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BIOGRAPHIE, le il y a 11 mois et 3 semaines.
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Isaac
InvitéOn dirait qu’une partie de la droite, très attachée à la « liberté d’expression », se plaît à fétichiser certains « anarchistes » comme Céline, Léon Bloy ou encore Marc-Édouard Nabe
Bien qu’ils n’aient pas été de droite, je serais tenté d’élargir cette liste prototypique à Brassens et Ferré
Il me semble en fait qu’une certaine droite tient à des figures individualistes parce qu’elles seraient une sorte de preuve de la supériorité de l’occident qui aurait dépassé l’esprit de tribu
Bref: il y a une sorte d’anarchisme paradoxal, qui flirte avec une sorte de fascisme, ou une complaisance avec celui-ci, qui remonte peut être au marquis de Sade (imposer son désir sans considérer celui des autres comme étant une limite: c’est anarchiste ou fasciste?)
Cette minorité absolue du « je », qui fétichise parfois la marge sans en faire un sujet politique, ces cyniques, pourquoi sont ils si minables, désespérés, hargneux voire haineux et pourquoi ça peut être si « bon » artistiquement (je pense à Céline ou le plus actuel et moins connu Jean-Louis Costes)?
Et puis, les discours d’extrême droite sont vécus comme une transgression des tabous qui seraient érigés par la gauche et plus largement la bien-pensance: comment expliquer le geste transgressif d’un discours qui promeut un renforcement de l’ordre établi?
Anars de droite, individualisme blanc, esprit de provoc, liberté d’expression, subversion, trash, sadisme: comment vous appréhendez tout ça? -
Emile Novis
InvitéTu oublies une catégorie de l’anarchisme plutôt « droitier », « l’anarchisme de droit divin », catégorie revendiquée par Maxence Caron, catholique fervent qui utilise cette « invention conceptuelle » (je reprends ses mots) avec une pointe de provocation et un petit peu de sérieux. La lecture de cet auteur est parfois difficile : où est la dérision? Le pamphlet qui adhère à sa colère? Son rapport réel à la droite? Toujours est-il qu’il envoie tout valser (vote, démocratie, partis politiques, la gauche, l’extrême droite, etc. avec un certain talent littéraire. Talent dont on peut avoir un aperçu sur le blog qui porte son nom.
Il est connu pour son narcissisme exacerbé, et il revient à chacun de discerner si ce narcissisme, parfois étouffant, est joué ou un peu sérieux quand même.
Il vient de la philosophie, et notamment de Heidegger. Il s’exerce à la littérature, et il s’inspire beaucoup de Murray. Il est par ailleurs musicien.
En philosophie, je peux juger : il est un vrai connaisseur de Heidegger et Hegel, et ses travaux sont reconnus pour de bonnes raisons. Sa philosophie chrétienne (sa théologie) est très forte en ce qu’elle soulève des problèmes fondamentaux, même s’il tend à reconstituer un système qui rencontre les critiques qu’on adresse généralement aux systèmes en philosophie.
En littérature, j’ai lu son Microcéphalopolis : j’ai un peu de mal avec le style, même si on y trouve des images parfois fulgurantes sur la société actuelle.
Il a écrit un livre sur l’art comme résistance à l’implication politique. J’aimerais le lire, mais je n’ai pas encore eu le temps.
En musique, ses travaux sur Bach et les nombres (pour le dire vite) sont très critiqués par certains et applaudis par d’autres, mais je ne peux pas juger. Néanmoins, ses interprétations de différents compositeurs sont belles (on en trouve sur son site).
Il semblerait qu’il soit rentré dans la « vie consacrée », comme il le dit lui-même (vœu de silence, vœu de chasteté, etc.). Il ne fait donc plus d’interventions publiques depuis pas mal de temps, mais il écrit parfois dans le Service littéraire.
C’est une personnalité complexe, assez instable sur certains aspects, dans le sens où nous ne sommes pas indifférent à ce qu’il dit, mais on ne peut pas le suivre véritablement pour autant.-
Emile Novis
InvitéVoici des petits extraits qu’on trouve sur son site :
« La peinture est l’effort auquel est soumise la matière pour devenir lumière. Et les couleurs sont les différents chemins et les différents moyens que cet effort emprunte ».
« Le temps est l’ombre aimante de l’éternité ». -
Emile Novis
InvitéVoici une « prospective » sur 2027 qui situe un peu le bonhomme dans son rapport à la chose politique (extrait de son bloc notes du Service littéraire, qu’on trouve aussi sur son site):
« L’élyséenne stratégie du Pdt. Maquereau pour 2027 n’a pas encore fait l’objet d’une analyse lucide. Les choses sont pourtant claires aux yeux du non-rééligible aigrefin. Lorsqu’il aura tout accompli pour abaisser sa fonction au caniveau et se rendre imbuvable à son peuple, ce à quoi s’emploie et se surpasse la bassesse de son naturel, lorsqu’il aura provoqué cette victoire électorale des héritiers du fascisme, qu’il prévoit et prépare, alors, en un instant, les « insoumis » de la gauche totalitaire lanceront leurs milices contre le parti tout juste élu ; ils ont en effet ce marxiste espoir que naisse une conscience de classe et que les communautés allogènes les rejoignent afin de leur offrir la prise du pouvoir. Cette atmosphère de coup d’État qu’espère la gauche de gauche, commencera à l’annonce des résultats du scrutin, alors même que l’ancien mandat est actif et que la passation de pouvoir est lointaine. La Présidence de la République n’aura donc plus qu’à invoquer « l’intérêt supérieur de la nation » pour que l’article 16 de la Constitution apparaisse comme un moindre mal, et que soient ainsi votés les pleins pouvoirs au sortant. Parmi les soupirs de soulagement et le plus légalement du monde, voici finalement désigné dictateur extraordinaire celui même qui n’avait plus droit à l’exercice de l’autorité.
La situation de tension entre les deux extrémités de « la droite » et de « la gauche » étant installée pour longtemps par la tyrannie centriste même qu’est devenu l’État occidental, il n’existera jamais aucun motif suffisant pour que les institutions entendent dispenser le pays de la nécessité d’une tyrannie. Au peuple on dira que c’est pour son bien et pour le salut de la république : « Lorsqu’un mauvais coup se mijote, il y a toujours une république à sauver », explique Le Président de Simenon joué par Gabin.
