, tout comme les militants qui s’en prennent à elle. C’est un vrai choix qui a son intérêt car le personnage de Céline est réussi, il est complexe, redoutable, intelligent, ambigu. Il incarne bien une génération ou une époque. Je ne suis pas sûr que les représentants de la très haute bourgeoisie mondialisée soient de ce niveau, Lambert lui fait donc beaucoup d’honneur avec ce personnage mais tant mieux pour le lecteur. C’est un personnage vitaliste, qui m’a fait penser aux grandes héroïnes de Verhoeven, surtout dans les dernières pages peut-être outrageusement satiriques pour le coup.

      • #28551 Répondre
        Charles
        Invité

        Le roman est sinon assez savoureux sur la bourgeoisie culturelle de gauche, progressiste quand il est question des minorités mais beaucoup moins sur le volet social. Ce ne sont pas des riches vulgaires qui ne pensent qu’à l’argent mais des gens cultivés, qui ont l’impression d’avoir mérité leur position car ils ont été à un moment dominés et qu’ils se sont battus pour arriver grâce au travail là où ils en sont. Le livre n’en est pas dupe et s’en moque aussi mais là encore il permet à cette position de pleinement s’exprimer. Durant la dernière partie, au moment de l’anniversaire surprise de Céline, je me suis dit que Lambert rééquilibrait un peu la situation, qu’il donnait quand même l’occasion à quelques personnages de relayer la parole de l' »ennemi » jusqu’à cette attaque parfaitement improbable des militants adolescents. Je sais que la fiction c’est aussi le grossissement, une certaine dose d’exagération pour mieux saisir une situation mais là j’ai trouvé que ça décrédibilisait le récit et achevait de le mettre du côté de Céline & cie.

        • #28552 Répondre
          françois bégaudeau
          Invité

          Tu dis que  » son adversité n’a pas de visage », sauf en effet les crétins de militants sauvages qui débarquent au diner. Et ça c’est un sacré choix.
          Je te recommande cet entretien, qui est passionnant comme symptome – à la fois de l’intervieweur qui ne sait pas lire et de l’interviewé qui semble lui même assez perdu, quoique éminemment sympathique et parfois aussi très clair.
          On y découvre finalement un mec de gauche nord-américain, assez social-démocrate dans un sens presque noble (le passage sur le concept de Judith Butler, la différence entre ultra-riches et riches)

          Et puis je suis content de trouver un mec qui niveau agitation des mains me met cent mètres derrière.

          • #28564 Répondre
            Bretzville
            Invité

            J’aime bien ce qu’il dit sur sa volonté de ne pas faire autorité sur son personnage, de trouver une forme qui laisse la place de ne pas croire les discours de son personnage principal. Cependant, il ne dit pas si cette non adhésion viendrait du fait que le lecteur débusquerait l’insincérité de son personnage (Céline, de sa position dans la société, ne peut pas penser ce qu’elle pense donc le lecteur peut présumer qu’elle ment ou du moins qu’elle adapte son discours indépendamment de ce qu’elle croit) ou bien l’inanité de ses propos (Céline dit telle et telle chose sur le monde du fait de sa classe et le lecteur peut trouver ça incorrect).

            Je suis d’accord avec ta critique Charles, excepté sur la complexité du personnage. Qui pour moi ne l’est pas justement parce que sont tout le temps confondues ces deux « pistes d’interprétation » des réflexions de Céline. Ou plutôt : la première, l’insincérité stratégique de Céline, recouvre totalement la seconde, la possibilité qu’elle dise des choses qui seraient bien de sa classe sociale (sans réflexivité). Comme le narrateur fait traverser Céline de tout et son contraire (elle pense avec les autres actionnaires qu’il y a quelque chose de vicié dans l’économie de marché, elle participe à un article de chercheurs de Berkeley très critique sur l’économie qui l’a rendu riche, le comprend totalement et y adhère, quand elle lit Proust elle est capable d’y interpréter un éloge de la paresse, partout dans la troisième partie du texte le narrateur, via les pensées de Céline, décrit parfaitement les rapports de force et les mécanismes à l’avantage de cette dernière ; à l’opposé, une peu plus vers la fin du livre, elle défend le dumping fiscal des états, elle a dû mal à comprendre pourquoi des gens s’opposant aux inégalités refuseraient le projet de Webuy qui créerait des milliers d’emploi, etc.), pour moi il n’y a plus de complexité possible, le personnage n’existe plus, il a trop été utilisé comme intermédiaire d’un narrateur très puissant et très lucide pour ensuite lui donner des limites. Et, mécaniquement, on ne peut plus se poser la question de la sincérité ou de la bêtise sociologique du personnage. Même à la fin, quand elle « redevient » un peu la milliardaire qu’elle a toujours été, où elle avoue qu’elle ment, on nous dit via son ancien associé que non, que sûrement elle se protège – elle est tout à la fois. En plus j’ai l’impression que ça évacue l’ironie, puisqu’on est toujours rattrapé par cette super lucidité.

            Je suis partagé car la lecture m’a fait activement réfléchir, je ne peux pas dire que cette confusion m’a ennuyé et puis j’ai adoré la puissance de la description de l’empire de Céline, sa place dans la société, ce qu’elle cristallise, son rapport à l’architecture, l’économie qui l’a rendue riche. Mais je suis agacé par cette façon de se prévaloir d’un personnage complexe (alors que cette complexité ne me paraît à plein d’égard pas possible psycho-sociologiquement) pour dire toute la complexité du monde tout en promouvant qu’on serait resté à fleur de personnage.

            • #28567 Répondre
              françois bégaudeau
              Invité

              La confusion vient en somme, et comme souvent, d’un auteur qui a plein de choses à dire (il a lu mille trucs, dit-il), et qui, décidant de ne pas les dire directement, les fait endosser par son personnage principal, qui alors devient un monstre d’intelligence tout à fait irréel. Je ne dis pas que les ultra riches sont bêtes, et je fais crédit à une femme comme Céline d’une réelle intelligence, mais sa vison panoptique du monde et de tous ses enjeux est du ressort de la vision divine
              La première séquence ne marche pas car Céline y porte beaucoup trop facilement la négativité de son monde. Elle est dnc à la fois les deux pieds de dans et la tête en dehors, capable de lucidité critique? C’est trop.
              J’en ai un peu marre de voir, à l’écran comme en livre, des dominants qui ont lu tout Debord et tout Marx.
              Cela demande une grande discipline que de limiter les personnages à leur rayon d’intelligence. Peu d’auteurs l’ont.

              • #28582 Répondre
                Charles
                Invité

                Je suis d’accord sur la surlucidité et la surculture de Céline, irréelle et en définitive trompeuse. Même si je me rappelle que Ernest-Antoine Seillière avait réagi à la nomination de sa successeure à la tête du MEDEF, Laurence Parisot, avec dédain parce qu’elle n’avait même pas lu le Capital.
                Mais au moins dans ce roman la dominante croit vraiment à sa réussite, à son apport bénéfique à la société, elle n’est pas cynique comme dans la plupart des récits de cet acabit. J’aime bien aussi ce côté prédateur qui se sent attaqué et ne se laisse pas faire. Y a un détail que je trouve génial à ce titre c’est quand elle spécule à la baisse sur le cours de l’action de sa boîte qui s’apprête à la virer. Je trouve ça fort et j’aime qu’on nous le raconte après la séance du conseil d’administration à l’issue de laquelle elle est virée.

                • #28584 Répondre
                  françois bégaudeau
                  Invité

                  Mais on aurait aimé que le conseil d’administration, maillon majeur du dispositif, soit davantage détaillé. Que ses enjeux internes soient un peu disséqués. A ce moment je me suis dit que la focalisation sur un personnage était peut être l’erreur du roman. Personnage pour laquelle KL a de toute évidence une grande sympathie, une sympathie je dirais esthétique.

                  • #28596 Répondre
                    Bretzville
                    Invité

                    Le passage que tu mentionnes Charles est, je trouve aussi, génial. Dommage pour moi qu’il précède une période de dépression où ce côté prédateur disparaît sans que ce soit crédible. Il revient un peu en fin de livre mais c’est moins cynique, moins froid.
                    Dans la partie 2 il y a des chapitres qui ne sont pas arrimés à des personnages (j’ai en tête celui sur le covid). Je pensais que la narration allait davantage prendre ce pli, ce qui aurait rendu cette vision panoptique pour reprendre le terme de François beaucoup plus facile à avaler. Mais à partir de la partie 3 cette tendance s’arrête.

    • #28837 Répondre
      lison
      Invité

      Est ce que l’un de vous, abonné à Libération pourrait déposer par ici l’intégralité de cette critique du livre Mécano ?
      Merci !
      https://www.liberation.fr/culture/livres/mecano-mattia-filice-la-prose-du-mecanicien-20230226_3XD7255TRVHJJMDAALGT5WMRPQ/

      • #28839 Répondre
        GaelleS
        Invité

        Et voilà !

        Récit
        «Mécano» : Mattia Filice, la prose du mécanicien
        par Philippe Lançon
        publié le 26 février 2023 à 12h51
        Il y avait les chevaliers du ciel, Tanguy et Laverdure, et les chevaliers du rail, plus obscurs mais non moins héroïques, par exemple ceux qui en France furent déterminants dans la résistance aux nazis. Mattia Filice, conducteur de train, publie un premier livre qui est son récit de chevalerie. L’épopée commence en vers. Plus le cheminot a d’expérience, plus la prose s’impose, sans toutefois effacer les vers. Trois parties : «L’apprentissage du chevalier sans armure ni épée ni cheval», «Le lyrisme du chevalier acheminé jusqu’au butoir», «Le chevalier posté au croisement bon». Le chevalier Filice subit des épreuves, connaît des échecs, des victoires, le Graal est à la dernière gare ou à la page suivante. Il a des compagnons qui survivent ou qui s’effondrent, ils sont solidaires contre ce qui menace sans cesse de les séparer, de les dissoudre. Le récit épique est toujours le portrait d’un groupe en action, un groupe fait ici d’un «méli-mélo de la société». C’est aussi la découverte, partagée avec le lecteur, des mots de la tribu. Pantographe, cerclo, draisine à bras, etc : autant d’armes à double tranchant à disposition du héros.
        Le livre pourrait s’appeler «Lancelot du rail», mais la mission du preux cheminot est de rendre le réel épique, ballade au ras du ballast, et non d’en faire un mythe. Ce sera donc Mécano : «Du temps de la vapeur nous avions celui qui s’occupait / du charbon / c’était le chauffeur / et celui qui s’occupait de la conduite / et de la maintenance de la locomotive / le mécanicien / adieu la vapeur il ne reste plus que le mécanicien / réduit à trois syllabes / MÉCANO / pour un temps». Blaise Cendrars appelait le Panama ou les aventures de mes sept oncles un poème d’apprentissage. Par la forme, le rythme, ce moteur à explosion fait de vers libres et de collages, de choses vues ou entendues et de souvenirs, Mécano en est un : «Je me raccroche à de petits plaisirs / comme le café du matin / que je prolonge jusqu’au soir / en décortiquant le fonctionnement / du distributeur de frein / de ce jeu d’air et de membranes sur la tige creuse / qui décide de l’action des semelles sur les roues / Jusqu’ici étanche au poème en vers / mon cerveau comprimé / dans un des réservoirs du schéma / celui de commande ou l’auxiliaire / craignant d’être mis à l’atmosphère / comme lors d’un freinage d’urgence / je me blottis dans la poésie à la recherche du beau».
        795 282 436 traverses
        Et soudain, passager clandestin, voici André Breton : «Tranchons-en le merveilleux est toujours beau / Il n’y a même que le merveilleux qui soit beau». Apollinaire, Rimbaud et d’autres grimpent également à bord, invités dans la cabine où nul n’a le droit d’entrer à part le conducteur, mais ceux qu’il aime prennent ici le train contre la consigne (consigne de sûreté professionnelle, consigne de ligne narrative). Leurs vers surgissent en italiques, comme les questions/réponses des entretiens d’embauche, les règlements, les réflexions des collègues et des passagers, les ordres des supérieurs et les notes de l’auteur. Ainsi suit-on la carrière et la vie d’un bonhomme de train depuis sa formation, au début des années 2000, jusqu’à aujourd’hui. Son expérience renvoie à celle des autres, mais aussi à sa jeunesse, à son enfance. L’apprentissage sur des machines statiques lui rappelle «ces voitures miniatures qui me fascinaient tant / jusqu’à ce que je découvre qu’elles étaient fixées / à leur socle / frustration à son apogée / Je me rabattais alors sur les Majorettes». Filice a de la mémoire et il tient les comptes : «J’écris depuis le début sur ce qui fait ma vie / depuis désormais 18 bonnes années / 14 328 trains, 232 254 arrêts à quai, 481 346 kilomètres, / 795 282 436 traverses».
        Il y a quatre ans, Joseph Ponthus publiait A la ligne (Seuil), où il contait déjà en vers libres et à l’ombre formelle de Cendrars son travail en usine, en particulier dans un abattoir qui, ayant reçu le texte, le vira. Mécano ne cache rien non plus de la dureté, des petits chefs, de ces multiples moments où le conducteur, à force de devoir tout contrôler de la machine sans oublier les consignes, est exposé au risque de devenir soit un robot, soit une bête humaine, soit l’allumeur de réverbères ; mais il le fait avec un élan, un humanisme et une poésie ininterrompue, d’une spontanéité et d’une ingénuité si débordantes qu’il donne à son métier ce supplément d’âme qu’aucune retraite, fût-ce à 55 ans, ne pourrait lui donner. Ce supplément d’âme fait finalement songer à un autre poète, Georges Perros, l’auteur d’Une vie ordinaire, qui écrivait : «Le plus beau poème du monde ne sera jamais que le pâle reflet de ce qu’on appelle la poésie, qui est une manière d’être, ou, dirait l’autre, d’habiter ; de s’habiter. Toutes les réactions des hommes relèvent de la poésie. Ça ne trompe pas. La poésie, c’est l’indifférence à tout ce qui manque de réalité.»
        Mattia Filice, Mécano, P.O.L, 368pp, 22€ (ebook : 15,99 €).

        • #28861 Répondre
          lison
          Invité

          Merci beaucoup GaelleS

          • #28884 Répondre
            françois bégaudeau
            Invité

            « mais il le fait avec un élan, un humanisme et une poésie ininterrompue, d’une spontanéité et d’une ingénuité si débordantes qu’il donne à son métier ce supplément d’âme qu’aucune retraite, fût-ce à 55 ans, ne pourrait lui donner. »
            Drole de petite musique
            La question serait donc plutot : qui ne se droitise pas?

            • #28896 Répondre
              Leo Landru
              Invité

              Lançon nous a glissé ça bien tranquille, rien vu venir, comme papa dans maman. Il évoque Ponthus pour mieux introduire Pernaut.

            • #29068 Répondre
              lison
              Invité

              Oui, bien nulle cette phrase . On rappellera à Philippe tellement préoccupé par cette question qu’il l’intègre à sa critique, que la retraite des Mécano ( les roulants de la SNCF) fût longtemps 50, et non 55 ans.
              Oui Philippe 50 ans , un sacré privilège comme on dit chez vous.

