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Accueil Forums Forum général Anatomie d’une chute

  • Ce sujet contient 87 réponses, 1 participant et a été mis à jour pour la dernière fois par Charles, le il y a 2 années et 6 mois.
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    • #16344 Répondre
      Ostros
      Invité

      J’ai pas mal développé mon retour sur le film donc j’ouvre ce thread pour vous éviter une rupture de la rétine à devoir le lire sur le fil Cinéma dans un mini rectangle. N’hésitez pas à me faire un retour sur mes pistes d’analyse et réflexions (pardon pour les fautes que vous trouverez sûrement ) :

      Le film serait inspiré de l’affaire Amanda Knox, auteure, militante et journaliste américaine. Emprisonnée pendant près de quatre ans en Italie à la suite de sa condamnation en 2007 pour le meurtre de Meredith Kercher, une camarade d’un programme d’échange linguistique qui partageait son appartement. En 2015, Knox est acquittée par la Cour suprême de cassation.
      Il s’inspire aussi de divers documentaires criminels.

      La situation :

      Sandra et Samuel Maleski vivent en concubinage, ont un enfant de 11 ans Daniel malvoyant suite à un accident causé lorsqu’il était raccompagné de l’école par une baby sitter alors que son père devait venir le chercher. Sandra est une écrivaine reconnue qui vit de sa plume. Samuel se rêve écrivain mais n’a pas les moyens de ne faire qu’écrire il doit encore enseigner et cherchant à s’émanciper d’un emploi il a entrepris d’acheter et retaper une maison dans la Savoie de son enfance dans le but d’en faire une maison d’hôte. A côté de l’enseignement et des travaux il fait la classe à son fils Daniel 3 jours par semaine. C’est une petite cellule familiale qui vit en vase clos, isolée dans la montagne – elle est visitée uniquement par la marraine de Daniel – et ayant des problèmes d’argent. Un matin, après que Sandra a reçu la visite d’une étudiante en littérature désireuse de l’interviewer, Samuel est retrouvé mort au pied de la maison par son fils Daniel revenu d’une promenade avec son chien.

      Ce que j’ai aimé :

      Etre plongée dans le film sans préambule et sans être tenue par la main. Ce moment de flottement où on est hyper vigilants pour comprendre ce qui se joue. Peu à peu comprendre que Sandra est l’écrivaine, la jeune femme qui est interrogée n’est pas l’écrivaine mais une étudiante en littérature, Samuel n’est pas DJ et ses travaux portent sur la rénovation des combles par sur la pratique de la musique, que l’enfant a une cécité et que son chien est un chien guide.
      J’ai beaucoup aimé que les rôles soient inversés, pas forcément que Samuel soit aussi plaintif mais plutôt son discours à elle, l’affirmation de ses choix, de ses plaisirs qu’on entend si peu dans la bouche des femmes et tellement dans la bouche des hommes (dans la vie) : je t’ai trompé c’était une question d’hygiène j’en avais besoin et tu n’en étais pas capable. Son discours sur ses engagements dans son travail peuvent paraître cruels, je l’ai trouvée lucide. Mais je n’arrive pas à être 100% sûre de ce que je pense au sujet de Samuel car le personnage a différentes facettes et me questionne toujours ce rapport à la charge mentale qui aurait pu provoquer son suicide (accumulé à d’autres problèmes) et donc rendre Sandra responsable non pas d’un meurtre mais d’un suicide ? – thèse qui n’est pas envisagée par le scénario.
      C’est quand même elle ici qui donne de l’envergure à cette dispute, parce qu’elle est amorale et qui fait qu’elle donne à penser.
      J’ai bien aimé les ambiguïtés des faits de leur couple : il lui reproche de tout faire vis à vis d’elle et elle a tout quitté pour vivre avec lui en Savoie. Tout ce qu’ils se disent restituent parfaitement le contenu des dispute de couples où c’est la femme qui fait le choix du sacrifice pour passer du temps avec son fils se plaint de ne pas voir de temps pour soi et l’homme qui entreprend., s’investit dans ses aspirations.
      Cette séquence de la dispute rend compte également du fait qu’une relation quelle qu’elle soit est basée sur une perception morcelée de l’autre et sur notre propre moralité. Lui est dans des jugements gentille-méchante, elle non et elle est plus libre que lui.
      A l’issue du film je me suis demandé : et si c’était le contraire. Une femme morte et un homme écrivain a succès accusé, comment ça se serait passé ? Apprenant qu’il aurait mis quelques gifles à sa femme lors d’une dispute et qu’il aurait dit au Tribunal qu’elle avait tendance à se frapper elle même. On aurait eu beaucoup plus de doutes quant à cette version. Ce schéma rendant la chute depuis le balcon beaucoup plus probable, on aurait eu beaucoup moins de doute quant à sa culpabilité.
      J’ai trouvé tous les actrices et acteurs bons (mention spéciale pour le chien). J’ai vraiment pris plaisir à les voir jouer.
      Le personnage de l’avocat est excellent, amoral comme Sandra, il se garde de lui dire ce qu’il pense de l’affaire, se concentre sur son objectif obtenir l’acquittement. Je ne pouvais pas m’empêcher de le voir que comme un outil scénaristique de cette relation, c’est à dire un avocat capable d’aller chercher Sandra au beau milieu de la nuit pour l’amener à l’hôtel lorsque son fils le décide et de l’amener à ses rdv, etc. Mais ça donne quand même cette scène très bonne entre eux sur le balcon.
      La scène entre Marge et Sandra lorsque Sandra revient chez elle où on sent qu’elle aimerait la féliciter, peut-être la prendre dans ses bras.
      J’ai apprécié que le réel social de chaque protagoniste soit respecté (manière de parler, vêtements) comme l’étudiante en littérature forcément de gauche qui reprend la cour lorsqu’elle est appelée mademoiselle «  je refuse d’être réduite à un statut marital ».
      De même que la justesse de représentation des différents canaux d’informations (BFM et sa journaliste au discours putaclic, les différentes émissions tv)
      La psychologie de Sandra et de Samuel est très bien tressée – cette femme est passionnante, intelligente.

      On a tous les ingrédients d’un thriller : le huis clos, l’enfant aveugle témoin numéro 1 (cécité qui apporte également un élément esthétique dû aux yeux vitreux bleutés), une victime fragile psychologiquement et une accusée amorale. On aurait pu être chez Hitchcock, mais ce n’est pas le cas.
      Un thriller ne repose que sur des éléments de scénario solides qui sont amenés les uns après les autres jusqu’à ce que la lumière soit faite sur la situation donnée ou les victimes d’une menace mises en sécurité, la vérité projetée telle une lumière et les entrailles des spectateurs soulagées de savoir enfin qui est le coupable, pourquoi il a tué ou voulu tuer. Il y a une vérité pleine au cœur du thriller dont le scénariste offre des morceaux aux bons moments pour toujours tenir en haleine le spectateur et donner envie de savoir. Le scénario d’un thriller c’est du béton armé – apprend-on en école de cinéma.
      Ici, le film ne se base sur aucun élément de scénario solide pour susciter le thrill (le frisson) :
      d’emblée l’autopsie indique qu’il y a deux scénarios possibles :
      1 – il est tombé de lui-même (suicide (ou accident mais cette cause n’est pas étudiée)
      2 – quelqu’un l’a frappé à la tête et l’a basculé
      Mais tout élément apporté par la suite lors du procès ne fait que désagréger ces deux potentialités et l’utilité même du système juridique.
      Ici, le film ne se base sur aucun élément de scénario solide pour susciter le thrill il se base donc sur d’autres dispositifs :

      Comment le film est fabriqué :