C’est beau comme un mois de juillet 1940, et ce ne sera qu’un mois de mai 2027. L’humanité a-t-elle entre-temps appris quelque chose ? Non. Mais moi j’ai appris ceci : à quoi bon laisser aux peuples le vote s’ils n’en usent qu’à élire des dictateurs afin d’être protégés des despotes […]
L’homme nomma « progrès » de commander à la matière, mais il ne prit pas garde de s’y obnubiler. »-
françois bégaudeau
InvitéBelle plume effectivement
Belle plume gachée par elle-même
La plume de droite ne peut pas s’empecher de déborder, c’est plus fort qu’elle
A coté de bonheurs comme « L’homme nomma « progrès » de commander à la matière, mais il ne prit pas garde de s’y obnubiler. », il faut qu’elle se vautre dans du « Pdt. Maquereau »
Le grand problème éternel de la plume de droite c’est l’incontinence (et bien sûr, ça va de pair, la grossièreté de l’analyse)-
Isaac
InvitéTu dis vrai
Il y a toujours cette tendance à « tout lâcher »: mais est-ce que ça ne peut pas être intéressant ce débordement de l’inconscient sur le texte? Pourquoi un texte devrait-il être retenu? Est ce qu’on touche pas là à ce qui différencie leur individualisme du tien? Dans le sens où leur manière d’écrire, c’est fondamentalement « rien ne va m’empêcher d’écrire ce que je veux écrire »
D’un autre côté, c’est sûr que la manière qu’ils ont de se poser individuellement en surplomb des situations politiques pour en montrer ce que « personne ne voit » parce qu’ils se prennent souvent pour des sortes de mystiques, pour faire des grandes prédictions afin d’affirmer, qu’au fond, tout ça ne sert à rien, que tout ça n’est qu’un jeu et que ça ne changera fondamentalement rien, est minable
Pourtant, l’histoire leur donne rarement tort et c’est peut être pour ça qu’il y a une extase à se sentir minable et désespéré aux côtés de ces auteurs, lâcher prise et admettre l’impuissance et le ridicule qu’on se cache (mais c’est bien triste et on voit bien comment ce sentiment est favorable à l’ordre établi)
Autant faire peur aux injustes avec Dieu, dont on n’est pas tout à fait sûrs qu’il n’existe pas, puisque le reste ne fonctionne pas… -
Emile Novis
Invité@FB
« Belle plume effectivement
Belle plume gachée par elle-même »
Oui, c’est toujours l’impression qu’il me donne, et qui fait que je suis toujours curieux de le lire, mais que j’ai un petit sentiment de gâchis qui persiste et qui empoisonne le tout.
Il avait d’ailleurs dit, je ne sais plus où, que le jour où il écrira plus sobrement, à la manière de Descartes, il commencera à être sérieux. Le fait est qu’avec lui, on ne sait jamais trop ce qui est joué et ce qui ne l’est pas – en tout cas, moi, j’ai bien du mal à le savoir, ce qui contribue à l’intérêt que je lui porte de temps en temps.-
Emile Novis
InvitéD’ailleurs, ce débordement dont tu parles est omniprésent dans Microcéphalopolis, et j’ai remarqué que certains écrivains de droite justifient ce style en se réclamant de Rabelais. Chacun jugera de la pertinence de cette filiation. En ce qui me concerne, je ne connais pas beaucoup Rabelais, car je ne suis jamais vraiment rentré dedans.
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françois bégaudeau
InvitéRabelais est beaucoup moins hâbleur et beaucoup plus conteur.
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baptiste
Invitémerci pour la découverte de ce mec. il me semble qu’on peut faire de la philosophie avec tout et n’importe quoi. c’est heureux pour lui qu’il ai rejoint un couvent. bientôt il écrira peut-être des livres sur le pardon et l’amour du prochain. bref on fait son feu de tout bois. son personnage me déplaît
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Emile Novis
InvitéLe personnage est déplaisant, c’est assez clair, et d’ailleurs il force sans doute le trait. Il se déclare misanthrope parce que chrétien, étant donné la doctrine du péché originel: son premier réflexe lors d’une rencontre est toujours la détestation de son prochain.
Je parle du personnage public, évidemment.
Il n’est pas rentré dans un couvent : il existe des formes de vie consacrées qui se passent dans la société, en dehors des monastères. Il travaille dans l’édition, et il dirige des collections de livres classiques aux dernières nouvelles.
Il n’empêche que sa « plume gâchée par elle-même » ne peut laisser totalement indifférent un lecteur qui aime lire, d’autant plus qu’il semble conscient de son propre problème, puisqu’il invite lui-même à plus de sobriété dans l’écriture.
Le fait est qu’il a un talent indéniable, mais qu’il se vautre dans un style qui nuit à l’ensemble. C’est pourquoi j’éprouve toujours une forme d’attraction-répulsion envers ce genre d’écrivain.-
baptiste
Invitécomme quelqu’un l’a dit précédemment dans la discussion il « manque » de tendresse. c’est ce que je déteste dans le pamphlet, caricature, texte à charge et autre démonstrations : pour se rendre plus fatal, l’auteur semble se forcer, sortir de la franchise et s’efforcer dans du faux, du fake. gâcher sa plume.
dommage qu’il ne soit pas entré au couvent, j’aurais eu beaucoup d’estime pour un tel geste de cohérence et de paix de la part d’un misanthrope. espérons qu’il édite sans trop nuire, sans trop faire d’apologie de la souffrance.
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françois bégaudeau
Invité« Cette minorité absolue du « je », qui fétichise parfois la marge sans en faire un sujet politique, ces cyniques, pourquoi sont ils si minables, désespérés, hargneux voire haineux et pourquoi ça peut être si « bon » artistiquement »
Précisément la hargne empêcha Céline de devenir le grand artiste qu’il aurait du ou pu être.-
Emile Novis
InvitéLa hargne, voire la haine, est récurrente chez certains écrivains de droite (Caron, Murray, Céline), et c’est vrai que ça donne une lecture pénible, avec un sentiment permanent de condamnation tacite de la vie. On le retrouve dans le style, notamment Murray, où on sent parfois que la construction de la phrase est pensée pour détruire la cible décrite. Et la caricature, qui fait une satire du monde et de l’homme, et qui vise toujours un peu une forme de destruction de l’objet caricaturé. La caricature exprime des affects que je n’aime pas trop en art, au point de se demander si c’est vraiment de l’art.
C’est Baudelaire, pourtant souvent assimilé à la droite, qui m’a fait sentir cela, dans son poème Les petites vieilles, qui délivre peut-être une clef de l’art d’écrire : c’est par l’amour que le poète peut voir ce que plus personne ne regarde, exemplairement ces petites vieilles parisiennes qui n’existent plus aux yeux de la foule, et que le poète est capable de montrant en sondant en elles toute la profondeur de la vie – la vie passée et la vie qui reste encore:
« Dans les plis sinueux des vieilles capitales,
Où tout, même l’horreur, tourne aux enchantements,
Je guette, obéissant à mes humeurs fatales
Des êtres singuliers, décrépits et charmants.Ces monstres disloqués furent jadis des femmes,
Éponine ou Laïs ! Monstres brisés, bossus
Ou tordus, aimons-les ! ce sont encor des âmes.
