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Accueil › Forums › Forum général › Au sujet du Berceau des dominations (Triste tigre)

Vous lisez 12 fils de discussion
  • Auteur
    Messages
    • #18837 Répondre
      Dr Xavier
      Invité

      Je fais un post à part pour ne pas plomber le topic dédié aux bouquins.
      Pour les lecteurices de Triste Tigre – ou pour les auditeurices du passage de Neige Sinno sur Répliques ce samedi – je mentionne que le livre Le berceau des dominations de l’anthropologue Dorothée Dussy (cité par Sinno donc) est disponible en ligne sur HAL : Le berceau des dominations – Anthropologie de l’inceste, 2013.
      La forme universitaire ne doit pas faire peur, la plume n’est pas du tout académique, c’est très bien écrit. S’appuyant sur de nombreux entretiens avec des incesteurs, elle démolit méthodiquement l’idée de Lévi-Strauss que « le tabou de l’inceste fonde la société humaine » (poncif repris par Finkielkraut dans son entretien avec Sinno), montrant bien plutôt que c’est le fait d’en parler qui est tabou. Je mets quelques extraits ci-dessous.
      .
      « Tous les jours, près de chez vous, un bon père de famille couche avec sa petite fille de neuf ans. Ou parfois elle lui fait juste une petite fellation. Ou c’est un oncle avec son neveu. Ou une grande sœur avec sa petite sœur. Le terme consacré pour désigner ces pratiques sexuelles imposées à un enfant de la famille est « inceste ». Madame et monsieur, médecins, magistrats, journalistes, écrivains, auteurs de théâtre, chanteurs, historiens, psychologues et psychiatres, définissent ainsi l’inceste. C’est ainsi que tout le monde définit l’inceste, en fait, à l’exception des anthropologues, qui n’ont pas de nom pour dire cette pratique courante de la vie quotidienne dans les familles, happés qu’ils ont été par l’attention portée à la théorie de l’interdit de l’inceste qui indique des règles de prohibitions matrimoniales. La force centrifuge qui a ramené inlassablement les anthropologues à la théorie de l’inter- dit de l’inceste est si puissante qu’elle a opéré sur eux comme le fait aux yeux la lumière vive avant d’entrer dans une pièce sombre.
      (…)
      Claude Lévi-Strauss doit la notoriété et le succès de sa proposition au maillon suivant de la chaîne d’argument, quand il soutient que « la prohibition de l’inceste fonde la société humaine et, en un sens, elle est la société ». Plus que l’idée de l’échange des femmes, ce serait finalement cette partie de la théorie qui a emporté les suffrages. Ce qui ne va pas de soi.
      (…)
      D’où vient, le succès de cette théorie de Lévi-Strauss, énoncée en dépit de toute vérité empirique, contestable, et goutte d’eau dans l’ensemble des histoires de l’hominisation ? Comment expliquer la place prise, dans les foyers comme dans le monde savant, par la théorie de l’interdit de l’inceste telle qu’elle a été énoncée par Claude Lévi-Strauss ? Comment expliquer qu’en dépit de l’énorme médiatisation des situations réelles d’inceste dans les trente dernières années, des témoignages publiés, des émissions de radio, de télévision, des films de fiction s’appuyant sur des faits divers réels, la théorie de l’interdit de l’inceste comme marquant le passage de la nature à la culture n’ait pas été invalidée par la science ou par la ville ?
      (…)
      L’écho retentissant fait à la théorie de Lévi-Strauss tient à ce qu’elle subsume l’ordre social qui admet l’inceste mais interdit qu’on en parle, interdit qu’on y fasse référence, interdit qu’on y pense. En ce sens, elle dit ce que la plupart des gens veulent entendre pour avoir la paix, le fait de l’énoncer jetant si tôt dit un voile sur les pratiques réelles dans les vies quotidiennes de chacun. Au sens moderne du terme, elle est un avatar de l’ordre social.
      (…)
      Il faut redescendre de la stratosphère intellectuelle : qu’on se le dise, la pratique de l’inceste – dans sa forme ultramajoritaire, c’est-à- dire l’usage d’un petit de la famille comme objet sexuel – est une spécificité humaine. En l’état des connaissances, aucun individu, dans la grande variété des autres espèces animales, ne prend pour partenaire sexuel un être sexuellement immature. C’est notre petit plus. Mais c’est un petit plus incroyablement constant.
      (…)
      Les animaux tuent et bouffent leurs petits, les battent et les maltraitent, couramment. Les humains, en revanche, ne tuent pas leurs enfants (cela arrive mais c’est assez marginal) et c’est peut-être dans cette césure historique d’avec les autres espèces qu’il faut chercher le sens de la pratique de l’inceste. Comme les humains sont plus intelligents que les autres animaux, ils ont dû comprendre, mais nul ne sait quand, que tuer ou trop affaiblir physiquement les petits n’était pas un bon calcul pour le groupe. S’en suivent diminution des forces de travail, appauvrissement du groupe, dispersion des individus trop affectés physiquement mais psychologiquement capable d’aller s’établir ailleurs. Mais en ôtant le meurtre des enfants du champ des outils pédagogiques à disposition, les hommes se sont privés d’un outil majeur de la palette du bon écraseur. Qu’ils ont dû remplacer par la sexualité imposée aux enfants, ingénieuse trouvaille qui a accru considérablement les capacités de domination des uns et de soumission des autres. L’état des connaissances en sciences permet donc d’établir que les hommes n’ont pas le monopole de l’interdit de l’inceste, ni celui du langage, ni de l’humour, de l’organisation sociale, de la fabrication et de l’usage d’outils, de la sexualité pratiquée indépendamment des nécessités de la reproduction, ou encore du matraquage des petits dans les familles. Au bout du compte, il n’y a de spécificité humaine que le raffinement et la sophistication dans ce que nous faisons, y compris dans les méthodes d’inculcation des dominations. »