      On note que le film ne travaille pas à partir du réel. C’est une pure fiction qui se coupe totalement d’éléments appartenant au réel (passants, etc).
      Le huis clos nous donne à voir quelques lieux hermétiques : un sentier de randonnée ou deux, la maison en montagne (salon, chambre de Daniel, salle de bain qu’on ne voit pas du fait de l’échelle de plan très serrée, la zone délimitée à l’extérieur où le corps a été trouvé, les combles, le balcon / pas la chambre de Sandra), la salle d’audience, le bureau de la présidente, la voiture de l’avocat, la chambre d’hôtel, le restaurant chinois. Il ne s’agit que des lieux clos ou dont la perspective est fermée par des arbres, par la nuit ou des façades lors des extérieurs (façade du tribunal d’instance, façade de la maison). Aucune ligne de fuite. On n’a aucun signe qui montre qu’on est bien en Savoie. Cela donne un sentiment d’oppression et permet de se concentrer que sur ce qui va être vu et dit dans cet écrin et qui ne concerne que cette petite cellule du fait de l’évacuation d’éléments hétérogènes.
      Dans chaque lieu le découpage en plan est économe. La séquence, le plan ne se repose jamais.
      On note très peu de mouvements de caméra.
      On a un ou deux recadrages au zoom dans un plan sur Sandra qui participe à cet effet de dynamisation par l’image. C’est le contraire de chez Hong sang soo qui isole pour mieux voir, là c’est un procédé pour ne pas que le spectateur s’ennuie, ça fait un peu reportage.
      Le plus marquant est celui sur Daniel au tribunal qui suit du regard les échanges entre l’avocat et l’avocat général. La caméra suit le mouvement faisant un balancier de droite à gauche, centré sur le visage de l’enfant. C’est un simulacre de thriller. Comme le procès basé sur un vide d’éléments probants il y a des mouvements de caméra qui ne disent rien.
      La musique et c’est un point fort du film est principalement intra-diégétique jouée par le témoin clé, le fils Daniel et ponctue les étapes de la narration par des morceaux qui participent à conférer au film une tension dramatique épaisse. On peut rattacher cet apport intra-diégétique de la musique avec le travail établit autour du huis-clos, de cette volonté de créer un cocon, un entre soi qui nous emprisonne.
      L’intérieur des plans est toujours animé, jamais calme. On remarque sans cesse des déplacements dans le champ (reconstitution dans la maison, chorégraphies des avocats au tribunal, scène de dispute, de conversations animées, de larmes). Il y a toujours une tension ou une actions entre deux corps qui sont dans le plan. L’un attiré par l’autre qui rejette, une embrassade, un refus de parler sur la sollicitation de l’autre etc.
      Dès le départ sans filet, l’étudiante Sandra et Samuel (tension dans leurs échanges et ensuite avec la musique), le chien qui tire sur la laisse et Daniel qui doit le retenir, la découverte du corps et le commencement de l’enquête, l’avocat est un ami aussi amoureux de Sandra et ce n’est pas réciproque (mouvements vers elle non saisis par elle), le procès où toujours les avocats se coupent la parole, la présidente demande que ça cesse ça continue comme si son intervention n’était qu’un élément sonore supplémentaire pour faire du rythme mais qui n’aura concrètement aucun effet (pas de sanction), la forme du film est tout entier tourné vers cette fabrication de la tension. Lorsque la présidente quitte la salle immédiatement les spectateurs se mettent à tous parler entre eux puis stop net à son retour le procès reprend.
      Il y a de nombreuses reconstitutions avec des méthodes de fabrication de fiction. Les personnages sont toujours affairés, dans des actions qui ne donnent rien, qui sont désamorcées par une erreur dans les souvenirs, une omission, un manque d’éléments.
      Le film est prenant au sens où il prend l’attention auditivement et visuellement.
      Il n’y a pas de silences, de moment de suspend, de plan sur un visage pensif. Si un plan est un portrait sur un protagoniste on entend quelqu’un qui parle en off, Samuel parle à son chien pendant sa balade dans la forêt, etc.
      Le procès spécifiquement contient en permanence des frictions verbales entre les avocats qui s’empêchent mutuellement de développer leurs théories et la président qui intervient de temps en temps. On ne s’écoute pas, la parole, les mots doivent se prendre contre l’adversaire. Sitôt lâché par les joutes verbales, on est pris par la musique tendue jouée au piano, assaillis de sonorités, de langues, d’inflexions sonores.
      Le dispositif médiatique s’ajoute au médiums (utilisés lors de l’enquête et du procès). Des transcriptions aux infos ou des émissions qui retranscrivent et déforment davantage les faits. Et donnent lieux à de nouveaux discours, avis, expressions.
      C’est un film mis en tension permanante par les mots, les sons, les musiques, les images, tension dans les relations, désaccords permanents mêmes mineurs (même entre l’avocat et Sandra – « je ne sais pas ce que tu penses de moi, tu me juges » – « non je t’assures »), mouvements permanents dans les plans fixes, et parfois le plan lui-même est en mouvement.
      C’est une chorégraphie constante, qui nous stimule et nous emplit en permanence, happe notre attention par tous les canaux. Un terrain sismique de sensations.
      Une chorégraphie qui s’établit sur de l’incertain. Puis sur de l’improbable. On est tenus en haleine par du flou et plus ça avance plus le flou s’étiole mais la tension elle ne perd pas sa densité. Une accumulations qui au lieu de faire la lumière la couvre, la difracte, nous perd.
      Le plaisir ici est de fabriquer ce cinéma, celui de créer la tension du thriller sans éléments dramatiques majeurs et que cette tension tienne sur 2h30. Et ça fonctionne.
      On remarque la présence des minorités dans la salle d’audience – les 6 jurés sont-ils parmi eux ? Ce public est notre seul point de contact chaleureux, humain, vivant. Ils nous doublent.
      Il y a deux thèses exprimées face à ce procès, celle de Marge : quand on n’a pas tous les éléments il faut choisir un camp, décider.
      Et celle de Daniel : quand on na pas d’éléments qui prouvent comment il est mort on doit se demander pourquoi il est mort (le mobile quoi – pas recherché dans le film)
      Il n’y a pas de message là dedans. C’est dit pour être dit. Cela ne va pas influer sur ce que veut dire Daniel : raconter son souvenir de son père qui se compare au chien (c’est drôle on dirait du Pourchet).

      La recherche de la vérité / le procès :

      Le point de départ est : un homme est mort et l’autopsie ne tranche pas sur la cause de cette mort.
      Les 2 thèses sont valides.
      De là s’enclenche le processus judiciaire, la mise en examen de la principale suspecte et son procès. Sur la base d’une hypothèse donc.
      Il ne s’agit alors pas pour les avocats de rechercher la vérité dans ce procès. Ca s’était le but de l’enquête et de l’autopsie (sciences) qui n’ont rien trouvé. Mais de convaincre les jurés d’assise (ou nous les spectateurs s’ils sont absents?) de juger que Sandra soit soit condamnée soit acquittée.
      Les mécanismes des avocat consistent à trouver comment tordre le peu de faits récoltés pour obtenir le verdict pour lequel ils font le job.
      Le but n’est pas de savoir si ce qui est donné à entendre ou à voir est vrai. Le but est de convaincre à partir de ses éléments.
      Durant le processus on ne sait pas qui dit la vérité ou pas. Quels éléments factuels font sens.
      Du début à la fin du procès le sens est forcé.
      Je n’ai pas trouvé que c’était un grand procès car il n’y a rien de probant.
      On a 2h30 établi sur du rien en ce qui concerne la véracité des éléments matériels. Ce n’est que de l’échange verbal. Les avocats ne font que se contredire, se couper la parole comme dans une scène de ménage, comme la scène de dispute entre Sandra et Samuel où chacun doit faire entendre ses interprétations. On peut y voir une reproduction du creux de certaines affaires. La machine est lancée et qu’il doit y avoir un accusé (combien de faits divers jugés basés sur des témoignages et combien de bavures dans ces affaires) celui-ci est désigné puis ce sera aux avocats de tout faire pour obtenir l’emprisonnement ou l’acquittement.
      Aucune déclaration ne tient, on a du mensonge, des souvenirs non confirmés par des tiers, des omissions, des retours sur les déclarations. C’est un procès qui se base sur des « on dit », c’est « parole contre parole » un terme bien connu des tribunaux lorsqu’il n’y a pas de preuve. Mais là qui a porté plainte contre la femme ? Pas la famille de Samuel qui est inexistante donc le système lui-même ?
      On a des éléments sur Sandra et Samuel qui sont révélés par l’avocat général, qui ne suscitent pas d’effet en tant que tels (sa bisexualité, le fait qu’il était jaloux, la musique trop forte, leurs disputes, etc.). C’est dès qu’ils sont repris par l’avocat général et tournés dans le sens de l’accusation qu’ils prennent cette couleur. Puis, mis dans la bouche de l’avocat de la défense ils sont repeints d’une autre teinte.
      La situation avec l’étudiante est exemplaire : le fait de jouer sur le mot séduction pour faire dire ce qu’elle n’a pas dit ou qu’elle se garde de préserver tandis qu’elle l’appelle spontanément Sandra ce qui laisse penser qu’elle a pour elle une certaine affection – on ne sait pas de quel ordre.
      Ce jeu-là qui tient à des mots, des manières de dire et de ne pas laisser dire c’est le jeu du procès lorsqu’aucun éléments ne permet de trancher et qu’il n’y a pas eu d’aveux.
      Un jeu que le film embrasse comme tel. Il se sert des ressorts dramatiques propres à ce type de procès pour créer de la matière à la rendre caricaturale par la surenchère :
      La salle d’audience mais aussi le choix des personnages appelés : pas de proches ni de famille on interroge des personnes étrangères au lien affectif de la famille : un psychanalyste, l’étudiante, Daniel et des experts. Peut-être les proches ont-ils été appelé à témoigner en tout cas on ne les voit pas. Cela a pour effet de rendre les échanges entre l’accusé et le tribunal particulièrement froids (on évite le pathos), de resserrer la pression sur les épaules du fils et de mettre face à Sandra un système – fait uniquement de sachants qui ne savent pas (ironie).
      La salle d’audience est un alibi à composer une forme sonore, discursive, et visuelle saturante. Où la parole à mesure qu’elle est donnée épaissit le flou, nous éloigne de la vérité. Et les mots vont de plus en plus vers l’abstraction, le non sens. On part des éléments de l’enquêtes, les conclusions des experts et on finit par voir citer un passage d’un livre de Sandra pour aboutir à une histoire où il est tout à fait probable qu’elle ait été purement inventée par Daniel, qui ne repose plus sur aucun élément tangible. L’image vient nous montrer ce souvenir mais elle n’est pas le gage de sa véracité. Elle ajoute une couche supplémentaire de faux, d’improbable donc de doute.
      Il y a un crescendo : le procès se déploie vers des éléments de plus en plus abstraits jusqu’à l’abstraction totale. Comme à chaque fois face à ces films je vois Blow Up / Blow Out en références.
      Ces effets d’accumulation de témoignages, de souvenirs erronés, de retours sur les dires et d’apports scientifiques bancals perdent le sens, la vérité et la raison et donnent à voir l’absurdité d’un système creux, fait d’apparats, de jeux pour convaincre et mettent une personne dans une situation de broyage, qui risque des 10ènes d’années de prison sur la base d’interprétations et d’arts oratoires.
      A noter que cette salle présente les données recueillies durant l’enquêtes avec un recul et une distance (un an s’est écoulé et les éléments sont montrés sur un écran via des vidéos) qui nous détache un peu plus des faits et rend la mort de Samuel lointaine. Il n’est plus question de lui. Il est question d’elle.
      A la fin le discours du garçon désarçonne (pour la seconde fois) la présidente et sitôt dit la mère est acquittée. Est-ce lui qui fait tout basculer ? la réaction de la présidente et le montage laissent penser que oui mais on n’a pas les plaidoiries et le vote des jurés. Cet enchaînement présente le procès comme une farce. Qui peut être bonne ou mauvaise. Il est présenté comme le twist, est objectivement est absurde, ne tient pas la route.
      Ce qui est dit au tribunal est une matière qu’il faut savoir manipuler. Cette matière est reprise par les médias dont chacun se plaît à poursuivre le malaxage, lui faire dire ses humeurs, ses fantasmes « on préfère se dire qu’une écrivaine à assassiné son compagnon plutôt qu’il s’est suicidé » (c’est plus excitant).