    • #30287 Répondre
      Lurke-Ellington
      Invité

      Qu’avez vous lu de Nabe François ?
      Un con confus qui vous aime tout les 2

      • #30289 Répondre
        françois bégaudeau
        Invité

        jamais lu vraiment non
        quelques extraits
        beaucoup trop bavard pour moi

        • #30290 Répondre
          françois bégaudeau
          Invité

          Céline, ce bon écrivain, aura hélas provoqué une épidémie d’incontinence parmi les lettrés français

          • #30296 Répondre
            Lurke-Ellington
            Invité

            Oui je comprends, vos styles, vos musiques et vos biais sont opposés. Nabe pretend mettre la vie au propre, il me semble que vous vous employez à ne surtout pas la traiter (au sens agricole du terme).
            Merci pour votre réponse.

            • #30309 Répondre
              françois bégaudeau
              Invité

              C’est plutot bien dit
              Nabe est faché contre la vie en effet

              • #30323 Répondre
                françois bégaudeau
                Invité

                A propos d’avis littéraires voilà deux semaines que le livre de Joy est sorti, une semaine le livre d’Elodie, et personne n’en parle ici?

                • #30331 Répondre
                  GaelleS
                  Invité

                  Pour ma part, terminé Le témoin dimanche, écouté la gêne lundi, envoi d’un post ici d’ici la fin de la semaine histoire de le laisser se déployer encore. Elodie est la prochaine sur la liste.

                  • #30333 Répondre
                    Hervé Urbani
                    Invité

                    Je suis justement actuellement en train de lire le livre d’Élodie (train au sens propre d’ailleurs). Lecture très attentive avec prises de notes et insultes en direction de mes voisins qui parlent trop fort.
                    Celui de Joy est squatté par ma compagne, je suis galant donc j’attends qu’elle l’ait terminé pour le lire avec insultes en sa direction pour qu’elle le lise plus vite.
                    Autrement dit, I’ll be back soon.

                • #30332 Répondre
                  Ostros
                  Invité

                  Je dois attendre février pour les acquérir. Je lirai / écouterai vos retours / analyses après lecture.

                • #30335 Répondre
                  Mélanie
                  Invité

                  Pour ma part, je suis à la bourre.

                • #30365 Répondre
                  Charles
                  Invité

                  Pas encore lu les deux, c’est prévu, mais là je suis dans l’adolescent de Dosto (la littérature contemporaine avant tout).

                • #30369 Répondre
                  Julien Barthe
                  Invité

                  Quelques remarques sur le premier chapitre.

                  Si on les voit dormir

                  Opticien. Kebab. Entrée d’immeuble. Banque. Boulangerie. Entrée
                  d’immeuble. Pharmacie. Bar. Opticien. Bio c’est bon. Le Centre
                  commercial Italie 2 vous souhaite de merveilleuses fêtes. Feu rouge.
                  Les arrêts laissent le temps de repérer les silhouettes assises ou
                  allongées, le père Noël géant au milieu du rond-point, le sapin
                  éblouissant et bleu, les milliers de LED pleuvant sur la mairie. C’est
                  beau je reviendrai dimanche me promener avec mon fils. On quitte le
                  rond-point pour une rue plus sombre plus petite, sans commerce ni
                  décoration. Un passage à sens unique et trois lampadaires. A l’avant, le
                  chef se contorsionne pour me parler pendant que le chauf manœuvre.
                  Clignotant marche avant. On commence toujours par Frédéric parce
                  qu’il se couche tôt, explique le chef. Il se lève avant l’aube pour
                  traverser Paris pendant quatre, cinq heures. C’est un grand marcheur.
                  Il connaît Paris comme sa poche, comme le bouquin sur les métros
                  , tu sais ? Clignotant marche arrière. Oui le bouquin, là, je vois.
                  On fait Frédéric en début de tournée pour avoir
                  une chance de lui parler, de savoir comment il va. S’il dort c’est trop
                  tard. Clignotant marche avant. On ne les réveille pas. Si on les voit
                  dormir, on les laisse. On vérifie qu’ils respirent et on les laisse. Là il est
                  20h30, il doit déjà dormir depuis une demi-heure. Marche arrière sans
                  clignotant. On va aller le voir… si le chauf arrive à se garer un jour.
                  Assise à l’arrière entre le défibrillateur et le sac de soin, je souris à la
                  blague du chef. Autant pour le chef que pour la blague. Le chauf sourit
                  aussi. Il garde son sourire tendu quand il cale en marche en avant. Le
                  moteur tousse, cale à nouveau, frein à main. Nous sommes garés. Sur
                  le trottoir, dans un renfoncement, nous éclairons plein phare un sac de
                  couchage immobile. Frédéric.
                  Tu descends avec moi ? On lui dépose toujours une petite bouteille
                  d’eau, du café et du sucre pour le matin.
                  J’ouvre le coffre, fouille dans les tiroirs pour trouver les dosettes
                  maxwell, les petits sachets de sucre, un verre en carton, touillette,
                  cristaline. Et le matin, il fait chauffer le café comment ?
                  Il le fait pas chauffer, il le boit froid.
                  Je regarde les gros grains au fond du sachet. Ça se dissout dans l’eau
                  froide ?
                  J’imagine la sensation de croquer des grains de café au réveil, le
                  grincement entre les molaires, l’envie de cracher.
                  Nous nous approchons du sac de couchage vert et déposons le petit tas
                  de dosettes et couverts en carton préparés pour lui. Quand nous nous
                  relevons, nous ne partons pas. Nous restons debout face à lui en
                  silence. Nous attendons pour la même raison non formulée. Le sac ne
                  respire pas. On s’accroupit à nouveau pour l’apercevoir ou entendre
                  un souffle. Rien. Je ne sais pas si je viens de servir un café à un tas de
                  pulls recouverts d’un duvet, ou si je dois soulever toutes ces couches
                  pour commencer un massage cardiaque brutal, sortir le défibrillateur,
                  30 compressions thoraciques, 2 insus, 30 compressions, 2 insus. Je
                  tourne la tête vers le chef, prête pour son signal. Soudain le tissu vert
                  se gonfle et tousse deux fois. On peut y aller. On ne le réveille pas on le
                  laisse dormir.
                  En remontant dans la voiture aux couleurs de l’Institution, bande
                  blanche et rouge sur les côtés, le chef chuchote. Frédéric c’est
                  particulier, on le connaît bien, mais la maraude c’est pas seulement
                  donner des produits aux sdf, de la nourriture, des vêtements. C’est
                  surtout discuter, maintenir le lien social dit-il. Frédéric n’est pas du
                  tout représentatif. Enfin ils sont tous différents. Personne n’est
                  représentatif.
                  Je fais signe que je n’arrive pas à fermer la porte coulissante de
                  l’utilitaire. Elle fonctionne mal, il faut la claquer regarde. De l’extérieur,
                  il tire de tout son poids sur la poignée. Il jette la porte qui se ferme sur
                  mon visage dans un grand bruit métallique. De l’intérieur de la voiture,
                  j’observe Frédéric que le bruit n’a pas réveillé. Je m’assois sur mes
                  mains inutiles pour les réchauffer entre le siège et mes cuisses. Ma
                  première rencontre avec un sdf n’a pas vraiment eu lieu.
                  Ma vie d’employée m’a jusqu’alors tenu éloignée de celle de Frédéric.
                  Tout nous séparait, nous n’étions pas faits pour nous rencontrer et ce
                  soir il dormait. Je ne sais pas s’il se fera dépouiller dans la nuit de son
                  quelques vivres, s’il le trouvera à son réveil content, ou s’il tiendra le
                  gobelet incrédule en demandant, Qui peut penser que je mâchonne du
                  café ? »

                  L’autrice a donc choisi de présenter des séquences titrées, des blocs de temps vécus liés à une rencontre en maraude.
                  Elle nous fait entrer dans le récit par une succession de phrases nominales qui imitent la rue vue depuis un véhicule. Nous entrons par la sensation, sans contextualisation. Au ras du réel, elle imite l’immédiateté, la vitesse. Volonté de présenter si cela pouvait signifier soustraire le « re » de représenter. Puis vient une phrase descriptive plus longue, un jugement articulé, une information . Suivie d’une réflexion personnelle qui distingue un plan privé de la narratrice, qui se distingue de ce qu’elle contemple : la pensée est venue, solidaire de la sensation et du récit.
                  « C’est beau je reviendrai dimanche me promener avec mon fils. » Le discours direct a fait irruption, comme une l’idée et elle en gommes les sutures typographiques. Elle fait sauter la virgule après « beau » qui serait trop écrite ou orale. Elle cherche la vitesse et cherche que ce qu’elle nous présente fasse bloc.
                  La suite du texte va beaucoup faire droit à la voix du chef, parce qu’il s’agit d’un moment de scène de formation : c’est ce qui justifie son titre. Une ou deux phrases au discours indirect et du discours direct assimilé (je ne crois pas que ce soit du discours indirect libre). Elle fait droit au discours des autres en refusant de le mettre à distance par la moindre marque typo, fût-ce l’italique (elle vas plus loin que François dans ce domaine). Je me suis demandé à quel point les gens qui ne la connaissent pas peuvent différencier certains passages de discours de l’autre, certains mots choisis qu’elle ne reprendrait pas à son compte.
                  J’ai dis bloc, mais un bloc ne bouge pas. Son dispositif est un corps affûté et harmonieux qui veut intégrer et traiter à égalité toutes les composantes littéraires : le discours direct est plus vivant, mais il porte les marques typos donc elle les gomme. C’est fin son boulot sur le discours. Sa dernière phrase est mutante, discours indirect/direct. Elle les fond.
                  Autre élément de ton style : la notation philosophico-sociologique dont on trouve ici les prémisses, les éléments d’enquête qui documentent la maraude et l’extrême pauvreté. Là encore prise dans le dispositif, délivrée brièvement et incidemment (« personne n’est représentatif » est une pensée qui est soudée ou découle du discours du chef « Frédéric n’est pas représentatif. Ils sont tous différents »)ou fortement incarnée (remarque sur le fait que la rencontre était improbable en raison en raison des différences de classe). Je la rattache au trait d’esprit qui sert l’élucidation et la critique sociale, marque la prise de distance ironique par rapport au discours d’autrui.
                  Il y a aussi un comique de situation fin qui sape les prétentions des personnes rencontrées et surtout de la narratrice (ici le rendez-vous manqué qui est de surcroît un premier rendez-vous dans la fiction, un commencement raté).
                  Je crois que si tout est dans tout, les traits essentiels de sa poétique sont présents et nous pouvons les trouver là, enveloppés et en germe. Le récit ne sera pas le fruit d’une technique de narration artificielle, entrecoupée de notations et de dialogues. Le réel nous sera donné d’un bloc, toujours articulé autour d’un moment qu’il faudra restituer dans un tissu serré de sensations, de perceptions, de faits, de pensées incidentes et situées, de discours d’autrui. La structure générale elle-même ne sera pas l’agencement habile mais la récursivité de la maraude, la récursivité de la quotidienneté qui sédimente et qui use.

                  • #30371 Répondre
                    Julien Barthe
                    Invité

                    Le forum a généré sa propre mise en page. Je suis désolé. Le chapitre s’intitule: « Si on les voit dormir. »

                  • #30372 Répondre
                    françois bégaudeau
                    Invité

                    C’est très important, et ce sera très fécond, que la narratrice se trouve habiter le quartier où elle maraude. Entre le jour et la nuit ce sont les mêmes rues mais ce ne sont pas les mêmes rues : parce que le jour n’est pas la nuit, certes, mais surtout parcee qu’une même rue n’a pas la même morphologie et réalité selon l’usage qu’on en fait. On ne voit pas les memes choses. La maraude permet un changement d’optique – aussi vrai qu’un SDF découvrirait une autre ville s’il en avait un usage d’habitant.

                    • #30385 Répondre
                      Bretzville
                      Invité

                      Ce qui m’a impressionné, et ça recoupe un peu ce que vous dites Julien et François, c’est le positionnement de la narratrice vis-à-vis de ce qui la traverse. Elle reste à fleur d’affects, tout en ajoutant, parfois, un commentaire, dont on ne peut pas dire s’il s’agit d’une pensée sur le moment ou d’une réflexion qui a mis peut-être plus de temps. « C’est en écrivant cordialement que je pleure. Cordialement ne passe pas. On s’organise pour les maintenir. Et les maintenir c’est les laisser là. » Il y a à la fois la saisie froide d’une émotion (en tout cas de ses conséquences sur son corps) et le début d’une réflexion, mais sur le vif, il n’y pas de différence de nature, et donc de changement de styles, entre les deux. Le paragraphe suivant continue de développer la réflexion, puis est rattrapé par un souvenir sensoriel (Supertramp et Romain, page 123).
                      Cette façon de tout mettre à égalité donne l’impression qu’elle parvient à nous faire comprendre son quartier, la nuit en maraude, par la simple reliure de ses sensations. Et ça donne le sentiment que le texte fait preuve d’une honnêteté maximale.

                  • #30450 Répondre
                    Julien Barthe
                    Invité

                    « Je me suis demandé à quel point les gens qui ne la connaissent pas peuvent différencier certains passages de discours de l’autre, certains mots choisis qu’elle ne reprendrait pas à son compte. »
                    Ceci n’est pas clair, je précise.
                    Elle prend le risque que le lecteur ne perçoive pas la distance avec certaines formulations. Elle est prête à endosser les pensées et les mots des autres pour s’en tenir radicalement à un principe de non-surplomb énonciatif. Est-ce qu’on pourrait parler d’une forme d’ascèse énonciative ? Et pourquoi pas?
                    Est-ce une pulsion démocratique et sacrificielle qui ferait un droit égal à toutes les voix, quelque chose qui sur le plan moral s’apparenterait à de la modestie. Non. Procédé puissant qui maintient la narratrice et nous dans le bloc de réel (qui est un bloc énonciatif) qui ne dissocie pas les sensations, les paroles des autres, les pensées de la narratrice.
                    Beaucoup de narrations ne consistent qu’à dire hautement après coup.

                    • #30462 Répondre
                      françois bégaudeau
                      Invité

                      Oui c’est tout ça
                      Même s’il faut noter qu’ici comme chez d’autres écrivains démocrates le pari n’est pas tenable totalement. Il y a par exemple pas mal de propos avec lesquels la narratrice marque une distance, voire une ironie réprobatrice.
                      C’eut été d’ailleurs mentir que ne pas réprouver.

              • #30368 Répondre
                Juliette B
                Invité

                Moi j’ai commencé par le Elodie, terminé depuis peu, et je suis dans le Joy, ça se répond très fort et c’est très fort cette expérience. On change de focale et un monde encore en vie et condamné tous les jours à mourir prend vie par un autre bout. Encore trop dedans pour en parler mieux, mais merci.

    • #30433 Répondre
      Claire N
      Invité

      Je tente sur le livre de Joy Sorman
      Un des aspects qui me titille, est le positionnement physique du narrateur au sein de l’institution
      Avec l’impression que le narrateur plonge dans la singularité de l’institution comme celle d’un «  trou noir « 
      Au début il se «  rencogne «  puis se «  fait un trou «  dans les toilettes ( c’est notable je trouve)
      A aucun moment il ne songe à sortir – pour aller à la laverie par exemple – est il pris dans une attraction ?
      On sent bien également l’accélération qui règne à l’extérieur dans la scène où il rentre dans le palais, et le calme, le ralentissement progressif du narrateur au fur et à mesure du livre qui signe aussi un décrochage temporel je trouve.
      Puis le «  vide absurde «  autour duquel semble tourner toute la puissance de la machine judiciaire
      Et presque comme certain récit de psychanalyse ou le patient décrit parfois sentir un trou noir quand il touche à sa singularité ; courageusement le narrateur se laisse absorber comme si il s’était reconnu l’objet de cet être inanimé

      • #30463 Répondre
        françois bégaudeau
        Invité

        Le « ralentissement progressif » est très bien vu je trouve
        Il faut créer les conditions du calme
        L’art offre ça : ce calme là.