    • #18839 Répondre
      lison
      Invité

      Merci pour ces extraits.
      L’entretien avec Finkielkraut n’a pas donné grand chose, c’était prévisible ; et il a eu bien de la chance d’être face à quelqu’un de très calme parce que plus d’une fois il aurait mérité qu’on s’emporte un peu.

    • #18840 Répondre
      Jean Monnaie
      Invité

      Je dois intervenir, parce que ce que tu dis sur Dussy est, comme d’habitude, parsemé d’erreurs et de suppositions. . Dorothée Dussy affirme que « les humains ne tuent pas leurs enfants », suggérant ainsi que c’est pour cette raison qu’ils auraient recours à l’inceste pour asseoir leur domination. Franchement, c’est une vision bien simpliste, voire erronée. Il suffit de regarder l’histoire pour voir que l’infanticide était courant dans plusieurs cultures : au Japon, où l’étouffement des enfants, surtout dans les familles pauvres, était pratiqué jusqu’au XIXe siècle, à Sparte, ou encore chez les Eskimos, où on abandonnait parfois un enfant en cas de famine.

      Quant à l’idée que l’inceste est une forme de domination en l’absence de violence physique, c’est une hypothèse tirée par les cheveux. Rien ne prouve qu’une diminution de la violence envers les plus jeunes entraîne une augmentation de l’inceste. En réalité, il y a plein de cultures qui connaissent à la fois la violence et l’inceste.

      En ce qui concerne le tabou, Lévi-Strauss n’est pas nécessairement en désaccord avec Dussy. Selon lui, le tabou de l’inceste est au cœur de la structure sociale. Un tabou, c’est une règle tacite, quelque chose qu’on ne doit pas faire même si certains le font en cachette. Et, même si l’inceste est pratiqué, il demeure tabou parce qu’il est entouré de secret et de honte.

      Mais, en fin de compte, en se basant sur les faits, on voit bien que Dussy manque de rigueur. Elle voit les choses en noir et blanc, sans nuances, ce qui rend son travail bancal. Elle finalement à ton image.

      • #18844 Répondre
        Jean Monnaie
        Invité

        en l’absence d’infanticide *
        diminution de l’infanticide *

        « Comme les humains sont plus intelligents que les autres animaux, ils ont dû comprendre, mais nul ne sait quand, que tuer ou trop affaiblir physiquement les petits n’était pas un bon calcul pour le groupe.  »

        Mais selon elle l’humain ne s’est dit la même chose avec la consanguinité ? RIRE

    • #18842 Répondre
      riviere
      Invité

      Salut Dr Xavier, merci pour cette entrée et le lien.
      J’ajoute cet épisode des idées larges qui introduit le sujet où l’on entend Maurice Godelier, Dorothée Dussy et une réflexion sur l’évolution de l’anthropologie et du droit.