      Jouer :

      Ca joue tout le temps dans ce film.
      Jouer du piano Asturias (l’acteur joue vraiment). Grand plaisir de voir le gamin jouer ce morceau génial, un pur kiff.
      Daniel et Sandra jouent le « Prélude en Mi mineur op. 28 n°4 – Chopin. L’actrice visiblement pas à l’aise au piano a une expression furtive de gêne parce qu’elle galère à placer ses doigts.
      Jouer la scène de la discussion / dispute avant la mort de Daniel plusieurs fois (reconstitution) – la filmer – d’abord par Sandra (sérieux) puis par les policiers. Le comique léger qui se dégage lorsque les policiers doivent parler plus fort.
      La reconstitution qui passe d’un corps à un autre : c’est les policiers qui reconstituent puis Daniel et son chien c’est très sérieux car les enjeux sont sérieux et le chien risque l’intoxication et en même temps ça part en comique après les larmes de Daniel et sa frayeur.
      Jouer de son corps et de sa voix pour convaincre (plaider)
      Jouer une dispute : le fichier audio amène la scène jouée par les personnages (on ne saura pas qui frappe qui).
      Ca joue sur le décalage par les plans ‘reaction shot’ qui désamorcent les moments de tensions : exemplairement celui de la présidente qui écarquille les yeux lorsque Daniel témoigne une deuxième fois. On trouve plusieurs reacting shot sur d’autres personnages.
      Les blagues : au tribunal de la part de la présidente comme des avocats pour tourner en ridicules les propos de l’autre ou pour faire un trait d’humour (« on pourrait croire que c’était la plaidoirie de Maitre XX, mais non ») et qui retranscrit les personnalités truculentes des magistrats, avocats et juges qu’on peut retrouver dans les salles d’audience. Ce jeu participe à leur pouvoir de séduction et à leur autorité.
      L’effet comique de la présentation ratée lors du procès, les petits points rouges « là on voit pas très bien est-ce qu’on peut zoomer ? »
      L’humour dans les répliques dans des scènes secondaires au procès (l’avocat qui déclare à Sandra « tu ressembles à un chien ») c’est inattendu. Ca provient directement de la situation de tension (lui est amoureux d’elle depuis des années)
      Mais aussi les plans sur le chien qui est témoin de tout ce drame et devient malgré lui acteur de reconstitution menée par Daniel comme lorsqu’il marche derrière lui et Marge lorsqu’il est encore un peu shooté par les cachets.
      Ca permet de reprendre son souffle sans interrompre le rythme, avant de repartir dans la saturation d’éléments sonores et visuels décrits plus haut.
      La bivalence :
      On a quelques élément sérieux, logique dramatiquement qui remplissent une autre fonction et qui parfois font office de blague :
      Daniel joue « Asturias » pour se détendre, cet air sonne comme une bande originale de thriller, il sous-tend le drame en cours entre Sandra et son compagnon Samuel décédé. C’est aussi un flamenco – donc pour le coup ça colle parfaitement.
      Le chien s’appelle Snoop (Snoop dog) c’est drôle (blague des scénaristes ?) et ce nom est possible car Samuel est fan de rap
      Sandra est le vrai prénom de l’actrice elle est allemande, Samuel le vrai prénom de l’acteur.
      L’ambivalence des faits rapportés due à la façon qu’on les avocats de les manipuler peuvent donner à voir certaines situations comme soit très graves soit grotesques :
      Samuel est présenté comme grotesque : il se serait frappé lui-même, il a une attitude victimaire, jusqu’à être comparé au chien par son fils. C’est gênant. Et pourtant c’est possible.
      L ‘apport de l’extrait du livre et le souvenir du fils au dernier moment paraissent grotesques aussi car plus on avance plus ça devient n’importe quoi.
      Deux versants on se dit « c’est tordu, c’est absurde et pourtant ça peut » : comment est amené le verdict ? On ne sait pas quels éléments il s’appuie. C’est absurde car ils auraient pu tout aussi bien pencher pour la culpabilité et faire que Sandra aille en prison. C’est la terrible mécanique de la justice. Et pourtant ce verdict fondé sur des mots est aussi possible que son contraire la mise en détention.
      On a un enfant de 11 ans qui par 2 fois influence une présidente de cours d’assises.
      Au générique : le chien est le premier nom indiqué devant les humains.
      Le film passe son temps à jouer. Il ne s’agit pas de jouer avec le réel comme le ferait Letourneur avec une fabrication artisanale de ses films, il s’agit de jouer avec le factice comme dans une partie de loup garou. Et de jouer avec des procédés du système judiciaire déjà établis, des façons de faire reproductibles et reconnaissables par ses trucs spécifiques, pour qui veut jouer un film de procès. De les pousser au bout du bout de leurs apport en tant que matériau de fiction.
      Me reste de cette projection la scène de dispute très bien écrite entre Sandra et Samuel qui me fait encore cogiter après visionnage, la scène originale du balcon la nuit entre Sandra et Vincent et les scènes de Messi (le chien)

      Pour le plaisir – Asturias :

    • #16346 Répondre
      tristan
      Invité

      C’est pas une « rupture de rétine » cette critique, c’est le choc des paupières.
      Le coup de grâce: « Asturias » au piano ! Rien ne nous aura été épargné.

      • #16378 Répondre
        amour
        Invité

        Merci pour le rire Tristan. Je pense qu’il faut voir le film au moins 2 fois. Oui 2 fois pour en sortir un truc.
        Bref.

    • #16358 Répondre
      Claire N
      Invité

      Merci Ostros, et pour le partage musical et pour ton analyse ; ça donne envie de voir le film

      • #16404 Répondre
        Ostros
        Invité

        Je t’en prie. Tu as eu le temps d’y aller ce week-end ?

        • #16419 Répondre
          Claire N
          Invité

          Pas encore ; ce we je suis d’astreinte , notre ciné associatif le projettera un peu en décalé ça sera le bon moment pour moi

    • #16377 Répondre
      Dr Xavier
      Invité

      Merci pour ce texte !

      • #16405 Répondre
        Ostros
        Invité

        Je t’en prie. Tu en as pensé quoi de ton côté ?

        • #16409 Répondre
          Dr Xavier
          Invité

          Pas encore vu ! Mais pour celui-ci j’ai pris le parti de lire les avis et critiques avant de le voir.

          • #16411 Répondre
            Ostros
            Invité

            Ça marche. J’espère qu’il y sera encore quand la GO sera diffusée en septembre.

    • #16383 Répondre
      Graindorge
      Invité

      merci aussi de partager Ostros. Et très généreusement. J’irai le voir si il passe dans la capitale, à l’espace des Arts, Tea.
      Demain, on rend visite à des amis et voisins: Marianella et Isidro. Lui y est conservateur. Il n’est pas chargé de la programmation DU film hebdomadaire mais je peux peut-être suggéré ce film pour qu’il fasse suivre. Il lit et parle bien le français. J’aimerais faire un copier/coller de ton partage pour le lui passer car lui aussi est un intellectuel et ça lui fera plaisir. Mais pas sans ton feu vert.

      • #16403 Répondre
        Ostros
        Invité

        Les textes sont publics tu peux diffuser comme tu veux.

        • #16417 Répondre
          Graindorge
          Invité

          Grand merci Ostros!

    • #16917 Répondre
      Jeanne
      Invité

      Je viens de voir Anatomie d’une chute, de parcourir vos posts à ce sujet, et d’écouter La Gêne.
      Laquelle m’a appris que le film durait 2h30. (Hier soir en sortant de la salle et en rentrant chez moi, j’étais si saisie que je n’ai pas remarqué que le film avait été si long).
      François a mis un mot sur le sujet – ou le principal sujet – du film : la parole.
      Une parole qui engage la vie, puisque les propos des avocats feront balancer l’existence de Sandra d’un côté ou d’un autre, et puisque les propos des époux s’engueulant feront balancer leur couple d’un côté ou d’un autre là aussi, voire contribueront au basculement de l’un des deux dans la mort.
      J’aurais beaucoup de choses à dire sur ce film, qui me poursuivra longtemps, et je vais essayer de – ci-dessous – ne pas être trop longue.
      (D’autant que tout le monde – sauf Tony, tant pis – a déjà dit l’essentiel).

      Trois trucs qui m’ont bouleversée :

      -Je trouve que c’est un film sur l’entraide. Le chien aide l’aveugle. L’avocat aide Sandra. Samuel se compare au chien qui aide l’aveugle. A un moment Daniel hurle à Marge « Mais putain aide-moi ». Et Marge, dont le statut au sein de la machine judiciaire n’est pas censément compatible avec l’acte d’aider le témoin, se pose, réfléchit, et finit par trouver quand même des mots qui aident.
      A la fin, le fils a aidé sa mère. Une fière chandelle, elle lui doit.