        • #30492 Répondre
          Claire N
          Invité

          Oui
          J’aime beaucoup ce passage ou le calme de Bart en une phrase , se pose en puissance devant la fébrilité de la présidente du tribunal
          «  Bart, qui a fait vœux de quiétude, ne saurait arracher cette robe à la présidente du tribunal, mais sait que si il osait, elle abandonnerait aussitôt cette moue condescendante, ces yeux au ciel, ces soupirs outrés, ce sourire en coin et ce mouvement agacé de la main »
          Puis ce regard doux porte en la phrase suivante qui reconnaît la vulnérabilité sous l’uniforme
          «  si l’uniforme tombait, la justice serait plus périlleuse à rendre «  et tout contre l’amour porté aux pauvres pêcheurs ( formule qui prend grâce à ce passage pour moi une nouvelle dimension)
          « Mais la réalité des sentiments camouflés qui président à son exercice serait enfin rendue visible, il faudrait les reconnaître, nos aversions, nos antipathies, les concéder, assumer collectivement la loi « 

          • #30493 Répondre
            Claire N
            Invité

            Et puis maintenant j’ai super hâte de voir le film «  pauvres créatures «  parce que j’espère que ça pourra dialoguer avec ma vision agrandie grâce à ce livre des «  pauvres pêcheurs « ! Mais peut-être que non – on verra

          • #30516 Répondre
            françois bégaudeau
            Invité

            Une des grandes idées du livre, dont je ne parle pas dans la GO, est cette responsabilisation de tout le corps social.
            Car si tous les crimes sont sociaux, alors c’est tout le corps social qui y est engagé. Par suite cette justice qui s’exerce ainsi, ce ‘est pas seulement que nous la tolérons, la validons par passivité, c’est que nous la voulons tous – a minima elle actualise des désirs dont nul n’est exempt.

            • #30863 Répondre
              Seldoon
              Invité

              Geoffroy en parlait il y a un an, autrement mais ça complète, par ici : https://histoires-d-a.lepodcast.fr/abolitionnisme-avec-geoffroy-de-lagasnerie

              • #30936 Répondre
                Claire N
                Invité

                Merci !

              • #31628 Répondre
                diegomaradona
                Invité

                Sorman et Lagasnerie restent tous les deux prisonniers de cette illusion de la responsabilité. La qualifier et la conceptualiser comme individuelle ou collective ne change rien au fait que cette idée est une absurdité face à la réalité matérielle des choses. Tout phénomène macroscopique étant déterminé, la notion même de responsabilité n’a strictement aucun sens. Y voir la une « grande idée » en dit long sur le degré d’aveuglement et de méconnaissance de la réalité que l’on a…

                • #31636 Répondre
                  Julien Barthe
                  Invité

                  On a ici affaire à un problème philosophico-politique que tu ne comprends pas. La responsabilisation de tout le corps social passe par une dissolution de la croyance en la responsabilité individuelle qui est à la base du fonctionnement du système juridique, qui est en fait la croyance du corps social lui-même.

                  • #31647 Répondre
                    diegomaradona
                    Invité

                    Je comprends très bien cela. Ce que je dis, et que tu n’as manifestement pas compris, c’est que cette idée de responsabilité de tout le corps social est aussi illusoire, arbitraire et fausse que celle de responsabilité collective. Les choses sont ce qu’elles sont et n’auraient pas pu être autres, il n’y a donc point de responsabilité ou culpabilité qui existent réellement, ni individuelle ni collective, ce ne sont que des illusions.

                    • #31651 Répondre
                      Charles
                      Invité

                      Peut-être que la question n’est pas celle de la culpabilité, mais de qui doit répondre de quoi, c’est ça le principe de la responsabilité.

                      • #31655 Répondre
                        diegomaradona
                        Invité

                        oui, mais l’idée même que quelqu’un doive répondre de quelque chose est purement arbitraire, et donc purement autoritaire. Tout comme il en va de la circonscription de ce « qui », qu’il soit individuel, collectif ou même mystique (dieu , le diable,…). Tout cela n’est que pure vue de l’esprit.

                      • #31656 Répondre
                        Charles
                        Invité

                        Ça s’appelle la politique.

                      • #31666 Répondre
                        Julien Barthe
                        Invité

                        Le refus de prendre part à la marche du monde social comme il va et la volonté de prendre part à sa modification, pourraient être une définition de la politique comme responsabilisation.

                      • #31675 Répondre
                        diegomaradona
                        Invité

                        @julien
                        cela pourrait être une définition de la politique tout court. La notion de responsabilisation est superflue et illusoire car infondée.

                      • #31672 Répondre
                        diegomaradona
                        Invité

                        Je ne dis pas le contraire, je dis juste que justifier l’arbitraire de positions politiques (puisque fondamentalement la politique revient à vouloir imposer à d’autres, de manière totalement arbitraire, ses préférences personnelles, totalement arbitraires elles aussi) par des idées fausses et déconnectées du réel est absurde. Libre à chacun de se complaire dans l’absurde.

                      • #31673 Répondre
                        diegomaradona
                        Invité

                        @charles
                        Je ne dis pas le contraire, je dis juste que justifier l’arbitraire de positions politiques (puisque fondamentalement la politique revient à vouloir imposer à d’autres, de manière totalement arbitraire, ses préférences personnelles, totalement arbitraires elles aussi) par des idées fausses et déconnectées du réel est absurde. Libre à chacun de se complaire dans l’absurde.

                      • #31668 Répondre
                        Dr Xavier
                        Invité

                        @Diego – « l’idée même que quelqu’un doive répondre de quelque chose est purement arbitraire » [oui] « et donc purement autoritaire » [non, en tous cas phrase très filandreuse et floue, il y a des agencements désirables et émancipateurs générateurs de passions joyeuses, d’autres asservissant générateurs de passions tristes, cf. Lordon, État général, Imperium, toussa toussa]

                      • #31674 Répondre
                        diegomaradona
                        Invité

                        @dr xavier
                        non, ce qui est joyeux ou triste est totalement relatif. Donc vouloir imposer une quelconque vision du joyeux, ou du triste, est du pur autoritarisme.

                      • #31676 Répondre
                        Dr Xavier
                        Invité

                        @Diego – Et d’un trait de plume il réfuta Spinoza et 2500 ans de philosophie sur la joie, le bonheur, la béatitude.

                      • #31681 Répondre
                        diegomaradona
                        Invité

                        @ dr xavier
                        Et d’aucun trait de plume elle ne démontra que ce que j’avais écrit était faux

                      • #31686 Répondre
                        Dr Xavier
                        Invité

                        @Diego – Car Diego a lu tout Spinoza et 2500 ans de philosophie sur la joie, le bonheur, la béatitude.
                        [Réponse de Diego dans 3, 2, 1 : ah bah vazy cite-moi alors un passage qui démontre que j’ai tort…]

                      • #31692 Répondre
                        Julien Barthe
                        Invité

                        Tu ne fais pas référence à Spinoza. Je veux dire qu’il doit s’agir de ta peopre conception de la joie ?

                      • #31683 Répondre
                        Julien Barthe
                        Invité

                        Lorsque je prends conscience que le système juridique est fondé sur l’illusion de la responsabilité individuelle et qu’en vertu de cette constatation je me mets en devoir d’essayer de remédier à cet état de fait, en cherchant avec d’autres à le changer directement (réforme du système judiciaire) ou indirectement en visant la structure productrice de délinquance, tu dirais donc que je tente de justifier l’arbitraire de mes positions politiques ?

                      • #31688 Répondre
                        diegomaradona
                        Invité

                        @ julien
                        je dirais que tu fais de la politique. Que tu cherches à imposer ta vision des choses qui est tout aussi arbitraire (puisque reposant sur l’illusion de la responsabilité sociale) et donc tout aussi autoritaire que celle qui prévaut. Tu cherches à remplacer une situation politique reposant sur une idée absurde par une autre situation politique reposant sur une idée tout aussi absurde. Cela ne fait que traduire tes préférences personnelles arbitraires. Il n’y a de « remède » à appliquer que de ton point de vue, qui n’est pas plus légitime ou moins absurde (en reposant sur la responsabilité sociale) que le système en place.
                        Vois-tu mieux ce que je veux dire?

                      • #31691 Répondre
                        Julien Barthe
                        Invité

                        Je comprends bien ce que tu veux me faire dire. Je n’ai pas parlé de modèle ou d’idéal de société reposant sur la responsabilité sociale. C’est toi qui prophétise. J’ai dit: voulant m’éloigner d’un système juridique qui repose sur l’idée fausse de la responsabilité individuelle, par des moyens collectifs à déterminer, est-ce que je vais justifier un principe arbitraire ?

                      • #31695 Répondre
                        diegomaradona
                        Invité

                        oui, si tu invoques cette notion de responsabilité sociale comme raison de ton vouloir, si tu invoques cette notion de responsabilité sociale comme fondement de ton nouveau système juridique. Pourquoi veux-tu changer le système qui repose sur la responsabilité individuelle ?

                      • #31698 Répondre
                        françois bégaudeau
                        Invité

                        N’a-t-on donc pas compris que DiegoMaradona parle depuis l’absolu, et sous les espèces de l’absolu?
                        Sous les espèces de l’absolu du cosmos qui est insignifiant, tout est insignifiant, tout est arbitraire.
                        Sous ces espèces toute position est nulle et non avenue.
                        Ce que dit DM de deux livres, il le dira donc de tous les livres
                        Ce qu’il dit de cette politique – libertaire, disons- il le dirait de toute politique. Pour tout son verdict serait le même : zéro.

                        Il n’y a rien à objecter à cette position absolue
                        Si ce n’est peut etre une donnée : elle n’est pas proférable par un individu qui ne vive pas sous les espèces de l’absolu
                        Donc soit DiegoMaradona est l’absolu du cosmos en personne, soit il est une personne. Une personne qui en tant que telle vit sous le régime du relatif, où il ne cesse d’émettre des préférences et des refus.
                        Preuve en est qu’il est agi régulièrement par la passion de venir ici tout réfuter. Son impérieuse et pathologique passion de la négativité lui indique donc que des choses méritent d’être réfutées.
                        Le discours de l’absolue insignifiance est ici tenu par la créature la moins absolue qui soit, la plus relative, la plus sujette à des affects, en l’espèce des affects de ressentiment.

                      • #31705 Répondre
                        diegomaradona
                        Invité

                        Je caractériserais plutôt ma position comme un réalisme ontologique rigoureux. A cette aune, tout n’est donc pas arbitraire et relatif, il y a des faits que l’on peut établir avec plus ou mois de certitude en étudiant le réel, des choses qui sont donc vraies et d’autres fausses selon qu’elles correspondent ou non avec la réalité physique et matérielle. Dans ce cadre, toute position normative est effectivement relative, ne correspondant a rien de réel, et donc nulle et non avenue d’un point de vue de vérité. Toute position normative portée par un individu n’est donc qu’une expression de ses préférences individuelles. Seules ces dernières sont réelles, et je n’en suis évidemment pas dépourvu. Mais ce que tu prends pour des préférences pathologiques pour la négativité, ne sont en fait que des préférences pour la vérité, et motivée non pas par des affects de ressentiment, mais par des affects de joie, de joie à voir la vérité se manifester.

                      • #31724 Répondre
                        Titouan R
                        Invité

                        « ce que tu prends pour des préférences pathologiques pour la négativité, ne sont en fait que des préférences pour la vérité »
                        oui…. sauf que ces préférences t’amènent à ne rien dire du tout – à contester toute assertion touchant à un problème social, à la politique.
                        Grâces soient rendues à la rigueur de ton système philosophique, mais il n’est d’aucune utilité pratique puisqu’il est mécaniquement en conflit avec tout ce qui pourrait s’énoncer ici. Nous t’invitons donc à foutre (aimablement, comme tu sais le faire) le camp. Cultive tes affects pour toi en ne faisant que nous lire, te repaissant silencieusement de notre bêtise, mais abstiens-toi de réciter ad nauseam tes grandes leçons sur le monde.

                      • #31725 Répondre
                        Titouan R
                        Invité

                        *Cultive tes affects de joie pour toi

                      • #31729 Répondre
                        diegomaradona
                        Invité

                        @titouan
                        Je peux comprendre que la vérité te dérange, mais pourquoi cette volonté de la bannir, ne peux-tu simplement te contenter de l’ignorer? Est-ce encore trop insupportable pour toi?

                      • #31732 Répondre
                        Titouan R
                        Invité

                        « Je peux comprendre que la vérité te dérange »
                        tu ne me comprends pas : nous avons compris ton point de vue et ta rigoureuse ontologie. Au-delà, tu ne dis rien : tu rabroues, tu moques, tu toises.
                        Ce n’est pas la vérité que je veux bannir, c’est ta suffisance, camarade

                      • #31763 Répondre
                        Julien Barthe
                        Invité

                        On a compris, François, mais ça faisait longtemps qu’on avait pas fait un tour du manège(l’image est de toi) « sub specie aeternitatis » .