      • #18870 Répondre
        Jean Monnaie
        Invité

        Premier commentaire et celui qui à le plus de like

        @bastetmus

        il y a 1 an (modifié)
        Je vois un problème dans la thèse de Dorothée Dussy: elle confond inceste et pédophilie. L’inceste n’est pas toujours entre un parent et un enfant mineur, parfois cela se déclenche après la majorité, et parfois c’est entre frère et soeur, pas nécessairement avec viol, pas forcément avec domination patriarcale… C’est plus complexe, et je trouve dommage de confondre ainsi les deux sujets, aussi préoccupants l’un que l’autre mais pas pour les mêmes raisons. Peut-être était-ce aussi l’occasion de parler du mythe d’Oedipe?
        193
        @Tubas9

        il y a 1 an
        Tout à fait d’accord avec cette observation des plus pertinentes; c’est ce qui m’a agacé tout au long de ce reportage (Arte mériterait d’être plus rigoureux). Merci de l’avoir souligné. 🙂

    • #18843 Répondre
      Jean Monnaie
      Invité

      C’est vraiment simpliste de ne pas prendre en compte les structures sociales dans l’explication des pratiques culturelles. Pour le voir sous un angle marxiste, prenons l’exemple du coucher : autrefois, faute de moyens et d’espace, les enfants partageaient le lit de leurs parents, ce qui pouvait parfois favoriser l’inceste. De même, les Aztèques pratiquaient des sacrifices, et certaines sociétés avaient recours à l’infanticide pour réguler leur population. Avec les changements sociaux et économiques, ces pratiques ne sont plus nécessaires, d’où la réduction de l’inceste et la disparition de l’infanticide. Ce qui est ironique, c’est que j’ai l’impression d’avoir une analyse plus marxiste que toi. Ton approche féministe est franchement absurde et teintée de mysticisme. Prétendre que l’homme est intrinsèquement mauvais et que ses pulsions mortifères se muent en désirs incestueux est un raccourci simplet. On dirait que tu absorbes sans discernement une rhétorique féministe qui te pousse à t’auto-flageller à chaque post, notamment avec cette manie de l’écriture inclusive. Si tu avais une approche plus masculine, peut-être aborderais-tu les choses avec davantage de logique.

    • #18845 Répondre
      Dr Xavier
      Invité

      @lison – elle devait bien savoir où elle mettait les pieds ; elle a dû se dire que si ça « parlait » à au moins une personne qui écoutait l’émission c’était gagné. Moment de rire quand même quand oncle Finky affirme que Lolita de nous jours se ferait, je cite, « canceller », car « nous ne sommes pas dans une époque de littérature mais une époque littérale. » Et bien sûr Camus à la rescousse : « mais enfin, comme le dit Camus, un homme ça s’empêche. »
      @riviere – merci, encore une émission des Idées larges à regarder alors ! (top journaliste Laura Raim, pas étonnant qu’on la retrouve sur Hors-Serie, au Diplo…)

      • #18851 Répondre
        François Bégaudeau
        Maître des clés

        Finkielkraut a du citer cette formule de Camus 453 fois à l’antenne.
        Et encore j’ai du en rater, écoutant un Répliques tous les 45 épisodes.

        Mais au fait, Albert, un homme ça s’empêche de quoi?

        • #18852 Répondre
          Nox
          Invité

          De faire pipi quand y a pas de toilettes à disposition, je crois.

          • #18854 Répondre
            riviere
            Invité

            ah ah oui c’est encore meilleur quand on s’est (un peu) retenu.
            Dans son discours du Nobel Camus a dit « Chaque génération, sans doute, se croit vouée à refaire le monde. La mienne sait pourtant qu’elle ne le refera pas. Mais sa tâche est peut-être plus grande. Elle consiste à empêcher que le monde se défasse. »
            Au fond il était assez lucide sur le fait qu’il avait oeuvré toute sa vie à la conservation du monde.