      -Au bout d’un moment, la question de savoir si la mère était ou non une criminelle cheminait dans ma tête de spectatrice à côté d’un tout autre fil de pensée : j’observais combien ce personnage était courageux. Sandra, criminelle ou pas (la spectatrice que j’étais ne le savait pas, et continuait d’avoir bien envie de le savoir), est courageuse. Elle est courageuse quand elle enjoint son fils à dire toute la vérité aux enquêteurs, à dire tout ce qu’il sait et sans craindre de lui nuire. Courageuse quand, après l’accident rendant Daniel aveugle, elle s’emploie à ce que le malheur n’ait raison ni d’elle ni de son fils, qu’alors elle accompagne emmène aide élève aime et d’autres verbes encore que l’on conjugue avec nos enfants qu’ils soient aveugles ou pas. Courageuse quand sa vulnérabilité ne l’empêche pas de garder son calme, ni de soigner sa parole, face aux attaques du procureur.

      -Sandra pense que son mari se victimise, et elle n’a pas envie de faire ça. C’est son cap : faire des choix, des choix d’emploi du temps (y insérer des moments d’écriture, des moments d’amour fût-il adultère, des chouettes moments) qui la rendront contente et l’éloigneront maximalement d’un statut assimilable à celui de victime.
      Le procès, fouillant dans son intimité, met cela à jour – ce côté solaire, déterminé à vivre et à vivre bien – et aux yeux de tous.

    • #16919 Répondre
      Tony
      Invité

      Moi ce que je constate c’est à quel point,dans ce film qui ne montre rien,chacun projette ses affects,ainsi pour certains c’est un film qui rend compte des difficultés du couple d’aujourd’hui où les ambitions de l’un vont étouffer l’autre(en le poussant au suicide?non ça le film ne le montre pas non plus),pour d’autres ce sera la quête inaccessible de la vérité,d’autres verront que cette lutte des ego que devient le couple a pour conséquence l’accident et l’invalidité du fils,d’autres que la justice n’est qu’affaire d’interprétation et que si on a la chance d’avoir un ancien amoureux devenu avocat dans ses relations ça peut vachement aider,et d’autres comme moi se disent aussi,pour parodier François,’au début on sait qu’elle est pas coupable et,à la fin,on en a la confirmation’.

      • #16921 Répondre
        Dr Xavier
        Invité

        Salut Tony , je l’ai vu ce weekend, j’ai été totalement captivé alors même que la culpabilité de l’épouse-mère ne faisait pas trop de doute dès le début. Je l’ai aimé pour une peut-être mauvaise raison : j’y ai retrouvé la machine judiciaire très bien décrite dans La Serpe (Jaenada) et Deux innocents (Ferney), ainsi que dans des blogs juridiques (en particulier Maître Eolas – avant qu’il ne se perde dans Twitter – et feu Maître Mô). Le Ministère public va élaborer une thèse (ici assassinat) et tout faire pour tordre les faits dans cette thèse en s’assurant de la plus grande clarté, la défense va tout faire pour détordre dans un autre sens et brouiller les pistes, semer la confusion. Je l’ai aimé pour une peut-être meilleure raison : la réalisatrice a trouvé le moyen de capter toute mon attention, à ce que je fasse attention à chaque phrase, chaque mot, dès qu’un protagoniste ouvre la bouche j’étais en alerte, est-ce que cela va servir la cause de la défense, ou de l’avocat général ? Sandra se défend bien, ou mal ? Elle joue ? Elle ne joue pas ? C’est évidemment accentué par le fait que j’ai très vite pris le parti de son innocence (mais je crois que le film nous fait pencher très vite de ce côté il me semble), donc chaque phrase pourrait être retournée contre elle.
        Et aussi, grosse béance, si c’est le suicide, pourquoi ? quel chemin de pensée s’est niché dans la tête du mari ? impossible de répondre, on regarde tous du côté de la culpabilité/innocence de l’accusée.
        Je n’ai pas encore écouté la GO, je veux encore laisser infuser.

        • #16922 Répondre
          Tony
          Invité

          Le mari est dépressif et impuissant.

          • #16923 Répondre
            Tony
            Invité

            2h30 très très longues pour moi, j’étais captivé par ma montre.

            • #16924 Répondre
              Dr Xavier
              Invité

              Rires, je te donne pas tort, une montre c’est captivant, peut-être plus captivant que n’importe quel film quand on y pense !
              Semi-blague à part, tu ne sauves rien du film ? La scène où le procureur se met à lire des extraits du bouquin de Sandra ? Le chien ?
              (Ceci dit y a aucune obligation à sauver quoi que ce soit)

              • #16925 Répondre
                Tony
                Invité

                La seule scène que j’ai aimé c’est la première scène où elle reçoit l’étudiante avec la musique et la balle que le chien poursuit en dévalant les escaliers, là je me suis dit ça commence bien, malheureusement cette belle entrée en matière n’a pas duré.

            • #16926 Répondre
              Jeanne
              Invité

              Tony, dans d’autres posts tu dis que tu n’as ressenti aucune émotion à la vision de ce film. Qui est « glacial » selon toi. Je comprends que tu n’aimes pas ce film si selon toi:
              -ni il ne « montre » quelque chose
              -ni il ne procure d’émotion.
              Pas de nourriture pour ton intelligence, pas de nourriture pour ta sensibilité.
              Nous ne concilierons pas nos deux visions, qui divergent tout à fait. Je peux seulement dire que j’ai ressenti beaucoup d’émotions à la vision de ce film. Des émotions non hystérisées, des émotions partiellement retenues, comme le sont généralement les émotions des gens vivant en société c’est-à-dire assignés à une dose de pudeur. N’empêche que dans une des dernières scènes du film, le personnage de Daniel en envoie, de l’émotion (je trouve), quand l’acquittement le fait passer du rire aux larmes. (Bon, moi ce jeune comédien m’a mais sidérée, je n’ai assurément jamais vu un aussi jeune gars jouer aussi bien). J’ai ressenti tout un tas d’émotions, oui, dont j’essaie de rendre la teneur dans mon post précédent.
              Pour ce qui est de montrer quelque chose, de mon point de vue ce film possède une dimension naturaliste et documentaire affirmée.

              • #16928 Répondre
                Tony
                Invité

                Oui je crois que l’émotion pour Triet doit passer par l’enfant,avec moi ça ne marche pas car cet enfant est trop parfait et il m’a tout de suite agacé.

            • #16953 Répondre
              MA
              Invité
    • #16934 Répondre
      Pierre
      Invité

      Je viens d’écouter le podcast où on est un peu contredit, et à raison je crois, ma vision « optimiste » du film. Le fils n’est pas tant un enquêteur génial que finalement un protecteur dans l’obscurité du sort de sa mère. Il décide plus qu’il n’élucide. Cela rejoint le doute que j’avais quant à la scène de « confession du père » qui, à la réflexion, semble largement inventée par le fils. La mise en scène souligne cela en mettant ces mots à lui dans la bouche du père.

      Par contre, je suis étonné que l’on qualifie la mise en scène de Triet de classique. J’ai l’impression, quant à moi, qu’il y a au contraire quelque chose de très particulier dans ce film, et qui se révèle très vite, comme une sorte de style indirect libre adapté au langage cinématographique. Je m’explique.
      Ce n’est certainement pas la première fois dans l’histoire du cinéma, mais c’est assez récurrent ici : la caméra adopte le point de vue du personnage qui l’intéresse, pas forcément sous forme de caméra subjective, mais en se mettant dans sa peau. Ça arrive plusieurs fois dans le film, et pas toujours avec des acteurs. Si l’une des scènes marquantes de ce point de vue est celle où la caméra pivote en fonction du son durant un focus sur Samuel, il y a aussi des scènes où l’on se met à la portée de la voiture ou du chien. Il faudrait que je fasse une deuxième vision pour confirmer cette intuition, mais comme le film est basé sur la multiplication des perceptions, il me semble pas absurde que la Triet ait œuvré dans ce sens.

      • #16939 Répondre
        Pierre
        Invité

        Daniel l’enfant apparemment pas Samuel.

        • #16940 Répondre
          K. comme mon Code
          Invité

          Dans la décision de Daniel, j’avais pensé qu’il considérait que son père était déjà un peu mort depuis l’accident, déjà un peu un fantôme — il n’apparaît physiquement dans le film qu’après trépas — et qu’un potentiel meurtre finalisant cet état ne constituait pas une raison suffisante de le séparer de sa mère. La plus distante mais la seule déterminée à vivre. Autre pensée : la disparition du père sera probablement un soulagement.

          • #16941 Répondre
            Dr Xavier
            Invité

            « Autre pensée : la disparition du père sera probablement un soulagement. » –> c’est vraiment comme ça que je comprends le dernier plan

            • #16943 Répondre
              Tony
              Invité

              Le chien aussi a l’air soulagé.

              • #16955 Répondre
                François Bégaudeau
                Maître des clés

                Tony ne serais-tu pas en train de convertir ta colère de ne pas aimer ce film en colère contre ce film? (

                • #16963 Répondre
                  Tony
                  Invité

                  Peut-être, encore que je m’interroge,je ne crois pas que l’intention de Triet était que l’on se réjouisse de la mort d’un personnage et que tout le monde s’en trouve soulagé,si certains le pensent c’est que quelque chose est peut-être raté.