Sous des jupons troués et sous de froids tissus »
Pour prolonger la discussion sur l’amour, je dirais que les écrivains très droitiers manquent souvent de miséricorde.-
Emile Novis
Invité*montrer
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Isaac
InvitéMais à quel point l’amour des vieilles est un mépris de la foule?
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Claire N
InvitéOui – de miséricorde – envers eux même ? Un crapaud parmis les crapauds – j’entends la complainte du mal aimé
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Claire N
InvitéL’artifice de la durete qui ne saurait duper l’odeur de la plaie béante et gangrenée – j’imagine qu’il le savait, il est poète
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Claire N
InvitéCeci dit grand merci pour cette découverte
Et effectivement si je m’attelle à comprendre
Ceux là que Baudelaire t’as éclairé
J’ai pour ma part emprunté le chemin par Stig Dagerman «
Je suis dépourvu de foi et ne puis donc être heureux, car un homme qui risque de craindre que sa vie ne soit une errance absurde vers une mort certaine ne peut être heureux. Je n’ai reçu en héritage ni dieu, ni point fixe sur la terre d’où je puisse attirer l’attention d’un dieu : on ne m’a pas non plus légué la fureur bien déguisée du sceptique, les ruses de Sioux du rationaliste ou la candeur ardente de l’athée. Je n’ose donc jeter la pierre ni à celle qui croit en des choses qui ne m’inspirent que le doute, ni à celui qui cultive son doute comme si celui-ci n’était pas, lui aussi, entouré de ténèbres. Cette pierre m’atteindrait moi-même car je suis bien certain d’une chose : le besoin de consolation que connaît l’être humain est impossible à rassasier.«
La dernière phrase me paraissant si vrai pour les décrire et si fausse pour vivre-
Emile Novis
Invité@Claire N
Oui, peut-être envers eux-mêmes, tout autant qu’envers ses contemporains aux prises avec les condition humaine, ses petites misères quotidiennes, ses joies et ses peines.
Tu veux dire que Stig Dagerman, que je ne connais pas, t’as montré quelque chose de similaire au poème de Baudelaire, mais par une autre voie?
@Isaac
Tu veux dire que son amour pour ces petites vieilles, amour non érotique, c’est entendu, serait une occasion de se distinguer de la foule? Je ne le pense pas. Je ne vois pas de mépris de la foule dans cet extrait et dans la suite du poème.
Il me semble que par amour, il faut entendre ici une attention créatrice qui voit ce qu’on ne voit plus, qui perçoit la vie là où tout semble déjà à un pas de la mort, invisibilisé par le mouvement de la ville.
Ce regard de poète n’est pas le regard de caricaturiste : le regard du caricaturiste déforme, défigure, réifie l’individu en extrapolant un trait physique ou psychologique, et il enferme la personne dans une image rigide et sèche. Le caricaturiste souligne ce qu’il n’y a pas dans la vie, là où le poète des petites vieilles voit la vie là où plus personne ne la voit.-
Claire N
InvitéOui
« un sentiment permanent de condamnation tacite de la vie »
Dans la phrase « besoin de consolation impossible à rassasier «
Se consoler de quoi ? D’être vivant ?
Pour moi ça a fait masse-
Emile Novis
Invité@Claire N
Je n’ai jamais trop accroché à ce besoin de consolation. A mon sens, ni l’art, ni la religion, ni la philosophie n’apportent une consolation. Il est question d’autre chose, d’un autre rapport à la vie.-
Claire N
InvitéEffectivement – je te rejoins bien là dessus
Cependant ce que j’essayer d’exprimer en tâtonnant c’est qu’il me semble bien que cet affect présidé à la déception chez certains de ce qu’est la vie, j’y vois même la source d’un cheminement mortifère ( Stig Dagerman a fini par se suicider)-
Claire N
InvitéEt peut-être que la différence se tient en ce que moi je vois « miracle « quand d’autres voient « absurdité «
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Claire N
InvitéMais n’est il pas miraculeux que la vie échappe à tout ce qui tente de la saisir – meme le sens
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Isaac
InvitéIl me semble que la déception que l’on retrouve chez ces gens c’est de ne pas pouvoir être plus que ce qu’on peut être d’après nos limites individuelles
En découle une intolérance au multiple, ou plutôt la frustration de ne pas pouvoir le saisir dans une unité – ce que je peux comprendre
Ça me rappelle l’épitaphe sur la tombe de Guillaume Dustan, qui pourtant représente un tout autre univers: « J’ai toujours été pour tout être »
Là où certains ont été dans le manque, d’autres ont été dans l’excès
Mais comment passer du manque à l’excès? -
PeggySlam
InvitéLe vide ? Dans un sens comme dans l’autre ?
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Claire N
Invité« En découle une intolérance au multiple, ou plutôt la frustration de ne pas pouvoir le saisir dans une unité – ce que je peux comprendre »
Oui , j’aime bien dit comme ça aussi -
baptiste
InvitéClaire N, les suicidés portent-ils leur suicide dans leur ventre de leur vivant ? je ne connais pas de suicidé
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Claire N
InvitéJe ne sais pas baptiste
Ils restent bien souvent un mystère pour leur entourage – l’ananmese n’est qu’hypothèse autopsique
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nefa
Invité« L’artifice de la durete qui ne saurait duper l’odeur de la plaie béante et gangrenée – j’imagine qu’il le savait, il est poète »
Claire N t’es en pleine forme
et me posas direct sur tes épaules,
même si je t’avoue que la phrase aussi m’a pris par les sentiments.-
Claire N
InvitéMerci Nefa
Mais j’ai juste essayé de rapprocher ma langue de celle de Baudelaire – pour un baise en quelque sorte – sans l’égaler bien entendu – ton Eloi lui reviens donc-
nefa
Invitéà deux on est plus fort
ça me rassure encore plus-
PeggySlam
InvitéOn peut être deux avec soit. Par exemple je parle à mon corps et quand je parle à mon corps et avec lons corps je dis nous car y a mon esprit et lui et c’est ce qui nous permet d’être en phase avec nous même et quand il y a un truc qu’on ne sent pas on se dit que c’est pas bon. Et très souvent on a eu raison et ça nous protéger. Les fois où ça nous a pas protéger et que ça nous a mis plus en danger c’est que quelqu’un d’extérieur s’est interposé. Enfin c’est ma conception des choses mais je ne crois pas qu’on ait toujours besoin des autres pour choisir. Être juste en phase avec soi même et dans cette société où tout le monde ou presque joue un rôle je vous jure ça fait du bien d’être tout simplement soi même. Par contre il y en aura toujours pour te faire douter et ça c’est rageant. Enfin c’est ma philosophie en tout cas
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Claire N
InvitéTu as bien raison – en général le corps et bien renseigné sur la situation
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nefa
Invitéà deux avec son corps fonctionne aussi
et je veux bien croire que tu es Mozart en la matière -
nefa
InvitéMozart au sens que tu fus précoce
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PeggySlam
InvitéFaut pas croire. J’ai longtemps ignoré mon corps. C’est un ami qui une fois m’en a parlé. J’avais un peu ri sur le moment et depuis que je pense ainsi je pense à chaque fois à lui car en faite il avait complètement raison. Les rencontres dans une vie même si elles sont brèves parfois, servent à ça aussi. En tout cas très belle discussion avec vous deux et rien que pour ça merci !