    • #18846 Répondre
      Jeanmonnaie
      Invité

      Dans le même genre priscille touraille antrophologe qui avait aussi une thèse farfelue. Les hommes sont grands car ils ont privé les femmes de viande. Ne rigolez pas!
      Elle était passé dans tous les médias de gooche pour être heureusement debunké par ma suite.
      https://www.nouvelobs.com/societe/20190627.OBS15013/les-femmes-sont-elles-plus-petites-parce-qu-on-les-a-privees-de-viande.html

    • #18847 Répondre
      Dr Xavier
      Invité

      @lison – elle devait bien savoir où elle mettait les pieds ; elle a dû se dire que si ça “parlait” à au moins une personne qui écoutait l’émission c’était gagné. Moment de rire quand même quand oncle Finky affirme que Lolita de nous jours se ferait, je cite, “canceller”, car “nous ne sommes pas dans une époque de littérature mais une époque littérale.” Et bien sûr Camus à la rescousse : “mais enfin, comme le dit Camus, un homme ça s’empêche.”
      @riviere – merci, encore une émission des Idées larges à regarder alors ! (top journaliste Laura Raim, pas étonnant qu’on la retrouve sur Hors-Serie, au Diplo…)

      • #18961 Répondre
        Charles
        Invité

        Bien sûr Lolita se ferait canceller, c’est pour ça que le magazine woke par excellence selon Finkie, les Inrocks, vient de publier un article invitant à relire le livre : https://www.lesinrocks.com/livres/pourquoi-il-faut-relire-lolita-un-roman-hors-normes-et-incompris-593185-03-10-2023/
        On a aussi pu constater que le dernier film de Breillat sur un sujet voisin, encensé par la critique et sélectionné à Cannes, était cancellé.
        J’ai pas l’énergie pour écouter l’émission, est-ce que l’autrice lui rentre un peu dedans ou pas du tout?

        • #18969 Répondre
          Juliette B
          Invité

          Tu devrais l’écouter. C’est intéressant et riche. Elle répond à nouveau avec calme et précision, sans jamais éluder ni se laisser pervertir par la grande inquiétude de son interlocuteur. Elle n’est pas là pour rassurer, mais ne prend pas plaisir non plus à affoler.
          Son passage à La grande librairie est bien aussi. Visible en replay, il débute à 1h environ après le début de l’émission, avec un extrait de Nabokov interviewé, et se termine face caméra, quand elle s’adresse à nous.

        • #18971 Répondre
          so
          Invité

          Non elle ne lui rentre pas dedans et garde un ton très calme. Par contre la petite moquerie tout en finesse mais qui dit beaucoup sur la couverture de Lolita est parfaite ! J’ai trouvé très intéressant tout ce que dit Neige Sinno et cela m’a donné encore plus envie de lire son livre.
          Aucun échange entre eux, des positions différentes qui ne s’affrontent pas mais qui se succèdent.
          Merci à Dr Xavier d’avoir mis le lien vers le travail de Dorothée Dussy.
          Le berceau des dominations, c’est beau ce titre !

          • #18985 Répondre
            Charles
            Invité

            Vous m’avez convaincu, So et Juliette.