                  • #16965 Répondre
                    Dr Xavier
                    Invité

                    Je ne dirais pas qu’on s’en réjouisse, mais qu’il y ait une forme de soulagement. Je trouve que le dernier plan est suffisamment ouvert pour qu’on l’y mette ce qu’on veut, et c’est bien comme ça. Et on peut penser que ce plan effleure l’idée tout à fait scandaleuse que, parfois, la disparition d’un proche est une tristesse, mais aussi un soulagement (me semble qu’il y a une idée un peu similaire tissée dans Une certaine inquiétude).

                    • #17015 Répondre
                      Ostros
                      Invité

                      Il faut dire que ce qui est montré du personnage ne sont que des choses repoussantes qu’il fait (musique à fond, se plaindre, se frapper ?, etc.) ou pense (ses reproches à Sandra lors de la dispute, ce qu’il travaille avec son psy). On ne voit pas d’attitudes qui le rendraient touchant.

                      • #17016 Répondre
                        Tony
                        Invité

                        Oui c’est bien vu, ça nous amène à condamner la victime.

                      • #17019 Répondre
                        François Bégaudeau
                        Maître des clés

                        Condamner la victime surement pas, mais considérer, une seconde, que la victime a voulu ce qu’elle a eue. Ce que seul l’art peut s’autoriser à penser.
                        A moins de le mettre sous controle moral, comme on parle de controle judiciaire.

                      • #17030 Répondre
                        lison
                        Invité

                        que la victime a voulu ce qu’elle a eue, je ne sais pas , mais tout ce qu’on voit : sa jalousie, sa culpabilité, sa frustration, son repli, son empêchement , sa difficulté à croître * laissent peu d’issue.
                        Pour moi l’anatomie d’une chute, c’est vraiment la sienne.
                        J’ajoute cet extrait issu de Western :
                        *  » Le temps qu’ il faut pour finir d’apprendre la vérité : un homme n ‘est occupé que de sa propre croissance . Si on l’ignore on ne fait qu’attendre, l’attendre, l’accompagner, découvrir un peu tard qu’on na pas sa place à soi. On a juste la sienne. »
                        Et dans Anatomie d’une chute c’est plutôt Sandra qui croît .

                      • #17050 Répondre
                        François Bégaudeau
                        Maître des clés

                        Effectivement Western peut aider à éclairer le personnage de Samuel, et du même coup éclairer un trait masculin avec lequel bien des hommes ont à se démerder.

    • #16967 Répondre
      Jeanne
      Invité

      Docteur,
      Je n’ai pas vu ça dans le film. Ce soulagement. Qu’au demeurant je trouverais peu réaliste. Ne serait-ce que parce que pour un enfant, les deux parents sont vécus (je crois) comme ceux par qui la subsistance est assurée. Du reste, dans le film le rapport entre le fils et le père est présenté comme affectueux et sécurisant.
      Non, de mon côté je n’ai pas besoin, pour comprendre le film, de cette hypothèse que toi et K avancez.

      • #16968 Répondre
        Jeanne
        Invité

        Ou en tout cas le peu de ce qui est montré de cette relation père – fils.

      • #16971 Répondre
        K. comme mon Code
        Invité

        La disparition d’un parent dont une partie de la profonde dépression concerne une culpabilité à votre égard peut être un soulagement, ou un allègement, malgré l’amour qu’on lui porte — et là où le film est fort c’est que le choix de rester avec avec sa mère ne promet pas pour autant une idylle. Le film dans sa densité tient plusieurs hypothèses, certaines scandaleuses dans le plus grand des calme.

        • #16976 Répondre
          Jeanne
          Invité

          K,
          Ce que tu dis concernant la disparition d’un parent et ce qu’elle peut générer chez un enfant, je peux le concevoir en théorie mais seulement en théorie. Cela ne ressemble à rien de ce que j’ai pu voir, vivre, concevoir. Pas grave. Et par contre je te suis quand tu dis que le film ménage plusieurs hypothèses dont « certaines scandaleuses et avec le plus grand calme ».
          C’est parfois (parfois, pas toujours) signe que le film est bon, quand il génère chez ses spectateurs des interprétations très diverses.
          Par exemple toi et moi n’auront pas cette discussion, avec des interprétations très diverses, sur un film qui vient en octobre et que je conseille à tout le monde de ne pas voir: « Une année difficile » de Toledano et Nakache. (Cinéastes de toute façon peu prisés sur ce site, je le sais, mais moi j’aime bien « Le sens de la fête », et j’aime bien Pio Marmaï, qui joue dans cette « Année difficile » mais sans réussir à en rien sauver).

          • #16978 Répondre
            Tony
            Invité

            Tu l’as déjà vu?moi j’en suis assez curieux,pour le cast Cohen et Marmai,mais aussi pour le sujet,si j’ai bien compris 2 branleurs qui voient dans l’écologie une opportunité mais bon j’en sais pas grand chose de plus,j’ai pas vu la bande annonce non plus,pourquoi c’est nul?

            • #16979 Répondre
              Charles
              Invité

              Regarde la bande-annonce, ça a l’air horrible.

              • #16980 Répondre
                Tony
                Invité

                En effet je viens de la voir,on voit bien le foutage de gueule,Cohen a l’air éteint et Marmai a une tête de constipé,ça fait pas trop envie.

                • #16981 Répondre
                  Dr Xavier
                  Invité

                  Après le pas terrible Problemos, ce n’est donc pas encore pour cette fois qu’on aura le grand film comique pour moquer les travers des écolos-gauchistes libertaires (s’il existe déjà dites-moi).

                  • #16986 Répondre
                    Jeanne
                    Invité

                    Dans « Une année difficile « , tout m’a paru clichetoneux. S’il s’était agi de montrer les travers d’une bande d’écolos, ça aurait été recevable., mais là les travers en question ne sont jamais vraiment observés, explorés, et ils sont vite compensés par des charmes et des qualités puisqu’au final il faut que se forme le couple entre la fille écolo et le gars-pas-écolo-mais-qui-va-le-devenir.
                    Ce n’est pas un film qui observe, ce n’est pas un film qui réfléchit, c’est un film qui rate à peu près toutes les occasions qu’il aurait d’observer quelque chose un tant soit peu finement et de réfléchir (par exemple à la question écologique, une question prise au hasard). A la place il déroule son programme scenaristique à dominante sentimentale.

    • #16972 Répondre
      François Bégaudeau
      Maître des clés

      Il y a oui quelque chose de très subversif dans ce film
      Sous des dehors de film rassembleur

    • #16977 Répondre
      riviere
      Invité

      Vu hier soir, ai beaucoup aimé, j’aime tous ses films, ici tellement de pistes, de choses à explorer, quelle fille brillante.
      J’enchaîne sur vos commentaires sur le chien.
      Le chien est le seul personnage amoral de l’histoire, il ne décide pas, il reste auprès des vivants.
      Finalement le fils suit le même instinct, même si cela se pare de la décision pascalienne.
      J’ai vu ce chien comme ce noyau de pur instinct, présent en nous aussi mais devant batailler avec d’autres modalités d’existence.
      Pour moi la culpabilité de Sandra est restée indécidable, rien ne m’a décidée à prendre le parti de son innocence.
      Au fur et à mesure du film je me suis désintéressée du procès et mon esprit s’est concentré sur le couple. Qu’est-ce qu’un couple ? Comment et pourquoi (les deux questions du procès que j’ai transposées ici, va comprendre).
      Les deux couples qu’on nous donne à voir et que l’on compare: celui avéré – Sandra Samuel – et celui potentiel mais jamais réalisé – Sandra l’avocat.
      Le premier sur la durée, commençant par un coup de foudre, quelque chose de l’ordre de la grâce, puis ayant traversé maintes crises, et en conflit quasi permanent sur son fonctionnement, la répartition des tâches, du sexe, de la vie personnelle. Conflit pas acté comme spécialement problématique d’ailleurs, un peu comme la musique trop forte de Samuel mais dont Sandra dit s’accommoder. Un couple ayant du mal à joindre les deux bouts mais dont les revers ne semblent pas le remettre en cause pour autant. Est-ce de la nourriture pour l’écriture? Sandra se paie-t-elle ainsi ? Sandra parle à plusieurs reprises d’amour « je l’aimais » de conversation inopinée à 6h du matin dans le lit de Samuel.
      Puis le deuxième couple, Sandra l’avocat (Vincent je crois): le binôme de circonstance, efficace, gagnant puisqu’ils gagnent le procès mais Sandra le décline. Elle prend son visage entre ses mains, et non vraiment on sent que ce couple n’adviendra pas, que leurs chemins se sépareront à nouveau après le procès. Sandra, vivante s’il en est, commente l’issue du procès, dit que gagner est une illusion, on ne gagne jamais rien, c’est du vide. La disparition de Samuel va de fait suspendre le conflit mais il restera irrésolu. En ce sens il n’y a pas de soulagement, il y a une suspension dans le vide.
      Parlant de cela, je me suis aussi posé la question sur l’option suicide: serait-ce un choix pervers de Samuel pour incriminer Sandra? Serait-ce une pulsion de mort au carré.
      ——–
      La GO ce soir. La semaine commence bien.