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nefa
Invitémise au point qui ne dégradera ma façon de t’apprécier
bises -
nefa
Invitéqui ne dégradera pas
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françois bégaudeau
InvitéPuisse Baptiste lire ce post.
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baptiste
Invitéà ce stade de mes lectures je trouve que toi et baudelaire ne faites pas le même travail; baudelaire parle de monstres qui n’existent pas, en tous cas son image ne me parle pas. ses vieilles sont fantastiques fantomatiques. toi tu ne passes pas par ce genre de figure il me semble
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françois bégaudeau
InvitéJe parlais surtout des lignes sur Muray, écrivain donc je me suis dit, le lisant à la fin des années 90, que je ferais une littérature exactement à rebours de la sienne.
Deux traits vraiment récurrents de la littérature de droite, en tout cas d’un certain pan : l’hypertrophie discursive, le combat.
D’où l’on déduit ce que serait une littérature de gauche
Rien de plus parlant que cette remarque de madame Muray à monsieur quand il envisageait d’écrire un roman : toi un roman? Mais tu ne pourras jamais!! Il faudra toujours que tu la ramènes.
La suite dans Comme une mule.-
baptiste
Invitéje ne connais pas muray, quelques pages lues de lui n’ont rien à voir avec les tiennes. son écriture est impuissante, son bavardage n’engage que lui. excepté son style j’aurais tendance à dire la même chose de caron mais ce serait disserter sans connaître.
la mule est un animal émouvant-
françois bégaudeau
Invitéet faible
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baptiste
Invitéenvers eux la morale commande la charité
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Claire N
InvitéSi on retourne la phrase n’est elle pas plus juste ?
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françois bégaudeau
Invitéah oui tout à fait d’accord
une charité sous injonction morale, on se méfie
la charité la vraie est sa propre cause
la charité d’ailleurs est une faculté, pas une vertu
une faculté de sensibilité à la chair -
Claire N
Invité« une faculté de sensibilité à la chair«
Parfait -
Jeanne
Invité@François
Chair et charité, tu crois que ces mots sont étymologiquement liés ou c’est un hasard ? -
françois bégaudeau
Invitébien sur qu’ils sont liés
Il faut entendre ici chair au sens où le verbe s’est fait chair
(on écrit avec majuscule parfois)
dans la même famille nous avons le charisme
et le groupe Sonny and Cher -
Jeanne
Invitésans compter le 18, département du Cher
merci
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Claire N
InvitéPeut-être qu’il existe dans le cœur de tous les humains une lueur anarchique ; je le prends plus comme « une base «
Je crois n’avoir jamais rencontré personne validant d’un premier élan la domination qui lui est imposé
Pour s’en échapper il me semble bien que c’est à ce point que s’effectue la bifurcation droite / gauche
– dominer pour ne pas l’être
– acter que l’on répugne autant à l’être qu’à l’exercer ?-
françois bégaudeau
Invitéen tout cas, « acter que l’on répugne autant à l’être qu’à l’exercer », on aime bien la tournure
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Claire N
InvitéMerci – j’ai du la voler quelque part
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françois bégaudeau
InvitéVraiment?
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Claire N
InvitéUn peu oui – j’ai arrangé un peu la forme
Mais je l’ai attrapé dans une vidéo
« L’école de la chatte noire «
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PeggySlam
InvitéMerci pour cette vidéo car vraiment je savais que j’étais une anarchiste mais pas du tout pour ces clichés là qu’on peut entendre. Tu me rassures et merci pour le partage !!!
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Claire N
InvitéMais de rien
As tu remarqué comme ce petit théâtre est minutieux ; je crois que j’aurais adoré participer à la fabrication-
PeggySlam
InvitéOoh que oui !!! L’endroit idéal pour rappeler certaines choses avec les mots justes !!!
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Carpentier
InvitéTrès étonnant dans sa facture ce petit théâtre-glossaire politique, drôle aussi dans les moments où la chatte ventile ses émotions face au canard imbu de son plumage; une sorte de père castor félin en plus musclée.
Me remet en tête la vidéo jeunes militants sarkozystes, tiens.
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PeggySlam
InvitéNe pas oublié quand même que beaucoup de choses que ont été créé par les Anars comme l’aide social ont été récupérés par tout partie politique. Je me dis Anarchiste pour tout un gars de raison mais certainement pas pour celle de la droite et encore l’extrême droite …
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Isaac
InvitéComment doit-on devoir (en étant anarchiste)? Une autorité de soi sur soi est-elle nécessaire? Comment concilier le désir de nouer contact avec une diversité d’objets avec la capacité de se concentrer durablement sur une seule chose, un seul objet? Comment concilier l’organisation avec la spontanéité?
Ce sont des questions compliquées je trouve: il y a-t-il un ouvrage qui tâche d’y répondre?-
PeggySlam
InvitéJe continue de découvrir l’histoire de l’anarchie. Et là je vais découvrir Proudhon qui a l’air de défendre ce que je défends dans la philosophie anarchiste. Si vous voulez je vous ferai un retour sur le livre car je pense qu’il répondra à beaucoup de vos questions. L’anarchie est avant tout pour l’humain et qu’il soit autonome pas que pour lui mais pour les autres aussi
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Ema
InvitéJe crois, et c’est dans le thème, que Proudhon fait justement partie de ceux qu’on pourrait traditionnellement qualifier d’anar de droite, (le premier?) du peu que j’ai lu il y avait chez lui une fibre anti moderne, y compris et peut être surtout concernant la condition féminine. Tu nous diras.