        • #19036 Répondre
          Titi
          Invité

          @Charles, je suis beaucoup moins sûr que toi que Lolita ne serait pas « cancellé » (quelle horreur, ce mot) aujourd’hui. C’est difficile de nier la censure qu’il y a dans l’édition, la presse, etc. Il faut beaucoup de personnalité pour aller contre ça (de la part des auteurs, mais aussi de la part des gens qui bossent dans l’édition, des journalistes, etc.). Déjà, il y a de grandes chances que le livre de Nabokov aurait été interdit aux États-Unis (or c’est un roman américain), et je ne suis pas certaine qu’en France les premiers lecteurs, y compris dans les maisons d’édition, auraient eu la subtilité de comprendre de quoi parle Nabokov (qui appelait Lolita « la pauvre petite ») : il y a quand même une certaine pauvreté intellectuelle dans les milieux… intellectuels. Il ne faut pas le négliger. (Ce n’est pas parce que l’idée est rabâchée par des gens qu’on juge conservateurs, voire réacs, que c’est faux.) Le film de Breillat ne parle pas du tout de la même chose que Lolita, et celle qui commet le pseudo-inceste est une femme. Ça change beaucoup de choses (un film comme Beau-père, de Blier, qui passait autrefois à la télé, n’a plus été diffusé depuis des années, et ça ne risque pas d’arriver de sitôt…). Et on n’en est probablement qu’au début. Il y a tout un vocabulaire qui s’est imposé en quelques années, la peur d’offenser tel ou telle, certains thèmes qui ont pris le pas sur tout le reste (et sur la critique du capitalisme, sois en sûr), et la contradiction met ceux qui s’y risquent dans une situation très inconfortable, que tout le monde n’est pas capable d’assumer. Il faut éviter d’être carbonisé pour s’opposer à ça dans certains milieux. Pour revenir aux États-Unis (que plus personne ne se risque à critiquer ouvertement, tu remarqueras), il y a cette auteure, Lionel Shriver, je ne sais pas si tu la connais, qui a écrit il y a quelques années un livre (très bon, à mon avis), avec une forme assez audacieuse, entre le journal et le roman épistolaire, et un sujet assez dur, voire « trash » (une mère parle de sa maternité, du fait qu’elle n’a jamais aimé son enfant, alors que celui-ci a commis un meurtre de masse dans son lycée) : Il faut qu’on parle de Kevin. Elle assure qu’aujourd’hui un tel manuscrit ne passerait pas la censure des sensitivity readers.

          • #19038 Répondre
            Titi
            Invité

            il faut accepter (et pas éviter) d’être carbonisé…

          • #19042 Répondre
            Charles
            Invité

            Le problème dans ton analyse est qu’elle est largement spéculative. Je rappelle que Lolita a été édité en catimini et censuré initialement aux Etats-Unis c’est-à-dire dans les années 50, quoique pendant un temps assez court et qu’aujourd’hui il est considéré comme un classique, ce qui montre que notre époque n’est pas si régressive que cela. Donc la réalité, dont on peut factuellement rendre compte, concernant ce livre est précisément inverse à ce que dit Finkie.
            Quant au Breillat, j’ai indiqué qu’il s’agissait d’un thème voisin et non identique : une relation incestueuse entre un mineur et une adulte. Tu as raison de relever que le fait que l’adulte soit une femme aide sans doute (même si encore une fois, on spécule) mais je note que sur un sujet somme toute subversif et pas exactement raccord avec les récits d’inceste en vogue, ce film a été accueilli avec un enthousiasme critique dont rêveraient la plupart des films.
            On pourrait aussi évoquer Elle de Verhoeven (adapté d’un roman français) qui raconte l’histoire d’une victime de viol qui noue une relation ambigue avec son violeur et qui a également été un triomphe critique.
            Après je ne nie pas qu’il y ait une susceptibilité propre à notre époque posant problème dans certains cas. Je pense toutefois que les oeuvres qu’on retrouvera sans doute beaucoup moins sont celles qui est sont complaisantes avec un sujet particulièrement sensible, comme par exemple les livres de Matzneff qui sont des défenses de relations adultes/mineurs.

            • #19047 Répondre
              Charles
              Invité

              Correction : Lolita a été censuré initialement en France.

              • #19054 Répondre
                François Bégaudeau
                Maître des clés

                Je partage un peu ton analyse, Charles
                Par exemple We need to talk about kevin a été 1 publié 2 adapté au cinéma.
                C’était il y a quelques années, mais la susceptibilité générale s’est elle à ce point emballée depuis?
                En tout cas j’entends chaque jour beaucoup plus de gens pester contre la cancel que des cancelleurs. Les livres contre la cancel culture et la sensivity foisonnent (rien que cette semaine : Tania de Montaigne, et Eugenié Bastié)

                Je n’ai pas d’avis tranché sur ces sujets, mais je sais à coup sûr que la censure majoritaire, régulière, effective, est économique – et dans économique j’inclus la vraie la grande censure, la durable, l’éternelle : la censure formelle. Censure non-active. Objective. Structurelle.

                • #19059 Répondre
                  Juliette B
                  Invité

                  Quand AF a affirmé que Lolita, aujourd’hui, ne serait olus publié (et comme souvent, quand il déplore on entend fort son désir que ça advienne pour mieux pouvoir s’en lamenter ensuite), j’ai aussitôt pensé au petit livre d’Anne Serre « Petite table, sois mise !’, lu en public par l’auteure ici. C’est une fiction en deux temps, qu’il faut je crois écouter avec la même attention que celle que la narratrice, enfant puis adulte, met à regarder les flèches de la cathédrale.