      • #17071 Répondre
        Juliette B
        Invité

        Je ne sais pas si ce choix est pervers, mais en effet il n’est pas indifférent que Samuel n’a laissé aucun mot pour signifier à ceux qui restent que sa mort est bien un suicide, mais n’a pas non plus effacé de la mémoire de son ordi l’enregistrement de la dispute qui pourrait désigner Sandra comme potentielle coupable d’un crime aux yeux des enquêteurs.
        Vengeance post mortem ? Acte manqué ? Inconséquence d’un homme en proie au désespoir ? On ne saura pas.
        La thèse de vampirisation avancée par la GO m’a bien intéressée, d’autant plus intéressée que quelque chose en moi y résistait. Mais le fait est qu’un vampire n’a pas choisi de l’être.
        A propos du parallèle avec le couple Triet Harari, les deux ont évoqué brièvement l’épuisement dans laquelle ce travail intense d’écriture à deux du scénario les avait plongés. Le danger relatif d’une telle entreprise pour leur couple aussi. Et Harari a dit quelque part à propos de ce travail : « Justine, c’est une acharnée. Elle est très acharnée », et on sentait à la fois l’hommage, l’admiration, et quelque chose aussi d’une d’exaspération passée. C’est assez fascinant d’imaginer ce film dans le film. Et j’ai aussi pensé à l’acharnement de Letourneur dans la scène du vertige de Voyage en Italie, où il est question de dépasser ses propres limites « sinon je fais pas le film ».
        Pour l’opacité indéfectible des « prévenus » et le travail de la justice face à elle, je recommande le « Juvenile court » de Wiseman, que Triet dit avoir beaucoup regardé et dont elle souligne la force. Film magnifique, terrifiant et fascinant en effet.
        Merci aux deux ex-amants pour cette GO de rentrée. Vous avez bien su rebondir après les larmes et les cris. C’est beau.

    • #17068 Répondre
      Claire N
      Invité

      J’ai pu regarder ce film
      Une petite chose m’a. Interrogée
      C’est la ligne de musique que l’enfant joue
      Qui elle aussi est en dehors de la parole
      Et de laquelle on entend que l’instrumental
      – si on connaît Gainsbourg, on reconnaît Gainsbourg
      – si on connaît Chopin, on reconnaît Chopin
      – si on connaît les deux , on ne sait pas , on doit choisir
      Qu’elle soit placée au moment du choix de l’enfant m’a paru lumineux

      • #17074 Répondre
        Claire N
        Invité

        Pour être plus précise, la piste entrevue serait de considérer la vie comme «  une version instrumentale «  et la réflexion initiale de l’avocate
        Lorsqu’elle précise que la musique à fond n’a pas de caractère misogyne puisque ce n’est que la version instrumentale m’avait paru un premier jalon
        Ce qui revient effectivement a un gros questionnement sur les paroles qu’on met dessus

    • #17075 Répondre
      Ludovic Bourgeois
      Invité

      Personne ne se suicide en sautant de 10 m de haut+ tu te retrouves pas sur le dos, y’a un instinct animal de survie quand tu sautes de mettre les pieds en avant, même pour un suicidaire.
      ___
      Le regard et le sourire en coin de la réal, meilleur indice.
      __
      Cluedo : C’était la femme Moutarde dans le Grenier avec le Chandelier.
      En même temps les allemands c’est très soupe au lait
      __
      Après, comme disait un célèbre allemand à moustache (Ha nan-nan pas lui, lui il était autrichien ) est-ce que :
      « Ce qui doit tomber, ne pas le retenir, mais le pousser ».
      Bha ici, je dirais Nein, quand même

    • #17396 Répondre
      Charles
      Invité

      J’ai enfin vu le film. Je n’ai pas trop lu ou écouté les uns les autres pour ne pas trop m’influencer. Je suis un peu déçu mais mes attentes étaient sans doute trop grandes. Même si le film a plein de qualités, notamment d’écriture et d’interprétation, j’ai beaucoup de réserves :
      – en tant que film de procès, je trouve que le film n’apporte pas grand-chose. Il a une certaine efficacité mais sans plus. Pour te répondre Seldoon sur la justesse du film, j’ai été un peu étonné car c’est un curieux mélange entre un decorum français et une vision américaine d’un procès. Le président d’audience est réduit comme aux Etats-Unis à un rôle d’arbitre pour tenir les débats, éviter les dérapages et rappeler à l’ordre alors qu’en France son rôle est bien plus central : c’est lui qui fait l’instruction du procès, qui interroge minutieusement les témoins et accusés et partie civile, ce qu’on ne voit pas du tout ici. Triet choisit aussi de dépeindre à l’américaine l’accusation comme une partie qui ne se distingue pas vraiment de la défense dans son comportement alors qu’en France l’avocat général s’en démarque bien davantage : il reste derrière son pupitre, parle bien fort, a un ton beaucoup plus sec et raide que dans le film, il fait la morale. De façon générale, les procès d’Assises sont quand même assez lourds, tendus, chargés d’émotion, ce qui n’est pas le cas ici où on insiste sur le côté échange de bons mots, de réparties assassines si j’ose dire dans un climat presque léger – avec ce choix irréaliste de ne pas prévoir de parties civiles. Reinartz n’est donc pas vraiment crédible en avocat général, pareil pour Arlaud en avocat de la défense que je trouve bien trop timoré. Je n’ai pas bien compris pourquoi dans certains cas la salle d’audience était vide et à d’autres moments elle était bondée. Je m’étonne aussi de ces deux seuls contre-champs, classiques et patauds, sur le public quand le fils fait sa seconde déposition alors que Triet s’en était privée jusque-là. Evidemment, Triet a tous les droits mais j’ai trouvé que cet écart ne produisait pas quelque chose de très intéressant et m’a même un peu ennuyé au sens premier. Triet décide de beaucoup ellipser le procès et c’est tant mieux même s’il est dommage qu’on n’ait pas les plaidoiries et réquisitions. J’aurais aimé avoir les réquisitions car je ne comprends pas la thèse du meurtre, je ne vois pas où est le mobile ou plutôt je n’y crois pas.
      – en tant que film sur le couple, j’ai du mal à croire dans la réalité de ce couple. Triet fait le choix audacieux d’absenter le mari jusqu’à la scène de dispute, il rentre en scène au moment de la dispute ce qui est un problème pour nous faire croire à leurs problèmes si on n’a jamais vu leur quotidien. Dans cette scène très bien dialoguée et très bien jouée (la meilleure scène d’un film qui est avare en scènes fortes), je vois un mari extrêmement vulnérable et elle qui le domine. J’ai un peu de mal à les imaginer former un couple mais ok. Mais surtout je ne vois rien dans cette dispute qui pourrait me montrer un potentiel meurtrier chez l’écrivaine. Lui, se plaint et elle, le gère. On peut faire l’hypothèse qu’elle voudrait se débarrasser de ce corps en trop, de cette faiblesse mais je trouve que ce n’est pas assez traité par le film. Surtout qu’assez maladroitement le film veut nous faire croire qu’elle pourrait se mettre en colère et devenir violente quand il lui fait comprendre que son fils est de son côté à lui. L’accès de violence me semble trop soudain et en décalage avec ce personnage froid et raisonneur, j’y vois un artifice de scenario pour justifier la possibilité d’un meurtre qui sinon serait difficilement explicable. Le film ne ménage pas un grand suspense sur cette question, je ne me suis jamais dit qu’elle pourrait être coupable, je n’ai jamais ressenti ce vertige là. Je ne la vois jamais dans le film comme quelqu’un qui pourrait tuer. J’aime beaucoup Huller et je la trouve toujours juste quand elle dit ses répliques mais son personnage ne m’apparait pas non plus d’une grande crédibilité comme épouse et mère. Bon, c’est un être atypique et singulier donc ça peut passer mais je trouve dommage que – comme dans Shining – on n’ait pas de scène du quotidien avant la crise. De manière générale, je trouve le film très théorique. Phanthom Thread est un film beaucoup plus tordu et en cela improbable sur le couple mais il semble qu’il touche beaucoup plus juste sur ce que c’est que de partage son quotidien avec un autre, sur les rapports de pouvoir au sein du couple, sur l’interdépendance qui se crée etc.
      Sinon j’aime bien le début, très intrigante et prometteuse ; j’aime bien l’enfant (même s’il est trop jeune pour comprendre que son père parlait de lui et non du chien quand il évoquait la disparition d’icelui) et son ouverture très propre aux enfants. Le film est aussi très bien dialogué de façon générale – j’aime bien ce qui dit la mandataire sur le doute ou Huller sur l’impossibilité de la réciprocité dans le couple.

      • #17406 Répondre
        Dr Xavier
        Invité

        Micro-détail concernant « Je n’ai pas bien compris pourquoi dans certains cas la salle d’audience était vide et à d’autres moments elle était bondée » : il m’a semblé que le huis clos était prononcé lorsque Samuel – mineur donc – témoignait ?

        • #17407 Répondre
          Dr Xavier
          Invité

          (il faut bien sûr lire Daniel…)

          • #17411 Répondre
            Charles
            Invité

            Je me suis posé la question mais je ne crois pas que ce soit dit et ce n’était pas uniquement le cas pour la déposition de Daniel.

            • #17432 Répondre
              Ostros
              Invité

              J’ai pensé la même chose sur le huis clos lors du témoignage de Daniel. Ce n’est pas dit mais on devine sur le moment que c’est une décision de la présidente. Et c’est confirmé plus tard par la scène dans son bureau où la présidente lui dit qu’il n’assistera pas à une audience car elle sera trop difficile à gérer pour lui. Elle le préserve.
              A part pour Daniel je n’ai pas souvenir d’autres moments où la salle était vide.
              Mais on peut penser que dans le cas où la journée de procès s’étend au-delà d’une heure raisonnable (18h ou 19h) peut-être que chacun est rentré s’occuper de ses obligations. Le degré de fréquentation de la salle indiquerait les heures qui passent (périodes pleines, périodes creuses) et que Sandra soit elle toujours là à subir les accusations pendant que les gens disposent de leur liberté pour rentrer ce eux.