            • #31135 Répondre
              GaelleS
              Invité

              Quelques lignes sur Le témoin

              Le tribunal de grande instance de Paris avec ses avocats, juges, assesseurs, procureurs, greffiers, plaignants, accusés, policiers, conseillers pénitentiaires, experts psychologues, proches des plaignants ou des accusés, personnel de sécurité, de restauration, de ménage ; c’est donc là que débarque Bart. Bart, fraichement licencié de Pôle emploi après des années de travail consciencieux, est à la recherche d’une justice à laquelle il n’a pas eu droit à son travail et « choisit son exil, sa revanche » en venant habiter clandestinement dans un trou du TGI avec le strict minimum pour y vivre, sans date de fin anticipée. Dès les premières pages, le dispositif mis en place par Joy renvoie l’institution judiciaire dans toute sa crudité, sa violence par l’intermédiaire de Bart qui fait corps avec le lieu et de la narratrice qui au début du roman, donne l’impression d’analyser les situations que Bart observe et décrit. Le TGI, lieu monumental, moderne et froid, Bart le compare à un hôpital, lieu où on ne vient pas par plaisir et en pleine puissance ; le roman précédant de Joy se déroulant en hôpital psychiatrique, on perçoit dès le début cette porosité entre la narratrice et Bart. « il pense maintenant à un hôpital, même si l’image lui semble incongrue, car ici on châtie davantage qu’on ne soigne ; mais il est vrai que comme à l’hôpital, on y entre le plus souvent contre son gré, faible et inquiet. Accusé, victime ou patient, c’est le même statut, friable, diminué, le même destin incertain. »
              Bart va observer ce lieu et ce qui s’y joue, le découvrir avec une tendresse froide. Il découvrira des procès en comparution immédiate, des procès d’assises, le tribunal pour affaires familiales, le tribunal de police. Avec au fil des pages des répétitions effrayantes qui se dessinent : on a affaire à une justice de classe, à une justice outil de maintien de l’institution faite pour circonscrire une classe sociale. Au sein du tribunal, lieu de représentation de l’institution judiciaire, les juges, avocats, procureurs et greffiers jouent un rôle en costume, dans une mise en scène millimétrée. Il s’agit le plus souvent pour les juges et les procureurs d’infantiliser les prévenus, de se servir à charge des éléments de leur passé, de leur administrer des leçons de morale. Prévenus qui le plus souvent, sont au bas de l’échelle sociale et qui compte tenu des autres institutions extérieures au tribunal, étaient prédisposés à passer et repasser par là. Et c’est aussi là que le roman est d’une puissance immense, le huis clos, malgré le caractère oppressant de ce qu’on lit compte tenu de la violence qui en ressort et de l’enfermement volontaire de Bart qui ne communique avec personne (si ce n’est une souris), n’en est pas vraiment un. Car même si l’institution judiciaire a sa propre autonomie (à qui rend elle des comptes ?), elle est intrinsèquement liée aux institutions policières, pénitentiaires, médicales via l’appel d’experts psychiatres et au fil des pages, on se dit qu’on aurait des schémas similaires à l’école (et on pense à Entre les murs), au travail (Bart fera d’ailleurs des analogies entre ce qu’il a vécu à Pole emploi et ce qu’il observe ici). Elle est là pour maintenir l’ordre, avec comme argument d’autorité la procédure et le fameux « Nul n’est censé ignorer la loi », quitte à tordre la réalité, à mentir, ou à juger en prévention d’un potentiel délit. Les prévenus sont maltraités, n’ont pas droit à la parole, et on leur parle dans une langue spécifique à la justice que très peu comprennent. A noter que les prévenus sont moins violentés lorsqu’ils ont le comportement social attendu (vêtements, politesse, statut social, emploi). Et qu’est-ce qu’un délit ? Est-ce vraiment juste de considérer comme délit ce qui est jugé et condamné ?
              Avec des jugements expéditifs par faute de temps, des juges et des procureurs fatigués, épuisés, quelques avocats qui tentent de rétablir les faits et la triste réalité des prévenus que l’on recondamne pour la nième fois, on pourrait croire que c’est le manque de moyen qui crée cette violence envers les accusés et qui pousse les juges à établir des jugements qui couvrent le temps de plus en plus long passé en détention provisoire pour s’auto-justifier. Il y contribue c’est un fait, mais au fil du livre, on se rend compte que l’institution judiciaire a été construite pour faire advenir cette violence, cette exclusion sociale, et qu’elle ne fait que se radicaliser au même titre que la bourgeoisie se radicalise depuis plusieurs années (et on pense à Histoire de ta bêtise). Le passage sur la justice métaphorisée en usine est magistral (relevé dans la Gêne). L’absurdité, la démesure de certaines condamnations font par ailleurs penser à un autre roman (Encore heureux d’Yves Pagès et ses Attendu que). Et il faudra un procès en cours d’assises, où les faits sont abominables aux yeux de Bart, des juges, de la narratrice et des lecteurs, où on présuppose que c’est dans ce type de délit que la justice pourrait vraiment faire son travail pour que Bart s’aperçoive et nous avec, que la justice n’est pas là pour a minima comprendre ou prévenir une récidive, elle est là pour venger. Ce n’est peut-être qu’une impression, n’ayant pas le livre sous la main je ne peux pas vérifier mais j’ai senti qu’à partir de ce moment-là (ou est ce une évolution personnelle en tant que lectrice ?), la narratrice sera de moins en moins visible, et ce sera plutôt Bart que l’on entendra dans les analyses des situations et qu’en même temps qu’il se radicalise, il se flétrit physiquement. Il porte un bout de la croix de cette justice injuste. Et c’est ce qu’il dit à la fin, il va prendre sa part. Et fera perdre les moyens au juge avec son magique Je ne préfèrerai pas qu’on devrait ressortir plus souvent !
              Je m’arrête là pour ne pas embouser toute la page, ce livre est magnifique. Joy est très forte pour rendre compte de la porosité des institutions (tout est dans tout) et de leur violence, tout en faisant preuve d’une remarquable bonté.
              Pour vraiment finir, ce roman je l’ai lu en trois fois sur un week-end. Avec au départ un sentiment de trop, de trop violent, sans savoir si j’allais pouvoir le terminer avec en même temps, une incapacité de le lâcher. Et finalement en compressant sa lecture sur un temps court, j’ai eu l’impression d’être un peu plus en relation avec le roman, l’institution, les habitants temporaires du TGI, Bart son habitant permanent et la narratrice. Encore de la porosité !

              • #31154 Répondre
                françois bégaudeau
                Invité

                On gagne toujours à « compresser la lecture sur un temps court ». Dans la mesure où notre emploi du temps le permet, bien sûr.
                « Prendre sa part » doit être ici entendu dans un sens non colibresque qu’il faut découvrir dans livre, car c’est vraiment un trait original de la pensée politique de Joy. A mettre en écho avec la psychiatrie et le soin par la collectivité (ça a un autre nom mais que j’ai oublié)

                • #31299 Répondre
                  GaelleS
                  Invité

                  La psychiatrie institutionnelle ?

              • #31189 Répondre
                Graindorge
                Invité

                « Nul n’est censé ignorer la loi « , quitte à tordre la réalité, à mentir, ou à juger en prévention d’un potentiel délit. Les prévenus sont maltraités, n’ont pas droit à la parole, et on leur parle dans une langue spécifique à la justice que très peu comprennent. A noter que les prévenus sont moins violentés lorsqu’ils ont le comportement social attendu (vêtements, politesse, statut social, emploi).
                Merci GaelleS. Toujours aimé les histoires de justice. Je veux le lire.

    • #30482 Répondre
      Papo2ooo
      Invité

      Je ne peux malheureusement pas contribuer à la discussion sur Joy Sorman et Elodie Fiabane, n’ayant pas lu leurs livres. J’espère m’y mettre sous peu, et aussi tenter de comprendre ce que voulait dire François quand il dit:  » Où l’on verra que le style est une éthique et vice versa ».

      Je suis tombé par hasard sur quelques passages choisis et diffusés sur le net de Susan Sontag. J’ignore tout de cette auteure.
      Y a quelque chose qui m’a donné envie d’en lire plus, une sorte d’honnêteté et de drôlerie.
      Est-ce qu’il y a des amateurs de cette auteure par ici ? Par où prendre son oeuvre ?

    • #30853 Répondre
      Hervé Urbani
      Invité

      J’ai terminé Dans la ville, je laisse infuser quelques temps puis ferai mon retour aidé par les notes que j’ai prises. Je ne dévoilerai pour l’instant qu’un seul fait : j’ai beaucoup aimé.
      Quand j’en avais parlé, déjà, il y a quelques jours, Charles avait écrit qu’il lisait l’Adolescent de Dostoievski. Ça m’a rappelé que je voulais le lire depuis bien longtemps, celui-là, son avant-dernier roman. Mais craignant d’être un peu déçu par cet ouvrage peu connu et moins réputé que les classiques du maître, je me permets, Charles, de te poser les questions suivantes auxquelles peuvent évidemment répondre les autres personnes qui auront lu l’ado : est-ce du niveau du sous-sol ? Ne pas le lire serait-il un crime méritant châtiment ? Mourrais-je idiot ?

      • #30943 Répondre
        Charles
        Invité

        J’ai fini le premier tome, j’en suis donc à la moitié ce qui signifie qu’il me reste que 500 petites pages. Pour l’instant, je ne peux le ranger parmi les indépassables sommets que sont Karamazov, les possédés, l’Idiot et les carnets de sous-sol (j’aime moins Crime et châtiment). Ce n’est pas non plus mineur mais cette confession hallucinée d’un adolescent fiévreux et ambitieux laisse un goût de déjà lu pour ceux qui sont un peu familiers de son oeuvre.
        Je vais faire une pause pour lire nos deux stars de la rentrée littéraire de janvier et je m’y remettrai.

    • #31108 Répondre
      Cocolastico
      Invité

      J’ai beaucoup aimé « Lëd » de Caryl Férey. Avez-vous déjà discuté de cet auteur ? Je ne trouve pas.
      (et au passage j’ai adoré « Le Sport par les Gestes »)

      • #31123 Répondre
        Christophe M
        Invité

        Il y a quelques années, à La grande librairie, Busnel a demandé à Ferey le classique qui lui tombe des mains. Ferey répond La vie mode d’emploi de Pérec. et raconte les circonstances de sa « lecture » : revenant en bagnole d’Andalousie, il a demandé à sa copine de lui lire La vie mode d’emploi pour ne s’endormir mais au bout de trois pages, il l’a supplié d’arrêter tellement ces descriptions étaient ennuyeuses. Verdict de Ferey : pas d’émotions dans ce livre.
        Un sommet de connerie.
        Quand je lisais des polars, j’avais commencé un de ses bouquins ; j’ai arrêté au bout de trente pages, trop d’émotions vues venir de loin

        • #31260 Répondre
          Cocolastico
          Invité

          L’histoire ne dit pas si sa copine a une voix monocorde (avez-vous déjà écouté parler le tennisman Andy Murray ? personne ne peut rester attentif au delà du troisième mot)

          • #31282 Répondre
            Christophe M
            Invité

            Possible, mais on ne peut tenir Pérec responsable du ton de la copine à Ferey.

        • #31261 Répondre
          Cocolastico
          Invité

          Je ne côtoie pas de grands lecteurs, par curiosité puis-je te demander combien de livres lis-tu par mois ? Et combien de temps te faut-il pour lire un livre d’environ 300 pages – si il te plaît et qu’il n’est pas trop complexe ?

          • #31279 Répondre
            Christophe M
            Invité

            En hiver c’est quatre ou cinq livres par mois. Dès qu’il fait beau, ça tombe à plutôt à trois.
            Pour ce qui est du temps, étant quelqu’un désespérément lent, ça ne te donnera pas de point de comparaison utile. Et puis ça dépend beaucoup de la joie que me procure le livre. Le témoin, le dernier livre de Joy Sorman, je l’ai lu en une petite journée.

    • #31317 Répondre
      SutterK
      Invité

      Je ne sait pas si quelqu’un a déjà demandé à François son opinion sur Proust…Je suis en train de terminer « Le Temps retrouvé” et je serai curieux de savoir ce que tu en penses, vu que j’accorde une estime certaine (méritée) à ton opinion, comme tant d’autres ici.

      • #31318 Répondre
        SutterK
        Invité

        *sais, urgh

        • #31324 Répondre
          françois bégaudeau
          Invité

          beaucoup de bien

    • #31333 Répondre
      GaelleS
      Invité

      Voici les prochaines dates en librairie où Joy Sorman présentera son roman Le témoin (que des dates parisiennes) :
      – 7 février à la librairie de Paris place de Clichy
      – 4 mars à la maison de la poésie
      – 26 mars à la librairie L’embellie dans le 15eme
      – 4 avril à la librairie Les beaux lendemains à Bagnolet

    • #31407 Répondre
      Dr Xavier
      Invité

      Gros dossier. J’espère que ça sera moins surplombant que le décevant ‘Défaire voir’.
      Florent Coste – L’ordinaire de la littérature – Comment parler des livres qu’on a lus.
      Sortie le 5 avril 2024.
      « L’ordinaire de la littérature inspecte les conditions dans lesquelles la théorie littéraire s’est récemment écrite. Frileuse à assumer des tâches critiques contre ce que la littérature prétend faire dans l’ordre politique qu’on nous fait vivre, elle a pris le pli – par déférence, par complaisance ou par scrupule professionnel – de passer les plats de la littérature contemporaine, sans avoir rien à y redire, ni sans en pointer les duplicités ou les inconséquences.
      Pourtant, elle ne saurait se contenter de quadriller le champ de la production contemporaine, sans être contrariante, imaginative ou exploratoire. Ce livre rend justice ainsi aux tentatives théoriques pour affronter des questions aussi décisives que l’autonomie, réelle ou supposée, de la littérature face à l’utilitarisme néolibéral et à la marchandisation galopante de l’édition, les nouveaux modes d’existence de la littérature hors du livre et dans la médiasphère ou l’aliénation dans la langue. »

    • #31446 Répondre
      paulb
      Invité

      Je t’ai entendu, françois, parler de Chauvier, j’ai bien envie de m’y mettre .. par où commencer ?

      • #31455 Répondre
        Titouan R
        Invité

        je viens de finir Anthropologie ; je recommande

        • #31463 Répondre
          Ostros
          Invité

          Tu peux commencer par Laura, les nouvelles métropoles du désir, les mots sans les choses ou si l’enfant ne réagit pas.

          • #31467 Répondre
            Ostros
            Invité

            Test

            • #31468 Répondre
              Ostros
              Invité

              Si je dois garder une phrase des deux posts bloqués par cette page ce serait : tout Chauvier est nourrissant.