                  (D’accord avec vous sur la distinction Matzneff par ailleurs)

              • #19055 Répondre
                Titi
                Invité

                Elle (le film), c’est très particulier, parce que c’est un film totalement unique, dont on ne sait pas exactement de quoi il parle (peut-être d’une sorte de tolérance à la violence quand on y a été confronté très tôt, voire une appétence, et en effet du lien étrange, même très étrange en l’occurrence, entre victime et bourreau, avec quelque chose de quasi mystique…). Sinon, oui, je spécule un peu, mais il y a quelques signaux, disons. Lolita, ce qui est assez intéressant, c’est que la traduction de l’époque a été approuvée par Nabokov, qui parlait français, et je crois que c’est la seule traduction qu’il ait ainsi validée. C’est une vraie traduction d’auteur, qui se distingue de la VO (américaine, donc) pour un public français, et la différence, c’est que la VF est plus érotique, plus « sexy » (la VO plus puritaine, plus précautionneuse et plus claire sur le fait que Lolita est une victime). Dans les années 80, plein de magazines mettaient en avant le phénomène des lolitas (des nymphettes) dans la musique, le cinéma, etc. Apparemment, la version originale de lolita, en anglais, était moins de nature à inspirer tout ça : elle insisterait moins sur l’obsession érotique d’Humbert Humbert, qui, dans son délire, perçoit Lolita comme une allumeuse – c’est là qu’est l’ambiguïté du texte français. Le livre a été retraduit assez récemment, et je crois que c’est la nouvelle traduction qu’on trouve désormais, plus conforme à la version américaine. Ça vaudrait le coup de lire les deux (voire les trois : de le lire aussi en anglais), de pointer les différences et de creuser les raisons pour lesquelles on a trouvé nécessaire de retraduire ce texte aujourd’hui, alors qu’il bénéficiait d’une traduction d’auteur (et validée par l’auteur).
                Matzneff, il y a quand même un petit problème de comportement 😉 qui justifie sa « chute », et en effet du prosélytisme. Lolita (le livre) n’est pas prosélyte, mais quelque part je crois qu’il est jugé « problématique » (comme on dit maintenant : ce tic de langage dit quand même quelque chose de l’époque) par certains (certaines) parce qu’il donne à voir ce qui attire le pédophile chez l’enfant, le biais qui existe dans son regard. Aujourd’hui, il y a une sorte d’injonction à voir les choses du point de vue de la victime (c’est-à-dire de la femme… ce qui est légèrement agaçant quand on en est une).
                Pour revenir au sujet du forum, je n’ai pas lu le livre de Neige Sinno, mais ce que je lis ici me donne envie (et j’ai lu les premières pages sur Google book, que j’aime beaucoup – j’avais trouvé Le Consentement très mauvais…). Je vais l’acheter. (J’ai regardé le passage de La Grande Librairie, et elle dégage quelque chose de très fort et de très doux, mais quelle drôle d’idée de faire lire un extrait par Anna Mouglalis.)

                • #19073 Répondre
                  Titi
                  Invité

                  Pardon pour cet horrible smiley. J’avais juste tapé un point-virgule et une parenthèse fermante, pour marquer l’euphémisme, mais en bonhomme jaune, c’est d’une vulgarité… !! Merci Dr Xavier pour cet extrait. J’ai déjà entendu parler de ce genre de chose dans des groupes politiques ou des associations, le temps passé (perdu) à résoudre des problèmes de mots de travers, de susceptibilités blessées, etc. C’est à vous décourager de vous engager ou de militer.

    • #18956 Répondre
      so
      Invité

      Ce soir au « monte en l’air » (librairie parisienne), Neige Sinno sera présente à 19h30 pour une rencontre en partenariat avec « en attendant Nadeau ».

    • #18984 Répondre
      François Bégaudeau
      Maître des clés

      Je sus heureux que cette femme soit tant reçue et tant écoutée.
      Cette femme est une Bonne Nouvelle.