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deleatur
Invité« L’anarchie est avant tout pour l’humain et qu’il soit autonome pas que pour lui mais pour les autres aussi. »
J’aime beaucoup cette phrase. -
PeggySlam
InvitéOk ça marche je dirai ça 😉
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PeggySlam
InvitéPour Ema du coup pour la reponse
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PeggySlam
Invité@Claire N, ça y est j’ai commencé la lecture du livre sur Proudhon et qui date de 1947 (trouvé sur un site de revendeur). Et je peux voir à quel point il dérangeait son époque. Il était socialiste mais il voulait que ça soit plus équitable et c’est vrai aussi il voulait un ordre social et de l’église. Ce qui allait à l’encontre de beaucoup de monde. Mais pour l’instant je ne vois rien de droite, il est même souvent cité dans l’histoire de l’anarchisme pour montrer qu’il y a plusieurs manière de penser et de vivre l’anarchie. En tout cas très riche lecture pour le moment même si je ne suis pas d’accord avec tout. Mais je crois qu’il est impossible d’être d’accord avec tout, surtout quand on s’engage parce que pas la même vie sociale. D’ailleurs Proudhon est né d’une famille paysanne en Vendée donc il en a vu des choses. Et il faut pas croire mais comme les communistes, il y a eu beaucoup d’anarchistes assassinés car leurs revendications marchaient. Mais on connaît mal toutes ces histoires là surtout en plus avec le problème du révisionnisme comme on peut le voir malheureusement un peu partout…
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Claire N
InvitéTu sais , j’ai peu lu Proudhon
Mais je crois que Ema faisait référence à son « manque « de féminisme
J’imagine que sur d’autres sujets il reste très pertinent
J’ai souvenir d’un article où il disséquait avec une grande finesse le « repos dominical « et son aspect émancipateur pour l’ouvrier alors même qu’il était imposé par la religion
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Ellington
InvitéLa droite n’aime pas Nabe. Personne n’aime Nabe. A part 17 nabiens acharnés dont je fais parti. Tous enfants uniques comme lui d’ailleurs (pour apporter un caillou à ce topic).
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PeggySlam
InvitéAlors lui sans moi
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Isaac
Invité@Ellington
C’est quoi être nabien selon toi? Pourquoi tant de plaisir pris à être la minorité absolue du « je »?-
Ellington
InvitéC’est un terme abusif et un peu moqueur. Mais tu ne crois pas si bien dire, Nabe c’est l’écrivain du « Je », même le moi est de trop.
Ça m’a parlé physiquement dès les 1eres lignes.
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PeggySlam
InvitéAlors je retire tout ce que j’ai dis sur Proudhon. C’est bien un droitard même un antisémite. J’en ai parlé avec mon frère. Donc à rayer de la liste de ce quui répond à ma philosophie de l’anarchie. Comme quoi toujours vérifier ses sources !
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Claire N
InvitéHum – si tu cherches quelque chose de limpide
Je me permets de te renvoyer au livre d’Elisee Reclus « l’anarchie «
J’ai beaucoup aimé aussi Pierre Kropotkine « paroles d’un Revolté « qui est de ce que m’a dit Alain m en accès libre-
PeggySlam
InvitéSuper ! Merci beaucoup ! N’hésitez pas surtout à me proposer des ouvrages comme là car je suis en perpétuelle recherche de questionnement pour justement évoluer ma réflexion. Merci Claire !
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PeggySlam
InvitéMon frère m’a fait partager ce documentaire sur l’anarchisme. Ça en dit long :
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Emile Novis
InvitéDeux flèches de Maxence Caron sur son blog. Il y est question du vote de la part de celui qui se proclame, avec un mélange d’humour et d’arrogance, « anarchiste de droit divin ». Il est ce qu’il est, avec ses accès « d’incontinence » parfois, mais il sait aussi écrire de manière construite.
.
« Le vote, l’escroquerie du scrutin… Cette façon de souligner en d’ivres obscénités combien chacun est à peine assez consistant pour s’élever à l’infinitésimal, avant de ne valoir plus rien… L’on eût finalement moins de mépris pour l’opinion d’un esclave que pour celle de l’individu que l’on assigne ainsi à la flouerie d’être « citoyen ». Car s’il est permis de tout ôter à la liberté en échange de l’hypothétique octroi qu’on lui fait d’elle-même, il faut à la servitude qu’elle sente avoir au moins sa place pour y travailler avec efficacité. «
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« « Un homme serait complètement esclave si tous ses gestes procédaient d’une autre source que sa pensée, à savoir ou bien les réactions irraisonnées du corps, ou bien la pensée d’autrui. » (Simone Weil, 1934)
C’est exactement à ce multitudinaire format d’énergumène que l’on donne suffrage d’aller réélire ses maîtres : plongés dans l’ignorance de tout, haïssant la transcendance, ils ne se sentent plus la moindre conscience, mais ils se sentent un devoir d’aller voter. «
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Deux autres citations, déjà citées plus haut, que j’aime tout particulièrement:
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« La peinture est l’effort auquel est soumise la matière pour devenir lumière. Et les couleurs sont les différents chemins et les différents moyens que cet effort emprunte. »
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« L’homme nomma « progrès » de commander à la matière, mais il ne prit pas garde de s’y obnubiler. » -
Emile Novis
InvitéQuelques extraits du bloc-notes littéraire de Maxence Caron, anar de « droite » (il refuserait ce qualificatif « de droite »), mysogine à ses heures perdues, grand écrivain quand il le veut bien:
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« Voter ? Si la complicité est un crime, l’abstention est un devoir.
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La plupart des hommes cherchent la gloire en rampant devant les monstres. Mais à cela le journaliste ajoute la petite touche qui réjouit sa complexion : qu’il soit de papiers, de plateaux ou d’ondes, le journaliste dépense la lumière à éclairer des cadavres.
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L’adhésion des dominés au plaisir qu’on leur permet est la plus terrible des répressions : celle de l’âme contre elle-même dans la haine de l’esprit. Accroupie sur le trône des bas plaisirs, la nouvelle bourgeoisie est à ce titre le podagre rejeton des métamorphoses du fascisme.
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Excitateur de poncifs, aménageur d’inconsistances… Les idées de Raphaël Enthoven sont stupides, bien sûr, et souvent indignes. Mais il bénéficie d’une circonstance atténuante : ce ne sont jamais les siennes. Tous les sots n’ont pas ce luxe d’être domestiques ».-
Ema
Invité« L’adhésion des dominés au plaisir qu’on leur permet est la plus terrible des répressions : celle de l’âme contre elle-même dans la haine de l’esprit. » je ne comprends pas le deuxième segment de la phrase (celle de l’âme…)
C’est assez emphatique comme style, hyper- expressif, ce qui ironiquement génère pour moi de l’opacité : je ne perçois plus beaucoup de pensée, juste une certaine musicalité dans la langue.-
Emile Novis
Invité@Ema
Je pense que le deuxième segment de phrase est un clin d’œil à Pasolini et à sa critique de la société de consommation comme nouveau fascisme (c’est ainsi que je le lis, en m’appuyant sur la phrase suivante, qui évoque le fascisme). L’âme, ici, signifierait la vie profonde des individus, leur singularité, leur manière d’être et leurs aspirations secrètes, leurs sentiments intimes, leur vie sexuelle et affective, etc. C’est aussi le point de contact avec Dieu pour Caron. La société de consommation serait un nouveau fascisme dans le sens où elle atteindrait l’âme même des individus en supprimant leur individualité, leur singularité, en attaquant ce qui fait le cœur de la personne, en simplifiant leur rapport au monde et leur sensibilité, etc.