              • #31473 Répondre
                françois bégaudeau
                Invité

                voilà
                et j’ai déjà lu son prochain, car j’ai de l’entregent

    • #31733 Répondre
      Charles
      Invité

      Je viens de finir Le témoin, passionnant roman-essai sur l’institution judiciaire. Le livre m’a frappé par sa justesse dans la description des lieux, des postures du personnel judiciaire, de l’ambiance d’une audience entre l’électricité et l’épuisement. Les analyses de Bart m’ont souvent paru pertinentes mais aussi un peu trop évidentes. Durant les 50 pages j’ai craint que le récit n’avance un peu trop au pas de charge, en passant très vite au départ sur les comparutions immédiates avec des interprétations trop faciles – on juge vite des délits commis par les classes inférieures qu’on veut ainsi domestiquer. Et il est vrai que le livre faire la part un tantinet trop belle à certaines analyses qui bien que souvent justes ne frappent pas par leur originalité, surtout à gauche. Pendant une large partie du récit, je me suis dit qu’on n’apprenait pas de choses très nouvelles depuis Foucault jusqu’à Lagasnerie : la violence de classe, la médiocrité des expertises psy mises sur un piédestal, le sabir incompréhensible derrière lequel on se retranche. Beaucoup d’éléments qui sont difficilement contestables et qui sont frappants pour quiconque assiste à une audience sans y être habitué. Le problème étant que ces aspects sont parfois dénoncés de façon quasi automatique par la gauche radicale, de façon un peu facile. Joy Sorman n’a pas eu l’ambition de faire une thèse sur la justice et le roman permet d’incarner remarquablement ces idées, de partir non de faits statistiques – même si on y arrive un peu au fil des audiences, celles-ci constituant un stock d’expériences permettant à Bart de gloser sur le sujet – mais d’attitudes des magistrats, des prévenus, avocats. Mais ces analyses sont parfois un peu trop courantes à gauche et j’aimerais bien qu’on pense davantage contre soi, qu’on introduise plus de dialectique. A ce titre, un truc que j’aimerais bien savoir c’est si Joy Sorman, qui a fréquenté un certain nombre d’audiences pour son récit, a été véritablement surprise par ce à quoi elle avait assisté, dans quelle mesure son avis a pu évoluer après son expérience des tribunaux.
      Au fil de la lecture, j’ai imaginé un livre où le personnage principal n’a pas la place confortable du spectateur rempli d’une mansuétude quasi christique pour les prévenus et d’une férocité très attendue envers les juges (quoique contrebalancée à quelques moments par une certaine compassion sur leur charge de travail et leur stress) mais se tiendrait précisément aux côtés des magistrats afin de comprendre le sens de leur décisions. J’aurais aimé qu’on approfondisse le passage en comparution immédiate, les raisons qui président à ce choix des poursuites et les difficultés inhérentes au traitement judiciaire des flagrants délits. Souvent les avocats ont beau jeu de le critiquer, de même qu’ils ont beau jeu de vitupérer contre le tout carcéral mais parfois j’essaie de me mettre à la place d’un juge et je me demande comment on pourrait faire autrement et je n’ai pas souvent la réponse. J’ai trouvé que le roman était un peu court à ce sujet, même si le passage sur la victime dépossédée de son préjudice par le Parquet m’a bien plu. J’ai bien relevé aussi l’idée de juger comme une forme de vengeance, pour le coup une analyse littéraire, originale qui m’intéresse sans me convaincre tout à fait. Parfois une forme de vengeance peut s’exprimer, même si je vois davantage une pulsion d’ordre qui s’exprimera d’autant plus brutalement que le prévenu sera récalcitrant devant cette mise au pas, comme quand on veut faire rentrer un rond dans un carré et qu’on s’échine à taper dessus pour que ça passe. Et la robe qu’ils portent ne fait pas tout, même si cela joue dans une forme de désinhibition : les juges d’instruction lors des interrogatoires dans leur cabinet ne se comportent pas si différemment alors qu’ils sont sans robe.
      Globalement le livre est très à charge contre les magistrats et finalement assez clément avec les avocats, très largement épargnés ai-je trouvé car peu décrits comme des rouages du système mais au contraire présentés comme une force d’opposition, plus ou moins vaine, contre le rouleau compresseur du tribunal. Or les avocats, qui ne sont pas toujours aussi percutants et dignes que dans le livre, sont de plus en plus mis à contribution dans la condamnation avec un recours toujours plus grand aux CRPC, c’est à dire la procédure du plaider-coupable : à l’issue de la garde à vue, si le mis en cause a reconnu les faits, celui-ci peut être présenté directement au Procureur et une peine lui sera alors directement proposée et sera négociée par son avocat sans débat sur la culpabilité et dans un second temps, si accord il y a eu sur cette peine, celle-ci sera « défendue » par l’avocat devant un magistrat du siège qui décidera de la valider ou non. Il arrive donc parfois que les avocats soutiennent à un juge du siège qu’une peine d’emprisonnement ferme (y compris avec incarcération immédiate) telle que négociée avec le Parquet est tout à fait adaptée…
      Je suis évidemment tatillon avec le livre et je lui reconnais une vraie richesse d’analyse, une saisie souvent précise et juste des audiences même si elles me paraissent parfois trop linéaires dans leur déroulement et que leur incroyable lenteur et lourdeur me semblent insuffisamment relevées. La fin m’a plu dans ce côté là encore un peu christique de Bart qui invite à prendre sa part en se laissant condamner pour une infraction qui n’a plus cours, toutefois les références à Kafka et Melville sont peut-être un peu trop soulignées.

      • #31749 Répondre
        françois bégaudeau
        Invité

        -je suis assez d’accord sur les avocats
        -je ne suis pas sûr qu’à gauche ces idées là soient si répandues. D’abord la justice est beaucoup moins un objet d’analyses à gauche que par le passé. D’autre part me frappe beaucoup à gauche une sorte de candeur judiciaire semblable à celle qui concerne l’école : au fond on minimise la structure. Le coup de barre radical que fait Joy est très très rare dans son propre camp. Toi tu es familier de ces idées, mais tu es bien le seul.
        -tu passes un peu vite sur le vengeance, qui est précisément l’idée centrale du livre, et son point d’originalité. Tu ne prends pas la mesure de ce qui est dit, à savoir que toute la structure est au fond chevillée à cet affect collectif, et que ce « collectif » désigne non. pas seulement les magistrats mais tout le corps social. Renversement rarement entendu, tout juste narréepar Kafka : la justice comme continuation du tribal par d’autres moyens.
        Idée discutable, dis-tu, et c’est vrai. Mais c’est peut-être comme ça que la littérature pense. Elle avance des hypothèses, des intuitions. Ses mots alors dépassent ses paroles, et c’est dans cet excès qu’elle se tient.

        • #31758 Répondre
          Juliette B
          Invité

          A propos des avocats, je suis aussi plutôt d’accord avec vous, mais, quand même, je note l’effet sur le lecteur des notations répétées de l’auteur concernant leur mise, sous la robe, – chaussures brillantes pointues, escarpins hauts, vêtements chics, ongles laqués, etc – , qui aboutit, pour les plus ostensiblement élégants d’entre eux, à les placer en image, à l’opposé de leurs mots, dans le camp des magistrats, de l’institution qui parade, plus que dans celui des prévenus…
          C’est assez subtil, comme une image subliminale qui reste une fois le livre refermé pour moi. Une image de leur ridicule aussi, drôle et cruelle à la fois quand apparaît chez eux une sorte de prise en otage du procès, et surtout du prévenu, pour briller à peu de frais face au public.
          C’est bien foutu je trouve.

        • #31807 Répondre
          Claire N
          Invité

          Oui , la vengeance est bien dans ce livre ce qui m’a fait monter à une certaine forme de rage impuissante ; j’aurais préféré ne pas la voir si nettement peutêtre
          Ça deglingue un peu

          • #31836 Répondre
            Claire N
            Invité

            Non vraiment, la vengeance est un chemin direct vers la damnation voir que toute une institution s’empare de cet affect à rebour de la vie m’altére
            Je ne peux comprendre qu’on puisse s’attaquer à corriger le passé; ça me stresse comme la porte des enfers

      • #32018 Répondre
        Dr Xavier
        Invité

        Après la lecture du Témoin, toute cette discussion sur la vengeance et le fait de « prendre sa part » me fait ressortir le Surveiller et punir.
        Je ne résiste pas au plaisir de citer quelques extraits de ce livre génial, qui bien sûr fait écho, mais aussi diffère, en particulier sur la vengeance. Je me demande si Le Témoin n’est pas d’une certaine manière une réfutation – ou du moins un autre éclairage – sur la prison. Pour le dire vite, Foucault voyait dans le supplice la vengance du souverain à laquelle le peuple prenait sa part, deux choses qui furent éliminées par l’avènement de la prison. Pas si vite, dit Bart, à l’os, la vengeance et la participation collective sont toujours là.
        .
        Sur la vengeance (par le supplice) : « Mais le châtiment est une manière aussi de poursuivre une vengeance qui est à la fois personnelle et publique, puisque dans la loi la force physicopolitique du souverain se trouve en quelque sorte présente : « On voit par la définition de la loi même qu’elle ne tend pas seulement à défendre mais encore à venger le mépris de son autorité par la punition de ceux qui viennent à violer ses défenses. » Dans l’exécution de la peine la plus régulière, dans le respect le plus exact des formes juridiques, régnent les forces actives de la vindicte. » (page 52)
        .
        Sur la participation du peuple au supplice qui « doit y prendre part » : « Mais en cette scène de terreur, le rôle du peuple est ambigu. Il est appelé comme spectateur (…). Il faut non seulement que les gens sachent, mais qu’ils voient de leurs yeux. Parce qu’il faut qu’ils aient peur; mais aussi parce qu’ils doivent être les témoins, comme les garants de la punition, et parce qu’ils doivent jusqu’à un certain point y prendre part. Être témoins, c’est un droit qu’ils ont et qu’ils revendiquent; un supplice caché est un supplice de privilégié, et on soupçonne souvent qu’il n’a pas lieu alors dans toute sa sévérité. On proteste lorsque au dernier moment la victime est dérobée aux regards. (…) Dans la vengeance du souverain, celle du peuple était appelée à se glisser. » (page 62)
        .
        Sur les trois formes de pouvoir de punir et sur le passage de la vengeance inconsidérée au dressage des corps : « on peut dire qu’on se trouve à la fin du XVIIIe siècle devant trois manières d’organiser le pouvoir de punir. La première, c’est celle qui fonctionnait encore et qui prenait appui sur le vieux droit monarchique. (…)
        En schématisant beaucoup, on peut dire que, dans le droit monarchique, la punition est un cérémonial de souveraineté ; elle utilise les marques rituelles de la vengeance qu’elle applique sur le corps du condamné ; et elle déploie aux yeux des spectateurs un effet de terreur d’autant plus intense qu’est discontinue, irrégulière et toujours au-dessus de ses propres lois, la présence physique du souverain et de son pouvoir.
        Dans le projet des juristes réformateurs, la punition est une procédure pour requalifier les individus comme sujets, de droit; elle utilise non des marques, mais des signes, des ensembles codés de représentations, dont la scène de châtiment doit assurer la circulation la plus rapide, et l’acceptation la plus universelle possible.
        Enfin dans le projet d’institution carcérale qui s’élabore, la punition est une technique de coercition des individus ; elle met en oeuvre des procédés de dressage du corps — non des signes — avec les traces qu’il laisse, sous forme d’habitudes, dans le comportement; et elle suppose la mise en place d’un pouvoir spécifique de gestion de la peine. » (page 133)
        .
        Il poursuit en résumant ces trois techniques par une sorte d’anaphore-triptyque que je trouve génial : « Le souverain et sa force, le corps social, l’appareil administratif. La marque, le signe, la trace. La cérémonie, la représentation, l’exercice. L’ennemi vaincu, le sujet de droit en voie de requalification, l’individu assujetti à une coercition immédiate. Le corps qu’on supplicie, l’âme dont on manipule les représentations, le corps qu’on dresse : on a là trois séries d’éléments qui caractérisent les trois dispositifs affrontés les uns aux autres dans la dernière moitié du XVIIIe siècle.(…) Trois technologies de pouvoir. »
        .
        Lorsqu’il quitte les terres du supplice pour aborder les punitions d’enfermement, Foucault évacue alors tout le principe de la vengeance : « Il faut que la justice criminelle, au lieu de se venger, enfin punisse. » « Il marque le point d’arrêt mis à la vengeance du souverain. » « Le droit de punir a été déplacé de la vengeance du souverain à la défense de la société. »
        .
        Sauf erreur, à aucun moment Foucault dans ce livre n’émet l’hypothèse que la prison serait – elle aussi – soutenue par la honteuse vengeance qu’on pensait évacuer.

        • #32091 Répondre
          Claire N
          Invité

          Merci P Xavier
          Les passages sur le supplice et le signe m’ont appelé en écho celui du « rêve de Bart « lorsque la machine, dans le corps du condamné « estampille en profondeur «  le commandement bafoué , A été rétabli , définitivement inscrit , que la loi est désormais impossible à enfreindre, puisque introduite dans la chair, fondue à même le corps »
          Effectivement il semble que le supplice et le signe soit des références inconscientes de Bart e pour le coup sûrement très clair pour Joy Sorman
          La prison comme supplice oui
          Mais la construction justice semble être très groupée autour du corps j’ai l’impression que le « signe de la sentence «  se «  rapproche de la vengeance du souverain « et que Bart le pressent
          Ia chanson Habeas corpus de Justine est je pense un développement très bien compris de ces notions également
          C’est amusant de percevoir l’ensemble des œuvres qui chantent dans ce livre

        • #32166 Répondre
          Charles
          Invité

          Dr Xavier, je ne suis pas certain que Joy Sorman ait voulu répondre ni réfuter Foucault car ils ne parlent pas exactement de la même chose. Foucault parle de la prison comme institution, de dispositifs de façon précise mais générale alors que Sorman décrit l’acte de juger et des affects qui entrent en jeu dedans. Ils ne situent pas sur le même plan.

          • #32170 Répondre
            Dr Xavier
            Invité

            Salut, oui tu as tout à fait raison et je me suis mal exprimé, pour préciser je voulais dire que par association d’idée sur la « vengeance » et le « prendre part » je suis retourné voir ce qu’il y avait dans Surveiller et punir, et je trouvais intéressant de noter que la vengeance et le « prendre part » sont bien mentionnés dans la partie Supplice, mais disparaissent pour les parties suivantes (Punition, Discipline, etc.). Et il y a des parties sur le chahut du peuple devant le supplice qui peuvent faire écho (certes lointain, toutes choses égales par ailleurs, etc.) au chahut des spectateurs lors de l’audience.
            Donc oui je fais un peu un forçage, mais après tout je me demande ce que Sorman en penserait (de ce forçage).
            Comme dit ClaireN il y des œuvres qui chantent dans ce livre de Sorman.
            (Et puis soyons honnête, c’était aussi prétexte tout trouvé pour s’adonner au plaisir de citer ce livre que j’adore.)

          • #32270 Répondre
            Cyril
            Invité

            Sur l’idée que Dorman développe que « le psychiatre redouble donc le délit – un acte répréhensible augmenté d’une mauvaise nature », il faut réécouter Foucault dans Les anormaux (le premier cours). Je pense qu’elle a pris ça chez lui. Ou alors elle a fait le même constat.
            https://freefoucault.eth.link/

          • #32274 Répondre
            Claire N
            Invité

            Peut-être que Joy dans son approche des affects qui donnent immanence et transcendance a une institution parle bien radicalement d’institutions
            Je trouve que les deux niveaux se complètent et s’enrichissent

            • #32276 Répondre
              Claire N
              Invité

              Plus précisément elle a repéré qu’une institution « fait «  et «  parle : le signe et le langage juridique « 
              Son approche originale me semble t’il reviens à la racine de la puissance de «  cet espèce de corps «  qu’est l’institution pour analyser les origines ( presque psychanalytique) de cette puissance et le tour de force de comprendre et agir l’imminence avant que de ce prendre dans la gueule la transcendance
              Il y a là un hiatus de lutte

    • #32183 Répondre
      Cyril
      Invité

      Il n’y a pas quelqu’un qui pourrait nous organiser un débat entre Bégaudeau et Lucbert sur la littérature politique, la forme roman etc. ? Je pense que ce serait le duo le plus intéressant parce que Quintane n’est pas passionnante à écouter (lire je ne sais pas) …

      • #32287 Répondre
        françois bégaudeau
        Invité

        Gaza sera libérée avant que ça arrive.

        • #32305 Répondre
          Titouan R
          Invité

          Refus de ta part ? Peur de l’improductivité de l’échange ?