      • #19070 Répondre
        Graindorge
        Invité

        Crevons donc tous les abcès de nos sociétés malades. L’abcès de l’inceste, l’abcès du harcèlement scolaire et de tous les harcèlements, l’abcès de la misère, l’abscès des violences, l’abcès du suicide, l’abcès de la maladie mentale etc. Crevons donc aussi, en passant, allez, puisqu’on y est et tant qu’à faire, tous les abcès de tous les mensonges
        Après, promis, on ira voir la mer

    • #19068 Répondre
      Dr Xavier
      Invité

      Puisque le topic dérive sur la cancellation (on appréciera l’ironie du terme brandi par Finky l’académicien qui a toujours à coeur de défendre la pureté de notre langue), je mets ci-dessous quelques courts extraits de Faire Justice (Elsa Deck Marsault), si ça donne du grain à moudre.
      S’applique d’abord à la vie au sein de collectifs militants, mais peut peut-être éclairer certains discours critiques (et marginaux) sur certaines oeuvres d’art ?
      .
      « En l’absence d’un projet militant fédérateur pouvant mener à un futur enviable, les forces progressistes en viennent à succomber à un moralisme justicier et réprobateur. On pourrait parler d’un militantisme sans réel espoir de changement. C’est ce que Wendy Brown nomme le « moralisme progressiste. »
      .
      Ce moralisme s’incarne dans les interdits individuels, ce qui entraîne la condamnation de certains mots, arguments ou actes, ou alors dont l’usage est restreint à un registre très étroit. S’il est juste de bannir certains comportements ou termes oppressifs courants dans les médias ou dans nos familles, ces interdits s’appliquent encore plus durement au sein même de ces franges progressistes.
      .
      Ainsi, on se retrouve à critiquer lourdement les militant·es de nos propres organisations pour chaque erreur lexicale ou faux pas politiquement non correct. J’ai par exemple déjà observé des gens exiger qu’une association distribuant des repas gratuits présente des excuses pour avoir préparé des plats contenant de la viande.
      .
      Dans mon travail et ma vie de militante, il se passe rarement une semaine sans que soit évoqué un conflit absurde autour d’une publication ou d’une prise de parole «problématique», générant des demandes interminables d’explications publiques. Ce moralisme progressiste s’incarne aujourd’hui dans une ribambelle de notions-injonctions régulant l’ordre social et sanctionnant les dissensus: celle du safe, de la bienveillance, de trigger warnings ou encore de la «radicalité». Tenir une telle critique dans la société occidentale contemporaine où les forces réactionnaires parlent sans cesse de «wokisme» est particulièrement délicat.
      (…)
      Une autre caractéristique du discours moraliste est de se focaliser sur certaines personnes, prises individuellement, qui incarneraient l’ordre établi et tout ce que l’on veut combattre, comme le racisme, le sexisme, l’homophobie, etc., et de réduire tout simplement le mal à ces cas individuels. La conséquence en est une individualisation des rapports de domination qui, par définition, sont pourtant le fruit de dynamiques sociales.
      .
      Ce phénomène de personnalisation de nos ennemi·es politiques s’opère en cohérence avec une société occidentale néolibérale qui prétend reposer sur un ensemble d’individu·es et non pas des groupes ou classes sociales. Il participe à l’invisibilisation des mécanismes structurels responsables des rapports d’oppression. On s’attaque aux effets des rapports d’oppression plutôt qu’aux raisons pour lesquelles des systèmes comme le capitalisme ou encore l’impérialisme existent.
      (…)
      C’est bien parce que le système peut sembler inébranlable que nous nous replions sur le niveau individuel. Abattre une personne est plus simple que d’abattre le système qui la soutient. On s’éternise sur ce que quelqu’un·e a dit ou fait sur les réseaux sociaux au lieu de s’intéresser aux instances du pouvoir politique et économique. On agit comme si les injustices sociales découlaient uniquement de la faillite morale de certain·es, au lieu de reconnaître qu’elles sont aussi le résultat d’un processus historique de construction culturelle, politique et socio-économique du pouvoir. »

      • #19088 Répondre
        Serpenthere
        Invité

        @docteur
        Les mots se promènent, traversent la manche ou l’océan et reviennent.
        Canceller est du vieux français, cancellation de même (supprimer un texte).