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Assez d’accord avec toi sur le style « hyper-expressif », c’est son principal défaut (il en fait parfois trop). Mais la musicalité de la langue est centrale pour lui, et il le théorise et le met en pratique dans ses poèmes notamment. C’est peut-être cela qu’il cherche à « imprimer », d’ailleurs.
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Mais parfois il sait se tenir, et ça donne ça : « « La peinture est l’effort auquel est soumise la matière pour devenir lumière. Et les couleurs sont les différents chemins et les différents moyens que cet effort emprunte. »-
Ema
InvitéMerci pour la clarification, mais a vrai dire c’est surtout la mécanique de la phrase que je ne comprends pas : contre elle même…dans la haine… c’est peut-être limpide en vérité mais je ne sais pas pourquoi sur moi ca n’imprime pas.
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Emile Novis
InvitéPeut-être que cette mécanique renvoie à l’idée que c’est l’âme qui est complice de sa propre perte dans ce nouveau fascisme, qu’elle lutte contre elle-même en ce sens, et que c’est une manière de haïr l’esprit qui est en elle. Mais je vois ce que tu veux dire quand tu dis que ça n’imprime pas : l’opacité dont tu parlais plus haut.
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Ema
InvitéOui, c’est un peu comme à l’école quand j’avais beau relire dix fois l’énoncé du problème de math, et que ca n’arrivait pas à destination. Ce type d’écriture me fait cet effet là, même ton segment sur la peinture, que je comprend mieux tout de même, et sui sonne assez joliment, contient un peu trop d’abstractions pour vraiment accrocher. LA lumière, LA matière, je crois que plus ça va plus je deviens hermétique à ce type de parler, c’est sans doute dommage pour moi d’ailleurs, j’y perds surement en étendue de sensibilité poétique.
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Ema
InvitéCeci dit en relisant le segment sur la peinture je vais me dedire un peu : il y plus de trivialité la dedans qu’il n’y parait. Mais ca reste une trivialité très en dessous de celle de la peinture elle même, qui n’est que matérialité, et cet effort pour la traduire en mots-concepts m’apparaît comme une tentative d’élévation idéaliste
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Papo2ooo
InvitéPour ajouter mon petit grain de sel à propos de la citation sur la peinture, il faudrait peut être distinguer l’idée/l’abstraction et la généralité.
Je vois davantage une généralité dans cette citation, parce que j’ai le sentiment qu’on opère sur du concret, quelque chose de sensible (matière/couleur/lumière). A mon sens il faudrait voir dans quelle mesure la généralité est éclairante, pour juger de la phrase, et c’est ici que ça coince un peu pour moi aussi, car en allant de la couleur en général à la lumière en général, on ne dit plus tellement sur l’acte de peindre.-
Papo2ooo
Invitéou dit autrement, toute la complexité qu’il y a entre le passage de la couleur à la lumière reste aussi opaque qu’avant la phrase
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Ema
Invitéoui « généralités » c’est le mot qui me manquait!
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François Bégaudeau
Maître des clésbof bof
» la nouvelle bourgeoisie est à ce titre le podagre rejeton des métamorphoses du fascisme. »
Trop de mots. Certains disent de Mozart : trop de notes (et c’est parfois vrai). Ici, trop de mots. Les mots étouffent la phrase
La dernière, dans un style plus moraliste-classique (Joubert, Chamfort…. ou Frédéric Dard) est plus lisible-
Emile Novis
InvitéOui, il a ce travers. Il en est conscient d’ailleurs, il a déjà déclaré dans un entretien qu’il faudrait la sobriété de la plume d’un Descartes pour que les choses sérieuses commencent.
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Alphonse
InvitéJ’aurai appris le mot podagre. Qui sonne. Qui sonne diablement.
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Raspout
InvitéRooohhhhh tu connais Joubert, le « moraliste » périgourdin : pas courant. Quant à Chamfort (des pieds), il poussa la chansonnette grâce à Gainsbourg.
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Raspout
InvitéAnar de droite me semble un parfait oxymore : non, ne me semble pas, l’est.
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Carpentier
Invitéjusqu’à se partager Bambou
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Raspout
InvitéA défaut de taper dessus : c’est Philippe Lavil qui en prit le plis.
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Emile Novis
InvitéPuisqu’il est question des anars de droite dans Psychologies, voici quelques lignes nouvelles du misanthrope Maxence Caron, qui est tout de même un peu plus consistant que Pascal Praud, bien qu’il me semble faire grand cas de l’abstention pour quelqu’un qui rejette toutes les idoles.
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« L’abstention électorale est une objection muette et construite qui fait baisser le niveau de la majorité. Devenue majoritaire, elle signifie l’opposition de la masse ainsi croissante d’un peuple à l’équipée sans cesse amaigrie de ceux qui, sans soutien ni socle, exercent le pouvoir. L’abstention met à nu les cambrioleurs de la souveraineté : elle est l’arme dont use le vote pour qu’éclate au jour l’oligarchie, et elle est la noblesse dont use la démocratie altière afin qu’on lui rende la réalité de son exercice. Face à l’injonction piégée des corrompus de la nouvelle bourgeoisie invitant au scrutin comme à un devoir dont ils ont défini pour eux les façons d’utilité, l’abstention est le vote du non qui ne dit jamais oui.
L’abstention élective est cette affinité avec la grandeur qui refuse l’existence des eunuques politiques et des dégradants partis, que par le travail et l’impôt le sang du Pauvre paie afin qu’on le nie. L’abstention est une dilection électorale : elle est la mémoire de la démocratie lors, assassinée par l’indignité du narcissisme député, que la république depuis longtemps n’est plus. Donnez-moi le tiers d’un peuple cohérent que son abstention ranime, et je lui indiquerai sur-le-champ le chemin de ses royaumes naissants !*
Je m’approche de la fin : c’est le titre dont un certain Jacques Darras vient d’intituler un ouvrage poétique au-dessous du médiocre (voir chez Gallimard). Ainsi parlent en effet ceux qui sont morts depuis le commencement. Mais quand un poète travaille véritablement, il dit : « J’approche la fin », et s’y tient.