    • #32380 Répondre
      Jean-Marie Bigard
      Invité

      Je sors de la lecture du livre de Joy et je ne résiste pas à la tentation de mettre en miroir certains paragraphes avec des passages du Journal d’un curé de campagne de Bernanos. Notamment sur ce « prendre sa part » que citait Xavier.
      [Sorman] « Puisque selon Bart, chacun d’entre nous devrait comparaître au moins une fois dans sa vie, qu’importe les actes perpétrés, chacun une fois au nom de tous, pour éprouver et endosser notre existence commune, notre participation au monde, même Bart, même ceux qui, comme lui, pèsent à peine sur ce monde, de la manière la plus discrète et la plus inoffensive ; il s’agit, une fois seulement, de reconnaître que nos destins sont liés, nos vertus comme nos méfaits, nos inclinations comme nos aversions, nos passions en commun. Ce pourquoi Bart ni ne s’indigne ni ne se révolte. »

      [Bernanos] -« Je le crois, madame. Je crois que si Dieu nous donnait une idée claire de la solidarité qui nous lie les uns aux autres, dans le bien et dans le mal, nous ne pourrions plus vivre, en effet. »
      -« Le grand malheur est que la justice des hommes intervienne toujours trop tard : elle réprime ou flétrit des actes, sans pouvoir remonter plus haut ni plus loin que celui qui les a commis. Mais nos fautes cachées empoisonnent l’air que d’autres respirent, et tel crime, dont un misérable portait le germe à son insu, n’aurait mûri son fruit, sans ce principe de corruption. »
      -« Car enfin la justice entre les mains des puissants n’est qu’un instrument de gouvernement comme les autres. Pourquoi l’appelle-t-on justice ? Disons plutôt l’injustice, mais calculée, efficace, basée tout entière sur l’expérience effroyable de la résistance du faible, de sa capacité de souffrance, d’humiliation et de malheur. L’injustice maintenue à l’exact degré de tension qu’il faut pour que tournent les rouages de l’immense machine à fabriquer les riches, sans que la chaudière éclate. »

      • #32387 Répondre
        Jean-Marie Bigard
        Invité

        Par ailleurs, j’ai pris plutôt beaucoup de plaisir à lire Le témoin, le premier de Joy pour moi. Beaucoup de justesse dans ses mots. Presque trop de justesse pour moi. J’ai eu parfois l’impression que la précision des adjectifs, le choix de certains termes, me ralentissait le rythme. Qu’elle perdait en souffle littéraire ce qu’elle gagnait en justesse. Cela me semble d’autant plus frappant quand je mets ses mots à côté de ceux de Georges.
        Sinon j’ai apprécié la manière dont elle soulignait le côté théatral des procès, le recours aux expertises psychiatriques, et l’écart entre la langue des juges et des prévenus. C’était incarné de manière très subtile dans les différentes situations que parcourt le livre.
        Enfin, j’ai durant toute ma lecture eu du mal à considérer ce livre comme un réel roman. Pour être méchant je dirais que c’est un essai critique mal déguisé en roman. Ce n’est pas ce que je dirai bien que je l’ai dit. Plutôt dirai-je : j’ai trouvé que sa manière de nous livrer par l’intermédiaire de Bart, sa pensée et ses ressentis lors des procès, manquait parfois un peu d’ingéniosité. Pourtant j’aime bien l’idée de reprendre le personnage de Melville. Et j’aime aussi le fait qu’il ne puisse voir son reflet dans le miroir. Et puis comment aurait-elle pu faire mieux avec ce monsieur dénué de psychologie ? Mais il y a tout de même quelque chose qui me dérange. Je ne sais pas je ne sais pas je ne sais pas. Ces multiples contradictions prouvent bien que ma pensée sur ce livre n’est toujours pas tout à fait tranchée.

        • #32447 Répondre
          françois bégaudeau
          Invité

          Le roman c’est un rapport aux choses. Ce n’est pas la fiction, ce n’est même pas exactement le récit, c’est une façon de se positionner dans ce qu’on saisit. Cette position est ici incarnée par Bart.
          Je ne sais pas si Le Témoin est un roman mais Bart c’est le romancier.

          • #32451 Répondre
            Carpentier
            Invité

            Je ne sais pas si Le Témoin est un roman mais Bart c’est le romancier./ …
            Le déclic tardait encore un peu et ce matin, lisant cela, on y est.
            Je passe ce soir chez ma libraire de quartier au look de directrice d’école.

        • #32457 Répondre
          Julien Barthe
          Invité

          Jean-Marie Bigard,
          Je sais que tu exagères quand tu parles « d’essai critique mal déguisé », mais je vais m’appuyer sur ça. J’ai perçu Bart (référence à la force d’inertie du personnage de Melville) comme l’incarnation des moyens de la littérature (attention sensible, rationnelle et lente) opposés à la vitesse et à la répétitivité du système juridique.
          Bart est pour moi paradoxal : il agit comme un procédé de distanciation, il se signale comme une instance analytique, là où les procédés romanesques tendent à la rendre diffuse. D’un autre côté, il est vecteur de fiction par le récit qui est fait de sa dissimulation et l’attention portée à la matérialité de son existence, à son passé, à ce qui adviendra de lui.
          Pourquoi ce personnage invraisemblable et porteur de fiction est il central et utile, alors qu’il ne l’était pas dans « A la folie » qui se saisissait aussi littérairement d’ une institution ?
          La justesse de Bart, dans son ambivalence est qu’il sape peut-être à la fois la prétention réaliste et rationnelle du romancier (la déplaçant mais la signalant), et la prétention rationnelle du système juridique qui se trouve fictionnalisé par contagion. Pensons à Bart décrit comme sapant le bâtiment au cœur duquel il se cache.

          • #32472 Répondre
            Anna H
            Invité

            Je te rejoins totalement. Quel génial et immense personnage romanesque ce Bart, dont le comique n’a pas été suffisamment souligné je trouve, avec son obstination et ses tocs ! J’ai été pour ma part très sensible à l’humour qui se dégage du roman. Cela avait déjà été le cas avec À la folie, mais pas autant qu’ici. Bart est un personnage qui introduit un humour décalé, sombre et inquiet. Dans un esprit qui m’évoque Kafka. Peut-être aussi parce que « Le terrier » de Bart est régulièrement cité et que j’ai beaucoup pensé à la nouvelle éponyme.
            L’humour est aussi présent dans la relatation des témoignages durant les procès lorsque Joy combine différents registres stylistiques passant dans la même phrase de la trivialité au compte-rendu froid et impersonnel de l’institution judiciaire.
            Plus anecdotiquement, je me suis réjouie des 2 pages consacrées au Trou, ce film de Becker que j’adore.

          • #32870 Répondre
            Jean-Marie Bigard
            Invité

            Oui, plus j’y pense plus j’aime ce personnage de Bart. Je le comprends bien comme « incarnation des moyens de la littérature » comme tu dis. Ce manque d’ingéniosité que je pointais était surtout lié à un ressenti au moment même de découvrir les lignes. Je m’en vais me procurer A la folie pour connaitre un peu mieux l’oeuvre de Joy.
            Il me semble également avoir lu quelque part ici que l’on reprochait à Houellebecq (que je n’ai jamais lu) d’écrire des romans qui ne sont en réalité que des essais. Je serais curieux également de voir la différence entre un de ses livres et le Témoin. Peut-être que cela permettrait de souligner à quel point Joy est romancière et pas Michel ?
            La comparaison avec Bernanos me semble encore plus flagrante après avoir écouté la gêne : François insistait sur le passage de la page 116 qui commence avec « la machine gronde » où Joy développe l’idée d’une justice-usine qui fabrique du délit quand chez Bernanos on parle d’une chaudière qui éclate et des « rouages d’une immense machine à fabriquer les riches ».

            • #32898 Répondre
              françois bégaudeau
              Invité

              L’imposture Houellebecq est de toujours s’avancer dans l’écrin de la fiction alors qu’il s’agit toujours d’un narrateur mâle qui va nous donner ses vues sur la vie la société le sexe les femmes. Je dis bien : toujours.
              Joy ne fait pas ça, elle pose un dispositif documentaire, où il va s’agir d’abord de décrire-raconter des scènes vues. Ensuite oui elle pense aussi les situations, jusqu’à produire de le pensée et en effet des fragments d’essai.

              • #37001 Répondre
                Raymond
                Invité

                Mais tu as dit de Bouteldja qu’elle devrait écrire des romans, en quoi seraient-ils différents de romans-essais houellebecquiens ?
                Pour les avoir tous lus, c’est vrai qu’on ne rate pas grand chose de son œuvre en en lisant qu’un.
                Mais ses livres sont drôles, dans un genre un peu mineur certes.
                A choisir, je conseillerais La possibilité d’une île, qui est celui qui lui ressemble le plus, et dont Bellanger s’est inspiré pour produire La théorie de l’information, un grand livre.

                • #37034 Répondre
                  Tony
                  Invité

                  Je suis plutôt d’accord avec toi sur la drôlerie que l’on trouve toujours en lisant Houellebecq,pour l’imposture il faudra m’expliquer comment il arrive à créer des personnages et à leur donner de l’épaisseur,c’est un imposteur génial alors.

                  • #37061 Répondre
                    françois bégaudeau
                    Invité

                    Son narrateur est un seul et unique personnage depuis le début, et c’est à peu près un type comme lui. Je ne vois pas bien où est l’épaisseur
                    En bonus on parlera de l’épaisseur des personnages féminins, histoire de rire un peu.

                    « Mais tu as dit de Bouteldja qu’elle devrait écrire des romans, en quoi seraient-ils différents de romans-essais houellebecquiens ? » Drole de question. Nul ne peut préjuger de ce à quoi ressembleraient les romans de Houria si elle en écrivait. On peut juste préjuger du fait qu’elle n’en écrira pas.

                    • #37096 Répondre
                      Raymond
                      Invité

                      « Nul ne peut préjuger de ce à quoi ressembleraient les romans de Houria si elle en écrivait. »
                      Alors comment préjuger du fait que c’est dans ce genre que s’épanouirait au mieux sa puissance, sinon en s’appuyant sur sa production existante – à savoir des essais – pour l’affirmer ?
                      En fait je ne vois pas trop le problème qu’il y a à déguiser des essais en roman ? Le fait de ne pas passer par la forme et d’affirmer des choses en se cachant derrière ses personnages?

                      • #37106 Répondre
                        Ostros
                        Invité

                        Alors comment préjuger du fait que c’est dans ce genre que s’épanouirait au mieux sa puissance, sinon en s’appuyant sur sa production existante – à savoir des essais – pour l’affirmer ? :
                        .
                        Parce qu’il me semble avoir lu ici qu’il y a des passages littéraires (bons) dans son dernier essai voir toute une partie du livre.

                      • #37107 Répondre
                        Ostros
                        Invité

                        Voire*

                      • #37114 Répondre
                        françois bégaudeau
                        Invité

                        Il ne s’agirait justement pas de déguiser des essais en roman
                        Il s’agirait de passer au récit, fictionnel ou non, sans intention démonstrative, sans intention particulière de sens.
                        Mais précisément Houria ne le fera pas, qui ne veut écrire que dans le cadre de la lutte.
                        J’entrevois ses capacités à travers certains passages narratifs de ses essais, certains faits de style.

                      • #37115 Répondre
                        bernard
                        Invité

                        Et si on la laisser faire un peu comme elle veut entre fiction et réel.

                      • #37124 Répondre
                        françois bégaudeau
                        Invité

                        Qui a parlé ici de ne pas la laisser faire? Est il question ici de ligoter Houria sur une chaise pour lui imposer d’écrire des romans? C’est ça la situation?
                        Houria est une grande fille autonome et moi je suis un grand garçon autonome qui m’autorise à te remercier pour cette intervention parfaitement inutile dans la discussion

                      • #37147 Répondre
                        bernard
                        Invité

                        « Mais précisément Houria ne le fera pas, qui ne veut écrire que dans le cadre de la lutte. » Injonction ? Autorité ? Décret ? Sentence ?
                        Utile ?

                      • #37149 Répondre
                        Ostros
                        Invité

                        Je me mêle mais je crois que c’est elle qui le dit. Donc autorité si tu veux, d’elle-même sur elle-même.

      • #32446 Répondre
        françois bégaudeau
        Invité

        c’est très parlant
        je vais lui transmettre

    • #34311 Répondre
      Charles
      Invité

      Je n’ai jamais lu de romans de Colette, vous recommandez lesquels? Chéri, j’imagine ?

      • #34322 Répondre
        Graindorge
        Invité

        Charles: de Colette je te recommanderais Sido
        Extrait:
        « De l’autre côté, sur la rue, les enfants insolents musaient, jouaient aux billes, troussaient leurs jupons, au-dessus du ruisseau ; les voisins se dévisageaient et jetaient une petite malédiction, un rire, une épluchure dans le sillage de chaque passant, les hommes fumaient sur les seuils et crachaient… Gris de fer, à grands volets décolorés, notre façade à nous ne s’entrouvrait que sur mes gammes malhabiles, un aboiement de chien répondant aux coups de sonnette, et le chant des serins verts en cage

        Peut-être nos voisins imitaient-ils, dans leurs jardins, la paix de notre jardin où les enfants ne se battaient point, où bêtes et gens s’exprimaient avec douceur, un jardin où, trente années durant, un mari et une femme vécurent sans élever la voix l’un contre l’autre…

        Il y avait dans ce temps-là de grands hivers, de brûlants étés. J’ai connu, depuis, des étés dont la couleur, si je ferme les yeux, est celle de la terre ocreuse, fendillée entre les tiges du blé et sous la géante ombelle du panais sauvage, celle de la mer grise ou bleue. Mais aucun été, sauf ceux de mon enfance, ne commémore le géranium écarlate et la hampe enflammée des digitales. Aucun hiver n’est plus d’un blanc pur à la base d’un ciel bourré de nues ardoisées, qui présageaient une tempête de flocons plus épais, puis un dégel illuminé de mille gouttes d’eau et de bourgeons lancéolés… Ce ciel pesait sur le toit chargé de neige des greniers à fourrages, le noyer nu, la girouette, et pliait les oreilles des chattes… La calme et verticale chute de neige devenait oblique, un faible ronflement de mer lointaine se levait sur ma tête encapuchonnée, tandis que j’arpentais le jardin, happant la neige volante… Avertie par ses antennes, ma mère s’avançait sur la terrasse, goûtait le temps, me jetait un cri :

        – La bourrasque d’Ouest ! Cours ! Ferme les lucarnes du grenier !… La porte de la remise aux voitures !… Et la fenêtre de la chambre du fond !

        Mousse exalté du navire natal, je m’élançais, claquant des sabots, enthousiasmée si du fond de la mêlée blanche et bleu noir, sifflante, un vif éclair, un bref roulement de foudre, enfants d’Ouest et de Février, comblaient tous deux un des abîmes du ciel… Je tâchais de trembler, de croire à la fin du monde.

        Mais dans le pire du fracas ma mère, l’œil sur une grosse loupe cerclée de cuivre, s’émerveillait, comptant les cristaux ramifiés d’une poignée de neige qu’elle venait de cueillir aux mains même de l’Ouest rué sur notre jardin…

        O géraniums, ô digitales… Celles-ci fusant des bois-taillis, ceux-là en rampe allumés au long de la terrasse, c’est de votre reflet que ma joue d’enfant reçut un don vermeil. Car « Sido » aimait au jardin le rouge, le rose, les sanguines filles du rosier, de la croix-de-Malte, des hortensias et des bâtons-de-Saint-Jacques, et même le coqueret-alkékenge, encore qu’elle accusât sa fleur, veinée de rouge sur pulpe rose, de lui rappeler un mou de veau frais… À contrecœur elle faisait pacte avec l’Est : « Je m’arrange avec lui », disait-elle. Mais elle demeurait pleine de suspicion et surveillait, entre tous les cardinaux et collatéraux, ce point glacé, traître, aux jeux meurtriers. Elle lui confiait des bulbes de muguet, quelques bégonias, et des crocus mauves, veilleuses des froids crépuscules.