      • #17439 Répondre
        Dr Xavier
        Invité

        « Le film ne ménage pas un grand suspense sur cette question, je ne me suis jamais dit qu’elle pourrait être coupable, je n’ai jamais ressenti ce vertige là. » –> Moi non plus ; et c’est pour ça au contraire que j’étais tendu tout du long. Si l’indécision prime, on se demande si elle est coupable, si elle ne l’est pas, quels sont les indices, on devient enquêteur « distant et neutre » (j’exagère volontiers). Mais si on en a pris son parti, alors la tension (me) vient que chaque élément, chaque parole – et en particulier chaque parole pour sa défense – pourra être retournée contre Sandra.

        • #17441 Répondre
          Charles
          Invité

          Dans le sens où tu as peur pour elle? Moi ce n’est pas mon cas car je ne m’identifie pas à ce personnage – ce qui n’est pas un problème, je m’empresse de le dire… – son sort m’indiffère assez en fait.

          • #17448 Répondre
            Dr Xavier
            Invité

            Dans un sens plus cérébral : comment se défendre d’une chose que l’on n’a pas faite ? (j’ai senti la charge de la preuve s’inverser, la défense devant prouver un négatif). Quelle composition se donner, comment jouer juste, ne pas trop en faire, ne pas tomber dans les chausse-trappes, etc.
            (mais comme indiqué plus haut, j’ai aimé ce film pour la peut-être mauvaise raison qu’il met en relief les textes que j’ai pu lire sur le sujet)

    • #17397 Répondre
      amour
      Invité

       » (la meilleure scène d’un film qui est avare en scènes fortes),  »
      « Phanthom Thread est un film beaucoup plus tordu et en cela improbable sur le couple mais il semble qu’il touche beaucoup plus juste sur ce que c’est que de partage son quotidien avec un autre, sur les rapports de pouvoir au sein du couple, sur l’interdépendance qui se crée etc. »

      Tu fais là, t’as plus belle analyse d’un film. Bravo, tellement juste. Respect même.
      Elle pompe beaucoup. Elle est bonne mais pas grande.
      Phamtom, étant mon film de chevet.
      Je redis bravo.

    • #17451 Répondre
      Charles
      Invité

      Très intéressant le numéro de Sortie de secours : https://open.spotify.com/episode/3odcpaiu9dNb6osaIGtu0K?si=dcc6e8f2f1934c7a&nd=1

      • #17465 Répondre
        François Bégaudeau
        Maître des clés

        La Gene est sans doute dix fois moins intéressante, mais il y est question de la torsion américaine du dispositif judiciaire, qui a l’air de t’intéresser. Avec même une ou deux hypothèses pour l’expliquer : d’où elle vient, et ce qu’elle produit.

        • #17473 Répondre
          Charles
          Invité

          Oui j’ai écouté ça, je recommandais le podcast concurrent car tout le monde écoute ici la GO, personne n’a donc besoin de moi 2 mois après pour aller l’écouter. Ce que tu y dis m’intéresse sans totalement me convaincre. J’y reviendrai.

          • #17491 Répondre
            Charles
            Invité

            Je comprends que Triet ait voulu ellipser, triturer ou tordre le procès. Mais un truc m’interroge : elle dit en interview avoir voulu sortir de la représentation américaine du procès, que ce soit bien un procès à la française sauf qu’elle fait presque l’inverse. Cet objectif est même assez surprenant car le cinéma français produit des films de procès globalement assez réalistes, plus que le sien ou au moins autant (St-Omer, Goldman, un avec Luchini qui date un peu). Je perçois bien qu’elle ait voulu alléger le procès en évitant les morceaux de bravoure rhétoriques des parties, des voix qui portent, des grandes déclamations ou énervements plus ou moins feints. Sauf que Reinartz n’est pas raccord avec ça. Reinartz fait bien un numéro, mais à sa façon. Son personnage fait le malin et je ne comprends pas vraiment ce qui y est recherché là-dedans. Est-ce que Triet a voulu figurer de façon originale la machinerie judiciaire qui ne lâche pas sa proie et qui serait sexiste (d’ailleurs, peut-on trouver que la correction de la chercheuse quand la présidente l’appelle Mademoiselle n’est des plus subtiles pour figurer cela?)? On troque une facticité pour une autre mais est-elle plus intéressante? Moi elle m’a assez vite lassé. Je suis régulièrement sorti du film lors de ces scènes de procès quand j’ai vu se rejouer d’une façon faussement différente les joutes verbales qu’on déjà vues mille fois avant.

            • #17492 Répondre
              Charles
              Invité

              Je rajouterai autre chose sur la dimension film de couple du film. J’adore l’affiche. Vraiment, je trouve que c’est l’une des plus belle que j’aies vues. Cette captation d’une intimité, d’un moment joyeux et qu’on devine parfaitement banal. J’ai été déçu de ne pas retrouver cela dans le film. De ne voir chez Huller qu’une raisonneuse somme toute parfaitement mesurée et juste qui ne déborde jamais ou alors d’une façon peu convaincante (la fin de la scène de dispute). C’est dans la première scène du film, une des plus réussies qu’elle est la plus intéressante. Elle flirte avec la chercheuse (de façon évidente, c’est pour cela que la révélation de sa bisexualité n’en est pas vraiment une), a l’air agacée par la musique mais de façon assez bizarre, pas comme quelqu’un de normal car elle devrait être plus énervée que ça et semble au contraire en jouir. Là, je la trouve ambiguë, séduisante mais presque dangereuse. Plus rien de tout ça après, où je ne verrai pas un monstre de froideur, mais quelqu’un de brillant tout en contrôle sans que cela soit pathologique ; jamais effrayante alors que le film est censé laisser penser qu’elle pourrait avoir tué son mari.

            • #17493 Répondre
              Seldoon
              Invité

              Ce que fait beaucoup le personnage de Reinartz, beaucoup plus que tous les autres, c’est de la rhétorique, presque « pure ». A deux ou trois punchline d’autres personnages près, il est le seul à être sur ce régime. C’est particulièrement frappant quand il perd définitivement un point : au lieu de conceder ou même de s’enfermer dans un déni, il lache une vacherie qui déplace et embrouille tout. D’où une façon plus théâtrale de discourir, de jouer.

              • #17494 Répondre
                Seldoon
                Invité

                (Je suis d’accord avec le fait que Reinartz dans ce film est bien plus « Dupond-Moretti » que ce qu’en dit Triet, il est simplement plus jeune. Le face à face avec Arlaud n’en est que plus intéressant, un face à face de biais)

              • #17495 Répondre
                Charles
                Invité

                Je ne trouve pas qu’il soit dans la rhétorique pure puisqu’il part toujours des faits. Mais qu’est-ce que cela apporte de faire jouer l’Avocat général et d’écrire son rôle comme si c’était l’avocat de la défense? Vraiment, je ne suis pas là pour chipoter et compter les points de réalisme, mais il s’agit là d’une vraie décision de mise en scène et de direction d’acteurs de Triet, pas d’une simple méconnaissance de la pratique judiciaire ou d’une licence pour que la fiction passe mieux. Surtout que ça ne donne pas des résultats toujours très probants, par exemple quand il fait la distinction probable/possible, j’ai trouvé ça lourdement écrit, peu subtil. Alors vous me direz que c’est une façon de tourner en ridicule l’accusation mais c’est affaiblir sa cible pour s’en moquer à peu de frais.

                • #17503 Répondre
                  Seldoon
                  Invité

                  Il part des faits mais plonge dans la rhétorique au premier obstacle. Je ne sais pas si c’était malin de filer ce rôle à l’avocat général, je sais que j’aime bien que ce type de discours soit représenté parmi tout le catalogue.

                  • #17531 Répondre
                    Tony
                    Invité

                    Ils sont vraiment trop forts ces américains,ils m’ont donné envie de voir ce film, ça a l’air dément

                    • #17539 Répondre
                      Famille
                      Invité

                      Tony, prends garde à ce que tes désirs les plus secrets ne deviennent réalité, à savoir la création d’une franchise, Anatomie d’une Chute 2, Anatomie d’une Chute dans les escaliers, Anatomie d’une Chute sur le verglas….

                      • #17542 Répondre
                        Tony
                        Invité

                        Rires,j’ai quand même quelques doutes sur le bouche à oreille,un micro trottoir à la sortie des salles américaines m’intéresserait.

    • #17478 Répondre
      lison
      Invité

      test

    • #17496 Répondre
      François Bégaudeau
      Maître des clés

      Lison a essayé de faire passer ces lignes sur Sortie de secours :
      « C ‘est la deuxième fois que j’écoute ce podcast , je les avais trouvés bien légers et approximatifs avec Vers un avenir radieux et Voyage en Italie ( avec l’insupportable JF Rauger qui a complètement raté le film), et là je les ai trouvés assez insupportables., notamment sur ce développement qui ne va nulle part sur le public du film, Télérama, la Palme, les Oscars, etc.., et beaucoup trop de choses sur ce qu’aurait pu être le film, et sur ce qu’elle aurait dû insinuer ( mais précisément les pistes qu’ils évoquent, beaucoup de spectateurs y ont pensé sans que Justine Triet n’ait à trop insister ). C’est vraiment une des qualités du film, la place laissée au spectateur.
      Mention spéciale pour celui qui présente et pour cette phrase de Murielle Joudet  » c’est une écrivaine POL de base qui écrit mal , quoi  » et aucun pour lui dire : qui écrit mal plutôt comme Nathalie Quintane ? plutôt comme Emmanuelle Bayamack Tam? ou plus récemment comme Neige Sinno ?
      Bref, ni fait ni à faire comme disait ma grand mère. « 

    • #17501 Répondre
      Tony
      Invité

      Murielle Joudet vise souvent à côté, dernièrement je l’ai entendu sur RAZ et elle n’a rien compris,non seulement elle s’est ennuyée mais en plus elle ne comprend pas le choix d’un prince saoudien,elle aurait trouvé plus intéressant que le gang braque un ministre de Macron…

    • #17505 Répondre
      lison
      Invité

      Elle a vraiment dit ça ?
      Et que l ‘ancien tireur d élite soit un instituteur à la retraite ?