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« Ce que la poésie m’a appris : que du chaos, mystérieusement, le sens s’élève. » (Pierre Emmanuel, Une année de grâce, Seuil)
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Tous mes ennuis viennent de ce que je n’ai jamais voulu faire servir l’art à mon avancement temporel. Mais ils sont dérisoires au regard de ce que fussent mes tourments si j’avais cédé : puisqu’à gagner si facilement le monde en me payant de la monnaie de plaire, j’aurais alors perdu la seule joie qui survit au malheur, et qui n’est pas le monde mais la capacité d’art.
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Dans l’ordonnancement de ses charités calculées, un riche qui consent à l’aumône, un riche qui distribue quelques miettes de son bien, offre à sa personne beaucoup plus qu’il ne donne à quiconque : car il achète sa propre incurie. «
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Claire N
InvitéMerci Emile
Mais tu vois : « Donnez-moi le tiers d’un peuple cohérent que son abstention ranime, et je lui indiquerai sur-le-champ le chemin de ses royaumes naissants !«
Ce donnez moi ! C’est bien l’exigence autoritaire qui rends piteux – besoin d’un accessoire d’un assistant , une gamelle peut être ?-
Emile Novis
Invité@Claire
Oui, il est indéniable que la misanthropie de Caron peine à voiler son autoritarisme qui se situe entre deux eaux : écartelé entre le désir de tout envoyer valser et la tendance à vouloir imposer quelque chose dont il n’est absolument pas le maître.-
Claire N
InvitéOui – et cette misanthropie relève plus à mon sens une intolérance à la frustration de ne pas obtenir ce a quoi il est incapable de subvenir seul
Des autres qu’il n’aime point il demande pourtant tout-
Emile Novis
InvitéOui. Et malgré tout, je trouve qu’il a une plume. Une plume gâchée sans doute. Il avait dit qu’un jour, il s’efforcerait de devenir plus sobre. J’attends toujours.
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Claire N
InvitéJe tourne depuis un moment autour de ce passage
« Tous mes ennuis viennent de ce que je n’ai jamais voulu faire servir l’art à mon avancement temporel. Mais ils sont dérisoires au regard de ce que fussent mes tourments si j’avais cédé : puisqu’à gagner si facilement le monde en me payant de la monnaie de plaire, j’aurais alors perdu la seule joie qui survit au malheur, et qui n’est pas le monde mais la capacité d’art »
Qui semble effectivement etre bien le cœur de sa peine
– vouloir / céder dessinent un drôle de rapport à l’art, et à la reconnaissance
L’épine est là, je le sens-
Claire N
InvitéEnfin le cœur de sa jouissance peut etre
Est plus juste-
Claire N
InvitéEt la effectivement ta phrase
« vouloir imposer quelque chose dont il n’est absolument pas le maître »
Résonne encore mieux
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Emile Novis
Invité@Claire
Tu touches le cœur du problème que je rencontre avec lui : je n’arrive pas à cerner Caron. Je ne sais pas dire s’il faut prendre ce passage au premier degré ou au second. Je ne sais pas dire si son écriture n’est pas en permanence en train d’inventer des rôles, des postures, comme s’il jonglait avec des masques, des perspectives toujours mouvantes. Par exemple, il aurait postulé pour une place à l’Académie française, après avoir reçu un prix de cette même académie pour son œuvre monumentale sur Heidegger (il a du talent, c’est incontestable, et ce livre est grandiose). Il n’a pas été pris. Quelle est le sens de cette démarche et de sa satire ultérieure de cette institution? Une blague potache lucide? Ou faut-il y voir la haine du prétendant éconduit? Très franchement, je ne sais pas.-
Emile Novis
Invité*quel
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Claire N
Invité« Ou faut-il y voir la haine du prétendant éconduit » Sur le passage en question il y a peu de cela
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Claire N
Invité*peut être plus
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Emile Novis
Invitéps : cela dit, oui, tu as raison. Le verbe « céder » indique bien le forte tentation d’en être. C’est peut-être là qu’il faut le prendre : un mot qui serait un acte manqué.
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Claire N
InvitéRire je crois oui
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Claire N
InvitéAprès je trouve que l’entrée « imposture du syndrome « entre autres ; nous donne quelques chromatiques pour le peindre
– la notion illégitimité en particulier-
François Bégaudeau
Maître des clés« Ce que la poésie m’a appris : que du chaos, mystérieusement, le sens s’élève »
Si la poésie lui a appris le sens, ce ne devait pas être de la poésie
Mais je crois que cette phrase situe bien le bonhomme. Du sens, du sens, du sens, voilà ce qu’il lui faut, et qu’il met dans chacun de ses mots – au vu de ce qu’Emile a rapporté
De la vie, ça on attend encore. -
Claire N
InvitéRire – c’est vrai
Il a la tête dans le cartable -
..Graindorge
Invité@François
je t’ai dit que j’allais t’envoyer les courriers échangés avec Friot à ton adresse postale, je n’ai pas cru necessaire de les envoyer en recommandé accusé de réception. Je te demande donc pour la 3ème et dernière fois dans ce forum si tu as bien reçu ce courrier sans nécessité de répondre à la deuxième question qui n’est qu’un souhait sans importance
Il y a eu beaucoup de soucis ici avec le courrier postal. Surtout pour le courrier des particuliers. Mais je l’ai envoyé en courrier normal car il me semble que ça va un peu mieux: les derniers envois nous ont été confirmés. Je t’ai pas fait un courrier de groupie ou de fan, tu t’en doutes bien, juste imprimer les brefs
échanges et posté.
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Emile Novis
Invité@FB
« Si la poésie lui a appris le sens, ce ne devait pas être de la poésie. Mais je crois que cette phrase situe bien le bonhomme. Du sens, du sens, du sens, voilà ce qu’il lui faut, et qu’il met dans chacun de ses mots »
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En effet, son art poétique est intégralement mobilisé par la recherche du Sens (il met une majuscule), car pour lui, ça renvoie au Verbe chrétien, cœur de toute pensée, de tout désir, de tout mouvement vers la beauté. Pour lui il y a même du « Sens » dans la musicalité des mots et des phrases, et le modèle de la littérature est la musique elle-même. Il ne sépare pas sens, musique, philosophie et littérature, le tout sous le patronage de la théologie (c’est de là que sort son « anarchisme de droit divin », c’est-à-dire son permis d’envoyer chier tout le monde). Mais il faudrait voir si vous entendez la même chose par « sens ». Toujours est-il que lui est un penseur de système. Il faudrait voir si anarchie et système font bon ménage…
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J’ai néanmoins remarqué que l’emploi massif des majuscules (Vérité, Essentiel, Soi, Sens, etc.) était souvent le symptôme d’une écriture qui faisait peu de cas du particulier et de l’individualité (ici rebaptisé en « délire individualiste ») – quoiqu’il s’en défende. Et comme par hasard, là aussi, l’homme comme être social est progressivement éliminé, la condition matérielle d’existence aussi. Voilà ce qui le classe à droite, bien qu’il rejetterait également le qualificatif de « droite ».