        Hors une corne de terre, hors un bosquet de lauriers-cerises dominés par un junko-biloba – je donnais ses feuilles, en forme de raie, à mes camarades d’école, qui les séchaient entre les pages de l’atlas – tout le chaud jardin se nourrissait d’une lumière jaune, à tremblements rouges et violets, mais je ne pourrais dire si ce rouge, ce violet dépendaient, dépendent encore d’un sentimental bonheur ou d’un éblouissement optique. Étés réverbérés par le gravier jaune et chaud, étés traversant le jonc tressé de mes grands chapeaux, étés presque sans nuits… Car j’aimais tant l’aube, déjà, que ma mère me l’accordait en récompense. J’obtenais qu’elle m’éveillât à trois heures et demie, et je m’en allais, un panier vide à chaque bras, vers des terres maraîchères qui se réfugiaient dans le pli étroit de la rivière, vers les fraises, les cassis et les groseilles barbues.

        À trois heures et demie, tout dormait dans un bleu originel, humide et confus, et quand je descendais le chemin de sable, le brouillard retenu par son poids baignait d’abord mes jambes, puis mon petit torse bien fait, atteignait mes lèvres, mes oreilles et mes narines plus sensibles que tout le reste de mon corps… J’allais seule, ce pays mal pensant était sans dangers. C’est sur ce chemin, c’est à cette heure que je prenais conscience de mon prix, d’un état de grâce indicible et de ma connivence avec le premier souffle accouru, le premier oiseau, le soleil encore ovale, déformé par son éclosion…

        Ma mère me laissait partir, après m’avoir nommée « Beauté, Joyau-tout-en-or » ; elle regardait courir et décroître sur la pente son œuvre, – « chef-d’œuvre » disait-elle. J’étais peut-être jolie ; ma mère et mes portraits de ce temps-là ne sont pas toujours d’accord… Je l’étais, à cause de mon âge et du lever du jour, à cause des yeux bleus assombris par la verdure, des cheveux blonds qui ne seraient lissés qu’à mon retour, et de ma supériorité d’enfant éveillée sur les autres enfants endormis.

        Je revenais à la cloche de la première messe. Mais pas avant d’avoir mangé mon saoul, pas avant d’avoir, dans les bois, décrit un grand circuit de chien qui chasse seul, et goûté l’eau de deux sources perdues, que je révérais. L’une se haussait hors de la terre par une convulsion cristalline, une sorte de sanglot, et traçait elle-même son lit sableux. Elle se décourageait aussitôt née et replongeait sous la terre. L’autre source, presque invisible, froissait l’herbe comme un serpent, s’étalait secrète au centre d’un pré où des narcisses, fleuris en ronde, attestaient seuls sa présence. La première avait goût de feuille de chêne, la seconde de fer et de tige de jacinthe… Rien qu’à parler d’elles je souhaite que leur saveur m’emplisse la bouche au moment de tout finir, et que j’emporte, avec moi, cette gorgée imaginaire…

        • #34328 Répondre
          Claire N
          Invité

          Merci Graindorge pour cet extrait
          Charles j’ai lu récemment le pur et l’impur d’ailleurs recommandé ici
          Je ne saurais que te le conseiller ; au passage ses réflexions sur le genre son extraordinaire
          Les portraits d’amoureux et d’amoureuse très fins
          Elle explore chez ses personnages le désir sans jamais vraiment le démêler de sa matière première et justement on sent bien à chaque fois son essence si particulière

          • #34405 Répondre
            Charles
            Invité

            Merci pour ces recommandations. D’autres avis de la commu?

            • #34415 Répondre
              françois bégaudeau
              Invité

              Un colettologue m’a récemment recommandé son avant dernier livre, celui où elle est alitée et décrit ce qu’elle voit de sa chambre, mais j’ai oublié le titre.
              Je crois que ses articles de journaux, hyper nombreux, sont aussi à lire.

            • #34429 Répondre
              Christophe M
              Invité

              Claudine à l’école, pour la nature en fête et un vrai sens de la cruauté.

            • #34431 Répondre
              Léo
              Invité

              J’ai bien aimé la série des Claudine, la Chatte, Chéri et surtout La Fin de Chéri qui a beaucoup inspiré Aragon pour Aurélien. Et je te recommande aussi Le Pur et l’Impur – qu’elle considérait comme son chef d’œuvre- même si ce n’est pas un roman

              • #34459 Répondre
                Charles
                Invité

                Merci.

              • #34461 Répondre
                Claire N
                Invité

                Petite question peut être à côté Léo; j’ai peu lu Sade mais dans le pur et l’impur j’avais retrouvé une parenté de style , as tu eu cette impression également ?

                • #34476 Répondre
                  Léo
                  Invité

                  Non, par vraiment. Tu pensais à un livre de Sade en particulier ? Qu’est-ce qui te faisait penser à lui dans le pur et l’impur ?

                  • #34477 Répondre
                    Claire N
                    Invité

                    Je ne sais pas si cette sensation est assez précise pour permettre une étude solide de la parenté de style
                    Dans Aline et Valcour j’avais retrouvé quelques chose
                    Lorsque Colette observe Charlotte ou son ami «  bibertin? «  elle expose d’une manière très subtile le chemin entre ce qu’elle perçoit de leur désir en les décrivant très «  sensorielle ment »et la façon dont il se met en mot en les écoutant attentivement ,c’est très aiguisé , on ne perd pas la trace du désir « pur » et pourtant quand il abouche au discours il est bien plus difficile à repérer
                    Je trouvais que Sade comme Colette s’intéresse à ce que le discours sur le désir «  mélange «  avec et nous montre en quelque sorte où est sa «  trace « 

                    • #35169 Répondre
                      Léo
                      Invité

                      Désolé pour cette réponse tardive Claire. Je n’ai pas lu Aline et Valcour, tu l’avais bien aimé ? J’ai l’impression que Sade est plus du côté de la démonstration alors que Colette essaie dans le pur et l’impur de remonter vers ce qui agit les personnes qu’elle rencontre. Contrairement à lui, elle enquête et ne part pas de certitudes ou de principes (primauté de la jouissance et du désir de faire souffrir). Elle ne cherche pas non plus à édifier son lecteur. Chez sade il n’y a pas tellement de porosité dans le discours. Même s’il se diversifie, il est souvent performatif et injonctif;il se met au service de l’entreprise sadique. C’est surtout Colette qui explore ce qui est mêlé dans la psyché et qui ressort dans le discours. Je suis loin d’avoir lu tout Sade, c’est un jugement un peu expéditif et schématique à partir de ses livres les plus connus (les infortunes de la vertu, la philosophie dans le boudoir, les crimes de l’amour). Il faudrait comparer à partir d’extraits précis et essayer d’en trouver un de Sade où le style dissertatif est moins prégnant. Je trouve aussi que Colette est très minutieuse dans le pur et l’impur. Elle n’épargne pas ceux qu’elle observe, comme son amie Renée Vivien, mais avance toujours prudemment pour bien rendre compte de la complexité des personnages et ne pas tirer de conclusions hâtives

                      • #35181 Répondre
                        Claire N
                        Invité

                        « Colette essaie dans le pur et l’impur de remonter vers ce qui agit les personnes qu’elle rencontre » carrément bien dit !
                        tu as lu plus Sade que moi, il s’agissait d’une impression et peut etre que justement la différence que tu soulignes serait plus féconde

        • #34330 Répondre
          Carpentier
          Invité

          Salut Graindorge,
          Colette, je passe devant son portrait chaque fois que je descends en voiture dans ma région d’adoption préférée et, sans trop de surprise, les illustrateurs d’autoroutes lui ont collé un matou dans les bras en plus d’un petit air de Mona Lisa.
          Questionnant récemment mon compagnon sur de possibles lectures de cette auteure de l’Yonne qui sourit depuis le bas côté droit de la route sur son panneau sépia, je constatais que moi, jamais, je crois.
          Là, j’ai obtenu quelques jours de congés et pour, je me suis offert le dernier de Sorman.
          J’espère que Colette et son chat ne m’en voudront pas.
          J’ai réutilisé ma carte ugc-ciné aussi hier, avec Poor things, et ré-écouté la gêne qui leur est consacrée: pas de quoi être embauchée chez Quotidien pour une chronique culture mais j’y travaille, comme tu vois.
          Je pressens pour les textes de Colette un retour en grâce sous peu: l’enfance, sa facile convocation, jamais franchement abandonnées, reviennent en force on dirait (où moi, vieillissante, j’évolue dans un environnement qui la convoque souvent et ça me broute sévère? – possible.)
          Sauf si c’est sous la forme du dernier Lánthimos donc qui, oui, est, entre autres, très drôle.
          C’est ma fille qui m’a recommandée de le voir et elle a bien fait.
          Au vu de l’extrait que tu partages, si tu ne l’as pas vu, essaye, même s’il y s’agit d’un père Dr Emmett Brown et moins d’une mère à grosse loupe.

          • #34390 Répondre
            ..Graindorge
            Invité

            Chère Carpentier: j’irai voir peut-être s’il arrive par ici. En attendant, nous allons voir EO.
            J’ai bien aimé Sido sinon, hélas peut-être, aucun sens de la nostalgie chez moi. Je trace.

            • #34531 Répondre
              Carpentier
              Invité

              Mon visionnage du Eo est un peu ancien maintenant (ça date de la programmation de la gêne occasionnée dédiée) alors dirais-tu comment tu as trouvé ce film?
              Et son perso principal? En ferais-tu du saucisson? (sad joke, sorry)
              À propos de mauvaise blague, suis allée voir le Zone of interest hier et sais-tu comment le commandant en chef du camp de déportation le plus malheureusement célebre appelle sa femme, tiens?
              La reine d’Auschwitz; et ça la fait bien rire, elle, qui se parfume de fragances parisiennes et se rend gourmande grâce à des rouges à lèvres de qualité qui rivalisent avec d’impressionnantes fourrures, le tout étant bien sûr arraché aux déportées.
              C’est très fort de dire la shoah avec un film comme ça.
              Laisser chacun.e puiser dans tout le matériel, la documentation qu’il a engrangé depuis qu’on lui dit cette saloperie, en montrant surtout le quotidien de ceux et celles qu’on désignait toujours comme humains et qui se trouvait du côté safe des barbelés.
              Puissant, à voir.
              Et j’en écoute, de ce pas, la gêne dédiée.

              • #34838 Répondre
                Graindorge
                Invité

                salut Carpentier
                je me rappelle pas le nom du gars qui disait que l’actualité c’était ce qu’il était entrain de voir ou de lire.

                Alors EO est mon actualité. Beaucoup aimé EO. Vraiment beaucoup, beaucouo, beaucoup. EO pourrait être l’incarnation de Dieu venu faire un tour, prenant parfois ses pattes à son coup pour fuir notre folie, la folie du monde mais coincé dans sa peau d’âne, il « accepte » encore et encore la souffrance, pas pour laver nos péchés mais pour un  » regardez-vous. regardez moi ». Notre ridicule, notre folie, notre violence sous le regard si beau de EO. Alors je nous regarde. Rires. Incompréhension. Le gars du camion égorgé.  » on mord la main de celui qui nous donne à manger? » La migrante affamée et nourrie se barre fissa lorsqu’il lui propose « après sexe? » Est-elle allée le rapporter à un de ses bourreaux? Pas le temps d’y réfléchir. Ici tout est personnages: le ciel, les nuages, les arbres, l’eau puissante, tous les animaux, le temps. Les humains bien sûr. Pathétiques. Terribles. Monstrueux. Ridicules. Égarés?
                Ce gars, un curé? Qui se confesse à EO. Les yeux de EO qui l’écoutent avec une infinie patience d’un être qui ne sait pas que le temps existe. Ou si?  » J’ai mangé beaucoup de viande » Ça m’a fait rire. Même EO rit peut-être. Peut-être pense t-il « Où suis-je tombé »? Avec les soulards qui ont gagné le match « gràce à lui » malgré lui. La vengeance cruelle des perdants…
                Cet instant où pam! d’un coup de patte arrière, il tue un homme. Ça peut être dangereux aussi un âne.
                À la fin, à un moment, dans cette course forcée vers la mort, EO s’arrête. Il sait. Un coup de trique et ça repart. Il a appris à obéir aux coups de trique même s’il sait que c’est une voie sans issue. C’était sa voie. C’est la nôtre aussi. Pour lui, après le rideau noir du plongeon dans l’abîme, le bruit sec d’une espèce de poinçonneuse électrique que chaque animal reçoit avant de mourir.
                Je ne sais pas qu’il va mourir à la fin car mon esprit est pris du début jusqu’à cette fin… Une fin qui réussit à me surprendre. Je me suis tellement attaché à EO que j’ai à peine eu un regard pour les autres animaux qui courraient, qu’on faisait courir à la mort. Remord. Je n’ai eu d’yeux que pour EO.
                Je n’ai pas pleuré.
                Voilà Carpentier, pas le temps de fignoler. Je te livre quelques bricoles de ce film de ce grand cinéaste qui m’a fait rire aussi lors d’une interview.
                Sinon savoure ton saucisson tranquille. Je préfère toujours une bonne et gentille personne qui mange un peu de viande que les sermonades d’un ignorant présomptueux de vegan ( mot yanki qui est en français végétalien)agressif, archi citadin et littéralement hors sol. Et dis par une qui ne mange pas de viande.

                • #34854 Répondre
                  Carpentier
                  Invité

                  😘
                  … Ici tout est personnages: le ciel, les nuages, les arbres, l’eau puissante, tous les animaux, le temps. Les humains bien sûr. Pathétiques. Terribles. Monstrueux. Ridicules. Égarés? / …
                  Merci pour le partage de ce que t’a fait Eo, tu m’as remis en tête le film, ton film, ton Eo, et j’aime aussi.
                  En vrai, suis pas si saucisson que ça – et on s’en fout – mais faut quand même savoir laisser glisser si, par exemple, tu es en Corse – pour celui d’âne.
                  Ce que tu rapportes des yeux d’Eo, de pas mal d’animaux en fait, me chahute beaucoup.
                  Dans 2 minutes, je fais mon Aymeric Caron, c’est sûr, si je me ressaisis pas illico.
                  Hier, moi, je me suis payée une farce médiévale, produite, entre autres, par Netflix: Les chèvres.
                  Mon duo comique de la soirée? Commandeur et Boon que le réal fait jouer pour les rattacher au droit du sol, aux histoires de territoires et d’artifices des frontières: farcesque, ien a pour qui ça fait la soirée.

    • #34642 Répondre
      Tristan-Lilian
      Invité

      La Vendée littéraire.
      Je me suis récemment avisé que François BEGAUDEAU et François BON ont, outre leur prénom, le point commun d’être nés à Luçon. Je n’ai jamais mis le pied dans ce patelin, ni dans ce plat pays qui est le leur. Je n’en suis pas moins circonspect devant cette information capitale : parmi les rares auteurs contemporains qui comptent pour moi se trouvent deux Luçonnais.
      On pourrait se demander si cette extraction périphérique ne les prédispose pas à tenter de cerner, de dire, de tenir clos dans les pages d’un livre, ce que Bégaudeau nomme à tout bout de champ le « réel » ou la « vie ».
      Mais n’oublions pas (intervient le contradicteur) ce qui les sépare, à commencer par  »l’impatience » de François Bon à l’égard de la fiction, du roman, du récit, qui le conduit à produire des inventaires – pour, non pas restituer le réel, ou l’inventer, mais « le rejoindre » : « c’est pour rejoindre cette surface de l’aventure dispersée et insuffisante des hommes qu’on recréerait l’illusion de sa représentation » (c’est parlant, ça, non ?).
      https://www.tierslivre.net/livres/impatience.html

      • #34723 Répondre
        françois bégaudeau
        Invité

        Un croisement plus intime encore : Saint-Michel en l’Herm, 2000 habitants. Où j’ai vécu de 1971 à 1977, où l’autre François, de dix ans mon ainé, a vécu la décennie d’avant (fils du garagiste). Ce qui fait que ma mère institutrice dans cette école de campagne l’a eu en classe. Au CP, je crois. Elle se souvient d’un « petit gros à lunettes ». Ma mère parle comme ça.
        Ensuite, tu fais bien de dire que FBon s’est vite lassé de la fiction, et peut-etre plus spécifiquement du récit, quand je reste fondamentalement attaché au récit, fictionnel ou non, comme orchestrateur et stimulateur de littérature.
        Je crois aussi qu’il est moins joueur. Plus grave.
        Comme quoi on dit Vendée on dit peu.