        • #19092 Répondre
          Graindorge
          Invité

          Bjr: on en a beaucoup comme ça des mots qui sont partis et revenus?
          Brainstorming, booster, Washingjesépakoi, fake, burn-out, la liste est très très longue et de plus en plus.
          Bientôt ce seront les mots français qui seront les exceptions confirmant la règle et encore… pas sûr: on viendra nous dire que ce sont de vieux mots anglais qui se sont promenés et qui sont revenus… serpen… there.

    • #19089 Répondre
      Jean Monnaie
      Invité

      Un point commun entre la thèse controversée de l’anthropologue Priscille Touraille qui suggère que les femmes sont plus petites à cause d’une privation de viande, la théorie de Dorothée Dussy qui avance que les hommes sont passés de l’infanticide à l’inceste car les hommes sont méchants, et celle de Marylène Patou affirmant que la violence, la guerre, l’inégalité, la hiérarchie et l’oppression des femmes n’ont émergé qu’avec la Révolution néolithique, outre que ce sont des femmes qui ont plus leurs place à la cuisine, c’est qu’elles ont toutes été critiquées et remises en question. Elles ont toute été partagées sur ce forum comme des réalité révélées. Heureusement, que Christophe Darmangeat est marxiste, sinon qui aurait eu l’audace de pointer du doigt la faiblesse méthodologique de l’une de ces anthropologues?

      Ce que je trouve problématique, c’est cette tendance de l’extrême gauche à adopter une approche de « déconstruction » et du fameux « on nous cache tout, on ne nous dit rien ». (Ah, tu penses vraiment que la terre est plate, que la préhistoire était une orgie de violence ou que l’immigration est un cataclysme écologique, civilisationnel et économique? Pauvre naïf! Ne t’inquiète pas, nous, les marxistes illuminés, sommes là pour t’éclairer : contrairement à ce que ces médias bourgeois te rabâchent, 1 + 1… eh bien, ce n’est sûrement pas 2!)

      Le danger est que, sans une base solide en matière de pensée critique et de culture générale, remettre systématiquement tout en question peut finalement se retourner contre vous. La preuve avec ses 3 exemples. J’ai lu ça ce matin. Cela ne casse pas trois pattes à un canard mais c’est factuel, logique. https://madame.lefigaro.fr/bien-etre/jean-viard-nous-n-avons-jamais-eu-autant-de-temps-pour-nous-20231002?utm_source=pocket-newtab-fr-fr Je préfère 10000 fois lire ça que vos gloubiglouba conceptuel complotiste.

      • #19090 Répondre
        Jean Monnaie
        Invité

        *terre est ronde ( JE DOIS ME RELIRE , ÉCRIT LE 100 FOIS VOYELLE EN ROUGE ET CONSONNE EN VERTE JEAN MONNAIE)

      • #47560 Répondre
        Cyril
        Invité

        J’avais pas lu le pseudo avant de lire cette bouillie, je me suis dit « tiens, on dirait du jeanmonnaie ! ». Ça n’a pas manqué.

        • #47562 Répondre
          Ostros
          Invité

          Il est parti et ça serait bien de ne pas le rappeler.

          • #47624 Répondre
            Cyril
            Invité

            Ah merde je pensais que c’était lui qui avait fait remonter le sujet. Mais qui alors ?

            • #47636 Répondre
              Ostros
              Invité

              Je vois que ça fait des mois que quelqu’un.e essaie de poster un truc mais le message ne passe pas. J’avais déjà écrit à cette personne la marche à suivre pour ne pas voir son message être bloqué mais je n’avais pas eu de réponse de sa part et elle persiste à poster, sans doute de la même façon donc ça bloque. Tu verras dans quelques mois le sujet va remonter avec un pseudo chelou qui aura tenté d’y écrire sans y parvenir.

    • #47561 Répondre
      nefa
      Invité

      pour certains animaux, l’inceste est géré par l’odeur
      cette odeur fait office de mur
      une espèce de structure
      du surmoi en somme

      • #47563 Répondre
        nefa
        Invité

        beaucoup de « faire » quand j’écris
        elle officie comme un mur :
        ça amoindrit

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Répondre à : Répondre #18956 dans Au sujet du Berceau des dominations (Triste tigre)
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