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Voici le début de son livre Pages qu’on trouve sur internet:
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« La littérature, l’art, c’est-à-dire la pensée à l’œuvre, est la lutte d’homme, l’aspect de l’universel combat spirituel afin qu’être convoqués à l’Essentiel soit conscience, malgré le vacarme d’un monde où se voit multiplement et diversement contredite la vocation de verticalité faisant de l’humain le lieu d’un regard vers ce qui le passe infiniment mais l’appelle uniment à se laisser accueillir.Cette lutte, créatrice pour l’artiste et nourrissante pour le lecteur ou pour tout un qui s’accepte à contemplation, comporte une dimension première qui est celle, rare et irremplaçable, de l’admiration. Admiration pour l’Essentiel, dont on ne saurait s’emparer mais seulement recevoir ce qu’il nous offre ; admiration pour les hommes qu’Il choisit afin d’offrir ce qu’Il donne de Soi.
Cette admiration est interface : à celui qui met son cœur à évoluer en proximité de ce que le Sens rayonne de l’inconnu et constamment pressenti contenu de cette Promesse qu’Il dépose au fond de nos âmes de Lui prescientes ; à celui qui aime ce qui est, à celui qui se tient devers le mystère du Sens et de son inaccessible facture d’Eternité, tout ce qui n’est pas l’Essentiel devient insolemment ridicule, et c’est ainsi qu’apparaît le second aspect de l’interface d’admiration : la dénonciation des impostures. La déclaration d’amour à la déclaration de l’être est régie par la contemplation de la Vérité et cette contemplation démasque aussi tout ce qui voudrait se faire passer pour elle. La béatitude esthétique n’est pas désincarnée, elle est en lutte : béate au sens fort, elle n’est pas sotte, et il est des contextes où agir en beauté est aussi réagir contre la laideur.
Il n’y a aucun plaisir, au milieu de la description des grandeurs, à employer parfois sa plume à la désignation des petitesses, mais, comme le remarque judicieusement Pétrarque dans son Invective contra medicum, lorsque l’on se tait, ce dont, dit-il, on a évidemment grand désir en raison du mépris et de la lassitude que l’on éprouve pour tant de mesquines façons d’agir et de penser, l’on risque toutefois d’en voir maint se féliciter de votre silence.
Ainsi les textes qui composent ces Pages, issus cohérents de mêmes ou de diverses époques mais issant de la part d’un même œuvre travaillant interne, ont-ils été réunis sous le double chef engendré par l’acte pensif de l’admiration active. Essais indépendants et inédits, donc de taille libre, ou chroniques issues de différentes demandes de presse, donc de taille limitée par les impedimenta, ils sont tous orientés vers le Sens et tournés par l’auteur dans la direction qui intéresse la pensée. On n’y trouvera guère d’opinions communément admises ; qu’on ne s’y attende pas à y être conforté ou réchauffé au poêle calfeutrant de quelque conception adoubée, car tout n’y est qu’expression de préoccupations absolues et fut écrit parallèlement à l’édification d’un système de philosophie original dont les nervures, sans y être le moins du monde appliquées, ne peuvent pas ne point transparaître.
Veux-je opérer ici pour autant, et comme il est de coutume en cet emplacement livresque, mon inaugurale et dévalorisante petite profession de subjectivisme ? Point et au contraire. Il est évidence que la subjectivité gouverne toute écriture mais personnalité n’est pas délire individualiste, et il est autre évidence que ce qui définit l’homme, à savoir l’unité possible de l’universel et du particulier, la personnalité peut être elle-même tout en se déployant dans le véridique : il est évidence que celle d’entre les subjectivités qui ne donne pas dans l’idiosyncrasie, en dépit de toutes ses éventuelles hardiesses, est précisément celle qui, plaçant son objet au-dessus de soi et son intérêt en dehors de soi, se reconnaît porter, comme tout homme, et exprimer, comme tout homme qui le désire accepter, l’image d’un Sens qui la dépasse et qui se dit à travers l’orchestration des sons et des mots, à travers la musique ordonnée de l’âme. Cette musique est à l’œuvre sans distinction dans toute production de l’art, parmi lesquelles sont la philosophie, la littérature, et la musique proprement dite. La quête de ce Sens imprimé dans l’homme et exprimé de manière plus ou moins adéquate à travers telle œuvre ou telle autre, est la finalité de ce recueil. Le Sens est parfois lisible à même une œuvre, parfois présent dans les contradictions d’une autre, une tierce peut par ailleurs offrir un élément fondamental tout en en occultant un autre, et un fort mauvais travail montrer a contrario et en un saisissant contraste le champ dans lequel on ne trouvera rien de ce qui tisse la vocation humaine à la Vérité et que l’art donne dans la Beauté.
Ces Pages contrarient et sont écrites à l’époque où l’on veut faire croire que tout est cloison entre les différentes et libres activités créatrices de l’esprit, entre la pensée, la littérature et l’art, alors que tous trois conspirent en une même œuvre vivante, une œuvre déjà faite, une œuvre à goûter, à aimer, une œuvre à poursuivre – l’histoire du rapport de l’homme à l’Essentiel et son avenir ; cette œuvre dont le cœur, abreuvé à la Quintessence et guide d’âme et d’esprit, se trouve né pour devenir capable de la voir ou de l’avoir. Que l’on lise ces Pages en voulant bien se ramentevoir l’unité du cœur d’homme en quête et en découverte du Sens dans le refus des impostures et la traversée de la Beauté. Car l’incarnation de la Vérité est la Beauté, et nous n’avons pas voulu montrer autre que celle-ci ni parler d’autre que de celle-là. Vérité, et œuvres de l’art comme lieu d’incarnation : le Sens parmi la musique et les mots, qui, dûment orchestrés sont littérature dans la musique de la pensée. »
Maxence Caron, Pages, « Prélude : Pensée, Musique et Verbe »)
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François Bégaudeau
Maître des clés« J’ai néanmoins remarqué que l’emploi massif des majuscules (Vérité, Essentiel, Soi, Sens, etc.) était souvent le symptôme d’une écriture qui faisait peu de cas du particulier et de l’individualité »
quel bel euphémisme-
Nora
InvitéPourquoi l’identicon a changé de couleur?
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BIOGRAPHIE
InvitéParce que François avait besoin de symboliser l’évolution de son Soi.
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