    • #18036 Répondre
      Mélanie
      Invité

      Bonsoir,
      Vu le film hier, + La GO.

      François j’aime bien quand tu évoques la relation mère-fils qui n’est pas innée, qu’ils essaient de s’ajuster l’un à l’autre.

      Charles j’ai lu avec intérêt ce que tu dis du procès. Pour le couple, ou Sandra en épouse et mère, en quoi ça te parait pas crédible?

      D’accord aussi pour la possibilité d’un sentiment de soulagement.

    • #18072 Répondre
      Charles
      Invité

      Je partage un article de la revue juridique Dalloz sur le film, pas inintéressant :

      « Anatomie d’une chute : juger ou rendre la justice ?
      PÉNAL
      Un vent de réactualisation du film de procès semble souffler dans l’esprit des scénaristes français ces dernières années. Anatomie d’une chute (J. Triet, 2023) paraît en constituer l’acmé mais la caméra scrute les palais de manière particulièrement resserrée ces derniers mois : Saint-Omer (A. Diop, 2022) qui s’est également vu auréolé de plusieurs prix, le plus discret Toi non plus tu n’as rien vu (B. Pollet, 2022), la farce Mon crime (F. Ozon, 2023) et nous attendons la sortie prochaine du Procès Goldman (C. Kahn, 2023). Nous pouvons également citer Les choses humaines (Y. Attal, 2021) qui adaptait le célèbre roman de K. Tuil.

      Si le genre de film de procès reste farouchement accolé aux films américains avec Douze hommes en colère toujours placé au Panthéon du genre (S. Lumet, 1957) il semble que la Palme d’or 2023 ait tenté de rappeler que l’hexagone n’avait rien à envier à ses célèbres modèles. Anatomie d’une chute, ne cherche d’ailleurs pas à nous enfermer dans une salle d’audience mais incite à nous éclairer sur l’acte de juger en lien avec la nature humaine et plus généralement la valeur de la parole et de l’interprétation.

      par Marie-Odile Diemer, Maître de conférences de droit public, CERDACFF, Université Côte d’Azur, UPR 7267le 15 septembre 2023

      La rentrée cinéma devrait réjouir les juristes grâce à la sortie fin août de la Palme d’or de cette année. Les juristes pénalistes se donneront pourtant à cœur joie des défaillances du scénario, des aberrations juridiques ou des contradictions patentes qui forment le fond des critiques des films de procès. Toutefois, le juriste cinéphile tentera de s’abstraire de toutes ces imperfections pour plonger au cœur du film et lui trouver tout de même un attrait juridique au-delà d’une représentation parfois faussée de la procédure : finalement qu’est-ce que juger ?

      Plus globalement, que signifie émettre un jugement dans le sens d’une opinion, face à un verdict et à la rigueur du droit ? Justine Triet tente justement de décortiquer cette confusion sémantique dans le langage courant et dans le langage juridique en les réunissant dans ce qui constitue le sanctuaire du jugement : une salle d’audience.

      « Pourquoi appelons-nous « jugement » l’acte de juger ? Au regard de l’histoire de la langue, ce mot constitue une surprise, sinon une anomalie » avait pu justement souligner R. Jacob (La grâce des juges, PUF, 2014, p. 201)

      Le « jugement » convoque en effet des théories dans des domaines extrajuridiques : la sociologie, la philosophie ou encore la psychologie s’y sont intéressées et l’ensemble des significations dans ces matières ne renvoie pas seulement à l’acte du juge institutionnel. Dans ces perspectives, le jugement n’est pas synonyme de verdict mais il est parfois proche du préjugé et de tout ce qu’un homme ou une femme peut penser sans connaître la vérité.

      J.-P. Sartre évoquait à juste titre dans Huis clos : « tous ces regards qui me mangent » (Gallimard, 1944). Le juge en chacun de nous qui émet constamment un avis, qui conserve une pensée et qui catégorise les actes et les gens constitue la substance du film. Dans un film de procès, la mise en abyme est évidente puisque le spectateur est également celui qui participe du jugement, au sens juridique et dans le sens commun. Le spectateur devient la personnalisation de l’opinion publique, toujours vindicative et tranchante. « Le procès ne sert pas à trouver la vérité » dira d’ailleurs à un moment du film l’avocat à l’accusée. La vérité judiciaire est en effet parée de doute, elle n’est que le reflet des preuves présentées au procès et de l’intime conviction du jury.

      Toutefois, l’aspect strictement juridique n’intéresse pas forcément la réalisatrice. Ce qui semble la motiver est : comment concilier cette vérité multiple face au cadre rigoureux du droit ?

      Justine Triet travaille ainsi beaucoup sur l’interprétation et la mésinterprétation des faits, la réalité et la fiction et entreprend un énorme travail sur ce qu’est l’écoute à travers toutes les possibilités d’exprimer des sons que ce soit le bruit, ou encore la musique et bien évidemment la parole. À travers le personnage de l’enfant aveugle, la métaphore est déjà évidente et ne cesse de se poursuivre. Que veut-on bien entendre, que refusons-nous de voir, qu’oublions nous volontairement ou pas ?

      Ce travail sur le son débute d’ailleurs dès la scène d’ouverture, magistrale, accompagnée d’une musique assourdissante et répétitive qui nous annonce clairement l’ambiance et surtout nous prévient du drame à venir.
      L’utilisation de la musique pour traduire le temps qui passe se réalisera également par l’apprentissage par l’enfant du couple d’un morceau de piano qui sera répété jusqu’au procès. Mais le son n’est pas que musique, il est aussi bruit. Lorsqu’un enregistrement audio est présenté au tribunal, tandis que les personnages n’auront que le son, les spectateurs du film auront les images. Toutefois, le flash-back est coupé. C’est le son qui fera le reste. Grâce aux éclaircissements de l’accusée sur les faits, ce qui nous semblait évident à entendre se révèle douteux dans l’entendement.

      La dispute elle-même est le lieu du point de vue : ce qui peut sembler tout à fait légitime à l’un est profondément injuste pour l’autre.

      Le film décortique alors sans cesse ce qu’est la perception, l’impression, le ressenti et presque la croyance.

      Dans cette perspective et au-delà du son, du bruit et de la musique, l’autre élément central du film est justement la signification de l’absence de parole. En lien avec ce qu’est la perception mais qui relève presque de l’intuition, ce sont aussi les mots, les non-dits ou les silences qui rythment le film. On ne verra par exemple pas les plaidoiries finales qui font pourtant souvent le sel du film de procès à l’instar d’Une intime conviction (A. Raimbault, 2018), Le génie du mal (R. Fleisher, 1958) ou Philadelphia (J. Demme, 1993) pour ne citer qu’eux. J. Triet joue donc avec les classiques et cherche la nouveauté tout en conservant ce thème de la perception du jugement.

      La vérité judiciaire devient polygonale et difficile à lire, elle renvoie tout simplement à une vérité humaine qui ne peut absolument pas être lisse.

      Le miroir sans cesse tendu au spectateur est particulièrement réussi. On s’interroge ainsi constamment sur la culpabilité de l’accusée tout en étant renvoyé à notre propre façon d’apposer un avis sur l’autre. Le film fait ainsi écho à Justice est faite d’André Cayatte (1952), qui face à une accusée atypique, un peu comme Sandra Hüller dans Anatomie d’une chute déconcerte le jury et les spectateurs. Elle est dépeinte comme une femme forte, qu’on dit libre et indépendante. Elle est ainsi d’ores et déjà figée dans un jugement hors du droit par les jurés qui sont pourtant conduits à apposer un verdict juridique potentiellement sévère. Une telle femme est forcément coupable. Justice est faite va ainsi adroitement scruter la vie de chaque juré pour en souligner également les failles.

      Les scènes de procès peuvent elles aussi d’ailleurs s’envisager de manière ambivalente. L’avocat général est particulièrement caricatural dans sa manière de s’acharner sur l’accusée. La manière de filmer le prétoire reste également assez classique sauf quelques exceptions. Mais c’est finalement là l’intérêt : Justine Triet cantonne aussi les personnages dans les rôles et postures qu’on assigne souvent aux protagonistes d’un procès médiatique : l’avocat général personnifiant le préjugé, l’avocat de la défense la réflexion face à un auditoire non acquis à sa cause, et l’accusée peut parfois nous sembler être de mauvaise foi ou mentir. Nous sommes encore renvoyés à nos propres a priori dans ce qu’est la justice.

      Le choix du terme anatomie, faisant écho au titre anglais d’Autopsie d’un meurtre (O. Preminger, 1959) ne peut donc que renvoyer prosaïquement à l’humain et donc à la volonté de décortiquer cette âme humaine dans ses convictions, ses préjugés, et ses points de vue et c’est ce que réussit brillamment la réalisatrice.

      On pourra d’ailleurs décortiquer encore à l’envi le film et tous les thèmes qu’il soulève comme par exemple le féminisme et la place de la femme dans le couple dans le contexte d’une société post me too.

      Si la vérité judiciaire possède plusieurs angles, Anatomie d’une chute en possède également des dizaines et constitue une Palme d’or qui fera certainement encore et encore parler d’elle. »

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