    • #35103 Répondre
      Cyril
      Invité

      ! Attention spoiler ! (Le témoin)
      .
      .
      Sincèrement, qui avait pensé à Bartleby avant le « j’aimerais mieux pas » à la fin du Témoin ? Je m’étonne que le prénom et l’attitude du personnage ne m’aient pas mis la puce à l’oreille…

      • #35114 Répondre
        Tony
        Invité

        Un personnage qui se nourrit d’un paquet d’amandes dès les premières pages,on ne peut qu’y penser.

        • #35315 Répondre
          Cyril
          Invité

          J’ai complétement oublié cette histoire d’amandes…

    • #35314 Répondre
      Cyril
      Invité

      Une élève à qui je parlais du Témoin a pensé à La Décision de Karine Tuil et me l’a conseillé. Je ne connais pas cette auteure. Je viens de le commencer et j’ai l’impression que j’aurai affaire à l’anti-Le-Témoin. Les deux titres annoncent la différence. Avec le témoin j’aurai un regard extérieur à la justice, un regard critique, alors que La décision sera du côté du juge d’instruction, va me montrer à quel point c’est dur d’être juge parce qu’il faut décider !
      Déjà je suis frustré par l’absence de style alors que chez Sorman, même si j’ai été rarement ébloui, je me sentais bien dans son écriture.
      Là, on a des phrases comme ça :
      « On ne porte pas l’accusation, on ne travaille pas sur la culpabilité – il y a des procureurs pour ça ; notre métier, ce sont les charges : on ne se fie qu’à des éléments objectifs car si on n’a rien, on alimente le fantasme de la poursuite politique. »
      « Trois services d’enquêtes collaborent avec nous : la DGSI, la sous-direction antiterroriste qui dépend de la police judiciaire, la SDAT, et la section antiterroriste de la Brigade criminelle, la crème des enquêteurs. »
      « Le pôle antiterroriste est l’un des postes d’observation et d’action les plus exposés : il faut être solide, déterminé, un peu aventureux, capable d’encaisser les coups, de supporter la violence (interne, externe, politique, armée, religieuse, sociale), la violence, partout, tout le temps – rien ne nous y prépare vraiment. »
      Mon Dieu, je ne sais pas si je vais tenir 300 pages.
      Alors, avez-vous déjà lu Tuil ? Que pensez-vous d’elle ?

      • #35316 Répondre
        Cyril
        Invité

        Je ne peux pas ne pas ajouter celle-là :
        « J’arrive à mon bureau à 8h30, je repars à 19 heures, en théorie car en réalité, le terro, c’est vingt-quatre heures sur vingt-quatre. »

        • #35317 Répondre
          Cyril
          Invité

          « Si je relâchais un traficant, je savais qu’au pire il allait trafiquer, mais là, si je me trompe, des gens peuvent être tués à cause de moi. »
          « Souvent, j’ai eu peur ; mais au bout d’un certain temps, la peur, on finit par la dominer. »

          • #35326 Répondre
            françois bégaudeau
            Invité

            jamais lu
            ce qu’on sent ici c’est une écriture qui s’est documentée par entretiens, et a oublié de mettre en forme sa documentation
            Joy est bien plus habile à faire littérature de sa documentation

            • #35334 Répondre
              Dr Xavier
              Invité

              J’en ai lu trois (L’insouciance, Les choses humaines, La décision), je déconseille, l’écriture est assez plate et les schémas se répètent de manière trop convenu : les interrogations de la bourgeoisie sans aucun recul ni ironie avec des cadres sup’, des journalistes, des hauts fonctionnaires, l’identité juive et ce que ça signifie dans notre monde actuel (+ dialectique entre orthodoxes et libéraux), le triangle amoureux, l’hypocrisie des hautes sphères de pouvoir…
              M’est avis qu’elle aurait plutôt du être journaliste / grand reporter.

    • #35351 Répondre
      Mao
      Invité

      Je signale ici à François et à la commu « OHIO » premier roman virtuose d’un certain Stephen Markley paru en 2020. Il y est notamment question de ces classes populaires cruellement confrontés à la guerre en Irak dans cette Amérique profonde qui vote Donal Trump. Vraiment le sentiment que c’est un très grand livre.

      • #35366 Répondre
        françois bégaudeau
        Invité

        ok

    • #35456 Répondre
      propater
      Invité

      Je suis tombé par hasard sur ceci: https://www.youtube.com/watch?v=J2w8X_ANOSQ

      Elle s’interroge sur la mode du roman d’anticipation chez certains auteurs conservateurs.

    • #36091 Répondre
      MA
      Invité

      Avez-vous lu Fabriquer une femme de Darrieussecq?
      Le Masque était unanime. Et je vois qu’il y a eu cette critique de Lucile Commeaux qui fait un parallèle avec L’amour.
      https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/le-regard-culturel/le-regard-culturel-chronique-du-jeudi-04-janvier-2024-3077130
      Pour ma part, j’ai abandonné au cours de la deuxième partie.

      • #36113 Répondre
        françois bégaudeau
        Invité

        pas lu non
        j’essaierai

      • #36955 Répondre
        Dr Xavier
        Invité

        Je viens de tenter de lire Le mal de mer, et bien qu’il soit court je ne l’ai pas fini, on voit trop les efforts de style, peut-être que vs aimez mais c’est pas pour moi.

    • #36400 Répondre
      Christophe M
      Invité

      Je me suis procuré En marche ou grève de David Snug. Pratiquant régulier de randonnées urbaines en milieu urbain, et même semi-rural, j’ai été comblé. Les jeux de mots pourris sont très réjouissants (Elles militent in Paris, reproduction d’une pancarte vue en manif par l’auteur, continue à me faire rire quand j’écris ces lignes). La postface est bien.
      J’ai aussi acquis du même auteur Variété, bourré de mauvais esprit sur la variété française (Gainsbourg et son brulage de billet reviennent souvent) et de fautes d’orthographe, eux aussi très réjouissants.
      Je recommande.

    • #36944 Répondre
      Nicolas
      Invité

      Guiraudie sort chez POL « Pour les siècles des siècles » cette semaine, suite de Rabalaïre que je n’avais pas lu par peur du monument (1000 pages de mémoire). Le roi nous en fait un délicieux résumé en 3 pages, puis part dans une histoire complètement folle, où un homosexuel prend de la drogue avec un prêtre/amant, et se retrouve « fusionné » dans le corps du curé, et découvre son corps d’origine mort. Réflexions délicieuses sur le désir sexuel, et tous les scénarios qui se présentent à un curé de campagne… Foncez, c’est vivifiant ! Si son prochain film adapte son livre (comme c’était le cas pour Viens je t’emmène), j’ai très hâte…

      • #36948 Répondre
        françois bégaudeau
        Invité

        mais avais-tu aimé Viens je t’emmène?

        • #36960 Répondre
          Nicolas
          Invité

          Plutôt, sans être pleinement emballé. Loin d’être son meilleur au regard de la très haute volée de ses autres films !

    • #82860 Répondre
      PeggySlam
      Invité

      Je crois qu’on en a parlé de ce livre ici mais je sais plus si c’est en bien ou en mal ?
      Des électeurs ordinaires: Enquête sur la normalisation de l’extrême droite de Félicien Faury.
      Je préfère toujours demandé quand il s’agit de sujets important sûr la politique.
      Conseillez-vous ce livre ? Merci

      • #82869 Répondre
        ..Graindorge
        Invité

        Peggy:
        c’est graindorge qui a partagé et c’est le Mouvement Agissons Ensemble qui l’a partagé en demandant si quelqu’un l’avait lu. Je viens d’aller voir sur le net et j’ai trouvé ces infos sur ce livre
        Peut-être le trouveras – tu dans une bibliothèque

        Ils sont artisans, employés, pompiers, commerçants, retraités… Ils ont un statut stable, disent n’être « pas à plaindre » même si les fins de mois peuvent être difficiles et l’avenir incertain. Et lorsqu’ils votent, c’est pour le Rassemblement national. De 2016 à 2022, d’un scrutin présidentiel à l’autre, le sociologue Félicien Faury est allé à leur rencontre dans le sud-est de la France, berceau historique de l’extrême droite française. Il a cherché à comprendre comment ces électeurs se représentent le monde social, leur territoire, leur voisinage, les inégalités économiques, l’action des services publics, la politique. Il donne aussi à voir la place centrale qu’occupe le racisme, sous ses diverses formes, dans leurs choix électoraux. Le vote RN se révèle ici fondé sur un sens commun, constitué de normes majoritaires perçues comme menacées – et qu’il s’agit donc de défendre. À travers des portraits et récits incarnés, cette enquête de terrain éclaire de façon inédite comment les idées d’extrême droite se diffusent au quotidien.

        Félicien Faury est sociologue et politiste, chercheur postdoctoral au CESDIP (Centre de recherches sociologiques sur le droit et les institutions pénales).

        Découvrir les premières pages du livre.

        ___

        SOMMAIRE

        Introduction

        1 – L’extrême droite par le bas : une enquête de terrain dans le sud‑est de la France

        2 – Paroles ordinaires

        3 – Qualifier le racisme

        4 – Les conditions sociales du vote RN

        I. Économies morales

        1 – Immigration et redistribution

        2 – Un sentiment d’injustice fiscale

        3 – La racialisation de l’« assistanat »

        4 – Comptabilités nationales et préférence étrangère

        5 – Laxisme de l’État

        6 – La dégradation de l’offre scolaire

        7 – L’évitement par le privé

        8 – Concurrences reproductives

        II. « Chez nous ». Classements et déclassements territoriaux

        1 – Pressions d’en haut

        2 – Pressions d’en bas

        3 – L’impossible entre‑soi blanc

        4 – Un centre‑ville sans bières

        5 – Les incertitudes de l’avenir résidentiel

        III. Islamophobies du quotidien

        1 – Une question religieuse ?

        2 – Le sexisme des autres

        3 – L’islam comme menace

        IV. Votes blancs

        1 – Bonnes et mauvaises migrations

        2 – Distinctions raciales

        3 – Le racial et le populaire

        V. Logiques d’une normalisation

        1 – Un vote stigmatisé ?

        2 – Antagonismes sociaux

        3 – Antagonismes politiques

        4 – Croire en « Marine »

        5 – « Zemmour, je le connais pas trop »

        6 – Acquiescer à l’extrême droite

        Conclusion

        1 – Des concurrences sociales racialisées

        2 – Rester majoritaire

        3 – Dénis

        Les avis de lecture…

        Lecteurs

        Critiques publiées sur le site 

        gparsonz12/12/2024

        « Pendant 6 ans Félicien Faury rencontre et échange avec l’électorat d’extrême droite du sud-est de la France. Il étudie leurs discours, ce qui les motive à voter RN, et questionne leur ressenti du quot… » Lire plus

        petitours13/08/2024

        « J’avais à coeur de comprendre les ressorts du vote d’extrême droite, une lecture économiciste du monde semblant insuffisante à capturer leurs motivations. Avec un chômage en forte baisse, le leitmotiv… » Lire plus

        soletrvn22/07/2024

        « *SP Masse Critique* C’est assez fou d’écrire un ouvrage qui s’impose déjà clairement comme un classique de la sociologie électorale de l’extrême droite et plus largement de la sociologie de l’extrê… » Lire plus

        YvPol22/07/2024

        « Félicien Faury, sociologue, a enquêté en région Sud-PACA pendant plusieurs mois entre 2016 et 2022, auprès des électeurs du Rassemblement National qui fait là-bas ses meilleurs scores avec la région H… » Lire plus

        les_lectures_de_mathilde1307/07/2024

        « Félicien Faury, dans ‘Des électeurs ordinaires’, nous offre une analyse sérieuse et accessible de la normalisation du vote RN. L’ouvrage se lit aisément et décrypte les motivations des électeurs de l’… » Lire plus

        Luniver03/07/2024

        « Il y a encore une vingtaine d’années, un électeur du Front national était plutôt invisible. On imaginait vaguement quelqu’un avec le crâne rasé dont le plaisir majeur était de taguer des croix gammées… » Lire plus

        Acerola1301/07/2024

        « Une lecture dans l’ère du temps, puisque l’on est forcément un peu curieux de comprendre ce qui pousse autant de nos concitoyens à voter pour un parti d’extrême droite dont les origines ne repoussent … » Lire plus

        EvlyneLeraut01/07/2024

        « Sociologique, judicieux, apprenant, « Les électeurs ordinaires – Enquête sur la normalisation de l’extrême droite » résonne dans notre contemporanéité. Félicien Faury rassemble l’épars. Il collecte … » Lire plus

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        Là-bas, la vie

        Daniel Oppenheim

        • #82871 Répondre
          PeggySlam
          Invité

          Merci Graindorge je verrai si je me décide ou pas et s’il y a plus d’avis ici genre François, essaisfragiles ou encore Émile Novis et les autres bien sûr !
          En tout cas merci pour tes recherches Graindorge !

          • #82933 Répondre
            graindorge
            Invité

            @ Peggy
             » … et s’il y a plus d’avis ici genre François, essaisfragiles ou encore Émile Novis et les autres bien sûr ! »
             » s’il y a plus d’avis » est superflu car je n’ai pas donné d’avis. Juste partagé un partage de AE
            « merci pour tes recherches » ça m’a pris 2 minutes et de toutes façons aujourd’hui, j’avais vraiment envie de n’avoir rien à faire

    • #1588 Répondre
      François Bégaudeau
      Maître des clés

      en fait je connais un peu, mais j’ai juste effleuré
      je vais m’y mettre vraiment
      merci

    • #6262 Répondre
      Ostros
      Invité

      Test 2.

    • #8735 Répondre
      Julien Barthe
      Invité

      Je ne connais pas sa correspondance. Heureusement, il y a un spécialiste au sein de l’équipe qui m’aide à rédiger mes posts. Je vais donc pouvoir te répondre assez rapidement.

    • #9467 Répondre
      Julien Barthe
      Invité

      Je t’en prie.

    • #19266 Répondre
      Hadrien
      Invité

      Rare pour ma part de lire un auteur québécois contemporain (et même québécois tout court). J’ai l’impression qu’il y a un petit truc dans la langue qui sonne « outre » (atlantique ?). Hâte d’avoir – peut-être – votre avis là-dessus.

    • #6264 Répondre
      Ostros
      Invité

      Test 3

    • #8736 Répondre
      Julien Barthe
      Invité

      Message destiné à Tony.

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Répondre à : Répondre #970 dans Avis littéraires
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